Scènes

Une rentrée italienne au Pavillon Noir

Le Pavillon Noir, le lieu d’Angelin Preljocaj à Aix-en-Provence, un bâtiment de l’architecte Rudy Ricciotti, accueille régulièrement des danseurs extérieurs à la compagnie. Trois spectacles venus d’Italie ont marqué le lancement de la saison 2026-2027, dont deux « seuls en scène » dont il sera question ici (1). « Seuls en scène » et non solos, en l’occurrence, la danse n’étant pas le propos principal des artistes concernés.

R.Osa, la performance de Sylvia Gribaudi

Pourquoi ce titre, R.Osa, et pas seulement rosa, la rose, métaphore de la jeune fille… en fleur ? Sans doute faut-il deviner « oser » dans « osa », car Sylvia Gribaudi exhibe sans complexe un corps « augmenté » selon l’expression délicate d’une critique, mais qu’en d’autres temps on aurait qualifié de monstrueux. Autant dire que même si l’on se croyait prévenu, pour avoir vu l’affiche, l’apparition de S. Gribaudi provoque un choc. D’autant que le spectacle découpé en une dizaine « d’exercices » peine à démarrer. Ou bien est-ce simplement le temps nécessaire pour s’accoutumer ? Car très vite on est dans le bain, on se laisse prendre par une interprète à l’entrain débordant, qui a la bonne idée de détendre l’atmosphère en invitant bientôt son audience à esquisser quelques mouvements de danse. Et cela marche en dépit de l’âge canonique de nombreux spectateurs !

S. Gribaudi parle (en anglais), chante. Elle a surtout des mimiques amusées et amusantes qui la rendent très vite sympathique. On ne saurait dire qu’elle danse vraiment même si elle joue des bras, des jambes, des mains. À cet égard, la photo qui la représente faisant un pont arrière est trompeuse.

R.Osa est un spectacle militant qui vise à nous faire accepter les personnes en surpoids, à nous inciter à porter sur elles un regard bienveillant. Il y parvient incontestablement. Un esprit mal tourné pourrait penser, néanmoins, que l’obésité est un mal social avant d’être une maladie, qu’elle pourrait être combattue plus vigoureusement. Dès lors, la ramener à une pathologie, voire un état quasi-normal dont il n’y a pas lieu de s’inquiéter paraîtrait contre-productif…

Astéroïde de Marco d’Agostin, un Ubu paléontologue

L’extinction des dinosaures et le passage du crétacé à l’aire tertiaire, il y a 66 millions d’années, ont-ils été provoqués par l’impact de la météorite géante de Chicxulub (Mexique) comme un bon peuple le pense ou bien est-ce plus compliqué ? Qu’en pensait, par exemple, Gerta Keller de l’université de Princeton ? Les éruptions massives des volcans du Deccan (en Inde) sont-elles les principales responsables ? Mais dans quelle mesure le météorite est-il la cause de cette vague de volcanisme ? Ce sont des questions passionnantes comme il est passionnant d’apprendre que la « limite K-T » (entre le crétacé et le tertiaire) soit marquée par une couche géologique très fine qui concentre davantage d’iridium que tout le reste de la planète !

Telles sont les questions évoquées par Marco d’Agostin dans un spectacle qui n’est pas une conférence scientifique, même si tous les sujets précédents y sont évoqués. L’orateur se présente dans une tenue de paléontologue en mission sur le terrain, couleur kaki, avec un énorme sac à dos d’où il extirpera plusieurs meubles pliants, table, chaise, tabouret et, plus tard, le squelette d’une tête de dinosaure. Un feutre marron est accroché au sac. Il se lance bientôt dans un discours (en français avec accent italien garanti) volontairement confus, interrompu par des digressions personnelles, des chansons et des gestes brusques, des tics plutôt que de la danse. Astéroïde a pourtant reçu le prix italien « UBU » (2025) avec la mention « meilleur spectacle de danse ». Malgré la faible part de cette dernière dans ce spectacle un prix Ubu semble parfaitement justifié pour cette pièce aussi sympathique que loufoque.

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A l’occasion de cette journée placée sous le signe de l’Italie, le film Nuit romaine chorégraphié et réalisé par Angelin Preljocaj a été projeté. Dans le décor somptueux du Palais Farnèse, les danseurs du Ballet de l’Opéra de Rome déroulent un spectacle tout en grâce et beauté.

Regards vers l’Italie, au Pavillon Noir, Aix-en-Provence, le 3 octobre 2026.

(1) Le troisième, AeReA, étant une pièce pour deux étendards du duo Panzetti-Ticconi.