Sonia Elvireanu, poétesse élégiaque

L’infini s’effiloche
dans les flammes des orangers

Les lecteurs de Mondesfrancophones ont pu découvrir récemment quelques poèmes tirés du dernier recueil de Sonia Elvireanu, Le Souffle du ciel. Essayiste, romancière, poétesse, cette professeure de l’université d’Alba Iulia est l’auteure de plusieurs recueils publiés en Roumanie, le plus souvent directement en français. Elle traduit également des poètes français en roumain et des poètes roumains en français.

Le Souffle du ciel est son deuxième recueil publié en France après Le Silence d’entre les neiges, l’année dernière, déjà chez L’Harmattan (1). Il contient cent-vingt poèmes, pour la plupart bref, dont on sent qu’ils sont le jaillissement d’un instant. Une sensation fugitive qu’il fallait fixer.

Moi, sous la pluie,
un cygne sur les eaux

la rosée des gouttes
me baigne et me caresse,

leur clarté
éveille le chant

qui m’enveloppe.
(Le baptême de l’eau)

Si l’eau revient souvent :

des ciels d’eaux ondoyant
dans les paupières d’une pensée

(Et les tilleuls),

la nature, plus généralement, est constamment présente :

le vert nacré des peupliers
frémit dans mon âme

(Le regard des peupliers),

des plantes, des animaux aussi :

le matin coule dans l’œil du cheval noir
(L’élégie des chevaux blancs),

ou un simple caillou :

la pierre sur laquelle je marche
colle sa douleur à ma
semelle
(Poussière empoisonnée).

S. Elvireanu affectionne les images surréalistes :

des nénuphars fleurissent dans mes cheveux
(Regards de nénuphars)

sur les eaux, les os en dérive
se rejoignent en pont
et chantent sur la mer
(Isis).

Une rare mention d’un objet fait de la main de l’homme :

la fumée de la cigarette s’élève en silence,
un rond de cigarette allumée
attend que la nuit se dissipe
(Un rond de cigarette)

L’amour se manifeste ici sous la forme mélancolique propre à l’élégie :

j’ai crié ton nom, tu n’étais nulle part,
des feuilles et des cailloux partout,

Je me suis heurtée à un arbre,
je l’ai embrassé égarée, 

tu n’étais nulle part,
des feuilles et des cailloux partout

(Epouvante).

Les mystères de l’amour :

je croyais connaître l’homme
collé à mes reins une vie entière,

Les caresses de l’été sous les pommiers,
l’argile se faisant source dans nos paumes
(Zéphyr soyeux).

Pour la poétesse
l’homme est le Ciel, la femme, la Terre,
l’homme, l’aigle d’azur, la femme, celle d’argile
(L’arc-en-ciel).

Le constat d’une vie qui passe sans qu’on n’y comprenne rien :

les fils de la vie s’enroulent en quenouille, leur indifférence nous déchire
(La lumière qui s’éteint),

la nostalgie :

Crois-tu que nous serons
un beau jour
des violons en déclin

ou peut-être rien que
des murmures de clavecin,
écrasés par les pleurs

(Peut-on faire autrement),

une sorte de bonheur, malgré tout :

il nous reste quelque part un sourire, un regret, un soupir,
des neiges gelées sur la branche

(Il nous reste le silence).

La poésie de S. Elvireanu : une chanson douce qui nous touche au cœur.

 

Sonia Elvireanu : Le Souffle du ciel, Paris, L’Harmattan, 2019, 162 p. Ce recueil réunit les poèmes récompensés par le prix Naji Naaman de créativité (Liban) et le prix Monde francophone décerné par l’Académie littéraire et poétique de Provence.

 

 

(1) Et sa traduction, chez le même éditeur, du poète roumain Marian Drăghici sous le titre Lumière, doucement.

 

 

 

Le souffle du ciel (extraits)

 Isis

 À l’ombre des oliviers,
le bleu de la mer Égée
s’ébat sous les cils d’Élyane,

 sa robe blanche s’enroule
autour des colonnes de l’Agora,

 le voile d’Isis en quête, 

sur les eaux, les os en dérive
se rejoignent en pont
et chantent sur la mer.

Voie étoilée

 – Sois pour moi
la reine de Saba,
femme du Levant,
or, encens et myrrhe
sur mon chemin étoilé.

 

Corps de papillons

 Nuées de papillons jaunes,
entre des herbes fanées
depuis mille ans,

 mon corps,

 déchirements blancs
de nuages harcelés, 

les veillées nourrissant
le sang de l’argile,

 nuées de papillons,
enivrés par le souffle
de la lampe enchantée,

 depuis mille et mille ans égarée,

 poussière de papillons
mon corps,
frémissement blanc.

 

Le sentier aux papillons

 Comme un nuage dans l’herbe en flammes
elle attire le soleil sur le sentier,

 le corps mince, courbé dans l’air,
la rosée de la plaine perlant ses pieds,

 les cheveux empourprés, de saule pleureur,
des ombres par-dessus le soleil traînant sous ses pas,

 elle glisse dans les herbes,
hume des traces fragiles,

 de ses cheveux, des papillons jaunes
s’éparpillent sur ses épaules,

derrière, le regard d’herbes et de papillons.

 

Un rond de cigarette

 la fumée de la cigarette s’élève en silence,
un rond se défait parfois de la bouffée,
s’en va étourdi dans la nuit,
se ravisant d’un coup
il revient lentement vers hier
comme un saut de dauphin dans l’océan,

 il cherche le chemin de la soie
avant d’avoir allumé la cigarette,
avant la chute et un instant
il demeure éperdu dans le souffle froid du vent,

 il retourne en arrière, attiré par la lumière
d’un sourire lointain,

il y a si longtemps depuis ce jour-là,
presqu’une moitié de siècle,

il peut encore la toucher
du chant de sa jeunesse émerveillée,

 ses murmures glissent  encore dans
le tressaillement de son coeur
aux étranges odeurs du soir,
les égarements  cessent soudain
au bord d’une rivière,

 la rivière coule encore quelque part
dans une contrée rendue sauvage par l’attente,
la fumée de la cigarette s’élève en silence,
un rond de la cigarette allumée
attend que la nuit se dissipe.

 

La lune rouge

 Tel un arc étendu la pensée
passe par épée et feu des rives,allume des feux sur la mer

 pour brûler l’épouvante du dernier instant
et le gouffre dans lequel on glisse sans savoir
qu’il n’y a plus de retour, 

pour déterrer l’été de l’amour
sous une immense lune rouge,

 sa trace apparaît encore dans la nuit
sans le sable rouge de la brûlure,
sous sa pâleur dort le sang

empoisonné par la mélancolie
jusqu’à ce qu’il coule de nouveau limpide
rougissant la lune de l’été,

la nuit sur les épaules on descend
jusqu’à la mer
pour prendre une goutte de son feu.

 

Le ciel au jardin

 Les instants s’émiettent dans le silence des feuilles,
murmures des ombres du midi sur les collines,
frémissement de paroles dans les arbres,

 les nuits et les jours ne meurent pas aux tréfonds,
le vif d’hier nourrit mes matins vides,
leur lumière murmure dans le sang du jour,

 l’air se fait prière en moi,
les feuilles ne cessent de se taire,
murmurent la même histoire,

 ton ciel accroché aux branches du jardin
glisse sa lumière en moi.

 

L’élégie des chevaux blancs

 Un cheval noir galope sauvagement contre la prairie
dans l’air éclairci d’un matin de l’été
où il ne peut plus s’arrêter,

 les yeux rivés sur le ciel de dedans, renversé en dehors,
un cheval blanc égaré dans les herbes
galope hanté par l’orage,

 le matin coule dans l’oeil du cheval noir,
se mêle au blanc ondoyant et chimérique du corps blanc
pris un instant  dans la soie du regard,

 deux chevaux galopent à travers l’été,
brillant sur la crête d’une montagne,
leurs chemins se croisent aux Sentiers,

 le Ciel reconnaît la Terre :
l’élégie des chevaux blancs à travers l’orage.

 

Sonia Elvireanu, poèmes extraits du recueil Le souffle du ciel, L’Harmattan, 2019

 

 

Béatrice Marchal : De la mélancolie à la joie d’être

Béatrice Marchal, Un jour enfin l’accès suivi de Progression jusqu’au coeur, Paris, L’herbe qui tremble, 2018, 190 p.

 Poète et critique française contemporaine, présidente du cercle littéraire parisien Aliénor, Béatrice Marchal est l’auteure de 12 recueils de poèmes et de huit livres d’artistes auxquels s’ajoutent trois études critiques sur la poésie française dont La poésie en France depuis Baudelaire (Dunod, 1999). Son oeuvre poétique et critique est récompensée par plusieurs prix.

En 2018, elle publie en un même volume deux livres, Un jour enfin l’accès et Progression jusqu’au coeur, qui regroupent des poèmes sans titre et suggèrent son évolution psychologique et spirituelle de la mélancolie à la joie.

La poète porte son regard sur le paysage naturel et saisit le spectacle incessant de la vie souvent confrontée aux tourments de l’orage. Son âme blessée par les griefs de la vie, pétrie dans la souffrance muette, semble renaître petit à petit sous l’impulsion de la vie, de la beauté, de « l’harmonie naturelle ». Elle sent la lumière et la joie d’être s’épanouir autour d’elle, dans les herbes hautes, les chênes, les sapins, les feuilles des arbres, les crêtes des montagnes, les chants des oiseaux, et se laisse emporter par des sentiments nouveaux :  tendresse envers tout sursaut de vie et un désir secret d’en goûter sa plénitude.

L’auteure se rend compte que son coeur ressemble à cette apparente indifférence de la nature, entre secousse et calme, à même de retrouver son équilibre primordial. Dans son immobilité et captivité intérieures, elle sent en elle-même la pulsion de la vie délivrante. La blessure de l’absence telle un poison mortel au fond du coeur sera affaiblie par une « brusque poussée de sève » qui l’invite à renaître.

Les couleurs de la vie entre ciel, terre, mer, le paysage naturel, appellent l’être solitaire à « une beauté nouvelle », cet être pareil à l’arbre au bord de la route « qui abandonne au vent jusqu’au ciel son feuillage ».

La mélancolie de la perte éveille les souvenirs « d’un temps révolu/ d’un lieu perdu », « trop vivants pour laisser place à la paix », par lesquels on retrouve des bribes de vie conservées par la mémoire affective et l’enchantement d’autrefois : l’enfance, grâce à la poupée cachée au fond d’un placard ; l’image de la mère, du père, de l’être aimé ; un paysage, un espace familier autour d’un chêne.

Le désir d’une présence, d’une intimité, du partage de la vie, d’une rencontre, d’un regard se glisse dans son âme. Le présent prend le dessus, ne laisse pas le coeur sécher, la vie réclame son adhésion : « je ne suis pas une tombe », affirme la poète que les pulsions de la vie entraînent vers la joie de l’instant sans la nostalgie du passé.

Le regard contemplatif sera petit à petit remplacé par un dialogue entre le je et le tu, les deux voix d’un dédoublement permettant de saisir à la fois le dehors/ le dedans de l’être, le masque qui protège et la souffrance de derrière,  « la nostalgie sans trêve » de ce que l’on a perdu.

La conscience que l’on peut laisser une trace de nos vies éphémères, du vécu, le refaire par les mots, ne tarde pas à se manifester. Cependant, Béatrice Marchal sait bien que les mots ne peuvent pas guérir, seulement consoler. La neige, le silence parlent non seulement de l’oubli, mais aussi d’une renaissance possible, car le blanc est ambivalent, fin/ commencement, et le silence donne le temps de réfléchir et de comprendre. Il faut retrouver la lumière au plus profond de soi.

« Brisée devant la perte », s’en souvenir sans cesse, ressentir le remords du regret et encore la joie d’être, attendre le jour où l’on aura enfin accès à « ce qui chante en soi »,  à « une vie insoupçonnée/ au milieu de soi/ au centre d’une forêt/ où tout reste fidèle à l’impulsion première », voilà son cheminement : «Alors jaillit/ et se déploie/ et vibre au plus profond/ une mélodie sans origine connue/ inouïe. »

La poète plonge aux tréfonds du soi, s’y noie jusqu’à la perte de l’identité, à la recherche de la lumière intérieure, guide sur la voie à suivre devant la perte. Dans le magma du soi profond et inconnu gisent les souvenirs, les souffrances, les blessures, les troubles de la vie, les rêves et la mélancolie, les mots avant de naître pour parler de tout cela et consoler.

Dans son plongeon et noyade symboliques, descente en soi et traversée de la mer intérieure, l’auteure découvre un être nouveau qui tâche de s’ouvrir à la vie, de témoigner du vécu par l’imperfection des mots, mais aussi de renaître, de se réjouir, malgré ses peines. Modifiée par le passé, elle sera un être tendre, compatissant et engagé, conscient du rôle des mots donnés au poète pour consoler, combattre, dénoncer le mal, vaincre « les blessures qui brisent la plénitude de la vie » et l’oubli, de refaire les liens entre les gens et de redonner l’espoir.

Malgré la solitude et l’absence, le coeur s’ouvre à la beauté d’une fleur, d’un arbre, du ciel et de la mer, ressent la sève couler, goûte la saveur de la vie et s’en réjouit, réconcilié avec le passé dont on retient « le moût de ce qui fut vécu ».

Les poèmes de Béatrice Marchal sont accompagnés par les délicates peintures en encre de Chine d’Irène Philips, des variations sur la lettre T de l’alphabet. Le T apparaît comme un Tout composé de deux silhouettes gracieuses d’un couple inséparable, qui dansent et s’épanouissent au fil d’une métamorphose pareille à celle de la poète, célébrant la symphonie de la vie, fruit de l’amour, principe de la renaissance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“Lumière, doucement” par Marian Draghici

Un art poétique totalisant

 Ce poète singulier fait de son oeuvre un ars poetica, ce qui le distingue de ses contemporains, mais un art poétique qui se nourrit sans cesse de son expérience orphique. Il refuse toute appartenance au postmodernisme et suit sa propre voie, à l’écoute de son seul démon intérieur : la poésie. Il est le plus prolifique auteur d’arts poétiques de son pays. Son anthologie lumière, doucement en est la meilleure preuve. La sélection des poèmes est faite par l’auteur selon deux principes : la cohérence thématique et l’art d’orfèvre.

Sous son emprise tyrannique, il vit la poésie intensément en vertu de son crédo littéraire, clairement exprimé dans le poème D’un autre temps, d’un autre âge poétique, en guise de préface. Pour Marian Drăghici, la Poésie est immersion dans un au-delà saisi par l’esprit. Elle devrait éblouir et sauver le monde par sa beauté. Ancré dans la métaphysique, le poème idéal, authentique, ne se révèle que dans le rêve, teinté d’une lumière et d’une beauté étranges. L’acte d’écrire n’est que la transcription de la vision du poème dans un langage poétique, le fruit d’un travail incessant sur le texte pour « plus d’expressivité/vérité esthétique, illusoire, peut-être », affirme-t-il. Le poète s’avère ainsi l’instrument par lequel le sacré se révèle à l’homme.

La poésie est avant tout inspiration, Logos, avant d’être l’art d’écrire : « Je n’avais plus rien rêvé depuis longtemps/Tout cela était rêvé, même déjà fumé./Comme tout y est d’ailleurs : rêvé, fumé./Eh, bien, j’ai rêvé dans un sommeil instantané à l’heure du soir/un poème divin. Le texte, écrit sur l’air, en lettres claires, dorées/se déroulait raide, lent, implacable/de haut en bas, du ciel vers la terre/[…] Au réveil, leur image mentale s’évanouissait en même temps que les derniers instants de sommeil./Le travail au poème – la cigarette, le café, la page blanche –/se consommait par des tentatives (tâtonnements) successives/de réécrire le poème rêvé, « idéal ».

L’art poétique de Marian Drăghici s’appuie sur le tragique de la vie, y compris son vécu, et le livresque. De multiples couches se superposent dans le palimpseste du texte : le réel concret, le biographique, la mémoire affective et culturelle dans un habile mariage de naturel et d’étrange qui donne l’impression paradoxale de compréhension/incompréhension de ses vers.

Sous la fascination/la torture de la poésie, un possédé au sens romantique de l’art, le poète projette son crédo sur le dramatisme de son existence avec un détachement lucide pour esquisser son autoportrait et sa relation avec le Poème. La mort de la femme aimée, l’axe tragique de son destin, lui provoque une profonde rupture au niveau existentiel/de conscience/de langage. Le moi poétique unique, profond, nourri de l’idéalité de la poésie, se dissout sous l’obsession de la mort et atteint la souffrance suprême, incapable de se libérer, uniquement d’assumer les masques de sa propre destruction. Sa conscience perçoit le dédoublement, la dissonance entre « mon moi mystique à côté du batracien athée »(«tuez-moi ou vous êtes criminel !».

Le poète est accablé par le quotidien dérisoire, son autoportrait teinté d’ironie se dégrade, vicié par l’alcool, l’antidote contre l’obsession de la mort. Dans les images de

la dégradation, le lecteur saisit une tentative d’anéantissement de la souffrance sous le masque de l’indifférence envers soi-même. Les métaphores du petit verre, de la négresse, de l’harmonica rouge deviennent les symboles de la déchéance, projetée en espaces exotiques, hallucinants, torrides, sensuels. Mais elles s’ouvrent vers de multiples sens : dionysiaque/thanatique/ sacré/érotique/orphique. Seuls l’amour et son souvenir peuvent défier la mort : « le soir depuis quelque temps/lorsque la nuit tombe/je vis tranquillement/en ton absence/avec ton image évanescente mais lumineuse » (le berceau de la chatte, une cantilène).

Les poèmes le franc-tireur, Bible Belgrade, moi et le moulin de Také, très amples et complexes, reprennent les obsessions du poète, en multipliant son image en masques de l’altérité (l’ange déchu, le franc-tireur, le coq en tôle, le chat faustien, le chien Carl Gustave), en scénarios oniriques aux allusions bibliques et littéraires, tout en déroulant des séquences biographiques dramatiques à partir de nouveaux motifs : le monde comme théâtre, la guerre de Yougoslavie.

Le poète s’assume l’expérience tragique de son destin poétique, en rêvant d’un grand poème, le guide de la survivance du poète, mais aussi l’impuissance de l’écrire.

La poésie de Marian Drăghici où le biographique intervient comme expression du thanatique, révélé en art, est structurée en séquences narratives/descriptives/confessives aux insertions de dialogisme poétique/intertextualité/ onirisme, en images plastiques d’un chromatisme prégnant, symbolique. Les sens se révèlent à travers le jeu sémantique entre la dénotation/ connotation qui entretient une certaine ambiguïté et étrangeté des images/du langage poétique et crée une poésie métatextuelle. Sa création élaborée, épurée

de tout détail vulgaire, refuse le sentimentalisme et les figures de style et n’en garde que la métaphore. De ce refus de l’ornement naît le raffinement stylistique, la plasticité des images poétiques et les tonalités graves, (auto)ironiques, persiflantes et même sarcastiques des poèmes, adoucies par le côté orphique de son lyrisme.

Selon le critique Alexandru Cistelecan, sa poésie se distingue par : la tension prophétique, le paroxysme de la vision, l’impétuosité de l’imagination, la vocation de l’illumination, le langage converti en prière. (1) Le poète s’identifie entièrement à la poésie qui est pour lui un modus vivendi ma manière d’être,/de rester,/de résister sous le soleil/comme individu unique» et une forme de mort (« pour le poète/chaque vers/chaque grand et véritable poème/ déclenche/le choc d’une mort instantanée.// autant de poèmes, de grands et véritables vers/dans la vie d’un poète,/autant de morts brusques/ succesives»).

Mais la poésie le conduit peu à peu à Dieu, sa voie poétique témoigne d’une évolution et d’un changement de paradigme : du sacré esthétique au sacré religieux (Jérusalem) : Marian Drăghici aspire à un art totalisant, ontologique et métaphysique à la fois. Il ne recherche pas l’autorité de l’intellect comme Valéry, mais la transcendance, l’illumination.

Marian Drăghici, lumière, doucement. Traduction et postface de Sonia Elvireanu. Préface de Michel Ducobu, Paris, l’Harmattan, 2018.

 

  1. Alexandru Cistelecan, « Le romantique dans le postmodernisme », Postface à Harrum, le livre de l’échec, Éditions Vinea, 2001.

“Le Silence entre les neiges” de Sonia Elvireanu

C’est une œuvre stimulante qui suscite tout aussi bien des émotions et des réflexions en s’adressant aux sens et à l’intellect. En ce sens se profile l’être entier dans sa sensibilité et ses capacités de jugement. Deux dominantes d’un texte qui donne à penser à sa nature binaire qu’il exprime de diverses manières : que ce soit sur le plan des sentiments, ou sur le plan des idées, et sur le plan de l’écriture poétique, autant de paramètres que notre étude s’ingéniera à mettre en relief au fil de nos analyses.

Comme premier caractère de l’œuvre, nous pouvons la considérer comme une poésie amoureuse. En effet, au centre de l’énoncé se développe une relation amoureuse et sentimentale fantomatique entre deux êtres vécue dans les interstices. Relation roseau qui plie et ne rompt pas, car dans la tendresse blessée et déchirée des deux tourtereaux, on ne compte pas les cris de détresse et les appels au secours.

Comme deuxième trait distinctif, on parlerait d’une poésie existentielle qui pose en creux les grandes questions de la destinée humaine dans les relations amoureuses et sentimentales, ou de la place de l’homme dans l’univers avec lequel il entretient des relations de réciprocités et d’engendrement réciproque.

En l’occurrence, il s’agit des êtres-monde proportionnés à la dimension de l’univers environnant afin de l’épouser en sa tripartition d’esprit, d’âme et de corps, dans l’harmonie des êtres-monde pour un engendrement réciproque. L’homme est à l’image du monde qui le reflète. Dans le contexte où nous nous plaçons, sur un plan religieux ou spirituel c’est la théologie du panthéisme, ou, sur un plan général, c’est la philosophie de l’écologie qui est à l’oeuvre. Dans un cas comme dans un autre, il existe un Dieu-nature qui sécrète la substance vitale.

Par ailleurs, le texte élabore une vision du monde, une manière de sentir, un mode d’être une conception esthétique qui privilégie la féerie, le kaléidoscope mettant en jeu l’être entier esprit, âme et corps ou les sens, notamment l’aspect arc-en-ciel, dominante symbolique du blanc, l’audition (musique, cris et chants), l’olfactif (parfums et autres odeurs).

Les différents états de l’humain :

L’homme solitaire.

Le poème à la page 14 met en scène l’homme seul, car le titre en fait foi : <La solitude de l’aube<’absence, le lierre dans les matins solitaires,/ drapant la solitude à l’aube ». Sur le même motif ; <Le Levant solitaire sous la neige< plaide en faveur de l’idée de solitude comme état du monde (19). La solitude du monde est susceptible d’avoir ses effets dans l’âme humaine. Ainsi, il en va dans le  recueil il est beaucoup question de la solitude des protagonistes. Autre aspect du motif : C’est l’expression du mal-être d’une existence au ralenti, et qui, de ce fait se replie dans le repos, le tassement et la redondance.

Automne et fatalité : « je me rappelle la lumière à travers les troncs/ et toi enchaîné à un arbre. / on s’est enlacés épouvantés, / le labyrinthe de brume nous a séparés/ cet automne viennois…… »(12)Les êtres sont hors de prise et au-delà de prise, inaccessibles à eux-mêmes et aux autres ; c’est alors le règne des ombres et des traces et des reflets. Les êtres comme ombres : C’est le cas du poème Psaume  qui nous informe que : « Les ombres ne prennent pas corps/ / ne se laissent pas embrasser,/ parfois il lui apparaît dans le rêve ,/ elle le recherche encore,/ lui murmure des paroles oubliées » (17).

Pour les êtres comme reflets : rôle du miroir. C’est une manière d’être inconsistant, inaccessible comme une ombre : « La frontière entre nous/ c’est l’ombre » (31)Pour les êtres comme traces. L’idée de <traces< est clairement suggéré par le poème Traces étrangères dans lequel est développée la pensée de l’être aux prises avec les choses du monde contre lesquelles il faut se battre pour exister ou du moins pour garder son identité : « dans le corps-souvenir,/ que j’ai perdu ma propre trace/ entre tant d’autres étrangères à moi,// qui veulent vivre en moi » (83).

Autre cas des êtres inaccessibles : « Au-dessus des nuages blancs à travers lesquels/ on a tant de fois flottés ensemble/ nous avons jeté l’ancre dans l’infini » (36).

Le désert humain

Nous comprenons le <désert< comme un monde dans lequel on se sent étranger, monde qui nous exclut parce qu’il est hostile. Par ailleurs, c’est un milieu dans lequel on se plaint ou ou souffre de solitude et de rejet. Sur un autre plan, on souffre de perte du sens de sa propre personne, et d’absence à soi. De plus, les êtres sont sous l’empire de l’automne <l’automne se met sous mes cils< (88). Sous l’empire de l’hiver. Un monde hostile : « Les instants , le tourbillon de neige parmi/ les ténèbres en moi/ l’épouvante faisant s’écrouler / les cailloux sur ma montagne » (14).

Tous les efforts pour joindre l’autre sont demeurés vains. Dabord : < je t’ai appelé, tu n’étais nulle part » Ensuite : <Je t’ai cherché, tu n’étais nulle part< Enfin : <j’ai crié ton nom, tu n’étais nulle , part< (11).

Le caractère religieux : le panthéisme.

Est en cause fondamentalement le rapport à l’univers, à la transcendance. Au centre de l’œuvre cela s’incarnent dans quelques manifestations humaines qui débordent le cadre des choses ordinaires, c’est-à-dire qui ne répond pas de la logique humaine des phénomènes, et que de ce fait nous attribuons au surnaturel ou le merveilleux.

Les êtres évoluent dans un univers où se produisent des événements qui se distribués sur deux échelles différentes : l’une qui participe du monde naturel, et l’autre qui relève du domaine du surnaturel. Donc double régime des faits dont celui répondant au nom du surnaturel retiendra la meilleure de notre attention dans cette chronique.

Le champ de définition du surnaturel en général. C’est le monde dans lequel l’homme exhale quelque chose de supérieur à lui-même qui se rapporte au domaine de l’indicible, de l’extase. Dans l’oeuvre, l’amour est exhaussé à un niveau supérieur et transcendant dont l’asymptote tend vers l’infini. Donc au monde fini s’oppose le monde infini dans lequel les conséquences des actes échappent aux contingences et limites spatio-temporelles.

Quant à l’homme lui-même, il est portraituré comme une créature angélique affranchi des lois de la pesanteur. On touche aux parages de l’absolu ; et l’admiration absolue de l’homme touche a à la sacralité de l’homme. C’est aussi l’homme monde ou l’homme-univers. Dans ce contexte, le sacré signifie : respect, admiration.

Donc le texte érige en dogme l’existence de valeurs supérieures. Ces données étant posées, il importe maintenant de les actualiser par des exemples tirés de l’énoncé que représente le recueil.

1-Champ lexical du religieux. Nous avons souligné des mots et expressions relevant du domaine religieux dont voici une liste non exhaustive : « la ceinture de Dieu » (page 42) ; « l’au-delà » (page 26) ; la déesse « Isis » (page 34). La visiteuse venant du Yémen pour rencontrer le roi Salomon « Reine de Saba ». Deuxième occurrence du vocable Dieu : « l’autre Dieu, au-dessus de l’arc-en- ciel » ; les trois termes associés aux Rois mages visitant l’enfant Jésus « l’encens, la myrrhe et l’or »  (page 37) ; le terme « psaume » (page 37), un livre de la Bible ; le vocable promesse dans l’expression « promesse sainte » (page 41) ; le terme « anges » (page 115) ; le terme « prière » (page 117), etc.

2-Goût du merveilleux. C’est d’une part l’expression de l’anthropomorphisme de la nature agissant comme l’être humain. On apprend d’un côté que « le sable chante » (page 51) ; de l’autre, on écrit « le soleil se meurt » (page 112). La même propension à l’anthropomorphisme : « la nature comme par-dessus le visage des nuages » (page 46).

Pour ce qui est de l’homme, il est investi de pouvoirs surnaturels lui permettant d’agir sur les éléments ou de résonner avec eux. Par exemple, on met en évidence le pouvoir de la protagoniste sur le soleil : « elle attire le soleil sur les sentiers » (page 47). Dans le même poème, il est question des « ombres par-dessus le soleil traînent sous les pas ».

C’est aussi l’idée de l’être-monde ou être-univers pour véhiculer la pensée de l’homme irradiant hors de l’ordinaire pour irradier vers l’extraordinaire. Tout prend un sens nouveau planant au-dessus du prosaïsme pour s’élever à l’indicible et l’extase promouvant un être voisinant entre homme et ange en rapport avec la réflexion de Blaise Pascal postulant que « l’homme n’est ni ange ni bête ».

Cet être médian se signale par des actes et un milieu très caractérisé. Sur le plan du toponyme, c’est l’univers du blanc, signe de l’innocence et de la pureté. Le « blanc » dont il est question est « le blanc primordial » (page 39). Pour ce qui est des « actes », ils sortent de l’ordinaire, c’est ce qu’on nomme le merveilleux.

Dans le poème « Le jeu des anges », il y a inversion des valeurs. Les anges se conduisent comme des hommes – « Les anges descendent sur les trottoirs ». Et les homme comme des anges – « les gens tombent fauchés/ ils deviennent anges et entrent en jeu » (page 115). L’homme et la quête de l’innocence : « nourriture miraculeuse naît dans mon corps ». Il y a comme une incorporation homme-nature, ce qui implique désincorporation préalable de l’homme « le Levant plonge dans ma chair,/ s’allonge sur le pré au tréfonds de moi » (page 40). L’homme et la quête du salut. Le salut suppose nouvelle naissance ou renaissance. On part de l’idée de « retour chez soi » qui signifie à la fois « se redécouvrir » mais autrement « c’est aussi une renaissance du monde environnant » tout autant « une renaissance de soi » (page 32).

L’idée de « renaissance » est au cœur de la conception du salut du christianisme. Nous chassons sur le terrain des chrétiens et de leur dogme central.

Le poème « Chant solitaire » développe la pensée « d’espérance », celle « d’une maison » qui pourrait se rapprocher de « l’espérance du ciel ou la maison du Père ». Jésus a promis « une demeure à ses disciples » (Évangile de Jean, chapitre 14).  Dans le poème « Son paradis », c’est l’utilisation d’un article de foi central croyance au paradis pour les chrétiens (page 87). Le poème « Chevaux blancs » mélange christianisme « arbre de vie » dont la Bible fait mention dans le livre Révélation et paganisme en mentionnant le terme « Olympe ». Le poème « L’arbre de vie » confirme l’idée du motif chrétien déjà évoqué .

Il y a une vraie adhésion à la symbolique de « l’arbre de vie » que le protagoniste s’approprie sans complexe en consignant par écrit : « arbre de ma vie d’avant et d’après ma naissance,/ arbre seuil entre les mondes » (page 90).  Il y a comme une quête spirituelle. C’est le désir de flotter par-dessus les, d’échapper à tout ce qui pèse et nous cloue au sol. Rêve réalisé puisque la protagoniste est « transparente comme l’air ».

Quant au protagoniste il est revenu à l’aube « pour ressentir l’infini » (page 28).

L’homme et la quête de l’innocence et de la pureté. Ce désir s’incarne dans la débauche de blancheur qui épouse la neige immaculée. Les êtres pénètrent dans cet océan blanc qui se tasse parfois, mais s’accumule dans le silence complice. Ce motif religieux de ceux qui cherchent la paix que seul l’univers de l’au-delà peut procurer. C’est aussi reprendre le sens oublié de la vie. Finalement on recense tout à la fois une quête de spiritualiste d’innocence, de pureté, de renaissance.

 

Sonia ELVIREANU, Le silence d’entre les neiges, Paris, L’Harmattan, 2018.

 

Par Guy Cetoute, , publié le 22/08/2019 | Comments (0)
Dans: Critiques, Pratiques Poétiques | Format: ,

“Le Chevalier noir” de Christian Tămaş,

         Christian Tămaş est une personnalité complexe : romancier, nouvelliste, essayiste, traducteur de plusieurs langues, orientaliste, professeur universitaire de langue arabe, chercheur dans le domaine des sciences humaines et des arts, conseiller IBC Cambridge (Angleterre), membre de plusieurs sociétés et associations internationales d’écrivains, traducteurs et linguistes.

On le connaît pour sa prose fantastique où l’action est menée de main de maître et poussée entre le réel et l’irréel. Le prosateur explore habilement de multiples sources, ce qui permet aux lecteurs une interprétation à plusieurs niveaux : philosophique, psychologique, psychanalytique, mythologique, historique.

Le réel et le fantastique onirique tissent la toile du déroulement de l’action de ses romans dont le point de départ est toujours la réalité vivante, mais qui vire les personnages vers l’irréel, difficile à comprendre au premier abord.

Son roman Le chevalier noir, publié en 1992 en roumain, le premier d’une trilogie romanesque (La malédiction des cathares, Un nom sur le sable), vient de paraître en 2019 en traduction française, grâce à l’excellent travail du traducteur Gabriel Mardare, qui réussit à rendre l’atmosphère et le suspense, de même que la dynamique de la narration très alerte, malgré la difficulté du sujet : une maladie psychique qui bouleverse la vie d’une jeune femme, en proie aux angoisses mortelles.

Le titre du roman, le leitmotiv du roman et à la fois la source de la maladie de Claire Chabert, est donné par une toile trouvée par hasard par celle-ci chez les bouquinistes des quais de la Seine. C’est une vieille peinture du XIV-e siècle, écaillée et noircie par le temps, qui capte brusquement l’attention de la femme pendant sa promenade. Elle représente un chevalier en train de décapiter une femme sur le pont-levis d’un château-fort médiéval, devant le portique géant de l’entrée.

Devant le tableau, Claire vit une expérience troublante. Elle a l’impression de connaître le chevalier et le château, de s’identifier à la femme prête à rendre son souffle, comme si ce temps très éloigné eût été imprimé quelque part en elle, mais sans pouvoir s’expliquer ni la fascination, ni « l’effroi démesuré » que le chevalier aux yeux « profonds et ténébreux », aux « dents de jeune lion » exerce sur elle par son regard fixe qui semblait la dévisager. L’attraction de la toile est si violente qu’elle achète le tableau et le met au-dessus de son lit dans la chambre à coucher, un geste qui s’avère fatal, car il déclenche une série d’événements invraisemblables  qui la poussent à la folie et au suicide : le même cauchemar nuit après nuit, l’impression au réveil d’avoir été possédée par le chevalier noir du tableau.

Le roman débute par une scène dans le cabinet du psychiatre Jean de Gryse que la jeune femme écrivaine vient de consulter. Elle lui raconte éperdue l’agression du tableau sur elle, sa vie totalement bouleversée. Le médecin se rend compte qu’il s’agit d’une psychose sexuelle, il identifie apparemment son origine, mais deux mois de thérapie intensive ne réussissent pas à guérir Claire, au contraire, son état empire par ses tentatives de suicide. C’est à ce point que le docteur rumine ses pensées pour trouver ailleurs la source de la maladie et décide de risquer une expérience extrême, hors de commun, paranormale, grâce à son initiation dans la mystique orientale par un maître indien.

Le romancier construit un récit dont le rythme alerte et le mystère des événements tiennent le lecteur à bout de souffle. La narration, même discontinue par l’intrusion dans le passé du docteur et ses réflexions médicales pour résoudre le cas, s’enchaîne de séquence en séquence de façon à éclaircir par leur passé la vie des personnages, mais ne perd rien de son mystère, car la psychanalyse ne suffit pas à guérir la patiente, d’autres forces entrent en jeu pour mettre le lecteur sur une nouvelle piste, celle de la philosophie et de la mystique indienne. C’est le passé du docteur qui rend compte de son pouvoir mental dès son enfance, activé involontairement en état de tension (les lumières allumées à Luna Park, l’accident évité du camion, la rencontre par le pouvoir de la pensée de son futur Maître spirituel, un fakir indien), développé et maîtrisé grâce aux exercices spirituels parallèlement à sa formation en psychiatrie.

La tension du récit est maintenue par l’aggravation de la maladie, les tentatives manquées de suicide, l’observation du comportement de la malade à son domicile pendant ses cauchemars, les plongées dans le passé du psychiatre (pour suggérer  l’abandon de la pratique psychiatrique en faveur d’une nouvelle voie,  empruntée par le docteur à sa formation spirituelle, voire mystique), l’hypnose, la descente dans le labyrinthe du temps pour retrouver l’origine du mal, le récit médiéval encadré dans la trame du présent, les rencontres et les conversations du docteur avec son Maître.

Le rythme alerte est donné par le dialogue avec les personnages secondaires et l’enchaînement des séquences de façon à créer la tension, le suspense ou à décontracter un instant le ruminement du cas (le monologue du médecin) par un regard extérieur, détaché, sur le paysage (le regard de la fenêtre du cabinet, la promenade le long de la Seine).

Il y a un parfait équilibre entre la narration, le dialogue, le monologue intérieur, la réflexion médicale, les brefs instants descriptifs, de calme. Les explications psychiatriques sur la maladie, une intrusion justifiée du langage médical, ne sont ni monotones, ni trop longues, juste pour faire comprendre un cas de psychose et la thérapie. De même, les éléments de philosophie orientale qui anticipent et éclairent l’expérience ultime à tenter sur la malade : vider son cerveau, se détacher de tout élément extérieur, créer le vide pour se mettre en rapport avec l’esprit éternel, invoquer d’autres forces  à son aide pour guérir Claire.

En pesant le pour et le contre, le docteur se décide à répéter une expérience échouée faite sur un enfant en proie à des crises de folie. La seule chance de guérir Claire était de retourner dans le temps et de trouver la source de l’événement terrible qu’elle vivait pendant le rêve, une terreur subie par une autre femme, au Moyen Age, dont la source était le chevalier noir du tableau, qui hantait après des siècles une autre femme. Mais cette tentative de descendre dans le labyrinthe du temps pour connaître le Mal qui possédait la jeune femme n’était pas sans risques pour  le docteur : ne pas pouvoir maîtriser le Chaos primordial et ne plus revenir dans le monde réel, sombrer dans la folie.

Cependant, c’était l’unique chance et le psychiatre provoque la transe hypnotique pendant laquelle il passe dans un autre temps et entrevoit comme dans un rêve le chevalier noir, l’incarnation du Mal, dans son château, en train de sacrifier une femme sur  l’autel du Méchant, de la brûler sur un gril. C’est le cauchemar de chaque nuit de Claire, suivi d’une crise de folie pendant laquelle elle s’ébat comme possédée de l’esprit malin du chevalier et déchire ses vêtements, terrifiée d’horreur.

Le docteur réussit à libérer la femme de ces cauchemars, mais il se rend compte qu’elle s’est attachée à lui, le regardant comme « l’incarnation du bien qui terrasse le Mal ». C’est ce qui arrive en psychiatrie, le patient transfère sur son thérapeute son amour. Le docteur va involontairement devenir l’objet d’un amour fétiche de la femme, risquant de sombrer dans une aventure amoureuse involontaire. Il en est conscient et il l’avoue à son Maître, craignant encore la force maléfique et mystérieuse du tableau.

En effet, l’énigme du chevalier noir n’est pas résolue à la fin du roman. Le Maître emprunte au docteur le tableau enlevé à Claire pour l’en débarrasser. Pendant son vol vers New York,  lorsqu’il le regarde de près, il constate étonné la fascination qu’il exerce sur une femme en deuil.

Le Chevalier noir est un roman captivant, qui tient le lecteur à bout de souffle, tout en le plongeant  dans la psychanalyse et la mystique orientale pour lui faire comprendre la thérapie d’une psychose qui s’apparente à la folie. Il est inspiré par un personnage réel du XV-e siècle, Gilles de Montmorency-Laval, baron de Rais, comte de Brienne, qui est en même temps le personnage qui obsède l’écrivaine Claire Chabert, en train d’écrire un livre palpitant sur sa vie. Elle est fascinée par sa personnalité contradictoire, héros et démon à la fois, selon les légendes. Son obsession engendre une sorte d’attraction amoureuse inconsciente blottie dans le sous-conscient de la jeune femme et projetée dans ses rêves. L’image mentale de Gilles de Rais se superpose au portrait du chevalier du tableau et celle de la femme brûlée, à elle-même. Son obsession pour le personnage médiéval entraîne son identification avec sa vie, ce qui déclenche ses cauchemars et sa psychose.

Le roman révèle l’intérêt de l’auteur pour de multiples domaines et son talent à les explorer dans la fiction pour enchaîner la trame autour d’un cas singulier de psychiatrie en réactivant les éléments du roman gothique historique (une écrivaine hantée par un démon du passé, le cauchemar, le suicide,  le fakir et le médecin aux pouvoirs hors de commun, le château médiéval, la prison, la torture, le châtelain démoniaque, le prêtre, les décors et les armes médiévaux, le fantastique onirique, le récit dans le récit, les sentiments d’effroi, de terreur, d’horreur).

Christian Tămaş, Le Chevalier noir, Ars Longa, 2019.

Par Sonia Elvireanu, , publié le 02/08/2019 | Comments (0)
Dans: Comptes-rendus | Format: ,

 “Le silence d’entre les neiges”, poèmes de Sonia Elvireanu

Pétri dans la perte tragique de l’être aimé, ce recueil de solitude, de silence et de neiges que l’auteur fouille avec effroi jusqu’à la tombée de la nuit, ce recueil où s’entrechoquent les abîmes et roulent infiniment les galets du verbe tels des blessures, ce recueil teinté par le sang des coquelicots et les horizons (… qui) abandonnent les étoiles amoureuses dans les herbes, ce recueil d’un exil intérieur n’est pas fait que de désespérance.

La plume (et quelle plume !) d’Isabelle Poncet-Rimaud le souligne d’emblée en sa superbe préface : Il y a dans cette souffrance infinie, une certaine douceur que permet l’amour véritable, comme une berceuse secrète qui caresse l’âme au creux de l’être… Et Denis Emorine de confirmer dans sa postface : Pour Sonia, l’identité amoureuse est constitutive de son être parce que la relation privilégiée avec son mari défunt était fusionnelle.

C’est ainsi qu’une lumière soyeuse / (…) se métamorphose en fleur / répandant ses parfums telle la pulpe / savoureuse des fruits de l’été. Elvireanu fait appel au Levant, thème récurrent de ses rêves, mais également à des chevaux blancs / (…) dieux amoureux de l’Olympe et se met au pied de l’arbre de la vie. Des pommiers se font entremetteurs avec l’existence quand le trop-plein des matins vides émiette l’absence. L’arbre, seuil entre les mondes, ancre ses racines dans la glaise, enveloppe l’auteur et permet à sa nature rebelle de s’épanouir. On peut croire que la pomme miraculeuse symbolise peut-être cette relation antérieure qui ne pourrit pas (…) Seule, toujours plus éloignée / sous la gelée / (…) elle est encore sur la branche / un peu plus vieille / mais elle ne tombe pas.

Ainsi se perpétue, entre les neiges et en silence, le mystère de la mort mais aussi de la vie.

Ce livre est viscéralement lié à la nature, tout autant aux pluies noires qu’au bleu éblouissant du ciel. Fièvres et tourmente distillent leurs ravages mais les couleurs du temps dans une étoile prennent malgré tout le voile pudique d’une interrogation, peut-être d’un espoir de transcendance.

Certes, les mots restent auprès de toi, écrit avec ferveur Sonia Elvireanu. Mais avec une manière de timidité, elle ose une Prière de revenir émouvante. Finalement, le plus beau chant n’est-il dans la fidélité du souvenir, en d’autres termes, dans une rencontre perpétuelle ici esquissée ?

 

Sonia Elvireanu, Le silence d’entre les neiges. Préface d’Isabelle Poncet-Rimaud, postface de Denis Emorine, L’Harmattan, Paris, 2018

“Soleils vivaces” de Jean-Michel Aubevert

« Mon royaume n’est pas de ce monde » [1]

Sous le signe de la rose et du soleil, le recueil de proses poétiques Soleils vivaces de Jean-Michel Aubevert questionne le monde, ses croyances de toutes sortes qui étouffent la liberté et le souffle de la vraie vie, celle de la rose qui éclot malgré tout, répandant son parfum, éblouissant par sa beauté presque irréelle. Cette beauté fragile se défend par les épines contre toute agression. Elle se veut la vie dans ce qu’elle a de plus beau, de plus pur depuis la Création. C’est aussi celle de la Parole Sainte, du Verbe créateur converti en langage poétique quand elle témoigne de l’éternel rayonnement de la vie dans le combat des civilisations qui ne cessent d’imposer leurs hégémonies meurtrières contre la liberté naturelle de l’homme et de sa pensée :

« Il est bien temps de crier qu’on assassine la liberté ! Je fus Charlie. Les djihadistes n’ont pas tué l’hebdomadaire ; ils l’ont sauvé d’une asphyxie économique par le traumatisme qu’ils ont causé. L’économie est une politique, le choix des démocraties de marché. Pour ainsi dire, elle transcende nos vies. Je garde pour sauvegarde la rose, poète d’entre les têtes pensantes. Je rends au monde ce qui appartient au monde. […] La poésie désarme les larmes en se changeant les yeux. En chaque rose se joue le jour de mémoire de poète. Et c’est une barque d’étoiles où se surprend une âme d’enfant à exister par-devers les grands de ce monde. »

La Rose de Jean-Michel Aubevert, aux multiples sens, mythiques, bibliques, livresques (Dante) « symbolise un calice dans l’apothéose d’une croix ». Par elle, le poète s’interroge sur l’amour, la famille, l’existence, la religion, le langage, la poésie et son rôle de témoin, de combattant, son rôle d’affirmer, de révéler les couleurs du paradis:

« Ô la rose d’un véritable amour, et la rose de son vocable ! Et comment relancer le dé bleu cher au poète pour tirer le chiffre du ciel au sept des Pléiades ? Je dirai que la poésie creuse le réel pour nous rappeler que nous vivons à l’horizon d’un ciel, pour aérer les mots dans une respiration de l’esprit. J’ai revisité mon tarot d’images, mon parolier d’assonances, en y introduisant un jeu de roses et tant de pétales en ont volé que j’en ai gardé un sentier de pages. Certes, ce ne fut pas sans qu’en chemin des roses, resurgissent les épines qu’on nous promet pour rançon de la fleur sur la foi des lauriers d’un Sauveur, sans en passer par l’étranglement des sanglots. »

D’un lyrisme profond, riche de métaphores, lourd de réflexions, « Soleils vivaces » déploie en ses pages les images fulgurantes de la beauté entrevue aux instants de grâce où l’âme du poète ressent son accord avec l’univers qui se révèle à lui telle la rose qui ouvre son bouton pour étaler sa lumière, celle d’un commencement perpétuel de la vie dans toute sa fragilité et sa beauté. Elle offre à tous, la preuve de son rayonnement, de sa vivacité d’un instant, sans rien demander. Elle est là, lumière et joie d’être, pétales et parfum, vie, l’image de la perfection à laquelle aspire l’esprit.

Le langage poétique de Jean-Michel Aubevert est aussi frais, tendre, soyeux, rayonnant que celui de la rose, à la fois interrogatif, réflexif, sarcastique. On pourrait comprendre la rose comme symbole de la beauté du langage inspiré face à celui fabriqué, de la vie authentique, naturelle, désenchantée par le pouvoir économique manipulateur de la langue.

Le poète s’abreuve au rêve, se réveille à l’écoute des herbes, fleurs, forêts, vagues de la mer, étoiles, pierres. Il est le garant de l’espérance, de la lumière qui scintille dans la boue de la vie, telle la rose qui s’épanouit dans la vase. Il entend l’écho d’une autre vie qui se réveille sans cesse dans son âme, l’élève à la beauté de l’esprit. Il est à la quête du Graal, celui de la Parole Sainte, tel le vrai croyant. Il faut se méfier des « croyants », puritains, économistes, psychanalystes, se libérer du cortège des servitudes imposées par les autres, n’écouter que le langage du ciel et de la terre parler de l’amour pour découvrir la joie d’être, la voie de la liberté naturelle, l’harmonie qui règne dans l’univers.

Pour nous convaincre de sa parole de poète, Jean-Michel Aubevert emprunte la lyre mythique d’Orphée et prête à son chant poétique la connaissance d’Apollon. Il convoque dans l’intertexte de ses poèmes les mythes de la Grèce et de l’Égypte, les légendes, l’Évangile, les poètes du renouvellement du langage poétique (Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, René Char, Rainer Maria Rilke), les peintres de la lumière (Monet, Renoir, Van Gogh), les prosateurs de sensibilité poétique (Antoine de Saint-Exupéry, Christian Bobin), les physiciens (Copernic, Galilée, Pascal), sa mémoire affective, les constellations du ciel et les éléments de la Terre pour évoquer la naissance de la poésie et le côté lumineux  de la vie. Car la poésie est révélation de la lumière, d’une âme touchée par le soleil vivace qui est la vie même dans sa beauté révélée au regard du poète, du peintre. Dans les toiles de Monet le poète entrevoit la nage des nymphéas et « le ciel touché d’une âme ».

Soleils vivaces est structuré en plusieurs séquences, chacune comprenant plusieurs poèmes en prose, très mélodieux dans leurs sonorités.  Les syntagmes rimés fluidisent et harmonisent les phrases : La poésie effrontément, Venir au fleuve (celui de la parole), Dernier Quartier, Un rêve, Sur un lit de langage, Un poème simple, Une page à tourner, Ulysse revient, Métaphore d’un or, Une fleur, Sous le fouet de la Rose.

Dans ses poèmes, le lyrisme pur est aussi imprégné de réflexions ironiques, incisives, révélant la pensée d’un poète révolté contre les dogmes, les manipulateurs des consciences, de la psyché et du langage, contre l’arrogance des « connaisseurs » de toutes sortes, y compris parents, psychologues, psychiatres, politiciens, ecclésiastiques, économistes, scientifiques.

Jean-Michel Aubevert vit intensément la poésie, s’identifie à la parole créatrice de mondes nouveaux, au souffle des herbes, de la marée, de la fleur qui éclot, du rêve : « J’étais au bord des lèvres la langue qui s’oublie à écoper la fièvre […] J’étais la fleur qui s’ouvre à l’évidence du jour. J’étais la mémoire qui s’abreuve dans la longueur d’un fleuve. »

Le poète cherche « quelque chemin d’Adam oublié des censeurs », la métaphore de la poésie qui est « en avant y tient son agissement dans la tension d’un arc où la lumière s’arbore » et le langage« mit sous la tension du visionnaire ». Il est l’éternel Ulysse, son Ithaque, la poésie. Son odyssée  est celle du langage, dévoilée par son crédo poétique: « Je ne me fie qu’aux cérémonies du verbe, à ces épiphanies dont la poésie prend acte sans les couler en article de vérité. » 

                                                    


[1] Jean-Michel Aubevert, Soleils vivaces, Le Coudrier, 2015, 154 p.

Au Bonheur des dames – Denise et Octave à la lumière de la proxémique

 Introduction

 L’anthropologue américain Edward T. Hall a créé la théorie des distances physiques entre les corps des humains dans leur interaction: la proxémie ou proxémique. L’étude des distances interindividuelles dans une société témoigne des relations interpersonnelles, de même que de la psychologie de l’espace. Il permet d’observer la gestuelle et le comportement des individus dans tous les domaines de leur vie: intime, personnelle, sociale, publique.  Ce sont là les quatre sphères proxémiques où se manifestent les quatre types de distances interindividuelles chez l’humain.[1]

Appliquée en littérature, la proxémique révèle la psychologie des personnages et les relations dans lesquelles ils s’engagent par besoin d’affection, de réussite familiale, professionnelle et sociale. La distance physique qu’ils imposent à l’autrui dévoile la nature de leurs rapports, une relation proche, sécurisante ou oppressante, éloignée.

Nous nous proposons d’analyser par la proxémique les relations entre les personnages romanesques du roman d’Émile Zola, Au Bonheur des dames. Du roman à la vie, de même que de la vie au roman, tout parle de l’espace et de la présence de l’homme à l’intérieur, seul ou en rapport avec les autres, car à part les solitaires indomptables qui cherchent le refuge dans la solitude et substituent l’individu par l’animal ou la nature, l’homme est un être social, donc en relation avec l’autrui.

Cependant, son intimité l’oblige à garder une certaine distance physique et psychique envers l’autre. Elle varie en fonction de sa culture, son comportement en est la preuve.

 

La proxémique de E. T. Hall

La proxémie ou proxémique, un concept créé par l’anthropologue américain Eward T. Hall, permet l’étude de la distance physique entre les personnes dans leur interaction.

Le besoin d’espace personnel impose une certaine distance face à l’autrui. Elle varie en fonction des personnes et des cultures.

E.T.Hall établit quatre sphères proxémiques et quatre catégories principales de distances interindividuelles chez l’humain: intime, personnelle, sociale et publique.[2] Chacune comporte le proche et le lointain, selon Hall. Voilà les distances proxémiques selon Hall :

– distance intime :  de 15 cm (mode proche) à 40 cm (mode éloigné); elle implique une grande implication physique et un échange sensoriel élevé.

– distance personnelle : de 45 cm à 75 cm (mode proche), à 125 cm (mode éloigné);

– distance sociale : de 120 cm à de 210 (mode proche), à 360 cm (mode éloigné);

– distance publique : de 360 cm à 750 cm (mode proche), au-delà de 750 cm (mode éloigné).

La distance intime est sécurisante par la confiance accordée à autrui, mais l’accès y est restreint, permis seulement aux personnes dans lesquelles nous avons confiance, car elle permet de se toucher et de s’embrasser (mari et femme, amant.e, ami.e). Dans la zone personnelle la distance est celle du bras étendu, le poing fermé, possible en famille, entre collègues, car c’est la zone de la communication.

Dans la zone sociale la distance est celle entre le chef et ses employés. Un objet s’interpose souvent entre les personnes: un guichet, un bureau, une table. Dans la zone publique, c’est la distance utilisée lorsqu’on parle à des groupes, aux étrangers, celle entre les représentations de l’administration et les citoyens.

La distance interpersonnelle dépend des rapports individuels, des sentiments et des activités des personnes concernées, du statut de l’interlocuteur.

La théorie ne serait qu’une belle réflexion sur un aspect de la vie si l’on ne pouvait pas l’appliquer dans certains domaines pour tirer des conclusions pertinentes sur la vie des gens. L’étude des distances entre les corps humains est liée à l’observation des gestes et des comportements à connotations  culturelles.

 

La proxémique en littérature. La relation entre les personnages romanesques : Émile Zola, Au Bonheur des dames

La proxémique peut s’appliquer en littérature, au roman surtout, pour établir les liens entre les personnages et leurs sentiments. La psychologie des personnages est intimement liée à l’espace où ils vivent et subissent leurs expériences heureuses ou traumatisantes. Ils évoluent dans toutes les sphères désignées par Hall, de l’espace intime à celui public, et ils connaissent tous les types de relations interpersonnelles. Parfois le même personnage évolue entre les extrêmes, telle Denise dans sa relation avec Octave Mouret dans le roman d’Émile Zola Au bonheur des dames.

Dans la sphère intime on retrouve le couple, femme/homme, qu’il soit marié ou en union libre, consentie et rendue publique, mais aussi celui qui a une relation d’amour secrète, l’amant et son amante. Dans l’espace personnel on admet les membres de la famille et les amis, dans l’espace social, les rapports se lient entre le manager, chef, patron et ses employés, dans l’espace public entre ceux qui subissent l’influence d’un leader ou ceux qui se réunissent pour donner des conférences ou partager leurs expériences.

L’espace intime qui témoigne des relations interpersonnelles intimes peut se modifier au fil de l’intrigue. Les personnages peuvent s’éloigner l’un de l’autre et passer d’une sphère à l’autre : personnelle, s’ils gardent une relation d’amitié et continuent de se voir et de se parler après leur séparation, surtout s’ils ont été liés par la naissance d’un enfant ; sociale s’ils cessent de se voir et se rencontrent par hasard grâce à leur profession; voire publique parfois.

Nous nous intéressons ici à la nature des relations entre deux personnages d’Émile Zola, Denise et Octave Mouret. Au début du roman Au bonheur des dames, la jeune fille est très éloignée du grand magasin qui rayonne sous la baguette d’Octave Mouret, son patron. Elle se trouve à l’extérieur, dans la sphère publique, car il n’y a aucun rapport entre elle et le patron qu’elle ne connaît même pas, ni entre elle et les autres employés. Il n’y a que le rêve d’une fille séduite par la splendeur de la ville incarnée par le magasin Au bonheur des dames. Elle le regarde de l’extérieur, c’est l’objet de son rêve, la distance qui la sépare de celui-ci correspond à celle d’entre le réel et le rêve inaccessible. La relation est univoque et de nature intérieure.

La distance physique entre elle et cet immeuble convoité est très éloignée, elle n’entrevoit aucune chance d’y accéder. Mais elle se rétrécit à mesure qu’elle ose s’en rapprocher. Dès qu’elle y pénètre, elle peut voir, toucher la marchandise, se confondre dans la foule des femmes assoiffées de luxe et de beauté. Elle passe ainsi de la sphère publique à la sphère sociale. Elle va développer sa carrière en relation étroite avec ce magasin et grâce à son intelligence commerciale et à son charme féminin elle réussit dans la vie.

Denise passe au domaine  social et sa vie sera comblée par son travail au Bonheur des dames. Ses relations avec les employés et son patron sont de nature sociale, mais celles avec l’espace qu’elle habite et ses objets devient personnelle, puis intime, dès avant la modification de sa relation avec son patron, Octave Mouret.

On peut donc parler d’une double relation dans le cas de Denise :

  1. entre la femme et un objet. Le magasin est créateur d’espace social qui sera peu à peu personnalisé, puis intimisé, investi d’affectivité. Ses objets subissent la même modification. Une relation affective naît entre Denise et l’espace intérieur du magasin qui est d’abord social, lui permettant d’évoluer dans l’administration et l’un personnel, puis intime, car elle y habite, reçoit une chambre à elle, qui deviendra son espace intime.
  2. entre la femme et l’homme. Dans l’espace social du magasin s’engagent des relations interpersonnelles de nature sociale ; d’une part, entre Denise et son patron, d’autre part, entre elle et le personnel du magasin, mais aussi entre elle et sa clientèle féminine. Celles-ci imposent une certaine distance, un comportement social en fonction de la hiérarchie à l’intérieur du magasin, au niveau de l’administration et du personnel, mais aussi à l’extérieur envers les clients de condition sociale différente.

Les relations interpersonnelles dans la sphère sociale ne sont pas immobiles, mais souples. Elles évoluent en deux directions : dans la carrière de Denise qui se distingue par une habilité commerciale innée lui permettant d’évoluer et d’occuper un poste supérieur ; dans ses relations avec le personnel et son patron. Dans la première situation, les relations sociales seront déterminées par sa promotion qui engendra des sentiments d’envie et de haine, car elle occupe la place d’un autre. Elle n’est plus la fille humble, heureuse d’être acceptée dans un poste modeste, mais elle devient une jeune femme habile, perspicace et intelligente, qui attire l’attention à son patron. Celui-ci veut faire d’elle son amante, mais Denise ne se laisse pas séduire par l’homme, car elle est forte de caractère, bien qu’elle ne soit pas indifférente à son charme. Elle finit par l’aimer et lui inspirer le respect et l’amour.

Le magasin qui lui était extérieur au début devient le sens de sa vie, elle finit par s’identifier avec lui. Toute son existente s’y attache, si bien que sa relation avec celui-ci évolue et connaît les quatre types de relations définies par Hall, mais en sens inverse, car la distance physique entre les deux est la plus éloignée au début et diminue jusqu’à devenir nulle, de même que les relations déterminées par celle-ci : publique, sociale, personnelle, intime.

La même évolution de la sphère publique vers l’univers intime sera enregistrée dans la relation entre Denise et Octave Mouret. La distance infranchissable entre le patron et une vendeuse sera convertie en relation intime et bénéfique par l’amour. Au début Denise ne représente que l’objet du désir de son patron qui y voit une proie facile à gagner grâce à son statut, mais il comprend que celle-ci n’est pas une femme légère à se laisser entraîner dans une liaison passagère avec un homme, encore moins avec son patron, mais une femme volontaire, d’honneur, un vrai caractère, dans laquelle Mouret trouvera un associé habile et qu’il finira par aimer et épouser.

C’est toujours dans la sphère sociale que la nature de la relation peut changer et se convertir en amitié, au début par pitié, ensuite par admiration pour les qualités de la personne de qui on se rapproche par confiance.

Denise illustre au mieux la souplesse des relations interpersonnelles qui évoluent de la sphère publique où la distance physique entre les humains est la plus éloignée à la sphère intime où elle sera nulle, car les corps finissent par s’aimer et se toucher. Cette modification n’est par le fruit de la ruse, des manoeuvres pour réussir et faire carrière, mais la suite d’une évolution sociale et personnelle.

Émile Zola donne ainsi un sens moral aux relations sociales interpersonnelles dans son roman Au bonheur des dames. Denise incarne leur côté positif, elle est à l’antipode de la passion destructive du roman Thérèse Raquin, un cas morbide dans le sillage du naturalisme que l’écrivain français représente.

 

Conclusions

La proxémique de T. E. Hall n’est pas une simple théorie, car elle naît de l’observation du comportement humain dans une société. Elle aide à l’étude de l’espace social et public, à la compréhension des relations humaines dans ces sphères de la vie, mais aussi dans la zone privée. Elle dévoile les différences de comportement social à travers les cultures du monde. Elle intéresse à la fois antropologues, sociologues, historiens, psychologues, architectes, peintres et écrivains.

Le monde humain est au fond l’histoire de l’homme dans le chronotope historique, c’est-à-dire l’être dans l’espace et le temps, sa relation flexible avec l’espace habité. Les psychologues ont développé la psychologie de l’espace, témoignant du rôle de l’espace dans la psychologie des gens et dans la construction de leur identité.

La proxémique en littérature rend compréhensibles les relations entre les personnages et l’espace romanesque, leur psychologie.

 

Bibliographie consultée

Hall, E.T, La Dimension cachée. Traduction en français par Amélie Petita, postface de Françoise Choay, Paris, 1978.

Molles, Abraham.& Rohmer, Elisabeth, Psychologie de l’espace,  Paris, Casterman, 1972.

Zola, Emile, La Paradisul femeilor, Traducere din limba franceză de Sarina Cassyvan, Bucureşti, Curtea veche, 2007.

Zola, Emile, Au bonheur des dames, […], Mockba, 1964.

Winkin, Yves, La Nouvelle Communication, Paris, Seuil, coll. « Points / Essais », 2000.

[1] E. T.Hall, La Dimension cachée (traduction de 1971), chapitre 10 (« Les distances chez l’homme »), p. 143-160.

[2] Ibidem.

Par Sonia Elvireanu, , publié le 21/12/2018 | Comments (0)
Dans: Critiques, Littératures | Format: ,

Baudelaire traducteur d’Allan Edgar Poe

 Allan Edgar Poe (1809 – 1849) a été l’un des plus connus représentants du romantisme américain : poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, journaliste, dramaturge et éditeur. Charles Baudelaire (1821- 1867), appelé « Dante d’une époque déchue», « nourri de romantisme »[1], le chantre de la « modernité », représente le symbolisme français. Les deux écrivains sont nés sur des continents différents, ils appartiennent à des cultures et des courants littéraires différents, mais ils s’apparentent par leurs vies et leurs conceptions de l’art. Comme le symbolisme est né du romantisme, Charles Baudelaire se fit l’écho d’une nouvelle esthétique qui aspirait à l’impersonnalité dans l’art, à la transgression de l’égo romantique, passionné et larmoyant.

Pendant sa vie débauchée, Baudelaire découvre le poète américain Allan Edgar Poe par les traductions parues dans les journaux français, mais il fixe la découverte de Poe entre 1846-1847, trois ans avant la mort de celui-ci. Il s’enthousiasme de cet inconnu dès la première lecture et se passionne de son oeuvre étrange. Son fidèle ami Asselineau le confirme: « Dès les premières lectures, il s’enflamma d’admiration pour ce génie inconnu… J’ai vu peu de possessions aussi complètes, aussi rapides, aussi absolues ».[2] Baudelaire le reconnaît lui-même : « J’ai trouvé un auteur américain qui a excité en moi une incroyable sympathie ».[3] C’était plus qu’une sympathie, c’était une passion de toute une vie et une dévotion à l’égard de Poe.

Lorsque Baudelaire le découvre, le romantisme que celui-ci représentait en Amérique touchait à sa fin en France, mais son influence persistait encore chez les parnasiens et même chez les réalistes (Gustave Flaubert, Salambô) et les naturalistes (Émile Zola, La faute de l’abbé Mouret).

En juillet 1848 paraît sa première traduction d’un récit de Poe, Révélation magnétique, dans la revue « La Liberté de penser »[4]. Bien qu’il ne soit pas le premier traducteur de Poe, ni son découvreur, Baudelaire devient son traducteur attitré et contribue à sa gloire en France. L’auteur américain jouit d’une grande popularité en France qu’il n’avait pas dans son pays.

Léon Lemmonier affirme que de tous les traducteurs de Poe, Baudelaire était « son égal par le talent »  et que son âme vibrait à l’unisson de la sienne ».[5] Il a traduit des poèmes et des nouvelles de Poe, mais il a publié aussi des études sur son oeuvre et sa vie qu’il a réunies dans Histoires extraordinaires (1856). Mais tout ce qu’il a écrit sur Poe porte l’empreinte de son admiration sans réserve pour l’écrivain américain qu’il présentait aux Français comme « la plus puissante plume de cette époque », « un des plus beaux génies qui aient jamais existé ».[6]

 

Baudelaire a investi son temps et son travail à traduire Poe non pas par curiosité passionnée, mais parce qu’il a découvert que celui-ci lui ressemblait, donc par fraternité artistique :

« Savez-vous pourquoi j’ai si patiemment traduit Poe ? Parce qu’il me ressemblait. La première fois que j’ai ouvert un livre de lui, j’ai vu avec épouvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi mais des phrases pensées par moi, et écrites par lui vingt ans auparavant. »[7]

L’empathie de Baudelaire pour Poe allait jusqu’à faire de lui son alter ego.

« Ce qu’il y a d’assez singulier, et ce qu’il m’est impossible de ne pas remarquer, c’est la ressemblance intime, quoique non positivement accentuée, entre mes poésies propres et celles de cet homme, déduction faite du tempérament et du climat. »[8]

 

Si on parle de distance physique entre les deux poètes, au début elle est immense, car ils habitent sur des continents différents. Physiquement elle reste la même par la mort de Poe, mais psychologiquement elle se convertit en lien intime par la traduction de sa création. Mais en lisant son oeuvre et en la transposant en français, Baudelaire parvient à comprendre leur ressemblance de visions, de vies, de talent et à lui vouer une véritable admiration. Ainsi leur relation se modifie-t-elle grâce à la traduction et passe dans la sphère personnelle, ensuite intime, car Baudelaire finit par s’identifier presque avec Poe, il se reconnaît dans son écriture.

Baudelaire fait une véritable obsession pour Edgar Poe et s’assume la traduction de son oeuvre comme une sorte de mission religieuse, en se proposant de faire de lui un grand écrivain en France, selon sa confession dans sa Correspondance avec Saint-Beuve et dans son journal intime Mon cœur mis à nu. Il cultive le mythe Edgar Poe[9] en France, repris par Mallarmé et Valéry qui y croient aussi. Il écrit à Sainte- Beuve: «Il faut, c’est-à-dire que je désire qu’Edgar Poe qui n’est pas grand’chose en Amérique, devienne un grand homme pour la France»[10].

Il le fait non seulement par la traduction, mais en présentant la personnalité, la vie et l’oeuvre de son confrère américain dans ses préfaces, notes critiques et articles. Il veut tout connaître sur Poe à une époque où il n’y avait pas d’édition d’oeuvres complètes, c’est par des emprunts faits au Américains qui vivaient à Paris qu’il se procure des collections de journaux dirigés par celui-ci.

Baudelaire traduit Poe en vertu d’une convergence de pensée, d’une affinité artistique, d’une parenté évidente de leurs existences. Ils sont contemporains, Baudelaire naît douze ans après Poe. Ils ont tous les deux une vie malheureuse, traquée par des difficultés financières et des dettes, ils sombrent dans la débauche, ils sont doués d’un talent hors commun et cherchent le renouveau dans l’art. Ils sont compatibles par leur l’esprit poétique et critique, étant tous les deux les partisans de l’art pour l`art. Ils ont une vie brève, Poe a vécu 40 ans, Baudelaire 46 ans.  

Charles Baudelaire semble reconnaître en Edgar Poe un précurseur et son frère semblable, sa moitié. Il lui arrive de découvrir dans l’oeuvre de celui-ci ses propres pensées encore confuses, mais formulées avec une extrême clarté par son confrère américain :

 

« La première fois que j’ai ouvert un livre de lui, je trouvai, croyez-moi si vous voulez, des poèmes et les nouvelles dont j’avais eu la pensée, mais vague, et confuse, mal ordonnée, et que Poe avait su combiner et mener à la perfection ».[11]

Il se confesse aussi dans une lettre à sa mère :

« Savez-vous pourquoi j’ai si patiemment traduit Poe ? Parce qu’il me ressemblait. La première fois que j’ai ouvert un livre de lui, j’ai vu avec épouvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi, mais des phrases, pensées par moi et imitées par lui vingt ans auparavant ».[12]

Sa meilleure motivation de s’être consacré avec dévotion à la traduction de l’oeuvre de Poe, leur ressemblance d’esprit et de vies, dévoile à quel point Baudelaire se sentait intimement attaché au poète américain :

« Pourquoi n’avouerais-je pas que ce qui a soutenu ma volonté, c’était le plaisir de leur présenter [aux Français] un homme qui me ressemblait un peu, par quelques points, c’est-à-dire une partie de moi-même ».[13]

 

Edgar Poe meurt en 1849. Dès 1850, Charles Baudelaire consacre son travail à la mémoire de Poe (dix-sept ans), s’adonne à sa traduction et à son étude critique. Le poète français reprend le portrait d’écrivain maudit fait par la presse américaine à la mort de Poe, car il y voit une ressemblance avec sa propre vie. En réalité, ce n’était pas l’image réelle de l’Américain, rien qu’un portrait fait par Rufus W. Griswold qui convenait à Baudelaire et qui lui permettait de s’approprier Edgar Poe, un poète maudit à la française, de pénétrer intimement la pensée de celui-ci:

« Baudelaire a pénétré d’une façon si intime la pensée et le style d’Edgar Poe que ses traductions font sur nous l’impression même d’un original ; et elles ont contribué non seulement à révéler au public français un génie américain, mais encore à augmenter sa propre gloire. »[14]

 

Les essais et les articles sur la relation écrivain et traducteur dans le cas de Baudelaire et de Poe relèvent d’une part l’influence de Poe sur l’oeuvre de Baudelaire, d’autre part, celle de Baudelaire sur la perception de l’écrivain américain. Le portrait de Poe que Baudelaire offre aux Français est le fruit de son imagination qui y mêle admiration, tendresse et pitié pour ce jeune écrivain d’une intelligence brillante mort si tôt. Il comprend ultérieurement qu’il a mistifié son image, que le véritable Poe ne se retrouve pas dans son image de poète maudit :

«Quand aujourd’hui je compare , dit encore Baudelaire, l’idée fausse que je m’étais faite de sa vie avec ce qu’elle fut réellement, – l’Edgar Poe que mon imagination avait créé, riche, heureux, un jeune gentleman de génie vaquant quelquefois à la littérature au milieu des mille occupations d’une vie élégante, avec le vrai Edgar Poe – le pauvre Eddie… cette ironique antithèse me remplit d’un insurmontable attendrissement .»[15]

Les Français qui haissaient l’Amérique pour son pragmatisme et son progrès matériel, tournèrent leurs flèches contre ce pays accusé d’avoir poussé Poe au malheur et à la mort : « Il fut en vérité « la victime de sa patrie, cet homme que l’Amérique, mère de ses vices et de ses misères, a poussé au suicide contre elle »[16], écrivait Barbey d’Aurevilly. La haine de cette société dont il a critiqué durement la médiocrité et le matérialisme ne fait pas Poe se courber, il sait qu’il appartient aux élites et ses contemporains le savaient aussi, car ils reconnassaient « qu’il écrivait dans un style trop au-dessus du vulgaire ».[17]

Baudelaire a été influence par l’oeuvre de Poe, il en a pris le goût de l’étrange et du mystère. Dans ses traductions on a remarqué la même passion et enthousiasme que dans ses articles critiques, car Baudelaire a respecté le style de Poe, cherchant le mot juste, fidèle au sens et à la forme, étant très consciencieux et soucieux de faire paraître les qualités de celui-ci. Les contes d’Edgar Poe « ont été traduits par Baudelaire avec une identification si exacte de style et de pensées, une liberté si fidèle et si souple que les traductions produisent l’effet d’ouvrages originaux et en ont toute la perfection originale ».[18]

Baudelaire connaît un grand succès comme traducteur avant de publier Les fleurs du mal. Ses traductions se distinguaient de celles des autres traducteurs par « la fidélité au texte-source, fait nouveau pour l’époque».[19] Il « donne beaucoup d’importance à la littéralité du texte et il veille à ne pas modifier l’ordre des mots ».[20]

Ce qui nous paraît malheureux dans cette relation intime avec l’oeuvre de Poe, c’est que les deux écrivains ne se sont pas connus, n’ont pas engagé une correspondance, car Poe a été fauché trop tôt par la mort. La relation intime est univoque, fonctionne dans un seul sens, du poète français vers celui américain. Cela se justifie par la mort prématurée de Poe, Baudelaire l’a découvert avant sa disparition de ce monde. Cela pourrait expliquer aussi son attachement et cet acharnement à le rendre célèbre en France.

 

 

Bibliographie consultée

 

Aquien, Pascal (1992). « Traduire la poésie », Huitièmes assises de la tradition littéraire », Arles 1991, dans « Actes du Sud », 1992, http://www.atlas-citl.org/wp-content/uploads/pdf/8actes.pdf

Brix, Michel, « Baudelaire, « disciple d’Edgar Poe ? » dans Romantisme, Revue du 19e siècle, nr. 122, Maîtres et disciples, Paris, Sedes, 2003.

Hall, E.T, La Dimension cachée. Traduction en français par Amélie Petita, postface de Françoise Choay, Paris, 1978.

Molles, Abraham & Rohmer, Elisabeth, Psychologie de l’espace, Paris, Casterman, 1972.

Pecastaing, Sandy, Poe et Baudelaire : pour une hantologie du texte. Thèse de doctorat. Littératures. Université Michel de Montaigne : Bordeaux III, 2013.

Winkin, Yves, La Nouvelle Communication, Paris, Seuil, coll. « Points / Essais », 2000.

Woodsworth, Judith, « Traducteurs et écrivains : vers une redéfinition de la traduction littéraire », « Traduction et culture(s) », « Traduction, terminologie, rédaction », Vol.1, Nr.1,1988, pp. 115-125.

 

 

Wébographie

 

Brix, Michel, « Baudelaire, «disciple» d’Edgar Poe ? »,  Persée, nr. 122, 2003,  pp. 55-69,  https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_2003_num_33_122_1221

Bentabet, Faffa, Baudelaire, traducteur d’ Edgar Poe, Thèse de doctorat, pdf, 2015, http://dspace.univ-tlemcen.dz/bitstream/112/8671/1/bentabet-fafa.pdf

Garrait-Bourrier, Anne. « Poe/Baudelaire : de la traduction au portrait littéraire ? »,  « Loxias », nr. 28, mis en ligne le 08 mars 2010, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html, id=5990.

Hennequet, Claire, « Baudelaire, traducteur de Poe », http://baudelaire-traducteur-de-poe.blogspot.com/

Woodsworth, Judith, « Traducteurs et écrivains : vers une redéfinition de la traduction littéraire », « Traduction et culture(s) », « Traduction, terminologie, rédaction », Vol.1, Nr.1,1988, pp. 115-125, https://www.erudit.org/en/journals/ttr/1988-v1-n1-ttr1468/037008ar.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] « Il y a du Dante dans l’auteur des Fleurs du Mal, mais c’est du Dante d’une époque déchue, c’est du Dante athée et moderne, du Dante venu après Voltaire, dans un temps qui n’aura pas de Saint Thomas ». Les Œuvres et les hommes (1re série) – III. Les Poètes, Paris, Amyot, 1862, p. 380.

[2] Apud Bentabet, Faffa,  Baudelaire, traducteur d’ Edgar Poe, Thèse de doctorat, pdf, 2015, p. 103, disponible sur  http://dspace.univ-tlemcen.dz/bitstream/112/8671/1/bentabet-fafa.pdfp. 103, disponible sur

http://dspace.univ-tlemcen.dz/bitstream/112/8671/1/bentabet-fafa.pdf

[3]Ibidem, p. 104.

[4] Michel Brix, « Baudelaire, « disciple » d’Edgar Poe ? » dans « Persée », nr. 122, 2003, pp. 55-69.

[5] Apud. Bentabet, Faffa, Op. cit., p. 7.

[6] Ibidem.

[7] Charles Baudelaire, Correspondance Générale, éd. Jacques Crépet, Paris, Conard, 1948, IV, p. 277 ; Apud Judith Woodsworth, « Traducteurs et écrivains : vers une redéfinition de la traduction littéraire » , dans « Traduction et culture(s) », «  Traduction, terminologie, rédaction », Vol.1, Nr.1,1988, p. 123.

[8] Charles Baudelaire. Cité par Léon Lemonnier dans « Les Traducteurs d’Edgar Poe de 1845 à 1875 : Charles Baudelaire ». p.108; Apud  Bentabet, Faffa, Op.cit., p. 106.

[9] Charles Baudelaire, Mon coeur mis à nu, dans « Histoire des Histoires extraordinaires», Paris, Conard, 1932, pp. 352-353 ;  Apud. Judith Woodsworth, art. cit., p. 122.

[10] «Histoire des Histoires extraordinaires» , p. 378 ; Apud. Judith Woodsworth. art. cit., p. 123.

[11] Lettre à Armand Fraisse, 1856. Cité par Léon Lemonnier dans ” Les traducteurs d’Edgar Poe en France de 1845 à 1875 : Charles Baudelaire ». p.106 ; Apud Bentabet, Faffa, Op.cit., p. 106.

[12] Lettre à sa mère, 26 mars 1853 (Revue de Paris, nr. 1,’ sept. 1917). Lettre à Th. Toré, 1864 (Lettres, éd. du Mercure). Cité par Léon Lemonnier dans ” Les traducteurs d’Edgar Poe en France de 1845 à 1875 : Charles Baudelaire ». p.109 ; Apud   Bentabet, Faffa, Op. cit., p. 106.

[13] Bentabet, Faffa, Op. cit., p. 37.

[14] Ibidem.

[15] Charles Baudelaire. Oeuvres posthumes, « Histoires Extraordinaires », cité dans « Edgar Poe et la critique française de 1845 à 1875 », p.31 ; Apud.  Bentabet, Faffa, Op. cit., p.49.

[16] Barbey d’Aurevilly, Littérature étrangère., cité par Léon Lemonnier dans « Poe et la critique française de 1845 à 1875 ». p. 40 ; Apud.   Bentabet, Faffa, Op. cit., p.54.

[17] Charles Baudelaire, Oeuvres posthumes. Cité par Léon Lemonnier dans « Poe et la critique française de 1845 à 1875 ». Apud Bentabet, Faffa, Op. cit., p. 76.

[18] Théophile Gauthier, notice des ‘’Fleurs du Mal’’, dans « Les traducteurs d’Edgar Poe en France de 1845 à 1875 : Charles Baudelaire ». Léon Lemonnier, p. 159 ; Apud   Bentabet, Faffa, Op. cit., p. 191.

[19] Bentabet, Faffa, Op. cit., p. 239.

[20]Ibidem, p. 241.

Par Sonia Elvireanu, , publié le 03/12/2018 | Comments (3)
Dans: Périples des Arts | Format: , ,