Chroniques Créations

Le Bar de la plage – épisodes 211, 212 et 213

Episode 211

Californian Dreams

Une brume tiède et épaisse noyait l’horizon et les abords du rivage. On voit cela de temps en temps à Los Angeles ; coupables ; pas de vent et une accumulation locale de pollutions atmosphériques. Même phénomène à Londres en version froide.

Ici, rien de tout ça. Jim qui n’y connaît rien en météo mais qui a passé un bout de son enfance dans une campagne à blé, déclara ;

« c’est bien connu : brume de chaleur »

Leslie débarqua et annonça sa pêche de la nuit. Elle dit comme si elle lisait ; « Je dois être extrêmement drôle et merveilleuse en sa présence ne serait-ce que pour attirer son attention, et il est dommage de laisser tout cela à la même personne. » J’ai piqué ça chez une jolie fille délurée de Los Angeles, habitante du quartier d’Hollywood, qui a écrit des choses épatantes sur sa vie amoureuse, mondaine et un tantinet dispersée entre fêtes, copines riches ou actrices, restaurants à la mode, alcools forts et amants très beaux.

Là, les réactions de l’assemblée furent diverses, de l’adhésion complice à la protestation militante chez les filles, fantasmes ouverts chez les garçons. Louise de V l’adopta comme programme d’action.

La brume persistait, on se rapprocha les uns des autres pour ne pas se perdre de vue (bon, j’exagère un peu, c’est pour l’ambiance)

Jean-Do suggéra d’adjoindre une étape californienne au tournoi interplage de volley-ball mixte. L’atmosphère monta d’un cran. Déferlement d’images clichées : Les Beach Boys en concert, Pamela Anderson en maillot de bain rouge, surf in USA pour un Endless Summer…

La brume commençait à se disperser…

Episode 212

Coups d’œil géostationnaires

Pas de coups de théâtre c’était déjà ça. Ça ne risquait pas, on n’avait pas de théâtre, pas de pièce de théâtre. Pas d’histoire à suspens. Rien du genre haletant ou palpitant ou angoissant, rien dont on attend le dénouement en se rongeant les ongles. Peut-être un léger souci concernant les chances de Louise de V de recruter un troisième mari, Leslie de recevoir un coup de fil de Mike Jaegger pour son anniversaire, ça commençait à faire long, ou le Colonel de s’y retrouver dans le calendrier des moussons ; à ce sujet rien dans l’Almanach du pêcheur breton, pourtant en général bien renseigné sur tout ce qui touche les marées, les phares et balises, l’entrée de tous les ports ou les proverbes en usage dans les régions à climat maritime.

Ainsi allaient sur la planète, les moments, les saisons, les bains de mer mixtes jusqu’à ce qu’un loustic haut placé qui s’ennuyait se mit en tête de mettre des bâtons dans les roues aux humains. Heureusement, un jour, on inventa le bar de la plage. A l’heure du dry-martini, (ou autres boissons euphorisantes selon les océans) s’y retrouvent des poètes, des musiciens, des paresseux, de jolies filles érudites, quelques menteurs (indispensables).

Et puis, John Lennon composa « Imagine », Stevie Wonder et ses complices chantèrent « We are the world »

En cet après-midi finissant, la mer était d’un calme supérieur, une brise aérienne frissonnait dans les feuillages des arbres. Line promenait une mélancolie malicieuse :

-Alex, j’ai croisé le vieil homme avec son costume de lin un peu froissé, son panama à bandeau noir, toujours pieds nus dans le sable, il parlait aux oiseaux… on aurait dit qu’il y avait un trop-plein de secrets qui ne concernaient que lui et eux… Sans doute aussi Georges…mais il était sûrement déjà au courant…

Jean-Do se demandait comment Einstein avait pu parvenir à ses fins en oubliant autant de retenues dans ses additions. Son institutrice devait les corriger en douce (hypothèse de Jules)

Le temps se couvrait. Des nuages lourds comme de la pluie s’amoncelaient. La suite restait incertaine, l’avenir imprévisible, c’était bien là le talon d’Achille du métier, comme le reconnut, selon Caro, la pythie de Delphes elle-même un soir où elle avait un peu forcé sur l’ouzo.

Il était tard, les diseuses de bonne aventure avaient fermé boutique, les psychanalystes viennois farceurs comptaient la recette de la journée, les filles enchantaient le bar de la plage…

– Georges…lets the good time roll…

Episode 213

Vagues à l’âme

Là, personne ne traînait sur la plage. C’était trop tôt, trop tard, plus la saison… Les oiseaux de mer jouaient entre eux. Les vagues se couraient après.

Les nuages paressaient. C’était bien comme ça.

Pascal Danel chantait « La plage aux romantiques » Un garçon console une fille qui pleurait…Brigitte Bardot mélancolisait gaiement :

« Sur la plage abandonnée
Coquillages et crustacés
Qui l’eut cru Déplorent la perte de l’été
Qui depuis s’en est allé »

Christophe recherche le doux visage de son Aline disparu sous la pluie.

Un autre jour, une autre plage, au bord d’une mer chaude, une fille en bikini se rafraîchit les jambes dans les éclaboussures des premières vagues au soleil couchant… Viendra-t-elle danser ce soir…je me le demande encore…

N’en dîtes rien aux marchands de voyages, ils vont se mettre à vanter la destination.