Auteur: Dana Kress

Dana Kress est le directeur du département des langues classiques et modernes au Centenary College ainsi que professeur de français dans cette même université. En 1998, la Louisiana Endowment for the Humanities lui a décerné un Special Humanities Award en reconnaissance des trois articles publiés par Louisiana Cultural Vistas sur le peintre franco-louisianais Jean Despujols. Dana Kress est membre du comité exécutif du Discussion Group on Literatures of the United States in Languages other than English de la MLA (Modern Language Association), et fut deux fois président du Consortium des universités louisianaises du CODOFIL (Conseil pour le développement du français en Louisiane). Ses domaines d’intérêts sont la littérature créole louisianaise, la francophonie aux États-Unis, et les arts plastiques. En 2002, il a fondé Les Éditions Tintamarre, seule maison d’édition aux Etats-Unis qui publie en français, et dont la mission est de célébrer la littérature américaine écrite dans des langues qui sont aujourd’hui minoritaires. Son édition du roman historique d’Armand Garreau, Louisiana, est parue en 2003.

Louisiana, par Louis-Armand Garreau

Sommaire

 

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Louisiana : Introduction et notes de D. A. Kress.
Lisez un extrait de Louisiana, par Louis-Armand Garreau. Shreveport : Éditions Tintamarre, 2003.
Lien vers le site du roman aux
Éditions Tintamarre.

 

          Pour l’Anglo-Américain la guerre révolutionnaire s’annonça le 5 mars 1770 quand les troupes anglaises tuèrent cinq colons lors du massacre de Boston. Ces cinq martyrs n’étaient cependant pas les premiers Américains à mourir pour l’indépendance. Six mois auparavant, le 25 octobre 1769, cinq autres Américains – Jean-Baptiste Noyan, Nicolas-Chauvin Lafrénière, Pierre Marquis, Pierre Caresse et Joseph Milhet – moururent sous les balles d’un pouvoir colonial. Leur crime ? S’être révoltés contre l’Espagne. Après avoir chassé le gouverneur espagnol du sol louisianais, ils avaient conspiré pour établir la première république du nouveau monde, la République de Louisiane. Leur procès ne dura qu’un jour ; condamnés le 24 octobre, ils furent fusillés le lendemain tout près du site où se trouve aujourd’hui le Café du Monde à la Nouvelle-Orléans. Le roman Louisiana de Louis-Armand Garreau transporte le lecteur à travers l’histoire de ces héros en les plongeant dans le courant des événements qui donnèrent naissance à la Louisiane moderne.

          Louisiana, ce personnage central inventé par Garreau, participe à l’action de l’histoire comme symbole en chair et en os de cette colonie de patriotes à la fois français et louisianais. Comme la colonie elle-même, Louisiana est jeune, fragile, belle et surtout fidèle à ceux qui l’aiment. Et si le personnage Louisiana semble incapable d’action, c’est qu’elle n’est qu’un symbole et les symboles n’agissent pas ; plutôt, le destin de la Louisiane dépend des gens qui l’aiment et qui cherchent à la protéger. Marquis défend son honneur tout comme il essaie de protéger sa Louisiane française. Garreau ne fait aucun commentaire sur une passivité quelconque chez les femmes. Loin de là. N’est-ce pas Liza, une femme noire, qui, dans le rôle de l’ange vengeur, frappe don Manuel pour ses tentatives de ravir la Louisiane, de la faire perdre son identité française et de la faire tomber dans des mains étrangères ?

          Le titre de cet ouvrage en dit beaucoup. Au moment où Garreau a écrit son roman en 1849, l’état avait déjà pris sa place parmi les rangs des états américains et le nom officiel en était devenu Louisiana. Certainement Iberville n’aurait jamais pu imaginer la possibilité de nommer son enfant d’une version anglaise de sa Louisiane bien-aimée. Plutôt ce titre reflète le sort ultime de la colonie française. Après tout, la Louisiane moderne et américaine naquit de la tentative manquée de former une république franco-louisianaise. Les conséquences de cet insuccès – conséquences qui résonnent dans le nom même du roman – mènent infailliblement à l’américanisation de ce qui avait été la Louisiane française et francophone.

          Dans l’extrait qui suit, les cinq chefs de la révolte ont été déjà trahis et arrêtés par le gouvernement espagnol. Don Manuel, représentant du gouvernement colonial, cherche un bourreau et force l’esclave Jeannot à consentir à les pendre. Il est à noter que cet épisode remarquable est basé sur la vérité historique.

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