Auteur: Brenda Marie Osbey

Brenda Marie Osbey, poète et auteure, a reçu de nombreuses récompenses littéraires. Son travail, ses recherches et ses écrits ont été publiés dans des revues prestigieuses, et ont été l’objet d’études, de thèses et de conférences. Pendant plus de vingt ans, elle a recherché et écrit l’histoire du Faubourg Tremé, une communauté de Noirs libres fondée à la Nouvelle-Orléans au dix-huitième siècle. Native de la Nouvelle-Orléans, où elle vit actuellement, elle enseigne à Louisiana State University. De 2005 à 2007, elle est désignée « Poète Lauréate de la Louisiane » par un comité de pairs littéraires.

Obama, enfin

Je me suis rendue en France le printemps dernier afin de participer à une série de conférences, en particulier à Montpellier, à la conférence de l’Association Française d’Études Américaines (AFEA).

Naturellement, on m’a demandé ce que je pensais des chances de Barack Obama d’être élu président des États-Unis. À cette époque, au mois de mai, je prenais encore soin de ne pas être trop enthousiaste de peur de jeter un mauvais sort aux résultats. Ayant été témoin du vol de l’élection de 2000 par George W. Bush avec la complicité du parti républicain, il me semblait qu’il valait mieux garder un œil sur toute cette affaire avant de prédire la réussite du premier candidat afro-américain à la présidence du plus grand pouvoir occidental.

Maintenant, fait accompli. Barack Obama est le quarante-quatrième président des États-Unis, et l’on peut se demander comment il en est arrivé là.

Pas de bêtises avec Obama, et encore moins de fanfares. Quand Hillary Clinton lui a offert la vice-présidence sur la liste de sa campagne, en suggérant qu’il était impossible qu’il gagne l’élection, il lui a rappelé immédiatement qu’il menait la course à la présidence, en concentrant ainsi l’attention publique sur l’arrogance du camp Clinton dans leur présomption qu’il briguait un but moindre – ou qu’il accepterait un destin moindre – que la Maison Blanche. Ainsi, faut-il traiter avec des spéculateurs et des imbéciles. Tandis que Bush est parti en vacances aussitôt son élection, Obama, lui, s’est mis au travail, nommant les premiers membres du gouvernement transitionnel.

Il est sans doute le premier chef politique afro-américain à ne pas avoir été formé ni par l’église noire, ni par le Mouvement des droits civiques. Et cela est positif. Avant d’agir, sa première pensée n’est jamais de supplier, de traîner les pieds, ou de chercher l’approbation de quatre pasteurs baptistes. À la différence des anciens politiciens noirs, Obama ne présume jamais de la position du suppliant. Il parle et il se comporte avec l’autorité de quelqu’un qui a le droit de participer, le doit d’agir, le doit de décider. Avocat de profession, ses arguments font appel à la justice et au bon sens autant qu’à la loi.

Obama offre un programme spécifique et détaillé concernant le rétablissement économique du pays, la prospérité des classes moyennes et des petites entreprises, et la réforme économique de Wall Street. Il est difficile de croire que presque 50 millions d’américains n’ont aucune assurance maladie. Le plan de santé publique de Barack Obama garantira que chaque américain aura des soins médicaux de bonne qualité. Notamment, son plan offre le droit d’assurance à tous les citoyens, l’enrôlement simple et la pleine garantie de conditions préexistantes.

De son côté, McCain a promis de donner de plus grands avantages aux puissances financières, en démontant simultanément Medicare et en privatisant la Sécurité Sociale. Comme Bush, McCain est un homme de richesse considérable. Comment un homme qui ne connaît pas le nombre de résidences qu’il possède pourrait-il s’identifier à la classe ouvrière et aux pauvres ?

Par son histoire personnelle de lutte contre les privations de son enfance, ses années de travail difficile pendant sa jeunesse, et sa grande sensibilité aux valeurs de la famille, Barack Obama s’identifie avec les classes moyennes, les pauvres et les étrangers. Parmi les afro-américains en particulier, sa tendresse évidente pour sa mère et sa grand-mère le rend admirable. Pendant les derniers jours décisifs de sa campagne, il a interrompu son programme politique pour aller rendre visite à sa grand-mère souffrante, démontrant, par conséquent, un équilibre entre sa vie politique et sa vie privée, à la différence de précédents politiciens américains.

En ce qui concerne son caractère, le président-élu est calme, confiant, inébranlable, courtois et gracieux même avec ses adversaires et ses détracteurs. McCain, de son côté, dans les dernières semaines de campagne, semblait souvent hystérique, colérique, se livrant à des attaques personnelles contre Obama, essayant de mettre en doute non seulement son « patriotisme », mais aussi sa nationalité et sa religion dans un effort non déguisé de faire peur aux blancs, en le présentant comme un extrémiste musulman et terroriste potentiel. Dans le débat final, McCain apparaissait aliéné et sur le bord de l’effondrement mental.

Dès le début, Obama n’a jamais changé sa promesse de mettre fin à la guerre en Irak – une guerre qu’il a condamnée comme inutile et « stupide ». Il était le seul candidat présidentiel proposant un retrait complet et rapide des troupes et de n’installer aucune présence militaire américaine permanente en Irak.

Traditionnellement, le corps électoral américain a horreur des personnages publics d’intelligence plus grande que la moyenne. Une plainte souvent lancée contre Al Gore était son intellectualisme apparent. « Personne n’aime le gars le plus intelligent dans la classe, » disait-on souvent de lui. Deux saisons plus tard, au 21e siècle pourtant, ce pays semble avoir développé un plus grand nombre d’électeurs d’un meilleur niveau d’éducation. Un plus grand nombre de jeunes gens et diplômés d’universités ont voté au cours de cette élection. Évidemment, c’est une indication aussi d’un corps électoral tout à fait épuisé de l’embarras national et international de huit ans de bushisme.

Bien sûr, Obama n’a pas été élu parce qu’il est noir. Mais il n’a pas été élu non plus malgré qu’il soit noir, comme le disaient certains journalistes. D’ailleurs, et bien que ce soit Colin Powell qu’il l’ai dit (il devrait en avoir honte), Obama n’est pas noir, non plus, « par hasard ». Il est noir. Et il est président des États-Unis. Ces deux faits ne s’invalident pas.

La raison principale pour laquelle Obama ait gagné est qu’il est clair qu’il était de loin le meilleur choix pour la présidence des États-Unis. Il s’intéresse surtout à la création de l’équité dans une société qui est devenue de plus en plus profondément divisée entre les riches et les pauvres. Est-ce que l’élection d’un afro-américain signifie que le racisme est mort ici aux États-Unis ? Absolument pas.

Maintenant, à peine un an après cette élection historique, les américains blancs semblent déjà l’avoir abandonné, et cela, peu après les rachats des banques en défaut, mais surtout après le dévoilement de son plan pour la réforme d’assurance maladie. Là, ils ont vu qu’il ne plaisantait pas : il a l’intention d’étendre l’assurance à chacun et surtout aux pauvres et aux sans-emploi. Et il est clair qu’il a l’intention aussi de faciliter la citoyenneté graduelle des ouvriers sans-papiers.

C’est surtout les blancs qui ont crié au scandale après qu’il ait reçu le Prix Nobel de la Paix. « Il est engagé dans deux guerres ! » se plaignent-ils. Deux guerres, négligent-ils de mentionner, auxquelles il essaie de mettre fin, ayant hérité de ces dernières de l’administration précédente, ainsi que de la dette nationale la plus ridicule dans l’histoire de la nation.

Non. Ni le racisme et ses préjugés ne sont encore morts. Nous avons du travail jusqu’à ce que cela soit accompli. Ici, aux États-Unis, comme dans le reste du monde postcolonial.

Il vaut la peine de noter qu’à la différence de la France, les États-Unis n’ont jamais nié leur passé esclavagiste, d’oppression et de racisme prolongé. Au contraire, la discussion de race était toujours au centre – ou bien à gauche du centre – de toutes les discussions politiques, économiques et sociales depuis l’établissement des premières colonies.

La France, 2e pouvoir négrier du monde occidental après l’Angleterre, par contre, a supprimé l’intégralité de sa propre histoire concernant le commerce d’esclaves, en préférant établir une société sans race ni ethnie, unifiée seulement par la langue et la culture française.

Et malgré son insistance d’avoir créé une société sans considération de race, d’ethnie et de couleur, on cherche en vain des gens noirs de pouvoir, ou même d’influence, dans la France d’aujourd’hui. Il est certain qu’en France, aucun homme d’héritage africain ne s’élèverait jamais à une telle stature politique. Ni en Angleterre non plus.

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