Bye bye Jessye !

« La cantatrice Jessye Norman, icône américaine de l’opéra, est décédée d’une septicémie lundi à New York à l’âge de 74 ans. »

Cette nouvelle brutale est tombée en ce dernier jour de septembre 2019.

On est toujours abasourdi, quand on perd des gens que l’on aime.

Et on ne pouvait qu’aimer Jessye!

Tout ce mardi 1er octobre, Radio Classique a diffusé des airs chantés par cette grande cantatrice, notamment, vers 19 h 30, “Dove Sono”, chanté par la Comtesse dans les Noces de Figaro. La pureté de sa voix reste un vrai enchantement.

Et la maîtrise de cette somptueuse soprano, avait quelque chose de divin.

Je me suis alors souvenu de quelques mot, écrits il y a quelques mois, après un choc vocal subi à son écoute et une sensation intense de sérénité.

Je vous les livre en l’état.

JESSYE  NORMAN  :  QUELQUES  INSTANTS  DE  SERENITE

Vendredi 2 novembre, vers 16 h, je rentre de Nîmes dans la Clio, la circulation est difficile, je suis bloqué sur le périph au carrefour de la route d’Arles.

J’écoute Radio Classique, le son Bose est excellent, Eve Ruggieri a programmé la grande chanteuse noire américaine, Jessye Norman. Elle chante des airs de Wagner* et des spirituals, c’est magnifique, la qualité sonore est excellente, je monte le son, la nuit tombe, je suis bien, mon corps est apaisé, pas la moindre douleur, tout fonctionne pour le mieux, est-ce cela le bonheur, ces instants de sérénité où tout baigne.

Jessye Norman  en  1994

 Je vais sur mes 75 ans, la plus grande partie de ma vie est déjà écoulée, et pourtant, malgré quelques problèmes de santé dus à l’âge, ou peut être à cause d’eux, j’apprécie à leur juste valeur tous ces moments de plénitude, qui se feront de plus en plus rares.

Je saurai en profiter, en positivant tous les évènements à venir.

Je suis vivant, je ne souffre pas, tout va bien autour de moi : la vie pourrait donc être belle?

* – Tannhäuser, La prière d’Elisabeth
– Tristan et Isolde, Mort d’Isolde
Orchestre Philarmonique de Londres Directeur Klaus Tennstedt
– Anonyme Spirituals, Directeur James Levine

 

Bouillargues, le 1er octobre 2019

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 02/10/2019 | Comments (0)
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Vélo et liberté

Nous habitions rue Dessalles, sur le Plateau dit de Jolimont, au nord de la Gare Matabiau. C’était un quartier occupé d’abord par des cheminots qui pouvaient aller travailler à pied. Il n’était pas desservi par les transports en commun (la ligne 12 du tramway passait au faubourg Bonnefoy) et il fallait beaucoup marcher pour le moindre déplacement. Et le comble est que la rue Dessalles est l’une des plus pentues de la ville :  notre maison était située sur le haut, ce qui nous obligeait à remonter à pied toute les courses achetées chez les commerçants de la plaine…. Nous étions de très bons marcheurs…

Nous n’avions pas de voiture, et le petit vélo que mes parents m’avaient offert pour un Noël (peut être pour mes 8 ans) est le plus beau cadeau que l’on m’ait jamais fait.

C’était bien sûr un instrument de jeu, qui permettait de faire des courses avec les Beotéguy’s. Marc était meilleur sprinteur (il n’avait peur de rien et prenait beaucoup de risques) et moi j’étais meilleur grimpeur, la côte Dessalles était mon domaine… Nous pratiquions déjà ce que l’on qualifie de VTT de nos jours sur tous les terrains vagues du quartier.

C’était aussi un fabuleux instrument de liberté. Tout comme Modiano qui explorait Paris en faisant des cercles concentriques, j’explorais mon quartier puis la ville de la même manière, en m’éloignant progressivement…

Eté 1952  je pose sur mon petit vélo, casquette en arrière, pour avoir l’air d’un coureur, pendant que Bernard promène sa voiture rouge à pédales

Mes parents ne m’imposaient aucune contrainte, ce qui paraît extraordinaire aujourd’hui, ils avaient confiance en moi, et les rues étaient beaucoup plus calmes. Cette liberté était assez fabuleuse et développait en nous le sens de l’exploration et de la découverte, en nous procurant une certaine assurance et le sens de la responsabilité.

Ainsi je pouvais me déplacer facilement, d’abord pour aller voir mes copains dans le quartier Jolimont/Marengo, puis plus tard mes camarades de lycée dans toute la ville et même en banlieue.

Je ne me souviens pas avoir eu le moindre accident de vélo, le seul incident est dû à une expérience originale que j’avais tentée par une belle soirée d’été, après le dîner, quand la nuit n’en finit pas de tomber… Il y avait alors sur le plateau de Jolimont une butte, qui servait notamment à des courses de moto-cross. Nous avions l’habitude de prendre beaucoup d’élan et d’attaquer frontalement la butte, haute de 3 à 4 mètres. La vitesse nous permettait de faire un petit saut de quelques dizaines de centimètres avec le vélo. Le vainqueur était celui qui réalisait le plus beau saut.

Pris ce soir là d’une idée autant originale que saugrenue, je décidais de faire le saut dans l’autre sens en partant du haut du plateau et en sautant vers le bas, en prenant bien sûr un peu d’élan. Et comme je voulais être le premier à tenter l’opération, je l’expérimentais tout seul…

Je pris mon élan, arrivais au bout de la piste, eus la sensation de voler dans l’air pendant quelques secondes, fabuleux, je m’en souviens encore, je volais, comme dans la chanson*, puis plus rien, si ce n’est que je recouvrais mes esprits un peu plus tard, le nuit commençait à tomber, j’étais groggy sur le sol à côté de mon petit vélo.  Progressivement je fis l’inventaire de mes muscles, de mes os, de mes membres : tout fonctionnait, même le vélo, à quelques détails près avait survécu au vol plané… Je décidais alors de rentrer sagement à la maison, sans rien dire à personne – pourquoi inquiéter mes parents, qui œuvraient bien sereinement – et j’allais me coucher…

Ayant alors mesuré la gravité du risque pris, je décidais, premièrement de ne jamais recommencer l’expérience, et deuxièmement de n’en parler à personne.

*Il est libre Max

Il est libre Max,

Il y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler

Chanson de Hervé Cristiani (1981)

Bouillargues, le 05 11 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 26/09/2019 | Comments (0)
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Le siècle des chemins de fer dans la famille Séguéla

Dans la famille Séguéla, on ne lisait pas la Bible, on lisait “La Vie du Rail”, qui, comme chez beaucoup de Cheminots, constituait une vraie Bible, le journal de référence.

En écrivant sur la jeunesse de mon grand père Jean Marius, et en relisant les notes laissées par mon père André, je me suis rendu compte qu’il y avait un lien très fort entre les Hommes de la famille et les Chemins de Fer.

 

Les  Hommes

Aussi loin que l’on remonte dans le temps, les Séguéla étaient des paysans, cultivateurs, manouvriers, brassiers, tous attachés à la terre, sans en être propriétaires.

C’est Pierre Séguéla, 1824/1908, qui le premier abandonne le travail de la terre pour celui de meunier.  “Il transportait, avec son âne le blé ou la farine du moulin au paysan, en quelque sorte, il était courtier en grain et en farine”, comme l’écrit mon père. C’est pour cela qu’il portait un béret basque blanc.

Son  premier fils,  Pierre Séguéla, dit le Pierril del Maurel, mon arrière grand-père,  s’engagea le premier dans les Chemins de Fer à leurs débuts. Vers 1875, il entra  à la Compagnie du Midi, en tant qu’ homme d’équipe, et travailla dans les gares de Toulouse Lamagistère, Castelnau d’Estretefonds et Grisolles.

Il fut le héros d’un acte de bravoure, qu’il aimait raconter à l’issue des repas de famille.  Retraité en 1910, il était garde champêtre en 1920/21, “quand le pont de Pompignan (pont qui enjambe la voie ferrée au milieu du village), s’effondra. Le rapide Paris/Toulouse était annoncé. Il prit une lanterne et marcha sur le ballast au devant du train. Il fit les signaux règlementaires pour le faire stopper, évitant ainsi une catastrophe.  Il reçut une gratification de 50 Francs.”

Sa bravoure n’avait d’égale que son intégrité. “Témoin d’un accrochage entre une automobile et une charrette de vendangeur appartenant à un voisin, il refusa au Maire de Pompignan le faux témoignage qui aurait innocenté le charretier, en fait le vrai fautif”.

Pierre Séguéla, dit le Pierril del Maurel – 1855/1933

Avec un tel père, Jean Marius Séguéla ne put faire autrement, à sa démobilisation en janvier 1919, que de rentrer à la Cie des Chemins de Fer du Midi (voir texte sur sa jeunesse).  Faut-il y voir un signe, il avait fait la guerre de 14 à 17 au 12ème escadron du “Train” des Equipages !

Mon grand père Jean Marius Séguéla au début des années 20

Sa sœur Maria avait également épousé un cheminot, Pierre Astorg, 1880/1915, employé à la Cie du Midi, où il fit une belle carrière. Il mourut de la tuberculose  à Perpignan où il était sous chef de gare. Agé alors de 35 ans, il était promis à un grand avenir  dans un secteur en plein développement.

Ils eurent un fils Roger, ce qui me valut l’attribution de ce prénom.

Pierre Astorg à l’âge de 18 ans  1880/1915

Avec un père, un grand-père et un oncle cheminots, mon père André Séguéla ne pouvait échapper à l’attraction  des chemins de fer. Il avait pourtant fait une école de commerce toulousaine, mais il avait 20 ans en 1941. Il fut incorporé aux Chantiers de Jeunesse, dans les Pyrénées, et pour lui éviter le STO (Service du Travail Obligatoire, qui envoyait des français remplacer dans l’économie allemande les hommes qui étaient au front),mon  grand père le fit engager à la Sncf,  affectation qui l’empêchait, en tant qu’ agent des chemins de fer, d’ être envoyé en Allemagne.

 Mon père André Séguéla aux Chantiers de Jeunesse en 1941/42     

Mon grand père évita ainsi le STO à beaucoup de jeunes toulousains en les faisant entrer aux chemins de fer. Il ne fut pas médaillé pour autant, c’était son devoir d’humaniste.

Mon père fut d’abord employé comme surveillant dans les trains de marchandise régionaux. Il occupait une guérite  placée sur le dernier wagon du train d’où il surveillait les alentours. Il parcourait régulièrement les lignes au nord est de Toulouse. Il occupait cette fonction quand il rencontra ma mère en 1943.

Dans la cabine de pilotage, sur la ligne Toulouse/Labruguière, détente en jouant à la belote

A la fin de la guerre, il intégra le Bureau des Litiges, où il fit toute sa carrière, jusqu’à la retraite prise à 55 ans en 1976.

 

Le  Monde Cheminot

Les Compagnies de Chemin de Fer, rassemblées dans le cadre de la Sncf, constituaient un monde très particulier, un monde à part, que j’ai connu dans ma jeunesse.  Une famille pouvait vivre sans jamais le quitter, la prise en charge était complète.

Les Economats Sncf fournissaient tous les produits nécessaires, dont les produits alimentaires. Ils arrivaient à être compétitifs dans l’immédiat après-guerre. L’arrivée de la grande distribution allait les disqualifier.

Un régime de santé parallèle fut créé. Enfant, j’allais consulter gratuitement au Dispensaire Sncf. Mais la qualité n’y était pas : je me souviens du Dr Virenque, qui devait me soigner pour une scoliose, et qui m’apparaît avec le recul d’une médiocrité affligeante.

Les enfants allaient dans les colonies Sncf, gratuites et de bonne qualité. Je passais mes vacances à Quiberon, Soulac/Mer, St Sulpice La Pointe.

La très belle Bibliothèque Sncf de la gare Matabiau me permit de lire romans pour enfants, BD’s, littérature sans bourse délier.

C’est au TCMS, Toulouse Cheminots Marengo Sport, que mes parents acceptèrent de me laisser pratiquer l’athlétisme (1000 m en cadet), après avoir refusé les sollicitations du Club de Fronton. On ne pouvait pas refuser la demande du club cheminot…

N’oublions pas la gratuité des titres de transport pour la famille, j’en profitais jusqu’à mon mariage.

Il y avait aussi des Services Sociaux, dont faisaient partie les Cours de Couture qui permirent à ma mère de nous habiller au moindre coût : il n’y avait que le tissu à acheter. Les jardins d’enfants, etc

Tous ces avantages, ajoutés à la retraite avancée, à cause des conducteurs de locomotive, mais dont bénéficiaient tous les employés de la Sncf, faisaient de la Sncf un monde privilégié, recherché et jalousé. Les grèves “dures” menées par la Cgt n’étaient pas étrangères à ce résultat.

 

La Culture Cheminote

Il y avait une vraie fierté de travailler aux Chemins de Fer. C’était un monde à part, géré techniquement par des ingénieurs de haut niveau. Je me souviens de mon grand père sur un quai de la gare, voyant arriver un train, consultant sa belle montre à gousset, et disant sentencieusement, “il fait l’heure”.

L’avance technique du matériel, l’organisation millimétrée du trafic ( enfants nous lisions couramment le Chaix, l’annuaire des horaires, réalisé par des ingénieurs, et difficile à lire pour le commun des mortels), les records de vitesse battus régulièrement par les trains français, tout cela contribuait à donner au personnel et aux familles le sentiment d’appartenir à un groupe différent des autres et supérieur.

La France était alors fière de son organisation ferroviaire!

 

D’autant plus qu’après 1945, les voitures automobiles étaient encore rares et chères et que l’essentiel des déplacements se faisait en train.

Ce fut pour moi une chance, notamment pour mes voyages en Allemagne, qui étaient gratuits, et auraient été impossibles sans un père cheminot.

Les Séguéla, après avoir été chasseurs/cueilleurs puis longtemps paysans, et attachés à la terre, devinrent pendant plus d’un siècle, une famille de cheminots (de  1875 à 1976) !

L’omnipuissance de la Cgt, qui régentait totalement la Sncf, la mauvaise organisation des Services, fort décriée par mon père, l’incompétence d’une grande partie du personnel, et un besoin de liberté dans le travail, me firent rejeter toute idée de faire une carrière de fonctionnaire.

Ma jeunesse dans le monde cheminot m’avait permis d’en connaître les forces et les faiblesses. Le monde libéral m’offrait un avenir beaucoup plus vaste et enrichissant, à condition, bien sûr, de travailler

Si l’on excepte mon bisaïeul meunier, je fus le premier Séguéla à faire une carrière dans le monde de l’entreprise privée. Bernard suivrait cette voie via les services informatiques. En 2003, je créais la première sarl de la famille, Bullus, à laquelle furent associé Raphaël et nos épouses. Il créa plus tard Home Services, entreprise de rénovation florissante. Anne-Lise s’orienterait vers le professorat d’histoire et géo. La parenthèse “chemin de fer ” était terminée.

Bouillargues, 14 01 2018.

 

PS / Je me dois de rajouter la “parenthèse cheminote” de mon frère Bernard, qui fit, en tant qu’étudiant, un stage d’apprentissage rémunéré au métier d’aide conducteur, à Pâques 71. Il travailla ensuite 2 mois, juin/juillet après une longue grève des conducteurs de train, pour obtenir une prime de vacances, puis durant les vacances de noël pendant quelques années.

Il se souvient encore de la tête de notre père, lorsqu’il a découvert la différence de salaire entre leurs 2 fonctions. Comme les pilotes chez Air France, les roulants étaient beaucoup mieux payés, du fait de leur forte capacité de nuisance….

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 08/09/2019 | Comments (0)
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Les femmes à la maison, la pin up

Les Femmes à la Maison  

Les femmes ne travaillaient pas à l’époque (années 50/60), elles élevaient les enfants et géraient leur intérieur.

Ce qui leur laissait beaucoup de temps libre pour se rencontrer et papoter l’après-midi, c’est-à-dire, le plus souvent à dire du mal des autres, celles qui n’étaient pas là.

Les absentes avaient toujours tort !

Elles parlaient bien sûr des hommes, à commencer par les maris et de leur santé.  Comme leur niveau culturel était varié et aléatoire, ces discussions étaient souvent très curieuses, et beaucoup de fadaises étaient débitées.

Yvette P. s’étonnait en 53 que les italiens sachent faire des maisons en briques avec des toits, elle pensait qu’ils utilisaient encore le chaume en couverture et du bois pour les murs, comme dans l’histoire des 3 petits cochons.

Et pour les enfants que nous étions, nous savions tout sur les problèmes gynécologiques : fausses couches, ovaires, règles, descentes d’organes, etc….A 10 ans nous étions de vrais experts, grâce à l’écoute des discussions de nos mères, nous ne comprenions pas tout, sauf que le fonctionnement des organes génitaux féminins posait beaucoup de problèmes, et qu’il valait mieux être un garçon qu’une fille. En fait, prises par leur conversation, nos mères nous oubliaient, et en jouant en silence auprès d’elles, on s’instruisait sur les difficultés de la vie.  Il ne nous manquait qu’un croquis…

On peut y rajouter toutes les histoires de famille, de ruptures, de tromperies. Point n’était besoin de lire Zola ou Mauriac pour être informés des vicissitudes de la vie.

Cette promiscuité avec les femmes était courante dans notre milieu populaire, et elle devait empirer à l’occasion des cours de couture prodigués par la Sncf aux femmes de cheminots.

Un jour, puis deux par semaine, une professeur de couture donnait des cours, et comme les vêtements coûtaient cher, ce système permettait de réaliser soi même ses habits. Toute une équipe de femmes de cheminots s’était constituée, un bon groupe sympathique, avec des figures de proue comme Mmes Ladecèze, Delion, et d’autres dont le nom ne me revient pas.  Toutes ses dames, à commencer par la prof, femme d’un Crs, n’avaient pas leur langue dans la poche, et un très franc parler était de mise.

Mesdames Delion, Ladecèze et Séguéla sur le pont Riquet,
au fond l’Ecole Vétérinaire,
à gauche la gare Matabiau
(Un bon exemple de la bonne humeur qui régnait sur ces
cours de couture et de la qualité des vêtements réalisés)

Ces cours avaient d’autant plus d’importance, que dans les 50, le prêt à porter n’existait pas encore. S’habiller coûtait très cher, on ne connaissait pas les importations venues de Chine à bas prix avec des petits hauts à moins de 10 €. Pouvoir se vêtir en ne finançant que le tissu était un gros avantage.

Seul inconvénient, la prof avait des idées très précises en matière de mode, elle n’était pas très moderne, et c’est le style “Modes et Travaux”, qui s’imposait !

Nous étions souvent conviés à des essayages, et lorsque nous venions chercher notre mère, Bernard et moi, nous passions du temps dans la salle de cours.  Là aussi, les histoires racontées étaient souvent édifiantes, et fort intéressantes pour des oreilles d’enfants encore peu avertis. Certaines devaient prendre un certain plaisir à parler devant nous, et nous perfectionnions ainsi notre éducation extrascolaire, en découvrant les vrais problèmes de la vie courante…

Si nos mères parlaient très librement devant nous de leurs problèmes intimes (c’était sûrement notre mère la plus gênée), elles avaient un gros défaut :  elles critiquaient ce qu’elles ne connaissaient pas ou ne comprenaient pas. Une histoire particulièrement édifiante me revient pour illustrer ce propos.

Le groupe dont ma mère faisait partie (Mmes Fargues, Pirol et autres) se réunissaient aux beaux jours sur la partie basse, à l’ouest, du plateau Jolimont. Elles étaient bien, en plein air, à l’ombre, sur l’herbe, et elles s’occupaient à des travaux simples et toujours utiles, car il ne fallait jamais cesser d’être en activité. Elles tricotaient ou pratiquaient les menus travaux faisables à l’extérieur.

La  Pin Up

Un peu plus en hauteur sur le plateau venait s’installer une dame seule, d’une certaine classe, bien habillée, du même âge et qui, en plein soleil, venait attendre son fils à la sortie de l’école. Notre club de mères ne la connaissait pas, et comme en plus elles en étaient un peu jalouses, elles l’avaient baptisée la “Pin Up”. Et je passe sur les commentaires peu amènes qu’elle suscitait, notamment sur mesdames Pirol et Fargue, dont la beauté n’était pas le fort. C’était un cas type de jalousie féminine exacerbée.

La Pin Up d’Antonio Vargas

Et cette critique/rancœur devait durer des années, jusqu’à ce que mes parents rencontrent cette dame et son mari à une réunion de parents d’élève au Lycée Bellevue. Leur fils avait mon âge, il était bon élève, avait fini 3ème au Prix Fabre de la ville de Toulouse, où j’avais fini second, et plus tard il devait intégrer Centrale. Je l’ai rencontré lors de matches de rugby HEC/Centrale où il jouait ailier. Il portait le nom d’un champion français d’escrime et d’équitation célèbre dans les années cinquante.

Bref, cette rencontre fit de cette dame et de ma mère les meilleures amies du monde……

Cette histoire fut pour nous riche d’enseignements, sur les méfaits de l’ignorance et de la jalousie.

Cette dame nous avait expliqué qu’elle ne connaissait personne et qu’elle se consacrait totalement à son fils unique (ce qui n’était pas forcément un plus pour lui) et que, un peu timide, elle n’avait pas osé aller à la rencontre du groupe de ma mère. C’étaient des gens cultivés et simples, qui intimidaient mes parents. Le père avait un poste d’un niveau supérieur, ce qui creusait un fossé, que mes parents n’osèrent jamais franchir.

De plus il proposa une bonne place de secrétaire à ma mère. Une aubaine, vu l’état de nos finances. Mais mon père refusa, ma mère aurait eu un salaire supérieur au sien, inacceptable pour un mâle de l’époque, et de plus, il était “bel homme”. Deux raisons pour ne pas donner suite !

 

Londres, 16 11 2017, Cavalière, 25 08 2019

 

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 30/08/2019 | Comments (0)
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Les événements historiques marquants (1953-1962)

Chez les Séguéla, on suivait l’actualité, et cela depuis plusieurs générations.  Et on se passionnait pour les problèmes politiques. J’ai toujours vécu dans un monde familial rythmé par les informations régulièrement délivrées par la radio et la presse et commentées par un père omniprésent.

La Radio

On peut affirmer sans exagération que le volumineux poste de TSF était le centre nerveux de la maison. Il trônait en plein milieu (façon de parler), de la cuisine, la pièce principale. Quand c’était l’heure des infos, il fallait arrêter toutes les discussions et écouter “quasi religieusement” les nouvelles prodiguées par un speaker au phrasé inimitable et caractéristique de l’époque, empreint d’une certaine grandiloquence. On peut retrouver cette diction dans des films d’actualité des années cinquante.

Une fois les nouvelles distillées, mon père reprenait la parole et commentait l’actualité. Autant dire que nous épousions ses idées, il n’aurait pas été imaginable de le contredire. L’idée ne nous a même jamais traversé l’esprit.

Aux temps de la Quatrième République, nous étions férus de politique “politicienne” et suivions avec intérêt les alliances qui se faisaient et se défaisaient entre les trop nombreux petits partis.

La Presse Régionale Quotidienne

L’information n’aurait pas été complète sans la presse quotidienne régionale qui complétait les informations nationales par les nouvelles de la région. Et dans ce domaine, le journal “La Dépêche du Midi”, s’était taillé la part du lion, régnant en maître et diffusant ses idées radical/socialiste.

Nous étions abonnés, un porteur déposait le journal dans la boîte aux lettres tôt le matin, et au réveil, nous nous battions pour être le premier à le lire.

Il faut avouer cependant que nous avions tendance à commencer par le sport, et les nouvelles sur l’équipe de foot du TFC (prononcer Téfécé).

Mon père, en dégustant son café, se délectait à la lecture de la rubrique nécrologique : les morts le rassuraient, il leur avait survécu!

Ensuite il reprenait la rubrique politique et repartait dans ses commentaires, de plus en plus prévisibles avec le temps. Il n’aimait pas ce journal, à commencer par sa famille dirigeante, les Baylet, et ne se privait pas de la critiquer. C’était devenu un jeu, et avec Bernard, il nous arrivait même de la provoquer, de le “lancer” comme on disait alors. Le succès était assuré. Il se rodait avec nous, peaufinait ses arguments, avant de les reprendre au Bureau des Litiges, où il disposait d’un auditoire d’un autre calibre, et où ses “sorties” étaient attendues. Il s’exprimait bien en public, comme son père, et il aimait ce rôle de tribun.

Ces deux média complémentaires constituaient pour nous une vraie fenêtre ouverte sur le monde : nous étions très bien informés.

Et c’est ainsi que nous avons pu vivre, pratiquement heure par heure, les 5 évènements suivants, qui marquèrent notre jeunesse :

1953 – Les Inondations aux Pays Bas ; 1954 – La Chute de Dien Bien Phu ; 1954 -Mendès France 1er Ministre ; A partir de 1956 La guerre d’Algérie ; 1958 – De Gaulle au pouvoir

Les Inondations aux Pays Bas – Nuit du 31 janvier au 1er février 1953

Durant l’hiver 1953, une violente tempête fit céder les digues, dans la nuit du 31 janvier au 1er février, et une grande partie du pays fut envahie par les eaux. Il y eut près de 2000 morts et beaucoup de réfugiés.

J’avais alors 8 ans et je commençais à m’intéresser au monde extérieur, suite notamment au voyage en Italie de 1952.

Ces inondations frappèrent l’Europe occidentale, et un premier grand mouvement de compassion et de soutien se développa. Des quêtes furent organisées, ainsi que des collectes de vêtements et de matériels divers. Et fait plus marquant, peut être à cause du souvenir récent des réfugiés du Benelux en France pendant la guerre de 40, un mouvement se fit jour pour accueillir des enfants sinistrés dans les familles françaises.

Connaissant le côté bon samaritain de mes parents, ils n’eurent de cesse d’obtenir un réfugié. Pour participer à ce vaste mouvement d’entraide, orchestré par la Croix Rouge, ils montèrent un dossier et remuèrent ciel et terre. En vain.

Finalement, il y eut très peu d’enfants concernés, ce qui n’était pas plus mal, et je pense que de toutes façons leur dossier ne faisait pas le poids quant aux conditions d’accueil.

Ils furent déçus. C’était peut-être le désir d’un troisième enfant, Bernard avait déjà 4 ans. Avaient-ils songé à une adoption ? Je n’ai aucune certitude sur ce point.

Ce qui est sûr, c’est que nous fûmes aussi déçus de ne pas pouvoir enseigner le français à un jeune batave, et d’apprendre en même temps beaucoup sur ce pays un peu étrange, où les enfants étaient grands et blonds.

La Chute de Dien Bien Phu – 13 mars au 7 mai 1954

En 1954, j’allais avoir 10 ans, une grosse étape dans une vie d’enfant.

Ce fut l’année de ma première grande émotion relative à un évènement historique.

Jusqu’alors nous avions suivi les évènements du Vietnam (on ne disait même pas la guerre), d’une manière un peu lointaine. Seules les rares nouvelles de notre cousin, le Nincut, militaire de carrière, engagé en Indochine, nous parlaient de cette guerre, au travers de tous les problèmes qu’il traversait, maladie, accoutumance aux drogues, son mariage avec une infirmière qui s’occupait de lui avec abnégation.

Nous n’étions pas inquiets, l’armée française nous paraissant invincible, conformément à ce que nous expliquait la communication officielle, relayée par les médias.

L’encerclement de plusieurs bataillons dans le cuvette de Dien Bien Phu, l’avancée inexorable des ennemis, les parachutages incessants, l’héroïsme de nos soldats et des infirmières, les reportages de guerre où l’on se retrouvait  à proximité des combats, l’incapacité de l’armée française à sauver ses troupes, nous vivions tout cela au rythme des informations radio.

Ce printemps 54 fut horrible, tellement nous avions pris conscience que des soldats français mourraient tous les jours ou qu’ils finiraient prisonniers dans les terribles camps du vietminh.

Nous avions pris aussi conscience que la fin de l’Empire Colonial Français était inéluctable, et que cela allait nous coûter très cher.

Les temps changeaient !

Il allait falloir s’y adapter.

Mendès France 1er Ministre – Juin 1954 Février 1955

PMF en 1968

C’est pour sauver ce qui pouvait encore l’être, et engager un vaste plan de décolonisation, que Pierre Mendès France est appelé au pouvoir en juin 1954.

Alors qu’il a toujours fait face à une opposition personnelle très virulente, il semble constituer le seul recours capable de redresser le pays. PMF est une vraie bête politique, mais il lui sera toujours reproché, surtout à gauche, d’être juif et marié à une Servan Schreiber, dont la famille possède le château de Montfrin, dans le Gard. Il y a longtemps vécu avec son épouse.

Au début tout va bien, il va très vite régler le problème du Vietnam, la guerre s’arrête après Dien Bien Phu et la partition du pays est mise en place.

Ensuite il règle le problème tunisien et prépare une solution pour le Maroc.

Nommé président du Conseil par le président René Coty en juin 1954, il cumule cette fonction avec celle de ministre des Affaires étrangères. S’il parvient à conclure la paix en Indochine, à préparer l’indépendance de la Tunisie et à amorcer celle du Maroc, ses tentatives de réforme en Algérie entraînent la chute de son gouvernement, cible à la fois de ses adversaires colonialistes et de ses soutiens politiques habituels anticolonialistes. Il quitte alors la présidence du gouvernement en février 1955, après avoir été renversé par l’Assemblée nationale sur la question très sensible de l’Algérie française.

Rappelons également son rôle dans la résistance et auprès du général De Gaulle.

Toute la famille vivra passionnément les 8 mois du mandat de PMF. Il représente notre sensibilité politique de l’époque, et a tous les pouvoirs pour accomplir sa mission. Nous sommes alors derrière lui et applaudissons à tous ses succès, ce qui nous réconcilie avec la politique : “Ah, s’ils étaient tous comme lui”.

Un autre fait va nous marquer, sur le plan social, il décide de faire boire du lait dans les écoles. Un vrai symbole!

Hélas ses “amis” de gauche vont le lâcher et la 4ème République va retomber dans ses travers, avec à sa tête le sinistre Guy Mollet, qui préparera volens, nolens le terrain à Charles de Gaulle.

La guerre d’Algérie à partir de la Toussaint 1954 et l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle

Débutant avec les attentats de la Toussaint 1954, la guerre d’Algérie va marquer toute mon adolescence et peser comme une chape de plomb sur notre vie.

Le service militaire est progressivement porté à 3 ans. Tous les conscrits à partir de 18 ans partent en Algérie et ils vont y  vivre une sale guerre, dont beaucoup ne reviendront pas indemnes. Toutes les familles sont concernées, et c’est un cauchemar qui commence.

En 1958, j’ai 14 ans quand le général de Gaulle prend légalement le pouvoir. Si la guerre doit durer, je serai incorporable en 1962….D’où 2 décisions de survie :  favoriser tout mouvement favorable à la paix, la famille n’est pas colonialiste, et poursuivre mes études le plus longtemps possible pour bénéficier du sursis universitaire. Etant bon élève, ce plan reçoit l’agrément général.

De 56 à 62, nous vivons intensément cette période historique, au rythme des attentats, des opérations de “pacification” et des soubresauts de l’armée française, divisée, face aux tentatives de l’OAS.

A partir de 62, le retour des Pieds Noirs va bouleverser la vie sociale et économique. Les nouveaux élèves arrivés d’Algérie, apportent des idées nouvelles, souvent positives.

Et avec les Accords d’Evian, négociés par le Président De Gaulle, une nouvelle ère va commencer.

Prisonniers d’une pensée de gauche stéréotypée, nous aurons toujours voté contre lui, essentiellement parce que c’était un militaire, et que pour les gens de gauche bornés dont nous faisions partie, un militaire, c’est forcément un dictateur en puissance.

Mon grand père, le premier, reconnaîtra son erreur, et une grande partie de la famille le suivra progressivement.

Aujourd’hui, Charles de Gaulle est devenue une référence pour tous les partis, surtout à gauche…Ils ont totalement oublié leur comportement anti gaulliste qui a marqué le pays pendant des décennies, jusqu’à Mitterand avec son livre ‘Le Coup d’Etat Permanent”.

Londres le 23 janvier 2019, Bouillargues le 22 février 2019

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 26/08/2019 | Comments (0)
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Guitare, pipe et autres vecteurs d’image

Au sortir de l’enfance, je me retrouvais porteur d’une belle richesse intérieure, fort d’une imagination fertile, créatif, doté d’un esprit curieux, doué dans le sport et les études.

Mais tout cela ne suffit pas à créer une personnalité. Les gens de marketing diraient qu’il faut habiller cette matière brute pour créer “son image”.

J’ignorais alors l’existence même du mot marketing, mais je sentais plus ou moins confusément, que j’avais besoin de me doter de quelques artifices destinés à me donner une apparence, à m’aider dans mon comportement, à exister enfin dans la société. Il me fallait inventer quelques signes extérieurs qui me caractériseraient et me définiraient dans mon environnement.

Et comme le proclame cette nouvelle science du commerce, il faut proposer des aspérités, auxquelles les autres pourront se raccrocher.

Il y avait bien sûr tous les clichés du temps et de l’âge.

Pour “faire l’homme”, selon l’expression populaire en vigueur, on commençait généralement par fumer et boire, ce qui était le facteur le plus courant d’intégration à la société. Nécessaire mais pas suffisant, et pas vraiment intéressant.

Il fallait aussi plaire aux filles, et quand on n’a pas un physique de playboy, ou une famille fortunée, la tâche est difficile pour les jeunes ados.

L’art de s’habiller joue aussi un rôle. Mais que faire sans moyens?

Il fallait donc trouver autre chose, et pourquoi pas se muer en personnage romantique et poète, affublé de cette fameuse guitare, dont jouaient tous les chanteurs compositeurs célèbres, à commencer par Georges Brassens.

MA  GUITARE

Je devais être en seconde, quand pour Noël 59, je pus me faire offrir une belle guitare plate. Mes parents, comme toujours, avaient été sympas.

Jouer de la guitare, cela permet de se positionner comme un artiste, musicien, et poète : une belle image. C’est le bon côté de l’opération.

Mais le problème, c’est qu’il faut savoir en jouer, le playback ne fonctionnant pas dans les réunions entre copains. Il fallait donc apprendre, et j’achetais quelques partitions, dont “Jeux Interdits” et des chansons en apparence simples de Sacha Distel.

Et je comptais sur mes copains, les Behoteguy’s, musicalement doués, pour me donner des cours.

Pâques 1962 – Sur le chemin de Cillacères
guitare sur l’épaule

Contrairement à eux, je n’ai pas l’oreille musicale, et balbutiais mon solfège. Je découvris que pincer les cordes de la main gauche pouvait être douloureux, le temps de se constituer un cal à chaque doigt…

Enfin je réussis à enchaîner quelques accords, qui ne m’attirèrent qu’un succès d’estime auprès de proches très bienveillants…

Ma guitare plate était très esthétique, et elle émettait un son beaucoup plus moderne que les guitares classiques espagnoles. Je l’aimais bien.

Beaucoup d’amis suivirent le mouvement, notamment Jean Jacques, et nous amenions nos guitares à Cillacères pour jouer en duo.

    Pâques 1962, Cillacères
Duo de guitare avec Jean Jacques

MA  PIPE

Mon père fut un grand fumeur. Dans sa panoplie, il avait une vieille pipe, bien culottée, que je lui empruntais définitivement. En écume et de courte taille, je trouvais qu’elle m’allait bien, du moins sur le plan esthétique.

Une belle bouffarde bien patinée, cela vous pose son homme!

Fumeurs de pipe amateurs
RS et JJV à Cillacères à Pâques 1962

Cela étant, pour fumer il faut aimer le tabac, et je dois avouer que je ne l’ai jamais aimé, et cela pour plusieurs raisons :

– par goût d’abord, je ne prenais aucun plaisir, à imiter mes copains qui fumaient pour faire comme tout le monde, avant de devenir accros et de se faire piéger par ce poison. N’étant pas un adepte du Panurgisme, je ne me forçais pas outre mesure.

– mon grand père avait beaucoup fumé, il toussait beaucoup, ses poumons étaient déjà en mauvais état, bien avant son cancer, et mon père prenait le même chemin. La mort de mon grand père en 64 d’un cancer du poumon me fit stopper définitivement.

– et on commençait à écouter les premières campagnes anti tabac.

Je fis avec les cigarettes quelques essais non concluants, je me souviens avoir fumé des P4, la cigarette du pauvre, vendues en paquet de 4, et des Craven, blondes américaines, dont j’aimais le packaging rouge et or, de grande classe.

Pour la pipe, je fumais du Clan, ce tabac écossais, qui dégageait un arôme sucré et opiacé agréable, et dont le paquet typiquement scottish nous positionnait “modernes”.

Je crois que c’est la seule photo, où l’on peut me voir avec une cigarette entre les lèvres.

C’était à Hambourg en décembre 1962, entre Noël et Jour de l’An. Nous nous promenons sur  l’Alster gelé, ce lac qui se trouve en plein centre de la ville. Il fait très froid, et je suis pas habillé en conséquence, avec ma gabardine pour région océanique tempérée.

Un souvenir marrant lié au tabac: j’avais apporté un paquet de “Boyards”, ces cigarettes russes au maïs, qui arrachent la gorge. Lors de la soirée entre jeunes du réveillon, dans le garage de la famille Selle, j’avais offert ces cigarettes aux jeunes allemands, en leur disant qu’ils ne seraient pas capables de les fumer entièrement. Evidemment, ils avaient voulu me prouver le contraire, et le mélange avec les alcools forts déjà consommés, les avait rendus malades, laissant le champ libre aux non fumeurs…

L’ALCOOL

Contrairement aux générations précédentes, et aux suivantes, nous vécûmes une période “jus de fruit – sans alcool”. Nous avions trop vu les Anciens exagérer sur la boisson, et nous voulions éviter ces addictions suicidaires.

C’était le début des apéritifs sans alcool, et nous en usions, même si leur goût laissait à désirer….

Nous n’avions pas encore apprécié les champagnes (trop chers) et les mousseux, consommés dans les milieux populaires, étaient vraiment trop mauvais.

Nous buvions cependant, quand nous n’avions pas le choix, en société, des vins cuits et des apéritifs de marques italiennes, comme le Martini ou le Cinzano.

Nous buvions surtout des Whiskies de marques populaires, comme le Johnny Walker et le Vat 69 et de la vodka à l’orange, pas d’alcools forts, pas de liqueurs.

Pas d’alcool, pas de tabac, je faisais partie d’une génération vertueuse, qui s’adonnait plus volontiers au Sport.

LOOK EXTERIEUR : COIFFURE   BARBE  ET  HABILLEMENT

Le look extérieur était essentiel, et il s’agissait d’apparaître plus mûr, plus viril.

Je changeais la manière de me coiffer en me peignant dorénavant en arrière (voir photo avec la cigarette), et fis, comme tous mes camarade, l’expérience de laisser pousser la barbe.

Cet essai ne dura que 2 mois, en classe préparatoire 1ère année. Le bouc que j’arborais ne m’allait pas du tout, et je me rendis compte très vite que je n’étais pas fait pour les extravagances capillaires. Ce problème fut donc vite réglé, et je n’y revins jamais dessus, développant même une méfiance justifiée envers les “barbus”. Je m’étais vite aperçu que le port de la barbe permettait de dissimuler sa vraie personnalité, et de se donner une apparence bonhomme usurpée. Toute ma  vie professionnelle allait confirmer cette analyse morpho/psycho.

Il restait alors à travailler l’habillement. Contrairement à mon collègue de prépa, Breda, qui servait de mannequin à son père propriétaire de la plus belle boutique de vêtements pour homme de Toulouse, rue Lapeyrouse, je n’avais pas de moyens à consacrer aux vêtements, et je me réfugiais par nécessité dans une mode plutôt sport et surtout bon marché.

J’étais donc particulièrement mal habillé, comparativement à mes camarades bourgeois du lycée.

N’ayant pas le choix, j’essayais d’en faire un avantage, en développant un discours “anti mode” ! Je saurai réutiliser cette technique plus tard dans ma vie.

Ce n’est qu’une fois avec MC que je commençais à mieux m’habiller, en suivant ses conseils. Il était temps, l’habillement allait avoir une grande importance dans le monde professionnel.

L’achat d’un vrai caban de marin US aux Puces de St Ouen serait mon premier achat “mode”, fait avec MC et sur ses recommandations.

Avec le fameux caban us $
à Dampierre, février 67

Il fallait alors faire des choix, vu le manque de moyens financiers, et nous nous étions aperçus que la vraie indépendance résidait dans la liberté de déplacement.  La mobylette était devenue trop limitative : C’est l’acquisition d’une voiture qui devenait prioritaire.

 

Méribel  le 20 mars 2019
complété à Bouillargues le 18 juillet 2019

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 13/08/2019 | Comments (0)
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Ma mobylette bleue

Aller au lycée en utilisant le car de ramassage scolaire prenait une bonne heure, il fallait traverser toute la ville en faisant le tour de quartiers éloignés, notamment la Côte Pavée.

En classe de 3ème, au printemps 1959, je gagnais beaucoup de temps en utilisant mon vélo. C’était un progrès, mais il y avait mieux et un certain nombre de camarades furent progressivement dotés de ces merveilleuses mobylettes de la marque Motobécane, qui arrivaient sur le marché et séduisaient les jeunes de ma génération.

Le hic, c’est que ces engins coûtaient cher, 60 000 francs pour une Mobylette sans suspension arrière, 80 000 avec suspension, ce qui était plus agréable pour transporter un passager.  C’est curieux comme je me souviens encore précisément des prix, preuve de l’importance que cet engin avait pour moi.

J’avais rapidement fait mes comptes, et grâce aux travaux effectués pour les contributions directes, je disposais d’un pécule de 30 000 frs, ce qui n’était pas ridicule pour un gamin de mon âge, mais ne représentait que la moitié de la somme nécessaire.

Il me fallait imaginer une solution pour persuader les parents de compléter la somme….

Il faut dire que ces engins leur faisaient peur, n’était-il pas tout à fait naturel qu’ils s’inquiètent de la santé de leurs enfants ? Ils en voyaient tous les dangers, bien réels. Après c’est un simple problème de confiance….

J’avais un bon copain, Philippe Debrun, qui avait l’insigne chance d’avoir vécu au Brésil où sa mère (une très belle brune!) avait enseigné.

Debrun avait ramené du Brésil des tonnes de bonnes histoires, un sens du commerce parfois à la limite, et il roulait sur un engin qui ressemblait à une mobylette, mais n’en était pas une, un cyclomoteur souvent en panne et en mauvais état.

Un stratagème fut vite mis au point, et un soir je rentrais à la maison sur “mon” nouveau cyclomoteur.

J’expliquais alors aux parents que je l’avais acheté à Debrun avec mes sous (30 000 francs) et que je le paierai le lendemain matin.

Très sérieusement mon père inspecta l’engin, vit son piteux état, comprit à quel point j’avais besoin de ce moyen de locomotion, et décida ma mère à mettre les 30 000 F qui manquaient pour acheter une mobylette neuve, mais sans suspension…

Je ne pouvais pas gagner sur tous les tableaux, et cette concession était de ma part indispensable.

J’avais un père formidable!

Grâce à cette Mobylette, je gagnais une heure et demie par jour sur mon temps de trajet, ce qui me libérait du temps pour étudier.

En prépa HEC à Fermat, 5 minutes me suffisaient pour descendre au lycée.

Je gagnais aussi une vraie liberté, je pouvais en un quart d’heure traverser la ville, et aller voir les copains en banlieue. C’était un moyen de transport économique, moins cher que les transports en commun.

Ma mobylette bleue fut d’abord équipée de sacoches pour transporter le cartable, mais cela provoquait un déséquilibre. Je supprimais donc ces sacoches de grand-père et changeais le cartable de mon enfance pour un porte document que je calais entre guidon, selle et réservoir, bloqué entre les jambes. Le look général en était totalement transformé!

Mobylette Motobécane avec sacoches

Je n’eus jamais d’accident grave, quelques accrochages sans gravité. Les rues de Toulouse étaient peu fréquentées et la circulation fluide dans les petites rues que j’empruntais. Et en cas d’embouteillage, la mobylette permettait de se faufiler rapidement.

C’était aussi un excellent moyen d’apprendre à circuler rapidement et sans risque. Nous respections alors scrupuleusement le code de la route. Il ne nous serait pas venu à l’idée de brûler un stop ou un feu rouge, comme le font aujourd’hui la majorité des cyclistes, cyclomotoriste et motards, de tous âges et de tous poils…Autres temps, autres mœurs!

Et plus tard, quand mes enfants demandèrent à leur tour à disposer d’un cyclomoteur, j’étais prêt à accéder à leur demande. Ils purent ainsi sillonner les routes du Pays Basque et bénéficier de la même liberté dont j’avais pu jouir grâce à mon père.

Raphaël et Anne-Lise pouvaient donc remercier leur grand père!

La même sans sacoche et avec suspension arrière

 

Bouillargues, le 30 01 2018

Par Roger Séguéla, , publié le 06/08/2019 | Comments (0)
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