Chroniques Comptes-rendus

La Roque d’Anthéron – Récital Arthur Coatalen – Découverte d’un Grand Espoir du Piano – Hommage à Youri Boukoff

                                      

L’auditorium Marcel Pagnol de La Roque d’Anthéron nous a permis de découvrir aujourd’hui, jeudi 13 août 2026, un grand espoir franco-hongrois du piano.

Âgé de 24 ans, Arthur Coatalen a commencé ses études de piano à Budapest, avant de les poursuivre au Conservatoire de Paris.

De constitution solide, d’aspect encore juvénile, il affirme déjà une forte personnalité et possède une technique pianistique de haut niveau.

Il nous impressionne dès son attaque de l’Allegro de la Sonate pour Clavier en Ré Majeur de Joseph Haydn. Le son est pur, il s’engage pleinement, donne un tempo régulier qui magnifie l’œuvre. Le public, 200 personnes dans l’auditorium bien climatisé, est sous le charme. La musique de Haydn simple et pleine d’alacrité, lui permet de rentrer totalement dans son récital.

Un peu trop vêtu, avec une veste non indispensable, il ne se laisse pas distraire par la chaleur qu’il génère. Il a prévu une petite serviette avec laquelle il s’éponge régulièrement le visage : déjà un réflexe de professionnel.

Entre les morceaux, il se lève pour saluer le public et se détendre, voire s’hydrater.

Il ne parle pas au public, peut-être n’ose-t-il pas encore, mais on sent que cà viendra rapidement. Cela pourrait ajouter au contact avec ses auditeurs et le libérer davantage.

Donc un très bon départ avec les 3 mouvements de cette sonate de Joseph Haydn.

Il a tout d’un futur grand.

Arthur Coatalen au piano le 13 août 2026 dans l’auditorium Marcel Pagnol à La Roque d’Anthéron

Nous avons été encore plus convaincus par son interprétation des Trois Sonnets de Pétrarque de Franz Liszt. Évidemment, c’est un compositeur hongrois, qui fait partager dans sa musique la charge émotionnelle des sonnets, à la recherche constante d’un équilibre entre virtuosité et expression.

Arthur Coatalen fait entrer en jeu sa fibre hongroise, et s’engage encore plus dans une interprétation personnelle et passionnée.

Il développe les 3 Sonetti de l’œuvre (47,104 et 123) avec brio et une totale maîtrise, faisant partager au public sa joie de jouer cette œuvre.

Les 3 sonnets sont inspirés des poèmes du grand écrivain italien du XIVème siècle, extraits de la Deuxième Année de Pèlerinage.

Dans cette œuvre, Liszt transpose au piano l’intensité de la voix et les inflexions du langage. Les 3 sonnets évoquent tour à tour la célébration de l’amour, le déchirement intérieur et la vision idéalisée de la femme aimée. Le compositeur en restitue la charge émotionnelle, faisant naître au clavier une véritable voix chantante.

Constamment remaniées par Liszt, ces versions pour piano témoignent de cette recherche constante d’un équilibre entre virtuosité et expression.   

Et immanquablement, dès les premières notes du « Sonetto 47 del Petrarca », le souvenir de Youri Boukoff m’est revenu en mémoire : Arthur Coatalen par les promesses de son jeu évoque le grand pianiste aujourd’hui disparu.

 Hommage à Youri Boukoff

Nous avions eu la chance de voir Youri Boukoff interpréter Liszt dans la chambre de sa maison natale à Budapest, en concert privé, le 15/09/1990.

Nous l’avions retrouvé à Venise, toujours en concert privé, le 22 juin 1991 et il avait encore été excellent dans son interprétation du compositeur hongrois. Nous avions eu la chance de passer quelques jours avec lui et son épouse. C’était un compagnon chaleureux, gai, jovial et d’une culture musicale exceptionnelle. Il n’hésitait pas à raconter sa vie, lui l’enfant bulgare, né en 1923 à Sofia, d’un père officier et ingénieur et d’une mère russe cantatrice qui l’initie très tôt au piano. En 1946, il obtient une bourse et choisit le Conservatoire de Paris.

Il a parcouru le monde, joué sur les plus grandes scènes, en solo ou avec les plus grands chefs d’orchestre, notamment Cluytens, Osawa et Prêtre.

Plus tard nous l’avions rencontré à la Comédie de Montpellier. Le 10 novembre 1993, son récital était composé d’œuvres de Beethoven, Brahms, Chopin, et bien sûr Liszt

Il est évident que cette « familiarité » avec Liszt et la Hongrie, grâce à Youri Boukoff, ne pouvait que nous rapprocher de Arthur Coatalen, en qui on ne peut s’empêcher de voir un éventuel héritier.  Ou de déceler une possible filiation… voire un fils spirituel…

Youri Boukoff

Concert Arthur Coatalen – Suite

Après cette brève digression sur notre cher Youri Boukoff, revenons au concert de notre jeune Arthur Coatalen.

Après avoir été brillant dans les Sonnets de Pétrarque, il nous joue une transcription de Franz Liszt datée de 1852, inspirée d’une œuvre de Richard Wagner, un extrait de Lohengrin, intitulé « Elsas Brautzug zum Münster ».

Franz Liszt est un grand spécialiste des transcriptions, notamment de Wagner, et cet extrait de Lohengrin permet à Coatalen de montrer encore une fois tout son talent. Le morceau semble court, tellement il est plaisant à écouter.

C’est une vraie reconstitution de l’œuvre au piano, et le cortège d’Eisa vers la cathédrale devient une procession sonore, majestueuse et solennelle, où l’instrument semble porter à lui seul la puissance d’un orchestre.

A noter la richesse musicale du piano, qui a lui seul remplace tout un orchestre.

Et il va terminer avec un morceau à priori plus difficile, le Prélude, Choral et Fugue de César Franck (1884).

Sommet de son œuvre pour piano, il fut composé en 3 parties :

-le prélude instaure un climat de méditation

-le choral témoigne d’une pureté quasi liturgique

-et la fugue opère un crescendo amenant l’œuvre vers son accomplissement

Cette spiritualité de Franck est magnifiée par Coatalen qui rend son écoute plaisante et agréable, réussissant à la faire « passer » au public, ébloui.

Il termine son récital sous les applaudissements chaleureux du public, qu’il va remercier en interprétant en bis une œuvre de Federico Mompou, Les Jeunes Filles au Jardin.

Une manière de nous faire connaître ce compositeur catalan, peu joué, au moyen de cette mélodie douce pour piano.

Une manière aussi ce nous démontrer qu’il excelle aussi dans la douceur.

Sa panoplie est complète, il sait rendre facile et plaisante une musique pas toujours simple : on en redemande !

Arthur Coatalen a tout pour être l’un des grands pianistes de demain.

C’est lui notre vraie découverte du Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron 2026.

 

Photo Bonus :

Juin 1991 – Venise – Au premier rang 1er à gauche Youri Boukoff, 3ème à gauche RS, debout à l’extrême droite MC et ALS