Chroniques Créations

Au Bar de la plage – épisodes 217, 218 et 219

Episode 217

On ne sait jamais très bien

C’était un temps dont on ne pouvait pas dire s’il était à-peu-près beau ou à-peu-près mauvais. Tout était intermédiaire, la mer, les mouettes, la brise. La bande de la plage était à peu près silencieuse, vaguement dispersée, chacun égaré dans ses pensées.

Hésitations chez les Miss météo télévisuelle qui ne savent pas quelle tenue adopter : sexy pessimiste ou sexy optimiste.

Bon, il n’est pas non plus loyal de mettre ces humeurs sur le compte de la météo. On peut pleurer sous le soleil et chanter sous la pluie, l’inverse pour la plupart des gens.

Dans ses moments incertains, deux tentations me font signe ; la voyance et le courrier du cœur. La voyance, plus intime, plus personnelle plutôt que l’horoscope, pour parler au nom du cosmos il faut quand même être sacrément sûr de soi… et puis ma tante cartomancienne en Cornouailles, qui est déjà dans le métier, pourra toujours me donner un coup de main…Toujours conclure par « après quelques zones d’ombre passagères, je vois pour vous un avenir radieux »

Le courrier du cœur demande plus de tact, plus de subtilités ; il y a au bout des lignes quelqu’un ou quelqu’une qui ne va pas bien. qui souffre de ne pas voir ses désirs se réaliser, à qui le sort est hostile, qui appelle au secours… il faut donner de l’espoir

« courage, ayez un peu de patience, tout va finir par s’arranger ».

Et des fois, ça marche….

Episode 218

Chateaubriand en passant

« Levez-vous vite, orages désirés… »

là, cher Vicomte, vous poussez un peu ; chacun ses goûts.

Pour le moment, on avait un bel et simple orage, avec roulements de tonnerre, éclairs et pluie battante qui tambourinait sur les toits et le feuillage des arbres. La nature en représentation son et lumières. C’était déjà pas mal. On se dispensait des commentaires idiots en usage chez les humains face à la beauté ou au danger, inquiets ou admiratifs. Superlatifs à la gomme.

A part le Colonel qui déclara « Parfait…Parfait. » Il avait dû en voir d’autres, plus méchants, plus beaux ; l’harmonie modeste de celui-ci devait s’accorder assez bien à ses états d’âme en cours.

Comme on est aussi ignorant en prévisions météo que les spécialistes salariés de la discipline, on s’en remit à Georges pour trouver la boisson qui irait le mieux avec le temps présent. L’art d’un barman de haute lignée est indispensable à une survie élégante… les belles amies américaines de Fitzgerald ne doivent-elles pas une partie de leurs folles nuits azuréennes à la complicité des barmen de la Riviera…jamais trop blondes, jamais trop chics, jamais trop saoules.

Louise de V leva son verre et dit « après la pluie, le beau temps. » Louise, des fois c’est l’inverse.

Bon, cher François-René, tu t’es bien foutu du monde avec tes soi-disant « Mémoires d’outre-tombe » Même Malraux n’a pas osé faire le coup, c’est pour dire ; j’en ai parlé à Caro qui a trouvé ça un peu prétentieux. Et tu sais que c’est une fille réservée et bien élevée (sauf bien sûr quand Jules vient lui chercher des noises ou quand on confond l’Iliade et l’Odyssée ou la valse à l’endroit et la valse à l’envers)

L’orage s’est éloigné,

Georges a pensé qu’il était temps de revenir au dry-martini.

Episode 219

Deux ou trois choses de ces temps-ci

Line traînait au bord de l’eau, pataugeant dans les dernières ondulations du ressac. Je traînais avec elle.

Elle dit : « Alex Alexander, on dirait que tu as l’air mélancolique » et éclata de rire ; « Bien sûr, tu ne sais rien de la vraie mélancolie ; d’abord il y a la mélancolie des filles et la mélancolie des garçons. Pour les filles, il faut t’y faire, tu n’en sauras jamais rien, c’est un secret ; par contre pour les garçons c’est trop facile, on voit clair dans votre jeu comme en plein jour. Un slow des années 60, un ou deux vers à la Musset et un air de chien battu. Des fois aussi ça marche. Au début… »

Tant pis, je trouve que la mélancolie de Line lui va bien

Des mouettes essayaient de faire diversion…

Louise de V s’était ouverte aux nouvelles technologies, elle avait été sur un site de rencontre (autrefois dit agence matrimoniale) à la recherche d’un prétendant à être son troisième mari. Soit l’agence n’avait pas fait son boulot ou il n’y avait pas de candidat pour le poste.

On lui a dit que ce n’était pas la saison.

Le Colonel, accompagnée de Lan Sue, foudroyante en robe fendue dorée (ou finalement peut-être noire), a commandé la troisième tournée de dry martini sur son compte, en l’honneur d’un crabe qui jouait du tambour sur une jonque… bref, ce n’était pas clair…

Line dit qu’elle était sur le point de tomber amoureuse…