Chroniques Mondes européens

Le Curé de Pompignan – Les Vacances à la Campagne de mon Père – Années 30

    *          POMPIGNAN par ANDRÉ SÉGUÉLA

Petit village du Tarn et Garonne situé près de Grisolles, d’où étaient natifs les grands-parents paternels.

Appelé « Pont la Montagne » durant la révolution de 1789, c’était un village tranquille doté d’un curé appelé le curé Boudounet, dont mon père un jour me raconta l’histoire.

Ce curé, natif des environs, faisant des études de médecine, voulait épouser une cousine à lui. Refus de la famille, pour des raisons que j’ignore. Réaction du futur curé, il abandonne ses études, entre au séminaire, est nommé curé de Pompignan et prend sa cousine comme bonne. Ils vécurent heureux, c’était un curé peu dévot qui chaque soir allait jouer à la manille au café du village avec quelques hommes peu assidus aux offices.

Après les vêpres du dimanche après-midi, il allait à la chasse dans les garrigues au-dessus du village. Sa bonne (sa cousine) lui apportait les bottes de chasse, qu’il enfilait devant l’église, ce qui lui évitait de passer à la cure qui se trouvait à l’entrée du village devant le boulanger.

Mon père fut son enfant de chœur. Il fit même un jour de St Clair avec un de ses copains, une quête à son profit devant l’église St Clair (église qui se trouve dans le cimetière de Pompignan sur la RN 20 allant à Grisolles. Cette quête se termina mal, une dévote alla avertir le curé Boudounet puis mon grand-père, ce qui se termina pour mon père par une correction, le grand-père Pierre Séguéla n’admettait pas cette façon de faire.

Mon grand-père Jean Séguéla enfant (1896-1964)

 Mon père était dans son enfance un peu vaurien. Il était gâté par ses parents assez âgés, par sa sœur Maria Astorg, de 13 ans plus âgée et soutenu par son grand-père paternel** qui n’admettait pas qu’on le touche.

J’allais en vacances à Pompignan où j’étais surveillé de près. Ma grand-mère mourut quand j’avais 10 ans, j’allais à la pêche au canal accompagné par mon grand-père muni de sa canne. Mon grand-père, grand honnête homme, n’aimait pas trop plaisanter. Il surveillait la pêche et à l’heure fixée par ma tante Maria Astorg, nous rentrions à la maison.

Mon père : André Séguéla (1921/1986) Écolier

Au début, je devais avoir 7 ou 8 ans, mon grand-père pêchait lui aussi au canal, il ne prenait presque jamais de poisson, il était équipé de gros bambous et le fil qu’il utilisait était trop gros, de plus, lorsqu’une barque passait sur le canal il fallait descendre tout le matériel dans le fossé, les barques à cette époque étaient tirées par des chevaux et les câbles utilisés étaient dangereux. Mon grand-père avait toujours une bonne excuse, les barques ou le vent, pour justifier ses mauvaises pêches.

Mon arrière-grand-père, Pierre Séguéla (1855-1933)

Photo prise vraisemblablement au début du XXème siècle, en même temps que sa fille Maria

Ma tante Maria Astorg me faisait laver la figure tous les matins, même les oreilles, ce que je n’appréciais pas.

Il y avait au château (château ayant appartenu avant 1789 au seigneur Lefranc de Pompignan, qui écrivit quelque peu, ensuite au Directeur du journal Le Temps, Le Monde actuel, qui s’appelait je crois Ebrard), un couvent de bonnes sœurs qui donnaient parfois des soirées théâtrales. Ma tante n’était pas dévote, mais était en bons termes avec les bonnes sœurs. Elle m’y amenait, puis nous rentrions nous coucher dans le lit chauffé au moine.

Les après-midis nous nous installions sur des chaises devant la porte, et je comptais les voitures automobiles qui passaient, je faisais un concours de « Marques ».

 

André Séguéla

1984

La tante de Pompignan, telle que je l’ai connue dans les années 50 (1883-1970)

 Dans mon enfance, j’eus 2 fois l’occasion de passer quelques jours de vacances chez la tante de Pompignan. (cf. ma chronique : Mes Vacances chez la Tante de Pompignan).

Mon père était heureux d’y retrouver l’atmosphère de son enfance.

Il nous amenait à la pêche au canal du midi, comme il l’avait fait enfant.

Les péniches étaient nombreuses, autotractées, il suffisait de retirer les lignes à leur passage et de les remettre à l’eau ensuite.

Elles provoquaient des vastes tourbillons d’eau, mais les poissons y étaient habitués et la pêche n’en subissait pas de mauvaises conséquences.

Nous arrivions à pêcher quelques poissons, notamment des poissons chats, très gloutons, qui avalaient l’asticot, l’hameçon et le bas de ligne. Pour les extraire, il fallait opérer sur place avec une paire de ciseaux, travail dont se chargeait mon père.

Ces poissons avaient la vie dure, ramenés chez la tante, et replongés dans une cuvette d’eau, ils se remettaient à nager. Comme ils n’étaient pas très comestibles, ils étaient le plus souvent rejetés au canal.

On prenait plus rarement des poissons plus nobles, comme les carpes, les aloses et les brèmes, on se contentait des ablettes et des goujons.

Une deuxième occupation de son enfance occupait nos soirées, dépourvues de divertissements télévisuels : les concours de marques de voitures.

Après le dîner, pendant les longues journées d’été, où la nuit mettait beaucoup de temps à tomber, nous installions nos chaises devant la maison, directement au bord de la route nationale 20.

Nous faisions un concours : chacun de nous 4, mon père, ma mère, mon frère et moi, choisissions une marque de voiture, et chaque véhicule qui passait devant nous attribuait un point au détenteur de la marque.

Évidemment, il valait mieux choisir Renault, Citroën ou Peugeot, pour avoir une chance de gagner. Celui qui misait sur Panhard ou Simca était sûr de perdre.

La Maison de la Tante de Pompignan au XXème siècle.

Elle est située au bord de la nationale 20.

Un emplacement rêvé pour « compter » les voitures

Nos parents nous laissaient choisir, et en misant sur Renault, j’avais de grandes chances de gagner.

A la nuit tombée, on faisait les comptes, et tout le monde allait se coucher, dans des draps qui sentaient bon la campagne.

C’est ainsi que mon père nous fit partager les plaisirs de sa jeunesse chez sa Tante de Pompignan.

*Maria Astorg née Séguéla, la sœur aînée de mon grand-père Jean, ma grand-tante.

Vers les années 1900/1903.

On l’appelait communément « la Tante de Pompignan »

 **Il se nommait aussi Pierre Séguéla, (1824/1908)