Deux livraisons de « Francofonia » sur la littérature africaine

Francofonia est une revue académique italienne basée à l’Université de Bologne et dirigée par Maria Chiara Gnocchi. Consacrée aux littératures francophones, cette revue biannuelle publie des articles rédigés en français (à l’exception de quelques comptes-rendus d’ouvrages) par des auteurs dont le choix est commandé par le thème de chaque numéro. L’on ne saurait trop la recommander (s’ils ne la connaissent pas déjà) à nos lecteurs intéressés par la littérature en tant que discipline universitaire.

Les thèmes traités dans Francofonia font preuve d’un éclectisme de bon aloi. Pour s’en tenir aux plus récents : « Francophonies barbares » (n° 70), « Kalisky l’intempestif » (n° 71), « Rimbaud le voyant » (n° 72), « Le conte de fées français » (n° 73), « Le concept de genre a-t-il changé les études littéraires ? » (n° 74), « Simenon et l’Italie » (n° 75).

Les deux dernières livraisons portent sur l’Afrique, cette portion du globe que les personnes concernées nomment de plus en plus souvent « le Continent », une pratique qui mériterait à coup sûr une (psycho)analyse. Mais cette question n’est évidemment pas celle qui retient les auteurs des deux numéros en question. Le n° 76 (167 p.) s’intitule Les enjeux de la mémoire dans la littérature et les arts contemporains de la République Démocratique du Congo et le n° 77 (222 p.) 60 ans après le Deuxième congrès des écrivains et artistes noirs (Rome, 1959) : l’héritage.

Dans les deux cas, il y a du grain à moudre et l’on ne peut que recommander à nouveau aux lecteurs intéressés par ces thèmes de commander la revue[i]. Le n° 76, dirigé par Eloïze Brezault (Univ. Saint-Lawrence), qui est donc consacré au Congo ex-belge, réunit sept articles (hors introduction). En toute subjectivité, nous avons retenu celui de Katie Tidmarsh (Univ. Paris-Diderot) consacré à Tram 83, le roman de Fiston Mwanza Mujila (2014) qui a fait l’objet d’une adaptation théâtrale dont Selim Lander a rendu compte ici même[ii]. K. Tidmarsh pose bien la problématique de toute écriture africaine contemporaine : « Comment écrire son pays et son histoire quand se posent le besoin d’assimiler le passé difficile d’un pays comme [ici] le Congo, les attentes capricieuses d’un lectorat étranger, et le risque de confirmer les clichés de l’Afrique de la misère ou de la violence ? » (p. 52) : la quadrature du cercle ! L’article explique assez bien cependant comment F. Mwanza Mujila réussit à faire une œuvre « entre indignation et titillation » (p. 58) décrivant « un présent cacophonique et carnavalesque, où ce qui compte sont les ‘choses qui n’existent qu’entre un excès de bière et l’intention de vider sa poche qui exhale les minerais de sang’ (Tram 83, p. 14) » (p. 57).  Cet article est complété par un entretien de F. Mwanza Mujila avec E. Brezault où le premier explique qu’il a cherché « un langage théâtral pour rendre compte de ce huis-clos [celui du bar nommé Tram 83], de cette performance et donner cœur à ce chaos » (p. 141).

Le n° 77, dirigé par Bernard Mouralis (Univ. Pontoise) et Natalia Raschi (Univ. Pérouse) rassemble cinq contributions (toujours hors introduction) parmi lesquelles on retiendra en particulier celle de Jean Derive (Univ. Savoie) qui propose une périodisation de la création romanesque africaine en trois phases : l’écriture académique (1950-1970), la « tropicalisation » du français (1970-2000), enfin l’écriture « décomplexée » (XXIe siècle). L’article de Florian Alix (Sorbonne) sur les figures du leader africain dans la littérature a également attiré notre attention. On regrette, en passant, que l’auteur ne s’attarde pas davantage sur le cas des littérateurs devenus leaders comme Senghor (Sénégal) et Césaire (Martinique). Service du peuple ou trahison des élites chez les hommes de lettres africains ? La question, qui vaut également pour d’autres écrivains africains, mériterait d’être inscrite au sommaire d’un futur numéro de Francofonia (ou d’un autre revue).

[i] 52 € le numéro papier (hors Italie). 76 € l’abonnement en ligne (deux numéros).

[ii] https://mondesfrancophones.com/espaces/periples-des-arts/theatre-apercus-des-francophonies-en-limousin-edition-2017/

Par Michel Herland, , publié le 08/03/2020 | Comments (2)
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Carnaval d’hier et d’aujourd’hui

Vini Wè Mas Pasé (Viens voir passer le masque)

Une soirée théâtrale comme on en voit peu. Une vingtaine de comédiens enchaînent une série de tableaux vivants et souvent sonores évoquant le carnaval d’antan en Martinique. Le carnaval existe toujours, certes, et il va battre son plein du samedi 22 au mercredi 26 février. Mais il s’est transformé à la mesure de la population martiniquaise, certaines pratiques ont disparu. S’il demeure une tradition populaire, il est devenu plus bruyant (avec des camions portant des murs de baffles !), plus organisé. Les bals masqués chez des particuliers ont disparu, remplacés par des soirées payantes dans des propriétés privées encadrées par des vigiles. Mais les vidés (défilés) au son des tambours des « groupes à pied » qui se distinguent par leurs costumes, continuent à animer les rues de Fort-de-France et d’autres localités pendant des heures.

Le metteur en scène Hervé Deluge réinvente un carnaval à mi-chemin entre hier et aujourd’hui pour le plus grand plaisir des spectateurs martiniquais qui peuvent se reconnaître et retrouver des souvenirs du passé. La troupe est constituée de quinze amateurs et trois professionnels. Il y a donc fatalement des maladresses dans le jeu, la diction de certains, la pièce peine à démarrer mais l’on est quand même impressionné par le travail accompli. Le spectacle est surtout une réussite sur le plan visuel, avec une multiplicité de costumes et de masques, des jeux de lumières, des projections. Défilent devant nous Bêt à fé (luciolles), Médsen lopital, Béké (blanc créole), Mas lanmo (masque de la mort), diablesse (personnage mythique au pied fourchu censé entraîner les hommes à leur perte), mariages burlesques (hommes déguisés en femmes et inversement), Mariann lapofig (personnage dissimulé sous des feuilles de bananiers), Touloulous (des femmes entièrement couvertes, y compris la tête et les mains, de vêtement somptueux et qui prennent l’initiative d’inviter un homme à danser, lequel ne sait donc pas à qui il a affaire), etc. Des anecdotes qui nourrissent le carnaval sont rappelées, souvent à l’aide d’une vieille chanson.

Inévitable clou du spectacle, Vaval, le roi du carnaval, marionnette géante que l’on brûle traditionnellement pendant la nuit du mardi gras au mercredi des cendres. On l’attendait : il est descendu des cintres, blanche silhouette géante qui s’animera grâce aux images projetées sur lui. Tout carnaval est politique. Le défoulement ne s’exprime pas seulement par des mœurs dissolues. Le carnaval est l’occasion de faire savoir ce que l’on sur le cœur, de prendre à partie les politiciens, en particulier. Il est donc dans l’ordre des choses que le président de la République Emmanuel Macron (puisque la Martinique demeure française) et celui de la « Collectivité territoriale », Alfred Marie-Jeanne, soient interpellés sur les problèmes de l’heure comme la réforme des retraites, les gilets jaunes ou le chlordécone (un pesticide qui a empoisonné durablement les sols). Et, bien sûr, les maîtres de l’économie de l’île ne sont pas épargnés non plus. Pas plus que la population martiniquaise accro aux supermarchés. Quant à la langue de la pièce, elle alterne le français et le créole toujours vivant en Martinique.

Vini Wè Mas Pasé, comédie carnavalesque sur une idée originale de Lydie Bétis. Ecriture et M.E.S Hervé Deluge avec Rita Ravier, Christian Charles Denis et Alfred Fantône (comédiens et musiciens professionnels) et la participation de Dominique Guesdon : projection mapping ; Valérie Petris et Marc Olivier René : lumières ; Daniel Accamah : scénographie, accessoires ; Gabriel Talbo : costumes ; Yves Lamorandière : conseil historique. Théâtre municipal de Fort-de-France les 12, 13 et 14 février 2020.

Par Michel Herland, , publié le 13/02/2020 | Comments (0)
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Les vœux du directeur

Par MF , , publié le 03/01/2020 | Comments (3)
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« Lourdes » comme douleurs

Cela commence par des mains, de vieilles mains toutes ridées qui frôlent, caressent une roche humide et noire. Nous sommes dans la grotte de Lourdes, les mains sont celles des fidèles, ils espèrent s’incorporer quelque chose de la Vierge Marie qui est apparue ici à une jeune bergère – l’Eglise l’atteste –, la Vierge qui fait des miracles, qui peut soigner les cas désespérés (le film rapporte que les médecins ont constaté 7000 guérisons inexpliquées depuis 1858 parmi lesquelles l’Eglise a reconnu 70 miracles).

Le miracle de Lourdes c’est en tout cas tout le déploiement de ferveur qui se manifeste autour de la grotte, les milliers de fidèles rassemblés dans la cathédrale de béton, les dizaines de milliers qui assistent à la messe en plein air dans les grandes occasions, les processions aux flambeaux, les chemins de croix suivis par une foule imposante. Des croyants venus parfois de très loin, des membres du clergé, des soldats en uniforme, des gitans dans leurs caravanes et des malades, beaucoup de malades, par trains entiers parfois ou dans des autocars adaptés. Des malades sur des brancards ou des chaises roulantes. Et des malades de la vie, comme ces prostitués des deux sexes opérant au Bois de Boulogne qui ont pris le chemin de Lourdes, eux aussi, dans on ne sait quelle attente. Tous accompagnés par des proches ou des bénévoles, reçus sur place et soignés par d’autres bénévoles avec une patience et une douceur admirables.

Et le miracle du documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, c’est de montrer tout cela sans jamais tomber dans un voyeurisme malsain. Les deux cinéastes installent une empathie immédiate chez les spectateurs. Nous ne sommes plus confrontés à un infirme dont les difformités nous effraient mais face à un autre humain qui, simplement, n’a pas eu les mêmes chances que nous. Puisqu’un handicapé nous renvoie obligatoirement à nous-mêmes. Ce que nous ressentons alors n’est pas seulement de la pitié, c’est une forme d’amour pour un être tout aussi humain que nous, qui a eu le malheur de perdre à la grande loterie de la vie.

Les croyants acceptent – paraît-il – le malheur comme une épreuve imposée par Dieu. Mais que dire de cet enfant de trois ans, beau comme un cœur, qui s’est fait renverser par une voiture et n’est plus depuis lors qu’un pauvre être cloué à sa chaise roulante, à peine capable de prononcer quelques mots. Se rend-il compte de son sort ? On préfère qu’il n’en soit rien. Mais même si tel est le cas, l’épreuve demeure pour ses parents, pour sa mère qui se consacre entièrement à lui. Tout cela est-il nécessaire ? Est-ce vraiment dans le plan de Dieu ?

Epreuve ou punition ? Dieu, dans ce cas, ne ferait-il pas mieux de punir les méchants, ces gamins, par exemple, qui persécutent une collégienne affligée d’une maladie qui déforme son corps, qui vient tous les étés à Lourdes pour se donner le courage d’affronter la rentrée ? Et que dire de la douleur du papa chômeur obligé d’expliquer à la petite qu’il arrive à la fin des ASSEDIC et qu’ils ne pourront sans doute pas revenir à Lourdes l’été suivant ?

Il y a d’autres « cas » comme ces deux-là dans le film, d’autres histoires individuelles tout aussi déchirantes qui suscitent l’admiration devant la résilience des humains frappés par des « coups durs ». Mais l’on n’en sortira pas plus optimiste pour autant. Car nous avons appris la banalité du mal. Nous savons, hélas, que le même individu qui se dévoue corps et âme à un enfant malade peut être par ailleurs une brute qui torture, assassine sans états d’âme, par perversité, lâcheté ou simple obéissance.

Le film, pour sa part, se contente de montrer ; il ne commente rien. Les croyants y trouveront de quoi conforter leur foi. Les incroyants conviendront que la foi peut encourager chez certains la charité et l’amour du prochain. Et que, sans nul doute, Lourdes fait du bien aux malades qui s’y rendent, même s’ils n’en repartent pas guéris, comme aux personnes qui se dévouent auprès d’eux.

Lourdes, de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, France, 2018.

 

(Vu en Martinique, avec quelques mois de retard sur la Métropole, dans la programmation de Tropiques-Atrium scène nationale.)

Par Michel Herland, , publié le 18/12/2019 | Comments (3)
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“Black America” de Caroline Rolland-Diamond

Caroline Rolland-Diamond, Black America, une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (XIXe-XXIe siècle), Paris, La Découverte/Poche, 2019, 656 p., 15 €.

La réédition en poche de ce livre paru initialement en 2016 est l’occasion d’attirer à nouveau l’attention sur la somme magistrale consacrée aux « Africains-Américains » suivant l’expression retenue par l’auteure, enseignante à Nanterre. Cet ouvrage dense et copieux, qui démarre avec l’abolition de l’esclavage à l’issue de la guerre de Sécession et s’achève sur la présidence d’Obama, expose en détail les étapes de l’émancipation progressive des Noirs américains. Emancipation progressive et le plus souvent douloureuse tant les Blancs du Sud des Etats-Unis se sont montrés récalcitrants à reconnaître les droits les plus élémentaires de leurs compatriotes de couleur. Lynchages, tribunaux protégeant les assassins blancs et condamnant systématiquement les Noirs aux peines maximales, travaux forcés pour les condamnés, discriminations et intimidations en tout genre étaient monnaie courante.

Le vote censitaire ou soumis à la réussite d’un examen prouvant les capacité mis en œuvre dans les Etats sudistes fit obstacle à l’exercice des droits civiques élémentaires des Noirs, sans compter des menaces qui n’étaient pas simplement en l’air. Exemple : L’arrêt Smith v. Allwright (1944) interdit l’organisation d’élections primaires réservées de facto aux Blancs. Deux ans plus tard, dans le comté de Taylor (Georgie), le seul Noir qui parvint à déposer son bulletin lors des primaires du Parti démocrate, en bravant une bande armée, fut abattu le lendemain. La ségrégation légale dans les écoles, les transports, les magasins fut démantelée tout aussi difficilement. Ainsi l’arrêt Brown de la Cour suprême (1954) interdisant les écoles séparées pour les enfants blancs et noirs rencontra-t-il au Sud une résistance massive.

Tout cela explique le mouvement migratoire long des Africains-Américains du sud au nord des Etats-Unis (favorisé à partir de 1924 par l’imposition de quotas à l’immigration étrangère). Ce qui n’empêchait pas les discriminations de fait, les violences policières et les émeutes. Par exemple celle de Harlem, en 1964, provoquée par l’assassinat d’un jeune noir par un policier blanc, qui fit des milliers de morts. C’est d’ailleurs au Nord ou à l’Ouest que surgirent les mouvements les plus radicaux défendant la cause des Noirs, Nation of Islam, Black Power, Black Panthers, opposés à la stratégie non-violente de Luther King, celle également développée par les femmes noires qui ont toute leur place dans cette histoire.

Les Noirs ont néanmoins profité, mais à un degré moindre que les Blancs, de l’élévation générale du niveau de vie. Les deux guerres mondiales ont favorisé l’emploi des hommes comme des femmes. Les universités ouvertes aux Noirs se sont multipliées (subventionnées par les Etats du Sud en vertu de leur doctrine du « développement séparé »). New York vit la « Renaissance de Harlem » dans les années 20 tandis que le capitalisme noir prospérait à Chicago, considérée comme la « métropole noire », etc. Si Black America ne cache pas ces évolutions positives, l’histoire des Africains-Américains reste fondamentalement celle des sévices et des crimes dont ils sont les victimes, de leurs luttes pour la dignité et l’égalité. Bien que toute ségrégation légale ait disparu, les discriminations subsistent en matière de logement, d’éducation. Elles entretiennent une culture de ghetto véhiculant des valeurs matérialistes et machistes. Pire, les crimes des policiers n’ont pas disparu (d’où le mot d’ordre Black lives matter). Force est de constater, avec l’auteure, que l’élection d’Obama, pour symbolique qu’elle soit, n’a pas fondamentalement amélioré la situation des Noirs américains.

Le livre est divisé en sept périodes successives, la plus brève (1961-1965) correspondant à la plus forte intensité de la lutte pour les droits civiques, chaque partie étant divisée en brefs chapitres thématiques. Les notes (60 pages) sont reportées en fin de volume avec la bibliographie (11 pages) et un index nominum (10 pages). Un index rerum aurait permis de suivre plus aisément l’évolution de certains sujets récurrents (la « Grande Migration », l’affirmative action, etc.).

Article paru originellement dans la revue Esprit, n° 459, novembre 2019.

Que pensent les « Négropolitains » (1) ?

« Les assignations sont réductrices même si elles peuvent protéger
car l’entre-soi est une protection ». Daniel Maximin.

Laurent Laviolette, Les Apparences dépouillées – Entretiens, Ed. Hervé Chopin, 202 p., 19 €.

Ce livre fait un sort – s’il en est besoin – au mythe des Antillais qui seraient les mêmes sur les deux rives de l’Atlantique. Ce n’est pas le lieu, ici, d’exposer ce qui les sépare, voire les oppose, et le livre ne s’en charge pas. Il se contente de donner la parole à quelques Antillais de Métropole, en leur posant les mêmes questions : Quand avez-vous pris conscience que vous étiez Noir ? Avez-vous souffert du racisme ? Votre rapport au créole ? Avec la communauté antillaise ? Que pensez-vous de la discrimination positive ?

On pourrait penser que le fait qu’il s’agisse de personnalités le plus souvent brillantes, qui ont réussi dans leur carrière, pourrait introduire un biais dans leurs réponses. En réalité ce qu’ils expriment, avec des nuances, évidemment, d’un individu à l’autre, est partagé par la grande masse des Antillais qui se sont intégrés en Métropole, à quelque niveau que ce soit. A noter que les personnes interrogées sont souvent nées en Métropole ou y sont arrivées très jeunes. Leur intégration en a été évidemment facilitée.

Le livre s’ouvre sur un entretien avec Daniel Maximin, un homme de lettres. Il se poursuit avec Kareen Guiock, journaliste et musicienne ; Olivier Laouchez, pdg du groupe média Trace ; Audrey Pulvar, journaliste, écrivaine, présidente d’African Pattern (fonds d’écologie solidaire) ; Jean-Marc Mormeck, ex champion de boxe, délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’Outre-Mer ; l’acteur et réalisateur de films Lucien Jean-Baptiste ; la chanteuse et comédienne Jocelyne Béroard ; le musicien et compositeur Thierry Pécou. S’intercalent deux entretiens avec des Africains d’origine, Lionel Zinsou, financier, ancien premier ministre du Bénin et Cécile Djunga comédienne et humoriste.

Le livre se clôt sur un dernier entretien avec Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre d’origine tunisienne, chargée d’apporter son expertise sur les relations interraciales. Comme un clin d’œil à Frantz Fanon, cité par Laurent Laviolette (lui-même financier et un temps chef de cabinet de la ministre des Outre-Mer) dans son prologue, mais curieusement absent de la suite du livre, alors même que toutes les personnes interrogées auraient pu reprendre à leur compte la formule fameuse, à la fin de Peau noire, masques blancs : « Ce n’est pas le monde noir qui dicte ma conduite. Ma peau n’est pas dépositaire de valeurs spécifiques » (cité p.17).

Si toutes les personnes interrogées dans le livre ne sont pas aussi explicites que Lionel Zinsou qui critique la démarche du CRAN, ou Audrey Pulvar, telle est bien, en effet, l’opinion qui se dégage de leurs propos. De même ne semblent-elles pas traumatisés par le racisme des cours de récréation dont elles ont fait l’expérience (comme bien d’autres enfants qui ne sont ni noirs ni arabes). D’aucuns affirment d’ailleurs que la société française n’est pas fondamentalement raciste. En tout état de cause, la discrimination raciale est si étroitement mêlée avec la discrimination sociale qu’il est souvent difficile d’identifier l’acte spécifiquement raciste. Comme disait Pierre Bourdieu, « si vous êtes X-Mines vous êtes blanc », sous-entendu quelle que soit votre couleur véritable (cité par L. Zinsou, p. 128).

Il serait absurde, pour autant, de nier l’existence des discriminations, et que les femmes en sont sans doute davantage victimes que les hommes, étant ciblées à la fois en raison de leur origine et de leur sexe (ce qu’on nomme désormais « l’intersectionnalité »). Mais tout dépend de la personne et des circonstances. Audrey Pulvar, encore, ne reconnaît-elle pas que le fait d’être femme et d’être noire peut aussi être un atout, même si c’est « pour de mauvaises raisons » (p. 89) ?

Alors faut-il ou non pratiquer la discrimination « positive » en faveur des « minorités visibles » ? Elle ne fonctionne pas si mal en faveur des femmes en politique ou dans les affaires, à l’Assemblée comme dans les conseils d’administration où leur nombre s’est accru très sensiblement depuis l’imposition de quotas. On pourrait donc s’attendre à ce que toutes les personnes interrogées y fussent favorables. Or si c’est bien le cas de certains, d’autres s’y montrent opposés car ils refusent toute politique qui assignerait les Noirs à leur origine : « la communauté ne se définit pas par un enfermement communautaire » (D. Maximin, p. 39).

 

(1) Noirs nés en France et/ou y ayant grandi.

Chronique d’un adultère : Albert Camus – Maria Casarès

Florence M.-Forsythe : Tu me vertiges – L’amour interdit de Maria Casarès et Albert Camus, Ed. Le Passeur, 2017, 440 p.

Catherine Camus aurait-elle autorisé la publication chez Gallimard, en 2018, de la correspondance[i] entre ces deux monstres sacrés que sont l’écrivain Camus et la comédienne-tragédienne Casarès si Florence Forsythe n’avait pas publié antérieurement son récit, basé sur les confidences recueillies auprès de son amie Maria Casarès et sur un travail d’archives, de ces amours tumultueuses ? La (petite) histoire de la littérature le dira un jour. Le fait est en tout cas que les deux ouvrages qui n’ont pas été pensés simultanément se complètent. D’un côté le verbe brut des deux amants. De l’autre le roman de leur romance.

Le propos, ici, ne sera pas centré sur la Correspondance qu’on pourra d’ailleurs juger un peu décevante, surtout du côté de Camus qui manque pour le moins de lyrisme dans l’expression de ses amours. Casarès, heureusement, se montre plus passionnée. Par écrit du moins, car en pratique, elle a su quand ne pas répondre aux demandes pressantes de Camus et quand rompre une relation à l’évidence déséquilibrée, Camus étant déjà remarié quand il a rencontré la jeune première du Malentendu.

Le livre de F. Forsythe ajoute aux échanges épistolaires tout le contexte que les notes de bas de page du gros livre de Gallimard ne peuvent qu’esquisser. Ainsi passe-t-on en revue tout le « monde » parisien des deux amants, qui n’est pas n’importe quel monde puisque c’est celui de la littérature, du théâtre et des arts, une réunion de grands noms qu’il serait fastidieux de citer ici, de Sartre à Picasso ou de Leiris à Barrault en passant par Gallimard et Mouloudji (et toutes les compagnes ou compagnons d’y-ceux). On pourra s’étonner – ce n’est pas le moindre apport de cet ouvrage – au récit des fêtes qui réunissaient l’intelligentsia parisienne pendant la guerre. Si l’on circulait à vélo (avec parfois une belle en équilibre instable sur le guidon), cela n’empêchait point de se retrouver pour faire la fête dans de somptueux appartements des beaux quartiers, où l’alcool (si ce n’est l’opium) élevait sensiblement la température à défaut du charbon rationné.

Il faut lire le livre pour comprendre ce qui a pu unir deux être choyés par les dieux, pas si loin des amours contingentes de Sartre et du Castor (F. Forsythe n’évoque-t-elle pas le « harem » de Camus ?), héritiers inconscients du surréalisme dans ce qu’il avait de plus pur et de plus intransigeant, vivant les heurs et les malheurs d’une liberté qu’il fallait, chaque jour, réinventer.

 

[i] Albert Camus, Maria Casarès, Correspondance – 1944-1959, Paris, Gallimard, 2018.

Un nouveau traité pour l’Europe ?

Manon Boujou, Lucas chancel, Anne-Laure Delatte, Stéphanie Hennette, Thomas Piketty, Guillaume Sacriste, Antoine Vauchez, Changer l’Europe, c’est possible !, Paris, Ed. Points, 2019, 96 p., 3 €.

Pour 3 € on peut se dispenser d’aller consulter sur son écran le projet de « Traité de démocratisation » (T-Dem) instituant une nouvelle forme de coopération entre pays européens volontaires. Il faudra par contre utiliser internet (tdem.eu) pour signer le manifeste appelant à la signature dudit traité… pour peu qu’on le juge opportun.

Comment ne pas souscrire a priori à l’idée de former un sous-ensemble de pays qui dégageront les ressources fiscales supplémentaires nécessaires pour réduire les inégalités, résoudre les problèmes les plus criants comme l’accueil des migrants et favoriser les investissements indispensables en matière de transition écologique et plus généralement d’innovation, tout en renforçant la démocratie ? Le groupement des pays volontaires – qui devraient représenter au moins 70% du PIB et de la population de l’UE (soit par exemple l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne) – serait doté d’une assemblée parlementaire ad hoc constituée à 80% de parlementaires nationaux (et pour le reste seulement de parlementaires européens), ceci dans le but afin de limiter le risque de contradiction entre les décisions des parlements nationaux et celles de l’assemblée ad hoc.

L’assemblée ad hoc serait dotée de pouvoirs budgétaires : vote de certains impôts et de certaines dépenses. Afin d’éviter les contestations de la part de ceux qui craindraient que l’Europe ne devienne une vaste « union de transfert » entre pays, le projet prévoit de limiter à 0,1% de leurs PIB respectifs l’écart entre les recettes et les dépenses versées au ou reçues du budget commun (à l’heure actuelle les contributions nettes de l’Allemagne, la France et du Royaume-Uni s’établissent entre 0,4 et 0,2% de leur PIB), en arguant que « le défi central auquel fait face l’Europe est plutôt de réduire les inégalités à l’intérieur des pays » (p. 25). Sachant néanmoins que les dépenses profitant à l’ensemble des pays adhérents mais dont la localisation est contrainte par nature (en matière d’environnement ou d’accueil des migrants) seraient sorties du calcul.

Le budget à la disposition de l’assemblée devrait atteindre 4% des PIB des pays membres. Il serait abondé par des impôts spécifiques sur les bénéfices, les hauts revenus, les hauts patrimoines et les émissions de carbone[i]. La moitié de ce budget reviendrait directement aux Etats membres lesquels pourraient notamment utiliser cette ressource en abaissant « les impôts pesant sur les plus modestes » (p. 29).

Les auteurs du projet (parmi lesquels on aura noté la présence de Th. Piketty) professent que « l’instauration d’une fiscalité progressive sur les hauts revenus et patrimoines et sur les grandes multinationales, absolument nécessaire au maintien de l’Etat social et de la justice fiscale, ne pourra fonctionner que grâce à la coopération internationale et en premier lieu européenne » (p. 6). Dont acte. Mais c’est justement pour cette raison qu’il est permis de douter de la pertinence de leur projet. En admettant que certains pays européens souscrivent au T-Dem et se mettent à lever les impôts énumérés plus haut, que faudra-t-il attendre sinon une évasion fiscale accrue ? Les auteurs insistent sur la compatibilité nécessaire avec les traités européens en vigueur pour l’adoption du T-Dem. Cela signifie concrètement que les paradis fiscaux ne cesseront de fleurir, y compris à l’intérieur de l’UE, en d’autres termes « que le marché unique (continuera à) favorise(r) les plus mobiles ».

Est-ce volontairement que les auteurs cultivent constamment un flou terminologique ? Par exemple lorsqu’ils intitulent « Assemblée européenne » l’assemblée ad hoc réunissant les représentants du sous-ensemble de pays ayant adhéré au T-Dem ? On croirait à lire Changer l’Europe que l’assemblée que nous nommons plus justement « ad hoc » pourrait légiférer pour le bien de l’UE entière ! Les auteurs vont jusqu’à avancer que l’Irlande et le Luxembourg pourraient se montrer intéressés par le T-Dem sous prétexte que « la concurrence fiscale est un levier de développement peu solide et peu créateur de valeur ajoutée » (p. 47) !

Les auteurs du projet se revendiquent de gauche et stigmatisent les mouvements populistes qui font de « la chasse aux étrangers et aux réfugiés » leur unique programme (p. 10). Logiquement, les ressources dégagées grâce aux nouveaux impôts devront être consacrées en partie à « l’accueil des demandeurs d’asile et de titres de séjour » (p. 65) et à « l’intégration des migrants légaux » aptes à « remplir les besoins de main d’œuvre » (p. 66). Pas un seul mot sur les déboutés du droit d’asile et autres migrants illégaux : que deviendront-ils ? A nouveau le flou règne. D’autant que la conclusion du livre se contente de répéter que l’intégration des « nouveaux migrants » (sans aucune distinction) est « une véritable opportunité économique », par ailleurs cohérente avec « les valeurs humanistes européennes » (p. 92). Les auteurs ne semblent pas voir qu’en ouvrant ainsi en grand la porte à l’immigration ils se coupent d’une large frange de l’opinion et, volens nolens, sapent le consensus démocratique sans lequel ces valeurs ne sauraient subsister[ii].

 

[i] « Tant que l’on n’aura pas convaincu les citoyens que les plus gros pollueurs font au moins autant d’efforts que les petits, et que le kérosène de ceux qui partent en week-end à Rome contribue plus que l’essence de ceux qui vont à leur travail en Indre-et-Loire, il est illusoire de penser que la taxe carbone puisse faire consensus » (p. 6-7).

[ii] « Les bourgeois n’ont pas de problème avec l’immigration : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec » (Emmanuel Macron, discours devant les ministres et les parlementaires de la majorité, 16 septembre 2019).

Instants / instantanés : les « Haïkus Martinique » de Michel Herland

Le signe calligraphié d’un H parcourt le petit recueil poétique « Haïkus Martinique » de Michel Herland, universitaire, économiste, essayiste, romancier, poète.

Il s’inscrit ici dans la lignée des auteurs français francophones comme P. Claudel, P. Eluard, Stéphanie Le Bail…, lesquels, séduits par la force de cette forme ultra courte de la poésie japonaise, se sont efforcés de la transcrire dans notre langue. Les difficultés de l’exercice sont multiples car il ne suffit pas en effet d’amaigrir un alexandrin trop bavard, d’enfermer un sonnet dans un tercet.

Cinq syllabes, puis sept et à nouveau cinq rythment les trois lignes de vers enrichis d’allitérations, d’assonances, de sonorités suggestives, quelques rares rimes. La versification seule pourrait faire japonisant mais ne ferait pas le haïku. Il y faut aussi toutes les richesses d’un instant évoqué.

Soleil explosé
Du bas en haut des nuées
Le ciel embrasé

Loin d’être dans une imitation servile autant que vaine, M. Herland innove. Et les puristes de ne pas tolérer et de s’indigner de certains écarts ?

Pourtant si l’on veut rester fidèle à l’esprit japonais qui prône comme vertu première l’humilité (ce que Carlos Ghosn aurait dû savoir), si l’on veut considérer l’esprit du haïku dont l’essence est la pure simplicité, l’auteur, M. Herland, nous propose un ouvrage de poésie pure, sans filtre, nue. Originale dans le sens où c’est à l’origine de sa sensation, de sa pensée que sont saisis les mots. Il les organise et scande selon la métrique traditionnelle 7, 5, 7, bien sûr, mais le scandale réside dans l’innovation même : l’usage de la photographie ! Le critique orthodoxe dira à juste titre que le haïkiste doit suggérer son paysage, son portrait, son émotion et qu’il revient au lecteur de les construire. La beauté du poème s’enrichit de la vision de l’autre de sa sensibilité ! Certes, trois fois certes, c’est au lecteur de construire son roman, ou son poème à partir du travail, du don, de l’auteur.

Il ne s’agit pourtant pas pour Michel Herland d’apporter une illustration à la défaillance d’un imaginaire. Au contraire. La rusticité d’une photographie numérique, brute ou à peine retravaillée, renforce le rituel des haïkus. Et surtout, le prétexte-support ainsi offert invite le lecteur à s’aventurer lui-même dans les bois, au bord des rivières, à la recherche de ses propres images. À un safari dans sa propre photothèque.

D’ailleurs, voici un petit jeu. Car l’esprit du haïku est souvent ludique. Et l’illustration castratrice. Avant tout, mettez un cache sur les clichés de l’auteur, après la lecture d’un poème fermez les yeux, écoutez-regardez votre image intérieure… comparez à la sienne… relisez… construisez… déconstruisez.

Vous serez tantôt en harmonie avec l’auteur, parfois en désaccord avec sa morale implicite, mais l’invitation au « partage de mots et d’images » auquel nous convie M. Herland s’opère d’autant plus aisément que sa sincérité est totale. Nous retrouvons ici, épurés, en filigrane, ses pensées, croyances, parfois même un soupçon… de l’érotisme caractéristique de ses romans.

Une dernière innovation qui mérite d’être soulignée : le dépaysement. Ni l’Asie, ni l’Europe. La nature, tropicale, luxuriante, exotique, insolite fait de cet objet-livre si simple constitue une entrée en matière attachante pour un touriste par exemple. Autant qu’une chanson douce, familière aux cœurs antillais.

Imaginerait-on ce professeur d’économie, du haut de sa chaire, sensible aux beautés de la nature ? C’est aussi le paysage intérieur de M. Herland que nous partageons avec ses thématiques (les riches et les pauvres, l’injustice…)

C’est petit chez lui
Mais l’herbe ne manque pas
Il s’en accommode

 

Ses obsessions (la mort, le temps qui passe)

La nuit va tomber
Le vieux bateau s’assoupit
Au fond de la baie

Ses interrogations (sur la religion, les racines, le pouvoir), sa curiosité de l’Autre, son humour aussi… ou encore son regard aigu isolant dans l’espace un détail pertinent (un chat, un rocher)

Ce chat aux grands yeux
Dans la ville abandonnée
A quoi rêve-t-il ?

 

 

Michel Herland, Haïkus Martinique, Poèmes et photographies, Fort-de-France, K-Editions, 2018, 128 p., 15 €.

 

 

« La Capitale » de Robert Menasse : le roman de l’UE

Robert Menasse est un écrivain autrichien, auteur en particulier d’Un messager pour l’Europe – Plaidoyer contre les nationalismes (trad. Buchet/Chastel, 2015). La Capitale (le cinquième de ses romans traduits chez Verdier) s’inscrit dans la ligne de cet essai. Derrière la satire des institutions européennes, perce en effet le regret que les nationalismes soient plus forts que l’idéal « post-national » – nous dirions fédéraliste – défendu dans le roman par le professeur viennois Alois Erhart, disciple d’un économiste, Armand Moens, dont le modèle pourrait être le Français Maurice Allais, prix Nobel d’économie, européen militant, lequel préconisait – comme le Moens du roman – la création d’un district fédéral où la capitale de l’Europe serait construite ex nihilo en lieu et place de Bruxelles.

La Capitale entremêle plusieurs fils. Cela commence par un meurtre dans un hôtel bruxellois et les divagations d’un cochon échappé d’on ne sait où. L’auteur nous transporte ensuite au sein de la Commission européenne où se prépare le Big Jubilee Project, lancé par la DG Comm, qui vise à redorer le blason de la Commission à l’occasion de son cinquantenaire. Martin Susman, un chef de service de la DG-Education et culture qui s’est saisie du projet proposera de faire témoigner les derniers survivants d’Auschwitz ; le but visé étant de rappeler que la première raison d’être de la construction européenne fut d’empêcher que se reproduisent les horreurs des camps. Auschwitz est précisément l’endroit choisi par Moens pour construire sa nouvelle capitale…

Mais l’on n’en a pas fini avec les cochons. Il y a ceux, en porcelaine, qui encadrent les quelques livres emportés par le professeur retraité David De Vriend dans la chambre de l’EHPAD où il finira ses jours. Et ceux bien réels du frère aîné de Martin Susman, Florian, qui a repris l’élevage de porcs familial, l’a fait prospérer, a fini par être élu président de l’EPP, l’Union des producteurs de porcs européens. D’où sa présence à Bruxelles pour tenter de convaincre les autorités européennes de négocier les exportations de porcs en Asie à la place des Etats nationaux qui se font concurrence au seul bénéfice des Chinois. Mais rien n’est simple dans l’UE et si l’Anglais George Morland de la DG Agri pousse le projet, il est freiné par Kai-Uwe Frigge de la DG Trade. Quant au cochon en liberté, il court toujours, provoquant un énorme événement médiatique…

Que deviendra ce cochon ? L’accord EU-Chine sera-t-il signé ? Le Big Jubilee Project verra-t-il le jour ? L’assassin de l’hôtel sera-t-il identifié, appréhendé ? Le professeur Erhart saura-t-il persuader les participants du Reflection Group « New Pact for Europe » de se rallier à ses idées novatrices ? Autant de questions, parmi d’autres, qui contraignent les lecteurs à aller jusqu’au bout de La Capitale, un roman qui nous introduit dans les arcanes de la Commission européenne sans jamais cesser de nous distraire.

Robert Menasse, La Capitale, traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Manonni, Lagrasse, Verdier, 2019, 441 p., 24 €.