Chroniques Comptes-rendus

La Roque d’Anthéron 2026 – Soirée Musique Romantique Russe – Orchestre Philarmonique de Nice – Direction Lionel Bringuier – Piano Hayato Sumino dit Cateen

                       

Au programme de cette belle soirée du 28 juillet, une illustration de la musique romantique russe, avec trois compositeurs importants, deux ayant vécu sur la deuxième partie du 19ème siècle, Modeste Moussorgski et Pyotr Ilych Tchaïkovski, et le troisième, Sergéï Rachmaninov, ayant composé pendant la première moitié du 20ème.

En introduction, un musicologue vient donner au public quelques éclaircissements sur l’histoire et la nature des relations entre les musiciens russes.

Il rappelle l’existence d’un Groupe des Cinq, compositeurs autodidactes de St Pétersbourg, qui se qualifiaient de romantiques. Issus de la petite noblesse provinciale, ils prônaient une musique spécifiquement nationale, détachée des standards occidentaux.

Les 3 principaux étaient par ordre de naissance, Alexandre Borodine (1833-1887), Modeste Moussorgsky (1839-1881) et Nikolaï Rimsky-Korsakoff (1844-1908).

Ce dernier restera le plus influent et le plus connu, il réorchestrera quelques œuvres de ses prédécesseurs après leur mort, dont La Nuit sur le Mont Chauve.

Un point commun, ils n’aimaient, ni l’académisme, ni Piotr Ilich Tchaïkovski (1840-1893).

La chronologie n’était pas de règle, le concert débutant pour des raisons pratiques par le Concerto pour Piano n°2 de Rachmaninov, composé en 1900.

 

Au piano, Hayato Sumino dit Cateen, japonais de 31 ans, est connu pour son éclectisme, capable de jouer de la musique classique dans des concerts traditionnels, et de mêler les genres. Sa formation d’ingénieur lui apporte une certaine liberté d’expression artistique, qu’il exploite avec virtuosité et créativité. Très présent sur les réseaux sociaux, on lui prête plus de 2 200 000 suiveurs, ce qui est rare pour une star du classique, et explique un public un peu plus jeune qu’à l’habitude. D’ailleurs en bis, il nous jouera un medley de chansons modernes et un arrangement par Alexis Weissenberg de « Ah, vous dirais-je maman », inspiré de « Papa pique et Maman coud », la célèbre chanson de Charles Trénet.

Déjà en 2025 à La Roque, où il avait enchaîné deux concerts, il avait emballé le public, qui était revenu essentiellement pour l’écouter : les gradins de l’amphithéâtre étaient combles.

Mais les conditions pour s’exprimer n’étaient pas les meilleures. Cateen est excellent en solo, moins à son aise quand, dans un concerto, il faut composer avec un chef d’orchestre. Par instant, il nous fait découvrir l’immensité de son talent, avec une gestuelle de rockstar, parfois un peu excessive, mais toujours sympathique. Hélas il était vite repris, quasiment étouffé, par la baguette du chef Lionel Bringuier.

Il nous est alors revenu, qu’il y a 3 ans, nous avions vu ce même chef, avec le même orchestre, étouffer littéralement Bertrand Chamayou dans le concerto l’Empereur de Beethoven.

L’Orchestre Philarmonique de Nice direction Lionel Bringuier

Bringuier est un grand chef, quand il est seul maître à bord. Il a du mal à partager avec un soliste de qualité, et plutôt qu’une connivence constructive, on sent chez lui, malgré son sourire permanent, une volonté d’être le seul patron. Et dans ces conditions, le pianiste est toujours perdant, et en conséquence le public.

Ce fameux concerto n°2 de Rachmaninov nous a déçus et laissés sur notre faim…

Composé par Rachmaninov au sortir d’une dépression profonde, causée par l’échec de sa première symphonie, cette œuvre traduit une remontée vers la lumière, que doit mettre en valeur le lyrisme du piano soutenu par un piano qui l’exalte. Hélas lors de ce concert, on n’a pas retrouvé ce liant entre les 2 parties, chacune jouant sa partition séparément.

La finesse d’exécution de Cateen ne s’accordait pas avec la vigoureuse puissance de l’orchestre. Nous avons alors regretté l’Orchestre de Chambre de Paris qui se serait parfaitement harmonisé avec le pianiste virtuose.

Et comme en 2023, Bringuier s’est surpassé dans « Une Nuit sur le Mont Chauve » de Modeste Moussorgski.

En patron qui ne partage pas, il a mené son grand orchestre symphonique avec une maîtrise parfaite, dirigeant ses musiciens à sa guise, provoquant des silences mettant ensuite en valeur sa puissance. Le crescendo de l’œuvre qui trouve son apogée dans une terrible explosion instrumentale, contraste avec l’accalmie toute en douceur du final survenant avec l’aube qui vient clore le sabbat.

Il a conclu le concert avec la suite « Francesca da Rimini, de Tchaïkovski.

Inspirée de la Divine Comédie, de Dante Alighieri, c’est une histoire de damnation qui suit les amants maudits dans les tourbillons de l’enfer.

Bien que mené avec enthousiasme et toujours la même puissance, ce morceau fort peu joué ne nous a pas séduit, même si Lionel Bringuier en a repris le final en bis. Le public aurait préféré quelque chose de différent, et il n’a pas apprécié qu’on lui resserve le même plat.

En conclusion, une impression très mitigée, on n’a pu entrevoir qu’une parcelle du grand talent de Hayato Sumino, la faute à une mésentente avec le chef d’orchestre, Lionel Bringuier, capable du meilleur (Une Nuit sur le Mont Chauve) et du moins bon…