Auteur: Jean-Nicolas de Surmont

Jean-Nicolas de Surmont s’intéresse à l'hypertexte et à l'anonymologie depuis plusieurs années. Sa réflexion recourt à plusieurs disciplines : sociologie, histoire, littérature, linguistique et philosophie. Ce sont les champs disciplinaires qu’il a étudiés tout au long de sa formation universitaire. Il vient de compléter un doctorat à Paris X sur l’ingénierie lexicale comme solution à l’étude des phénomènes chansonniers. Il a animé aussi pendant une quinzaine d’années une émission de radio multidisciplinaire en plus de collaborer à divers périodiques tant en Europe qu’au Québec.

Federico Casalegno (dialogues de), Mémoire quotidienne, Communauté et communication à l’ère des réseaux

        
          L’ouvrage conçu par Federico Casalegno a été réalisé dans le cadre du projet Living Memory (http : //www.i3net.org), projet qui explore les nouveaux paradigmes de communication avec les nouvelles technologies multimédias et interactives. L’un des objectifs du projet consiste à mettre en place un environnement communicationnel qui puisse conserver et diffuser les communications quotidiennes locales, se reprochant ainsi davantage d’une logique de circulation d’information communautaire que d’un échange d’information à caractère universel. Il s’inscrit dans un ensemble de projets sur la communication locale, le village fractal, type de communication que l’on avait mise de côté depuis l’hégémonie du web, le village global. L’ouvrage comporte trois parties : Mémoire : quelles évolutions ?, Communauté : quelles morphologies ? et Communication : quelles voies ? dans lesquelles Casalegno s’entretient avec des penseurs des nouvelles technologies comme Pierre Lévy, Jean Baudrillard, Edgar Morin, Michel Maffesoli, etc. Dans la première partie, le thème de la mémoire est abordé en relation avec l’environnement de communication projeté avec Living Memory. Parmi les autres textes de cette première partie, soulignons celui de Joël de Rosnay qui aborde le phénomène de l’inter-créativité. William J. Mitchell et Marco Susani s’intéressent à la mémoire à l’intersection de l’environnement social et de l’habitat urbain et le psychologue Serge Moscovici développe le thème des cyber représentations. Chacun des entretiens de Casalegno reprend sensiblement les mêmes questions : la définition de la communauté, celle de la mémoire, la différence entre communauté virtuelle et communauté réelle, les conditions pour appartenir à une communauté virtuelle, etc. Paul Virilio s’intéresse au paradoxe de la mémoire du présent à l’ère cybernétique. L’auteur est connu pour ses travaux sur les dangers des nouvelles technologies pour la mémoire.

          La partie 2 s’intéresse à la morphologie des communautés. La notion de communauté y est analysée sous le point de vue philosophique en relation avec les possibilités offertes par les nouveaux médias de communication interactifs, comme en traite le texte de Jean Baudrillard.  Le sociologue Edgar Morin s’intéresse à une vision complexe du rapport mémoire-communauté, Michel Maffesoli adopte une approche impressionniste de la communauté s’intéressant au phénomène de néo-tribalisme par exemple. Cette partie explore notamment l’histoire du développement d’Internet et des communautés virtuelles, les forums de discussion afin d’approfondir la notion de communauté (voir à cet égard la contribution de Howard Rheingold). La troisième et dernière partie s’intitule « Communication Quelles voies ? Elle comporte notamment la transcription d’une rencontre entre Michel Maffesoli et Jean Baudrillard sur le thème de la communication : est-il encore possible de communiquer ? et sous quelle forme ? Puis deux textes évoquent la communication et la mémoire sous forme de relation ainsi que la communication dans sa forme temporelle. Mentionnons ici un dialogue avec Pierre Lévy sur le « processus en être dans le présent ». Lévy aborde des thèmes, qui comme les autres essayistes sollicités par Casalegno, reprend des thèmes de ses livres comme les caractéristiques des liens hypertextuels, la notion d’universel. Une bibliographie sélectionnée contenant parfois les pages personnelles des auteurs ou des renvois à des forums de discussions termine la fin de chaque dialogue.

          Casalegno, qui publie lui-même ses travaux dans plusieurs pays et en plusieurs langues (italien, anglais, français) réussit un coup de chapeau en rassemblant des textes d’auteurs de provenance variée représentatifs de la communauté de chercheurs s’intéressant aux récentes problématiques liées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication qu’ils soient sociologues, cybernéticiens ou spécialistes de la communication. Encore aurait-on pu convier Ted Nelson, Georges Landow, etc. Les personnes interviewées ont répondu librement ouvrant la réflexion sur la diffusion des nouveaux médias dans le tissu social.

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