Créations Mondes européens Pratiques Poétiques

Victor Munteanu traduit par Sonia Elvireanu

Poèmes extraits du recueil La chemise portée sur son corps, Tracus Arte, 2021.

Au bord de la mer

Parfois je suis aussi simple que tu me vois,
d’autres fois je suis encore plus simple.
Dans le rugissement des lointains noirs frappent les vagues,
humiliant un homme oublié par ses amis sur le rivage.

Et je ne demeure pas acharné sur ce rocher,
ni triste, ni riche, ni lyrique.
Mon cœur ne me fait pas mal et
je n’ai pas envie de me jeter.

Ce n’est pas l’obscurité le couteau qui me pardonne –
non, non !
Mais je me tiens pieds-nus sur un rocher et je péris
et aucun souvenir ne me retient.

L’obscurité rugit dans le silence rebelle de la mer
et moi, j’y demeure tout simplement
qu’aucun coup de feu ne peut m’arrêter.

La chemise portée sur mon corps

L’herbe brûlée par les vents sur une terre sans trace d’homme –
ce que personne ne connaît te suffoque de plus en plus,
l’immensité frémit dans le silence sauvage de tes yeux.

Pieds-nus
à travers une réalité qui perturbe la plaine,
aucun chemin dans le désert qui hante ton sang.

Seul le regard brûlant perce l’horizon de tous les mensonges
jusqu’à ce que le jour s’éteigne dans ton esprit fatigué.

Étranger,
Étranger,
pénètre dans les ténèbres de ta mémoire
et allume une allumette pour découvrir
pourquoi tu as vécu.

Le poème parfait

Personne n’a pu écrire le poème parfait
qui guérisse toutes les maladies.
Son écriture a commencé avec la création de l’Homme
et se poursuit jusqu’à ce jour
et personne ne peut l’achever :
ni les Anges, ni les Saints Pères,
qui sont la lumière de la vue,
une marche sans fin est la quête.

Le poème qui guérisse de la mort
ne peut jamais être achevé.
La poésie ne fait qu’un avec Dieu,
on ne peut pas y accéder,
car il n’y a nulle part où s’en aller.

Instant

L’aube a brisé le sommeil de la ville avec ses dents,
les corneilles dessinent la fraîcheur de l’air:
Comment la lumière ne soit-elle le regard douloureux de l’esprit ?

Seul

Aujourd’hui je partagerai le silence avec les moineaux,
mes pensées voguerons à travers le vendredi cloué
et je me reposerai à l’ombre d’une idée.

Immobile dans le vent pur comme l’amour,
un chêne se justifiera devant quelques centaines de corneilles.

Au fil des paroles qui courent de porte en porte,
je m’essuierai le front avec un morceau de ciel
et l’automne qui traversera mon âme
ne pourra plus échapper à ses mots.

Victor Munteanu est poète, prosateur, journaliste, éditeur, Président-fondateur de la Fondation culturelle « Georgeta et Mircea Canciov », organisateur de vingt-deux éditions du Festival-concours national de création littéraire « L’Avangarde XXII ».