Comptes-rendus Pratiques Poétiques

« La Voix de la lumière » par Sonia Elvireanu

La lumière est l’élément discriminant de l’un des couples d’expériences qui marquent la vie sur notre planète : le jour et la nuit.

Le jour, en latin est “dies“, terme qui remonte à la racine proto-indoeuropéenne deiwos (céleste, resplendissante), qui est à la base du latin deus (dieu) et du grec Zeus (et du sanscrit Dyaus). Par conséquent, dans de nombreuses langues européennes et indiennes, l’idée de “dieu” a une origine commune liée au ciel et à la lumière.

Dans la Bible, la lumière représente Dieu, sa présence, la vie, le salut et la vérité, en contraste avec les ténèbres qui symbolisent l’ignorance et le mal. C’est un symbole central qui indique aussi la volonté divine, sa parole qui guide et illumine, et la nature de Jésus, défini “lumière du monde”. Les croyants sont invités à devenir des “fils de la lumière” en agissant pour faire resplendir cette lumière par leurs actions.

La lumière de Dieu (Genèse 1,3) représente le premier acte de la création, celui qui permet au monde d’exister et d’être vu. “Marcher dans la lumière” signifie se comporter selon les commandements de Dieu et vivre dans la vérité, la justice et l’amour fraternel, selon saint Paul et saint Jean.

Mais la lumière symbolise aussi la connaissance et la compréhension de la vérité divine, qui comporte un chemin intérieur ardu de recherche d’une union profonde et directe avec Dieu, d’erreurs et de découvertes, d’acceptation de ses propres limites et d’intuition d’un mystère qui dépasse nos sens et se révèle par une grâce supérieure.

Dans Dante, la lumière est un symbole central qui représente la vérité divine, la grâce et la proximité à Dieu, avec une intensité croissante de l’enfer, au purgatoire, au paradis. Il symbolise l’Amour qui engendre la création et le chemin vers le salut. Sa splendeur prend des formes et des nuances de plus en plus intenses au fur et à mesure que le poète monte vers l’Empyrée. Du reste, au Paradis, les bienheureux perdent leur apparence humaine pour prendre la forme complètement enveloppée par la lumière. Et la vision béatifique finale n’est rien d’autre qu’une explosion lumineuse:

Dans la profonde et claire subsistance
de la haute lumière m’apparurent trois cercles
de trois couleurs et d’une contenance
(Dante Alighieri, Paradis, vv. 115-118)

Nous nous sommes permis ce préambule, parce que le recueil de poèmes La voix de la lumière / La voce della luce de Sonia Elvireanu reprend de manière substantielle la tradition religieuse et poétique occidentale à travers une histoire intérieure vécue par la poétesse et représentée par un voyage intérieur à la découverte d’une “voix” capable de donner existence et consistance humaine à la lumière intérieure.

Arrêtons-nous un instant sur le titre La voix de la lumière et réfléchissons sur son sens profond. Dans la Bible, la création de la lumière se fait à travers la Parole, la voix divine : «Et Dieu dit : “Fiat lux / Que la lumière soit”». Donc la “voix” de la lumière ne peut être que celle du Créateur qui continue à illuminer en s’élargissant dans l’univers et en arrivant à l’autoconscience dans l’être humain, l’être capable de connaître, d’aimer et de remercier.

La voix de la lumière en lui devient un stimulant intérieur à la recherche de ce don qui lui permet d’accomplir vers la découverte d’une réalité, supérieure à celle qui tombe sous les sens, une ascèse, poétiquement représentée à travers l’image du voyage vers le mont, qui ne doit pas être interprétée comme une métaphore, mais comme un voyage à la découverte du mystère.

Dans la Bible, la montagne symbolise un lieu de rencontre entre Dieu et l’homme, un point de révélation, le lieu où Il se manifeste dans sa gloire, comme le Mont Sinaï pour Moïse. Monter sur la montagne signifie entreprendre un chemin d’ascension spirituelle. En effet, le discours des béatitudes est prononcé sur une montagne. Sur une hauteur se produit la transfiguration de Jésus et la rédemption est accomplie sur le mont Calvaire.

Comme le dit Giuliano Ladolfi dans sa préface, l’image du voyage intérieur de la poétesse (là où saint Augustin indique que la vérité se trouve : Noli foras ire, in te ipsum redi, in interiore homine habitat veritas; Ne sors pas de toi-même, rentre en toi, dans l’intériorité de l’être humain habite la vérité) est l'”échelle de Jacob” («J’écoute le profond silence, / je me détache de mon ancien corps, / une lumière diaphane me traverse, / me purifie des interférences») qui unit la terre au ciel, mais c’est précisément là que se trouve l’originalité du texte : la vérité intérieure n’atteint pas une dimension mystique indescriptible, mais illumine le regard matériel et devient voix, c’est-à-dire poésie. Elle alors se transforme en représentations du soleil, de la mer, des vols, hachures avec une légèreté chromatique (« le blanc brillant, les éclats d’ocre / se mêlent à la fraîcheur de la mer ») tissée de chuchotements, de synesthésies (« bruissement rose-vert »), de lueurs et surtout de solitude (« Je quitte la rive du monde, / je me blottis en silence / comme les vagues retournent à la mer »).

Les conquêtes de l’esprit ne se produisent pas dans le chaos, dans la frénésie de la société et même pas dans les disputes, mais dans le silence («une brise pure») qui permet de dialoguer avec soi-même, mais surtout d’entendre précisément la voix de la lumière qui révèle à Elvireanu, et à nous à travers ses vers, de nouvelles perceptions sensorielles, des aspects inédits de la nature, des horizons de connaissance et de joie («le regard s’illumine, / les traces de doute se dissipent, / la lumière s’insinue dans tout l’être») face à un mystère qui fascine de manière absolue et enveloppe toute l’expérience (« l’étonnement / quand on est frappé par la lumière, / sans comprendre »).

Ce chemin «habille la rive de lumière». De la nature on capte des lueurs denses de frémissements : «Le chant d’un oiseau scintille / dans les ombres du crépuscule, / l’infini bleu palpite / comme la lumière / qui m’enveloppe»). Le corps se réveille dans une « mer de lumière », la lumière « traverse les poèmes ».

La lumière parle donc avec message que le poète doit déchiffrer et cela implique une recherche passionnante parsemée de découvertes merveilleuses.

Sonia Elvireanu, La voix de la lumière/ La voce della luce, traduzione di Giuliano Ladolfi, Giuliano Ladolfi editore, Collona Zaffiro-Poesia, 2025, 168 p., 15 euro, ISBN 978-88-6644-765-8