Chroniques Comptes-rendus

Cloître de l’Abbaye de Silvacane – J.P.Rameau – Ensemble Les Timbres

 

 

Quel beau cadre que cette abbaye romane cistercienne de Silvacane pour abriter un concert baroque consacré à des œuvres de Jean-Philippe Rameau !

La Roque d’Anthéron est bien un Festival de Piano, alors le clavecin, en tant qu’ancêtre du piano, y trouve sa place, accompagné, selon le vœu du compositeur, par une viole de gambe et un violon.

L’écoute du clavecin permet, par défaut, de mesurer l’immense progrès apporté par l’invention du piano, intervenue au début du 18ème siècle, avec le pianoforte, et améliorée régulièrement jusqu’aux années 1820.

Avec cet ensemble « Les Timbres », on est bien dans la musique du 18ème siècle, telle qu’elle se pratiquait dans la bonne société bourgeoise et à la cour de Louis XV, et telle que les mélomanes de l’époque l’écoutaient.

Autres temps, autres mœurs, autre musique.

Il faut s’imaginer, qu’en écoutant Rameau, les spectateurs écoutaient la meilleure musique française de l’époque, alors que dans tous les autres pays d’Europe, c’est la musique italienne qui prédominait (Vivaldi).

Et bien que le trio « Les Timbres » se soit évertué à emballer le concert, avec dynamisme et alacrité, soutenu par un public de connaisseurs, j’avoue ne pas avoir été sensible aux charmes de cette musique. Son académisme et sa rigueur la rendent difficile à apprécier, alors que l’on se serait régalé avec du Vivaldi.

Passé la surprise du début et de la découverte, on a l’impression d’assister à la répétition de thèmes indiscernables et indifférenciables.

Et pourtant le programme est alléchant, de nombreuses pièces se succèdent, évoquant soit des personnages, des mécènes ou des amis de Rameau, comme La Popelinière, qui rend hommage au célèbre mécène Alexandre le Riche de la Popelinière, son protecteur, soit des portraits psychologiques, comme L’Indiscrète, la Timide ou l’Agaçante…

Mais aucun de ces thèmes n’arrive à retenir notre attention et notre imagination part dans d’autres directions…

Et pourtant les 3 musiciens se démènent, ils se battent pour défendre leur patrimoine musical, et suscitent une certaine admiration du public averti.

Au clavecin, le belge Julien Wolfe essaie de tirer le maximum de son instrument, mais hélas, un clavecin n’est pas un piano.

Même la viole de gambe à 8 cordes, un instrument rarissime, vient couvrir le son émis par ce dernier. C’est la française Myriam Rignol qui officie sur cet instrument que nous avons découvert dans « Tous les Matins du Monde » de Marin Marais, qui avaient eu un succès phénoménal.

Et par-dessus tout, c’est le violon magnifiquement servi par la japonaise Yoko Kawakubo, qui, par son son plus puissant, domine l’ensemble.

C’est somme toute logique, l’instrument le plus moderne est aussi le plus puissant, c’est lui que l’on entend le plus, et il faut tendre l’oreille pour distinguer les 2 autres plus archaïques.

Un détail intéressant, la violiste nous explique qu’au 18ème siècle, les salles de concert étaient éclairées à la bougie, et que les oscillations de la lumière émise faisaient scintiller les décorations des instruments.

Ce qui évoque la lumière des torches qui dans la préhistoire éclairaient les parois des grottes et de facto apportaient du mouvement aux gravures rupestres (cf. la frise des Chevaux de la grotte Chauvet), pendant que des musiciens jouaient de la musique.

Mais là on n’est plus dans l’histoire (Rameau) mais dans la préhistoire de la musique.

Malgré une certaine imperméabilité à la musique baroque, nous avons passé un agréable

début de soirée dans ce site historique, en cette abbaye cistercienne créée par les moines de l’ordre bénédictin fondé par Jean de Cîteaux. Son érection fut décidée en 1144 et la construction débuta en 1172.

Associée aux abbayes sœur de Sénanque et du Thoronet, Silvacane devait rayonner spirituellement sur toute la région à partir des 12èmeet 13èmesiècles.

Ce fut l’occasion pour mon petit-fils Charles et mon petit-neveu Alexis, de découvrir, et l’art cistercien, et la musique baroque « française ».

Devant l’abbaye de Silvacane, Alexis, Roger et Charles

 NB : Rameau fréquenta les Encyclopédistes, fut un proche de d’Alembert et Diderot, et même de Voltaire. Par contre, Rousseau, qu’il accusait de l’avoir plagié, fut son ennemi.