Avignon 2019 – 15 « Outside » de Kirill Serebrennikov (IN)

Dernier spectacle du IN qui se clôture ce 23 juillet, d’un Russe mal vu des autorités de son pays au point qu’il a été empêché de venir présenter sa pièce en France, voilà de quoi mettre le spectateur dans les dispositions requises pour apprécier Outside. D’autant que la pièce se présente comme un hommage à un artiste chinois, dissident lui aussi, le photographe Ren Hang qui s’est suicidé à vingt-neuf ans. Pour intéressant qu’il soit, ce contexte n’est évidemment pas la condition suffisante de la réussite.

Pendant que les spectateurs s’installent, une équipe vêtue de combinaisons de travail noires s’active à coller une photo géante représentant des tours d’appartement vue du toit-terrasse de l’un d’entre eux, avec un homme nu plus grand que nature. Nous sommes d’emblée dans l’univers de Ren Hang, lequel a fréquemment installé ses modèles sur cette terrasse. La suite sera moins frappante visuellement que cette immense photo, signe sans doute que l’artiste Ren Hang dépasse l’artiste Serebrennikov, ou qu’une photo réussie transcende la réalité, car des hommes (intégralement) nus (et des femmes), nous en verrons dans la pièce, jusqu’à plus soif. On a l’habitude, en Occident, de galvauder les nouveaux riches russes, leur clinquant, leur goût pour des femmes hyper sexy juchées sur des talons interminables. Eh bien, cette pièce entre théâtre et music-hall semble davantage faite pour eux que pour les intellos spectateurs ordinaires du festival avignonnais. A ceci près qu’il y a davantage de beaux mecs que de belles femmes sur le plateau. Alors disons que Serebrennikov privilégie un sous-ensemble des Russes attirés par le clinquant, sans négliger tout à fait les autres. On ignore ce qu’il a fait pour déplaire aux autorités (il est vrai qu’il en faut peu, en Russie, pour être rangé parmi les opposants au régime) mais il est bien difficile de trouver quelque chose de transgressif dans Outside.

Que dire de plus sinon que la pièce est agréable à regarder. Elle procure à peu près le même plaisir que celui que l’on peut retirer de la contemplation des personnages mythologiques en tenu d’Êve ou d’Adam sur les cimaises des grands musées, un cran en-dessous si l’on est plus sensible à l’image qu’à la réalité qu’elle dépeint.

Il y a également une scène, au début, où la police politique fait irruption chez Serebrennikov (sur l’espace du plateau occupé par le comédien qui joue Serebrennikov), qui dialoguait jusque-là seul avec son ombre. Puis un asiatique interprétant Ren Hang apparaîtra et leurs bribes de dialogues ne seront pas l’élément le moins intéressant du spectacle. En russe surtitré néanmoins, ce qui force à choisir entre les belles personnes qui se trémoussent sur la scène, reproduisant parfois des poses captées par Ren Hang, et la compréhension du texte.

M.E.S, scénographie et dramaturgie Kirill Serebrennikov ; chorégraphie Ivan Estegneev, Evgeny Kulagin ; musique Ilya Demutsky ; avec douze comédiens/danseurs/musiciens.

Par Selim Lander, , publié le 24/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 14 « J’entrerai dans ton silence », « Music-Hall », « Moi aussi je suis Barbara » (OFF)

J’entrerai dans ton silence d’après Françoise Lefèvre et Hugo Horiot

Une pièce généreuse conçue par Serge Barbuscia à partir de l’histoire émouvante d’un jeune autiste que sa mère n’a pas voulu abandonner aux hôpitaux psychiatriques, la seule proposition qui lui était faite, qui s’est consacrée à son éducation, l’a imposé au collège qui ne voulait pas de lui, avec un extraordinaire résultat puisque son fils devenu adulte a trouvé sinon une vie complètement normale, du moins une vie d’écrivain, de comédien et de défenseur de la cause autiste, ce qui témoigne d’une aptitude certaine à communiquer.

La maman, Françoise Lefèvre, elle-même écrivaine, a décrit cette difficile aventure à deux dans un livre, Le Petit Prince cannibale (1990), couronné du Goncourt des lycéens. Le fils, Hugo Horiot (né en 1982) s’est fait connaître avec un récit autobiographique, L’Empereur, c’est moi (2013), suivi de Carnet d’un imposteur (2016).

« L’amour maternel ne peut être confiné dans la mièvrerie ou la naïveté, comme le voudraient certains. L’amour maternel est le moins mièvre des sentiments. C’est avant tout un acte de résistance contre la férocité du monde » a écrit la maman dans un autre livre, Se perdre avec les ombres (2004). La pièce de Serge Barbuscia fait très bien ressortir, à partir des textes de F. Lefèvre et H. Horiot, l’énergie, tissée d’obstination et de patience, qu’il faut pour aider un enfant en proie à des démons à sortir de lui-même, à s’accepter, à accepter l’autre. La mère et le fils se croisent, se frôlent sans se toucher comme pour illustrer la difficulté de communiquer. Elle (Camille Caraz) est le plus souvent en retrait (et même un peu trop distanciée parfois), à côté du fils qui se débat contre ses obsessions, un double dont il veut se débarrasser. Lui, au contraire (Fabrice Lebert), dans une perpétuelle agitation, en colère contre le monde entier, saute du et sur le lit (en pente vers le public), s’enroule dans un drap, grimpe sur les colonnes disposées en hémicycle qui sont à sa portée. Tout cela en exprimant le désespoir de ne savoir qui il est (il se débat contre un double intérieur) et de ne pas être compris du monde autour de lui. Serge Barbuscia qui intervient par moments directement dans la pièce représente le monde extérieur ; il devient à l’occasion le double de Hugo.

Une pièce généreuse, avons-nous dit, qui nous fait ressentir que les femmes et les hommes « différents » sont tout autant « humains » que nous, que leurs obsessions et leurs fantasmes sont simplement plus réels, plus vivants que les nôtres.

Adaptation et mise en scène Serge Barbuscia, composition Sonore Eric Craviatto.

 

Music-Hall de Jean-Luc Lagarce

On n’aime ou on n’aime pas Jean-Luc Lagarce, ses phrases alambiquées, son style répétitif. Quand on l’aime on se précipite sur tout ce qui se joue de lui.

Et moi, toujours la même chose, une vieille chose que j’ai mise au point, et depuis pas mal de temps, et qui me ressert très souvent, et pas plus tard que cet après après-midi,
pas plus tard,
et moi, souriante, lente et désinvolte,
la Fille qui en vit d’autres et se sortit toujours du marécage,
parce que marécage c’est,
ici aussi, riez, ici aussi,
et pas plus tard qu’aujourd’hui…

Celle qui s’exprime ainsi est une vieille actrice de music-hall qui a connu un certain succès, puis roulé sa bosse un peu n’importe où et qui maintenant se produit dans des salles misérables, à la recette, une recette qui souvent ne couvre même pas l’hôtel et le restaurant, d’autant qu’ils sont trois, elle a deux acolytes, deux faire-valoir, pas frais non plus, avec lesquels tout se partage à égalité.

On le devine, Music-Hall est une pièce qui charrie de l’émotion en veux-tu en voilà. Pour la faire passer, mieux vaut avoir affaire à des durs-à-cuire, de ceux qui en ont vu de toutes sortes au cours de leur carrière.

Il faut avoir roulé sa bosse, pris des coups, déchargé des camions dans le froid, s’être brûlé en été au métal des décors, avoir reçu quelques cailloux jetés par quelques enfants de la campagne, avoir mené vingt-cinq ans la troupe, « nous les héros, êtres épuisés ou juste mélancoliques, abandonnés et un peu ivres », pour pouvoir remuer les spectateurs avec ça, ce texte-là. Pour ne pas être à la surface ; pour le montrer de l’intérieur.

Là, c’est le metteur en scène qui parle, Eric Sanjou. Il dirige la compagnie Arène Théâtre basée à Moissac (Tarn-et-Garonne), joue également le deuxième boy dans la pièce aux côtés de Céline Pique et de Christophe Champain. On ne connaît pas leur pedigree à ces trois-là mais on veut bien croire, à les voir jouer, qu’ils n’ont pas trop de mal à s’identifier à leurs personnages. Ils font bien sentir que tout leur est effort, les changements de costumes comme de maquillage (à vue), les pas de danse, les chansons. Alors mieux vaut parler, se raconter, raconter éternellement les mêmes histoires. Non que ça console mais ça meuble et puis, même si tout n’est pas très exact, c’est tout de même la preuve qu’on a existé !

Dans un festival où chacun tente de se monter le meilleur, cette pièce désenchantée, qui ne cherche à casser aucune brique, n’est pas, dans l’interprétation proposée ici, la moins convaincante. C’est même sans doute l’une de celles qu’on gardera le plus longtemps en mémoire.

 

Moi aussi je suis Barbara de Pierre Notte

De Pierre Notte, nous avons vu, dans ce festival, Les Couteaux dans le dos, une comédie fantastique, interprétée par cinq comédiennes, qui ne nous a pas laissé un souvenir impérissable. Trop de personnages pour qu’ils dépassent la caricature, trop de verbiage. Rien de tel avec Moi aussi je suis Barbara qui fait salle pleine en Avignon depuis plusieurs saisons. Ici les trois femmes de la famille, la mère qui eut sans doute son heure de gloire comme chanteuse (tiens, voilà qui évoque la pièce de Lagarce), la fille qui chante parfois en public (est-ce bien vrai ?) mais se réfugie la plupart du temps dans la cave (en fait sous la table de la cuisine) pour se taillader les bras, et celle qui se prend pour Barbara sont toutes des personnages complexes que nous quittons avec regret à la fin de la représentation.

Cela se passe donc dans la cuisine familiale. La mère, formidable Chantal Trichet, essaye de mettre un peu de bon sens dans sa couvée qui en est bien dépourvue. Il y a encore un fils mutique et qu’on verra peu. Quant au père, il est parti. « Partir », c’est justement ce que veut faire la fille qui se prend pour Barbara, mais il ne s’agit pas simplement pour elle de partir en voyage ou de déménager, contrairement à ce que veut croire la mère. Celle-ci, en tout cas, a fort à faire, elle est, mine de rien (car elle ne ressemble à rien, les cheveux en bataille, dans une blouse de souillon), le personnage principal, même si Pauline Chagne qui interprète Barbara avec une surprenante fidélité (attitudes, propos et chansons) lui dispute évidemment la vedette. Il serait injuste de ne pas mentionner également Barbara (sic) Lamballais, sa sœur dans la pièce, émouvante de bout en bout.

M.E.S. Jean-Charles Mouveaux, accompagnement au piano Clément Walker-Viry.

Avignon 2019 – 13 « La Brèche » de Naomi Wallace (IN)

Une « vraie » pièce de théâtre dans la programmation du IN, c’est donc encore possible ! On aurait pu en douter tant celle-ci semble vouée aux metteurs en scène démiurges qui fabriquent eux-mêmes une pièce à partir d’un roman ou d’un fait divers. Parfois avec succès, heureusement, mais l’on constate souvent, navré, que le « créateur de théâtre » a trop confiance en son talent, qu’on préférerait qu’il s’en tienne à son métier et puise dans le répertoire des auteurs dramatiques, déjà célèbres ou non.

Philippe Millot est un jeune metteur en scène qui accepte de se coltiner avec des textes écrits pour le théâtre par des auteurs professionnels, denrée rare dans le IN comme on vient de le noter. Il a choisi pour sa troisième mise en scène La Brèche (The McAlpine Spillway) de Naomi Wallace, américaine, née en 1960, dont sept pièces sont traduites aux Editions théâtrales.

La Brèche est donc une « vraie » pièce avec une intrigue, des personnages forts qui se découvrent progressivement, des rebondissements…, bref tout ce que les spectateurs « ordinaires » attendent quand ils ont payé leur place. Les personnages sont pris à deux moments différents, adolescents puis jeunes adultes. D’abord trois lycéens dont l’un a une sœur un peu plus âgée. Quand on les revoit plus tard, le frère se sera suicidé. Mais, fausse piste, la pièce tourne moins autour de l’élucidation de ce suicide et de la relation qu’entretenaient les trois garçons entre eux, qu’autour de la relation entre eux et la fille, ou plutôt des relations des garçons à la fille, le tout sur fond d’inégalités sociales criantes.

La construction de la pièce est impeccable, N. Wallace nous amène où elle veut et nous la suivons sans rechigner. En bannissant tout décor, sauf un banc blanc qui coupe la scène en deux, Ph. Millot nous force à nous concentrer sur le texte, rien que le texte. Est-ce pour cette même raison que le casting surprend ? D’après le texte, la fille est la plus sexy du lycée, ce qui n’est nullement le cas sur le plateau. Autre « erreur » de casting : le troisième garçon, celui qui tient un rôle de comparse est radicalement différent avant (nettement le plus petit de la bande) et après (de beaucoup le plus grand). Dans sa présentation de la pièce et de sa M.E.S Ph. Millot ne mentionne pas le casting ; tout au plus précise-t-il qu’il refuse le spectaculaire. Les effets de lumière sont présents mais discrets. Les comédiens sont munis de micro, ce qui leur évite d’avoir à hausser le ton, de même que leur jeu n’est jamais excessif.

Ph. Millot nous invite à un spectacle très cérébral et, dans son genre, très réussi.

Par Selim Lander, , publié le 23/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 12 « 4.48 Psychose » de Sarah Kane, « Le Moche » de Marius von Mayenburg (OFF)

4.48 Psychose avec Cécile Fleury

Sarah Kane est née en 1971 à Brentwood (Sussex). A 24 ans, elle fait jouer sa première pièce. A 29 ans elle se suicide dans l’hôpital de King’s College (Londres), laissant derrière elle cinq pièces de théâtre et deux scénarios de courts métrages. 4.48 Psychose est la dernière de ses pièces, publiée après sa mort, et la plus souvent jouée, d’abord en raison du télescopage inédit de la réalité et de la fiction (elle raconte la folie et les tendances suicidaires d’une jeune femme), ensuite parce que le rôle ne peut que tenter toutes les comédiennes de l’extrême.

Mais la barre est placée si haut qu’on ne va pas voir la pièce sans appréhension. La comédienne saura-t-elle se hisser à une telle hauteur, saura-t-elle rendre crédible la folie de son personnage, sachant qu’elle est tenue par le texte de l’abandonner et de le reprendre sans aucune transition, puisqu’elle doit interpréter également la psychiatre qui tente, sans trop y croire elle-même, de la ramener à la raison ?

Balayez ces craintes, allez voir Cécile Fleury dans Psychose. Il reste encore une semaine pour vous rendre cette année au théâtre La Luna et l’on peut gager que cette création du festival d’Avignon 2019 sera proposée en tournées (ou c’est à désespérer des programmateurs) et qu’on la reverra ici.

Contrairement à nombre de mises en scène qui situent la pièce dans une chambre d’hôpital, le M.E.S. Yves Penay a choisi un lieu neutre meublé d’un banc, d’une chaise, d’une petite table, des meubles que la comédienne fera beaucoup bouger, illustrant l’instabilité psychique de son personnage. Mais Cécile Fleury ne se contente pas de déménager les meubles, elle bouge elle-même presque constamment, ne serait-ce que la tête ou les mains. Tantôt couchée de tout son long sur le banc, tantôt recroquevillée sur la chaise, tantôt à terre, couchée ou à quatre pattes, les cheveux essuyant le sol, elle enchaîne les mots du texte, discours délirants ou plaintes désespérées, avec une vérité confondante. Son apparence physique renforce la crédibilité du personnage. La manière dont elle se transforme pour passer du rôle de la malade mentale à la psychiatre est confondante.

Bref du très beau théâtre, la découverte d’un personnage, d’une personne (les deux ici se confondent), lequel ou laquelle demeure, par le talent de la comédienne, profondément humain(e), malgré les délires et les souffrances de l’aliénation mentale.

 

Le Moche (der Hässliche)

Marius von Mayenburg, né pour sa part en 1972, est un auteur allemand prolifique. Le personnage éponyme du Moche est un ingénieur qui vient de réaliser une invention susceptible de faire la fortune de son entreprise. Hélas, le jour où il s’apprête à aller présenter son invention dans un congrès professionnel, il apprend que son assistant ira à sa place. Incrédule, il découvre que cela vient de ce que son visage est si disgracieux qu’il ne pourrait que faire fuir les acheteurs potentiels. « Incrédule » car il ignorait sa laideur (?). Il se tourne vers la chirurgie esthétique et son visage en sort si beau que sa vie en est complètement changée…

L’argument de la pièce qui amène à réfléchir sur la laideur, la beauté, la chirurgie réparatrice, ce que cela fait (sur soi et sur les autres) de se transformer en un autre, est évidemment intéressant. Elle est montée par le collectif « 15000 cm² de peau », des jeunes comédiens pleins d’enthousiasme mis en scène par l’une des leurs. Le décor est réduit à presque rien : une table recouverte d’un drap blanc lors des scènes d’opération (il y en aura plusieurs, le chirurgien devenu célèbre après sa réussite exceptionnelle) ou d’une étoffe chatoyante pour la transformer en lit de palace lors des scènes d’amour (l’ingénieur devenu entretemps un sex symbol).

Partie de presque rien, un homme si laid qu’on n’ose pas le montrer, après la transformation de ce dernier en apollon l’histoire prend des proportions de plus en plus délirantes. On adhère ou pas. Selon nous, on aurait pu tirer de la métamorphose du héros autre chose que la farce vers laquelle s’oriente la pièce. A noter cependant le tableau final où transparaît une émotion qu’on n’attendait plus.

Avignon 2019 – 11 « Lewis versus Alice » de Macha Makeïeff (IN)

Qu’il semble loin le temps où Macha Makeïeff imaginait et mettait en scène les Deschiens avec Jérôme Déchamp ! Désormais directrice de la Criée à Marseille, son ambition est montée de plusieurs crans. Elle est d’ailleurs, cette année, la personnalité incontournable du festival d’Avignon puisqu’elle est simultanément commissaire de l’exposition Trouble fête, Collection curieuse et choses inquiètes à la maison Jean Vilar et qu’elle a participé, le 10 juillet, à l’hommage rendu à Agnès Varda.

La voici donc seule à la barre de la pièce qu’elle a consacrée à Lewis Carroll et à sa créature littéraire, la petite Alice. Quand on songe, encore une fois, aux Deschiens, on imagine une pièce où règneront, en totale adéquation avec le projet, l’humour et la fantaisie la plus débridée. Il n’en est rien, hélas! Enfin rien est trop fort car la fantaisie est bien présente dans la série de scénettes qui composent la pièce mais l’ensemble manquant de continuité, l’attention faiblit, on ne regarde plus que d’un œil. Quant à l’humour, il y en a bien aussi, fatalement, mais on a du mal à le repérer dans la mesure où l’un des deux comédiens qui interprètent Lewis Carroll s’exprime en français avec un accent si désagréable qu’on ne l’écoute que d’une oreille. En outre, une grande partie du texte, en particulier mais pas seulement celui des chansons, est en anglais sous-titré avec une grande parcimonie, condamnant de facto les non-anglophones à rater tous les grains d’humour qu’elle contient sans doute.

Alice_Liddell_par L Carroll (1858)

C’est dire notre déception ! Quel souvenir restera-t-il de cette tentative ? Un livre d’images avec des beaux masques animaliers (qui cependant ne parlent pas), une belle musique jouée et chantée sur scène. Le décor est presque minimaliste : une structure à un étage censée évoquer le presbytère où L. Carroll (en réalité Charles Lutwidge Dodgson, 1832-1898) a passé son enfance, à moins que les arcades ne soient plutôt là pour rappeler la vénérable université d’Oxford où il enseigna les mathématiques et la logique pendant toute sa carrière. Le décor est immuable (sinon pour avancer ou reculer quelque peu), alors qu’on attendait qu’il se transforme pour nous transporter « de l’autre côté du miroir ».

L. Carroll aimait les petites filles, a priori sans passer à d’autres actes que les photographier. Et Alice au pays des merveilles a d’abord été écrit pour l’une d’elles, Alice Liddell. Si ce dernier point est évoqué, il est loin d’être central. La bizarre histoire d’amour entre Lewis et Alice n’est pas contée dans Lewis vs Alice.

Par Selim Lander, , publié le 21/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 10 « On est sauvage comme on peut » du collectif Greta Goetz (OFF)

Le théâtre des Doms, dédié aux productions venues de Belgique, en dehors d’être situé dans un cadre agréable, à l’ombre du rocher des Doms, présente régulièrement une programmation intéressante. On est sauvage comme on peut est probablement la pièce la plus courue cette année, celle pour laquelle il est recommandé de réserver à l’avance. De fait, toute la première partie est très drôle. Nous sommes conviés à une sorte de banquet entre amis ou collaborateurs de la même entreprise. Les cinq sur la scène ne sont qu’une partie des convives. Deux hommes monopolisent la parole, l’un – secondé ou contredit par sa femme – s’efforce de raconter un reportage sur l’Antarctique qui l’a ému ; l’autre, très – trop – à l’aise, s’emploie au début à dégeler les convives puis se lance dans une explication de texte désopilante du roman Belle du seigneur.

Malheureusement, la pièce ne demeure pas sur ce registre, classique mais fort plaisant. Les comédiens auteurs-interprètes ont décidé en effet d’introduire une dose massive de surréalisme. Et là, force est de constater que le public suit moins. La demande loufoque de l’ami des manchots (de l’Antarctique) est si « grosse » qu’on ne croit pas que ce fil sera tiré jusqu’à la fin. Et pourtant si ! Nous aurons droit à la représentation de la manducation annoncée. L’apparition de l’homme aux manchots en tenue d’Adam soulèvera quelques rires, vite calmés tant la nudité (surtout masculine) est devenue de nos jours banale sur les scènes de théâtre.

On ne peut pas dire qu’on s’ennuie pendant la deuxième partie. Le sketch de la femme qui entreprend de confectionner un gâteau et se met à engloutir la pâte sans l’avoir fait cuire est incontestablement drôle. On demeure néanmoins devant une sensation d’inachèvement qui vient de ce que les comédiens-auteurs ont voulu trop en faire ou, dit autrement, mélanger des genres trop éloignés. On regrette qu’ils ne s’en soient pas tenus à celui du début, si brillamment servi.

L’un des cinq comédiens, réduit à un rôle muet, est en fait un musicien qui intervient à plusieurs reprises au clavecin, à l’accordéon et en tant que directeur du chœur à plusieurs voix formé par la petite troupe.

Par Selim Lander, , publié le 21/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 9 « Granma, les trombones de la Havane » de Stefan Kaegi (IN)

On peut pardonner beaucoup au théâtre documentaire, l’absence d’intrigue, la mise en scène rudimentaire, l’appel à des comédiens amateurs, s’il apporte des informations inédites ou, à défaut, s’il approfondit notre connaissance d’un sujet. Rien de tel ici, hélas ! Toute honnête personne qui lit régulièrement un grand quotidien connaît dans leurs grandes lignes la situation de Cuba et son histoire au moins depuis Batista et la Révolution castriste. Stefan Kaegi a choisi de nous raconter cela par la bouche de quatre jeunes Cubains qui évoquent – ou dialoguent avec, dans deux cas sur quatre – un grand parent qui a vécu la Révolution. Le grand-père de Daniel a organisé le transport des combattants sur le bateau Granma depuis le Mexique, en 1956, avant de devenir ministre de Fidel Castro. Le grand-père de Christian fut un soldat de l’armée cubaine en première ligne lors de l’affaire de la baie des Cochons puis en Angola. Diana vit avec sa grand-mère veuve d’un musicien professionnel. Enfin Milagro, descendante d’esclaves jamaïcains, vit également avec sa grand-mère. Ils sont diplômée d’histoire (Milagro), musicienne (Diana), traducteur sur internet (Daniel) ; Christian a renoncé à une carrière militaire et se cherche encore.

Soit. Sans doute y avait-il du croisement de ces récits de quoi faire un documentaire intéressant. Encore eût-il fallu approfondir la connaissance des personnages, nous faire entrer dans leur intimité. Prenons Christian et son grand-père par exemple. Ce n’est pas rien d’avoir fait la guerre, d’avoir blessé, tué sans doute d’autres hommes, ça ne laisse pas indemne, or le grand-père apparaît d’une seule pièce, débitant un discours martial et abstrait sans ciller. Quant à Christian, on ne sait pas vraiment pourquoi il a décidé de ne pas devenir soldat. Il en va malheureusement de même pour les autres personnages. Paradoxalement, puisqu’il s’agit de personnes réelles, ils demeurent schématiques.

Si les quatre sur scène montraient un certain charisme, cela pourrait peut-être laisser passer le vide de leurs récits. Il n’en est rien et ce n’est pas les intermèdes musicaux au trombone (d’où le sous-titre) ni la projection de bandes d’actualités, ni les petits montages vidéo avec des silhouettes en carton qui suffisent à nous tirer de l’ennui.

Stefan Kaegi est un metteur en scène suisse vivant à Berlin, membre du collectif Rimini Protokol.

Par Selim Lander, , publié le 21/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 8 « La Maison de thé » d’après Lao She (IN)

« L’événement » du IN a fait flop. Ce n’est pourtant pas faute de moyen. 19 comédiens, 3 musiciens électro-rock et surtout le décor en forme de carène d’un Airbus en cours de montage qui vous en met plein les yeux. Et l’on ne peut pas dire que la M.E.S manque d’imagination, à preuve cette séquence qui fait dialoguer trois squelettes géants. C’est la première fois qu’un spectacle chinois est invité dans le IN. Peut-être pour ça qu’on a mis les petits plats dans les grands. Même si, dans un éclair de clairvoyance, la programmatrice du festival, Agnès Troly, a obtenu de Meng Jinghui (M.E.S.) qu’il réduise la durée de cinq à trois heures. Mais c’est encore trop pour les spectateurs qui s’égrèneront vers la sortie sans attendre le clou de la pièce, quand la roue géante, enfin, se mettra à tourner.

Qui trop embrasse mal étreint. Meng Jinghui, né en 1965, est présenté comme un pionnier de l’avant-garde théâtrale chinoise tourné vers l’Occident dont il a monté plusieurs pièces. Si son idée d’entrelarder le texte de Lao She (1899-1966) avec des extraits de Dostoïevski, de Brecht et d’autres pouvait a priori se défendre, elle contribue surtout, a posteriori, à brouiller le propos. Même s’il semble que Lao She ait été éliminé pendant la Révolution culturelle, il fut un auteur célèbre dans son pays et sa pièce est une vaste fresque qui raconte l’histoire de la Chine à trois époques à travers les habitués d’une maison de thé pékinoise. Meng Jinghui l’a transformée en un patchwork de scénettes, souvent très bruyantes, y compris quand la musique n’y est pour rien, dont on perd rapidement le fil. Sans doute les surtitres n’aident-ils pas. Mais on a vu tant de pièces captivantes bien que surtitrées que ce ne peut être une explication suffisante.

Si l’on a eu la vaillance de rester jusqu’au bout, on sort épuisé de ce foutoir baroque, en regrettant que cette première chinoise dans le festival ne se soit pas révélée plus digeste.

 

Par Selim Lander, , publié le 17/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 7 « Tous mes rêves partent de la gare d’Austerlitz », « Solaris » (OFF)

Tous mes rêves partent de la gare d’Austerlitz de Mohamed Kacimi

Six jeunes femmes dans une bibliothèque qui se racontent, inventent des histoires, entreprennent de jouer On ne badine pas avec l’amour et même organisent un réveillon de Noël. Quoi de plus banal ? Sauf que nous nous trouvons à l’intérieur d’une prison de femmes, ce qui implique que les histoires ne seront pas tout à fait les mêmes que celles qu’on se raconte d’habitude et que les comportements ne seront pas non plus tout à fait les mêmes. Car si les prisonnières, comme le rappelle l’une d’elles, n’ont jamais « rien fait » – par principe – qui puisse les conduire en prison, il faut bien quand même qu’il se soit passé quelque chose. Mohamed Kacimi a animé des ateliers d’écriture dans la maison d’arrêt pour femmes de Fleury-Mérojis. Autant dire que sa pièce ne sort pas de nulle part.

Au début, la responsable de la bibliothèque, prisonnière elle aussi, se trouve avec celle qui lui sert plus ou moins d’assistante. Celle-ci lui raconte son rêve, quasi identique à celui de la nuit d’avant et des nuits précédentes : dans un train qu’elle a pris à la gare d’Austerlitz, elle a rencontré un prince charmant. D’où le titre. Les deux femmes sont sans cesse interrompues par d’autres prisonnières, par exemple celle qui s’est fait voler ses Nike toutes neuves. Le reste est à l’avenant : ça entre, ça sort, ça s’engeule, ça se réconforte. On rit beaucoup. La comédienne qui interprète Perdican dans la pièce de Musset est désopilante. Ce qui n’empêche pas la gravité. Le peu qu’on apprend sur le passé de ces femmes nous donne en effet amplement matière à méditer sur la cruauté de certains destins

Tous mes rêves partent de la gare d’Austerlitz fait salle pleine à Avignon et si une pièce mérite d’être sélectionnée parmi les coups de cœur du OFF, c’est bien celle-là. Les personnages débordent d’humanité et l’interprétation laisse pantois. Menée par Marjorie Nakache (qui incarne la bibliothécaire), les comédiennes donnent tout ce qu’elles ont et nous voulons croire que quelque chose comme la thébaïde cafouilleuse montrée sur le théâtre peut exister, y compris dans une prison.

 

Solaris d’après Stanisla Lem

Solaris, grâce au cinéma en particulier, est le roman le plus célèbre de Stanislas Lem (1921-2006). Il décrit les mésaventures de trois astronautes en orbite autour d’une mystérieuse planète couverte par un océan protoplasmique. Lorsque Kelvin arrive dans la station, un contact vient enfin d’être établi, à la suite de quoi son ami l’ingénieur Gibarian s’est suicidé. On comprend assez vite pourquoi mais la planète n’offre pas à tous le mêmes « choses » et Kelvin, pour sa part, se montre fort satisfait de celle qu’elle lui a donnée, qu’elle lui a « rendue », croit-il. Les deux autres astronautes qu’il a découvert en piteux état à son arrivée ne l’entendent pas ainsi ; ils ne veulent que rentrer sur terre.

La réussite de la pièce tient d’abord au décor de Benjamin Gabrié et Suzanne Barbaud, aux costumes qui nous replongent dans une SF du milieu du siècle dernier. Des demi-cylindres translucides représentent les capsules spatiales, un parallépipède dont on ne verra jamais l’intérieur évoque un laboratoire de la station, le tout pouvant se déplacer pour créer de nouvelles configurations… spatiales sur le plateau. Une fumée rouge apparaît de temps à autre, manifestant l’humeur (bonne ou mauvaise ?) de la planète.

Il faut encore saluer le casting, en particulier le choix de Quentin Voinot (l’ingénieur Snaut). Débraillé, bedaine à l’air, il nous fait immédiatement comprendre, quand il apparaît devant Kelvin fraîchement débarqué, que quelque chose ne tourne vraiment pas rond dans la station. La M.E.S est de Rémi Prin.

 

 

 

Avignon 2019 – 6 « Le jour où j’ai rencontré Duras », « Curé le jour, athée la nuit », « L’attrape dieux » (OFF)

Le jour où j’ai rencontré Duras de et avec Christian Lucas

Une rencontre émouvante, en effet, que celle de Christian Lucas avec « la » Duras, son idole alors âgée. Il l’a restituée dans un livre La Rencontre, Moi, Marguerite Duras et la mer et donc une pièce de théâtre, un di-logue dans lequel il interprète simultanément son propre personnage et celui de l’écrivaine. Cela commence par un homme seul devant un tas de chaises en désordre, des chaises qui seront bougées à plusieurs reprises, suivant divers agencements pour marquer la suite des tableaux : l’apparition de Duras à la première de la Pluie d’été en Bretagne ; le premier contact dans le bar d’un hôtel au Conquet ; les retrouvailles un peu ratées dans un théâtre parisien pour la reprise de la pièce.

Si la première partie, celle où l’auteur dit son admiration, peine à convaincre, il n’en est plus rien dès que Madame Duras s’incarne sur le plateau. La tête rentrée dans les épaules, les poignets qui se croisent et se recroisent, la voix, le phrasé, tout est là pour rendre cette évocation crédible.  Par ailleurs les mots qu’il lui met dans la bouche, tirés en particulier du livre Ecrire (entretiens avec Benoît Jacquot, 1993), sont les siens : « Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit », etc.

On n’imagine pas que des spectateurs ignorants de la littérature durassienne se précipite vers cette pièce. Par contre les autres, tous les amateurs de la prose unique de la magicienne de Neauphle-le-Château, seront comblés par ce tombeau intimiste, léger et pourtant révérencieux.

 

Curé le jour, athée la nuit d’après Jean Meslier

Michel Onfray a mis le curé Meslier à la mode. Il en fait le premier athée conséquent, sans doute à juste titre, si l’on considère l’ampleur de ses démonstrations contre les croyances religieuses.  Jean Meslier (1664-1729), curé du village d’Etrépigny dans les Ardennes, est vite revenu de la foi et des dogmes qu’on lui avait fait ingurgiter. Esprit éminemment rationnel, il n’a ni défroqué, ni publié des libelles pour exposer ses convictions. Peu doué pour le martyre, il est demeuré curé, disant la messe à sa façon, et se dévouant à ses pauvres, gardant ses idées pour lui ou plutôt pour ses écrits. Confiant dans la postérité, il a recopié à son intention de sa main au moins quatre exemplaires de son très volumineux Mémoire (plus de 1000 pages), à distribuer après son décès. Le dix-huitième siècle libertin l’a pillé, ôtant (beaucoup) par-ci, ajoutant (un peu) par-là. Cependant le texte original ne s’est pas perdu et c’est à partir de lui que Jean-François Jacobs a concocté une version scénique qu’il a lui-même mise en scène, choisissant pour l’interpréter Alexandre von Sivers, un monstre sacré du théâtre belge.

Le comédien revêtu d’une soutane noire a de la prestance et la voix qui porte. Il n’a pas de difficulté à se glisser dans la peau d’un doctrinaire, sans compter que la force de ses arguments est telle qu’on aurait du mal à le contredire, si l’envie nous en prenait. On aimerait beaucoup néanmoins avoir la réaction de spectateurs chrétiens (ou musulmans pour ceux que ça importe) à cette pièce. S’il y en avait dans la salle, ils ne se sont pas manifestés. Pourtant, on ne peut imaginer démonstration plus implacable de l’absurdité de toute foi religieuse, à commencer par celle en le(s) dieu(x) du Livre.

Les religions sont des inventions humaines, qui ont été échafaudées par des rusés politiques, puis multipliées par des imposteurs, ensuite reçues aveuglément par des ignorants, et puis enfin maintenues et autorisées par les lois des grands de la terre.

Il est vrai que les croyants (les “ignorants” de Meslier) ont une réponse toute faite : la foi ne s’explique pas !

La mise en scène nous fait passer de l’église du curé à l’humble réduit dans lequel il écrit. Des projections sur le fond de scène enrichissent quelque peu le décor avec des images de vitraux, du Christ en croix. Un musicien en coulisse intervient discrètement. Le texte est fort, le comédien imposant. Faut-il avouer pourtant que le résultat s’apparente davantage à une conférence qu’à une pièce de théâtre ? Une conférence qui intéresse nécessairement moins lorsqu’on a déjà soi-même réfléchi aux questions qui y sont évoquées et déjà conclus – grâce, il est vrai, aux fondements posés par Meslier et les philosophes des Lumières – à la folie de toutes les croyances religieuses.

 

L’Attrape dieux de et avec Laurent Robert et Thibault Pasquier

On ne saurait en dire autant de la fantaisie théologique des duettistes Robert et Pasquier. On rit beaucoup, en particulier au début très astucieusement conçu sur le modèle d’une fin de spectacle avec les saluts suivis d’une invite au public à discuter avec les artistes. Le tout interrompu à plusieurs reprises à cause d’un rond de lumière projeté sur la scène que l’on ne parvient pas à éteindre. De là à supposer qu’il s’agit d’une intervention divine, il n’y a qu’un pas vite franchi par Laurent, tandis que Thibault, au contraire, s’y refuse absolument. Faute de pouvoir régler leur dispute, ils y mêlent les spectateurs, partageant la salle entre les pour et les contre. La foi en un dieu des gens sérieux ou la liberté de l’artiste irresponsable, tel est le choix qui nous est proposé. Les deux jeunes comédiens sont sympathiques, on ne peut que les suivre, même lorsque Thibault se lance, au micro, dans des monologues plutôt abscons. L’absence de décor, en dehors d’une masse d’objets de théâtre qui jonchent le sol, colle bien avec une pièce volontairement bordélique. Tout au plus peut-on regretter que le propos ne devienne pas un peu plus substantiel. L’absurdité de la foi (cf. supra), les impasses de la liberté, tout cela qui est certes évoqué aurait pu donner lieu à des interrogations plus approfondies.