Chroniques • Créations

Au Bar de la plage – épisodes 229, 230 et 231

Episode 229

Edmonde

Ça c’est un prénom.

Et elle lui ressemblait. Brune (toutes les Edmonde sont-elles brunes ?), sûre de son allure et de l’effet qu’elle provoquait, des yeux équipés pour fusiller en cas de besoin. Ou aimer…

Il y avait déjà eu une Edmonde – dans le film de Belmondo Flic ou voyou qu’on venait de revoir. Décor côte d’Azur, Rolls-Royce, demeure de la même marque, un gros chien et les intonations légèrement snob de Marie Laforêt, renommée Edmonde Puget-Rostand, romancière. Évidemment, ça vous rappelle quelqu’un

Nouvelle Edmonde portait une robe longue de lin noire, floue et laissant imaginer. Ce qu’on pouvait interpréter comme le signe d’une certaine retenue ou l’annonce d’une séduction de niveau supérieur.

Elle avait dit « bonjour » et avait embrassé Leslie. Hypothèse : elles avaient été ensemble dans un ces collèges huppés qu’affectionne l’aristocratie britannique pour préparer ses descendantes aux péripéties de la vie – Château, mari(s), amants, Oxford, Ascot, Ibiza – Elles s’en étaient échappées pour tester la résistance du monde.

Puis elles s’en allèrent. Au passage, elle lança : « Je suis aussi une assez bonne joueuse de volley-ball, si vous avez besoin de quelqu’un pour renforcer l’équipe, faites-moi signe… »

Épilogue.

Edmonde, bon…On n’a jamais su comment elle s’appelait vraiment…Jules avait tout inventé, il avait trouvé qu’Edmonde lui allait. Moi, je l’aimais bien en Edmonde.

 

Episode 230

Une humeur de chien errant

La mer est belle et tranquille, et je suis d’une tristesse désespérante. Les deux sont possibles. Il n’y a pas de raison apparente ou sans doute des dizaines.

Pas la peine d’appeler Cioran en renfort, il est encore pire. C’est le type qui a écrit De l’inconvénient d’être né et Sur les cimes du désespoir. Le reste à l’avenant, c’est dire.

Bien sûr, rien à attendre des psychanalystes viennois farceurs, ils ne connaissent rien au sujet.

Alfred de Musset en sait beaucoup plus.

Est-ce que c’est juste de passage ou est-ce que ça peut durer… the answer is blowin’ in the wind , selon Bob Dylan…qui n’est pas lui-même un grand rigolo. Et les Beatles chantaient…All you need is love…

C’était quand même mieux. Même si les filles ne sont pas toujours d’accord pour passer à la pratique…

– Allons, Allons, Alexander, dit Caro qui a fréquenté les Stoïciens du haut empire romain.

Le Colonel qui en connaît un rayon en matière d’humeurs exotiques, proposa qu’on aille au Pagodon. C’est, ou plutôt c’était le bordel ou plus élégamment le bar à hôtesses préféré des officiers à Hanoi. La patronne, une jolie vietnamienne, l’avait sauvé d’une crise de palu en lui offrant toute une nuit la chaleur de son corps. Pas certain que ça soigne aussi la tristesse… et c’est pas à côté.

– Georges, un double martini

Dernière chance.

 

Episode 231

Coups de soleil

Forte chaleur. La mer à l’arrêt est assoupie. Ainsi que les reste de la flore et de la faune. On ne fait pas exception. Même les bikinis des filles semblent de trop. Pas un grain de sable ne s’avise à quitter sa planque.

On repoussa à plus tard les préoccupations du jour, comme la composition de l’équipe du bar de la plage pour le prochain tournoi inter-plage de volley-ball mixte. Ou l’écriture d’une réplique vengeresse pour Leslie à destination de Mike Jagger au cas où celui-ci retrouverait son numéro de téléphone.

On devait aussi mettre au point le questionnaire d’embauche pour les candidats au poste de troisième mari de Louise de V. Une analyse graphologique départagerait les ex-aequo.

Jean-Do nous bassinait avec son anticyclone des Açores, comme si c’était le moment de faire le savant.

Le Colonel portait un impeccable panama à bande noire comme il était de rigueur aux élégantes après-midi du Club Colonial à Saigon … enfin, c’est lui qui le dit.

Sur le sujet, Marguerite Duras est restée muette (ouf !)

La nuit s’annonçait.

Le Phare est climatisé.
A demain…