Auteur: Selim Lander

Selim Lander est critique, membre de l'AICT (section Caraïbe)

Contrastes – une exposition de la Fondation Clément

On ne pourrait imaginer une exposition plus contrastée que celle qui réunit en ce moment trois plasticiens martiniquais sur les cimaises de la Fondation Clément : celui qui s’en tient à une peinture figurative, celle qui verse dans l’abstraction, enfin celui qui cultive un art conceptuel.

Le temps du piunch

Fred Eucharis – la Martinique d’antan

Bien que Fred Eucharis ait réuni sous le titre « Figurabstraction » les tableaux réunis ici, c’est bien d’une peinture essentiellement figurative qu’il s’agit. Il présente en effet une série de scènes de genre parfaitement reconnaissables par tous les nostalgiques de la Martinique d’antan. Seuls les fonds souvent bariolés et les visages volontairement stylisés marquent la volonté de s’émanciper du réalisme stricto sensu. On prend plaisir à se promener devant des tableaux puissamment évocateurs d’un passé proche ou plus lointain, des scènes de labeur ou de divertissement : des pêcheurs, des musiciens, une partie de dominos, les accessoires du punch rituel aux Antilles, une femme qui somnole, son livre sur les genoux…

Sur de grandes toiles qui occupent à elles seules un mur entier de la salle consacrée au peintre, des marins disputent des courses de yoles, accrochés aux bois qui équilibrent leurs embarcations lourdement toilées. Plus loin, on distingue un triptyque en camaïeu représentant des engrenages des machines utilisées dans les sucreries sur un mode presque hyperréaliste, à l’exception du coin en bas à droite laissé intentionnellement flou.

La tentation d’un certain hyperréalisme se fait également voir dans les tableaux d’animaux marins, tortues, poissons-lions, tandis que d’autres peintures, le plus souvent de femmes, jouent avec les codes du cubisme. Ainsi le souci de la figuration, chez Fred Eucharis, ne lui interdit-il nullement d’explorer des manières différentes de peindre, au gré de ses envies, et donc de rencontrer des sensibilités différentes chez les amateurs de ses tableaux.

La biguine

Mounia chic et choc

Grand Breakfast Café

Passant dans la salle consacrée à Mounia, on bascule dans un univers aux antipodes de celui de Fred Eucharis. Ses huiles (tandis qu’Eucharis utilise l’acrylique) imposent le choc de leurs couleurs. Particulièrement spectaculaire les plateaux décorés de la série Breakfast auxquels les couches successives de vernis donnent l’aspect de la céramique.

Réflexion multiple

Même si l’artiste est capable de nommer des motifs qui l’ont inspirée – ainsi les totems qui apparaissent sous diverses formes –, aux yeux du regardeur elle pratique une peinture abstraite, avec une touche glamour sûrement liée à son passé de mannequin vedette chez Saint-Laurent. Parfois néanmoins se distingue l’ébauche d’un visage comme dans la toile intitulée « Réflexion multiple » ou dans la statue biface tirée d’un bois flotté et repeint auquel le vernis donne cette fois un aspect de verre.

 

 

 

 

 

Wolfric et les hobos

La gentille femme et les signes (détail)

Wolfric (Ulrich Michel) est de ces artistes qui n’aiment pas se répéter. Pour la présence exposition, il a utilisé principalement des plaques offset, assemblées, parfois découpées puis cousues.

Toute une partie des œuvres est directement inspirée des « hobos », ces travailleurs américains itinérants, lors de la Grande dépression, qui utilisaient un langage de signes pour communiquer, s’informer sur les emplois possibles. Le plasticien a reporté de tels signes sur des grands panneaux monochromes. Les messages en forme de rebus ont-ils un sens caché que l’on pourrait déchiffrer ? L’histoire ne le dit pas et le regardeur se trouve confronté à des œuvres pour le moins énigmatiques qui frappent surtout par leur aspect monumental.

Haute couture

D’autres œuvres parlent davantage comme celle justement nommée « Haute couture » de la série « Les coutures métalliques » ou le crane (« Skull») dans la même série, dans lesquelles l’artiste a laissé plus librement s’exprimer son sens esthétique.

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Fondation Clément, Le François, Martinique, du 16 octobre 2020 au 6 janvier 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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2 Responses to “Contrastes – une exposition de la Fondation Clément”

  1. S Lander dit :

    On est rarement récompensé d’un bienfait.
    Et M. Eucharis aurait dû vérifier la définition usuelle de plasticien avant de se muer en donneur de leçon.

  2. Fred Eucharis dit :

    Monsieur le “parleur d’arts” et non critique,si vous me qualifier de plasticien et non artiste peintre ,il faudra aussi qualifier W.Kandinsky,Picasso et Braque de plasticiens.Merci de lire qu’à cette exposition il y a 2 artistes peintre : Mounia et Eucharis et un plasticien :Wolfric.