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Le Béjart Ballet Lausanne aux Arènes de Nîmes – Une Certaine Idée de la Danse

                                     

Retour sur ce 10 juillet 2026 aux arènes de Nîmes, où le Béjart Ballet de Lausanne nous a offert un moment hors du temps.

Certains se demandaient comment cette danse qui fut moderne dans la deuxième moitié du XXème siècle allait être reçue au XXIème ?

Ils peuvent être rassurés, la chorégraphie béjartienne n’a pas pris une ride. Au contraire, son « classicisme » moderne la situe hors des modes et en fait un modèle en soi.

Le parti-pris de rigueur et de simplicité, pas de décors, des costumes réduits à l’essentiel, les hommes au torse le plus souvent dénudé, un dépouillement général qui met en valeur la beauté des mouvements, magnifiant l’expression corporelle. Le tout en symbiose avec des musiques très variées, allant du classique le plus pur (la neuvième de Beethoven par exemple), aux chansons les plus nobles (Brel et Barbara) et à des chants du monde, grecs, africains, indiens, perses, juifs, etc., montrant la vaste culture du créateur.

C’est ainsi que peut s’analyser la magie des ballets créés par Maurice Béjart.

C’est aussi ce qui peut expliquer son succès intemporel, l’assistance étant composée d’un mélange équilibré de jeunes et d’anciens, de spectateurs qui avaient vécu l’éclosion du mythe Béjart, et des plus jeunes qui en découvrent la nature.

Béjart ayant dirigé son ballet de 1960 à 2007, la direction du Ballet Béjart Lausanne a été reprise en 2024 par Julien Favreau, qui a commencé sa carrière de danseur avec son créateur. C’est lui qui a élaboré le programme de la soirée, en première partie, « Béjart et Nous » avant une deuxième partie explosive, « l’Oiseau de Feu et le Boléro ».

Béjart et Nous

C’est un florilège de 50 ans de création contemporaine, qui compose la première partie du spectacle, montrant la vaste culture chorégraphique de Béjart, à travers 13 exemples de ses œuvres, duos, solos, ensembles qui ont fonctionné et qui séduisent toujours autant, initiés et profanes.

Dans ce best of du monde, on passe de Héliogabale, sur une musique traditionnelle du Tchad, aux Danses Grecques, en passant par Dibouk, évocation d’un mariage juif.

Coup de chapeau au programme Brel/Barbara/Bach, vu en 2002 dans ces mêmes arènes, on peut apprécier 2 chansons de Brel « Ne me quitte pas » et « Quand on n’a que l’amour ».

Cette première partie se poursuit par le « Tango » de Faust, magnifiquement interprété par le tandem Aubin Le Marchand et Antoine Le Moal, avant de s’achever sur un Jerk endiablé, qui enflamma en 1967 la cour d’honneur du Palais des Papes en Avignon, et où l’on voit des danseurs en jean/baskets, preuve de la grande modernité de ce ballet sexagénaire…

Cette revue montre la popularité et l’accessibilité de l’héritage de Béjart.

L’Oiseau de Feu et le Boléro

Sur une musique de Stravinsky, l’Oiseau de Feu illustre par une puissante métaphore l’histoire d’un phénix renaissant. Traité exclusivement en rouge et noir, et magnifiquement exécuté par les 40 danseurs du ballet, ce ballet envoûte littéralement le public, en attendant le sommet de la soirée, l’iconique et hypnotique Boléro.

Le tableau final de l’Oiseau de Feu

Le Boléro

La montée crescendo de la mélodie ensorcelante de Ravel, une danseuse seule dans un cercle rouge, formidable performance de la danseuse Kateryna Chebykina, un thème musical répété 18 fois, des danseurs qui entrent progressivement dans cette lente et sensuelle ondulation, comme dans une transe, le tout autour de la fameuse table rouge.

Ce boléro final crée une tension, maintient en haleine un public qui va se lâcher à l’explosion finale du Boléro, tonnerre d’applaudissement et standing ovation.

Comme l’exprime si bien la journaliste du Midi libre, « ce soir-là, les étoiles étaient dans le ciel et sur la scène des arènes ».

Nous avons été surpris de voir le danseur étoile du Boléro interprété par une femme, car ayant découvert en 1971 interprété par Jorge Don, et en 2002 par un homme.

Recherche faite, lors de sa création en 1960 le Boléro était interprété par une femme, jusqu’au célèbre danseur étoile argentin. Depuis, il y a une alternance homme/femme.

Ce magnifique rôle a été dansé par la grande Katerina Chebykina, ukrainienne formée à Kiev puis au Mariinsky de St Petersbourg, avant de rejoindre le Béjart Ballet Lausanne en 2023.             

Ce magnifique spectacle s’est déroulé dans le cadre exceptionnel des arènes de Nîmes, monument historique unique, qui a permis un moment de communion intense entre le public, l’art chorégraphique et l’espace antique.

Même les cieux ont participé à la fête, car dans l’horizon lointain des éclairs semblaient danser en harmonie avec le crescendo du Boléro par-dessus les arènes de pierre millénaire.