Avignon 2019 – 12 « 4.48 Psychose » de Sarah Kane, « Le Moche » de Marius von Mayenburg (OFF)

4.48 Psychose avec Cécile Fleury

Sarah Kane est née en 1971 à Brentwood (Sussex). A 24 ans, elle fait jouer sa première pièce. A 29 ans elle se suicide dans l’hôpital de King’s College (Londres), laissant derrière elle cinq pièces de théâtre et deux scénarios de courts métrages. 4.48 Psychose est la dernière de ses pièces, publiée après sa mort, et la plus souvent jouée, d’abord en raison du télescopage inédit de la réalité et de la fiction (elle raconte la folie et les tendances suicidaires d’une jeune femme), ensuite parce que le rôle ne peut que tenter toutes les comédiennes de l’extrême.

Mais la barre est placée si haut qu’on ne va pas voir la pièce sans appréhension. La comédienne saura-t-elle se hisser à une telle hauteur, saura-t-elle rendre crédible la folie de son personnage, sachant qu’elle est tenue par le texte de l’abandonner et de le reprendre sans aucune transition, puisqu’elle doit interpréter également la psychiatre qui tente, sans trop y croire elle-même, de la ramener à la raison ?

Balayez ces craintes, allez voir Cécile Fleury dans Psychose. Il reste encore une semaine pour vous rendre cette année au théâtre La Luna et l’on peut gager que cette création du festival d’Avignon 2019 sera proposée en tournées (ou c’est à désespérer des programmateurs) et qu’on la reverra ici.

Contrairement à nombre de mises en scène qui situent la pièce dans une chambre d’hôpital, le M.E.S. Yves Penay a choisi un lieu neutre meublé d’un banc, d’une chaise, d’une petite table, des meubles que la comédienne fera beaucoup bouger, illustrant l’instabilité psychique de son personnage. Mais Cécile Fleury ne se contente pas de déménager les meubles, elle bouge elle-même presque constamment, ne serait-ce que la tête ou les mains. Tantôt couchée de tout son long sur le banc, tantôt recroquevillée sur la chaise, tantôt à terre, couchée ou à quatre pattes, les cheveux essuyant le sol, elle enchaîne les mots du texte, discours délirants ou plaintes désespérées, avec une vérité confondante. Son apparence physique renforce la crédibilité du personnage. La manière dont elle se transforme pour passer du rôle de la malade mentale à la psychiatre est confondante.

Bref du très beau théâtre, la découverte d’un personnage, d’une personne (les deux ici se confondent), lequel ou laquelle demeure, par le talent de la comédienne, profondément humain(e), malgré les délires et les souffrances de l’aliénation mentale.

 

Le Moche (der Hässliche)

Marius von Mayenburg, né pour sa part en 1972, est un auteur allemand prolifique. Le personnage éponyme du Moche est un ingénieur qui vient de réaliser une invention susceptible de faire la fortune de son entreprise. Hélas, le jour où il s’apprête à aller présenter son invention dans un congrès professionnel, il apprend que son assistant ira à sa place. Incrédule, il découvre que cela vient de ce que son visage est si disgracieux qu’il ne pourrait que faire fuir les acheteurs potentiels. « Incrédule » car il ignorait sa laideur (?). Il se tourne vers la chirurgie esthétique et son visage en sort si beau que sa vie en est complètement changée…

L’argument de la pièce qui amène à réfléchir sur la laideur, la beauté, la chirurgie réparatrice, ce que cela fait (sur soi et sur les autres) de se transformer en un autre, est évidemment intéressant. Elle est montée par le collectif « 15000 cm² de peau », des jeunes comédiens pleins d’enthousiasme mis en scène par l’une des leurs. Le décor est réduit à presque rien : une table recouverte d’un drap blanc lors des scènes d’opération (il y en aura plusieurs, le chirurgien devenu célèbre après sa réussite exceptionnelle) ou d’une étoffe chatoyante pour la transformer en lit de palace lors des scènes d’amour (l’ingénieur devenu entretemps un sex symbol).

Partie de presque rien, un homme si laid qu’on n’ose pas le montrer, après la transformation de ce dernier en apollon l’histoire prend des proportions de plus en plus délirantes. On adhère ou pas. Selon nous, on aurait pu tirer de la métamorphose du héros autre chose que la farce vers laquelle s’oriente la pièce. A noter cependant le tableau final où transparaît une émotion qu’on n’attendait plus.

Avignon 2019 – 11 « Lewis versus Alice » de Macha Makeïeff (IN)

Qu’il semble loin le temps où Macha Makeïeff imaginait et mettait en scène les Deschiens avec Jérôme Déchamp ! Désormais directrice de la Criée à Marseille, son ambition est montée de plusieurs crans. Elle est d’ailleurs, cette année, la personnalité incontournable du festival d’Avignon puisqu’elle est simultanément commissaire de l’exposition Trouble fête, Collection curieuse et choses inquiètes à la maison Jean Vilar et qu’elle a participé, le 10 juillet, à l’hommage rendu à Agnès Varda.

La voici donc seule à la barre de la pièce qu’elle a consacrée à Lewis Carroll et à sa créature littéraire, la petite Alice. Quand on songe, encore une fois, aux Deschiens, on imagine une pièce où règneront, en totale adéquation avec le projet, l’humour et la fantaisie la plus débridée. Il n’en est rien, hélas! Enfin rien est trop fort car la fantaisie est bien présente dans la série de scénettes qui composent la pièce mais l’ensemble manquant de continuité, l’attention faiblit, on ne regarde plus que d’un œil. Quant à l’humour, il y en a bien aussi, fatalement, mais on a du mal à le repérer dans la mesure où l’un des deux comédiens qui interprètent Lewis Carroll s’exprime en français avec un accent si désagréable qu’on ne l’écoute que d’une oreille. En outre, une grande partie du texte, en particulier mais pas seulement celui des chansons, est en anglais sous-titré avec une grande parcimonie, condamnant de facto les non-anglophones à rater tous les grains d’humour qu’elle contient sans doute.

Alice_Liddell_par L Carroll (1858)

C’est dire notre déception ! Quel souvenir restera-t-il de cette tentative ? Un livre d’images avec des beaux masques animaliers (qui cependant ne parlent pas), une belle musique jouée et chantée sur scène. Le décor est presque minimaliste : une structure à un étage censée évoquer le presbytère où L. Carroll (en réalité Charles Lutwidge Dodgson, 1832-1898) a passé son enfance, à moins que les arcades ne soient plutôt là pour rappeler la vénérable université d’Oxford où il enseigna les mathématiques et la logique pendant toute sa carrière. Le décor est immuable (sinon pour avancer ou reculer quelque peu), alors qu’on attendait qu’il se transforme pour nous transporter « de l’autre côté du miroir ».

L. Carroll aimait les petites filles, a priori sans passer à d’autres actes que les photographier. Et Alice au pays des merveilles a d’abord été écrit pour l’une d’elles, Alice Liddell. Si ce dernier point est évoqué, il est loin d’être central. La bizarre histoire d’amour entre Lewis et Alice n’est pas contée dans Lewis vs Alice.

Par Selim Lander, , publié le 21/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 10 « On est sauvage comme on peut » du collectif Greta Goetz (OFF)

Le théâtre des Doms, dédié aux productions venues de Belgique, en dehors d’être situé dans un cadre agréable, à l’ombre du rocher des Doms, présente régulièrement une programmation intéressante. On est sauvage comme on peut est probablement la pièce la plus courue cette année, celle pour laquelle il est recommandé de réserver à l’avance. De fait, toute la première partie est très drôle. Nous sommes conviés à une sorte de banquet entre amis ou collaborateurs de la même entreprise. Les cinq sur la scène ne sont qu’une partie des convives. Deux hommes monopolisent la parole, l’un – secondé ou contredit par sa femme – s’efforce de raconter un reportage sur l’Antarctique qui l’a ému ; l’autre, très – trop – à l’aise, s’emploie au début à dégeler les convives puis se lance dans une explication de texte désopilante du roman Belle du seigneur.

Malheureusement, la pièce ne demeure pas sur ce registre, classique mais fort plaisant. Les comédiens auteurs-interprètes ont décidé en effet d’introduire une dose massive de surréalisme. Et là, force est de constater que le public suit moins. La demande loufoque de l’ami des manchots (de l’Antarctique) est si « grosse » qu’on ne croit pas que ce fil sera tiré jusqu’à la fin. Et pourtant si ! Nous aurons droit à la représentation de la manducation annoncée. L’apparition de l’homme aux manchots en tenue d’Adam soulèvera quelques rires, vite calmés tant la nudité (surtout masculine) est devenue de nos jours banale sur les scènes de théâtre.

On ne peut pas dire qu’on s’ennuie pendant la deuxième partie. Le sketch de la femme qui entreprend de confectionner un gâteau et se met à engloutir la pâte sans l’avoir fait cuire est incontestablement drôle. On demeure néanmoins devant une sensation d’inachèvement qui vient de ce que les comédiens-auteurs ont voulu trop en faire ou, dit autrement, mélanger des genres trop éloignés. On regrette qu’ils ne s’en soient pas tenus à celui du début, si brillamment servi.

L’un des cinq comédiens, réduit à un rôle muet, est en fait un musicien qui intervient à plusieurs reprises au clavecin, à l’accordéon et en tant que directeur du chœur à plusieurs voix formé par la petite troupe.

Par Selim Lander, , publié le 21/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 9 « Granma, les trombones de la Havane » de Stefan Kaegi (IN)

On peut pardonner beaucoup au théâtre documentaire, l’absence d’intrigue, la mise en scène rudimentaire, l’appel à des comédiens amateurs, s’il apporte des informations inédites ou, à défaut, s’il approfondit notre connaissance d’un sujet. Rien de tel ici, hélas ! Toute honnête personne qui lit régulièrement un grand quotidien connaît dans leurs grandes lignes la situation de Cuba et son histoire au moins depuis Batista et la Révolution castriste. Stefan Kaegi a choisi de nous raconter cela par la bouche de quatre jeunes Cubains qui évoquent – ou dialoguent avec, dans deux cas sur quatre – un grand parent qui a vécu la Révolution. Le grand-père de Daniel a organisé le transport des combattants sur le bateau Granma depuis le Mexique, en 1956, avant de devenir ministre de Fidel Castro. Le grand-père de Christian fut un soldat de l’armée cubaine en première ligne lors de l’affaire de la baie des Cochons puis en Angola. Diana vit avec sa grand-mère veuve d’un musicien professionnel. Enfin Milagro, descendante d’esclaves jamaïcains, vit également avec sa grand-mère. Ils sont diplômée d’histoire (Milagro), musicienne (Diana), traducteur sur internet (Daniel) ; Christian a renoncé à une carrière militaire et se cherche encore.

Soit. Sans doute y avait-il du croisement de ces récits de quoi faire un documentaire intéressant. Encore eût-il fallu approfondir la connaissance des personnages, nous faire entrer dans leur intimité. Prenons Christian et son grand-père par exemple. Ce n’est pas rien d’avoir fait la guerre, d’avoir blessé, tué sans doute d’autres hommes, ça ne laisse pas indemne, or le grand-père apparaît d’une seule pièce, débitant un discours martial et abstrait sans ciller. Quant à Christian, on ne sait pas vraiment pourquoi il a décidé de ne pas devenir soldat. Il en va malheureusement de même pour les autres personnages. Paradoxalement, puisqu’il s’agit de personnes réelles, ils demeurent schématiques.

Si les quatre sur scène montraient un certain charisme, cela pourrait peut-être laisser passer le vide de leurs récits. Il n’en est rien et ce n’est pas les intermèdes musicaux au trombone (d’où le sous-titre) ni la projection de bandes d’actualités, ni les petits montages vidéo avec des silhouettes en carton qui suffisent à nous tirer de l’ennui.

Stefan Kaegi est un metteur en scène suisse vivant à Berlin, membre du collectif Rimini Protokol.

Par Selim Lander, , publié le 21/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 8 « La Maison de thé » d’après Lao She (IN)

« L’événement » du IN a fait flop. Ce n’est pourtant pas faute de moyen. 19 comédiens, 3 musiciens électro-rock et surtout le décor en forme de carène d’un Airbus en cours de montage qui vous en met plein les yeux. Et l’on ne peut pas dire que la M.E.S manque d’imagination, à preuve cette séquence qui fait dialoguer trois squelettes géants. C’est la première fois qu’un spectacle chinois est invité dans le IN. Peut-être pour ça qu’on a mis les petits plats dans les grands. Même si, dans un éclair de clairvoyance, la programmatrice du festival, Agnès Troly, a obtenu de Meng Jinghui (M.E.S.) qu’il réduise la durée de cinq à trois heures. Mais c’est encore trop pour les spectateurs qui s’égrèneront vers la sortie sans attendre le clou de la pièce, quand la roue géante, enfin, se mettra à tourner.

Qui trop embrasse mal étreint. Meng Jinghui, né en 1965, est présenté comme un pionnier de l’avant-garde théâtrale chinoise tourné vers l’Occident dont il a monté plusieurs pièces. Si son idée d’entrelarder le texte de Lao She (1899-1966) avec des extraits de Dostoïevski, de Brecht et d’autres pouvait a priori se défendre, elle contribue surtout, a posteriori, à brouiller le propos. Même s’il semble que Lao She ait été éliminé pendant la Révolution culturelle, il fut un auteur célèbre dans son pays et sa pièce est une vaste fresque qui raconte l’histoire de la Chine à trois époques à travers les habitués d’une maison de thé pékinoise. Meng Jinghui l’a transformée en un patchwork de scénettes, souvent très bruyantes, y compris quand la musique n’y est pour rien, dont on perd rapidement le fil. Sans doute les surtitres n’aident-ils pas. Mais on a vu tant de pièces captivantes bien que surtitrées que ce ne peut être une explication suffisante.

Si l’on a eu la vaillance de rester jusqu’au bout, on sort épuisé de ce foutoir baroque, en regrettant que cette première chinoise dans le festival ne se soit pas révélée plus digeste.

 

Par Selim Lander, , publié le 17/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 7 « Tous mes rêves partent de la gare d’Austerlitz », « Solaris » (OFF)

Tous mes rêves partent de la gare d’Austerlitz de Mohamed Kacimi

Six jeunes femmes dans une bibliothèque qui se racontent, inventent des histoires, entreprennent de jouer On ne badine pas avec l’amour et même organisent un réveillon de Noël. Quoi de plus banal ? Sauf que nous nous trouvons à l’intérieur d’une prison de femmes, ce qui implique que les histoires ne seront pas tout à fait les mêmes que celles qu’on se raconte d’habitude et que les comportements ne seront pas non plus tout à fait les mêmes. Car si les prisonnières, comme le rappelle l’une d’elles, n’ont jamais « rien fait » – par principe – qui puisse les conduire en prison, il faut bien quand même qu’il se soit passé quelque chose. Mohamed Kacimi a animé des ateliers d’écriture dans la maison d’arrêt pour femmes de Fleury-Mérojis. Autant dire que sa pièce ne sort pas de nulle part.

Au début, la responsable de la bibliothèque, prisonnière elle aussi, se trouve avec celle qui lui sert plus ou moins d’assistante. Celle-ci lui raconte son rêve, quasi identique à celui de la nuit d’avant et des nuits précédentes : dans un train qu’elle a pris à la gare d’Austerlitz, elle a rencontré un prince charmant. D’où le titre. Les deux femmes sont sans cesse interrompues par d’autres prisonnières, par exemple celle qui s’est fait voler ses Nike toutes neuves. Le reste est à l’avenant : ça entre, ça sort, ça s’engeule, ça se réconforte. On rit beaucoup. La comédienne qui interprète Perdican dans la pièce de Musset est désopilante. Ce qui n’empêche pas la gravité. Le peu qu’on apprend sur le passé de ces femmes nous donne en effet amplement matière à méditer sur la cruauté de certains destins

Tous mes rêves partent de la gare d’Austerlitz fait salle pleine à Avignon et si une pièce mérite d’être sélectionnée parmi les coups de cœur du OFF, c’est bien celle-là. Les personnages débordent d’humanité et l’interprétation laisse pantois. Menée par Marjorie Nakache (qui incarne la bibliothécaire), les comédiennes donnent tout ce qu’elles ont et nous voulons croire que quelque chose comme la thébaïde cafouilleuse montrée sur le théâtre peut exister, y compris dans une prison.

 

Solaris d’après Stanisla Lem

Solaris, grâce au cinéma en particulier, est le roman le plus célèbre de Stanislas Lem (1921-2006). Il décrit les mésaventures de trois astronautes en orbite autour d’une mystérieuse planète couverte par un océan protoplasmique. Lorsque Kelvin arrive dans la station, un contact vient enfin d’être établi, à la suite de quoi son ami l’ingénieur Gibarian s’est suicidé. On comprend assez vite pourquoi mais la planète n’offre pas à tous le mêmes « choses » et Kelvin, pour sa part, se montre fort satisfait de celle qu’elle lui a donnée, qu’elle lui a « rendue », croit-il. Les deux autres astronautes qu’il a découvert en piteux état à son arrivée ne l’entendent pas ainsi ; ils ne veulent que rentrer sur terre.

La réussite de la pièce tient d’abord au décor de Benjamin Gabrié et Suzanne Barbaud, aux costumes qui nous replongent dans une SF du milieu du siècle dernier. Des demi-cylindres translucides représentent les capsules spatiales, un parallépipède dont on ne verra jamais l’intérieur évoque un laboratoire de la station, le tout pouvant se déplacer pour créer de nouvelles configurations… spatiales sur le plateau. Une fumée rouge apparaît de temps à autre, manifestant l’humeur (bonne ou mauvaise ?) de la planète.

Il faut encore saluer le casting, en particulier le choix de Quentin Voinot (l’ingénieur Snaut). Débraillé, bedaine à l’air, il nous fait immédiatement comprendre, quand il apparaît devant Kelvin fraîchement débarqué, que quelque chose ne tourne vraiment pas rond dans la station. La M.E.S est de Rémi Prin.

 

 

 

Avignon 2019 – 6 « Le jour où j’ai rencontré Duras », « Curé le jour, athée la nuit », « L’attrape dieux » (OFF)

Le jour où j’ai rencontré Duras de et avec Christian Lucas

Une rencontre émouvante, en effet, que celle de Christian Lucas avec « la » Duras, son idole alors âgée. Il l’a restituée dans un livre La Rencontre, Moi, Marguerite Duras et la mer et donc une pièce de théâtre, un di-logue dans lequel il interprète simultanément son propre personnage et celui de l’écrivaine. Cela commence par un homme seul devant un tas de chaises en désordre, des chaises qui seront bougées à plusieurs reprises, suivant divers agencements pour marquer la suite des tableaux : l’apparition de Duras à la première de la Pluie d’été en Bretagne ; le premier contact dans le bar d’un hôtel au Conquet ; les retrouvailles un peu ratées dans un théâtre parisien pour la reprise de la pièce.

Si la première partie, celle où l’auteur dit son admiration, peine à convaincre, il n’en est plus rien dès que Madame Duras s’incarne sur le plateau. La tête rentrée dans les épaules, les poignets qui se croisent et se recroisent, la voix, le phrasé, tout est là pour rendre cette évocation crédible.  Par ailleurs les mots qu’il lui met dans la bouche, tirés en particulier du livre Ecrire (entretiens avec Benoît Jacquot, 1993), sont les siens : « Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit », etc.

On n’imagine pas que des spectateurs ignorants de la littérature durassienne se précipite vers cette pièce. Par contre les autres, tous les amateurs de la prose unique de la magicienne de Neauphle-le-Château, seront comblés par ce tombeau intimiste, léger et pourtant révérencieux.

 

Curé le jour, athée la nuit d’après Jean Meslier

Michel Onfray a mis le curé Meslier à la mode. Il en fait le premier athée conséquent, sans doute à juste titre, si l’on considère l’ampleur de ses démonstrations contre les croyances religieuses.  Jean Meslier (1664-1729), curé du village d’Etrépigny dans les Ardennes, est vite revenu de la foi et des dogmes qu’on lui avait fait ingurgiter. Esprit éminemment rationnel, il n’a ni défroqué, ni publié des libelles pour exposer ses convictions. Peu doué pour le martyre, il est demeuré curé, disant la messe à sa façon, et se dévouant à ses pauvres, gardant ses idées pour lui ou plutôt pour ses écrits. Confiant dans la postérité, il a recopié à son intention de sa main au moins quatre exemplaires de son très volumineux Mémoire (plus de 1000 pages), à distribuer après son décès. Le dix-huitième siècle libertin l’a pillé, ôtant (beaucoup) par-ci, ajoutant (un peu) par-là. Cependant le texte original ne s’est pas perdu et c’est à partir de lui que Jean-François Jacobs a concocté une version scénique qu’il a lui-même mise en scène, choisissant pour l’interpréter Alexandre von Sivers, un monstre sacré du théâtre belge.

Le comédien revêtu d’une soutane noire a de la prestance et la voix qui porte. Il n’a pas de difficulté à se glisser dans la peau d’un doctrinaire, sans compter que la force de ses arguments est telle qu’on aurait du mal à le contredire, si l’envie nous en prenait. On aimerait beaucoup néanmoins avoir la réaction de spectateurs chrétiens (ou musulmans pour ceux que ça importe) à cette pièce. S’il y en avait dans la salle, ils ne se sont pas manifestés. Pourtant, on ne peut imaginer démonstration plus implacable de l’absurdité de toute foi religieuse, à commencer par celle en le(s) dieu(x) du Livre.

Les religions sont des inventions humaines, qui ont été échafaudées par des rusés politiques, puis multipliées par des imposteurs, ensuite reçues aveuglément par des ignorants, et puis enfin maintenues et autorisées par les lois des grands de la terre.

Il est vrai que les croyants (les “ignorants” de Meslier) ont une réponse toute faite : la foi ne s’explique pas !

La mise en scène nous fait passer de l’église du curé à l’humble réduit dans lequel il écrit. Des projections sur le fond de scène enrichissent quelque peu le décor avec des images de vitraux, du Christ en croix. Un musicien en coulisse intervient discrètement. Le texte est fort, le comédien imposant. Faut-il avouer pourtant que le résultat s’apparente davantage à une conférence qu’à une pièce de théâtre ? Une conférence qui intéresse nécessairement moins lorsqu’on a déjà soi-même réfléchi aux questions qui y sont évoquées et déjà conclus – grâce, il est vrai, aux fondements posés par Meslier et les philosophes des Lumières – à la folie de toutes les croyances religieuses.

 

L’Attrape dieux de et avec Laurent Robert et Thibault Pasquier

On ne saurait en dire autant de la fantaisie théologique des duettistes Robert et Pasquier. On rit beaucoup, en particulier au début très astucieusement conçu sur le modèle d’une fin de spectacle avec les saluts suivis d’une invite au public à discuter avec les artistes. Le tout interrompu à plusieurs reprises à cause d’un rond de lumière projeté sur la scène que l’on ne parvient pas à éteindre. De là à supposer qu’il s’agit d’une intervention divine, il n’y a qu’un pas vite franchi par Laurent, tandis que Thibault, au contraire, s’y refuse absolument. Faute de pouvoir régler leur dispute, ils y mêlent les spectateurs, partageant la salle entre les pour et les contre. La foi en un dieu des gens sérieux ou la liberté de l’artiste irresponsable, tel est le choix qui nous est proposé. Les deux jeunes comédiens sont sympathiques, on ne peut que les suivre, même lorsque Thibault se lance, au micro, dans des monologues plutôt abscons. L’absence de décor, en dehors d’une masse d’objets de théâtre qui jonchent le sol, colle bien avec une pièce volontairement bordélique. Tout au plus peut-on regretter que le propos ne devienne pas un peu plus substantiel. L’absurdité de la foi (cf. supra), les impasses de la liberté, tout cela qui est certes évoqué aurait pu donner lieu à des interrogations plus approfondies.

 

 

Avignon 2019 – 5 « Nous, l’Europe, banquet des peuples » d’après Laurent Gaudé (IN)

Cette pièce sera-t-elle le « sommet » de l’édition 2019 du IN ? C’est trop tôt pour le dire mais il est incontestable que les moyens mis à la disposition de Roland Auzet (M.E.S.) sont employés au mieux. Des moyens impressionnants à considérer le nombre des personnes présentes sur la scène : 11 comédiens, le chœur de l’Opéra du Grand Avignon et sa maîtrise, plus un batteur et un caméraman. Sans compter l’intervention, proche de la fin, d’un « grand témoin » en la personne, le 13 juillet, d’un ancien directeur général de la Commission européenne, Eneko Landaburd, éloquent. Tout cela fait sinon un spectacle « total », du moins une pièce impressionnante mêlant la musique au jeu des acteurs. Des acteurs en majorité étrangers mais connaissant parfaitement le français, ce qui permet des jeux intéressants entre les langues. Le texte dit dans une autre langue étant traduit en français soit simultanément en surtitres, soit consécutivement par un autre comédien. Des acteurs souvent musiciens, dont un contre-ténor (dont nous n’avons pas perçu l’origine) et une « rockeuse » (allemande), ainsi qu’une comédienne-danseuse (grecque).

Le décor est constitué par un grand mur blanc (qui fait presque toute la largeur de la scène imposante de la cour du lycée Saint-Joseph), mobile dans tous les sens si bien qu’on en verra un moment l’envers. A la fin – ou presque – il sera couvert de graffitis, de dessins en rouge et en noir par les comédiens qui se draperont ensuite dans le papier, formant ainsi un tableau saisissant, avant de s’en défaire. Au départ, le mur est au fond et la scène couverte de matelas alignés au cordeau. Ces matelas deviendront des pierres tombales dressées contre le mur puis le mur avançant, ils formeront un tas, un tas sur lequel la comédienne-danseuse juchée en haut du mur se laissera choir. La mise en scène ménage peu d’images comme celles-là mais elles sont saisissantes.

Faut-il ajouter que le texte-poème de Laurent Gaudé ne compte pas pour rien dans la réussite de la pièce.  On peut en juger par un court extrait à destination de nos lecteurs soixante-huitards :

On dira qu’historiquement parlant,
ce n’était pas grand-chose,
un mouvement minoritaire de jeunes gens privilégiés qui s’amusent
à croire qu’ils font la révolution,
Et on se trompe.
L’Europe écoute sa jeunesse, La trouve échevelée, Bruyante,
Un peu prétentieuse parfois, Parce qu’elle aime théoriser,
Mais aussi danser,
Faire l’amour,

Ou du moins en parler.

Le texte n’est pas toujours aussi lénifiant. Il est même plutôt dur, ne cachant rien de la violence sur laquelle nous nous sommes construits. A commencer par la révolution industrielle :

L’humanité plonge à corps perdu dans la production.
Il faut creuser la terre,
Extraire le minerai,
L’Angleterre est reine du charbon
Et la Wallonie aussi.
Gueules noires pour que la lumière envahisse la nuit.
Ça commence là,
avec ces machines à engloutir du charbon de bois,
Ou dans ces explosions de roche brisée en mille morceaux par un bâton de dynamite…

Le texte de Gaudé est entrecoupé de monologues ou de dialogues à l’instar de l’interrogatoire, repris à trois reprises entre un aspirant au statut de réfugié et la personne chargée de monter son dossier.

La musique lyrique ou rockeuse apporte également une respiration essentielle dans une pièce à la tonalité plutôt grave.

 

 

Par Selim Lander, , publié le 14/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 4 “Nous le peuple européen”, “Burnout” (OFF)

Nous le peuple européen, six personnages en quête d’Europe de Catherine Guibourg

Qu’est-ce que le théâtre politique ? Un théâtre militant qui cherche à mobiliser le spectateur pour une cause précise. Il peut instruire, distraire, émouvoir, faire rire mais ces différents résultats ne sont pas recherchés pour eux-mêmes contrairement aux théâtre tragique, dramatique ou comique ; ils ne sont que des instruments en vue d’inciter les spectateurs à intervenir dans la Cité à telle ou telle fin. Le théâtre n’est pas le moyen le plus sûr pour y parvenir. Souvent, il n’a d’autre effet que de conforter dans leur conviction des spectateurs déjà persuadés de la justesse de la cause. Mais il est également possible, même si c’est plus rare, qu’une pièce en conduise certains des plus réticents à changer d’opinion. Car si le théâtre n’a pas n’a pas la possibilité d’embrigader, il peut au moins émanciper (1). Enfin, ce n’est pas parce que le théâtre politique ne pousse pas obligatoirement à l’action qu’il n’y parvient jamais.

Le théâtre politique ne manque donc pas de justification. Ainsi, face à la crise que traverse aujourd’hui l’idéal européen, une pièce comme Nous le peuple européen apparaît-elle particulièrement opportune. Inutile de s’étendre sur les manifestations de cette crise : le Brexit, l’attitude des pays du groupe de Visegrad et celle, qui n’en est pas loin, de l’Italie de Matteo Salvini. Le repli nationaliste de tous ces pays fait obstacle à l’affirmation institutionnelle de l’Europe au moment où le besoin d’une Europe forte se fait pourtant sentir face à l’Amérique de Trump, la Russie de Poutine et, last but not least, la Chine de Xi Jinping.

La pièce de Catherine Guibourg met en scène six jeunes adultes dont cinq europhiles et un Flamand qui apporte le contre-point nationaliste. En tout état de cause des jeunes concernés par la politique et désireux d’en débattre. Si les partisans de l’Europe (vraiment) unie ne sont pas d’accord sur tout et en particulier sur le pays qui peut revendiquer la paternité de l’idée européenne, ils s’entendront à la fin sur la nécessité d’une fédération et se mettront à en rédiger la constitution. Mais l’essentiel n’est pas là, il est dans des dialogues qui permettent de faire ressortir la richesse d’une Union qui mêle les langues et les cultures, sans cacher ce qui divise, les préjugés liés aux guerres passées, les plaies laissées par le nazisme et son souvenir, les élargissements successifs, la question de l’immigration…

Une scène remet face à face le Flamand et la Française qui se sont connus plus jeunes. Pierre est devenu un leader nationaliste tandis que France est une citoyenne du Monde en plus d’être une Européenne convaincue. Leur affrontement fait toucher du doigt combien certaines divergences peuvent être difficiles à réduire. Les scènes de groupe sont entrecoupées par des chants en diverses langues tandis que l’Espagnole esquisse quelques figures de flamenco, des intermèdes pour rendre plus concret l’avantage d’appartenir à une communauté plurielle.

Que tous les citoyens, jeunes ou moins jeunes, préoccupés par l’état actuel du monde et de l’Europe, se précipitent vers Nous le peuple européen. Ils y trouveront des raisons de ne pas désespérer.

 

Burnout d’Alexandra Badea

Une pièce sur la vie des forçats de l’entreprise moderne soumis aux injonctions des chefs, les exigences de rendement et qui en viennent pour les satisfaire à oublier de vivre. Et à passer sur la compassion la plus élémentaire. Quand on veut réussir, on ne s’embarrasse pas de tels principes. Qui veut la fin veut les moyens : c’est le seul qui vaille !

La pièce met en scène deux personnages, deux archétypes. Elle veut à tout prix réussir et sacrifie tout à son ambition. Toute sa vie est organisée par le travail, jusqu’à ses repas conçus pour emmagasiner les calories tout juste nécessaires le plus rapidement possible. Son bureau est couvert de post-it dont les couleurs marquent l’urgence respective. On ne voit rien de tout cela, tout est raconté, mais avec une telle efficacité que l’on s’y croirait. Quant à Lui, il est responsable des ressources humaines dans une grande entreprise et passe son temps à noter le personnel. Au début ils se racontent avec la fierté du travail bien accompli. Grâce à ses efforts elle s’estime en droit de se considérer excellente. Idem pour lui qui ne met pas en doute sa compétence à s’évaluer comme à évaluer les autres.

Ce début est extrêmement brillant à la fois à cause du texte, lancinant, et de la manière dont les deux comédiens (Hélène Tisserand et Pierre-Marie Paturel) sont capables d’interpréter les monologues qui se succèdent sans se rejoindre, sur un rythme accéléré, avec un débit parfait et toute la prestance qui convient à deux individus fiers et décidés. Après, évidemment, les choses se déglinguent, le burnout annoncé survient d’abord chez l’une qui craque, et on la comprend, au moment où elle découvre que sa performance est jugée simplement « remarquable », elle qui visait la catégorie « supérieure » et même « excellente », puis chez l’autre, forcé de convenir qu’il ne cesse de tricher pour satisfaire ses supérieurs, et qui finit, lui aussi, par ne plus supporter sa situation.

Comment finir une telle pièce ? En rester là, malgré la virtuosité du texte, serait un peu court et trop prévisible. Marie Denys, qui assure la M.E.S. a choisi de nous faire basculer dans un univers onirique, sans parole, où règnent la musique et la projection d’images abstraites propres à nous dépayser. Les deux comédiens ont quitté leurs tenues de cadre. Il est maintenant torse nu, elle a les jambes nues, ils ont dénoué leurs cheveux. Ils créent eux-mêmes des effets de lumière avec des projecteurs, des petites lampes bleues. En agitant un immense voile, très léger, ils créent les vagues de l’océan… Nous sommes ramenés en un temps primordial ou peut-être, au contraire, projetés dans un futur où l’humanité se serait débarrassée – volens nolens – de ses artifices.

 

(1) Jacques Rancière, Le Spectateur émancipé, La Fabrique, 2008 et Selim Lander, “le théâtre et ses spectateurs”, Esprit, mars-avril 2014.

Par Selim Lander, , publié le 13/07/2019 | Comments (0)
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Avignon 2019 – 3 “£¥€$” (Lies) par Ontroerend Goed (IN)

Le collectif Ontroerend Goed basé à Gand (Belgique flamande) s’attache à bâtir des spectacles interactifs qui confrontent le public aux réalités du monde. Avec £¥€$ (une manière d’écrire Lies, « mensonges » en anglais), la troupe dirigée par Alexander Devriendt s’attaque au capitalisme financier, celui qui conduisit à la catastrophe de 2008… avant la prochaine. Pour ce faire, 84 spectateurs sont répartis par sept autour de tables en demi-lune (chacune pouvant représenter un pays). A chaque table officie un comédien, mi croupier, mi maître de jeu. Chaque spectateur est dans la peau d’un banquier qui se trouve conduit à effectuer des opérations de plus en plus risquées. Le jeu est conçu de telle sorte, en effet, que l’on glisse sans s’en rendre compte du placement raisonnable au niveau de la mise comme des gains attendus à la spéculation la plus débridée. On y est encouragé par le croupier qui propose des placements tentants sans que l’on soit en mesure de mesurer les risques. Au début, on se contente de jouer aux dés, chaque mise est faible, comme le gain, mais la probabilité est en faveur du parieur. Ce n’est qu’une mise en jambe ! Très vite la mise augmente et la probabilité de gagner diminue. On n’est pas obligé d’augmenter sa mise mais on y est entraîné par la mécanique diabolique du jeu et l’habile discours du croupier. Il n’y a pas que les dés. Avec ses gains, on peut acheter des obligations à bas prix qu’on nous présente comme des titres dont le cours augmentera de façon quasi-certaine. D’autres instruments financiers sont introduits. La banque centrale fournit du crédit à la demande. Tout paraît si facile.

Pendant ce temps les autres tables jouent également et les performances de toutes les tables (le « risque pays » en quelque sorte) sont notées de A à C. Vient le moment où le croupier nous encourage à nous débarrasser des obligations les plus risquées (notées C). Comme tous en font autant, on assiste alors à une « panique » du marché, tous les croupiers, mandatés pour vendre des obligations que personne ne veut racheter courant d’une table à l’autre. Les secteurs financiers des pays les moins cotées font faillite, entraînant par ricochet la faillite des autres qui se retrouvent avec des titres sans valeur (voir la crise des subprimes).

Tout cela est incontestablement bien mené. Chaque spectateur-joueur est dans l’incapacité de comprendre exactement ce qui se passe. Il se laisse entraîner dans des opérations dont il ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants et finit par sombrer sans savoir comment. Ce qui est exactement ce qui se produit dans la réalité. Les patrons des banques ruinées par les subprimes n’étaient manifestement pas tous au courant de ce que manigançaient leurs opérateurs dans les salles de marché.

Seul défaut du jeu : la plupart des banques individuelles (celles des spectateurs) d’une table peuvent se retrouver en réalité avec un solde positif par rapport à la mise initiale alors que le système financier du pays est globalement en faillite, et lourdement. En dépit de cette contradiction qui ne sera pas éclaircie (il faudrait mieux faire ressortir le fonctionnement des banques centrales), on sort de cette « séance » édifié quant à la facilité avec laquelle un individu ordinaire peut se trouver entraîner dans des spéculations totalement déraisonnables !

 

 

 

Par Selim Lander, , publié le 12/07/2019 | Comments (0)
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