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Roger Séguéla s’entretient avec l’interprète du « Pérégrin »

Après Jacques Brasseul qui s’est entretenu récemment avec Michel Herland, l’auteur du Pérégrin (1), c’est au tour de notre chroniqueur « musique », Roger Séguéla, de converser avec Patrice Perron qui dit le texte du Pérégrin sur une musique qu’il a composée et interprété avec deux autres musiciens. Nos lecteurs auront ainsi une meilleure idée de cette réalisation qui combine écriture, paroles et musique. MF.

Roger Séguéla. Comment s’est préparé l’enregistrement ?

Patrice Perron. Très simplement d’un point de vue organisationnel, c’est-à-dire qu’il était impossible de dire d’une seule traite, d’un seul souffle d’asthmatique que je suis (!), le texte en entier. Sans compter sur les risques, toujours possible de bafouillage au mauvais moment. La deuxième contrainte, tout aussi importante, a été l’accompagnement musical. Le texte enregistré d’une seule traite nous aurait entraînés dans une musique répétitive avec un accompagnement réduit à deux ou trois instruments.

RS. Dès lors, comment avez-vous procédé ?

PP. J’ai commencé par découper le texte en morceaux appelés à devenir les futures plages du disque, sans dénaturer le texte. Michel Herland a validé mon découpage. Ensuite, avec Patrick Le Houëdec, nous avons listé les instruments disponibles. Enfin Bernadette Menut s’est jointe à nous, apportant à la fois un regard nouveau à notre égard et ses instruments, surtout des percussions et le handpan. C’est encore elle qui m’a fait découvrir le psaltérion, dont j’ai acquis un exemplaire et que j’ai utilisé sur deux des morceaux instrumentaux que nous avons enregistrés.

RS. Ah oui, en effet, un instrument très intéressant mais très peu connu. Pouvez-vous en dire un peu plus à nos lecteurs ?

PP. L’existence du psaltérion remonte à la Grèce antique. Il en existe différentes formes proches des luths mais il appartient à la famille des cithares. Il a été beaucoup utilisé dans les musiques folkloriques des pays du Nord-Est de l’Europe. C’est donc un instrument à cordes, chacune ayant sa note, comme une harpe. D’ailleurs le son est ressemblant quand on joue au doigt sur les cordes. Mais on peut jouer avec un archet comme le fait le groupe Tri Yann An Naoned (les 3 Jean de Nantes).

Le mien est triangulaire, la corde la plus longue est au centre, c’est la plus grave, les plus aigües étant les plus courtes des 2 côtés, vers la base. On tient l’instrument d’une main et on joue de l’autre. C’est Bernadette Menut qui m’a fait découvrir cet instrument et je m’en suis acheté un exemplaire. Il a un son superbe.

RS. Une fois ce découpage effectué, les instruments choisis, avez-vous travaillé dans l’ordre du texte ?

PP. Surtout pas ! Car le risque aurait été d’obtenir un ensemble monotone et donc trop prévisible. Au contraire, nous avons décidé de travailler les différences séquences en fonction des idées que je me faisais de leur ambiance (forêt, désert, intimité, grands espaces etc …). Cela nous a aidé à échapper au risque d’une progression trop visible dans la maîtrise des instruments et des constructions musicales. Éviter ce qui s’observe parfois dans les disques, les films ou les livres dont les auteurs paraissent maîtriser de mieux en mieux leur sujet au fur et à mesure qu’on avance dans leur œuvre, ou encore comme un élève qui se montrerait plus à l’aise à la fin de sa dissertation qu’au début.

RS. Vous avez donc cherché l’homogénéité dans le rendu du CD ?

PP. Je l’espère ! Tout en cherchant une variété des genres musicaux. Il nous est arrivé de reprendre des morceaux que nous croyions acquis, mais qui ne l’étaient plus à la lumière des morceaux enregistrés plus tard.

RS. On ne se passe plus guère de nos jours de la programmation de certains accompagnements. Comment intervient-elle ici ?

PP. Patrick Le Houëdec, qui a participé avec moi à la composition musicale, a programmé une basse, une batterie ou un mellotron en même temps qu’il préparait ses grilles d’accords. Ces outils devenus effectivement indispensables donnent du relief au morceau tout en exigeant de la rigueur de la part des musiciens. Cela étant, nous avons utilisé aussi des vraies guitares basses électriques dans plusieurs morceaux, notamment dans le « duo de basses et carillon » où chacune des deux basses, celle de Patrick et la mienne, sort sur une enceinte distincte de votre chaîne stéréo.

RS. J’ai remarqué la présence des percussions avec souvent des sonorité étranges.

PP. Je joue de plusieurs instruments de cette famille, de même que Bernadette Menut qui maîtrise des instruments que l’on peut considérer à juste titre comme « exotiques », par exemple un tambour chamanique qui ressemble un peu au bodhran, ou des instruments aux sons non directement musicaux mais qui créent une ambiance, comme le carillon, le gong, le shaker kénari (comparable à des maracas par exemple, avec un son plus boisé) ou le tambourin. Nous avons utilisé également le cajõn et la cymbale en guise de batterie, pour éviter les difficultés liées à l’enregistrement de cet instrument. La variété introduite par tous nos instruments nous a permis d’éviter de tomber dans une tonalité trop monotone ; elle contribue, espérons-nous, à multiplier les ambiances sonores sans rompre l’homogénéité de l’ensemble.

RS. Qu’espériez-vous obtenir ?

PP. Notre souhait est de surprendre l’auditeur et de susciter sa curiosité. Le texte est si puissant que nous avons jugé nécessaire d’ajouter aux plages où la musique accompagne la parole, des intermèdes purement musicaux, afin de ménager des brefs temps de respiration pour les lecteurs/auditeurs. Car pour nous, l’idéal est en effet que l’auditeur ait d’abord le texte sous les yeux quand il écoute le disque, pour profiter pleinement d’une œuvre qui est à la fois paroles et musique. Ce qui n’interdit pas, dans un second temps sans doute, de se concentrer sur la musique pour tenter de repérer comment chaque instrument apporte sa note particulière.

RS. Rassurez-vous, vos objectif sont parfaitement atteints. J’ai éprouvé un réel plaisir à écouter votre disque, livre en main comme vous le recommandez, tout en faisant attention à l’apparition de vos étranges instruments. Et nous savons tous les deux combien Michel Herland s’est senti honoré que vous choisissiez son texte et combien il apprécie votre interprétation.

 

Le livre : Le Pérégrin de Michel Herland dit par Patrice Perron, Guidel, Éditions Sauvages, coll. « Askell », 2026, 38 p.
Le CD : Patrice Perron dit Le Pérégrin (texte de Michel Herland), Guidel, Éditions Sauvages, coll. « Askell », 2026.
Avec Patrice Perron : voix, harmonicas, cajoñ, djembé, bongos, cymbale, psaltérion, basse électrique, handpan médium, mélodica, castagnettes.
Patrick Le Houëdec : guitare acoustique et guitares électriques, basse électrique, mellotron, programmation basses, programmation batterie, arbre de pluie, kanyamb.
Bernadette Menut : carillon, handpan, tambourin, tambour chamanique, maracas, gong, cymbale, kenari, tubalophone.
Le livre + le CD : 20 € + frais de port. Adresser les commandes à Patrice Perron, 9 Beg Menez, 56520 Guidel.

(1) Jacques Brasseul s’entretient avec l’auteur du « Pérégrin » – MondesFrancophones.com