*En ce mercredi 12 août 2026, on retrouve dans le parc de Florans le même orchestre que la veille, toujours dirigé par le même chef.
On retrouve aussi les 2 grands compositeurs, que sont Mendelssohn et Chopin, pour leurs 2èmes concertos pour piano.
Seuls les solistes invités changent :
-Pietro De Maria jouera le concerto de Mendelssohn
-Jonathan Fournel celui de Chopin
Un invité de marque au programme, William Shakespeare, dont le Songe d’une Nuit d’Été a inspiré Mendelssohn, et Hamlet, Niels Gade.
En effet, le Sinfonia Orchestra, sous la direction de Martijn Dendievel, exécutera en introduction l’Ouverture du Songe de Mendelssohn,
Et après l’entracte, il nous fera découvrir l’Ouverture de Hamlet du compositeur danois Niels Gade (1817-1891).
Suite à la soirée magique de la veille, toutes les conditions semblent réunies pour continuer sur cette belle lancée…
Lors de son installation sur la scène, nous découvrons que le Sinfonia Varsovia a grossi d’une dizaine de musiciens, passant d’une quarantaine à une cinquantaine.
En détaillant sa composition, on s’aperçoit que la section des instruments à vent s’est fortement accrue, mais que les flûtes sont toujours deux.
Plus de puissance sonore dans l’orchestre, est-ce une bonne nouvelle ?
La suite nous prouvera que non…
Mendelssohn
La première partie est donc consacrée à 2 œuvres de ce compositeur allemand.
Le Songe d’une Nuit d’Été – Ouverture – opus 21 – 1826
On a tous en tête quelques thèmes de cette œuvre, comme la Marche Nuptiale et la Marche Funèbre, et on s’attend à une ouverture enlevée, pleine de fantaisie, d’imagination et d’inventivité. En 1826, le compositeur n’avait que 17 ans, c’est donc une œuvre de prime jeunesse, qui décrit un monde où le réel et l’imaginaire, le rêve et la réalité, coexistent sans frontière nette.
Dendievel lance l’orchestre à fond, il emballe les chevaux, le volume sonore a augmenté depuis la veille, on est toujours dans Shakespeare, mais celui « du bruit et de la fureur », au 5éme acte de Macbeth.
Le public est emballé, mais nous restons un peu sur notre faim, sûrement un manque de légèreté dans ce songe fantastique…
Concerto pour piano n°2 en ré mineur – opus 40 – 1837
C’est à Birmingham en 1837 que cette œuvre est jouée pour la première fois. Mendelssohn vient de se marier et son épouse apprécie tout particulièrement le 3ème mouvement, le Finale, Presto scherzando.
Au piano, Pietro De Maria a remplacé au pied levé un pianiste défaillant.
Pietro De Maria*
Natif de Venise en 1967, c’est un spécialiste de Bach, Beethoven et Chopin. Il enseigne actuellement à l’Université Mozarteum de Salzburg et à l’Académie de Musique de Pinerolo, près de Turin.
Nous n’avions jamais entendu parler le lui avant ce festival, comme d’ailleurs beaucoup d’autres pianistes invités. Mais je défie quiconque de les connaître tous, car d’après Alexandre Tharaud, il y en aurait près de 100 000 qui se produisent en public dans le monde…
Pietro De Maria est un grand professionnel, son interprétation de l’adagio, molto sostenuto est parfaite, et il arrive à imposer son rythme à Martijn Dendievel que l’on sent piaffer et prêt à lâcher les chevaux. Il n’en fera rien, respectant la personnalité du soliste italien.
Au final, une bonne exécution de ce 2ème concerto.
De Maria nous gâte avec pour bis un impromptu de Schubert.
Après l’entracte, qui permet aux spectateurs assoiffés d’aller faire la queue aux bars, heureusement l’organisation a prévu de nombreux points de ravitaillement, Il nous est proposé la découverte du compositeur danois Niels Gade.
Niels Gade
Après une longue éclipse, les œuvres de cet éminent musicien danois commencent à être rejouées.
Pourquoi figure-t-il au programme de cette soirée ?
Certainement parce que découvert par Mendelsohn, à qui il avait envoyé sa première œuvre majeure, « Souvenirs d’Ossian », il devint son assistant et intégra l’école de Leipzig où il fréquenta aussi Robert Schumann.
Également chef d’orchestre, il a fondé le Conservatoire Royal de musique de Copenhague en 1867.
Il composera 8 symphonies, refusant d’envisager une neuvième, par respect pour Beethoven.
Avec l’Ouverture d’Hamlet (1861), nous découvrons pour la première fois une de ses œuvres.
Et c’est une heureuse surprise, un régal, le Sinfonia excelle dans ce genre d’œuvre, Dendievel fait preuve de toutes ses qualités de jeune chef, l’écoute est agréable.
Un nouveau personnage peut intégrer notre liste de compositeurs à écouter avec plaisir.
Et c’est le premier danois à y parvenir !
Fortement applaudi par un public conquis, nous attendons l’apothéose finale avec le 2ème concerto de Chopin.
Jonathan Fournel
Né à Sarrebourg en 1993, il appartient à cette classe des jeunes pianistes français. Sa carrière internationale a débuté en 2021. Il a bénéficié au Conservatoire de Paris des meilleurs formateurs, Brigitte Engerer, Bruno Rigutto, Claire Désert et Michel Dalberto.
Il a donc un solide bagage, et il en faut pour s’attaquer à une œuvre aussi prestigieuse que le deuxième concerto de Chopin, le premier ayant été si brillamment enlevé la veille par François-Frédéric Guy.
Hélas l’entente ne paraît pas excellente entre le soliste et le chef. La finesse d’interprétation de Fournel s’accommode mal de la puissance exacerbée des instruments à vent et des percussions de l’orchestre. Grisé par son pouvoir, Dendievel pousse ses musiciens, frôlant l’excès de vitesse, et étouffant le pianiste. Par instant, dans des périodes d’accalmie, nous pouvons apprécier la virtuosité et le lyrisme du jeune virtuose.

En bis, Fournel nous gratifiera, si mon souvenir est bon, d’un nocturne de Chopin.
« Encore du Chopin », précise-t-il au public !
Nous terminerons cette soirée déçus, nous nous attendions à mieux, et attendons Jonathan Fournel dans de meilleures conditions avec un orchestre plus accommodant.
Dommage, car nous n’avons pas pu apprécier à sa juste valeur cet immense concerto de Chopin, qui eut dû être magique.
Cette conclusion nous amène à faire quelques commentaires :
1 – réécouter un chef d’œuvre la veille de son audition en concert, est-ce une bonne idée ?
Il s’avère que non, car les CD et les vidéos sont réalisés avec les meilleurs orchestres, les meilleurs virtuoses, dans les meilleures conditions d’enregistrement. Il y a forcément un décalage de qualité entre le chef d’œuvre enregistré et l’audition en direct, avec des orchestres et des solistes de moindre notoriété. J’avais écouté la veille Evgeny Kissin avec Zubin Mehta et l’Orchestre Philarmonique d’Israël, et la différence sautait aux oreilles !
2 – les conditions du plein air sont différentes de celle d’une belle salle spécialement étudiée au niveau acoustique. En plein air, le son s’échappe sans retour, ce qui fait défaut aux musiciens. C’est ce que nous expliquait Michel Jonasz, juste après un récital dans les arènes de Bouillargues : il se plaignait de ne pas avoir de retour du son, ce qui le plaçait dans une grande incertitude quant à la qualité de sa prestation.
3 – autre différence, le volume sonore. Chez soi, on est maître du son : selon ses goûts, on adapte le volume à son oreille, et on tient compte de son environnement. Il est impossible de mettre toute la puissance du direct : il faut donc en concert adapter son oreille à la puissance sonore inhabituelle de l’orchestre
3 – Le temps de répétition entre le chef, l’orchestre et le soliste est souvent court, trop court, dans un festival où on enchaîne les concerts.
Il faut donc faire preuve d’une certaine indulgence quand on assiste à un concert en plein air, d’autant plus que les conditions météo n’étaient pas les meilleures. Avec la canicule, les musiciens, les instruments et même le public ne sont pas dans les meilleures conditions.
Ceci étant dit, par pure objectivité, ne boudons pas notre plaisir, ces soirées musicales à La Roque d’Anthéron sont un pur délice…
