Rue de la Paix n°4

Le 4 septembre 1967, je suis incorporé à la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris.

Le 4 décembre 1967, je m’installe dans mon bureau au 4 de la rue de la Paix.

En 3 mois, je suis passé de l’Armée au Business !

Le 4 rue de la paix est le deuxième bâtiment, côté soleil, après la rue Danielle Casanova à droite (suite aux arcades de la place Vendôme)
Mon bureau était au premier étage au-dessus de l’entresol

Un Service Express

Le 4 septembre 67, je pensais débuter un service militaire d’une durée de 16 mois, ce qui programmait mon démarrage dans la vie professionnelle en janvier 1969.

Réformé (RD2), le 21 septembre, je quitte définitivement l’armée le 24 octobre.

Dès le 24 septembre, je me mets en recherche d’emploi, visant un poste pour début janvier 1968.

Mais les choses vont aller très vite, je rencontre le PDG de la CGFCI, Johnny Hughes, le courant passe, il est pressé, moi aussi, et nous faisons rapidement affaire : entrée en fonction dès le 4 décembre. Je me passerai de vacances de Noël !

Un Contrat simple

Johnny Hughes veut développer son affaire, un jeune HEC doit lui apporter du chiffre et de la crédibilité.

Pas de définition de fonction, « ma situation sera celle que je saurai me créer », me dit-il.

Comme je ne connais encore rien à l’entreprise, ce programme me va. Je pourrai toucher à tous les secteurs et voir ce qui me plaira.

En fait, je remplace les 14 mois restants de service militaire par un stage de découverte de l’entreprise de 19 mois.

Qui plus est, ce stage est rémunéré, je vais toucher 1500 francs par mois, près de 4200 € de

2020.

C’est Byzance !

Toute la famille est ravie, mes parents stupéfaits, c’est 2 fois le salaire de mon père.

Moralité, j’ai travaillé dur, et ça commence à payer.

J’ai 23 ans et demi.

La CGFCI/International Displays

J’intègre une entreprise dénommée CGFCI : Compagnie Générale Française du Commerce et de l’Industrie (CGF en abrégé), destinée dans son objet à toutes formes de négoce, de commerce et d’industrie. Une dénomination suffisamment large pour pouvoir tout y faire !

Créée en 1958, cette société prendra plus tard le nom de Cie Générale Française du Carton et de l’Imprimerie, beaucoup plus adapté.

Et sa filiale, « International Displays », permet de faire du négoce en cartonnage sur le marché de la publicité, notamment sur lieu de vente (la Plv).

Johnny Hughes me laisse le choix de mon titre. J’aurais pu tenter « Directeur Commercial » ou « du Marketing », mais je suis modeste et réaliste, un titre, ça se mérite, et je me donne celui « d’Attaché Commercial », ce qui va faciliter mon intégration.

Impression et Cartonnage

Johnny Hughes a préempté un marché juteux, la niche des boîtes de chaussures de luxe, celles qui, vu leur prix de vente, nécessitent une belle boîte en carton imprimé.

Il a acquis aux USA un procédé de thermocollage des boîtes en carton, le Wrap-Box, dont il a l’exclusivité pour la France. Les boîtes, imprimées dans deux usines à Limoux et Fougères, sont livrées en palettes et montées sur place à l’usine, grâce à des machines à thermocoller, prêtées contre caution.

Le marché français de la chaussure est alors florissant, de beaux souliers de qualité sont fabriqués dans toute la France, avec un point fort sur la région de Romans.

Le même procédé est utilisé pour les jouets, et la CGF réalise des boîtes de poupées, comme pour Petitcollin, à Etain dans la Meuse.

En 1967, le marché de l’habillement et du chaussant n’est pas encore envahi par les produits à bas prix. Les articles sont encore chers, ils nécessitent un emballage de qualité.

Les Souliers Gracia – la seule boîte à chaussure retrouvée 50 ans après (photos RS)

Johnny Hughes : Un patron atypique

D’origine américaine, Johnny Hughes ne laisse pas indifférent, il n’a rien à voir avec le profil physique des patrons du Cac 40. Il n’a pas fait de grande école, il connaît bien le terrain, il est opportuniste et excelle dans la vente.

C’est par ses techniques de vente assez personnelles qu’il a construit sa clientèle.

Il a su s’attacher des patrons provinciaux, en leur apportant la mode parisienne.

Il sait les inviter dans les plus grands restaurants, et même dans les boîtes à la mode…

C’est un excellent moyen de les fidéliser !

Il aime la vie et en profite allègrement. Il possède une maison avenue Foch, en achète une en Suisse, roule dans une Fiat 124 Coupé Sport 1967, gère les pertes de la boutique de mode de son épouse, sise au bas de la rue de Rennes, près du boulevard St Germain. Et cela bien qu’il soit en instance de divorce. Début 69, il part 15 jours en Tanzanie, et revient fier d’avoir tué un éléphant.

La Fiat 124 Coupé 1967

Il ne mélange pas sa vie professionnelle et sa vie privée.

Il a un look de play boy sur le retour, en pleine forme et le teint clair le matin, nébuleux et couperosé en fin d’après-midi, au retour de repas d’affaires par trop arrosés.

Tout le monde dans l’entreprise sait que pour travailler sérieusement il faut le voir le matin.

Et comme il a parfois du mal à tenir ses promesses, par exemple le 13ème mois donné en mai 68, et à développer avec sérieux ses affaires, je comprendrai vite qu’il n’y a pas d’avenir pour moi dans cette boîte, taillée à sa dimension.

Il est effectivement assez radin, et pinaillera même sur mes notes de frais.

Je le baptise « Tiburce », un gentil prénom affectueux.

Une Équipe Efficace

L’équipe, qu’il a constituée autour de lui, est courte et efficace.

Grete, ou Greta, est la secrétaire/assistante allemande de classe, organisée et efficace. C’est une petite blonde qui sait se faire respecter. Nous serons invités MC et moi, à dîner à son domicile, où elle nous recevra avec son compagnon eurasien.

Mme Rollin, est une directrice de production en pleine maturité. Elle connaît parfaitement le marché du cartonnage et de l’imprimerie et est intraitable sur les achats.

Elle gère le réseau des représentants multicartes, dont une de mes missions sera de s’affranchir, car ils sont plus au service du client que du fournisseur.

Elle a noué une relation privilégiée avec M. Reulet, le patron d’une imprimerie avec qui nous travaillons. Les repas d’affaire débordent parfois sur l’après-midi, et elle en revient pimpante et le rose aux joues. Tout le monde sait ce qu’il faut répondre si le mari téléphone !

Elle est assistée par sa responsable technique, un petit bout de femme vive et efficace, Mme Noël, que tout le monde, évidemment, appelle la mère Noël.

Le climat est excellent et je m’entends bien avec cette équipe féminine.

Il y a aussi 2 bons maquettistes, installés dans de vastes bureaux sur cour. Ils créent les modèles de boîtes, que le patron ou moi, allons présenter aux clients.

Pour certains industriels plus difficiles, nous faisons appel à des artistes free-lance, dont la notoriété flatte les égos.

Deux usines à Limoux et Fougères

Les boîtes sont fabriquées et imprimées dans deux usines situées à Limoux dans l’Aude et à Fougères, Ile et Vilaine.

Livrées sur palettes, elles sont montées en bout de chaîne chez le fabricant de chaussures.

Le SAV est fait par les directeurs d’usine, et les directeurs techniques, mais nous sommes tous capables de le faire, tellement le système du thermocollage est simple. Je me surprendrai moi-même de ma compétence technique…Et j’apprendrai accessoirement les métiers de l’impression, en devenant compétent en offset et en héliogravure.

Je me rends compte aujourd’hui que je suis souvent allé à Limoux et jamais à Fougères.

Une raison bien simple, Limoux est proche de Toulouse, et j’irai soit avec le Capitole en louant une voiture à Toulouse, soit avec la R8 personnelle, soit avec la Fiat 124 Coupé Sport.

En effet, quand il est absent, (Tanzanie, USA, Allemagne, Suisse), Johnny Hughes me laisse sa voiture, ce qui me permet d’arriver triomphalement à Jolimont ou au Blanc-Mesnil. Je laisserai la voiture de sport garée dans la rue dans cette banlieue, notamment pendant les grèves de mai 68 et il n’y aura jamais de problème.

Notes de Frais et Repas d’Affaires

Me déplaçant avec ma R8 personnelle, je découvre le charme des notes de frais. Cette voiture ayant été achetée d’occasion, elle s’amortit vite et dégage de la trésorerie.

Selon les destinations, j’utilise, soit la voiture, soit le train, en fonction de la distance et la facilité d’accès. Il est souvent compliqué de joindre certaines villes de province par la Sncf, comme Etain dans la Meuse !

Je découvre aussi le charme des repas d’affaires.

Jusqu’en 67, j’ai rarement eu l’occasion de manger au restaurant.

Avec Johnny Hughes, je vais découvrir tout le rituel du repas d’affaires, destiné à bien traiter le client.

Le modèle et la couleur de notre R8 achetée en 1967

J’en suis tellement surpris, que j’ai détaillé un premier menu dans un courrier du 17 janvier 1967 adressé à mes parents. Je cite :

« Repas excellent au Grand Hôtel de Valenciennes, hélas trop arrosé, mais j’ai bien tenu le coup. (Whisky, blanc de blanc, bordeaux, champagne et liqueurs). 12 huîtres énormes et steak au poivre délicieux ».

Je ne suis pas habitué à boire autant, le travail post-prandial est difficile et il vaut mieux rentrer en train qu’en voiture.

Ces repas me font découvrir des aliments nouveaux, comme les huîtres, les fruits de mer et une grande variété de fromages. Dans les premiers temps, je me gaverai littéralement d’huîtres, et de langoustes. Nous ferons aussi une débauche d’escargots, auxquels nous ne touchons plus du tout aujourd’hui.

Et je découvre le vin de Champagne, et mes premiers bons Bordeaux. Et là il y a fort à faire, car je n’ai encore jamais bu de vins de qualité. Il me faudra trouver une méthode pour savoir apprécier les meilleurs crus et développer mon goût.

Mon Premier Client : Pradet à Orléans, la marque Hungaria

Utilisant à fond le réseau HEC, je rentre en relation avec un ancien élève, qui occupe un poste de direction chez Pradet à Orléans. Cette entreprise fabrique des articles de sport à la marque Hungaria, célèbre en France depuis les coupes du monde de football de 1938 et de 1954, où les Hongrois de Ferenc Puskas s’étaient inclinés en finale face à l’Allemagne de l’Ouest, rendant éminemment sympathique le football hongrois en France.

Pradet achète mes boîtes et j’ouvre mon compteur avec un premier client.

Un buvard Hungaria, comme on en faisait dans les années 50 (archives Pradet)

C’est ma première vente, ma carrière commerciale a commencé, et j’ai apprécié le « jeu », qui consiste à rendre un produit (ou un service), indispensable à l’acheteur.

Je vais me prendre à ce jeu, en développant des qualités naturelles, qu’il me faudra améliorer par l’acquisition de techniques de vente.

Ces techniques, j’irai les chercher plus tard à l’École de Vente de Lesieur-Cotelle, mon futur et second employeur.

Un patron prévoyant : Mai 68

Johnny Hughes est un vrai patron, il sait que pour gouverner, il faut prévoir.

Il le démontre au moment de mai 68.

Au déclenchement de la grève générale, et avec la fermeture des raffineries, il y a une pénurie de carburant. Les transports publics ne fonctionnent plus.

Nous prévenons notre boss, Tiburce, que nous ne pourrons bientôt plus venir travailler….

Et là, il nous sort sa botte secrète, il a stocké dans un bureau une vingtaine de jerrycans d’essence, en toute illégalité. Il me confie sa Fiat Coupé Sport, avec mission d’aller chercher le personnel le matin, et de le ramener le soir à son domicile.

Cela fonctionne, nous arrivons vers 10 h/10h30 au bureau le matin, et repartons vers 16h30.

J’aurai donc exercé la fonction de chauffeur du personnel, mais sur voiture de sport !

La Gestion

L’un des charmes de la CGFCI, c’est que je peux toucher à tout. Je m’intéresse aussi à la gestion. J’analyserai les frais généraux, décomposerai frais fixes et variables, et reverrai leur imputation sur le prix de revient des produits, de façon à bien connaître leur rentabilité.

Je mets en place une vraie comptabilité analytique, permettant une juste connaissance de la rentabilité, et la réalisation de devis précis. Nous pouvons ainsi ne pas donner suite à des affaires insuffisamment rentables.

En mai 68, je calculerai les hausses de salaire, (7+3) %, sachant que l’inflation de 13%/an annihilera rapidement cette augmentation.

Le 4 rue de la Paix : un emplacement stratégique pour la mode parisienne

Ce n’est pas par hasard que Johnny Hughes a installé ses bureaux rue de la paix.

C’est l’épicentre du Paris de la Mode, près de la rue du Faubourg St Honoré, entre l’Opéra et la place Vendôme, à deux pas de la rue Royale et de la place de la Concorde.

C’est aussi le centre du Paris historique.

Évidemment, c’est destiné à impressionner les clients, et ça fonctionne.

Deux bureaux donnent sur la rue de la Paix, celui du PDG, avec 2 fenêtres, et le mien, avec une seule.

Je suis gâté, je n’aurai jamais plus de toute ma carrière un bureau aussi bien situé.

Et cerise sur le gâteau, en me retournant, à travers la fenêtre, de l’autre côté de la rue, au 1er étage du 3 de la rue de la paix, je peux suivre les défilés de mode de la maison de Haute Couture : Madame Grès (anciennement Maison Paquin).

Un clin d’œil aux défilés de mode des pompiers de paris évoqués dans ma chronique sur « la vie d’un sapeur inapte au fort de Villeneuve St Georges » !

Le tableau ci-dessous évoque la sortie des employés de la maison Paquin, quelques décennies auparavant, comme aurait pu le faire le film de Woody Allen, « Midnight in Paris ».

Sortie des ouvriers de la maison Paquin, rue de la Paix, par Jean Béraud (XIXe s).

Une séparation en douceur

Mon engagement auprès de la CGFCI n’a pas rompu les contacts établis avec d’autres entreprises, notamment avec Lesieur-Cotelle et Associés (LCA).

Je me suis vite rendu compte que cette petite entreprise ne m’offrait pas les perspectives de carrière, que j’étais en droit d’espérer, vu les études réalisées.

C’était idéal pour un début, mais il fallait en sortir, pour profiter des opportunités offertes par une plus grande société structurée et organisée.

Je mène en parallèle des négociations qui aboutissent rapidement, fin février 1969.

La branche Entretien de Lesieur-Cotelle m’offre un poste de cadre de direction. J’aurai une période de formation d’une année sur le terrain, suivie par deux années, où j’exercerai toutes les fonctions commerciales, à Paris et en Province, et suivrai toutes les formations de l’école de vente.

Au bout de 3 ans, je serai cadre commercial opérationnel.

Et pour suivre cette formation de longue durée, je serai rémunéré 2500 francs par mois dès l’embauche, (environ 6000 € 2020), voiture de fonction fournie.

A 25 ans, cela ne se refuse pas.

Connaissant bien mon patron, je sais comment lui présenter les choses : je vais tout simplement lui demander une augmentation substantielle, puisque j’ai fait mes preuves et apporté un chiffre d’affaires conséquent, rentabilisant ma présence.

Évidemment, il tergiverse, répond négativement, puis finit par lâcher 50 francs.

Nettement insuffisant.

Je ne lui laisse alors pas le temps de réfléchir, et lui présente ma démission, qu’il ne peut pas refuser.

C’est une technique, qui permet une séparation en douceur, tout en restant bons amis, puisqu’il me propose de rester son conseil en gestion.

Cette mission sera de courte durée : ma première prestation ne sera jamais rémunérée…Et nous en resterons là !

Épilogue

Après le numéro 4 de la rue de la Paix, à Paris, je me retrouverai dans l’immeuble ultramoderne de la société Lesieur-Cotelle au Pont de Sèvres, à Boulogne.

Après l’imprimerie et le cartonnage, j’aborde la chimie et l’alimentaire….

Une nouvelle vie va commencer.

Un autre grand changement est aussi programmé, nous décidons, MC et moi, de mettre en route notre premier enfant, Raphaël, qui naîtra à Grenoble le 23 juin 1970, 5 ans après notre mariage.

Quelques années plus tard dans mon bureau moderne du Pont de Sèvres (photo RS)

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 14/02/2021 | Comments (0)
Dans: Chroniques | Format:

La vie d’un sapeur inapte au fort de Villeneuve St-Georges

Dans une chronique intitulée « RD2-Miracle au Val de Grâce », j’ai raconté l’histoire de ma réforme du service militaire, jusqu’au 21 septembre 1967, date à laquelle le médecin colonel a prononcé la fameuse formule magique, RD2, me rendant à la vie civile.

Commission de Réforme et Sociologie

Mais je n’étais pas libéré de l’armée pour autant, il fallait que cette décision soit validée par une commission de réforme.

On m’indiqua immédiatement un délai minimum de 3 semaines pour passer devant ladite commission, qui se déroulait hebdomadairement à St Mandé, à l’hôpital Begin.

Mais c’était compter sans la lourdeur de la bureaucratie, qui sévissait déjà à l’époque.

Je dus attendre 4 semaines jusqu‘au 20 octobre pour comparaître enfin devant ladite commission, qui ne pouvait, sauf cas exceptionnel, qu’entériner la décision prise au Val de Grâce.

Un choix cornélien se posa alors, le 20 octobre était la date à laquelle je devais passer l’oral d’un certificat de licence de « Sociologie Générale », dont j’avais passé l’écrit à la Sorbonne début juin.

Par jeu, et par esprit de compétition, à HEC, on aimait s’inscrire à des examens de fac, sans jamais aller aux cours, pour démontrer leur facilité et étoffer notre CV.

La sociologie, avec la psychologie, faisait partie de ces sciences fourre-tout embryonnaires et à la mode, où il suffisait de deviner la pensée politique des professeurs, pour réaliser le devoir écrit qui les satisferait.

Nous étions passés maîtres dans cet exercice, et j’étais capable de faire sur mesure la dissertation adhoc.

Donc sans aller aux cours, ce que j’ai regretté plus tard, j’aurais pu aller humer l’air de la Sorbonne, quelques mois avant mai 68, j’avais rédigé la dissertation, qui me rendait admissible à l’écrit et m’envoyait passer l’oral….

Hélas, le 20 octobre, je dus sécher l’oral de socio, n’ayant pas le don d’ubiquité, pour ne pas rater la commission de réforme.

Ce n’était finalement pas un mal, je me rendis compte plus tard qu’un diplôme de sociologie n’était pas forcément un atout dans une carrière de cadre dirigeant dans le privé (à moins de vouloir demeurer dans les relations humaines) !

Si je l’avais obtenu, je l’aurais sans doute retiré assez vite de mon CV.

Donc le 20 octobre, je suis définitivement libéré de mes obligations militaires, et le 24 au matin je retire mon livret militaire à la caserne Champerret.

Mais entretemps, 4 semaines s’étaient écoulées, 4 semaines perdues, passées à la caserne des sapeurs-pompiers de Villeneuve St Georges.

Perdues certes mais riches d’enseignement, elles me firent encore plus apprécier la chance d’avoir été réformé, et d’avoir évité ce long tunnel fastidieux et inutile.

L’entrée du Fort de Villeneuve St Georges (photo BSPP)

Sapeur Inapte au Fort de Villeneuve St Georges

L’armée ne lâche pas facilement ses proies, et bien que classé « Inapte », je dus effectuer un mois de pseudo service, dans la caserne des sapeurs-pompiers du Fort de Villeneuve Saint Georges.

C’est l’endroit où j’aurais dû faire mes classes (4 mois à l’époque chez le Pompiers).

Je n’y ai passé qu’une nuit, celle du 4 au 5 septembre 1967, le soir de mon incorporation.

Le Fort de Villeneuve St Georges en 1967,
la formation des sapeurs (photo BSPP)

Un peu d’histoire : après la défaite de 1871 face à la Prusse, l’état-major s’aperçut que la capitale était mal défendue. Dans les 10 années suivantes, 12 forts furent construits autour de Paris, dont celui-ci.

Il devait défendre le sud de Paris, la Seine et les voies ferrées venant de Lyon et d’Orléans.

Il était conçu pour accueillir des canons et 1200 soldats.

Il ne sera jamais utilisé.

En 1966, il fut affecté à la formation des aspirants sapeurs-pompiers, à raison de 600 jeunes recrues par an, soit 100 tous les 2 mois, qui venaient s’intégrer dans l’armée des 8000 pompiers militaires opérant sur Paris et la petite couronne.

Classé « inapte », je fus affecté à des tâches administratives, c’est-à-dire dans un bureau, où il n’y avait quasiment rien à faire.

J’y retrouvais 4 sursitaires qui y achevaient leur service en roue libre, et qui eurent bien le temps de me raconter la vie de la caserne.

Ils avaient réussi à se faire classer inaptes, après avoir fait les classes.

Et ils avaient beaucoup d’histoires à raconter, qui toutes mettaient en avant les travers de la vie militaire. J’en raconterai certaines que je n’ai pas oubliées…

Mon Organisation

Étant marié, j’avais le choix entre coucher à la caserne ou rentrer chez moi tous les soirs. Évidemment je choisis l’option 2, même si j’avais 3 heures de transport par jour, entre Le Blanc-Mesnil et Villeneuve St Georges, via les gares du Nord et de Lyon, par train et métro.

Seule obligation, être à la caserne entre 7 h 45 et 18 h.

D’où nécessité de prendre le train de 6 h 15 le matin, ce qui est vraiment tôt pour moi. Ceux qui me connaissent peuvent en témoigner. Se lever à 5 h 45, c’est inhumain, et oblige à se coucher tôt, alors que je ne rentre qu’à 19 h 30. Mais dans le cas présent, sur mon petit nuage, je m’adaptais avec jubilation !

Je vivais au rythme d’un banlieusard, et personne ne s’en plaignait à l’époque.

Les évènements de 1968 étaient pour plus tard, et la formule « Métro-Boulot-Dodo », n’avait pas encore été inventée.

Personne ne se plaignait encore des conditions de transport. L’ère des pleureuses n’avait pas commencé.

Heureusement la journée au bureau était éminemment calme, et permettait des temps de récupération. En s’organisant bien avec mes collègues, on se ménageait des siestes réparatrices !

L’impressionnante voûte de l’entrée du fort, empruntée tous les matins à 7 h 40,
et pas encore décorée en 1967 (photo BSPP)

La Moyenne

C’est la plus belle histoire dont je me souviens, d’autant plus intéressante qu’elle est vraie.

Le bureau de l’administration militaire, où j’étais affecté, était sous l’autorité d’un sous-officier, vraisemblablement un caporal-chef, qui gérait, entre autres, les résultats des épreuves hebdomadaires, passées par les conscrits durant leurs classes.

Il y avait deux épreuves, notées sur 20.

La meilleure note ne dépassait jamais 13, et il fallait avoir 14 de moyenne pour avoir une permission du weekend.

Autant dire que personne n’avait jamais eu de permission pendant les classes.

Ce système pervers en était d’autant plus pérenne.

Or pendant le mois de septembre 1967, le colonel dirigeant la caserne, eut la bonne idée d’ajouter une troisième épreuve.

Notre caporal fit la moyenne comme d’habitude, et la grande majorité des élèves-sapeurs eurent le droit de partir en permission.

Il refit cent fois ses calculs, mais il trouvait toujours le même résultat.

Évidemment, aucun des sursitaires ne lui révéla la faille du système.

Il fallut qu’au bout de plusieurs semaines, un élève obtint une moyenne de 21/20 pour qu’il aille voir le colonel, aussi ahuri qu’une poule ayant pondu un œuf d’autruche.

Le colonel, un peu plus futé que son sous-off, ce qui était tout de même logique, eut tôt fait de découvrir le pot aux roses.

Pour notre caporal, qui l’avait toujours fait ainsi, faire la moyenne consistait à diviser la somme des deux notes par 2.

Malgré l’adjonction d’une troisième, il avait continué à diviser par deux, ce qui avait fait le bonheur de deux promotions d’élèves….

Évidemment il fut sévèrement charrié, mes collègues, qui avaient subi ses humiliations pendant leurs classes, ne se privant de lui démonter la profondeur de son incompétence.

J’assistais ainsi à quelques scènes où la vengeance des universitaires fut cinglante.

Ils lui démontrèrent, que s’il n’y avait pas eu l’armée, il aurait été incapable de trouver un emploi dans le privé, et qu’il aurait été SDF. Et le pire, c’est qu’il en convenait !

Qu’il était réconfortant de voir ainsi punie la bêtise des sous-offs.

J’ai malheureusement oublié la plupart des histoires relatives à la vie de la caserne.

Il me revient cependant le one man show que faisait l’un des 4 compères étudiant. En vrai comédien, il avait construit un sketch autour du défilé de mode d’un grand couturier, dont les mannequins étaient des pompiers. Il mimait la cérémonie et commentait avec des airs de gazelle. Il remportait à chaque fois un grand succès, en faisant évoluer le texte à chaque nouvelle prestation.

MC me rappelle qu’elle connaît bien cette histoire : je l’ai racontée au cours d’un repas de famille, chez les Gourdet en présence des Lavigne, avec un certain succès.

Le classement au QI des différentes armes

Les universitaires sursitaires avaient inventé un classement des différentes armes en fonction du QI.

Ils expliquaient qu’un engagé volontaire se voyait affecté à une arme en fonction de la note obtenue à l’examen :

-avec une note de 1 sur 10 maximum, c’était la légion

– avec un maxi de 2, il avait accès aux pompiers

-et il fallait au moins 3 pour être versé aux parachutistes

Ce qui permettait de dire aux engagés pompiers qu’ils auraient été incapables de faire un bon para.

Un Service presque totalement en Civil

C’est une performance assez étonnante que je parvins à réaliser.

Incorporé le 4 septembre, je devais être « habillé » en costume de pompier le 5.

Mais mon départ au Val de Grâce m’évita cette cérémonie.

J’y restais en civil pendant toute la durée de mon hospitalisation.

Je retournais au Fort de Villeneuve St Georges en dehors de la période normale de dotation des effets militaires.

Et je déambulais plus de 3 semaines, dans toute la caserne, du bureau à la cantine, dans mes vêtements civils, ce qui amusait mes collègues étudiants. Personne n’intervint, jusqu’au mardi de ma dernière semaine, où dans un couloir je tombais sur le Colonel, patron du fort.

Il daigna enfin me voir, et me demanda ce qu’un civil pouvait bien faire là ?

Je déclinais ma raison sociale, en l’appelant « Monsieur », car je ne connaissais toujours pas

le tableau des grades… (et je ne le connais toujours pas !).

Il m’envoya illico presto me faire habiller.

Je fis donc près de 2 mois de service militaire en portant 4 journées seulement le beau costume de pompier, que je quittais le soir avant de sortir, pour le remettre en arrivant le matin.

Il n’existe aucune photo de moi en habit militaire !

Je serai donc le premier de la famille à être dans ce cas.

Mon fils Raphaël sera le second.

Le port de l’uniforme chez les Séguéla : (photos archives familiales)

1  mon grand-père Jean en uniforme d’artilleur pendant la guerre de 14 – 18 (à côté de son épouse Maria)

2  mon père André vêtu de la tenue des Chantiers de Jeunesse en 1941

 

3  moi-même en 1965 en attente d’un uniforme que je ne porterai jamais

Servir ou Périr

C’est la devise de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris.

Elle est importante car elle montre l’engagement de ce corps d’armée au service de la population civile.

Un pompier risque sa vie tous les jours, même en temps de paix.

C’est ce qui donne sa noblesse à cette spécialité militaire, et vient atténuer quelque peu les ridicules inhérents à son organisation ! 

La photo dont ma mère avait rêvé : ce sera sans moi
(BSPP 1967)

La Préparation de l’Avenir

La réforme, tout à fait imprévue, vint bouleverser notre organisation pour le proche avenir.

Nous nous étions préparés à vivre chichement pendant les 16 mois du service, avec le seul salaire de MC, et l’aide de mes parents, prêts comme toujours à consentir un effort financier, comme ils l’avaient fait pendant les 3 ans d’étude à HEC. Seule différence, pas de frais de scolarité.

Ma grand-mère Séguéla avait même promis un billet de 5000 anciens francs par mois.

Nous allions disposer de 520 + 200 + 50 = 770 francs par mois, soit environ 2150 € (valeur 2020).

Il fallait tenir, sans dépenses inutiles.

Nous y étions prêts, et cela ne nous posait pas le moindre problème. Nous savions que tout irait mieux après, et n’avions pas de gros besoin, hors loyer, charges et voiture.

Avec la réforme, tout change, les nuages sont balayés, l’horizon se dégage, je vais enfin travailler et toucher un bon salaire.

Nous pouvons derechef faire des projets !

La machine à projets se met en marche :

– emploi : je me mets immédiatement à la recherche de mon premier job.

– logement : nous voulons être propriétaires, et ne plus payer de loyer. Nous commençons les recherches pour acheter un appartement que nous verrions bien sur la rive gauche dans le 14ème arrondissement, ou mieux dans le 6ème. Il est permis de rêver !

– famille : nous sommes heureux de vivre nos premières années sans enfant. Nous décidons de continuer encore quelques temps. En fait, nous vivrons 5 années « mariés sans enfants », de très belles années que peu de gens ont pu ou su expérimenter.

– voiture : nous allons rapidement changer la 4CV Renault pour une R8.

– achats : l’habit faisant le moine, je fais l’acquisition des costumes et chaussures, qui me donneront le look d’un jeune cadre dynamique. L’aide de MC est précieuse, et je me transforme vestimentairement.

MC en profite pour renouveler sa garde-robe, d’autant plus que la mode des sixties est magnifique, et adaptée aux jeunes que nous sommes.

L’Adieu aux Pompiers

Dutronc avait fait une chanson qui vantait le prestige de la réforme, plutôt que celui de l’uniforme.

Le mois passé au Fort de Villeneuve St Georges, m’avait montré quelle chance j’avais eu d’être réformé et d’éviter 14 mois de service militaire.

Notre vie en avait été changée !

Et le 4 décembre, j’allais débuter en costume/cravate dans mon premier job, à la CGFCI.

Ironie du sort, je fus installé dans un magnifique bureau au 4 de la rue de la Paix, au 1er étage. Et juste en face, de l’autre côté de la rue, je pouvais apercevoir les défilés de mode de la grande maison de couture à la marque « Madame Grès ».

Un beau trait d’union avec le virtuel défilé de mode des Pompiers de Paris.

 

Source : courrier adressé par Roger Séguéla à ses parents entre septembre et décembre 1967

Remerciements pour sa collaboration éclairée à Marie Claire Séguéla

A suivre : « Rue de la Paix numéro 4 »

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 19/01/2021 | Comments (0)
Dans: Chroniques | Format:

RD2 – Miracle au Val de Grâce

RD2 = Réformé Définitif Sans Pension
Ou comment j’ai reconquis 14 mois de liberté !

Trois dates très importantes marquent cette année 67 :

– lundi 4 septembre 1967 : incorporation au régiment des Sapeurs-Pompiers de Paris, Porte Champerret.

–  jeudi 21 septembre 1967 : Val de Grâce, déclaré RD2, réformé définitivement, service militaire réduit de 16 à 2 mois.

– vendredi 20 octobre : passage devant la Commission de Réforme à Saint-Mandé et libération définitive le lundi 24 à 15 h 30, muni de mon livret militaire.

Ces 17 jours (du 4 au 21 septembre), auront marqué ma vie, ils constitueront mon haut fait militaire, « ma campagne du Val de Grâce ».

Ils méritent bien quelques explications, et une narration empreinte de sérénité et de jubilation.

Rares étaient alors les heureux élus, capables d’obtenir une réforme définitive sans pratiquement de motif valable. Ce fut une vraie performance, le résultat d’un cocktail de chance et de méthode, où rien ne fut laissé au hasard, une fois l’opportunité révélée.

Au départ, je ne disposais pas de la moindre chance d’échapper au service militaire.

A 23 ans, je venais de quitter l’École des HEC, diplôme en poche, prêt à ma lancer avec ardeur dans la vie active.

Les Pompiers de Paris

Mais il fallait d’abord régler le problème du service, d’une durée de 16 mois à l’époque.

La solution intelligente était alors de choisir la Coopération, d’une durée de 2 ans, qui pouvait offrir des opportunités intéressantes.

Étant marié, cette solution était difficile à mettre en œuvre. Ma situation matrimoniale me permettait de rester sur Paris, en ciblant une sinécure, l’armée de l’air, place Balard, où beaucoup d’étudiants faisaient un service « peinard », comme devait le faire mon ami Jean-Noël Ménétrat.

Pour assurer le coup, je fis appel à 2 oncles de la belle-sœur de Marie-Claire, qui se faisaient forts, vu leur entregent, de me garantir une affectation place Balard.

Confiant, j’attendis la feuille de route, qui arriva une semaine avant l’incorporation et m’envoya à la Brigade des Pompiers de Paris, tout juste créée en mars 1967.

Le piston avait fait long feu… et j’allais devoir combattre les incendies en grimpant sur la grande échelle, ce qui ne faisait partie ni de mes spécialités, ni de mes objectifs.

Et en plus j’avais alors une certaine appréhension du vide.

Un point positif, les gardes dans les théâtres !

J’allais œuvrer dans une unité d’élite, où l’entraînement était poussé, et le danger certain.

Et je ne voyais aucun moyen d’y échapper !

Après réflexion, je dus vraisemblablement cette affectation « d’élite » au fait que j’avais fait la PMS (Préparation Militaire Supérieure) et même obtenu la mention Bien à l’examen final. J’avais tout fait, en suivant de faux bons conseils, pour être officier et choisir mon arme !

Péniscola – juin 67

Flashback : Péniscola – juin 1967

La bonne compréhension de cette histoire nécessite un retour en arrière.

Dès la fin des cours, vers la mi-juin, nous prîmes la route en 4 CV pour Toulouse, où nous changeâmes de monture pour la 403 Peugeot des parents, et descendîmes en Espagne jusqu’à Péniscola, port pittoresque situé entre Barcelone et Valence, dans la province de Castellon.

Nous devions y passer 15 jours de vacances, dans un appartement neuf, à 10 mètres de la plage.

Tous s’y passa bien, même si la mer était froide (19°).

Et fait important, je rentrais avec une forte douleur aux oreilles

 

 

Un Été parisien – Antony/Le Blanc Mesnil

Au dispensaire de la cité universitaire d’Antony, début juillet, je consultais un docteur, qui ne trouva rien d’anormal et me donna des gouttes auriculaires. Quelques jours plus tard, toujours mal en point, je pris rendez-vous avec un otorhino, qui diagnostiqua une otite aigüe.

Je refusais l’opération (paracentèse), par manque de confiance dans la médecine universitaire, et optais pour un traitement de choc avec 5 piqûres à la cortisone et un traitement à base de pénicilline.

Sans le savoir, je venais de déclencher un enchaînement heureux de circonstances.

Je l’ignorais, la cortisone, à forte dose, provoque la production d’albumine.

Mon état de santé ne s’améliora que légèrement, du côté de l’audition. Mais sous l’effet des médicaments puissants, la fièvre disparut

Nous déménageâmes d’Antony vers le Blanc-Mesnil à la mi-juillet.

Étant disponible, je cherchais un job d’été.

Bien que fraîchement diplômé, le stage le mieux payé, trouvé grâce au Copar, l’organisme des étudiants, fut un travail de cariste/manutentionnaire, chez Duco, à Stains, une entreprise produisant des peintures, des solvants et des produits chimiques.

J’y travaillais tout le mois d’août, payé 3 francs 60 de l’heure, pour 10heures par jour.

Ce qui me permit de gagner 900 francs, (2500 € en 2020), une belle somme avant de partir au service.

Point important pour la suite de mon histoire, je travaillais dur et toujours debout à manipuler des objets lourds. D’où une certaine fatigue physique….

Et en 3 mois j’aurai perdu près de 6 kg, passant de 69 à 63. Je flotte dans mes pantalons.

La caserne à base « triangulaire » de la porte Champerret

Incorporation le 4 septembre 1967 caserne de la porte Champerret

C’est dans ce bâtiment que je subis la traditionnelle coupe de cheveux. J’avais préparé le terrain, et le coiffeur d’origine ariégeoise m’évita l’humiliation habituelle.

Après un premier examen médical, nous fûmes acheminés vers la caserne enterrée de Villeneuve Saint Georges, où je passais ma première nuit de sapeur-pompier, toujours en civil, dans une chambrée troglodyte.

Surprise le mardi matin, avant d’aller me faire habiller en sapeur, je fus appelé et conduit en ambulance militaire à l’hôpital de Port Royal, au Val de Grâce.

On me dit simplement que l’analyse de mon taux d’albumine avait révélé un niveau trop important : j’avais 1,10 g/l, alors que le maximum pour les pompiers de Paris était à 1 g/l.

Et comme l’Armée ne s’embarrassait pas de cas litigieux avec des conscrits susceptibles de demander des pensions, on allait me faire un complément d’analyses.

Le Val de Grâce – Entrée Principale

Séjour au Val de Grâce – 5 au 22 septembre 67

Un point d’histoire, il convient de rappeler que l’abbaye royale du val de Grâce fut élevée suite à un vœu d’Anne d’Autriche, qui avait dû patienter 23 ans avant de mettre au monde le fils de Louis XIII, prénommé Louis, Dieudonné, le futur Louis XIV.

Cet évènement inespéré allait donner naissance au Val de Grâce, transformé en hôpital militaire par la Convention en 1793.

Débarqué à l’hôpital de Port Royal le 5 septembre, je me retrouvais au premier étage après l’entrée, dans une immense pièce équipée de 24 lits. J’occupais le premier lit en rentrant à droite, le plus proche de la sortie.

Débarrassé de la corvée des classes, je partis à l’aventure dans ce nouveau domaine, qui pouvait ressembler pour certains à une colonie de vacances. C’est ainsi que la plupart des conscrits concevaient cette période, pour se laisser aller dans l’inactivité la plus totale….

Je fis immédiatement connaissance avec des recrues intéressantes, des médecins qui voulaient se faire réformer.

Informés de mon taux d’albumine, ils me conseillèrent de pratiquer un régime capable d’empêcher ce taux de baisser. Le prélèvement ayant lieu tous les matins à 7 heures, il fallait que je me fatigue avant de remplir le flacon.

Je me levais donc à 5 heures, et j’allais faire 2 heures de pompes et d’exercices physiques pour me fatiguer, dans la zone des sanitaires.

Je suivis un régime alimentaire à base d’œufs et de bière.

Je me fis envoyer par ma mère un résultat d’analyse d’urine de 1961, où j’avais eu une albuminurie orthostatique, suite à un excès de compétitions sportives (1000 mètres et cross-country en cadets). Cela ne m’était arrivé qu’une fois, mais ce document allait jouer un rôle important.

Mes « conseillers », qui cherchaient à simuler la schizophrénie pour se faire réformer, me donnèrent une information capitale. Le patron du service, le major Martin, dont les études médicales avaient été payées par l’armée, voulait partir exercer dans le civil, après avoir accompli les 10 années qu’il devait à l’État.

Mais l’Armée faisait des difficultés pour le laisser partir.

J’avais donc une belle carte à jouer.

Il me reçut une première fois, et je lui fis part de toutes les maladies dont je pouvais souffrir. Il fit faire des études sérieuses sur tous les sujets évoqués, notamment la fracture du scaphoïde, dont je prétendis souffrir.

Lors de la deuxième et ultime visite, il me répondit qu’à part l’albuminurie, en voie de forte régression, (en effet, malgré mes efforts, le taux baissait inexorablement), je n’avais rien de grave, capable de justifier une réforme.

Je jouais alors mon va-tout, déclarant que je n’avais aucune fibre militaire, et que je serais beaucoup plus utile à la nation en faisant mon métier qui était de créer de la valeur pour enrichir le pays.

Après cette belle tirade, il ne répondit rien et me renvoya dans mes appartements.

Autant dire que je passais les jours suivants en plein doute, avais-je bien fait de me livrer complètement ?

Je continuais cependant mon régime, et pour me divertir, je participais aux activités proposées au foyer : ping-pong, babyfoot, billard.

Il y avait même une salle de cinéma, et je me souviens d’y avoir vu Jean Paul Belmondo dans « Léon Morin, Prêtre ». Le film idéal à voir dans une abbaye !

Il y avait également le chanteur Antoine, lui aussi en observation, mais il ne sortait hélas pas dans les jardins.

Je voyais tous les jours mon épouse Marie Claire, qui travaillait alors au ministère des finances à deux pas, place Saint Sulpice, et qui m’apportait la presse sportive et politique….

J’arrivais même à avoir une permission de 24 heures.

Arrivé au 18 septembre, je me retrouvais dans le brouillard le plus complet.

Je savais qu’avec plus d’un g/l d’albumine, on pouvait être réformé. Mais avec un gramme, on était dans un cas limite. De quel côté allait pencher la balance ?

Je venais de calculer que sur 12 sortants, seuls 2 avaient été réformés définitivement.

Je craignais la réforme temporaire, qui retardait le problème d’un an et compliquait les choses.

L’anxiété grandissait, et MC ne tenait plus en place.

Enfin arriva le matin du jeudi 21 septembre….

Matinée du Jeudi 21 septembre  RD2

A 8 heures précises, le médecin-colonel pénétra dans la grande salle, entouré de tout son état-major, et précédé par le major (ou capitaine, j’ai toujours eu du mal avec les grades), qui présentait les « impétrants ».

Étant le premier en entrant, je fus le premier cas à être traité.

Je me tins bien droit, et tout ouïe, en attendant les paroles divines.

Ce fut bref.

Le major prononça ces paroles que je n’oublierai jamais :

« Roger Séguéla, Albuminurie Orthostatique à un taux supérieur à 1 g/l depuis 6 ans. »

La réponse du médecin colonel jaillit instantanément et fut d’une concision extrême et aveuglante : « RD2 »

Les jeux étaient faits, j’avais gagné.

Une immense joie me submergea, que je ne pouvais surtout pas exprimer.

J’aurais voulu sauter au coup du major Martin, mon bienfaiteur, mais il abordait déjà le cas suivant, un jeune engagé que j’avais motivé et qui fut aussi réformé.

Un souvenir « cocasse » me reste de cette scène, un adjudant qui faisait partie des scribes du colonel, ne put s’empêcher de me glisser, plus bête que méchant :

« Réformé, vous ne pourrez plus travailler dans l’administration, vous serez obligé d’aller dans le privé » (sic).

Il ne savait quel immense plaisir il venait de me faire.

Dès la fin de la visite du colonel, je téléphonais immédiatement la nouvelle à MC, qui envoya un télégramme à mes parents.

Ils en reçurent deux, puisque je réussis aussi à leur en envoyer un dans l’après-midi.

Déserteur

Une telle bonne nouvelle devait être fêtée immédiatement.

C’est ainsi, que tout naturellement je quittais ma chambrée à 17 h, allais chercher MC à Saint-Sulpice, pour rentrer ensemble au Blanc-Mesnil, après avoir fait des courses pour fêter dignement cet évènement.

Nous fîmes un excellent dîner, escargots, grosses crevettes et vin blanc.

Dans l’euphorie du moment, j’avais totalement oublié l’armée française.

Le lendemain matin, vendredi 22, je me pointais au Val de Grâce, pour récupérer mes affaires et préparer la suite.

Je tombais sur mes voisins de chambrée effarés, me disant que sans leur intervention « intelligente », j’aurais pu être porté déserteur.

Ce que j’étais de facto puisque j’avais quitté mon casernement sans autorisation.

Ils furent chaudement remerciés, et je frémis rétrospectivement de cette erreur qui aurait pu me coûter cher !

Réformé et Déserteur dans la même journée, c’est une expérience plutôt rarissime !

La Morale de l’Histoire

Dans les Fables de La Fontaine, il y a toujours une morale.

Si je dois en tirer une de cette histoire, c’est qu’il faut savoir saisir sa chance, et utiliser les opportunités qui se présentent, en mettant en œuvre tous les moyens disponibles, voire à en inventer d’autres. L’appui des proches est un élément positif important.

Une fois engagé dans l’opération, il faut persévérer jusqu’à l’atteinte de l’objectif, sans se laisser déstabiliser par les obstacles rencontrés.

Ce qui nécessite une certaine confiance en soi et un optimisme raisonné.

Cette méthode m’aura été bénéfique tout au long de ma vie.

Et dans le cas présent, elle me fit gagner 14 mois de liberté !

Grâce à la cortisone, j’avais changé ma vie….

Et contrairement au titre, il ne s’agit pas d’un miracle, mais de l’application d’une stratégie délibérée, démontrant la suprématie du libre arbitre.

Sources : Courrier adressé par Roger Séguéla à ses parents entre juin et octobre 1967

Suite à venir : « un mois de la vie d’un sapeur inapte à Villeneuve St Georges ».

Remerciements à Marie Claire Séguéla pour son aide précieuse et éclairée

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J’ai le vague souvenir d’avoir atterri dans le même dortoir

que toi au Val de Grâce – rapatriement sanitaire d’Algérie

où j’étais en coopération, jaunisse – c’était en février ou avril 70 et j’ai occupé le premier lit le long du mur en entrant à droite.  Il y avait là une vingtaine de gars dans mon cas. Mon voisin de lit était un légionnaire

rapatrié de Tahiti pour les mêmes raisons ( il en était à sa troisième

jaunisse) qui le soir même est parti (en chemisette à plis) s’aérer au

Quartier latin sur quelques itinéraires que je lui avais confiés.

Reconnaissant, il a veillé sur mon confort pendant les mois (sans doute un

ou deux) où nous sommes restés côte à côte… Encore un soft miracle au Val

de grâce.

Michel Bénézy

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Mon service militaire au Val de Grâce est une des belles années de ma vie (1972).

Mon patron connaissait le colonel chef de Service de Biologie du Val de Grâce.

Après mes classes (1 mois) à Libourne, j’ai été affecté dans son Service en tant qu’anatomo-pathologiste car j’étais déjà interne en médecine depuis 1970.

J’ai pu vivre dans le monde médical parisien et beaucoup apprendre dans ma spécialité.

J’ai fait des études approfondies en pathologie pédiatrique à la faculté et à Necker.

Surtout j’ai préparé ma thèse de médecine sur une grande série de tumeurs testiculaires (178 cas avec ceux de Toulouse).

C’est une pathologie souvent chez le jeune homme et donc vue à l’armée.

J’ai aussi fait la bringue avec des laborantines et bien d’autres … j’ai même grimpé à Fontainebleau !

Bref un séjour très riche avant mon mariage en 1973.

Roger, je me souviens bien de ta réforme pour albuminurie 5 ans avant mon service militaire ! mais j’en ignorais la péripétie …

Jean Jacques Voigt

 

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 15/12/2020 | Comments (0)
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De la radio à la télé

Pendant mon enfance, dans les années 50, le poste de radio constituait le centre névralgique de la maison. Situé sur un meuble ad hoc en plein milieu de la cuisine, c’était le pôle autour duquel s’organisait la vie familiale, notamment pendant l’écoute respectueuse et silencieuse des informations au cours des repas.

Le Poste de Radio Ducretet Thomson

Tout aussi religieusement étaient écoutés le jeu des cent mille francs et les feuilletons de France Inter, comme “Les Mystères de Paris” d’après Eugène Sue.

Et par défaut le soir après 10 heures, quand les ondes “voulaient bien passer”, nous écoutions les informations sur Radio Sottens (Suisse), par manque de confiance dans une ORTF aux ordres du pouvoir, notamment pendant la guerre d’Algérie.

Nous écoutions aussi les matches de foot (le Tfc en déplacement), le Tour de France, et à l’époque les matches de boxe, Cerdan, Humez.

Il y avait aussi les concerts le soir pendant que mon père travaillait aux contributions. Il notait les références de ses morceaux préférés, les plus beaux, et plus tard il pourrait en acheter les disques.

Le Tourne-disque Teppaz

Un premier progrès, cet appareil permettait de choisir enfin la musique que l’on voulait écouter, sans être obligé de subir la programmation radiophonique.

La Guilde du Disque permettait alors de se constituer un premier socle de disques classiques à un prix abordable.

Mon père avait un bon jugement musical, les premiers achats furent pour les symphonies de Beethoven, des concertos de Mozart, et des opéras de Rossini (Le Barbier de Séville) et de Verdi (La Traviata).

Et pour nous, les enfants, l’Apprenti Sorcier de Paul Dukas, Le Casse-noisette de Rymsky Korsakoff et Pierre et le Loup de Prokofiev.

Le tourne disque ne pouvant fonctionner qu’avec le poste de radio, il me fallait des circonstances assez rares pour pouvoir écouter mes disques, pendant la journée, et en l’absence de ma mère, lors de ses cours de couture.

Mon Transistor avec Hautparleur Gründig incorporé, acheté à Munich en 1962, en même temps que l’électrophone Dual, avec mon salaire de figurant dans « the great escape ».

Il me fallut attendre longtemps pour pouvoir écouter ma musique dans ma chambre. J’essayais d’abord le poste à galène, un vrai échec, c’était un système compliqué et inaudible. Un premier poste à transistor me permit d’écouter la radio, en révisant mes cours et en faisant mes devoirs.

Contrairement à ce que pensaient les adultes, un fond sonore facilitait ma concentration.  J’avais du mal à travailler en silence.

Toute ma préparation du Bac et d’HEC s’est faite en musique !

Dans le coin en bas à gauche de la table, le transistor Gründig, Cillacères sept.62

Mon électrophone Dual avec le haut-parleur au mur, Antony 66/67

Et le soir je pouvais écouter, à partir de 22 h l’émission “Pour Ceux qui aiment le Jazz”, de Frank Thénot et Daniel Filipacchi. De là me viennent les bases de ma culture jazz. C’est le jazz de cette époque, qui est toujours resté mon préféré.

Les Disques

Avec un tourne disque, on pouvait envisager l’achat de disques, mais c’était une nouvelle dépense, alors qu’il n’y avait pas de nouvelle source de revenus pour l’ado que j’étais….

Je débutais donc petitement, et il me semble que mon premier achat fut un 33 tours « Le Gorille” de Georges Brassens. Je profitai de mes vacances allemandes (1958/1959), pour acquérir des 45 tours jazz, comme Mr Acker Bilk.

Mon premier disque “Le Gorille” de Georges Brassens

Le Rejet de la Télévision

Il nous fallut attendre l’attribution de la prime exceptionnelle d’installation, obtenue par Marie-Claire pour sa titularisation au Ministère des Finances, en janvier 1969, pour avoir enfin un poste de télévision à domicile. MC put acheter un magnifique Téléavia, le Portavia 111 dessiné par Roger Tallon. Cette télé design démodait d’un coup tous les autres modèles, et elle fut installée dans notre petit appartement du Blanc Mesnil.

Notre téléavia sur le bahut au Blanc Mesnil

J’avais alors 24 ans.

Pourquoi un tel retard ?

Mais parents s’étaient très tôt déclarés hostiles à la télé, faisant un amalgame entre le côté technique et le côté politique de la chose (il y avait aussi d’autres raisons cachées).

Ils firent un vrai blocage, vantant les avantages de la radio, qui permettait l’écoute, tout en faisant autre chose. C’était vrai pour mon père qui passait ses soirées à effectuer du travail à domicile pour le compte des contributions directes.

Pour eux, la radio était de qualité, la télé, avec son unique chaîne, populaire. C’était dans leur vision politique réductrice, un outil d’abêtissement des masses, dont il fallait se détourner comme de la peste…

Deux autres raisons cachées, le coût, élevé à l’époque, et la volonté de se démarquer des voisins… Peut être un péché d’orgueil ?

Mais là où le bât blessait, c’est quand il était indispensable de voir une émission, il fallait alors “quémander” une chaise chez des voisins, qui vous faisaient alors bien sentir leur supériorité. Ce fut le cas pour les matches de foot de la coupe du monde de 58 en Suède, où nous regrettâmes amèrement l’absence d’une télé, car il fallut implorer la permission des Labourgogne, pour voir quelques beaux matches de l’équipe de France et du Brésil, dans des conditions précaires, assis sur une mauvaise chaise ou carrément par terre.

Pour le tournoi des 5 nations, grâce aux frères Bentaberry, je pouvais me glisser dans le salon de leur grand-père, mais tout cela ne nous grandissait pas !

Ensuite, pendant mes études quasi monacales, l’absence de télé ne fut pas pour moi une gêne, j’y étais habitué, et je pus consacrer plus de temps à l’étude.

Mais une telle politique familiale avait été imposée aux enfants que nous étions, Bernard et moi, et nous étions sincèrement vaccinés anti télévision. Marqués par un tel blocage, il nous fallut un certain temps pour en sortir, ce qui démontre la forte influence des parents sur les convictions de leurs enfants.

En ce qui me concerne, je terminais HEC sans télé, ce qui pouvait encore se justifier, car je devais étudier le soir, mais je privais MC de ce plaisir, jusqu’en janvier 1969.

Ce fut assez tôt pour, le 21 juillet de la même année, vivre notre première nuit devant la télé, en assistant en direct aux premiers pas de Neil Armstrong sur la lune. Il aurait été dommage de manquer un tel évènement….

Nous gardâmes le magnifique Téléavia design noir et blanc jusqu’en 1979, pour le remplacer par un poste couleur.  Et le premier soir ce fut un magnifique Zorro, avec Alain Delon dans le rôle principal, qui ouvrit cette nouvelle ère et enchanta les enfants, Raphaël et Anne-Lise, dans notre maison du Plessis Paté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 24/11/2020 | Comments (0)
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Tribulations joviciennes d’un provincial sans voiture

C’est au début de la dernière semaine de septembre 1964, sous un soleil estival, que je débarque à Jouy en Josas. La première impression est très positive.  Je reprends, in extenso, les termes d’une lettre écrite à mes parents le 29 septembre, pour décrire le site :

“Premières impressions sur la résidence, elles sont excellentes.

Je crois que ça dépasse tout ce que l’on peut imaginer dans une cité universitaire. Par moments, cela touche presque au luxe !

Des boiseries jusqu’à mi-mur dans les chambres, du confort, un fauteuil, une table de loggia, 2 tables à rayonnage, etc….

Chambre d’élève, photo Daniel Sainthorant

Tout le côté donnant sur la loggia est vitré, et comme j’ai le soleil à partir de midi, c’est très agréable !

A l’extérieur, il y a un foyer remarquable, des amphis luxueux et un restaurant très moderne. Pour 130 francs, on y mange beaucoup mieux qu’au meilleur restau U de Toulouse ! Espérons que cela va continuer ainsi !”

Mais il y a un Hic, et de taille :

“Un seul problème, l’éloignement de Paris.

Une voiture s’imposerait, mais pas question pour le moment.

Une solution, entrer en relation avec un camarade, qui en possède une, et il y en a pas mal ici. Il y a peu de trains qui passent par Jouy et qui s’y arrêtent, la gare de Versailles Chantiers est à 6 kms.

Mais l’organisation d’un service de cars ne saurait tarder.”  (Promesse de gascon, jamais tenue)

Depuis 3 jours, il fait un temps magnifique, et dans ce cadre champêtre, on se croirait en vacances. Il y a même 2 grands étangs et une rivière qui traverse le domaine…”

Dès la première lettre, le problème est clairement posé, la Résidence est superbe, un seul problème, et de taille, comment faire pour répondre à l’appel de la capitale, sans voiture personnelle.

C’est alors que l’on se rend compte des quelques avantages de Tocqueville.

Mais une jeune HEC doit savoir se débrouiller, et n’ayant pas les moyens d’acheter un véhicule personnel, même d’occasion, je suis boursier et vraiment sans moyens, il va me falloir faire preuve d’imagination pour relier régulièrement Jouy à Paris.

Il n’est en effet pas question de rester cloîtré dans ce paradis champêtre de Jouy !

Ce n’est pas une, mais plusieurs solutions qui seront mises en œuvre.

Le plus facile, c’est d’aller à Paris à la fin des cours, au moment où beaucoup de camarades motorisés quittent le campus. Il y a toujours une place dans une voiture, qui vous dépose à une gare ou une station de métro.

Il faut bien dire qu’il existe une vraie solidarité, et que les chauffeurs partent rarement à vide.

Le départ le plus important a lieu le samedi à la fin des cours. Un réseau est vite créé, une bourse des départs s’organise, et il suffit de bien s’organiser en s’y prenant à l’avance.

Voilà le problème de l’aller Jouy/Paris réglé.

Le plus difficile reste le retour.

Il faut la plupart du temps, se débrouiller tout seul, du fait de retours tardifs et le plus souvent nocturnes.

Tout va bien jusqu’à la gare de Versailles/Chantiers, mais le soir et la nuit, point de correspondance pour Jouy en Josas, ni de ligne de bus.

Une seule solution, le Stop.

En 1964, l’autostop est une pratique courante, utilisé par une jeunesse mobile et démunie. Dirk, mon correspondant allemand fait l’aller-retour Hambourg/Toulouse en stop.

L’autostop est populaire et les étudiants bien vus par la population…

Je me retrouve donc pratiquement tous les dimanches soir, à faire du stop sous le pont des chemins de fer, sur la route de Saclay, à la sortie de la gare de Versailles Chantiers, généralement sous la pluie ou dans le brouillard.

J’ai toujours trouvé une voiture, avec un temps d’attente ne dépassant pas la demi-heure, sous un éclairage axial plutôt faiblard : une sacrée performance !

J’étais alors en mesure de brosser un tableau sociologique des conducteurs qui me prenaient dans leur véhicule.

J’avais toujours affaire à des hommes seuls. Le plus souvent, il s’agissait de travailleurs du soir, qui rentraient chez eux, ou bien de personnes venant

de festoyer ou d’assister à un spectacle.

Quelques souvenirs cocasses, comme cet ecclésiastique, qui semblait cacher un secret sur sa provenance, à cette heure incongrue pour un curé, et qui paraissait très gêné. Si la route avait été un peu plus longue, je pense que j’aurais pu le confesser. Ou bien ce chauffeur complètement saoul, qui en zigzagant, et à faible allure, parvint à me ramener sain et sauf à la porte de l’école….

Il y avait bien sûr aussi dans la liste l’homosexuel de service.

Le samedi soir, il fallait impérativement trouver une solution gratuite sur Paris, en me faisant héberger chez des camarades qui avaient de la famille à Paris, comme le toulousain Jacques Broda.

Il y avait aussi la solution Tocqueville, possible en période de vacances, ou le matelas pneumatique et le duvet dans une pièce quelconque, voire une cuisine, chez mes hôtes du soir…

L’hôtel n’entrait pas dans mes moyens.

Le Parc Automobile des Elèves et la Solidarité

Le premier trimestre fut terrible pour le parc automobile, qui subit une vraie hécatombe, avec une dizaine de voitures accidentées en 2 mois. Parmi les victimes, une belle MG et un joueur de l’équipe de rugby qui se retrouva à l’hôpital dans un corset de plâtre avec quelques vertèbres endommagées.

Et même un prof distrait vint percuter la 2cv d’un élève, la rendant inutilisable.

Ces accidents ayant servi de leçon, il y eut moins de dégâts au second trimestre.

La solidarité fut réelle, et les prêts de voiture fréquents.

C’est ainsi que je conduisais la 2cv de Laffitte, pour aller disputer un match de rugby à Bagatelle, par une froide journée d’hiver, (le mercredi 24 février plus précisément). A bord 3 collègues membres de l’équipe de rugby d’HEC, qui allait rencontrer Dentaire, sur un terrain gelé.

Rugby à Jouy au premier plan : Rudaux, x, Salvanet, y, Dietlin, Bon, je suis à l’arrière (à droite)

Le match fut rude.

En 2ème mi-temps, Dietlin, capitaine, commande une mêlée sur les 22 adverses. Comme à son habitude, Salvanet talonne habilement et Brossier, demi de mêlée, malin comme un 1/2 de mêlée, sert Polivka à l’ouverture. Jouant à l’arrière, je m’intercale, suis servi par ce dernier, et fixe l’arrière adverse, avant de transmettre le ballon à Bénézy, premier centre, qui va marquer à droite des poteaux l’essai de la victoire, un essai d’anthologie.

Sur ma fixation, je suis plaqué sèchement et tombe la main ouverte sur le sol gelé. Je transforme l’essai et termine le match malgré une douleur de plus en plus prégnante.

Et c’est en voulant passer les vitesses sur la 2CV, que je m’aperçus que j’étais incapable de manier le levier de vitesse…Fracture du scaphoïde, 3 mois de plâtre, j’allais devoir abandonner pendant au moins 2 mois la possibilité de conduire….

Autres conséquences, saison rugbystique terminée, mon compteur allait rester bloqué à 8 essais marqués et plus grave, impossible de faire les compositions écrites hebdomadaires.

J’imaginais vite une solution, et proposais à l’administration de me donner une secrétaire pour dicter mes devoirs. Cette offre fut acceptée, et pendant 3 mois, c’est la femme du surveillant général qui rédigea mes compos sous ma dictée. Cette solution me permit de rester en course et de sauver ma bourse. Je pourrais préciser, que je fus noté avec une certaine bienveillance, le censeur précisant sur mes copies, que je m’étais blessé en “défendant les couleurs de l’Ecole”.

Ce qui contribua à me faire gagner 180 places en première année par rapport à mon rang d’admission (245ème).

Mais un petit miracle allait se produire :

1 – ma guérison fut rapide, et je commençais très tôt ma rééducation, notamment en conduisant malgré le plâtre.

2 – je passais un accord “gagnant/gagnant”, avec un collègue, Pertuy, qui avait une belle 2CV et qui rentrait tous les weekends à Dijon.

Comme il avait des difficultés à garer la voiture à la gare de Lyon, je le conduisais le samedi à la gare et allais le rechercher le dimanche soir, en conservant l’auto.

De facto ma vie allait changer,

Finies les pérégrinations joviciennes,

Adieu train, métro, bus et stop,

Vive la 2CV !

Ce fut un printemps formidable, qui me permit de partir tous les weekends avec MC ma future épouse, notamment à Cabourg et Deauville, voire à Jargeau, sur les bords de la Loire.

Mai 1965    Avec la 2CV de Pertuy sur le pont de Tancarville – Photo Roger Séguéla

La liberté de déplacement, ce fut une vraie conquête !

Epilogue :

Le stage d’été de 1ère année, effectué chez Masurel, fut bien payé et me permit d’acheter, pour la somme modique de 2000 francs, une belle 4CV d’occasion pour la rentrée en 2ème année…

Toute liberté ayant son prix :  je dus m’habituer à utiliser la manivelle, et à gratter les bougies, pour la faire démarrer, par les matins humides et frisquets de la région parisienne, et dans les brumes joviciennes !

 

Roger Séguéla

Bouillargues le 07 novembre 2019

 

Photo Bonus : En Comptoir de Méthode

De gauche à droite, Laffitte, Séguéla, Lanèque et Lebas

Note de l’auteur : à l’époque on s’appelait par son nom de famille, pas encore par le prénom, et on ne se faisait pas la bise à tout bout de champ….et le port du masque dépassait l’entendement !

 

Par Roger Séguéla, , publié le 29/10/2020 | Comments (0)
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De ma naissance à la libération de Toulouse – 29 juin-19/20 août 1944

C’est le jeudi 29 juin 1944, à 14 h 30, que je suis né dans la maison de mes grands-parents Séguéla, au 27 rue Dessalles, plateau de Jolimont, où mes parents étaient hébergés depuis leur mariage, le 11 janvier de la même année.

L’accouchement fut réalisé par une sage-femme, Mme Cousty, qui devait également officier pour la naissance de mon frère Bernard, le 19 août 1949.

Seule différence, je suis né dans la chambre qui donne sur la rue, Bernard dans celle qui donne sur le jardin à l’arrière de la maison.

1944   Ma maison natale. Sur le trottoir mes grands-parents Jean et Maria Séguéla. Je suis né dans la chambre du 1erétage, à droite, au-dessus de la porte du garage. La façade est d’un beau rouge carminé

Et malgré les restrictions alimentaires, je ne souffrais d’aucune carence, ma mère était secrétaire à l’administration du rationnement, appelée communément « les Farines », et mes grands-parents activaient la filière d’approvisionnement familiale avec les cousins paysans de St Rustice, Pompignan et Aussonne, villages agricoles situés à 15 kms de Toulouse.

Première photo le 14 septembre 1944 à Aussonne – Aucune photo n’aura été prise sous l’occupation

Je me présentais donc comme un beau bébé bien dodu, et particularité rare dans la famille, doté de cheveux blonds, qui allaient foncer rapidement. Peut-être une résurgence de l’atavisme autrichien (Tedesco), du côté de ma grand-mère maternelle. Ma mère a conservé une belle boucle blonde, pour témoigner de cette originalité.

Le Contexte Historique

En plaisantant, mes parents m’ont souvent raconté que mon arrivée avait fait fuir les allemands, et qu’ils avaient décampé dès qu’ils en avaient eu l’information….

Enfant j’étais assez fier de cette histoire, qui faisait de moi un petit Zorro.

Mais j’appris plus tard qu’il n’en fut rien, et que les occupants ne quittèrent la ville que le 19 août. J’ai donc vécu 7 semaines et demie sous leur gouvernance.

Aucune photo de moi ne fut faite durant cette période. Mes parents avaient assurément d’autres préoccupations que d’immortaliser leur progéniture !

Ces faits éclairent ma naissance d’un jour différent, les mois de juillet et août 44 étant des mois à risque élevé pour la population civile, les soldats allemands devenant de plus en plus fébriles, vidant les prisons en exécutant les prisonniers résistants, et faisant partir de Toulouse le fameux train fantôme qui devait mettre 2 mois pour rallier Auschwitz.

La fameuse division SS « Das Reich » passa aussi par la ville rose, semant terreur et dévastation sur son passage dans la région, notamment à St Lys, dans la proche banlieue toulousaine, avant de se rendre tristement célèbre à Oradour.

Paradoxalement, ce sujet fut rarement abordé en famille, peut-être parce que ma mère, brouillée avec ses beaux-parents, refusait d’exprimer toute forme de reconnaissance, à priori normale, à leur égard.

Cependant quelques faits sont restés dans ma mémoire, notamment les bombardements.

Les 4 Bombardements subis par les Toulousains :

1 Le premier raid dans la nuit du 5 au 6 avril 44

Cette nuit-là, une quarantaine d’avions bombarde la ville. Bilan 22 morts et la destruction des usines Bréguet de Montaudran, et des ateliers industriels de l’air à St Martin du Touch.

2 Dans la nuit du 2 mai 44, une centaine d’appareils, évoluant à basse altitude, entre 1200 et 1500 mètres, et venant d’Afrique du nord, bombarde, vers 00 h 50, la poudrerie, l’arsenal, la gare, les usines de St Martin du Touch, et le pont d’Empalot.

Sept vagues de bombardiers lâchent leurs bombes durant 45 minutes. L’Onia (Office National Industriel de l’Azote), et futur AZF, part en fumée. Le poste de DCA de Pech-David est également détruit. Il y a 45 morts dans la population toulousaine, et de lourdes pertes chez les allemands.

C’est le bombardement le plus sévère qu’ait connu la ville.

3 – Le raid du dimanche 25 juin

Il s’effectue à 9 h du matin. Six escadrilles de 12 à 15 appareils attaquent les aéroports de Blagnac et Francazal, en volant à 3000 m d’altitude pour déjouer la Flak (DCA allemande), et détruisant les pistes et tous les appareils au sol. Il n’y aura pas de victimes civiles.

C’est vraisemblablement de ce raid que parlait la famille, en évoquant un spectacle extraordinaire et effrayant, et des avions lâchant leurs bombes de très haut.

4 – Le dernier a lieu le samedi 12 août vers 11 h 45 et vise les dépôts d’essence, sans faire de victimes civiles, mais provoquant de grosses pertes chez les ennemis.

Avec les tirs de la Flak allemande, cela faisait un beau spectacle que certains toulousains venaient admirer depuis le Plateau de Jolimont, un magnifique point d’observation. Les allemands occupaient même certaines belles villas avec vue, notamment la maison située au coin des rues Dessalles et Jolimont, qui possédait un grand toit terrasse.

Mais il y avait aussi le risque que les bombardiers pilonnant la gare de triage de St Jory et la gare Matabiau, toute proche, lâchent quelques bombes sur le quartier. Dans cette hypothèse, mon grand-père Jean Séguéla avait creusé un fossé à côté de la maison, dans la partie jardin. C’est là que je me suis souvent retrouvé avant et après ma naissance, pendant les alertes.

Le bruit ne semble pas m’avoir effrayé, et je n’ai eu aucune séquelle de ces séances où l’atmosphère devait être saturée par un effrayant bruit de tonnerre.

Il faut dire, qu’ayant été conçu sur un circuit automobile, je devais déjà avoir une certaine habitude du bruit !

Il est vraisemblable que je me sois trouvé dans cet abri de fortune le dimanche 25 juin, 4 jours avant ma naissance. Par chance les cibles (les aéroports de Blagnac et Francazal) étaient éloignées de Jolimont.

C’est celui du 2 mai qui fut le plus dangereux, avec le bombardement de la gare Matabiau.

Mais cette nuit-là, les aviateurs Alliés avaient opéré à basse altitude.

J’aurais aimé en savoir plus sur la nature de ce fossé-abri, sa profondeur, son mode de protection, son organisation, comment on y passait le temps. Mais cette histoire ne m’a jamais été racontée.

L’arrivée des FFI

Dans ma mémoire je retrouve quelques échos sur la génération spontanée de néo résistants de la dernière heure, qui s’étaient plutôt manifestés dans le marché noir, et qui faisaient du zèle pour faire oublier leurs turpitudes. Et comme souvent, les braves gens payaient pour les autres, comme ce fut le cas pour un voisin, M. Argence, qui, totalement inoffensif, mais ayant eu le tort de se proclamer « royaliste », fut dénoncé et interné près de 2 ans au camp de Muret.

Mon père et mon grand-père citaient un grand nombre de ces collaborateurs qui n’avaient pas été inquiétés à la Libération et qui tenaient à nouveau le haut du pavé.

Leur sens de la justice ayant été déçu, ils conservèrent longtemps une certaine rancœur à l’égard d’un système construit sur de mauvaises fondations. Leur espoir d’un monde nouveau s’était effondré, avec le retour aux anciennes pratiques politiques.

Le maquis Roger basé autour de Grenade sur Garonne etait dirigé par Albert Carovis

Premier à entrer dans Toulouse le 19 août, ce maquis devait prendre possession du nord de Toulouse et des endroits stratégiques, Poudrerie, aérodromes.

Peut-être l’une des causes secondes du choix de mon prénom, la principale étant la réussite de mon cousin Roger Astorg, le fils de ma grand tante Maria Séguéla ?

Le dimanche 20 août, l’entrée des FFI, Forces Françaises de l’Intérieur, place du Capitole

A partir du 19 août, les maquis convergèrent vers Toulouse, occupant progressivement les divers quartiers. C’est un jeune maquisard de 24 ans, le colonel Serge Ravanel, qui prit la direction des opérations, avant que ne soit nommé un Commissaire de la République en la personne de Pierre Bertaux, après la blessure de Jean Cassou pendant les combats de rue.

Des barricades sont érigées dans toute la ville, notamment sur le faubourg Bonnefoy, et des combats se déroulent dans toute la ville. 35 combattants résistants y laisseront leur vie.

  Une barricade sur le faubourg Bonnefoy 19/20 août 44 (photo Gril)

Cette photo fut prise par le photographe Gril, qui possédait une boutique  sur le faubourg Bonnefoy, en face de l’église. C’est chez lui que furent effectués ultérieurement tous les documents photographiques officiels comme les cartes d’identité, et les développements des pellicules familiales.

Les combats dans la ville dureront jusqu’au 20 août au soir, avec le départ des derniers allemands.

Suivra une période troublée de 4 à 5 jours avec les dérapages inhérents à ce type de situation, jusqu’à ce que les FFI de Serge Ravanel parviennent à établir un embryon d’ordre républicain.

La guerre civile que certains craignaient, ou souhaitaient, n’a pas eu lieu, les communistes n’ayant pas reçu d’instructions pour tenter de prendre le pouvoir.

Si l’enthousiasme des Toulousains est à son comble devant la stature du général, le courant passe bien mal entre le premier des résistants et les maquisards toulousains. Serge Ravanel s’en émouvra longtemps, faisant état du mépris de de Gaulle à l’égard des combattants toulousains.

La Libération de la ville s’achèvera les 16 et 17 septembre par la visite du Général de Gaulle à Toulouse, où il est accueilli par une foule en liesse. Derrière lui, Pierre Bertaux et Jean Cassou ( ?)

En effet, il s’inquiétait de l’incapacité des chefs de la résistance à maîtriser la dissension des groupes locaux et l’emprise de ceux-ci sur la ville, et particulièrement des communistes. Le gouvernement provisoire souhaitait rétablir l’ordre républicain au plus vite.

C’est pour ces raisons que dans son discours il évoquera « Toulouse, la Rouge ».

Mes parents ont-ils assisté à cette grande manifestation ?

J’ai entendu mon père en parler, disant qu’il n’avait jamais vu une foule aussi dense et énorme. Pierre Bertaux évoque le chiffre de 30 000 personnes.

Mon grand-père a également pu y participer. Il n’était pas encore gaulliste, et comme tous les socialistes il craignait une dérive autoritaire du général.

Ma mère devait éviter ce genre de manifestation, forcément à risque, et elle devait prendre soin de son tout jeune fils…

Ce qui est sûr, c’est que le 14 septembre, mes parents avaient quitté la ville en train (ou en autobus), pour se rendre chez les cousins Garres à Aussonne, leur présenter leur rejeton et faire une partie de pêche dans l’Aussonnelle.

Sue la photo ci-dessous, je ne semble pas apprécier la nature, peut-être une faim de loup, j’étais assez glouton, et ma mère m’allaitait

14 septembre 1944, à la pêche à l’Aussonnelle – Je braille dans les bras de ma mère !

Même si je n’ai pas le moindre souvenir de cette période, la découverte progressive de cet évènement durant mon enfance, devait sublimer en moi un intense besoin de liberté.

L’occupation de Toulouse par les allemands de 42 à 44, l’exemple des résistants, et la lutte pour la libération, tous ces éléments contribuèrent à faire de la Liberté une valeur essentielle.

Je conclurai ce texte par un hommage à Winston Churchill, le grand homme grâce à qui j’ai pu vivre libre toute ma vie, une chance que beaucoup, aujourd’hui, n’apprécient pas à sa juste valeur, et qui critiquent stupidement un système qui leur laisse la liberté de s’exprimer.

 

Sources :  Archives de Toulouse, La Dépêche du Midi, photos Gril, Dieuzaide, André Séguéla

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 24/09/2020 | Comments (0)
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Mes piscines toulousaines

LA PISCINE MUNICIPALE ALFRED NAKACHE

Pierrot Laffargue et André Séguéla à la piscine municipale 41/42

Toulouse a eu la chance de posséder très tôt, dès 1931, une très belle piscine municipale, où de nombreuses générations de toulousains ont eu la possibilité d’apprendre à nager, ou du moins de se baigner.

A commencer par celle de mes parents, puisque j’ai des photos où l’on voit mon père, adolescent, avec ses amis, dont Pierrot Laffargue,  profiter des vastes espaces ouverts au public.

La piscine municipale Alfred Nakache, se décompose en 3 parties :

– une piscine couverte de 25 m.

– une piscine olympique en plein air, de 50 m, avec plongeoir,

– et un immense bassin (150x50m)  de faible profondeur, qui aboutit à une belle chute d’eau tout en rocaille.

 

 

 

 Toulouse – La Grande Piscine Art Déco

La piscine extérieure fut construite en 1931, par le célèbre architecte Jean Montariol, qui réalisa un certain nombre de constructions “Art Déco” dans la cité gasconne, et notamment la belle bibliothèque municipale. A l’ouest du domaine fut érigée la piscine olympique de plein air de 50m.

La piscine d’été

Situé dans le parc du Ramier, sur l’île de la Garonne, l’ensemble s’étendait sur un site de 25 ha, l’un des plus grands d’Europe.

En 1934 suivit la piscine d’hiver de 25m dans un bâtiment Art Déco, avec une salle affectée aux fêtes et banquets, et l’institut d’éducation physique.

Troisième tranche, “le Stadium” est inauguré en 1939, avant d’être complètement achevé en 1952, assez tôt pour que je puisse y aller tous les dimanches assister avec mon père aux matches du TFC.

Alfred Nakache en 1941 lors des Championnats de France

Alfred Nakache : C’est fin 1944 que la piscine municipale de Toulouse reçut le nom d’Alfred Nakache, pour honorer ce grand nageur toulousain, alors en déportation au camp de concentration d’Auschwitz. La décision fut prise par le premier maire de Toulouse libérée, Raymond Badiou.

Alfred Nakache était juif, natif de Constantine (Algérie), champion de natation français.  Il fut déporté en janvier 1944, avec sa femme et ses 2 filles, qui ne devaient pas en revenir. Surnommé le “nageur d’Auschwitz”, il en réchappa et trouva la force de participer aux JO de Londres en 48

 

 

Comment j’y ai appris à nager ?

C’est bien à la piscine municipale de Toulouse que j’ai appris à nager. Mais cela ne s’est pas fait de façon orthodoxe.

 

 

 

La piscine d’hiver

Première étape, notre instituteur, M. Guichard, nous amène 3 fois de suite pendant l’hiver 55 en bus à la piscine. Nous débarquons dans des vestiaires communs peu accueillants, une forte odeur de javel imprègne l’atmosphère, des lignes de grosses bouées façon transatlantique sont suspendues en travers du bassin. Nous avons chacun la nôtre, et un maître baigneur donne des ordres comme dans l’armée : il s’agit de faire les mouvements de la brasse en l’air, avant que nous ne soyons plongés dans l’eau. Le système est ingénieux, mais le contexte de groupe est bloquant et mes efforts, peu motivés, se soldent par un échec.

Deuxième étape, l’été suivant, je reviens à la piscine d’été, librement, en vélo, avec des copains, dont les Bentaberry’s, qui savent nager depuis longtemps, et qui ont décidé qu’il était temps que j’en fasse autant.

L’apprentissage est ici librement consenti.

Il fait beau, et c’est en jouant que je vais savoir nager :

La méthode fut simple, nous nous amusions à franchir, sous l’eau, la barrière puissante faite par la chute d’eau circulaire de la cascade. Quel plaisir que de plonger sous la cascade, de faire quelques brasses, et de ressortir côté ombre, dans cette caverne magique placée entre le rocher et la cascade.

C’est après avoir fait plusieurs fois le chemin, en pratiquant une nage sous marine brassée, que je m’aperçois que si je sais avancer sous l’eau, je dois pouvoir progresser de la même manière à la surface : vérification faite illico presto.

Et ça fonctionne, je sais nager ! J’ai 11 ans et à cette époque encore peu de gamins en sont capables.

J’ai donc appris en jouant. Le jeu aura été pour moi un fabuleux facteur d’apprentissage. Avec un enseignement essentiellement basé sur ce type de méthode, j’aurai fait mon éducation beaucoup plus rapidement, et avec beaucoup plus de plaisir.

J’ai horreur du bâton, je préconise la carotte : c’est un enseignement que j’ai toujours mis en pratique dans ma vie professionnelle.

Autre plaisir de l’été, les sauts depuis le tremplin. Il y a 2 hauteurs, 3 et 5 mètres.  Déjà à 3m, le vertige me prend. Les Bentaberry’s savent plonger. Je me hasarderai, la peur au ventre, je ne peux pas me dégonfler, et je saute en boule au 3m.

Au 5m, je ne peux pas avancer : je ne serai jamais un grand plongeur

 

LA PISCINE DE l’EAT

C’est ma deuxième piscine toulousaine. Elle est située en bas de Jolimont,  côté nord, entre la Roseraie et la Juncasse, dans l’enceinte des Etablissements Aéronautiques Toulousains (EAT), où travaille Pierrot Laffargue.

Toute proche de la maison, il faut 3 minutes en mobylette ou 1/4 heure à pieds pour s’y rendre.

D’abord privée, elle va progressivement s’ouvrir à des clients extérieurs, moyennant un abonnement qui nous paraît cher (tennis+piscine).

Les parents finissent par céder à notre pression, à Bernard et à moi, bien aidés par Suzanne Bentaberry, qui y donne des cours, et à l’âge de 14ans je peux accéder à ce site élitiste, comme le sont piscine et tennis dans les années 55/60. C’est pour moi un vrai luxe, une forte motivation à prendre l’ascenseur social !

J’y ferai de gros progrès, en bronzage et natation, et SB m’y fera passer le brevet du 1000m, que j’aurai d’ailleurs du mal à finir, pris de crampe à 15m de l’arrivée…

C’est dans ce club de l’Aseat, que je pourrai jouer au tennis, et faire des progrès en total autodidacte. Cela me permettra de déployer mes qualités naturelles, peu orthodoxes, qui feront s’arracher les cheveux aux puristes, mais me permettront de battre de “beaux joueurs” au jeu bien léché.

Avec mon jeu venu d’ailleurs, je casse les codes enseignés par l’école française de tennis, et je déstabilise les adeptes du beau coup droit bien dans l’axe du terrain!

Et au retour de ces matches disputés en pleine chaleur de l’après midi, notamment avec mes correspondants allemands, ou Jackson, nous “descendons” des carafes d’eau avec un peu de vin rouge pour accompagner le camembert entier, qui ne résiste pas à notre appétit.

Quels beaux étés, même à la maison, en restant à Toulouse!

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 21/08/2020 | Comments (0)
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Le Stade Toulousain, une saga familiale

Le 20ème titre de Champion de France, remporté le 15 juin 2019, m’a replongé dans les souvenirs de mon enfance sportive et rugbystique.

Cette nouvelle victoire, remportée après 7 longues années de disette, m’a procuré un immense plaisir. J’en étais venu à douter, vu mon âge, de revivre un jour un tel évènement. Aujourd’hui je peux exulter et même espérer voir un 21ème titre, vu la qualité de la gestion du club, et de cette jeune équipe.

Tous les espoirs sont permis.

Et le Stade Toulousain gagne en produisant du beau jeu, le rugby que j’aime, fait d’évitement et d’imagination, pratiqué indifféremment par les avants et les arrières….

16 juin 2019 le Stade Toulousain, Champion de France pour la vingtième fois,
sur la place du Capitole, communiant avec le peuple toulousain

La devise “Fier d’être toulousain”, peut s’appliquer totalement au monde du rugby. Il suffit de voir, dans le monde entier, l’admiration des connaisseurs, ceux qui ont pratiqué ce beau sport, pour le jeu du Stade Toulousain.

je n’ai jamais rencontré de “connaisseur” qui n’apprécie pas cette culture, car il s’agit bien d’une culture rugbystique.

Partout le logo du Stade est reconnu et apprécié.

Aller voir un match de rugby à l’étranger, en portant ce signe, vous rend respectable et respecté.

Je me souviens d’un jour, le 9 mars 2013, dans l’ ascenseur d’un grand hôtel de Dublin, où je me suis retrouvé face à M. David Mc Hugh, qui avait eu l’honneur d’arbitrer la première finale de la Coupe d’Europe, gagnée par le Stade devant Cardiff en 1996 à l’Arms Park de Cardiff, après prolongation, 21 à 18.

David Mc Hugh, voyant mon pull portant le logo du Stade, m’adressa spontanément la parole, pour me dire qu’il était fier d’avoir arbitré cette première finale de la HCup, gagnée par le Stade Toulousain!

Que faisions nous ce jour là à Dublin, dans un crachin typiquement irlandais ?

Nous étions partis, Ben, Bob, Brossier et moi, assister au match Irlande/France du tournoi de 6 nations, qui s’était soldé par un pauvre match nul 13 à 13….

Rappelons pour les profanes, que nous avions fait partie tous les 4 de la glorieuse équipe d’Hec 1964/1967. Et que nous avons tous une vénération sans borne pour le jeu du Stade!

Ce jour là, l’esprit du jeu, n’avait pas inspiré l’Équipe de France, et nous avions dû nous contenter d’un maigre brouet.

Le Grand Club Familial

Le Stade Toulousain est la référence familiale, pour nous et nos enfants.

C’est le grand club, qui nous réunit tous, et dont nous suivons les matches, les résultats, l’évolution. Et dont bien sûr nous fêtons les nombreuses victoires.

Ce ne fut  pas toujours le cas.

Mon père n’était pas un fan du Stade Toulousain.

Il était d’abord footballeur et suivait le TFC (Toulouse Football Club).

En rugby, il avait un faible pour le Jeu à XIII, et à XV, il préférait presque le TOEC (Toulouse Ouvriers Employés Club) au ST.

Il faut dire que dans notre milieu populaire, le Stade Toulousain était alors perçu comme le club de la bourgeoisie, où se retrouvaient d’abord les médecins et pharmaciens, puis l’élite économique.

Les différentes sections du ST regroupaient les gens les plus huppés de la ville.

Il y avait une barrière économique et de classe, que nous nous interdisions de franchir.

Heureusement les temps ont changé, cette distanciation sociale a progressivement disparu, et aujourd’hui, le Stade repose également sur un large socle populaire, du moins pour la Section Rugby.

Le ST est devenu l’emblème de toute une ville, on nomme souvent cette équipe “Toulouse”.

Et comme c’est une équipe qui gagne, le peuple va vers le champion.

Je pense que le foot a encore davantage de supporters, mais le TFC ne gagne rien, son dernier succès remonte à la Coupe de France 1957, il y a plus de 60 ans.

Pendant ce temps, le Stade Toulousain a accumulé les titres, Champion de France et Champion d’Europe.

20 X CHAMPION DE FRANCE

Le Stade fut 6 fois Champion avant le guerre de 40, et 14 fois après.

J’ai donc vécu 14 finales gagnées, et à part celle de 1947, je me souviens bien des 13 autres, de 1985 à 2019.

Le Stade fut aussi 4 fois Champion d’Europe, de 1996 à 2010.

J’ai donc eu l’insigne chance de vivre et fêter 17 titres essentiels:  ce qui est énorme sur la durée d’une vie humaine!

MA PLUS BELLE FINALE  –  1985  –  STADE TOULOUSAIN 36 TOULON 22 (A.P.)

En 1985, nous habitons au Pays Basque, terre de connaisseurs du rugby.

C’est le seul sport dont on parle, avec la pelote basque. On y suit les clubs locaux, le BO et l’Aviron, plus une multitude d’autres équipes, que nous allons voir jouer, St Jean de Luz, Le Boucau, St Vincent de Tyrosse, etc.

Mais tous les connaisseurs basco-béarnais reconnaissent la grande valeur du ST, et être toulousain  procure une certaine estime!

Nous avons vécu cette finale en famille, à la télévision. Nous venions juste d’acheter notre premier magnétoscope, le match fut enregistré et souvent repassé.

Mené 12 à 9 à la mi-temps, le Stade va égaliser 19/19 à la fin du temps règlementaire, pour l’emporter 36 à 22.

Bonneval inscrira 2 essais, Charvet 3, après une célèbre chevauchée fantastique, qui lui vaudra les compliments du président de la république, pourtant totalement incompétent en la matière.

Parmi les vainqueurs, il faut citer, Novès, Gabernet, le grand Cigagna, surnommé Matabiau pour la qualité de son tri des ballons en sortie de mêlée, Janik, Portolan, etc.

Pour le ST : 6 essais de Charvet (3), Bonneval (2), C. Portolan ; 2 pénalités et 3 tranfos de Lopez.

Pour Toulon, 2 essais de Fournier et Gallion, i transfo de Bianchi, 3 pénalités de Bianchi (2) et Cauvy

Cauvy; 1 drop  de Cauvy

Stade Toulousain: Gabernet (cap.) – Rancoule, Bonneval, Charvet, Novès – (o) Rougé-Thomas, (m) M. Lopez – Janik, Cigagna, Maset – Cadieu (Lecomte), G. Portolan (Giraud) – C. Portolan, Santamans, Breseghello.

Ce fut le premier élément fondateur familial autour du Stade Toulousain.

Tous les titres suivants occasionnèrent des réjouissances familiales.

MA PREMIERE FINALE  EN DU MANOIR – DAX/ TOULOUSE  A COLOMBES 1971

Paradoxalement, il me fallut vivre en région parisienne, nous habitions alors à Ste Geneviève des Bois, pour assister enfin à un match du Stade Toulousain.

L’occasion se présente le 8 mai 1971, le ST s’est qualifié pour la finale du Challenge Yves du Manoir. Il va affronter l’Union Sportive Dacquoise. Il me semble, que dans mes souvenirs, le ST était favori.

L’équipe était alors amenée par le grand arrière Pierre Villepreux. A l’ouverture opérait l’admirable Bérot et l’infatigable plaqueur Skrela jouait 3ème ligne.

Mais la logistique toulousaine fut mal gérée, le bus amenant l’équipe au stade de Colombes, arriva 3 quarts d’heure avant le coup d’envoi, d’où un échauffement écourté, et un mauvais départ.

Le ST ne remonta jamais ce démarrage calamiteux et l’US Dax l’emporta 18/8.

Stade Toulousain: Villepreux; Bourgarel, Charlas, Puig, Gourdy; Bérot (o), Cler (m);
Skrela, Rballo, Duvignac; Billière, Morel; Theyret, Guiter, Brousse

Ce fut aussi un match historique: MC était alors enceinte de Anne-Lise, notre fille qui devait naître le 17 octobre suivant. Anne-Lise a vécu ce match à mi-grossesse.  Elle a donc été très tôt touchée par le virus du Stade Toulousain…..

De toute la famille, c’est elle qui a vu le plus de matches, longtemps abonnée au ST, où elle va régulièrement avec les siens.

C’est elle, ma fille, qui porte le flambeau du Stade chez les Séguéla.

QUELQUES FINALES AU PARC DES PRINCES

C’est pendant la glorieuse période 94/97, où le Stade remporta 4 fois de suite le Championnat de France, que je pus assister à quelques finales, grâce à des invitations professionnelles, procurées par des collègues acheteurs chez Promodès. Et toujours avec de bonnes places, aux 22m, et pas trop haut dans la tribune!

Je me souviens, le 1er juin 1996,lors de la finale contre Brive, le Stade était mené de 3 points (10/13) à 10 minutes de la fin. Mêlée aux 22 m dans le camp briviste. La tension est à son comble. Devant moi, Cazalbou se prépare à l’introduction en mêlée. Et avec stupéfaction, je le vois échanger avec Deylaud , leurs visages sont illuminés par un large sourire. Je me dis, pas possible, ils préparent un coup!

La balle sort, Deylaud ouvre sur sa gauche, rien de concret, sauf une nouvelle mêlée un peu plus centrale, toujours sur les 22. Il sourit toujours, Cazalbou lui passe le ballon et il adresse une merveille de petit coup de pied pour son ailier gauche, David Berty, qui s’en saisit et file à l’essai le long de la touche….Le Stade mène alors 15 à 13. Le match est gagné! Un dernier drop, et une pénalité vont  porter le score final à 20 à 13.

J’admirerai toujours le flegme, l’imagination et le plaisir de jouer de ce grand demi d’ouverture, que fut Christophe Deylaud.

Pour le Stade Toulousain: 1 essai de Berty; 2 pénalités de Castaignéde; 1 pénalité de Deylaud; 1 drop de Deylaud; 1 drop de Castaignéde
Stade Toulousain: Ougier; Ntamack (cap.), Castaignède, P. Carbonneau, Berty; Deylaud (o) (Artiguste), Cazalbou (m) (O.Carbonneau); Magnent, Dispagne, Lacroix (Castel); Belot, Miorin; Cl. Portolan, Soula, Califano.

Cette équipe était constituée d’une armada de grands joueurs, avec des 3/4 flamboyants autour du capitaine Emile Ntamack et du feu follet Castaignède, et un pack d’avant monstrueux, dont tous les noms sont évocateurs de cette grande époque, et notamment une fameuse 2ème ligne Belot/Miorin, sans oublier une première ligne d’exception, avec Califano, Soula et Cl. Portolan.

En 3éme ligne jouait l’actuel Président, Didier Lacroix.

LA  COUPE  D’EUROPE

Si nous assistâmes à notre première finale le 30 janvier 1999 à Dublin, à Lansdowne Road, MC et moi, ce fut pour vivre la défaite de Colomiers 21/6 face aux joueurs de l’Ulster, qui avaient battu le Stade Toulousain en 1/4 de finale.

En tant que directeur régional proximité de Promodès, basé à Colomiers, j’avais eu l’opportunité de sponsoriser ce sympathique club de rugby, comme je le faisais aussi pour celui de Nîmes.

C’est à Murrayfield le 7 avril 2012 que nous allions supporter le ST pour un quart de finale de la Coupe d’Europe. Les connaisseurs avaient parié sur le ST.

Stade de Murrayfield, 7 avril 2012, RS en supporter toulousain (photo MCS)

Mais un match n’est jamais gagné d’avance, et la rouerie écossaise mit à mal la machine toulousaine. La défaite fut courte 14/16 mais sans appel. Quelques semaines plus tard, le Stade remportait son 19ème titre de Champion de France. La leçon avait été retenue.

C’est à Toulouse, le 20 décembre 2015, que nous devions en famille assister à un match de poule de HCup entre le ST et l’Ulster.

2015 12 20 Stade Toulousain/Ulster  avant-match devant le bus du ST –
de gauche à droite : MC, Alexandre, Fabien, devant lui Grégoire,
Charles, RS, Anne-Lise  (photo Virginie)

Malgré le temps frais, nous avions piqueniqué dans les tribunes d’un stade annexe. A domicile, le Stade était en danger, après la lourde défaite subie à Belfast  au match aller.

Malgré ce contexte, sur la photo prise avant le match devant le bus du ST,  nous sommes tous souriants et optimistes.

Mais le père noël n’est pas passé, et comme en Ecosse, le quinze de Dussautoir devait s’incliner de deux points, 23/25, malgré l’esprit revanchard et le maillot spécial Batman, orné de la célèbre chauve souris.

LES  MATCHES DE CHAMPIONNAT DE FRANCE

Nous avons assisté à un grand nombre de matches à Toulouse, à Ernest Wallon ou au Stadium, mais aussi à l’extérieur, à Colombes pour le dernier match du Racing, à Marseille contre Toulon, et à Nîmes contre le RCNG.

Les rencontres les plus marquantes furent d’abord les ST/Agen puis les ST/Toulon.

Nous ne détaillerons pas dans cette chronique tous ces beaux matches, où notre équipe démontra toutes ses qualités.

LE  MUR  DE  SOUTIEN

La pandémie de 2020 et le confinement provoquèrent l’arrêt de tous les  matches de rugby à partir du 17 mars, mettant en danger la vie des clubs privés de ressources.

Une idée géniale fut inventée par les dirigeants du ST, ériger un mur de soutien dans l’enceinte d’Ernest Wallon, chaque brique portant le nom du donateur, aux prix de 30 et 150 €.

A ce jour, 8 juin 2020, plus de 12 000 briques ont été vendues pour un montant de 720 000 €, un magnifique résultat.

Il y en aura une à mon nom, et une à celui de ma fille, Anne-Lise, qui le mérite bien, pour le soutien sans faille qu’elle a toujours apporté au club.

Par Roger Séguéla, , publié le 23/07/2020 | Comments (0)
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Mon père, le foot et le TFC

Calendrier officiel du TFC pour la saison 1959/1960 – La mascotte toulousaine porte le fameux maillot à raies verticales rouges et blanches

Le football se pratiquait sur tous les terrains vagues du quartier. J’avais la chance d’être accompagné par mon père, qui jouait ainsi un rôle éducatif, en supervisant et arbitrant les gamins demandeurs… Il n’hésitait pas à jouer quand Pierrot Laffargue ou d’autres adultes venaient se joindre à nous.

Et j’avais le privilège d’avoir un ballon, donc je décidais, je choisissais le terrain, les équipes et le règlement du match… (cf. la chronique « école Marengo »). Ce n’était pas un beau ballon de compétition, je l’avais gagné en collectionnant des vignettes sur des paquets de biscottes Prior. Toute la famille s’était mise à manger des biscottes, le temps d’en acquérir suffisamment pour pouvoir le commander. En période de rareté, mieux vaut un médiocre ballon que rien du tout.

Les dimanches après-midi, j’allais au Stadium pour voir jouer le TFC avec mon père et Pierre Laffargue. Nous allions sur la piste, au pesage, où l’on pouvait se déplacer  pour suivre le jeu. A la mi-temps, tout le monde changeait de place pour aller du côté où le TFC devait marquer. Les spectateurs commentaient les actions, et les discussions s’envenimaient en cas de désaccord, ce qui était souvent le cas avec mon père. Il ne supportait pas les interventions de tous ces gens, qui ne comprenaient rien à son “football” et débitaient des « conneries ». Ces échanges pouvaient devenir virils, voire mal tourner, mais Pierrot Laffargue veillait au grain.  Il constituait l’élément modérateur et freinait ses ardeurs belliqueuses.

Mon père avait joué avant-centre au club de la Juncasse : Il évoquait ses souvenirs, qui étaient partiellement nuancés par Pierrot son ami d’enfance. Mon père se disait très « technique », avec un bon jeu de tête. Pierrot disait qu’il courrait peu, ce qui n’est pas antinomique.

Le Onze de la Juncasse, (quartier au nord de Jolimon), mon père debout premier à gauche, Pierrot Laffargue accroupi, deuxième à partir de la gauche.

A l’époque, il n’y avait pas de remplaçants !

Toulouse était alors une ville de football, le rugby, plus élitiste, arrivait loin derrière, et le Stade Toulousain brillait moins qu’aujourd’hui. C’était un public populaire, où les réfugiés espagnols avaient une place importante.

En 1957, nous avions suivi le TFC à Marseille pour assister à la demie finale de la Coupe de France. Victoire 3 à 2 après prolongations contre Sedan. Le TFC devait gagner la Coupe en battant Angers 6 à 3 en finale. C’est à ce jour le seul titre majeur du club. Nous avions dû quitter le match avant la fin car il fallait reprendre le train pour rentrer. Mes parents n’avaient pas prévu qu’il pouvait y avoir prolongation, ou bien il n’y avait pas d’autre train pour rentrer le soir même. Ce fut un grand souvenir, Pierrot et d’autres amis étaient du voyage.

Marseille le 07 avril 1957, quart de finale de la Coupe de France – de gauche à droite : Bernard, Roger, Emma ma mère, Pierrot Laffargue, André mon père et un ami de Pierrot

Dans cette belle équipe jouait le préféré de mon père, Di Loretto, un grand argentin chauve qui maniait bien le ballon et qui marquait beaucoup de buts de la tête. Malheur à celui qui dans les tribunes s’aventurait à oser le critiquer (notamment sur sa vitesse), il déclenchait immédiatement les foudres de mon père.

60 ans plus tard le palmarès n’a pas changé,
aucun titre de gagné en Ligue 1,
ni Coupe de France, ni Coupe de la Ligue.

Les matchs de foot le dimanche après-midi avec mon père constituaient le plus grand évènement de la semaine, à une époque ou pour un enfant il ne se passait rien… Nous n’avions pas de télé, écoutions les retransmissions à la radio, et les seules sorties, rares, étaient pour aller au cinéma. Donc les sorties au Stadium étaient pour moi un grand moment.

Les autobus étant bondés et peu pratiques, nous faisions souvent le chemin aller-retour à pieds (10 kms en tout) et restions debout pendant tout le match sur la piste cycliste (pesages), ce qui permettait à mon père qui ne tenait pas en place de se déplacer et de mettre un peu de distance avec les spectateurs “bornés”. Evidemment, en chemin, nous nous arrêtions rue des Champs Elysées pour prendre Pierrot Laffargue et faire le chemin en trio. Nous traversions Toulouse par les Allées et les grandes avenues, Jean Jaurès, grands boulevards, monument aux morts, Grand Rond, allées St Michel, pont St Michel, le Bazacle et le Ramier : un très beau parcours agréable.

Parmi les souvenirs qui émergent encore, une victoire 4 à 1 du TFC sur Nice alors leader du championnat. Ce match eut lieu le 20 septembre 1959. C’était la 7ème journée du championnat de 1ère division.

Il n’y avait pas de pub sur les maillots qui étaient d’une rare simplicité et faciles à reconnaître.  Ils exprimaient une beauté géométrique proche de l’art moderne, tendance cubisme. Robert Delaunay avait bien reproduit cette harmonie de couleurs. Nice portait alors un maillot à raies verticales rouges et noires, qui contrastait avec les raies verticales rouges et blanches du TFC.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 06/07/2020 | Comments (0)
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Le vent d’autan

“Autan” en emporte le vent.

Margaret Mitchell ne connaissait certainement pas le vent d’Autan, et pourtant, il s’en est fallu d’une seule consonne, dans sa traduction française, pour qu’elle ne le rende célèbre, ce vent régional qui souffle sur le Lauragais, le Tarn  et la Région Toulousaine. Malheureusement, ce jeu de mot ne fonctionne pas dans sa version américaine, “gone with the wind”.

Il me fallait impérativement attaquer cette chronique sur ce rapprochement somme toute évident. Et je me plais à penser qu’il y a quelque chose du caractère de Scarlett O’Hara, incarnée par Vivian Leigh, dans la personnalité de l’Autan.

En effet, Autan est le nom d’un vent violent et lancinant, qui s’installe pour des durées assez longues, avec une obstination toute féminine !

Il est moins connu que le Mistral, aucun poète ou écrivain ne porte son nom.

Il est plus facile de baptiser une rue : rue du mistral, ou rue Frédéric Mistral, que rue de l’Autan, ou rue d’Autan. L’autan souffre du même déficit d’image que la tramontane face au mistral…

Plus Aquilon que Zéphyr, son nom vient du latin “alatanus ventus”, le vent qui vient de la haute mer. Il fut appelé au fil du temps, “aouta”, “auta”, puis autan. Il vient de l’Est et dévale sur le Languedoc en descendant de la Montagne Noire.

L’Autan, le vent qui rend fou!

“Le vent qui vient à travers la montagne,

m’a rendu fou” (Gastibelza, paroles de Brassens, d’après Victor Hugo)

C’est l’expression que je n’ai cessé d’entendre tout au long de mon enfance. Et l’on disait qu’à l’hôpital Marchant de Baraqueville, l’asile de fous au sud de Toulouse, il fallait mettre les malades sous camisole de force, tellement ce vent les perturbait ! La légende dit même, que par vent d’autan, on entendait les fous hurler jusqu’à la place du Capitole !

“Le psychiatre Gilles de Lassat observe  seulement que les patients dorment moins bien, parce qu’ils sont gênés par les bruits du vent, qui souffle jour et nuit, en rafale….Et en plus, il vient de l’Est, alors qu’un vent normal vient de l’Ouest.

Que les patients soient épuisés par le bruit du vent, ce n’est pas si fou que ça.”

“L’influence sur les humains et les animaux est si manifeste qu’il n’est point besoin de lire les thèses de médecine, que j’ai lues, pour la souligner”,

déclare l’éminent professeur Jean-Jacques Voigt.

 Même les gens normaux subissent son influence, moins de rires, moins de bonne humeur, des gens qui se renferment sur eux mêmes, une chape de plomb semble tomber du ciel. Des relations qui se tendent, une irritabilité croissante. Il y a des demandes qu’il valait mieux reporter aux jours, où le vent tomberait enfin. Et ces périodes correspondaient souvent aux moments de “brouille ” entre nos parents. Ma mère y était sensible.

Ayant vécu 24 ans à Toulouse et presque 30 ans dans le Gard, à Bouillargues, près de Nîmes, j’ai eu l’occasion de comparer les influences respectives de l’Autan et du Mistral. Et je constate, qu’il y en a effectivement une : le ressenti n’est pas le même, le mistral est plus franc, “il ne tape pas sur le système”, selon l’expression populaire. Leur puissance est également différente, le mistral est plus régulier, l’autan peut passer en quelques minutes de 10 à 90 km/h et inversement, de manière imprévisible !

Autre différence, quand le mistral souffle, le ciel est d’une totale pureté, d’un bleu limpide et profond. L’autan blanc, sec et frais, ainsi nommé, ce qui est normal pour du blanc, s’accompagne d’un ciel blanchâtre, laiteux, et souffle dans des conditions anticycloniques. Par contre l’autan noir, souvent assez chaud, précède pluies et orages après avoir fait le plein d’humidité au-dessus d’une Méditerranée agitée. Il pleut dès que le vent s’arrête.

Sur la fréquence et la durée, Autan et Mistral  sont comparables.  On raconte dans leurs 2 régions qu’ils soufflent sur des durées ternaires, pour des cycles de 3,6 ou 9 jours. Intrigués par ces croyances populaires, avec mon frère Bernard, nous avons, de manière scientifique, voulu vérifier cette histoire, qui s’est révélée totalement fausse… la durée étant tout à fait aléatoire. Mais notre entourage n’a jamais voulu croire ces faits avérés apportés par des enfants! Les grandes personnes sont souvent de mauvaise foi, ce que nous avons vérifié assez tôt !

Souvenirs du Vent d’Autan

Sur la bruyère longue infiniment,

Voici le vent cornant Novembre;

Sur la bruyère infiniment,

Voici le vent

Qui se déchire et se démembre,

En souffles lourds, battant les bourgs;

Voici le vent,

Le vent sauvage de Novembre

Ce poème d’Émile Verhaeren, ” le vent”, appris par cœur en récitation à l’école primaire, m’a profondément impressionné. Il évoque parfaitement la violence de ce vent terrible, qui ne pouvait être que l’Autan.

Le redoublement des consonnes “v”, “d” et “b” et de la syllabe “en”, illustre phonétiquement le bruit et la fureur du vent.

C’était pour moi le seul vent dangereux connu soufflant sur la région toulousaine. Ce vent d’Est a marqué mon enfance. Dans la nuit noire de l’hiver, couché dans mon lit, j’entendais les sifflements du vent par dessus le toit, et je me recroquevillais encore plus dans les draps.

A la pêche, au bord de la Lèze ou de l’Arize, par jour de grand vent, je voyais les cimes des peupliers osciller fortement, dans un bruissement caractéristique, les jeunes feuilles argentées frottant les une contre les autres, comme les élytres d’un grillon ou d’un scarabée. Le long sifflement de ce vent engendrait une atmosphère étrange, comme si on se retrouvait plongé dans un monde parallèle.

Et il ne facilitait pas la pêche, son souffle ridait la surface de l’eau, il n’était plus possible de déceler la moindre touche d’un poisson. Au bout d’un moment, comprenant que nous resterions bredouilles, nous repliions les lignes et préparions le retour : pas de pêche miraculeuse, mais un fameux bol d’air!

L’Autan atteignait son maximum sur le plateau de Jolimont, orienté nord-est. Un jour où nous jouions au football, j’étais goal et je dégageais contre le vent, par un tir en l’air faisant un angle de 45° avec le sol. Le ballon s’éleva de manière rectiligne, et arrivé à une certaine hauteur, le vent violent le renvoya d’où il venait, c’est-à-dire dans mes buts. Aujourd’hui, ce fait est dénommé “auto goal”. J’en tirais immédiatement un enseignement, et ne dégageais plus jamais contre le vent. Cet apprentissage fut précieux pour ma future carrière de botteur au rugby, et j’appris à utiliser le vent pour réussir de bons coups de pied.

Villa l’Autan – MC

Villa l’Autan

Les parents de JJV avaient fait construire dans les années soixante une magnifique villa moderne sur les coteaux à Auzeville -Tolosan, au-dessus de Castanet. Nous y sommes passés en juin 67 au retour de vacances à Peniscolà. Les parents de JJ devaient passer tout le restant de leur vie dans cette belle maison avec vue sur les Pyrénées.

Villa l’Autan – JJV

Ce jour là, sous un soleil radieux, la villa portait mal son nom, il n’y avait pas de vent, et la température était estivale.

 

Caraman  (Commune située à 25 kms de Toulouse sur la route de Revel)

Quand l’Autan souffle à Caraman, sa violence est telle que nous nous interdisons d’aller dans le bois. Il y a un danger réel, de nombreuses branches sont cassées, et des arbres sont abattus. On peut donc à tout moment recevoir une branche sur la tête ou être écrasé par un tronc, surtout sur la lisière Est. Il n’est pas rare, après une période ventée, de décompter une dizaine d’arbres abattus. Il y a alors un gros travail de bûcheronnage, effectué par Bernard, qui empile les rondins de bois en stères dans tout le domaine.

Nous ne manquons pas de bois pour la cheminée du séjour!

 

Noël 2012  : Charles et Grégoire sur le Grand Saule déraciné
lors de la tempête du 29 octobre 2012

Et pour équilibrer ce texte achevons-le comme il a commencé, de manière facétieuse.

Victor Hugo a bien écrit : ” Le mur murant Paris rend Paris murmurant! “

Le poète marseillais, André Laugier, peut donc se permettre un alexandrin original : ” Quand l’autan entêtant s’étend près de l’étang “.

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 16/06/2020 | Comments (1)
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