Cette célèbre pièce de Cyril Gely vient d’être reprise au Théâtre Hébertot dans une mise en scène de Béatrice Agenin, et avec de nouveaux acteurs dans les principaux rôles : Dominique Pinon dans celui du gouverneur allemand de Paris, Dietrich Von Choltitz, et Bruno Putzulu dans celui du consul de Suède, Raoul Nordling.
Son scénario est resté dans les mémoires.
« Dans la nuit du 25 août 1944, Hitler ordonne la destruction totale de Paris.
Á l’hôtel Meurice, siège du Gouverneur militaire allemand, le général Von Choltitz s’apprête à exécuter les ordres.
Peu avant l’aube, il reçoit la visite imprévue de Raoul Nordling, le consul général de Suède.
Le diplomate, au péril de sa vie, n’a que quelques heures pour inverser le cours de l’Histoire, sauver Paris et ses habitants d’un anéantissement inéluctable. »
Cette pièce fut créée en 2011 au théâtre de la Madeleine, dans une mise en scène
de Stephan Meldegg, avec 2 grands acteurs, Niels Arestrup, le général, et André Dussolier, le consul.
Elle fut adaptée au cinéma en 2014 avec Volker Schöndorff, avec les mêmes acteurs, et obtint le Prix de la meilleure adaptation lors des Césars 2015.
L’auteur Cyril Gely en a tiré l’idée du livre de Lapierre et Collins, « Paris brûle-t-il ? », où est évoquée la probable destruction de Paris en août 1944.
Il imagine et raconte la rencontre qui aurait pu avoir lieu avant l’aube du 25 août 1944 entre les deux protagonistes.
Il décrit et met en scène le processus qui va pousser le gouverneur allemand à désobéir aux ordres d’Adolf Hitler, en s’appuyant en partie sur ses mémoires. Et pour faciliter la compréhension du dialogue interne, il fait intervenir un interlocuteur extérieur, le consul de Suède. Ce dernier, au moyen d’une subtile argumentation, va progressivement faire évoluer le général, d’une obéissance toute militaire, à une décision purement humaine.
Cette pièce étouffante à deux personnages, bloqués dans un huis-clos dont dépend le sort de Paris et de plus d’un million d’habitants, nécessite deux excellents comédiens, crédibles dans des rôles aussi bien définis.
Comme l’écrit Catherine Robert dans le journal La Terrasse :
« Dominique Pinon campe avec superbe un Dietrich von Choltitz pulmonaire, taraudé par des crises d’étouffement, et le doute sur la nécessité de demeurer loyal à un Hitler éructant et écumant, prêt à immoler non seulement Paris, mais aussi l’Allemagne par son jusqu’au-boutisme suicidaire. Il est aussi inquiet du sort de sa famille, gardée en otage à Baden-Baden, pour être sûr qu’il exécute les ordres.
Bruno Putzulu incarne Raoul Nordling avec la retenue compassée d’un diplomate adamantin, ayant toujours un coup d’avance sur le militaire qu’il tâche de convaincre.
Victoire de la parole sur la force, de l’intelligence calculatrice sur la brutalité mécanique de l’obéissance aux ordres, Nordling l’emporte en finesse en rappelant au général qu’il a trois enfants à sauver… »
Pinon est parfait dans son rôle, vu du 3ème rang de l’orchestre, en position surbaissée, il prend même des allures de brute militaire géante !
Quant à Putzulu, s’il n’a pas la finesse ironique de Dussolier, il arrive à incarner un homme qui risque sa vie par altruisme et garde son calme quand tout semble perdu.
Un beau duo pour faire vivre sur scène cette négociation dont l’enjeu est la survie de la ville de Paris et de ses habitants.
La mise en scène de Béatrice Agenin est sobre et classique dans un décor réaliste.
Une Belle Histoire, qui ne doit rien à la vraie Histoire.
C’est du bon théâtre, mais ce n’est pas une pièce historique.
La rencontre entre le général gouverneur de Paris et le consul de Suède résulte d’un artifice rocambolesque : en effet, ce dernier s’introduit à l’hôtel Meurice, quartier général du commandement militaire allemand de la garnison de Paris, par la porte dérobée qu’utilisait Napoléon III pour y visiter sa maîtresse, Miss Howard…Le consul aurait pu y observer souventes fois le général à travers une vitre sans tain, sans pouvoir utiliser les renseignements obtenus, du fait de sa neutralité.
Dans la réalité, Nordling a bien négocié la grâce d’otage et le non envoi de prisonniers dans les camps, la libération de 3 gaullistes Parodi, Pré et Laffon.
Mais l’existence d’un escalier dérobé et d’une vitre sans tain est purement imaginaire.
Et Von Choltitz ne disposait pas des moyens matériels et humains nécessaires pour détruire la capitale.
Un mot sur l’auteur Cyril Gely
Né en 1968, il fit une école de commerce et un master en finances avant de choisir le métier de comédien et de rentrer à l’École de la rue Blanche.
C’est en 2003 qu’il fait jouer sa première pièce de théâtre, « Signé Dumas », qui relate les relations entre Alexandre Dumas et son « nègre » Auguste Macquet. La pièce fut jouée au théâtre Marigny, avec Francis Perrin et Thierry Frémont
En 2011 c’est au tour de « Diplomatie » avec Niels Arestrup et André Dussolier, jouée au théâtre de la Madeleine. La pièce fut créée dans 15 pays et portée à l’écran en 2014 par Volker Schlöndorff.
Il écrivit ensuite le scénario du film « Chocolat », avec Omar Sy et James Thierrée, réalisé par Roschdy Zem.
En 2019, Albin Michel publie son roman « Le Prix », qui sera adapté au théâtre et joué à Hébertot en 2025 par Ludmila Mikaël et Pierre Arditi.
Le Prix fait partie de ses 8 romans publiés à partir de 1995.
Citons aussi le scénario de « Une belle Course », avec Line Renaud et Dany Boon,
puis en 2024 « Dans les Yeux de Monet », avec Clovis Cornillac, Maud Baecker et Eric Prat ;
Cyril Gely est un auteur éclectique, romancier, écrivant pour le théâtre et réalisant des scénarios pour le cinéma.
La plupart de ses œuvres théâtrales et cinématographiques, ont rencontré le succès !
Avec « Diplomatie » il a réalisé une pièce, qui bien que jouée seulement depuis 15 ans, a déjà l’allure d’un classique du théâtre français.
C’est l’impression que vous aurez certainement en allant voir cette œuvre au théâtre Hébertot.
Labellisé GSIA (Garanti Sans Intelligence Artificielle)
