Chroniques

Au Bar de la plage – épisodes 226, 227 et 228

Episode 226

Chroniques martiennes

Ce matin, bonne nouvelle : les planètes sont alignées.

Tu parles…

Je ne n’ai toujours pas compris comment le fait (supposé) que deux ou cinquante, mille ou cent mille planètes se mettent en rangs d’oignons pouvait faire le bonheur du jour à la surface de la nôtre.

D’ailleurs on ne révèle jamais leurs noms, leur nombre et l’orientation du fameux alignement. Silence général sur les fréquences météo.

Einstein lui-même, qui s’est beaucoup intéressé à tout ce qui se passait dans le cosmos, n’en n’a jamais parlé.

Donc, interview de ma tante cartomancienne en

Cornouailles dont l’activité, oserais-je dire le succès, dépendrait un peu du phénomène. « Malheureusement, effets aléatoires, manifestations imprévisibles et soudaines dont les causes resteront inconnues »

Stratagème inverse (et gloire) pour les historiens qui nous expliquent la pourquoi et le comment d’une guerre déjà gagnée ou perdue.

Toute la différence avec la pratique du pronostic sportif. Discipline à hauts risques. Et là ma tante en connaît un rayon, ; vu qu’elle n’a jamais réussi à prophétiser correctement le tiercé gagnant un dimanche à l’hippodrome proche de chez elle.

Bien plus maligne était sa consoeur de Delphes. Elle attribuait son pouvoir de prédiction aux entrailles de poulets et autres animaux innocents de l’affaire. Chacun y trouvait ce qu’il était venu chercher, en cas de divergences de vue, c’était la faute au poulet.

Et les planètes, alignées ou pas, s’en foutent. Elles n’ont de compte à rendre à personne et demain, elles retourneront à leur fouillis habituel…

Et nous alors ?

Episode 227

Une héroïne mélancolique

Ces jours-ci, il faisait chaud, très chaud. Le soleil était au mieux de sa forme. Au zénith, sans filtre. Dans les restaurants sur le quai du port voisin, des vacanciers déjeunent en terrasse : ils réussissent l’exploit de déjeuner et de bronzer en même temps ; à moins qu’ils en ratent au moins un des deux

Line allait, accompagnée d’une mélancolie voilée, personne ne se serait aventuré à chercher à en percer les secrets. Sans doute trop secrets. C’est comme ça avec les filles aux yeux gris-vert et boucles dorées… et quelque fois les poètes…

Alfred de Musset, par exemple, était en permanence, mélancolique. Bon, c’était la mode du moment et cela faisait bien dans le décor, se lamenter au bord d’un lac pouvait rendre célèbre. Admettons que les aventures de son amoureuse Georges Sand, pas du tout du genre mélancolique, ne concouraient pas à l’en guérir. Si l’on veut bien lier amours, heureux ou malheureux, et mélancolie…ça reste à prouver…

Victor Hugo a écrit : « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ». Ce que Victor pouvait dire parfois. comme connerie, juste pour faire l’intéressant. Ça ne marche pas du tout avec les grandes tristesses…. John Coltrane qui s’y connaissait en tristesse, était triste c’est tout. Et les accords mélancoliques de son Lover man n’avait rien à voir, et en tout cas ne risquaient pas de le consoler…

A quoi pensait Ray Charles en chantant I Can’t Stop Loving You…

Caro regardait Line, elle aurait voulu elle aussi, être mélancolique… elle n’y arrivait pas. Jules ajouta que

« la mélancolie n’était pas un truc d’intellectuelle gréco-romaine. Pénélope n’avait jamais fait dans la mélancolie »

Line dit :

– Alex Alexandre, comment ça va en ce moment…

– Moitié, moitié… pas mal d’hier, aujourd’hui sans enthousiasme, demain à voir…

— Tu vois… tu commences à comprendre…

Episode 229

Une catastrophe aérienne

Proust commence sa Recherche par cette phrase : « Je me suis longtemps couché de bonne heure »

Je n’avais pas été plus loin. Je n’ai pas non plus réussi à démêler de quelle bonne heure il était question ; une rentrée au petit jour d’une nuit de croisière ou un coucher précoce juste après le dîner, bien avant que ne sonnent les douze coups de minuit.

Je me dis que si un jour j’écrivais un roman à confidences, je commencerais par cette phrase : « j’ai souvent été stupide » Surtout l’été, quand le bronzage vous sert d’armure, ou une longueur de crawl dans la piscine de l’hôtel vous sacre champion olympique. La nuit aussi. Même avant d’être saoul.

Une soirée au Phare, une jolie fille, en quête d’un gin-tonic ou d’un épisode romantique, traînait au bar… je lui dis. ; je ne sais pas comment ça va pour vous, mais pour moi c’est la catastrophe. Un Boeing s’est posé dans mon jardin et je ne sais pas quoi en faire…il y a des traces de roues plein la pelouse… Elle n’avait pas attendu que le Boeing re-décolle.

Caro dit :

-Forcément, Alex, un aviateur moins maladroit l’attendait ailleurs.