Comptes-rendus Mondes moyen-orientaux

Les « Débris du destin » de Saghi Farahmandpour

Un destin lié à la guerre d’un peuple contre son peuple, au hasard de la violence et de la destruction aveugle guidée par une idéologie impitoyable…

Ce recueil de Saghi Farahmandpour, poétesse iranienne, est un coup de poing dans l’estomac, un hurlement dans le fracas des oppressions, une main qui sort d’un tas de pierres recouvrant un corps…

L’actualité, hélas, renforce encore le malheur qui suinte des textes que nous offre la douleur de la poétesse. Ils sont éclats, « débris » de ce « destin » dont elle ne voit d’autre issue que la mort qui pointe vers elle son doigt implacable.

Tout semble voué à l’impuissance, au néant. Même la confiance que l’on peut faire aux proches, à ceux que l’on aime. Et c’est peut-être le pire.

« Un cœur gonflé d’agitation », « une fièvre amère » taraudent la poétesse qui cherche en elle, vainement, « un havre » de paix où le silence enfin lui permettrait de se retrouver, se reconstruire ne serait-ce qu’un instant.

Les larmes, le temps lourd, la trahison brisent « les ardeurs de la vie » qui çà et là tentent d’émerger, empêchent de « reprendre souffle », de s’alléger le cœur, d’entrer en contemplation de la beauté coquette des fleurs du jour.

« Cri réprimé dans la gorge nouée/moi caché en moi-même », le regard aigu et blessé de la poétesse nous déchire tant « la noirceur absolue et vagabonde » la poursuit, nous agrippant même lorsque son « monde imaginaire » tente de reprendre pied dans l’espace perdu des souvenirs. Seuls, ceux-ci, parfois, peuvent offrir « un moment pur » où trouver asile.

« Ville d’horreur », « ville horrible », ville d’effroi », ville captive de la nuit imposée par les hommes, soumise comme les femmes à l’oppression, à la misère, à la peur.

Et pourtant, les mots sont là et permettent au désir « l’émergence d’un horizon puissant », d’un « avenir radieux », ouvrant de temps à autre « une fenêtre » sur ce qui pourrait être, sur ce qui fut, parfois.

« Un rêve incolore (vers) une issue lointaine » ?

La vie pourra-t-elle retrouver ses couleurs ?

Le cœur se serre et l’inquiétude sur le sort de ce pays et de la poétesse elle-même ne peut qu’augmenter en ces temps d’incertitude absolue.

Des mots poignards pour dire le malheur des violences et de l’impossible liberté d’être…

Des mots qui se plantent au profond du cœur et ne le lâchent plus…

Saghi Farahmandpour, Débris du destin, Paris, Editions du Cygne, 2026, 174 p., 18 €.