Théâtre : « Hugo – l’exil, la rage, le rêve »

Alors que la plupart des théâtres sont fermés dans le monde pour cause de Covid, la Martinique fait exception. Pour combien de temps, nul ne le sait, mais l’on a pu voir en ce mois de janvier un montage de textes de Victor Hugo commenté et interprété par Paul Fructus. Le maintien de cette pièce au programme du Théâtre municipal n’était pas gagné d’avance et pas seulement à cause de la Covid, Victor Hugo étant devenu la cible des activistes martiniquais (les mêmes qui ont fracassé la statue du Schœlcher, le père de l’abolition de l’esclavage en 1948 !)[i].

L’affaire a commencé à l’occasion des épreuves du baccalauréat, en 2019, lorsqu’une jeune fille de bonne famille martiniquaise a refusé de traiter le sujet (portant sur Hernani) au prétexte que Victor Hugo était présenté dans les programmes scolaires sous un jour uniquement favorable, oubliant son « racisme ». Accusation absurde[ii] s’il en est mais qui s’inscrivait parfaitement dans la vague du mouvement « décolonial » et qui a marqué certains esprits en Martinique, si bien qu’on pouvait se demander si les représentations de Hugo – l’exil, la rage, le rêve ne seraient pas perturbées. Il n’en fut rien, fort heureusement.

Et tant mieux car tout le spectacle démontre la générosité de Hugo, son souci des plus pauvres et des laissés-pour-compte. Qui n’a lu ses grands romans, Les Misérables, Notre-Dame de Paris ? Est-il encore besoin, après ça, d’ajouter quelque chose pour sa défense ? Poser la question, c’est y répondre, bien sûr.

Il n’y a pas d’extrait de ces romans dans le spectacle de Fructus mais de tant d’autres textes, violents ou tendres, deux sentiments, soit dit en passant, qui sont inhérents à toute révolte sociale.

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère (discours à l’Assemblée nationale, 9 juillet 1849).

Ce qui se dit en prose se dit aussi bien en vers :

Où vont ces enfants dont pas un seul ne rit
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
(Les Contemplations, « Melancholia »).

Chez Hugo la compassion se mêle à l’admiration. Voir le personnage de Gavroche ou ce jeune héros évoqué dans l’Année terrible, le moment le plus émouvant du spectacle, selon nous :

Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes…

Il faudrait citer ce passage intégralement. Il se termine ainsi : La mort stupide eut honte et l’officier fit grâce.

Hugo croyait au progrès. Il l’a dit, en vers encore, dans un long poème, Une rougeur au zénith, qui date de 1875, à soixante-dix ans passé.

Nous avons ce rayon, l’idéal ; nous avons
Ce qu’avaient autrefois les pâles esclavons,
Les juifs, les huguenots et les noirs, l’espérance.
[…]
Au zénith, une flamme informe, le destin,
Le progrès, la confuse ébauche de la vie,
La lampe des penseurs d’un jour pâle suivie…

Le Hugo au cœur débordant d’amour, est tout aussi présent dans les choix de Fructus.

Amour des femmes : La belle fille heureuse, effarée et sauvage, / Ses cheveux dans les yeux, et riant au travers (Les Contemplations, XXI)

Amour pour Léopoldine, la fille trop tôt disparue : Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe / Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur (ibid., XIV)

Amour pour les petits-enfants : J’en ai deux ; Georges et Jeanne ; et je prends l’un pour guide / Et l’autre pour lumière, et j’accours à leur voix (L’Art d’être grand-père).

L’amour de Victor Hugo ne s’étendait cependant pas à tout le genre humain. Il n’en avait pas une goutte pour « Badinguet », l’empereur Napoléon III qui l’avait contraint à l’exil :

Il trousse sa moustache en croc et la caresse,
Sans que sous les soufflets sa face disparaisse
Sans que, d’un coup de pied l’arrachant à Saint-Cloud,
On le jette au ruisseau, dût-on salir l’égout !
(Les Châtiments).

La satire, l’anticléricarisme (y compris quand ils se teintent d’humour) font aussi partie de la panoplie de Victor Hugo. Tout cela est évoqué dans la pièce magistralement interprétée par un Fructus qui remplit à lui tout seul l’espace, déclame comme pas deux et qui, de surcroît, avec sa moustache et sa barbe blanche n’est pas sans ressembler quelque peu aux photos du vieil Hugo. Quant à ses commentaires, ils ne déparent pas avec les mots d’Hugo. On peut en juger par sa présentation du « prince des poètes ».

[Victor Hugo] : « Un équipage armé jusqu’aux dents de cris de révolte et d’amour. Et voici en figure de proue : Hugo le dandy, la coqueluche de ces dames. Au bastingage : Hugo l’incendiaire, pyromane du Second Empire. Au mât de misaine : Hugo l’ami des noirs et du bas peuple. Et tout là-haut, à la vigie, Hugo l’exilé ».

Le comédien est accompagné par une musicienne, Marie-Claire Dupuy, à divers instruments. Quoique ses interventions n’apparaissent pas toujours indispensables, son jeu au vibraphone retient l’attention. On apprécie, quoi qu’il en soit, que les instruments ne soient pas amplifiés et tout autant que Paul Fructus ne soit pas affublé d’un de ces horribles micros d’oreille qui servent de béquille à trop de comédiens aujourd’hui. Lui n’en a pas besoin !

 

PS : Le texte de la pièce est disponible auprès de la compagnie « Le temps de dire » (letempsdedire@orange.fr).

 

[i] Cf. https://mondesfrancophones.com/espaces/politiques/anatomie-du-vandalisme-martiniquais/

Schœlcher fracassé

[ii] La jeune personne se fonde sur le discours de V. Hugo lors d’un banquet commémorant l’abolition de l’esclavage (en 1879). Un discours dans lequel V. Hugo prend très clairement parti en faveur de la colonisation de l’Afrique, ce qui est certes condamnable – surtout a posteriori, quand on sait comment les choses se sont passées – mais n’est en aucune façon – sauf, bien sûr, pour les soi-disant « éveillés » (woke) – une profession de foi raciste.

Le deuxième tome du « Glossaire » des termes césairiens par René Hénane

Qui n’a expérimenté le plaisir de se plonger au hasard dans un dictionnaire ? Pas une page sans quelque découverte étonnante ! Alors, s’il y a un cadeau à faire aux amateurs de mots rares pour le prochain Noël, il n’est pas besoin de chercher plus loin que le Glossaire d’Hénane, un cadeau que tous les amoureux de la poésie de Césaire jugeront par ailleurs indispensable de se faire à eux-mêmes. Comme le prince des poètes franco-antillais nourrissait lui-même son ésotérisme dans des dictionnaires, à la recherche de termes rares (et abscons), il n’est que trop facile de se laisser emporter par la puissance incontestable de son lyrisme sans en percevoir tout le sens. Cela ne saurait satisfaire pourtant les vrais amoureux du verbe césairien. Ces derniers peuvent certes se lancer eux-mêmes, armés d’anciens dictionnaires et de quelques encyclopédies, dans la recherche du sens caché de tel ou tel vers, mais tout le monde n’ayant pas la vocation ni le temps de devenir un philologue averti, il est plutôt recommandé de se reporter aux divers ouvrages d’Hénane.

René Hénane qui a côtoyé Aimé Césaire pendant qu’il était en poste en Martinique comme médecin militaire à la tête du service de santé Antilles-Guyane, s’est pris de passion pour la poésie du maître tant et si bien que, le temps de la retraite venu, il s’est consacré à la rude tâche de la déchiffrer. S’en est suivie une douzaine de livres parmi lesquels Aimé Césaire, une poétique couronné par l’Académie française[i] et un Glossaire des termes rares dans l’œuvre d’Aimé Césaire dont voici donc le deuxième tome.

Cette nouvelle moisson ne décevra pas les lecteurs du premier tome. Le spectre, cette fois, s’est élargi à l’ensemble de l’œuvre, y compris les écrits politiques et les articles de la revue Tropiques publiée à Fort-de-France pendant la 2ème guerre mondiale, revue dans laquelle on pouvait lire par exemple la mention pour le moins mystérieuse des « champs que nous voulons éternellement catalauniques » ! Rien à voir avec la Catalogne ou je ne sais quel catalogue : il s’agit en réalité, nous apprend Hénane, du territoire des Gaulois catalaun qui fut le théâtre de la défaite d’Attila en 451…  Si Wikipedia aurait pu nous éclairer à cet égard, il n’en est pas de même de l’expression latine caput mortuum utilisée dans un discours à l’Assemblée Nationale non au sens premier de tête de mort ou au sens actuel d’une variante de violet mais bien au sens en usage – jadis ! – chez les parlementaires d’une question demeurée sans solution. De même, Wikipedia ne saurait nous expliquer la signification du mot « cippe » dans le Cahier d’un retour au pays natal : comme l’indique le contexte, il ne s’agit pas d’une stèle de pierre mais d’un vieil instrument de torture ; idem pour le « chevalet » ou le « frontal », autres instruments de torture.

Le tome II se clôt sur un lexique des métaphores créées par Césaire. Si certaines sont faciles à déchiffrer, comme « l’alcool de tes seins » (le lait), d’autres réclament davantage de réflexion, à l’instar du « tronc brûlé vif des simarubas » : celui qui ignore que simaruba est le nom d‘un arbre au tronc rougi – appelé gommier aux Antilles – ne percevra pas que Césaire ne pense pas ici à un arbre en train de brûler mais d’un arbre bien vivant, au milieu d’une forêt. Quant à la « langue bifide que ma pureté révère », il ne s’agit nullement de la langue d’un féroce serpent mais du bilinguisme (créole + français) des Antillais… Autre énigme, les « arbres à hauts talons » dans lesquels Hénane ne voit aucune image surréaliste mais la description fidèle des ficus dont les racines aériennes s’enfoncent dans la terre comme le talon pointu d’une chaussure de femme. Etc…

 

René Hénane, Glossaire des termes rares dans l’œuvre d’Aimé Césaire, Paris, Jean-Michel Place, tome I, 2004, 144 p., 16 €, tome II, 2020, 94 p., 16 €.

 

[i] René Hénane : Ma conscience et son rythme de chair… Aimé Césaire, une poétique. Voir notre compte-rendu dans Esprit, octobre 2018.

Par Michel Herland, publié le 03/12/2020 | Commentaires (2)
Dans: Césaire, Comptes-rendus | Format: ,

Entrevue avec Yanick Lahens

Une entrevue avec Yanick Lahens, co-lauréate du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde 2020 Repris du National (Port-au-Prince) daté du 11 novembre 2020     À l’occasion de l’attribution à Paris, le 24 octobre 2020, du prestigieux Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde 2020 à la romancière et essayiste Yanick Lahens, le […]

« La noyée d’Onagawa » de Marilyne Bertoncini

La noyée d’Onagawa nous renvoie par son titre vers le drame. Et c’est bien un livre troublant inspiré par le réel le plus dramatique, une catastrophe naturelle : le tsunami qui a ébranlé les côtes japonaises du Pacifique en mars 2011. Onagawa, petit port de pêche, à 400 kilomètres de Tokyo, a été d’un coup englouti par les eaux déchaînées de l’océan.

Pour évoquer en poésie ce cauchemar, la poète doit mettre en oeuvre son talent poétique, une profonde sensibilité et un imaginaire de l’eau à même de nous faire ressentir la force terrible de la nature indomptable. Cette tragédie collective, relatée à l’époque par la presse partout au monde, aura suffisamment impressionné l’auteure pour qu’elle jaillisse après des années dans  son long poème épique La noyée d’Onagawa.

Ainsi le recueil est-il fait d’une suite de poèmes enchaînés à la manière des séquences de cinéma où la poète reprend les événements dramatiques racontés dans une dépêche. Elle appelle rêverie poétique ce poème narratif tel un fleuve, qui refait le film du séisme.

Marilyne Bertoncini poétise avec art un fait divers terrible et nous fait réfléchir aux désastres qui menacent l’homme dans son rapport avec la Nature. Un lyrisme délicat dans l’évocation du paysage d’avant la tragédie,  rappelant la grâce des estampes japonaises, se mêle au dramatisme du récit.On aime les paysages crayonnés par l’œil contemplatif, presque atemporels, en fort contraste avec les images effrayantes de l’océan déchaîné par le tsunami.

La poète crée un préambule à l’événement tragique, présenté graduellement, avec la lenteur d’une caméra promenée sur la côte japonaise pour surprendre l’atmosphère calme, de fin d’hiver, d’avant la floraison des cerisiers japonais.

Elle s’imagine la beauté sereine du paysage marin qui entoure Onagawa, la baie au creux d’une vallée bordée de collines escarpées, la rumeur étouffée de la ville, son rythme, l’atmosphère moelleuse de la journée. Les images se déroulent de l’arrière-plan vers le premier plan, comme dans un film.

Puis, d’un coup, la poète inscrit ce paysage dans le temps historique avec la précision d’une horloge comme pour graver la date de la Catastrophe dans la mémoire du lecteur : vendredi, le 11 mars, 14 heures, 46 ‘, 23 secondes locales, 2011.

Avant d’évoquer le désastre, elle retourne en arrière dans son temps, se rappelle la même journée à l’autre bout du monde, en France, pendant son voyage en train le long de la côte : le ciel sombre, nuageux, en couleurs changeantes, picturales, le vol d’un goéland. Puis elle revient sur Onagawa, évoque l’océan enragé, ses eaux orageuses, les immenses vagues de vingt mètres qui ravagent la côte, engloutissant hommes et maisons.

Le rythme du poème change suivant les faits racontés, la tension monte, devient insupportable, car la catastrophe est à son comble. La mort avale les gens avant qu’ils ne puissent avertir du danger leurs proches. L’océan ressemble au monstre mythique en colère qui détruit tout, c’est l’apocalypse qui déchire le calme d’avant.

La tragédie est là : toute une ville noyée dans les eaux, un vaste cimetière marin. Sur cette toile épouvantable de la mort, la poète peint le drame tout aussi troublant d’un couple japonais : la femme est balayée du toit d’une banque par une immense vague et noyée dans l’océan. Son message de terreur est retrouvé sur son portable après le drame.

Le rythme de l’évocation ne soulage point le lecteur, car une autre voix se fait entendre, celle du survivant, le mari de la noyée qui raconte au journaliste sa douleur muette, un autre drame: solitude, absence, vide, culpabilité face à l’impuissance de sauver sa femme. Poussé à sa quête par le désespoir, il fait des plongées sous-marines, fouille le Pacifique gorgé de cadavres et finit par y trouver la mort, un Orphée à la recherche de son Eurydice.

Marilyne Bertoncini refait la toile de la tragédie à la manière d’un peintre, son pinceau a la force de faire sentir le désastre. Elle donne aux vers une cadence accélérée, l’apparence de l’haleine d’un homme qui va du calme au terrifiant et aux images des couleurs apocalyptiques :

« Au large  d’immenses tourbillons /vertigineux vortex comme des puits sans fond / au cœur du Pacifique, /folles galaxies entraînant la nappe océane /et tout ce qu’elle porte /dans la béance noire / du monde. / La terre frénétique crachait le feu / et deux vagues accouplées, têtes dressées, bouches d’ogresses /se précipitèrent sur la côte pour arracher, vies, arbres, / maisons »

Hokusai – La grande vague de Kanagawa

La poète se fait alors la voix de la douleur muette pour évoquer la vie et la mort, la solitude et l’amour, autant de thèmes éternels. L’authentique de l’événement se mêle au poétique, la douceur à la cruauté, la sérénité de la vie à la terreur de la mort.

La rêverie poétique s’avère une poignante évocation d’un événement imprévu qui bouleverse d’un coup le destin des gens, basculés dans la tragédie. Elle fait réfléchir aux relations homme-Nature, de couple, à la vie menacée à chaque instant par la mort.

Un penchant vers les mythes et les paysages maritimes se fait sentir dans ce beau et émouvant poème épique comme d’ailleurs dans toute la poésie de Marilyne Bertoncini. Elle renvoie au mythe d’Orphée le drame du couple japonais et continue de s’interroger par le mythe sur la condition humaine, comme le remarque si bien Xavier Bordes dans sa superbe préface. Le critique y voit une parabole, « une représentation symbolique globale, planétaire, en notre siècle de désastres divers et de bouleversements climatiques. «

 

Marilyne Bertoncini, La noyée d’Onagawa, Jacques André éditeur, 2020, coll. Poésie XXI, 51 p.

 

 

« Le Souffle du ciel » de Sonia Elvireanu

Les portes du dire s’entrouvrent sur une évocation discrète, pudique de la vie : Parmi des herbes, des bleuets et des pavots / les caresses de l’été dans la plaine brûlante, hymne panthéiste à la nature : des nénuphars fleurissent dans mes cheveux. Au-delà du silence pulse une présence lointaine, évanescente mais tellement présente, qui se tient au bord des falaises vertigineuses de l’absence : il nous reste la rupture, l’immobilité, la douleur / il nous reste le silence.

Appuyée sur une digue de feu, la Poétesse, Orante d’une liturgie, laisse ses pas s’éloigner : nous sommes les cicatrices. Les mots en fusion, sang du vent, cantiques d’éclairs, tressent des fruits de haute mer, ils s’enroulent, épines et pétales : les paroles  cherchent leur chemin jusqu’à nous.

Mots équinoxes, secrets, mordants, traces, les ombres au goût de sel se mêlent, s’entrecroisent dans les levers d’aube silencieux et les frimas de la nuit alors que le sang flagelle encore le corps : je flâne sans cesse égarée / sur le chemin d’hier.

Les élans silencieux de Sonia Elvireanu, il faut les humer, caresser leurs encolures. Ils tissent l’absence : Je t’ai cherché, tu n’étais nulle part. La mélancolie va l’amble avec son cortège de houles et de retraits, de regrets et de tempêtes : je suis une ronce dans la plaine. Interstices dans le silence : le lever et le coucher du soleil / se brisent dans mes mains vides.

Les mots–larmes, derrière les paupières, partent sur les rives de la solitude, présence du dire, force du manque, il faut toujours se baisser pour passer les écluses qui se déversent dans les estuaires nocturnes : cette nuit, je cherche un abri.

Malgré la grisaille du silence, de l’absence, ce recueil est un verre de lumière à boire à petites gorgées, ce sont des images sur la peau des plantes, des ébauches de roulis et d’écume qui viennent mourir sur  l’aube, ce sont des vagues intérieures. Torrentueuses, elles ont le parfum de l’aimé si lointain et pourtant si proche : et par-dessus le monde / Ton sourire.

La Poétesse, grande veneuse, lâche ses chiens, la vie est aux abois. Le grand cerf ne meurt qu’une fois dans la forêt des souvenirs  : saignement du vivant.

Oratorio de fugues pour des lèvres en bréviaire qui psalmodient de secrètes oraisons : une croix allumée dans la main.

Les phrases passent entre les ronces pour ne retenir que le pollen déposé par l’abeille qui a butiné. Le désir est toujours là, pudique, il tenaille les mots pour se perdre dans le souffle du ciel, la vie se nourrit d’interrogations, d’attende.

L’auteur, à l’image de Jean Orizet, est pèlerin de l’indicible, témoin de l’ineffable.

Avec ardeur les pulpes sont fécondées, les sucs du regret se transmuent. Germent les élans, subtile et discrète prière, nuages vers l’au-delà,  vers la Transcendance. En effet, ce recueil pourrait-être un livre d’heures que l’on tient avec recueillement, c’est une prière intime celle que l’on murmure dans les fentes et les cicatrices du cɶur, dans les pulsations d’aubes noires. Ce sont parfois des psaumes que retiennent les nuages, avant de se mêler à la musique des sphères dont l’auteur conserve les accords au plus profond de son âme : Dieu donne de la sérénité / à ma pensée / pour que sa limpidité / ne tombe / nulle part en chemin.

Sonia Elvireanu nous livre discrètement sa respiration. En la partageant, le lecteur chevauche l’océan, mange les étoiles, les vagues, les fleurs, se brûle aux éclats d’un soleil noir, s’éclaire aux ténèbres, retient le début et la fin du cri de l’oiselle.

Dans le précaire équilibre du crépuscule, entre sève, braises et songes les ombres sanguinaires descendent l’escalier des impatiences, offrandes pour les âmes perdues.

C’est l’heure où la lumière est à deux pas de l’Invisible. Comme Bonnefoy, l’auteur charge ses rêves dans la barque. Pour quel voyage ?

C’est un feu de brousse, une flamme vêtue de bure, une braise dans la cendre, la brûlure du soir sur la sinuosité des souvenirs. Les ombres ne repartent jamais seules et Sonia Elvireanu le sait. Lorsque le manque érode l’écho gémissant, l’auteur le ramène au gîte dans une brûlante et discrète andante qui enserre l’espace balayé par le lin de tous les vents.

Mais que sont les souvenirs devenus ? Ils caressent et mordent : rencontrent-ils leurs corps ? 

Dualité du manque, à travers les branches d’olivier : la seule voie vers toi : l’amour.

Superbe recueil, à lire comme un livre d’heures, prière à réciter pour que nous soyons vivants tels le pain et les poissons / offerts par Jésus aux Siens, alors, demain, peut-être / mon heure fleurira / au bord de la vie assoiffée de toi.

L’auteur, paumes offertes à l’Invisible, recueille un souffle de ciel, un souffle d’amour.

 

Sonia Elvireanu, Le Souffle du ciel, L’Harmattan, Paris, octobre 2019.

« Un ancien Testament déluge de violence » de Claude Luezior

Disons d’emblée qu’il ne s’agit ici ni d’une exégèse canonique, ni d’une approche scientifique : elles sont légions en la matière. Claude LUEZIOR, avec la franchise ouverte et sincère d’un Candide, n’a pas trouvé de vecteur plus adapté que l’humour pour nous présenter sa lecture parfois effarée de l’Ancien Testament. On est loin de toute herméneutique, loin des règles mystiques traditionnelles, loin des Pères de l’Eglise, de Saint Augustin, Saint Isidore ou Eusèbe de Césarée, mais plus proche d’un François Laplanche qui cite Karl Barth : « Ce que je dis de Dieu, c’est un homme qui le dit. »

LUEZIOR l’amoureux des arts, le poète, le romancier, avance ici en terrain miné avec beaucoup d’entrain, de bienveillance et un certain panache. Il ne serait pas étonnant qu’il rallie à sa courageuse campagne, tout un peuple de lecteurs. Comment résister à sa réaction de potache, celle d’un enfant devant Spielberg et Charlot réunis ? Claude LUEZIOR est léger mais ne raconte pas à la légère. Il rit mais s’indigne, tout en citant les versets bibliques concernés. Voyons un exemple ”frappant” (ici tout est ”frappant”!) : celui-ci, intitulé Il faut savoir et qui précède Le Déluge…

“Reprenons depuis le début : Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa. Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici que cela était très bon (Genèse, 1,27 et 1,32). Et pourtant, Yahvé dit en son cœur: ce qui forme le cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse (Genèse, 8,21). Diagnostic final : l’œuvre du Tout-Puissant est-elle à ses propres yeux bonne ou mauvaise ? ”

Comment résister à l’aventure de Noé dans le chapitre Soyons indulgents !  “Noé était âgé de six cents ans quand eut lieu le déluge.” (Genèse,7,6). LUEZIOR s’exclamera d’ailleurs plus tard : “belle gériatrie !” Il rajoute : ”On excusera bien ses erreurs. Ce d’autant qu’il n’était pas très fort en mathématiques. Un peu pressé, il n’avait fait monter à bord qu’un seul escargot. Tantôt mâle, tantôt femelle et avec une patience infinie, le (la) bougre(sse) se débrouilla tout seul.”

Et de préciser : “Prévoyant, le patriarche demanda à Yahvé quelques somnifères pour des crocodiles au sale caractère et pour un couple de singes qui commençaient à semer la pagaille : des êtres déraisonnables qui prétendaient, à l’époque déjà, avoir un lien de parenté avec Noé ! En ces temps prédiluviens et carrément écologiques, on lui fournit plutôt un couple de tsé-tsé, des mouches spécialistes ès sommeil. Ce qui fut tout à fait indiqué, notamment pour le paire de renards qui jetaient un regard lubrique en direction d’un coq et de sa doulce moitié.”

Évidemment, les choses s’enveniment avec “Caïn et Abel : le premier tue l’autre. Dramatique engeance ! On a si peu disserté quant à la douleur des parents…” Elles se multiplient et s’amplifient par la suite avec Moïse, David, Salomon… Alors, devant la lecture de tant de miasmes et de plaies soi-disant envoyées par Dieu, ajoutées à tant de turpitudes et d’exterminations dans nos sociétés humaines passées, présentes et à venir, que faire sinon rire parfois, pleurer, souvent ? Il nous y invite avec sa plume parfois cocasse, souvent indignée, parfois insolente, souvent humaniste, tout en frémissant devant ces déluges de violence détaillés dans un Ancien Testament d’il y a bientôt trois millénaires.

Cela dit, Claude LUEZIOR précise en quatrième de couverture : ” Ce qui est rassurant, c’est l’avènement, beaucoup plus tard, d’un rebelle, incarnation du pardon et de la tendresse : le Nazaréen Jésus-Christ.”

 

Claude Luezior, Un ancien Testament déluge de violence, Éditions Librairie Galerie Racine, Paris, 2020

 

Par Jeanne CHAMPEL-GRENIER, publié le 30/10/2020 | Comments (0)
Dans: Comptes-rendus

« Argam » de Gérard le Goff

Roman complexe, Argam, de Gérard le Goff fait plonger le lecteur dans un univers étrange, à la limite du réel, puis glisse carrément dans l’irréel : il y a plusieurs romans dans ce roman dense et excitant, qui comporte des intrigues multiples, des descriptions détaillées à la manière de Balzac. Le livre rappelle le roman gothique par son côté fantastique, ses procédés narratifs, les décors et certains personnages.

La trame principale est difficile à démêler, l’intérêt de l’auteur semble focalisé sur un cas de psychiatrie, territoire incertain s’il en est. Entrer dans l’esprit d’un aliéné risque en effet d’avoir des conséquences fatales pour ceux qui s’y hasardent, à l’instar des personnages du livre. Ce qui n’empêche pas que ce dernier soit aussi un roman d’aventures, un polar et un récit fantastique.

L’auteur construit d’abord un récit à la première personne qui gravite autour de quelques personnages bien insérés dans la vie sociale, un avocat et un psychiatre, deux amis.

Il introduit ensuite son deuxième récit : un manuscrit trouvé par la police et confié au psychiatre Samuel Berstein. Le narrateur inconnu raconte une étrange histoire qui se serait déroulée dans le manoir abandonné d’une diva du XXème siècle, adulée pour sa voix et sa beauté.

Le troisième récit est un roman policier, une enquête sur la disparition d’un aliéné dangereux. Le quatrième, la biographie de la diva, s’imbrique aux autres. Le cinquième, celui d’un ami mystérieusement disparu de l’avocat Osborne Dans l’épilogue, l’aliéné se raconte lui-même sur des feuilles griffonnées.

Le romancier maîtrise à merveille le fil de ses multiples récits, il maintient la curiosité du lecteur jusqu’à une fin ouverte à de multiples interprétations

L’architecture du roman demeure rigoureuse : les titres des chapitres numérotés nous avertissent de ce qui va suivre, évitant au lecteur de s’égarer entre les multiples récits.

Le décor s’adapte aux diverses situations, réelles ou imaginaires. Les quatre personnages a priori raisonnables – les deux amis, plus le libraire et le savant – sont emportés par leur curiosité et l’esprit d’aventure et finissent par plonger dans le fantastique.

La quête du mystérieux domaine et de la fête des masques racontée dans le manuscrit pourrait évoquer Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier.

Les images délirantes du parc et de l’intérieur du manoir de la presqu’île contrastent avec les détails du quotidien. L’imagination de l’auteur finit par instaurer un effet quasiment hallucinatoire.

Le romancier, narrateur omniscient, n’ignore rien des sentiments et des émotions de ses personnages. Les explications médicales du psychiatre se révèlent à cet égard particulièrement instructives.

La fin laisse au lecteur le soin de juger la part du réel et de l’irréel dans le roman. L’identité de l’aliéné enfermé à l’hôpital psychiatrique demeure mystérieuse jusqu’au bout : de quel autre personnage cache-t-il le nom ?

 

Gérard le Goff, Argam, Éditions Cloé des Lys, 2019, 237 p., 24,90 euros.

 

 

 

 

« Depuis l’Afrique » – un numéro d’Esprit

A-t-on noté le sous-titre d’Esprit, « Comprendre le monde qui vient » ? Une ambition quelque peu démesurée, sans doute, mais nul ne contestera que cette revue demeure l’un des rares lieux où chercher de quoi nourrir sa compréhension du présent, à défaut du futur. Si Esprit, créée par Emmanuel Mounier en 1932, s’est affranchie […] Lire plus »

Les « Poèmes du chagrin » de Philippe Leuckx : une poésie élégiaque

Philippe Leuckx, Poèmes du chagrin, Éditions Le Coudrier, 2020, 107 p., 18 €.

Un nouveau livre de Philippe Leuckx, Poèmes du chagrin, vient de paraître par les soins des Éditions Le Coudrier, avec un avant-lire de Jean-Michel Aubevert qui nous fait comprendre de quel chagrin sont issus les poèmes réunis dans ce recueil : « On ne saurait sonder la tristesse de la perte, la désertification que produit le deuil. »

Un recueil de poèmes qui touchent de près par la profonde solitude et mélancolie de l’homme face à l’absence de celle qui était présence et joie du coeur, face au vide de la perte de la femme aimée : « Je reste sur le bord esseulé comme une pierre ».

Que reste-t-il d’une vie à deux ? Seuls les souvenirs à enlever à la mémoire affective dans ses heures d’ombres et de doute, de chagrin, « de solitude de soufre qui te perce la peau comme une blessure sans plaie ». L’absence, « nuit qui griffe le coeur », vide du coeur au rythme déréglé qui te rend « empêtré et poisseux », rejette sans cesse dans  l’ombre de la mémoire qui restitue par bribes les souvenirs des lieux d’autrefois où l’on était ensemble.

Le poète vit un immense chagrin et l’esseulement, « se sent inerte ». Il plonge en soi-même où il retrouve celle qui n’est plus, les images heureuses de leurs périples ou celles du temps de sa maladie. Entre lui et le monde s’interpose un mur, la lumière, la vie en dehors de sa maison, où il reste captif  « d’un noir chagrin ».

La maison n’est que silence, « un étrange bloc de silence »,  refuge, mémoire et souffrance. Le poète doit s’habituer à affronter sa solitude, « à n’entendre que son pas », à ne pas sombrer dans la mélancolie, à « inventer la caresse », « à vivre au-dessus de tes forces », avec parfois une silhouette de brume, tel un fantôme à sa fenêtre.

Cependant, contre sa volonté, la douceur de la vie au jardin, avec la beauté des roses et le chant des oiseaux, lui procurent un peu de joie et ne cesse de l’exhorter à s’affranchir du chagrin, si bien qu’il s’étonne de survivre à la perte : « Il faudrait ramener à soi / la légère houle du vent/ percer le chagrin/ rameuter ce peu de joie/ qui ourle les  lointains. »

D’autre part, il trouve une sorte de consolation dans les mots à remplir le vide, à retenir les traces de ce qui était avant et qui n’est plus, si pâles et fragiles qu’ils puissent être.

La voix élégiaque du poète tisse des poèmes graves, mélancoliques, autant d’images du chagrin et de la solitude. Le poète se souvient des séquences heureuses du passé, observe le quotidien et se scrute lui-même et son devenir, accablé de chagrin et de mélancolie, conscient que « pleurer n’apaise/ pas le coeur ».  Le jeu pronominal (je du solitaire, nous du couple, elle de la femme perdue) et temporel (verbes au passé, présent, futur) témoigne d’une existence heureuse à deux, brusquement atteinte par la maladie et la mort, d’un avant et après la perte. Le passé évoque des souvenirs, le présent est celui du deuil, de la solitude et du chagrin, le futur celui de son devenir : rester captif du chagrin ou s’ouvrir vers le monde. Il y a même un futur antérieur, rappelant un projet de couple, brisé par la mort de la femme.

La vie semble avoir perdu de sens en l’absence de l’autre : « Dans l’entre-deux de nos vies devenues mutiques, l’indécise absence », « la vie s’étage sans vie ».  

Il y a aussi dans ce livre émouvant la mémoire des photos insérées pour retrouver le visage réel de la femme perdue : seule ou en groupe, un souvenir  du dernier voyage italien du couple dont parle aussi un poème.  Quand la mémoire du vécu pâlit, il nous reste la photo pour rappeler l’instant d’autrefois qui n’est plus.

Le deuil est chagrin et solitude, mais pour un poète il pourrait être créateur s’il trouvait en lui la force se s’arracher à la mélancolie noire,  comme c’est bien le cas de Philippe Leuckx.

 

 

Par Sonia Elvireanu, publié le 26/07/2020 | Comments (0)
Dans: Comptes-rendus | Format: , ,

“Black America” de Caroline Rolland-Diamond

Caroline Rolland-Diamond, Black America, une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (XIXe-XXIe siècle), Paris, La Découverte/Poche, 2019, 656 p., 15 €.

La réédition en poche de ce livre paru initialement en 2016 est l’occasion d’attirer à nouveau l’attention sur la somme magistrale consacrée aux « Africains-Américains » suivant l’expression retenue par l’auteure, enseignante à Nanterre. Cet ouvrage dense et copieux, qui démarre avec l’abolition de l’esclavage à l’issue de la guerre de Sécession et s’achève sur la présidence d’Obama, expose en détail les étapes de l’émancipation progressive des Noirs américains. Emancipation progressive et le plus souvent douloureuse tant les Blancs du Sud des Etats-Unis se sont montrés récalcitrants à reconnaître les droits les plus élémentaires de leurs compatriotes de couleur. Lynchages, tribunaux protégeant les assassins blancs et condamnant systématiquement les Noirs aux peines maximales, travaux forcés pour les condamnés, discriminations et intimidations en tout genre étaient monnaie courante.

Le vote censitaire ou soumis à la réussite d’un examen prouvant les capacité mis en œuvre dans les Etats sudistes fit obstacle à l’exercice des droits civiques élémentaires des Noirs, sans compter des menaces qui n’étaient pas simplement en l’air. Exemple : L’arrêt Smith v. Allwright (1944) interdit l’organisation d’élections primaires réservées de facto aux Blancs. Deux ans plus tard, dans le comté de Taylor (Georgie), le seul Noir qui parvint à déposer son bulletin lors des primaires du Parti démocrate, en bravant une bande armée, fut abattu le lendemain. La ségrégation légale dans les écoles, les transports, les magasins fut démantelée tout aussi difficilement. Ainsi l’arrêt Brown de la Cour suprême (1954) interdisant les écoles séparées pour les enfants blancs et noirs rencontra-t-il au Sud une résistance massive.

Tout cela explique le mouvement migratoire long des Africains-Américains du sud au nord des Etats-Unis (favorisé à partir de 1924 par l’imposition de quotas à l’immigration étrangère). Ce qui n’empêchait pas les discriminations de fait, les violences policières et les émeutes. Par exemple celle de Harlem, en 1964, provoquée par l’assassinat d’un jeune noir par un policier blanc, qui fit des milliers de morts. C’est d’ailleurs au Nord ou à l’Ouest que surgirent les mouvements les plus radicaux défendant la cause des Noirs, Nation of Islam, Black Power, Black Panthers, opposés à la stratégie non-violente de Luther King, celle également développée par les femmes noires qui ont toute leur place dans cette histoire.

Les Noirs ont néanmoins profité, mais à un degré moindre que les Blancs, de l’élévation générale du niveau de vie. Les deux guerres mondiales ont favorisé l’emploi des hommes comme des femmes. Les universités ouvertes aux Noirs se sont multipliées (subventionnées par les Etats du Sud en vertu de leur doctrine du « développement séparé »). New York vit la « Renaissance de Harlem » dans les années 20 tandis que le capitalisme noir prospérait à Chicago, considérée comme la « métropole noire », etc. Si Black America ne cache pas ces évolutions positives, l’histoire des Africains-Américains reste fondamentalement celle des sévices et des crimes dont ils sont les victimes, de leurs luttes pour la dignité et l’égalité. Bien que toute ségrégation légale ait disparu, les discriminations subsistent en matière de logement, d’éducation. Elles entretiennent une culture de ghetto véhiculant des valeurs matérialistes et machistes. Pire, les crimes des policiers n’ont pas disparu (d’où le mot d’ordre Black lives matter). Force est de constater, avec l’auteure, que l’élection d’Obama, pour symbolique qu’elle soit, n’a pas fondamentalement amélioré la situation des Noirs américains.

Le livre est divisé en sept périodes successives, la plus brève (1961-1965) correspondant à la plus forte intensité de la lutte pour les droits civiques, chaque partie étant divisée en brefs chapitres thématiques. Les notes (60 pages) sont reportées en fin de volume avec la bibliographie (11 pages) et un index nominum (10 pages). Un index rerum aurait permis de suivre plus aisément l’évolution de certains sujets récurrents (la « Grande Migration », l’affirmative action, etc.).

Article paru originellement dans la revue Esprit, n° 459, novembre 2019.