Les bons petits plats faits maison

Dans les années 50, on ne connaissait pas les plats préparés et la cuisine industrielle.

Toute la Cuisine était faite maison.

Cette noble tâche était l’apanage des femmes, qui restaient au foyer.

Notre  mère, Emma, fin mai 1942

Notre mère s’y collait, et même si elle n’avait pas une attirance particulière pour cette fonction, elle nous préparait de bons petits plats simples et à notre goût, assez restrictif, il faut bien le dire.  Il y avait beaucoup de denrées que nous n’aimions pas, particulièrement mon frère Bernard qui se révélait très difficile.

La base en était fort simple, des plats principaux à base de pâtes, de riz ou de pommes  de terre, en purée, nature ou frites. Les lentilles entraient dans ces plats basiques, et permettaient à notre père d’évoquer la vente par Esaü à Jacob de son droit d’aînesse pour un plat de lentilles.  Il avait suivi le catéchisme, et nous faisait profiter de morceaux choisis présentés à sa manière.

De la viande, quelquefois des steaks, mais c’était cher, des entrecôtes, des escalopes. Le mouton était plus rare, le porc et la saucisse (de Toulouse) fréquents. Nous adorions les joues de bœuf aux carottes et apprécions les pots au feu. Il y avait aussi souvent du foie de génisse, très apprécié. Le foie de veau était encore trop cher. Le civet de lapin en sauce était fort apprécié.  Les viandes bon marché (daubes) étaient les plus utilisées. Nous consommions également beaucoup de volailles.

On mangeait alors beaucoup de viande de cheval, qui était bonne et pas chère. Il y avait de nombreuses boucheries chevalines, et l’une d’elles était située dans la cité Périole.  Le sang de cheval passait pour avoir des vertus médicales, et on en faisait boire, fraîchement pressé, aux enfants pour les fortifier. Mon père avait eu droit à ce privilège (qu’il avait estimé tout juste supportable), Bernard et moi y avons échappé, tout comme à l’huile de foie de morue, dont les vertus faisaient autorité… Heureusement, les temps ont changé!

Les conserves en boîte (légumes, ananas) et les sardines à l’huile venaient compléter notre alimentation.

Mon père adorait les spaghettis, il n’avait pas épousé pour rien une italienne. Elle les préparait à la sauce tomate ou avec du parmesan. Quelquefois nous avions la chance, assez rare, d’avoir du parmiggiano provenant de la boutique des cousins italiens (famille Lui). Mais les relations avec eux n’étaient pas fameuses, ils nous snobaient pour des raisons de supériorité sociale. Paradoxalement, à part les spaghettis, notre mère ne nous a rien apporté de la cuisine italienne. C’était l’intelligence de la famille Lui, l’intellectuelle, et elle devait être moins impliquée en cuisine. Une deuxième raison plaide en ce sens, la famille étant pauvre, la cuisine devait être extrêmement basique et peu variée, certainement à base de polenta, dans sa version paupériste. Sa mère Cisella ne semble pas avoir été en mesure de lui transmettre une vraie tradition culinaire.

Il faut aussi mentionner les bons plats de coquillettes au beurre accompagnées d’une tranche de bon jambon, chaque fois que nous étions malades. C’était un excellent moyen pour accélérer la guérison.

Mais le plat familial préféré, c’était les frites, cuites dans une authentique friteuse, à l’huile d’arachide, accompagnés d’un bon steak ou d’œufs au plat.  Il n’est jamais resté une frite à l’issue d’un repas. Il faut dire que mon père et moi avions un excellent appétit, et que souvent nous bénéficiions du manque d’appétence du frangin.

Et le Cassoulet ?  Plat toulousain par excellence, il ne faisait pas partie de la culture culinaire de notre mère. Peut être trop long à cuisiner, nous ne découvrîmes ce plat délicieux que grâce aux boîtes de conserve William Saurin, quelques années plus tard, avant de réussir à apprécier de vrais cassoulets.

Nous mangions beaucoup de légumes et de fruits, ce qui nous procurait une cuisine très variée. Ma mère allait faire le marché sur les Grands Boulevards, à la fermeture quand les prix baissent. Quand nous n’avions pas classe, nous l’y accompagnions. Elle négociait (avec beaucoup de difficultés dans sa jeunesse, puis elle s’est aguerrie), les salades, les petits pois, les haricots verts, les haricots blancs, les tomates, les courgettes et aubergines, etc. Nous n’aimions pas les choux cuits, un atavisme familial….

Il ne faut surtout pas oublier après les œufs aux plats, les omelettes, soit aux pommes de terre, soit aux asperges en saison. Pour les déplacements, les omelettes aux pommes de terre et aux asperges, remplaçaient très avantageusement les sandwiches.

Autre réussite de notre mère, les aubergines farcies.

Le poisson était consommé une fois par semaine, plutôt le vendredi, pas par respect de la religion, mais parce que c’était à ce moment que les poissonniers offraient le plus de choix et le plus de fraîcheur. Comme les frigos étaient rares, même dans les magasins, les poissons étaient présentés sur des étals entourés de blocs de glace, qui fondaient à vue d’œil. Le sol était recouvert d’eau et glissant, l’odeur du poisson prégnante, et peu alléchante. Il y avait beaucoup de “merluchon” et des poissons plats, soles et limandes, qui avaient notre préférence.

Pour les fruits, on ne mangeait alors que les fruits de saison, mais en quantité : pommes poires, oranges, bananes, cerises, fraises, pêches, abricots, prunes, melons, raisins, et figues, rien que des fruits naturels! On ne connaissait pas encore les fruits exotiques, la mondialisation, avec tous ses bienfaits, n’avait pas encore commencé. On pouvait en acheter dans des boutiques spécialisées ou les premiers grands magasins, mais ils étaient hors de prix. La grande distribution n’était pas encore née, et le budget alimentaire représentait plus de 30% des dépenses d’un foyer. Aujourd’hui (2018) il est tombé à 12/13%.

Dans ce contexte, et quand les fruits en surproduction étaient à la baisse, ma mère en achetait pour faire des confitures. Il y avait toujours des stocks de confiture de pomme, d’orange, d’abricot et de fraise, de prunes et de figues, qui venaient agrémenter de bonnes tartines de pain beurré. Mon père s’en régalait et en remplissait des ramequins ou bien il piochait directement dans le pot avec un bout de pain planté au bout d’un couteau….

Une autre de ses spécialités était de composer de bonnes salades de fruit.

Une innovation maison consistait à préparer des fraises au vin. Les fraises macéraient quelques heures dans un saladier avec du vin : c’était un régal. Nos correspondants allemands regardaient de prime abord ce plat avec restriction, voire dégoût, mais quand ils nous voyaient nous régaler, ils finissaient par goûter, et comme c’était des gens intelligents, ils appréciaient et en reprenaient.

La pâtisserie était le seul plat préparé acheté, le dimanche, chez le pâtissier, où il fallait faire la queue pour obtenir, soit un gâteau classique, soit des petits gâteaux, millefeuilles, éclairs au chocolat ou au café, religieuses, tartelettes aux fruits, etc.

Mon père se serait fait damner pour un millefeuille ou un éclair au café, moi c’était pour le chocolat !

Mais notre préférence allait aux flans et aux crèmes chocolat faits par notre mère. Un vrai régal, qui permettait de terminer le repas en apothéose. Elle savait aussi confectionner de belles tartes aux pommes.

Sa plus belle réussite en matière de dessert était une crème au chocolat dans laquelle étaient introduits des biscuits à la cuillère imbibés ou non de rhum. Un délice, qui était servi pour les repas festifs du dimanche.

Les desserts lactés n’étaient pas encore sur le marché, les yaourts (on disait “yogourts”) commençaient à peine à apparaître. Vendus en pots de verre consignés, il fallait les ramener chez Pendariès, l’épicier en bas de la côte Dessales. A la cantine du  lycée j’ai découvert les petits suisses, enveloppés dans du papier, qui, hélas, utilisés comme projectile, finissaient souvent collés au plafond….

Nous aimions aussi les fromages, mais vu les prix nous consommions essentiellement des camemberts, qui avaient l’avantage d’avoir un bon rapport qualité prix. Adolescents, et après un bon matche de tennis, nous étions capables pour goûter, de manger un camembert entier à deux. Les gruyères faisaient aussi partie des fromages de base.

La vraie découverte des fromages dans leur variété, nous devions la faire à Paris, MC et moi, après notre mariage, notamment au “rayon fromage” du magasin Inno Montparnasse.

Beaucoup de repas, notamment en hiver, commençaient par une bonne assiette de “soupe“, on dirait “potage” en langue d’oïl. Nous nous régalions à avaler ce breuvage chaud, agrémenté de vermicelle, et souvent de bouillon Kub, ces fameux cubes qui venaient en relever le goût. Mais les meilleurs potages étaient ceux qui provenaient d’un vrai pot au feu.

Au sujet des boissons, à table nous buvions de l’eau du robinet, qui venait couper du vin de table faiblement alcoolisé. Déjà enfants, nous buvions en petite quantité de ce breuvage coloré en rouge… Rappelons que les bouteilles en verre étaient consignées et que cela occasionnait une manutention lourde. L’invention des bouteilles en pvc jetable allait beaucoup plus tard alléger considérablement les tâches ménagères.

Parfois, il y avait de la limonade, dans des bouteilles en verre munies d’un bouchon spécial à ressort. Mais cette boisson pétillante était plutôt bue au café, dans les grandes occasions, les jours de forte chaleur. Mon père pouvait alors prendre une bière ou un panaché, auquel nous eûmes droit une fois adolescents.

Entre les repas, comme les jus de fruits étaient trop chers, nous allongions des sirops avec de l’eau, essentiellement de la menthe, de la grenadine, de l’orange et parfois de l’orgeat.

Le petit déjeuner était très copieux, composé d’un grand bol de café au lait, ou de chocolat au lait (Banania ou Poulain), dans lequel nous trempions de grosses tranches de pain beurré recouvertes de confiture. C’était un moment très apprécié!

Tous les repas du jour, en incluant petit déjeuner, et goûter, s’accompagnaient de la consommation de pain, notamment de ces fameuses “flûtes” toulousaine. Dans le nord on parlait de “baguettes”, idem pour les “chocolatines” du midi identiques aux “pains au chocolat” parisiens.

Comme Jolimont était éloigné des boulangeries, nous avions la chance de voir un boulanger itinérant arrêter sa carriole menée par un cheval, devant le 27 bis rue dessales pour nous offrir sa production. Seule contrainte, il fallait être présent lors de son passage, ou bien s’arranger avec un voisin. Une anecdote amusante, le cheval avait l’habitude de laisser un peu de crottin à chacun de ses passages, et il fallait voir toutes les voisines/clientes de la rue se précipiter avec pelle et seau pour récupérer le précieux engrais livré gratuitement à domicile.

Enfin je terminerai cette chronique par l’évocation des repas du dimanche, forcément améliorés, souvent autour d’un poulet  accompagné de frites, ou d’un gigot aux haricots.

La  Poule au Pot tous les Dimanches pour tous les Français

Nous étions fidèles à cette volonté  de Sully édictée au tout début du 17ème siècle

 En entrée, il y avait de la charcuterie (nous aimions la saucisse sèche et la mortadelle) et une grande salade (œufs durs, tomates) accompagnée de mayonnaise (voir le texte ou je raconte la préparation très difficile de ce produit). Je n’ai jamais été un fana des entrées, je n’aimais pas cette mayonnaise faite maison, peut être à cause du cérémonial conflictuel qui présidait à sa fabrication. Je n’aimais pas non plus les bouchées à la reine qui étaient  souvent proposées à l’époque.

N’oublions pas le café, moulu dans un magnifique moulin. Nous en avons bu déjà enfants, et n’avons jamais arrêté d’en boire.

On ne peut pas terminer ce texte sans évoquer les denrées inaccessibles à cause de leur prix, ou encore indisponibles.

Les huîtres étaient encore un aliment rare, difficile à conserver, cher, et d’une ouverture improbable. Nous en avons mangé en quelques occasions, notamment quand Tontoni en apportait pour un repas dominical. C’était alors la croix et la bannière pour les ouvrir, mes parents n’avaient ni la technique, ni les outils adéquats. La séance d’ouverture dans l’évier se terminait souvent dans une odeur de mercurochrome et d’eau oxygénée, avant la pose de tricostéril et de bandes….

Plus tard, quand je commençais à travailler, je profitais des premiers repas d’affaire pour rattraper mon retard en matière de consommation d’huîtres.

Ce fut aussi le même phénomène pour le foie gras, qui ne se démocratisa que vers les années 70.

Le champagne était encore une boisson élitiste, et nous consommions d’infâmes mousseux, des vins liquoreux, le Monbazillac faisait fureur chez les dames qui y trempaient de petits gâteaux secs, et des rouges ordinaires. L’apprentissage des bons vins ne viendrait que dans les années 80, lors de mon arrivée dans la grande distribution, chez Promodès et surtout chez Codec, où se trouvaient les meilleurs connaisseurs en produits alimentaires .

C’est  un excellent souvenir que je conserve de la bonne cuisine préparée par notre mère. Le temps passé à table fait partie des bons moments de mon enfance, en écoutant France Inter ( le jeu des mille francs, les feuilletons) ou en échangeant sur les évènements du jour, politique, bureau des litiges, affaires scolaires, etc.

Toute notre enfance nous avons pu consommer une alimentation saine et faite maison, qui nous a bien réussi. Une telle cuisine, peu onéreuse, reste possible aujourd’hui, mais l’offre alimentaire et le temps disponible pour les mères de famille ont tellement évolué que très peu de femmes modernes voudraient revenir à cette culture culinaire.

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 18/12/2019 | Comments (0)
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Cisella, ma grand-mère maternelle (la nonna)

Ma Grand Mère maternelle, Cisella, surnommée « la Baronne » par mon père fut une personne d’une discrétion étonnante, toujours en retrait, et toujours prête à rendre service.

Vêtue en sombre, à l’italienne, elle aura passé sa vie au service des autres, mari brutal, enfants, famille italienne qui en abusait, sans jamais s’accorder le moindre plaisir. Elle nous aimait en silence, n’avait jamais réussi à apprendre le français, parlait un mélange de patois italiens (mantovan et veronese), d’italien et de français, ce qui la rendait difficilement compréhensible en France comme en Italie. Avec mon frère nous expérimentions le « Baronnien », son langage qui nous amusait, et qui la faisait rire quand on l’utilisait (« A fat gnouls » pour « il y a de l’orage »). Mon père l’estimait et la protégeait, son rapport avec ma mère était assez conflictuel, personne d’autorité, ma mère avait du mal à accepter sa faiblesse et sa fuite devant les problèmes : « Ma… non so pa… (Mais… je ne sais pas…).

Elle nous adorait, mon frère Bernard et moi, et nous le lui rendions bien.

Nous n’avons jamais su les circonstances de sa rencontre avec Umberto, mariage arrangé après une déception amoureuse de ce dernier ? C’est ce que nous avons cru comprendre, car il n’y avait aucune trace du moindre sentiment entre eux. *

Un souvenir parmi d’autres, un jour elle arrive à Jolimont et nous raconte que quelqu’un lui avait offert une « tourtou » et qu’elle l’avait mise dans une cage… gros questionnement et vaste interrogation, nous avions du mal à concevoir une tortue dans une cage, mais connaissant le « baronnien » il fallait interpréter son vocabulaire approximatif sinon poétique. Il nous fallut pas mal de temps pour comprendre qu’il s’agissait en fait d’une tourterelle.

Cette anecdote montre la difficulté d’insertion de personnes immigrées à faible niveau scolaire. C’est pour cela qu’elle n’a pu que faire des ménages dans la famille italienne qui en profitait allègrement et qui la traitait de haut…..d’où les mauvaises relations de ma mère avec une partie des cousins italiens toulousains.

Janvier 1945 au 27 rue dessalles. Cisella Lui avec son petit fils Roger dans les bras

         Une fois séparée de son mari, elle vécut à mi-temps entre la France et l’Italie, elle se sentait mieux en Italie, mais ne pouvait y rester longtemps car les cousins lui demandaient de payer pour son logement et sa nourriture, et ils la renvoyaient en France quand elle avait dépensé ses maigres économies. En fait, à force d’exil, elle n’était plus chez elle nulle part.

1953 Les 3 sœurs Rossignoli : Cisella, née en 1900, Rosina, en 1911 et Elvira, en 1897

         Elle est morte à 92 ans dans une maison de retraite, où ma mère venait de la placer. Ce fut un drame, car ma mère ne pouvait plus s’en occuper, et elle a culpabilisé de s’en être « débarrassée »

S’il faut imaginer Sisyphe heureux, il faut beaucoup d’imagination pour imaginer, que ma grand-mère ait pu être heureuse, et pourtant, quand elle était avec nous, ses petits-enfants, elle était toujours souriante, toujours d’accord avec mon père, d’un fatalisme à toute épreuve, malgré les brusqueries de sa fille qui n’hésitait pas à la secouer pour la sortir de sa passivité.

Comment était-elle dans sa jeunesse ?  Je n’ai même pas de photos, où elle ait moins de 40 ans, et elle porte toujours le « fichu » des italiennes du temps. On peut imaginer une grande et belle jeune fille, au vu d’une photo de sa sœur Elvira jeune, avant qu’elle ne rentre dans l’enfer d’un mariage malheureux.

Elvira,  la sœur aînée de Cisella, jeune fille


*j’ai voulu approfondir la question et j’ai cherché l’acte de mariage entre Umberto et Cisella (orthographe initiale italienne).

Bien m’en a pris, car aucune date ne figurait sur l’arbre généalogique réalisé par ma mère, qui ne pouvait l’ignorer, ayant toujours eu pour mission de s’occuper des papiers de la famille. Et il y en eut beaucoup s’agissant d’une famille immigrée, l’administration française s’étant souvent montrée tâtillonne.

Les papiers étant chez Bernard, j’ai donc demandé à mon frère le rechercher ce fameux document, qu’il m’a envoyé aujourd’hui, 26 avril 17.

Et on y découvre que le mariage fut prononcé le 10 juin 1923, notre mère étant née le 19 août de la même année. Et pourtant les bans avaient été affichés fin janvier et début février. Connaissant le caractère obstiné de Umberto, et dans le contexte religieux de l’époque, on peut supposer qu’il y eut de l’eau dans le gaz, et beaucoup de difficultés à le conduire devant le

« monsignore » de Schivenoglia….D’autant plus que j’ai ouï dire que ses préférences allaient ailleurs….mais à l’époque, il fallait « réparer », ce qui a contribué à gâcher des millions de vies, dont celles de mes grands-parents.

On pourrait être tenté de faire un parallèle avec mes parents, mariés en janvier 1944, alors que je suis né le 29 juin de la même année. (J’ai toujours été fier de m’être invité au mariage de mes parents…). Mais la comparaison s’arrête là, car j’ai découvert dans les vieux papiers soigneusement classés, les échanges épistolaires entre André et Emma. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y avait entre eux un amour profond. Peut-être faut-il y voir une des raisons de mon caractère plutôt optimiste ?


Quelques exemples de langage “Baronnien”:

On va avoir dé la “mélèta sta soir”  (lettre de Bernard  30 /01 /66)

T’ago pas mal a la genciva? (lettre de Roger mai 65)

A fat temporal, variante :  A  fat gniouls… signifie “le temps est orageux”

On a ouna tourtou dans la cagea… il s’agit d’une tourterelle

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 07/12/2019 | Comments (0)
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Destiny was not satisfied

En ce lundi 18 juin à Londres, le temps frais et pluvieux vient me rappeler le mois d’août 1963 passé ici en stage d’apprentissage de la langue anglaise.

Je logeais chez Mrs Garleb, une triple veuve qui arrondissait ses revenus en louant des chambres à des étudiants. Elle faisait aussi la cuisine, à l’anglaise, et je me souviens avoir mangé beaucoup de tomates et de choux et avalé des cornflakes très nourrissants. Mais l’offre était suffisante, contrairement à mon nouvel ami, Jackson, toulousain lui aussi, dont je venais de faire la connaissance. Malgré l’éducation protestante prônée par sa grand-mère, et poussé par la faim, il avait déniché dans un placard le stock de confitures familial, ce qui lui a permis de survivre.

J’eus aussi l’occasion de déguster mon premier thé, invité par Mrs Garleb quand elle recevait ses amies et sa sœur, pour le Five o’clock tea.

Heureusement que les “Fish and Chips” existaient déjà. Dès que nous sortions, nous nous précipitions sur la première boutique de Hornsey/Highgate pour nous rattraper avec ces frites que nous trouvions délicieuses. C’est sûrement de cette expérience que vient mon attirance inconsidérée pour les Fish and Chips.

Et je vais les déguster à chaque visite à Londres au restaurant du 6ème étage de la Tate Modern, d’où la vue panoramique sur la Tamise et la rive gauche est si belle, avec le Pont du Millénium au premier plan et la Cathédrale St Paul plein champ, contrastant avec les nouveaux gratte-ciel d’une modernité froide et imposante.

Jackson vient me rappeler fort opportunément que nous nous délections aussi avec le 99′ (Ninety Niner), un pot de crème fraîche glacée avec une cigarette de chocolat plantée en son milieu.

Le matin, nous suivions des cours prodigués par une “chère” association, Vacances Studieuses. De jeunes professeurs faisaient du bon travail, et si l’on était sérieux et motivé, on pouvait en tirer profit… Nous étions notés et il y avait une évaluation initiale et un classement final. Je m’étais amusé à remonter de la 22ème à la seconde place sur 27, bien sûr derrière l’intouchable Jackson.

Notre professeur principal, d’origine asiatique, était en 3ème année à l’Essec.

Vu notre statut, Gaston Crosse et moi, d’élèves de la prépa Hec de Toulouse, nous bénéficions auprès de lui d’un immense crédit, qui l’amenait à se rallier à toutes nos idées.

 

Il y avait aussi parmi les toulousains, Marie Dominique S., fille d’un entrepreneur, Président de la Chambre de Commerce de Toulouse. Elle était charmante, mais appartenait à un autre monde, qui ne croisait pas encore le nôtre. Comble de l’ironie, Jackson et moi, lui avions prêté momentanément de l’argent, acte improbable vu la différence de situation des parents!

 

 

Oxford  Marie-Dominique S.

 

 

Je me souviens que l’on nous avait demandé de rédiger un texte libre en anglais sur nos visites vespérales, en groupe organisé ou en équipe individuelle. Dans cette configuration, je partais avec Jackson, “Gaston” Crosse, élève de prépa à Fermat, qui devait intégrer l’Essec l’année suivante, et un jeune bordelais, Billy comme dans la chanson, ressemblant comme deux gouttes d’eau à Ron, un camarade de Harry Potter. Il était très faible en anglais, et se caractérisait avec une tignasse tirant fortement sur le roux.

Il avait la fâcheuse habitude, par distraction, de rater les autobus rouges à impériale, que nous prenions au vol.

Il ne lui restait plus qu’à courir après le bus, qui, fort heureusement, n’allait pas très vite. Le jour où nous

Billy le Bordelais

 sommes allés à White City, voir la rencontre d’athlétisme USA/Royaume Uni, il lui a fallu 3 stations pour nous rejoindre. Le rouquin avait viré au rouge.

Il avait bien fait de nous rattraper, car nous avions assisté à une compétition de haut niveau, avec la victoire, normale des américains, et surtout le record du monde de la perche battu par John Pennel qui franchissait 5,13 mètres, avec une perche en fiberglass, avant de franchir 5m20 deux semaines plus tard, (le record de Lavillenie est de 6m17).

Depuis, ce stade de White City a été démoli, un avatar étant reconstruit à proximité.

 

Nous sommes également allés voir un match de foot, Arsenal recevait Wolverhampton à Highbury, victoire 3 à 1 des Gunners. Une découverte, toutes les places étaient debout, ce qui ne facilitait pas le suivi du match.

 

 

7 Août 1963       Visite d’Oxford    RS et Jackson

 

Jackson se souvient aussi d’un autre évènement marquant, la tournée des pubs avec discussion philosophique. Voici les faits :

Ma logeuse, Mrs Garleb, hébergeait deux jeunes étudiants anglais, vraisemblablement en médecine, qui travaillaient pendant l’été.

Dès qu’ils avaient touché leur salaire, ils constituaient une réserve, qui leur permettait, une fois par mois, de faire une virée dans les pubs.

Et en ce mois d’août 1963, ils nous avaient invités, Jackson et moi, à les accompagner dans leur tournée des bars, dans un quartier que nous serions incapables de reconnaître aujourd’hui, un peu étrange dans la brume humide de la nuit, et dans une atmosphère à la Sherlock Holmes.

Nous avons donc visité un certain nombre de Pubs, où nous dégustions toutes les variétés de bière sur le marché, à commencer par la plus connue, la Guinness (“Guinness is good for you”). Pour rester lucides, ils alternaient régulièrement avec du café ou un whisky, selon la formule 2 -1- 2- 1. Cette combinaison nous a bien réussi, car nous avons passé la soirée à discuter philo, les deux anglicans, le réformé et le mécréant… Tout s’est très bien passé, jusqu’au moment où il a bien fallu dégonfler nos vessies, en urgence sur le chemin du retour.

Nous avons alors avisé une rue étroite et en pente, nous sommes positionnés au sommet, et avons fait le concours de celui qui “irait” le plus loin. Et nous avons été loin de perdre à ce jeu du jet de liquide par voie naturelle!

 

Il faut aussi narrer une histoire virtuelle !

Devant la naïveté de certains élèves français, nous avions, Jackson et moi, passé une soirée dans une boîte à jazz, à écouter de la musique, enfoncés dans de magnifiques fauteuils en cuir.

Nous avions inventé une aventure, qui nous serait arrivée au Finchley, bar de la banlieue nord, fréquenté par une bande de mauvais garçons…Nous aurions rencontré la fille du chef de la bande, et eu forcément des démêlés avec ses membres. Construite comme un feuilleton, cette romance allait passionner nos petits camarades pendant tout le séjour, seule une minorité ayant eu des doutes sur sa véracité. C’était effarant de voir jusqu’à quel point certains avalaient ces bobards, et ils en redemandaient, ce qui nous amenait à en rajouter…..

Inutile de dire que nous en avions tiré un certain prestige!

 

J’avais intitulé mon essai ” Destiny was not satisfied”. J’y narrais avec humour (so british), les nombreuses péripéties du séjour, au cours desquelles nous n’avions pas été aidés par le Destin. D’où le titre.

Mais ce fameux destin allait se rattraper de belle manière, en utilisant Londres comme une base de départ pour nous envoyer, Jackson et moi, à Pramousquier, pour un séjour, qui allait profondément orienter notre vie.

 

Voyons dans le détail comment “Destiny” allait nous donner “Satisfaction” comme le chantaient alors les Rolling Stones.

 

Les vacances au TCF (Touring Club de France), étaient devenues une tradition dans la famille, et il nous restait à découvrir le plus beau des villages de vacances de l’organisation : Pramousquier, situé à 10 kilomètres à l’Est du Lavandou dans le Var, au bord de la Méditerranée, face aux îles du Levant et de Port Cros.

Par chance, en 1963, nous avions obtenu de la place, du 8 au 21 septembre.

Vu de Londres, ce séjour à venir nous paraissait paradisiaque.

J’en avais parlé à Jackson, et peu à peu avait émergé l’idée qu’il nous accompagne, il était libre en septembre, et il était facile de rajouter un lit dans le bungalow. Mes parents, comme toujours, avaient approuvé ma proposition, le père de Jackson également.

C’est ainsi, que par un coup de pouce du destin, très satisfaisant, Jackson et moi, embarquâmes dans la 403 du Patouze pour les plus belles vacances de notre vie. (voir le texte “Noces à Pramousquier”)

Nous devions en effet y rencontrer Marie Claire et Katia, qui partagent toujours notre vie, en 2019, 56 ans plus tard.

 

 

            Destiny was endly satisfied, and we were satisfied by Destiny

 

 

 Août 1963  “Gaston” Cros et RS au tennis dans la banlieue nord de Londres

 

Par Roger Séguéla, , publié le 16/11/2019 | Comments (0)
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Le chef d’oeuvre d’Eddie Jones

Eddie Jones jonglant avec un ballon de rugby

Comme tout rugbyman français qui se respecte, j’ai toujours mangé du “rosbeef”. 

Pour les étrangers à ce sport de voyous, joué par des gentlemen,  une traduction s’impose : sous le terme de “rosbeef”, on retrouve les rugbymen anglais, à qui tout joueur français voue une “haine” farouche.

Et la réciproque est vraie, les British mangeant allègrement les “froggies”, les batraciens, que nous sommes pour eux, tout en nous provoquant avec leur air narquois et sarcastique : “Good play, is-n-t it ?”, à chaque fois qu’ils nous battent.

Bref, cette forme d’entente peu cordiale, a toujours existé, et c’est l’un des charmes de ce sport.

Les matches France/Angleterre proposent  de facto les rencontres les plus intenses, notamment dans le cadre du tournoi des VI Nations.

C’est du moins ce que j’ai toujours vécu depuis que j’ai pratiqué et suivi ce noble sport. Et rien n’avait plus de prix, pour nous, universitaires, qu’une victoire sur le King’s College ou la LSE (London School of Economics).

Mais, à ma grande honte, les choses viennent de changer…

Et c’est là qu’intervient le “magicien” Eddie Jones.

Eddie Jones, toujours à l’aise avec la presse

Pour la première fois de ma vie, je suis devenu supporter des Anglais.

Comment est-ce possible ?

Comment peut subitement renier toutes ses croyances sportives?

Comment se réjouir des victoires de l’ennemi héréditaire ?

Ce miracle, on le doit à Eddie Jones, le magicien qui depuis 4 ans a pris en main les destinées du quinze de la Rose (le XV d’Angleterre pour les non-initiés).

Et Eddie Jones n’est même pas anglais. De père militaire australien occupant Tokyo avec les Forces Alliées, et de mère américano-japonaise, internée dans un camp après l’attaque de Pearl Harbour, il a bourlingué sur tous les continents, où se pratique le rugby, et de près ou de loin, il a déjà participé à 2 finales de Coupe du Monde de Rugby.

De 2011 à 2015, il a entraîné les “Brave Blossoms”, l’équipe nationale japonaise. Une excellente interview de Eddie Jones sur cette expérience a été réalisée tout récemment par Charlotte de Champfleury, dans le cadre d’un film documentaire sur le rugby japonais qu’elle a réalisé et qui vient d’être projeté par France 2.

C’est avec cette équipe qu’il créa l’évènement en battant les Springboks Sud Africains, lors de la Coupe du monde 2015.

En 2019, il obtient un magnifique résultat : en demi-finale de la Coupe du Monde, le samedi 26 octobre, les Anglais triomphent des All-Blacks néo zélandais, double Champions du Monde sortants, sur le score de 19 à 7.

Voici ce que j’écrivais à Ben, le lendemain de ce match :

Salut Ben

Quelle belle équipe d’Angleterre !

C’est bien la première fois que je supporte les English,

mais cette équipe le mérite….

Les avants ont été presque parfaits, amenés par un Maro Itoje

immense, et un 3ème ligne Underhill omniprésent. Ils ont

tenu un rythme d’enfer pendant tout le match.

Jeu au pied remarquable, ils avaient déjà ridiculisé les français

en février, mais là, il a été parfait, ramenant constamment les

Blacks dans leur camp.

Sur le plan stratégie, Eddie Jones a tout bon, quelle leçon

d’intelligence.

Ils méritent la Coupe du Monde, mais avec ce foutu ballon

ovale, rien n’est joué d’avance.

Ro’ger

 Hello Ro’ger,comme toi je me suis réjoui de la victoire de l’Angleterre,et c’est sans doute aussi la première fois, mais elle joue tellement bien.On sentait bien que le rugby était un jeu magique, avec cette équipe-là on en est sûr. Ben 

note de l’auteur : Ben jouait en 12, et moi en 15 

Le Rugby que nous aimons

Pourquoi ce revirement et cette admiration pour le jeu anglais ?Tout simplement parce qu’ils pratiquent ce jeu complet que nous aimons, et que nous aimerions voir pratiquer plus souvent.

Un rugby complet, fait d’engagement, d’intelligence et d’évitement. S’ils gagnent la finale en le pratiquant, ce sera une victoire pour le beau rugby.

Pour arriver à ce résultat, Eddie Jones a agi avec méthode, constance et intelligence, pour pouvoir mettre en place une stratégie victorieuse. Il a d’abord constitué un groupe d’hommes complets et complémentaires, et les a fait jouer ensemble sur la durée. Quand  un demi de mêlée ou d’ouverture faisait un mauvais match, il lui faisait confiance, et continuait à le sélectionner, et à le faire jouer  avec les mêmes partenaires. C’est ainsi qu’il a forgé une équipe.

Eddie Jones n’est pas un tendre, et il sait instaurer la discipline nécessaire au bon fonctionnement de l’équipe. L’entraînement est dur, résultat, ses hommes tiennent le rythme 80 minutes, et ne s’écroulent pas, comme beaucoup d’autres, autour de la soixantième.

Son équipe est complète, aucun détail n’est négligé, et tous les fondamentaux de ce sport sont respectés. Il y a toujours un bon botteur, et le jeu au pied des demis est tout particulièrement soigné.

Il compose une équipe adaptée à sa stratégie et aux forces et faiblesses de son adversaire.

Lors de sa prise en fonction de l’équipe d’Angleterre, il déclare qu’ « il faut bosser dur chaque jour pour être meilleur. Peut-être que dans le passé, certains joueurs venaient juste pour gagner une sélection sans vouloir gagner à tout prix. », ajoutant « Si vous voulez gagner, il faut bosser dur chaque jour », proclame-t-il. « Il faut accepter 3 % de changements mais ces 3 % sont les plus durs car ce sont les choses que vous n’aimez pas faire. »

 

Le Palmarès d’Eddie Jones

Il a gagné 2 fois le tournoi des VI Nations en 2016 (Grand Chelem) et 2017 avec le XV de la Rose.

Vainqueur du Tri Nations en 2001 avec l’Australie

Finaliste de la Coupe du Monde 2003 avec l’Australie, battu par l’Angleterre

Vainqueur du Super 12 en 2001 avec les Brumbies.

Finaliste de la Coupe du Monde 2019 avec l’Angleterre.

Il ne lui reste plus qu’à battre l’Afrique du Sud pour être sacré Champion du Monde.

Et son équipe est favorite, au vu de ses prestations jusqu’en demi-finale….

 

La Finale 2019  :  Le Chef d’Œuvre d’Erasmus

En ce 2 novembre 2019, à Yokohama, l’Angleterre affronte l’Afrique du Sud.

Aux commandes, 2 stratèges Eddie Jones et Rassie Erasmus.

Eddie Jones a montré sa valeur en étouffant la Nouvelle Zélande.

Erasmus n’a rien montré, il a gagné ses matches en utilisant la puissance de ses joueurs, formatés pour user l’adversaire, par une incessante épreuve de force. Rien de génial, un rugby monocorde et ennuyeux, mais efficace.

Il est donc normal que nous, les puristes, amoureux du beau jeu, soyons derrière les English….

Mais le rugby est un jeu bizarre, qui se pratique avec un ballon, qui ne tourne même pas rond.

Dès le début du match, il est clair que les anglais ne sont pas dans leur assiette, fébriles, maladroits, malchanceux, ils perdent leur excellent pilier, Sinckler, dès la deuxième minute.

Leur mêlée est régulièrement enfoncée, et l’arbitre français, Jérôme Garcès,  siffle pénalité sur pénalité au profit des Boks . Ils ne dominent même pas la touche, et Itoje est placé sous l’éteignoir d’une défense remarquable qui empêche toute offensive anglaise.

Il est clair que les anglais n’ont pas récupéré physiquement de leur énorme match face aux Blacks, et que cette faiblesse va leur coûter cher face à la puissance des Boks

Les demis Sudafs se régalent, Faf De Klerck tourbillonne autour de la mêlée, Handre Poulard fait un sans faute au pied, en transformant les pénalités et en renvoyant les anglais dans leur camp.

Et cerise sur la gâteau, ce qui n’arrive jamais en finale, les Springboks parachèvent  leur victoire en marquant 2 essais de 3/4 ailes, le premier à gauche par Mapimpi, le second à droite par le magicien stadiste Cheslin  Kolbe.

 

Comme un symbole, Eben Etzebeth (2,03m) soulève le plus petit de l’équipe sud-africaine Cheslin Kolbe (1,71m)

Il y aura donc un joueur du Stade Toulousain Champion du Monde !

Mêlée, Jeu au pied et Puissance Physique, c’est sur ces 3 points clés que le sélectionneur a construit sa stratégie victorieuse.

Après le chef d’œuvre de Eddie Jones en demi-finale, on pourra parler du chef d’oeuvre de Rassie Erasmus en finale.

Letrophée dans les mains du capitaine Bok, Siya Kolisi

Epilogue

La victoire des Boks n’est pas une surprise, ils ont gagné le Tournoi 2019 des Nations du Sud, en battant les Blacks, et avaient annoncé la couleur.

La magie anglaise n’a pas tenu jusqu’à la finale….

Le prochain grand match opposera la France et l’Angleterre pour l’ouverture du Tournoi des VI Nations 2020.

Espérons seulement que notre équipe de France, saura se mettre au niveau des hommes d’Eddie Jones….et que nous pourrons déguster un rugby flamboyant.

C’est tout le mal que nous nous souhaitons!

Bouillargues, le 2 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 04/11/2019 | Comments (0)
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La pêche à la ligne et les sorties du dimanche

Anirem toutis à Pinsaguel,
pesca la carpo et lè barbel*
Chanté sur l’air du Chœur des Soldats du Faust de Gounod

Dans les gènes des toulousains on trouve tout d’abord celui de la pêche à la ligne.

C’est le sport national, que tout natif de la région, pratique, a pratiqué ou pratiquera un jour, hommes, femmes et enfants réunis.

C’était du moins le cas pendant mon enfance.

C’est un “sport” populaire, ouvert à toutes les bourses, et offrant des types de pêche adaptables aux goûts et aux possibilités de chacun, du solitaire sportif, au père de famille plus tranquille, de l’enfant malin au grand père plus sage…

Tout le monde connait la pêche à la ligne, qui constituait un sujet royal et plutôt consensuel.  La tendance à l’exagération des prises était admise, et cela faisait partie du jeu, certains poussant le bouchon plus loin que d’autres, dans le monde des “pescofis”.

Pêcher à la ligne était aussi une formidable occasion de sortir de chez soi et d’aller explorer la région toulousaine, qui offre des sites très variés, notamment dans les départements de la Haute Garonne, de l’Ariège, du Tarn et du Tarn et Garonne, tous situés à quelques dizaines de kilomètres de Jolimont.

Comme mes parents étaient des gens raisonnables, qui ne voulaient pas faire prendre de risque à leurs enfants, ils évitaient la Garonne, profonde et dangereuse, sauf l’été aux basses eaux, les rivières à fort courant, et privilégiaient les petites rivières d’accès facile, comme la Lèze ou l’Arize, qui descendant des Pyrénées, venaient confluer avec l’Ariège ou la Garonne à proximité de Toulouse. Nous aimions aussi, près de Revel, les lacs de St Férréol et du Lampy, et le Tarn à St Sulpice.

Un dimanche à la pêche, c’était l’assurance d’une belle journée en plein air, dans un site agréable, avec l’espoir de prendre beaucoup de poisson. Une vraie coupure avec la vie citadine et scolaire !

A 50 kilomètres, on trouvait des sites accueillant au bord de l’eau, où toute la famille pouvait s’installer en pleine nature, manger sur l’herbe, pêcher facilement des poissons pas trop gros, avec du matériel simple et peu coûteux.

Eté 1943 mes parents, Emma et André, à la pêche au bord du Tarn à St Sulpice. Je vais naître en juin 44

 

Tant que nous n’avons pas possédé de voiture, mon père se débrouillait pour disposer le dimanche d’un véhicule emprunté à la Sncf : d’abord un fourgon 1000 kg Renault, puis le Tube, un fourgon tôlé Citroën. Tout le monde s’installait sur les sièges situés à l’avant à côté du chauffeur, et on disposait d’une vision panoramique sur le paysage. A cette époque, où peu de Français possédaient une voiture, c’était déjà un privilège!

La taille du véhicule permettait de transporter tous les impedimenta pour la pêche et le repas.

Il fallait du matériel, les cannes à pêche démontables en roseau ou en bambou, l’épuisette, le panier en osier contenant les bouchons (ou flotteurs) en liège et les plumes, les hameçons, le crin, les plombs pour lester le bas de ligne, et les appâts, essentiellement asticots ou vers rouges.

En arrivant sur le lieu de pêche, mon père “appâtait”, c’est-à-dire qu’il jetait dans l’eau, en amont de l’endroit choisi pour poser les gaules, un mélange de pâte à base de farine de blé agrémentée de diverses mixtures plus ou moins secrètes destinées à attirer le poisson, il y mettait parfois de l’anis. L’effet en était très variable, et plutôt faible si l’on se réfère aux bas niveau des prises…

Un des grands enseignements retirés de cette pratique, c’est l’apprentissage de la patience. Quand on pêche au “coup”, c’est-à-dire que l’on laisse le bouchon dériver au fil de l’eau, selon le courant, il peut se passer de longues minutes avant de sentir une touche. Et si l’eau n’est pas transparente, on ne sait pas si un quelconque poisson s’intéresse au vers ou à l’asticot accroché à l’hameçon. C’est une vraie école de patience. Quand l’eau est translucide, on peut voir le poisson s’intéresser à l’appât, et il est possible d’aller le lui mettre sous le nez, si l’on peut dire! Mais si on le voit, il peut aussi nous voir.

Tout change quand une touche se produit, la tension monte, le pouls accélère, l’instinct du chasseur/pêcheur resurgit. Il ne faut pas ferrer trop tôt, avant que le poisson n’ait mordu à l’hameçon, ni trop tard, car le poisson “suceur” a pu relâcher sa prise, ou le poisson vorace tout avaler, ce qui va entraîner une difficile opération pour extirper l’hameçon englouti profondément. Cela arrivait fréquemment avec les perches japonaises ou les poissons chat, poissons éminemment voraces.

Eté  1961  A la pêche à la Lèze. Josiane, mon père André, mon oncle Louis

 

Ces types de poissons se trouvaient surtout dans le canal du midi, on n’en trouvait pas dans les petites rivières pyrénéennes comme l’Arize ou la Lèze, nos préférées.

Qu’y prenait-on ?

Des goujons, des ablettes, des gardons, des vairons, appelés localement rabotes, et plus rarement, parce que plus gros, des sièges (vandoises) et des cabots (chevesnes). Les truites se trouvaient plus haut en montagne, et il était rare d’en attraper. Il fallait alors les rejeter, car elles n’avaient pas la taille minimale requise.

Goujons, ablettes et gardons permettaient de réaliser de belles petites fritures, que notre mère répugnait un peu à préparer au retour…. ce qui fait, que, à l’issue de la journée, les poissons survivants étaient rejetés à la rivière.

Eté 1961  A la pêche au bord de la Lèze, le déjeuner au bord de la rivière. Emma, Denise, Louis de dos, André debout, Bernard, Josiane , Roger, et la célèbre 4CV Renault 509 BY 31

 

La pêche était un sport éminemment familial, et tout le monde pouvait tremper son bout de ligne dans l’eau. Mais l’adresse n’étant pas la qualité la mieux partagée, certains avaient une propension à emmêler leurs crins, à se mélanger avec la ligne du voisin, ou à s’accrocher à une branche d’arbre. On pouvait aussi s’accrocher avec un obstacle gisant au fond de l’eau, et là c’était plus grave, car ne sachant pas de quoi il s’agissait, on finissait par tirer fort et par casser la ligne…

Démêlage des lignes embrouillées, ou reconstitution des bas de ligne cassés, toutes ces opérations prenaient beaucoup de temps, et c’est mon père qui s’y collait… les deux mains occupées par la réparation, et la cigarette navigant entre ses lèvres, ce qui ne l’empêchait pas de ponctuer sa conversation par des “Et bé, couillon” bien sentis….

Malgré tous ces impondérables, c’était lui le meilleur pêcheur de la famille.

Il avait une vraie culture de “pescofi”.

Mais il refusait de se mesurer aux pêcheurs passionnés, qui se levaient très tôt pour aller sur “les bons coups” afin d’attraper du gros : brèmes, cabots, tanches, carpes ou anguilles.

Il ne faisait pas partie de ceux qui “gonflaient” leurs prises, et sa modestie détonait dans ce milieu.

Il privilégiait la pêche en famille et c’était tant mieux pour nous.

La pêche était une fête, comme aurait pu l’écrire Hemingway, à double titre.

Quant à moi, je fus un pêcheur assez moyen, je prenais du poisson, mais sans plus….

Je réalisais ma plus belle prise en m’entraînant à Jouy-en-Josas avec une canne à lancer, tout en révisant un cours de droit avec Michel H. le brochet que je sortis de l’eau faisait la taille règlementaire, et je me souviens que cet exploit, “involontaire”, avait fort étonné le beau-père Fournier, qui lui en vrai pêcheur, consommait ses captures, ce qui a dégoûté à tout jamais Marie-Claire, mon épouse, du poisson de rivière…

En fait, la pêche n’était qu’un prétexte intelligent pour aller s’aérer le dimanche à la campagne, quitter l’appartement de Jolimont et découvrir un joli coin de la région toulousaine, tout en parcourant les belles routes départementales.

Les premiers repas étaient pris sur une simple couverture, assis par terre en tailleur, puis avec le temps, on s’est équipé avec du matériel de camping, tables et chaises pliantes (voir 3ème photo : été 1961).

Tout le monde n’était pas obligé de pêcher, les dames tricotaient, et les enfants pouvaient jouer aux cow-boys et aux indiens avec des figurines en plastique dans le sable au bord de la rivière.

La sieste après le repas, en plein air, était aussi fort agréable…

1955 Labarthe sur Lèze. Mon père André et moi, Roger (11 ans)

 

C’était finalement un loisir peu coûteux, populaire et familial qui a marqué de nombreux dimanches de notre enfance.  Il fallait être actif et débrouillard, patient et adroit, autant de qualités à développer en “jouant”.

Pour les enfants, c’était effectivement un jeu…..un jeu en pleine nature.

Au cours de ces journées champêtres, on avait le temps de découvrir par une observation “in situ”, la faune et la flore, toute cette vie qui se développe au bord des rivières.

Et le plus important, c’était pour nous les enfants de passer beaucoup de temps avec nos parents, dans un échange permanent dû à la pratique de la même activité, tout en bénéficiant d’un enseignement direct père/fils.

 

 

*Nous irons tous à Pinsaguel,
pêcher la carte et le barbeau

Par Roger Séguéla, , publié le 30/10/2019 | Comments (0)
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Découverte de ma famille italienne (1952-1953)

Dans le texte intitulé “Le Goût des Voyages”, j’ai évoqué l’importance des 2 voyages en Italie en 52 et 53.

C’étaient mes premiers grands voyages, à l’étranger de surcroît, dans un pays, où l’on parlait une autre langue.

A 8 ans, c’est une vraie découverte, une première immersion dans un monde différent, mais avec la présence des parents, dont une mère qui parlait italien.

L’enjeu familial était important : il s’agissait pour ma mère, de présenter à ses cousins italiens, son mari et ses enfants, et de montrer sa nouvelle situation sociale, avec un mari qui n’était pas paysan.

Les cousins avaient gardé d’elle le souvenir d’une gamine de 8 ans, suivant ses parents émigrant à l’étranger, pratiquement sans bagages.

Mon grand père Umberto Lui était parti en 1931 avec pour actif ses bras et sa force physique, et pour passif une famille à charge, sa femme et sa fille.

Deux raisons à son départ, fuir le fascisme et nourrir sa famille en recherchant du travail en France.

La découverte de la famiglia italiana devait se faire selon 2 étapes,

-d’une part la famille de ma grand-mère, les Rossignoli, Cugola,Passigato et Perina  plutôt installée dans la région de Vérone, et à Ostiglia

– et d’autre part celle de mon grand père Lui, regroupée à Schivenoglia, près de Mantoue, au bord du fleuve Pô.

D’où mes origines mantovano/veroneses.

Mes souvenirs tournent autour de 3 lieux :

– Corte Bollina, la propriété Lui de Schivenoglia

– la ferme Cugola à Ostiglia

– la propriété de Casa Rossa près de Villafranca dans la banlieue ouest de Vérone

 

1 – Corte Bollina : la propriété Lui de Schivenoglia (province de Mantoue) 

Devant la porte Maria Lui, puis Emma, Amelia, Rosa, Davina, Remo, devant Roger, Bernard, et 2 petites voisines

C’était le fief de la famille Lui, qui l’occupait dans sa totalité.

Ma mère y vécut les 8 premières années de son enfance avant d’émigrer en France.

C’est là que la famille Lui vint se loger à son retour du Brésil en 1913.

Ma mère en fait la description, et en donne le plan dans un document qu’elle a elle même rédigé (voir ses écrits, hélas trop succincts).

Dans mon souvenir, c’est une ferme agréable donnant sur une grande place ouverte en terre battue, qui la sépare de la rue principale.

Sur les photos, on voit une bâtisse assez massive, aux petites fenêtres fermées. La façade aurait pu être mieux entretenue.

Dans mon souvenir, l’oncle Giovani, doté d’un solide embonpoint, qui doit l’empêcher de travailler, dort sur un sac de foin à droite de la porte d’entrée. Apparemment, sa mission est de garder des cochons, qui se gardent tout seuls!

Tout le monde riait de le voir avachi au soleil. Il ne nous aura pas laissé un souvenir glorieux.

Mon meilleur souvenir de Schivenoglia restera l’achat d’une glace au chocolat au marchand à bicyclette! “Un gelato per favore!”

L’ambiance semble un peu tendue chez les Lui. Notre charmante cousine, Davina, souffrait d’une maladie pulmonaire, expliquant son teint diaphane. Les fenêtres restaient fermées. C’était une maison de vieux, de malades….

Remo aurait pu apporter une touche de jeunesse, mais avec Davina, ils semblaient perdus parmi tous ces anciens!

Corte Bollina  1952 – Giovani, à l’extrème gauche, gardant le cochon dans la cour devant la propriété

On ressentait dans cette famille une atmosphère un peu étrange, les non-dits se faisant pesants, il ne fallait pas trop en dire à ma mère, les questions financières rodaient dans la pénombre.  Notre mère étant alors jeune et naïve, il leur était facile de lui raconter des histoires….

Je n’ai pas eu le souvenir d’une famille épanouie et transparente, la suite des relations de la famille Lui avec mon grand père Umberto devait hélas valider ce sentiment.  Il n’y avait pas beaucoup d’argent, mais le peu disponible suffisait à susciter rancœurs et jalousies.

J’ai compris plus tard que les italiens ne voulaient pas donner sa part d’héritage à mon grand-père, sous prétexte qu’il avait émigré. C’est pour la même raison, qu’ils avaient coupé les ponts avec les cousins brésiliens.

Il y régnait une atmosphère à la Mauriac, c’est du moins ce que je percevais.

2  –  La Ferme Cugola à Ostiglia

Il suffisait de traverser le Pô du nord au sud sur un pont métallique érigé par l’armée US en 1943, pour arriver à Ostiglia.

Et là l’ambiance était complètement différente, la “Jeunesse” était en train de prendre le pouvoir.

En effet, comme dans toutes les familles paysannes italiennes de l’époque, c’est le “pater familias” qui détenait tout les pouvoirs et les moyens financiers.

Les fils, majeurs, et déjà en charge d’une famille, devaient élever en cachette des lapins et des poules pour se faire un peu d’argent de poche. Leurs prénoms, dans l’ordre de naissance : Mario, Bruno, Ernesto et Renzo.

Mais sous l’impulsion de Bice, cinquième enfant et première fille, la préférée du  père Stefano Cugola, d’une beauté sauvage et d’une intelligence  exceptionnelle, un putsch familial venait d’avoir lieu, réussissant à récupérer les biens du père  pour les répartir entre ses enfants.

Nous arrivâmes à Ostiglia dans ce contexte de prise de pouvoir par les Jeunes, c’était électrisant et on ressentait toute cette excitation. La vie était aussi beaucoup plus gaie et dynamique, qu’à Schivenoglia.

C’était l’été et nous passions nos journées à nous baigner dans le Pô, avec la ribambelle de cousins de notre âge.

Quel bel été italien!

Ostiglia, été 1952, Bice, Elvira(?), Bernard, André, Emma, tous les petits cousins et cousines et moi devant ma mère

juin 2013. Lazise, au bord du lac de Garde : Roger, Bice, Laura, William et Bruno, devant la maison de ce dernier

 Nous avons revu Bice récemment, en juin 2013, à Lazise où elle réside, elle a conservé toute sa beauté, a épousé un riche commerçant. Elle a eu la vie et la réussite que l’on pouvait imaginer en 52/53.

3 – Le Domaine de Casa Rossa à Villafranca près de Vérone

Nous voici dans le fief Rossignoli, la famille de Cisella, ma grand mère.

Il n’y a que dans ce lieu que je l’ai vue heureuse, au milieu de sa famille et dans son terroir d’origine.

1952  Casa Rossa  – Debouts : Norina, Guido (Franco dans les bras), Cisella, x,  Vittoria, Gelmino, Assis : Maria, Dario, Gelmina, Emma, Bernard, André, Roger. Couché : le chien Bartali

Les Rossignoli étaient des paysans, gros travailleurs. Dans l’ascendance on retrouve des Tedesco, ce qui signifie “germanique” et on a des grands blonds, comme Cisella.  On appartient à l’Italie du Nord, sérieuse et laborieuse.

Là aussi, comme à Ostiglia, j’ai le souvenir d’une bonne ambiance, de gens ouverts et gais, toujours dynamiques et prêts à bouger. Quelle différence avec les Lui, plus renfermés, plus bourgeois…

Ils étaient ouverts sur le progrès et un soir nous partîmes tous en vélos pour aller voir un film en plein air, peut être “Riz amer”, ou un “Don Camillo et Pepone”. La soirée fut mémorable, car ma mère, qui transportait Bernard sur sa bicyclette, alla au fossé, heureusement sans mal, sauf quelques égratignures. Bernard se souvient encore de ce vol plané, il n’avait alors que 3 ou 4 ans.

Mon père s’intéressait à la pêche, hélas la physionomie des cours d’eau était fort différente : pas de cours d’eau serpentant paresseusement parmi les vallons, mais d’immenses canaux d’irrigation amenant l’eau des Alpes pour abreuver la riche plaine du Pô, avec un courant d’une violence dangereuse.

Pas de pêche au coup possible, mon père était fort déçu de ne pouvoir faire une démonstration de pêche à la ligne aux cousins italiens. Il faut dire que ces derniers, pris par les travaux des champs, n’avaient pas le temps de s’adonner à ce plaisir de fonctionnaire.

Dernier souvenir marquant, le chien “Bartali”, un brave chien loup  attaché par un fil de fer à une longue barre fixée tout le long de toute la façade. Il parcourait ainsi de nombreux kilomètres journaliers en courant de droite à gauche et retour.

4 – Les Suites

Ces deux voyages, en 52 et 53, m’avaient ouvert des horizons nouveaux, très enrichissants pour un enfant de 8/9 ans. J’espérais alors qu’il y aurait une suite, me permettant de revoir cette nouvelle famille et d’apprendre l’italien. Il y avait là des racines à explorer, des contacts à développer…

Et puis, plus rien, on ne parla plus de repartir visiter les cousins italiens, ni de les inviter. Problème financier, lassitude de mon père qui n’aimait pas voyager et qui ne pouvait pas communiquer avec les italiens, pour un problème de langue? Fatigue de ma mère qui devait faire l’interprète en permanence, ce qui était épuisant ? Autres raisons que je n’ai pas comprises ?

Toujours est-il que le contact fut rompu pour moi, ma mère seule entretenant des relations épistolaires en italien.

Une chance était passée… La porte s’était refermée. Je n’apprendrai pas l’italien en vacances dans la famille, et je n’aurai pas le loisir de découvrir mes cousins et cousines italiens… Che  peccato!

Bouillargues le 25 février 2019

 

Par Roger Séguéla, , publié le 15/10/2019 | Comments (0)
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Le goût des voyages

 

J’ai toujours aimé les voyages.

Pourquoi ?

Un certain nombre de raisons expliquent cette attirance.

Analysons-les.

 

L’atavisme Familial 

Il est très fort.  Si du côté Séguéla, on était casanier, attaché à sa terre, difficile à bouger, la situation était totalement inverse côté italien.

Mon arrière grand père Andrea Lui avait émigré au Brésil, mon grand père Umberto en France. Pour ce dernier, la patrie se confondait avec le pays nourricier, celui qui permettait de gagner sa vie pour nourrir sa famille.

Du côté de ma grand mère Rossignoli, on était métayer et on déménageait quasiment tous les 2 ans. La mobilité était une réalité permanente.

Il était normal, dans ces conditions, que ma mère aimât les voyages, quand mon père préférait rester à la maison.

Sur ce plan, j’ai hérité de ma mère…

 

La Lecture

Paradoxalement, la Lecture fut pour moi une grande incitatrice aux voyages. Je lisais beaucoup, notamment des romans d’aventure et des récits de voyage. Jules Verne y jouait un grand rôle, avec “Le Tour du Monde en 80 jours”, “Michel Strogoff”, “Cinq semaines en Ballon” et d’autres aventures. Il faut citer aussi les récits de Jack London, James Oliver Curwood, Henri de Monfreid et plus tard Blaise Cendrars et Pierre Loti….La liste n’est pas exhaustive, il faut y rajouter des BD’s comme Tintin. Le mythe du globe trotter nous inspirait!

J’avais une envie profonde de découvrir le monde, sur les traces de tous ces aventuriers, à une époque où les photos des sites éloignés étaient encore rares et en noir et blanc. Quelle différence avec aujourd’hui, où assis dans son fauteuil, on dispose d’un grand nombre de chaînes de télévision, qui vous font découvrir le moindre détail d’un paysage du bout du monde ou la vie d’une peuplade reculée.

C’est beau, la Connaissance est multipliée, mais le Rêve est tari et on ne fait plus appel à l’imagination.

 

La Fascination des Trains

Descendant d’une longue lignée de cheminots, il était normal que je m’intéresse aux trains. Ce n’était cependant pas leur aspect technique qui m’attirait, mais l’immense moyen d’évasion qu’ils représentaient. L’aviation n’en était alors qu’à ses débuts, l’automobile pas encore démocratisée, le train était le seul moyen (à part le bateau), pour partir au loin. Et la proximité de la gare Matabiau, les discussions avec père et grand père, dans un milieu totalement Sncf, tout me ramenait vers le train.

La gratuité pour les familles d’employés à la Sncf rendait le rêve envisageable: j’avais une possibilité de voyager au meilleur coût, du moins en Europe, ce qui suffisait à mes désirs de l’époque. C’est ainsi, à bon compte, que je pus voyager en Italie et en Allemagne. Quelle chance!

Il y avait la magie des locomotives à vapeur, le charme des compartiments pour 8 passagers, le rythme régulier procuré par le changement de rails, le balancement des voitures, les photos de sites remarquables français au dessus des sièges et sous la galerie à bagages, le passage du contrôleur en uniforme et fier de son métier, le couloir où les voyageurs allaient fumer.

La découverte des paysages par la fenêtre me passionnait, et j’y prenais un plaisir fou, curieux et observateur comme j’aimais l’être. C’était mon côté géographe.

Que dire enfin des trains de nuit où je passais mon temps à lutter contre le sommeil et à imaginer de belles histoires, en traversant les villes endormies et les campagnes où quelques lumières scintillaient au loin… Je ressentais alors les émotions des vrais explorateurs !

Les voyages étaient longs et le temps passé en train était déjà du temps de vacance.  Voyager était un plaisir, et on ne comptait pas les heures, bien au contraire. Il fallait quasiment 24 h pour relier Toulouse à Hambourg. Le voyage durait 2 nuits, le jour intermédiaire étant consacré à une visite à pieds de Paris.

Quel beau souvenir que ce trajet de Paris à Hambourg par une nuit d’hiver glaciale et enneigée! C’était pour Bernard et moi, au Jour de l’An 63, une vraie aventure dans le Grand Nord!

 

Les Premiers Voyages 

Collioure mai 1948 : un voyage en train jusqu’à la mer

En mai 1948, mes parents firent un premier séjour à Collioure, ma mère ayant souhaité passer quelques jours au bord de la mer. Le voyage se fit en train, c’était la première fois que j’en prenais un.

La situation était compliquée, car mon père fit au moins 2 aller-retour à Toulouse pour voir sa mère, ce qui n’arrangea pas les affaires du couple.

Mais pour moi, c’était une aubaine, j’avais ma mère pour moi tout seul en vacances au bord de la mer… Une raison forte pour aimer la mer et les voyages.

 

Collioure  le 7 mai 1948   avec ma mère, j’avais presque 3 ans

 

Les Voyages en Italie : Etés 1952 et 1953 (Rome/Naples/Pompéï/Vérone)

Mais il y avait fort heureusement une famille en Italie, et des cousins que ma mère souhaitait aller voir, pour leur présenter son mari et ses enfants.

Il y avait aussi des monuments historiques à visiter, ce qui décida mon père, passionné d’histoire, à faire 2 voyages dans ce pays pour faire la connaissance des cousins, et découvrir les vestiges du passé.

C’est ainsi que nous fîmes 2 “expéditions” en Italie, en 52 et 53, qui m’ont laissé un immense souvenir. Ce fut une formidable ouverture sur le monde, à l’âge de 8 et 9 ans, et la découverte d’une société différente où, déjà, on ne parlait pas la même langue.

 

Juillet 1952, à l’intérieur du Colisée à Rome : Emma Roger et Bernard j’ai 8 ans, Bernard 3 ans

Ce furent deux immenses voyages. Il faut se resituer dans le contexte de l’époque, dans l’immédiat après guerre, où les gens ne voyageaient pas encore, pas d’infrastructures touristiques, des voyages encore chers.

Il fallait être cheminot, bénéficier de la gratuité, et avoir une bonne raison (famille) pour entreprendre une telle expédition, qui frappa tout notre environnement.

“Vous partez à l’étranger ? en Italie ? Y-a-t-il des toits sur les maisons ? (question posée par  Yvette Pinot, une amie des parents).

Nous faisions figure d’aventuriers, surtout quand on parlait d’aller à Naples!

Et effectivement, il fallait un certain courage, ou une certaine inconscience, pour s’embarquer avec 2 enfants de 3et 8 ans dans ces grands voyages. Heureusement que ma mère parlait italien….

Tout se passa bien, avec quelques incidents cocasses, comme l’arrivée à la gare de Naples, où rien n’avait été organisé. Nous étions tombés sur un rabatteur, qui avait flairé des touristes étrangers peu avertis. Il nous avait conduits dans un hôtel pouilleux près de la gare, où  la chambre n’avait même pas de clef….Mais, système D, mon père déplaça l’armoire pour bloquer la porte pendant la nuit….Naïfs mais pas idiots !

 

Août 1953  Vérone  Place aux Herbes, André, Emma, Roger et la cousine Giovanna (ou Nérina),  derrière moi

Ce fut aussi pour moi la découverte des cousins italiens, à Schivenoglia, pour le côté Lui (grand père Umberto), et ax alentours de Vérone, pour le côté Rossignoli (grand mère Cisella).

C’est à Schivenoglia que je prononçais mes premiers mots en langue étrangère. Un marchand de glace itinérant passait dans le village, il faisait chaud, les glaces au chocolat ma faisaient envie :

” si tu en veux une, vas te l’acheter !” et sans hésiter, je courus vers le stand ambulant et demandais “un gelato, per favore !”

Le marchand me servit avec un large sourire, devant mes cousins admiratifs, et je dégustais alors la meilleure glace au chocolat de ma vie.

Au retour en France, je fus amené à faire un exposé pour raconter ce voyage, à une classe captivée. Ce fut ma première intervention orale devant un public. Je l’avais bien préparée, documents à l’appui, et je fus récompensé par une très bonne note, et une certaine notoriété.

 

Les Colonies de Vacances 1954 à 1956

Je raconte cette belle expérience dans un texte intitulé “Mes Colonies de Vacances”, avec tous les bienfaits que j’en retirais, et tout le plaisir de découvrir des sites et des gens différents, notamment la Norvège durant l’été 1962.

 

Mes Vacances en Allemagne : 1958/1963

Ayant choisi allemand comme première langue, je participais en 1958 à un échange, qui me permit d’être reçu et de passer de longues vacances en immersion dans 3 familles allemandes :

– d’abord les Selle à Hambourg

-puis les Walter à Heilbronn dans la vallée du Neckar, près de Stuttgart

-enfin les Savelsberg à Münich

Cette expérience fut exceptionnelle.

En plus de la langue allemande, je découvris la civilisation germanique, la vie dans 3 familles fort différentes, et je continuais à apprendre à me débrouiller tout seul dans un milieu étranger.

Et je voyageais dans ce grand pays riche culturellement et varié dans son histoire.

Les grands voyages se faisaient en train, gérés par la Deutsche Bahn (DB), et les autres trajets dans les voitures des chefs de famille. Je pus ainsi expérimenter la Volkswagen à Hamburg, la NSU à Heilbronn et la Mercédès à Münich. C’est dans une Mercédès hyper silencieuse, que je fis souvent le parcours Münich/Innsbruck sur autoroute.

Quel plaisir!

A 18 ans, j’avais déjà eu la chance de beaucoup voyager, ce qui rendait d’autant plus impérative ma volonté de découvrir le reste du monde.

Mes vœux furent exaucés, puisque au travers d’occasions professionnelles et de choix personnels et familiaux, je pus parcourir une grande partie du monde.

 

Bouillargues,  le  24 12 2018.

 

Par Roger Séguéla, , publié le 09/10/2019 | Comments (0)
Dans: Chroniques | Format:

Bye bye Jessye !

« La cantatrice Jessye Norman, icône américaine de l’opéra, est décédée d’une septicémie lundi à New York à l’âge de 74 ans. »

Cette nouvelle brutale est tombée en ce dernier jour de septembre 2019.

On est toujours abasourdi, quand on perd des gens que l’on aime.

Et on ne pouvait qu’aimer Jessye!

Tout ce mardi 1er octobre, Radio Classique a diffusé des airs chantés par cette grande cantatrice, notamment, vers 19 h 30, “Dove Sono”, chanté par la Comtesse dans les Noces de Figaro. La pureté de sa voix reste un vrai enchantement.

Et la maîtrise de cette somptueuse soprano, avait quelque chose de divin.

Je me suis alors souvenu de quelques mot, écrits il y a quelques mois, après un choc vocal subi à son écoute et une sensation intense de sérénité.

Je vous les livre en l’état.

JESSYE  NORMAN  :  QUELQUES  INSTANTS  DE  SERENITE

Vendredi 2 novembre, vers 16 h, je rentre de Nîmes dans la Clio, la circulation est difficile, je suis bloqué sur le périph au carrefour de la route d’Arles.

J’écoute Radio Classique, le son Bose est excellent, Eve Ruggieri a programmé la grande chanteuse noire américaine, Jessye Norman. Elle chante des airs de Wagner* et des spirituals, c’est magnifique, la qualité sonore est excellente, je monte le son, la nuit tombe, je suis bien, mon corps est apaisé, pas la moindre douleur, tout fonctionne pour le mieux, est-ce cela le bonheur, ces instants de sérénité où tout baigne.

Jessye Norman  en  1994

 Je vais sur mes 75 ans, la plus grande partie de ma vie est déjà écoulée, et pourtant, malgré quelques problèmes de santé dus à l’âge, ou peut être à cause d’eux, j’apprécie à leur juste valeur tous ces moments de plénitude, qui se feront de plus en plus rares.

Je saurai en profiter, en positivant tous les évènements à venir.

Je suis vivant, je ne souffre pas, tout va bien autour de moi : la vie pourrait donc être belle?

* – Tannhäuser, La prière d’Elisabeth
– Tristan et Isolde, Mort d’Isolde
Orchestre Philarmonique de Londres Directeur Klaus Tennstedt
– Anonyme Spirituals, Directeur James Levine

 

Bouillargues, le 1er octobre 2019

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 02/10/2019 | Comments (0)
Dans: Chroniques | Format: ,

Vélo et liberté

Nous habitions rue Dessalles, sur le Plateau dit de Jolimont, au nord de la Gare Matabiau. C’était un quartier occupé d’abord par des cheminots qui pouvaient aller travailler à pied. Il n’était pas desservi par les transports en commun (la ligne 12 du tramway passait au faubourg Bonnefoy) et il fallait beaucoup marcher pour le moindre déplacement. Et le comble est que la rue Dessalles est l’une des plus pentues de la ville :  notre maison était située sur le haut, ce qui nous obligeait à remonter à pied toute les courses achetées chez les commerçants de la plaine…. Nous étions de très bons marcheurs…

Nous n’avions pas de voiture, et le petit vélo que mes parents m’avaient offert pour un Noël (peut être pour mes 8 ans) est le plus beau cadeau que l’on m’ait jamais fait.

C’était bien sûr un instrument de jeu, qui permettait de faire des courses avec les Beotéguy’s. Marc était meilleur sprinteur (il n’avait peur de rien et prenait beaucoup de risques) et moi j’étais meilleur grimpeur, la côte Dessalles était mon domaine… Nous pratiquions déjà ce que l’on qualifie de VTT de nos jours sur tous les terrains vagues du quartier.

C’était aussi un fabuleux instrument de liberté. Tout comme Modiano qui explorait Paris en faisant des cercles concentriques, j’explorais mon quartier puis la ville de la même manière, en m’éloignant progressivement…

Eté 1952  je pose sur mon petit vélo, casquette en arrière, pour avoir l’air d’un coureur, pendant que Bernard promène sa voiture rouge à pédales

Mes parents ne m’imposaient aucune contrainte, ce qui paraît extraordinaire aujourd’hui, ils avaient confiance en moi, et les rues étaient beaucoup plus calmes. Cette liberté était assez fabuleuse et développait en nous le sens de l’exploration et de la découverte, en nous procurant une certaine assurance et le sens de la responsabilité.

Ainsi je pouvais me déplacer facilement, d’abord pour aller voir mes copains dans le quartier Jolimont/Marengo, puis plus tard mes camarades de lycée dans toute la ville et même en banlieue.

Je ne me souviens pas avoir eu le moindre accident de vélo, le seul incident est dû à une expérience originale que j’avais tentée par une belle soirée d’été, après le dîner, quand la nuit n’en finit pas de tomber… Il y avait alors sur le plateau de Jolimont une butte, qui servait notamment à des courses de moto-cross. Nous avions l’habitude de prendre beaucoup d’élan et d’attaquer frontalement la butte, haute de 3 à 4 mètres. La vitesse nous permettait de faire un petit saut de quelques dizaines de centimètres avec le vélo. Le vainqueur était celui qui réalisait le plus beau saut.

Pris ce soir là d’une idée autant originale que saugrenue, je décidais de faire le saut dans l’autre sens en partant du haut du plateau et en sautant vers le bas, en prenant bien sûr un peu d’élan. Et comme je voulais être le premier à tenter l’opération, je l’expérimentais tout seul…

Je pris mon élan, arrivais au bout de la piste, eus la sensation de voler dans l’air pendant quelques secondes, fabuleux, je m’en souviens encore, je volais, comme dans la chanson*, puis plus rien, si ce n’est que je recouvrais mes esprits un peu plus tard, le nuit commençait à tomber, j’étais groggy sur le sol à côté de mon petit vélo.  Progressivement je fis l’inventaire de mes muscles, de mes os, de mes membres : tout fonctionnait, même le vélo, à quelques détails près avait survécu au vol plané… Je décidais alors de rentrer sagement à la maison, sans rien dire à personne – pourquoi inquiéter mes parents, qui œuvraient bien sereinement – et j’allais me coucher…

Ayant alors mesuré la gravité du risque pris, je décidais, premièrement de ne jamais recommencer l’expérience, et deuxièmement de n’en parler à personne.

*Il est libre Max

Il est libre Max,

Il y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler

Chanson de Hervé Cristiani (1981)

Bouillargues, le 05 11 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 26/09/2019 | Comments (0)
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Le siècle des chemins de fer dans la famille Séguéla

Dans la famille Séguéla, on ne lisait pas la Bible, on lisait “La Vie du Rail”, qui, comme chez beaucoup de Cheminots, constituait une vraie Bible, le journal de référence.

En écrivant sur la jeunesse de mon grand père Jean Marius, et en relisant les notes laissées par mon père André, je me suis rendu compte qu’il y avait un lien très fort entre les Hommes de la famille et les Chemins de Fer.

 

Les  Hommes

Aussi loin que l’on remonte dans le temps, les Séguéla étaient des paysans, cultivateurs, manouvriers, brassiers, tous attachés à la terre, sans en être propriétaires.

C’est Pierre Séguéla, 1824/1908, qui le premier abandonne le travail de la terre pour celui de meunier.  “Il transportait, avec son âne le blé ou la farine du moulin au paysan, en quelque sorte, il était courtier en grain et en farine”, comme l’écrit mon père. C’est pour cela qu’il portait un béret basque blanc.

Son  premier fils,  Pierre Séguéla, dit le Pierril del Maurel, mon arrière grand-père,  s’engagea le premier dans les Chemins de Fer à leurs débuts. Vers 1875, il entra  à la Compagnie du Midi, en tant qu’ homme d’équipe, et travailla dans les gares de Toulouse Lamagistère, Castelnau d’Estretefonds et Grisolles.

Il fut le héros d’un acte de bravoure, qu’il aimait raconter à l’issue des repas de famille.  Retraité en 1910, il était garde champêtre en 1920/21, “quand le pont de Pompignan (pont qui enjambe la voie ferrée au milieu du village), s’effondra. Le rapide Paris/Toulouse était annoncé. Il prit une lanterne et marcha sur le ballast au devant du train. Il fit les signaux règlementaires pour le faire stopper, évitant ainsi une catastrophe.  Il reçut une gratification de 50 Francs.”

Sa bravoure n’avait d’égale que son intégrité. “Témoin d’un accrochage entre une automobile et une charrette de vendangeur appartenant à un voisin, il refusa au Maire de Pompignan le faux témoignage qui aurait innocenté le charretier, en fait le vrai fautif”.

Pierre Séguéla, dit le Pierril del Maurel – 1855/1933

Avec un tel père, Jean Marius Séguéla ne put faire autrement, à sa démobilisation en janvier 1919, que de rentrer à la Cie des Chemins de Fer du Midi (voir texte sur sa jeunesse).  Faut-il y voir un signe, il avait fait la guerre de 14 à 17 au 12ème escadron du “Train” des Equipages !

Mon grand père Jean Marius Séguéla au début des années 20

Sa sœur Maria avait également épousé un cheminot, Pierre Astorg, 1880/1915, employé à la Cie du Midi, où il fit une belle carrière. Il mourut de la tuberculose  à Perpignan où il était sous chef de gare. Agé alors de 35 ans, il était promis à un grand avenir  dans un secteur en plein développement.

Ils eurent un fils Roger, ce qui me valut l’attribution de ce prénom.

Pierre Astorg à l’âge de 18 ans  1880/1915

Avec un père, un grand-père et un oncle cheminots, mon père André Séguéla ne pouvait échapper à l’attraction  des chemins de fer. Il avait pourtant fait une école de commerce toulousaine, mais il avait 20 ans en 1941. Il fut incorporé aux Chantiers de Jeunesse, dans les Pyrénées, et pour lui éviter le STO (Service du Travail Obligatoire, qui envoyait des français remplacer dans l’économie allemande les hommes qui étaient au front),mon  grand père le fit engager à la Sncf,  affectation qui l’empêchait, en tant qu’ agent des chemins de fer, d’ être envoyé en Allemagne.

 Mon père André Séguéla aux Chantiers de Jeunesse en 1941/42     

Mon grand père évita ainsi le STO à beaucoup de jeunes toulousains en les faisant entrer aux chemins de fer. Il ne fut pas médaillé pour autant, c’était son devoir d’humaniste.

Mon père fut d’abord employé comme surveillant dans les trains de marchandise régionaux. Il occupait une guérite  placée sur le dernier wagon du train d’où il surveillait les alentours. Il parcourait régulièrement les lignes au nord est de Toulouse. Il occupait cette fonction quand il rencontra ma mère en 1943.

Dans la cabine de pilotage, sur la ligne Toulouse/Labruguière, détente en jouant à la belote

A la fin de la guerre, il intégra le Bureau des Litiges, où il fit toute sa carrière, jusqu’à la retraite prise à 55 ans en 1976.

 

Le  Monde Cheminot

Les Compagnies de Chemin de Fer, rassemblées dans le cadre de la Sncf, constituaient un monde très particulier, un monde à part, que j’ai connu dans ma jeunesse.  Une famille pouvait vivre sans jamais le quitter, la prise en charge était complète.

Les Economats Sncf fournissaient tous les produits nécessaires, dont les produits alimentaires. Ils arrivaient à être compétitifs dans l’immédiat après-guerre. L’arrivée de la grande distribution allait les disqualifier.

Un régime de santé parallèle fut créé. Enfant, j’allais consulter gratuitement au Dispensaire Sncf. Mais la qualité n’y était pas : je me souviens du Dr Virenque, qui devait me soigner pour une scoliose, et qui m’apparaît avec le recul d’une médiocrité affligeante.

Les enfants allaient dans les colonies Sncf, gratuites et de bonne qualité. Je passais mes vacances à Quiberon, Soulac/Mer, St Sulpice La Pointe.

La très belle Bibliothèque Sncf de la gare Matabiau me permit de lire romans pour enfants, BD’s, littérature sans bourse délier.

C’est au TCMS, Toulouse Cheminots Marengo Sport, que mes parents acceptèrent de me laisser pratiquer l’athlétisme (1000 m en cadet), après avoir refusé les sollicitations du Club de Fronton. On ne pouvait pas refuser la demande du club cheminot…

N’oublions pas la gratuité des titres de transport pour la famille, j’en profitais jusqu’à mon mariage.

Il y avait aussi des Services Sociaux, dont faisaient partie les Cours de Couture qui permirent à ma mère de nous habiller au moindre coût : il n’y avait que le tissu à acheter. Les jardins d’enfants, etc

Tous ces avantages, ajoutés à la retraite avancée, à cause des conducteurs de locomotive, mais dont bénéficiaient tous les employés de la Sncf, faisaient de la Sncf un monde privilégié, recherché et jalousé. Les grèves “dures” menées par la Cgt n’étaient pas étrangères à ce résultat.

 

La Culture Cheminote

Il y avait une vraie fierté de travailler aux Chemins de Fer. C’était un monde à part, géré techniquement par des ingénieurs de haut niveau. Je me souviens de mon grand père sur un quai de la gare, voyant arriver un train, consultant sa belle montre à gousset, et disant sentencieusement, “il fait l’heure”.

L’avance technique du matériel, l’organisation millimétrée du trafic ( enfants nous lisions couramment le Chaix, l’annuaire des horaires, réalisé par des ingénieurs, et difficile à lire pour le commun des mortels), les records de vitesse battus régulièrement par les trains français, tout cela contribuait à donner au personnel et aux familles le sentiment d’appartenir à un groupe différent des autres et supérieur.

La France était alors fière de son organisation ferroviaire!

 

D’autant plus qu’après 1945, les voitures automobiles étaient encore rares et chères et que l’essentiel des déplacements se faisait en train.

Ce fut pour moi une chance, notamment pour mes voyages en Allemagne, qui étaient gratuits, et auraient été impossibles sans un père cheminot.

Les Séguéla, après avoir été chasseurs/cueilleurs puis longtemps paysans, et attachés à la terre, devinrent pendant plus d’un siècle, une famille de cheminots (de  1875 à 1976) !

L’omnipuissance de la Cgt, qui régentait totalement la Sncf, la mauvaise organisation des Services, fort décriée par mon père, l’incompétence d’une grande partie du personnel, et un besoin de liberté dans le travail, me firent rejeter toute idée de faire une carrière de fonctionnaire.

Ma jeunesse dans le monde cheminot m’avait permis d’en connaître les forces et les faiblesses. Le monde libéral m’offrait un avenir beaucoup plus vaste et enrichissant, à condition, bien sûr, de travailler

Si l’on excepte mon bisaïeul meunier, je fus le premier Séguéla à faire une carrière dans le monde de l’entreprise privée. Bernard suivrait cette voie via les services informatiques. En 2003, je créais la première sarl de la famille, Bullus, à laquelle furent associé Raphaël et nos épouses. Il créa plus tard Home Services, entreprise de rénovation florissante. Anne-Lise s’orienterait vers le professorat d’histoire et géo. La parenthèse “chemin de fer ” était terminée.

Bouillargues, 14 01 2018.

 

PS / Je me dois de rajouter la “parenthèse cheminote” de mon frère Bernard, qui fit, en tant qu’étudiant, un stage d’apprentissage rémunéré au métier d’aide conducteur, à Pâques 71. Il travailla ensuite 2 mois, juin/juillet après une longue grève des conducteurs de train, pour obtenir une prime de vacances, puis durant les vacances de noël pendant quelques années.

Il se souvient encore de la tête de notre père, lorsqu’il a découvert la différence de salaire entre leurs 2 fonctions. Comme les pilotes chez Air France, les roulants étaient beaucoup mieux payés, du fait de leur forte capacité de nuisance….

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 08/09/2019 | Comments (0)
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