Auteur: Ylva Lindberg

Ylva Lindberg est maître de conférences en littérature à l’Université de Jönköping, Suède, et chercheuse au laboratoire ENCELL (National Centre for Lifelong Learning), School of Education and Communication, Université de Jönköping. Parmi ses récentes publications : Second Life – l’apprentissage du virtuel, à paraître, EPU, Lyon ; « Apollinaire i en föränderlig värld » Poetiska världar, Suède : Symposion, 2002 ; « Struktur och betydelse i sonetten ‘Obsession’ av Charles Baudelaire », Samlaren, Suède, 1997.

Calixthe Beyala – écrit-elle pour les Scandinaves ?

Résumé

Cette étude met au centre la circulation de la littérature dans le monde et s’interroge sur ce qui dans l’œuvre de Beyala attirent les lecteurs en Scandinavie. L’exotisme semble ici être une des raisons les plus importantes. Le développement de sa complexité amène ensuite à observer comment l’exotisme dans l’œuvre de Beyala est reçu en France et en Scandinavie, surtout en Suède. Les différences d’accueil sont en premier à trouver dans la politique du marché du livre, dans les valeurs culturelles et dans la tradition littéraire. Ces critères s’avèrent dicter les prémisses de l’interprétation de l’œuvre. (1)

 

La persistance de l’exemplum

Dans l’antiquité, aux débuts des analyses littéraires, aucune distinction claire ne départît l’écrivain de son œuvre. Les deux entités furent considérées comme intimement liées et, de la sorte, les critiques se permirent de chercher l’histoire biographique de l’auteur dans sa production même. Il en était ainsi avec Homère, et plus tard, à l’époque des troubadours de la Provence, la poésie était souvent accompagnée d’un Vida, à savoir une courte biographie du poète. Les chercheurs de nos jours ont montré que ces efforts pour retracer l’histoire personnelle de l’auteur partaient systématiquement de l’œuvre littéraire et non pas de sources sûres. Il semble que les premières tentatives pour interpréter le texte focalisent plutôt la manière dont la production textuelle incarnait son auteur. Le temps et les mœurs cherchaient ainsi un exemplum, un être humain modèle qui donne l’exemple et montre le chemin aux autres (C. Burman, 2002, p. 71). Quoique l’école de Prague, le structuralisme, la stylistique de Leo Spitzer et le mouvement anglo-saxon new criticism fassent écarter de l’analyse littéraire la personne physique à l’origine de l’œuvre, pour se concentrer sur seul le texte, il n’en reste pas moins que dans certains cas, l’auteur éclipse toujours sa propre production et que celle-ci peut difficilement être interprétée sans prendre en compte son auteur.

 

Un exemplum exotique

L’œuvre de Calixthe Beyala nous semble faire parti d’un ensemble d’œuvres littéraires que les journalistes peinent à commenter et juger sans prendre en compte la personne physique. De prime abord, son nom sonne exotique, voire séduisant pour un Occidental. Il révèle une origine différente, lointaine et, peut-être inaccessible, semblable à celle évoquée dans sa littérature. Après dix-sept romans et essais, l’exotisme entoure toujours cette auteure camerounaise, installée depuis longtemps en France. À en croire l’écrivain Boniface Mongo-Mboussa, c’est précisément l’exotisme de Calixthe Beyala et de son œuvre qui a permis un accueil bienveillant en France et aux États-Unis (B. Mongo-Mboussa, 1997). Depuis son premier roman C’est le soleil qui m’a brûlée (1988) émerge sans cesse non seulement cet exotisme de l’inconnu et du lointain, mais également les marges et les milieux étranges et hors-norme. Son écriture correspond à ces mondes chaotiques et violents qui semblent supplier l’auteure à les exprimer par une similaire cruauté langagière. Ses phrases, comme le fait entendre Mongo-Mboussa, ne sont point des élucubrations intellectuelles, mais des évacuations par les tripes. C’est une langue suave et sensuelle, parfois surchargée de métaphores, qui ne laisse pas pour autant s’effacer le ton intransigeant, dans l’objectif de délivrer un message sur l’Afrique d’antan et d’aujourd’hui et sur la condition de la femme, notamment de la femme noire. On décèle dans les romans de Beyala un parti pris pour un rapport direct et sans filtrage à l’écriture. L’œuvre se refuse ainsi de s’enliser dans des abstractions intellectuelles, tout en restant marquée de thèmes et de problématiques de cet ordre.

Quelques exemples du roman La Plantation (2005) de cette concrétisation par l’image et la métaphore pourraient sous-tendre ce trait. Ce récit se déroule au Zimbabwe entre les colons et les colonisés. L’auteure joue avec des images provenant de l’Afrique pour rendre concrets les tableaux sur les femmes africaines qui « s’affalaient sur les bancs, aussi flanflan que le couscous de maïs qu’elles affectionnaient ». De la même manière, les Blancs, « ces gens qui constituaient l’essentiel de la fine fleur du pays […] si on pouvait appeler ainsi ces photocopies de Bill Gates qui partageaient de fausses politesses et des vraies pédanteries », sont décrits par des images de la sphère culturelle typiquement occidentale (C. Beyala, 2005, pp. 61, 75). Cet emploi de l’image stimule notre imagination et notre sens de représentation. Toutefois, étant immédiates et souvent subjectives, ces métaphores et ressemblances semblent parfois exagérées ou difficiles à comprendre. Le lecteur s’éveille à ces instants où Beyala s’impose au récit avec sa voix d’auteure, faisant parler à travers ces descriptions directes et parlées sa propre subjectivité, voire ses valeurs et ses idées. Ce double tranchant qui fait appel aussi bien à la réflexion qu’à la sensation immédiate influe sur la réception de l’œuvre. D’une part, il est parfois difficile d’ignorer la voix de Calixthe Beyala elle-même à travers ses textes, d’autre part, Beyala, en France, semble être une auteure de masse qui fait réfléchir les Occidentaux à travers des récits divertissants. En tout état de cause, il règne sur elle deux marques contradictoires, l’une qui la pousse à joindre le parnasse, l’autre qui la ramène vers la littérature populaire. (2)

À l’en croire elle-même, elle est l’auteure africaine et francophone qui vend le plus de tous, ce que confirme aussi Nicki Hitchcott dans son article « Calixthe Beyala : Prizes, Plagiarism, and ‘Authenticity’ » (p. 101). En général, il est plutôt inhabituel parmi les auteurs français de se vanter de leurs belles ventes, probablement dû au fait qu’il sera toujours délicat de connaître les raisons d’une certaine popularité. Est-ce parce que mes œuvres sont littérairement de qualité qu’elles sont vendues ou est-ce parce que mes livres sont d’un accès facile, voire médiocre ? À ce propos, on se rappelle le surréaliste Henri Michaux qui ne voulait avoir plus de 500 lecteurs, de peur de devenir un auteur de masse et ainsi un écrivain inférieur. Cette crainte ne semble pas coller à Beyala qui agit, au moins partiellement, en dehors de la tradition française et de ses valeurs littéraires. En effet, comme elle définit ses écrits comme francophones et non français, elle se dote de la liberté de se mouvoir dans un champ paralittéraire, en dehors de l’établissement reconnu. Lié aussi bien au marché du livre camerounais que français, il est cependant significatif que Beyala passe plus ou moins inaperçue dans son pays d’origine, tout en étant un des visages vedettes des magazines people en France où ses œuvres s’achètent même dans les grandes surfaces (Mongo-Mboussa, 1997).

Cette différence d’accueil dans les deux pays peut s’expliquer par l’exotisme évoqué ci-dessus. Au Cameroun, l’image médiatique de Beyala que nous recevons en France reste sans effet et elle y est reçue comme un auteur parmi d’autres. En outre, la liste des 100 meilleurs livres africains, établie en 2002 à l’initiative de l’historien kenyan Ali Mazrui, mentionne des femmes écrivains comme Mariama Bâ (Sénégal), Nawal al-Sadawi (Égypte) et Yvonne Vera (Zimbabwe), mais pas Calixthe Beyala (SIDA, Afrikas 100 bästa böcker). Elle déclare pourtant à la presse suédoise en novembre 2004 que le prix de l’Académie française, reçu en 1996 pour le roman Les honneurs perdus, a été très important, puisque pour la première fois décerné à une femme noire, et que le prix a été donné à toute l’Afrique (Sundsvalls tidning, 2004). Apparemment l’Afrique n’en a pas pris bonne note, et l’on se demande si la raison est à trouver en la composition de l’établissement littéraire africain. Celui-ci, est-il fait de cette bourgeoisie de New Bell (un quartier défavorisé de Douala et l’environnement de l’enfance de l’auteure) sur laquelle Beyala affirme dans l’interview avec la presse suédoise vouloir se venger ? Probablement pas, mais il cautionne certainement d’autres critères que ceux qui jugent de l’art littéraire en France et ailleurs en l’Occident.

En tout état de cause, autour de l’auteure nous trouvons aussi bien des opposants que des partisans, ce qui pourrait suggérer que sur le continent africain Beyala est considérée comme de l’Europe et en Europe comme de l’Afrique, évoquant ainsi la problématique du métissage et du mélange de plusieurs cultures, exprimée de façon pragmatique par le métis Jacques dans La Plantation (2005) :

« Avec les Blancs, je suis noir et avec les Noirs, je suis blanc. Quelquefois, tout cela s’embrouille, je ne sais plus qui je suis. En tout cas, je me sens toujours exclue de la majorité » (Beyala, 2005, p. 394).

 

De même, Beyala restera marginale dans les deux sphères culturelles, tout en étant qualifiée de « populaire » dans l’une d’entre elles, à savoir la France. En France, Beyala endosse en effet le rôle de l’exemplum, étant l’emblème de l’immigrée qui a bien réussi à se forger son propre chemin, à décrocher plusieurs prix littéraires prestigieux et à s’intégrer malgré un destin qui l’aurait vouée à la pauvreté et la misère. De plus, en tant que porte-parole des minorités, des femmes et des démunis, elle est en outre un exemplum moral qui éveille la conscience occidentale. Cette caractéristique ne s’incarne pas seulement par sa personne et ses actes engagés, mais revient constamment, de manière ostentatoire ou en filigrane, dans son œuvre. À cette image s’ajoute sa beauté exotique et séduisante à la voix grave, qui insiste à se faire écouter. En ce sens, Beyala répond à un besoin d’exemplum de notre société.

Toutefois, à l’opposé de cette image positive, existe également un contra-exemplum, qui émerge par les critiques qui l’ont accusée de plagiat, tout particulièrement Pierre Assouline qui a reconnu dans le roman Les honneurs perdus (1996) des passages de la traduction en français du roman The Famished Road (1991)- La route de la faim (1994) de Ben Okri (P. Assouline, 1997, p. 8). Dans ce débat, Beyala ne s’est point montrée libérée de son origine. Au lieu de réclamer son identité afro-française qu’elle n’hésite pas à afficher dans d’autres circonstances, surtout depuis la publication Lettres d’une Afro-française à ses compatriotes (2000), l’auteure s’est réfugiée derrière les conditions modestes de son enfance, s’est mise dans une position de victime, attaquée par les colons et les racistes fulminant toute leur jalousie contre une seule cible : la femme noire qui prétend être écrivain. De cette manière, comme le montre bien Nicki Hitchcott (2006), elle a joué la carte de l’« authenticité » et de la « race » en revendiquant son africanité :

« Ce que je comprends aujourd’hui, c’est que je gêne les journalistes de gauche, je n’entre pas dans leur cadre en tant que femme et en tant que Noire. Je gâche leurs fonds de commerce. C’est de la malveillance et de la méchanceté, de la haine raciale ! J’en ai assez […] Ils essaient de me casser, c’est de la persécution » (P. Cusin, 1996).

 

La position prise de refuser de reconnaître le plagiat et d’user de l’image authentique d’une femme ressurgit de la misère africaine, où les codes et les normes sont tout autres que ceux dans l’Hexagone, a certainement joué en faveur de Beyala. Comme le révèle la citation ci-dessus, dans ses réponses aux critiques elle a fait l’amalgame de son œuvre et de sa personne, peut-être comme le faisaient ses détracteurs à l’origine de cette affaire. En effet, il est possible que cet écrivain ait réussi à contrer la mauvaise presse et continue d’écrire et de vendre bien grâce à cette focalisation sur sa personne et non sur son œuvre. À ce contra-exemplum s’ajoute le fait que son œuvre soit considérée comme populaire et non de la fine littérature et que Beyala, en tant que personne, parfois se comporte et s’exprime en brisant les normes et les codes du milieu littéraire, affichant ainsi un profil de marginalité, menaçante pour les bien-pensants.

D’ailleurs, on peut se demander si ce sont les choix esthétiques de Beyala qui ont agrandi l’écart entre l’auteure et l’établissement, une distance que ni le prix du meilleur roman de l’Académie française ni le fait d’avoir été consacrée Chevalier des Arts et des Lettres semblent pouvoir réduire. Son caractère combatif et son engagement du côté des femmes soumises et des minorités visibles affirment le contenu de ses récits et viennent souligner le lien intime entre Beyala et son œuvre. Ces traits révèlent également une artiste provocatrice qui s’oppose à toute domination, surtout patriarcale. Aussi, il n’est pas étonnant que les critiques de Beyala, comme le Camerounais Ambroise Kom, ont surtout vu dans les passages brisant les tabous sur la sexualité féminine vorace et violente, par exemple dans Femme nue, femme noire (2003), Maman a un amant (1993) ou dans Amours sauvages (1999), une écriture de pure pornographie et cela malgré le précurseur Henry Miller dont le récit Tropic of Cancer (1934) est saupoudré de rencontres sexuelles dépeintes en détail. Le roman de Miller a été consacré un livre de culte et l’auteur une figure de proue du modernisme. Bien que l’on se trouve au XXIème siècle et que des critiques comme Rangira Gallimore et Juliana Makuchi Nfah-Abbenyi défendent l’érotisation du corps féminin chez Beyala comme un signe de réappropriation de l’identité de la femme, Beyala est traitée de scepticisme et de méfiance par rapport à son talent littéraire (J. Makuchi Nfah-Abbenyi, 2007, p. 749. Mongo-Mboussa, 1997).

C’est précisément cette réversibilité de l’image qui renforce l’aura exotique qui plane sur l’auteur et sur son œuvre. Or, ce même exotisme tend un piège aussi bien au public qu’à l’auteure, car, souvent, il ne se contente pas de nous dépayser, mais tend à confirmer nos préjugés sur l’étranger, sur Eux, les autres, et sur leurs Valeurs, tout en nous confortant dans nos idées sur la Différence. Hitchcott laisse même entendre, en s’appuyant sur les écrits de Mongo Beti et de Pierre Assouline, que la consécration du roman de Beyala par le prix de l’Académie française fut un acte pour renforcer l’image de la médiocrité de la littérature des Africains noirs (Hitchcott, 2006, pp. 103, 108). Qu’il en soit ainsi ou non, les ombres contrastant avec la lumière des deux formes d’exemplum ont finalement servi l’image globale de Beyala et n’ont fait qu’augmenter les ventes. Est-ce le personnage ambigu de l’auteure et l’exotisme de son œuvre qui ont attiré des publics étrangers, non seulement des États-Unis, mais aussi des pays du nord, comme la Scandinavie ? Comment se fait-il que Beyala est devenue internationale, tandis que son œuvre vogue principalement entre les couleurs locales du Cameroun et de la ville de Paris ? Peut-être fait-elle parti de ces auteurs que l’on désigne volontiers world ainsi que l’on appelle une certaine forme de musique world pour désigner une expression culturelle provenant du dehors des confins de l’Occident.

 

La Littérature française et francophone en Scandinavie

Aujourd’hui le terme World Literature ne doit pas être perçu comme un critère d’évaluation, mais plutôt comme un signal du caractère de la production littéraire et de sa circulation dans le monde. Cette idée se rapproche de l’acception de Goethe, qui émit pour la première fois en 1827 l’appellation Weltliteratur, pour désigner l’accumulation de la littérature disponible sur le marché européen. De cette perspective globale, où la littérature moderne n’émane plus systématiquement des anciens centres culturels de l’Occident, mais peut aussi bien surgir à Delhi ou à Lagos, il est intéressant d’observer comment la littérature se transforme par les traductions et les changements de sphères culturelles (D. Damrosch, 2003, pp .1, 5). Contrairement à David Damrosch, qui déclare que la littérature nationale est désormais en voie de disparition et que la littérature du monde est à venir, nous sommes convaincus que c’est grâce à la littérature locale, conditionnée par une sphère culturelle spécifique, que la littérature « glocale » prend son élan. (3) L’auteur de What is World Literature ? (2003) tend à expliquer que la circulation des livres dans le monde est rendue possible par les thèmes et les éléments universels présents dans les textes, attirant de cette manière des lecteurs culturellement éloignés, pourtant à même de se laisser engager par un contenu qui reflète d’une manière ou d’une autre leur propre culture (Damrosch, 2003, pp .1, 5). Supposons que cette appréciation vienne autant de l’ignorance et de l’exotisme que le lecteur doit confronter à la rencontre d’un texte littéraire de l’ailleurs.

Le voyage de Calixthe Beyala vers les pays scandinaves pourrait se résumer premièrement par cet exotisme que forment les milieux, le jargon, le vocabulaire et les normes locales qui excluent d’une certaine façon le lecteur. Comme nous allons le voir, les Suédois ont trouvé des stratégies pour surmonter cette barrière, en faisant comme Goethe lisant la littérature chinoise : tout en bien déchiffrant les différences, Goethe projette ses propres valeurs sur l’œuvre (Damrosch, 2003, p. 11). De manière similaire, l’attention portée sur Beyala et sur son œuvre en Suède, témoigne d’un effort de vouloir comprendre et apprécier cette littérature étrange et étrangère. Ce processus d’interprétation se fait, nous semble-t-il, en partant des références esthétiques de la sphère culturelle d’accueil. Afin de développer cette idée, nous procédons en dressant premièrement le cadre de la situation littéraire en Suède et en Scandinavie.

En Suède, la littérature française est vénérée depuis le Siècle des Lumières pour ses textes philosophiques et intellectuels exquis. Cela marque encore le marché et les éditions priment des noms comme Robbe-Grillet et d’autres représentants du nouveau roman, Marie Darrieussecq, Jean-Luc Toussaint, Claire Castillon, Catherine Millet ou Michel Houellebecq, éternisant ainsi l’image d’une littérature froidement esthétisante, focalisant sur l’intellect et l’expérience formelle, ainsi que sur une certaine décadence libertine associée à la culture française. Parmi les classiques modernes et d’une valeur sûre se trouve par ailleurs Duras, Sagan, Camus, Sartre, Beauvoir et Le Clézio, surtout après avoir reçu le Prix Nobel.

Comme l’a remarqué le magazine Lire en 1998, les ventes des droits vers l’étranger augmentent en fonction des chiffres de ventes dans le pays d’origine, mais également si le roman a obtenu un prix littéraire, ce que vient confirmer le rapport sur la littérature mondiale du Conseil national de la culture en Suède, publié en 2001 (I. Engman, 2001, p. 28. C. Vantroys, 1998, p. 40.). À titre d’exemple, ce dernier temps, Anna Gavalda et Muriel Barbery ont certainement vu leurs romans vêtir la langue suédoise en raison de leur succès commercial. Or, Lire montre en outre que dans un contexte international la littérature francophone, ou d’expression française, par exemple d’Amin Maalouf, Patrick Chamoiseau et de Calixthe Beyala, pourrait être un promoteur de la marque française et que les auteurs mentionnés, appelés « périphériques », en seraient peut-être les « meilleurs ambassadeurs » (Vantroys, 1998, p. 40.). À l’égard de Calixthe Beyala, on peut pourtant se demander de quelle manière elle serait « périphérique », vivant à Paris depuis 1984. Cependant, ce terme pourrait se rapprocher de l’adjectif « marginal », utilisé ici en haut pour désigner autant le contenu de ses romans que ses partis pris et son positionnement dans le milieu littéraire et sociétal.

Le Magazine Lire adopte une définition vaste de la francophonie, qui ne prend pas premièrement en compte le milieu dans lequel vit l’auteur, mais qui met plutôt au centre les romans mêmes et leur capacité d’ouvrir l’esprit sur d’autres mondes que celui de l’Hexagone. Ce point de vue joint la conception de la littérature non-occidentale de l’éditeur Styrbjörn Gustafsson de la maison d’édition suédoise Tranan. Publiant des auteurs surtout de l’Asie, mais aussi de l’Amérique du Sud et de l’Afrique, il est de l’avis qu’il faut se laisser influencer par une littérature qui défie nos habitudes et nos croyances. En Scandinavie plusieurs appellations de cette sorte de littérature sont employées, telles que « la littérature du sud », « la littérature du tiers monde », « la littérature des pays chauds » ou simplement « la littérature du monde », qui, selon nous, est plutôt une littérature avec un potentiel de circuler et d’être traduite dans le monde (Engman, 2001, p. 6).

En survolant la littérature typiquement française traduite en suédois, il n’est pourtant pas seulement Beyala qui pourrait être caractérisée comme un écrivain à la fois marginal et populaire. Quelque absurde que la comparaison puisse paraître au premier abord, Michel Houellebecq présente en effet les mêmes traits contradictoires. À ce propos, nous notons que de l’œuvre de Houellebecq, quatre romans ont été traduits en suédois entre 2000 et 2006, à savoir : Extension du domaine de la lutte (1994) / Konkurrens till döds (2002), Les particules élémentaires (1998) / Elementarpartiklarna (2000), Plateforme (2001) / Plattform 2002, La possibilité d’une île (2005) / Refug 2006. De l’œuvre de Beyala seulement deux romans ont été traduits entre 2003 et 2004 : Les arbres en parlent encore (2002) / Ännu talar träden (2003) et Les honneurs perdus (1996) / Vår förlorade heder (2004). Comment se fait-il que l’écart soit aussi grand entre ces deux auteurs qui ont connu le succès à peu près au même moment ? Pourtant, c’est Beyala qui a écrit le plus de romans (quinze) tandis que Houellebecq n’en a produit qu’à peu près la moitié, si l’on exclut ses essais et ses recueils de poèmes. Par ailleurs, les deux auteurs ont été ornés, avec une avance assez nette en faveur de Beyala, de prix littéraires : le Grand Prix de l’Unicef, Le Prix tropique, le Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire et le Grand Prix du Roman de l’Académie Française pour Beyala ; le Prix Novembre, le Prix IMPAC (partagé avec son traducteur) et le Prix de Flore pour Houellebecq.

Étant donné que Houellebecq et son œuvre font montre non seulement de différences par rapport à Calixthe Beyala et sa production littéraire, mais aussi de similitudes, cet écrivain forme un point de comparaison prégnant pour notre propos. Houellebecq affiche en effet, à l’instar de Beyala, un contra-exemplum dans le milieu littéraire en France, car souvent contestataire et provocateur dans les médias. En outre, les critiques, tant que les lecteurs, séparent difficilement l’écrivain de son œuvre et à plusieurs reprises Houellebecq a dû se défendre, contre ceux qui ont vu les valeurs et les idées des personnages fictifs incarner celles de l’auteur. Par ailleurs, son écriture est des plus simples, d’un ton laconique et détaché. Son style jure inexorablement contre celui de Beyala, fulgurant et passionné, or, malgré cet écart, les deux écritures se joignent sur un point : elles pourraient toutes les deux être qualifiées de populaires.

La littérature populaire ou de masse, se définit par plusieurs critères dont l’un des plus importants est la priorité donnée à l’intrigue et non au style et à la forme, dans l’objectif de divertir ou de transmettre le Plaisir du texte (1973), pour citer le titre de Roland Barthes. De plus, l’accessibilité sur le marché joue un rôle important pour faire entrer le livre dans un registre populaire. Étant plus accessible, directe et facile à lire, la littérature populaire comporte effectivement selon certains critiques la capacité d’influencer plus largement la société (U. Boëthius, 1991, p. 3). Si les deux œuvres peuvent donner l’impression de livrer un message politique, dans le but de transformer le monde, ni l’un ni l’autre ne présente pourtant un profil typique de cette catégorie de littérature. Il est cependant possible de les reprocher d’adopter des stratégies opportunistes qui visent à vendre. Par exemple, les deux auteurs choisissent pour leurs romans des sujets tapageurs, qui attirent le public avide de récits audacieux, capables de provoquer le goût général. Au final, ce rapprochement est à même de révéler les forces en actions dans le monde des lettres, voire des injustices et des incongruités, par exemple le fait que Houellebecq, le mâle blanc, ne sera jamais marginal sur le marché en comparaison avec Beyala, la femme noire.

Quoi que l’on en dise de leurs choix et de leurs sympathies et antipathies respectives, Beyala et Houellebecq sont à la fois deux auteurs qui se sont exposés dans les médias et qui vendent très bien en France et à l’étranger. Concernant Houellebecq, seul son roman intitulé Les particules élémentaires s’est vendu à 500 000 exemplaires en France (J. Dupuis, 2005). Les romans de Beyala se vendent en général à 300 000 exemplaires (Hitchcott, 2006, p. 101). De plus, les deux auteurs sont traduits en plusieurs langues. De toute évidence, leur popularité a amené leurs œuvres vers d’autres frontières pour être découvertes par de nouvelles sphères culturelles. Comme nous l’avons indiqué, les chiffres de ventes ainsi que les prix littéraires déterminent le plus souvent la circulation du livre dans le monde et il en est de même dans les pays scandinaves. En Suède, les éditeurs prennent rarement de risque, mais se penchent sur les titres et les noms connus et prouvés rentables (Engman, 2001, p. 28).

Les romans Les particules élémentaires, Plateforme et La possibilité d’une île ont été vendus à 28 000 exemplaires ensemble par la plus grande maison d’édition en Suède, Albert Bonniers, tandis que les livres de Beyala ont été vendu à quelques milliers d’exemplaires chacun par Leopard förlag, une édition qui existe depuis 2003 et qui est spécialisée en « littérature du sud ». Dans un petit pays comme la Suède, qui ne compte que 9 millions habitants, la maison Bonniers déclare être très satisfaite des chiffres de vente, à l’instar de Leopard förlag qui avoue qu’habituellement ce type de roman ne se vend qu’en petites quantités, à savoir une centaine d’exemplaires. La raison du succès de Beyala est, selon un des éditeurs, à trouver en la performance promotionnelle de l’écrivain lors de sa visite en Suède, surtout au Salon du Livre à Göteborg, ce qui renforce encore l’idée que l’image de l’auteur et non le contenu de ses écrits joue un rôle prépondérant pour atteindre le public (Communications avec T. Kullenberg, l’édition de Bonnier et P. Axelsson, l’édition Leopard). Cependant, il existe également des traits dans les textes de Beyala qui ont attiré l’attention des médias, par exemple le mot « nègre » et la sensualité chaude qui s’exprime sans vergogne à travers l’écriture.

En Suède, Beyala a été médiatisée ; elle est passée aussi bien à la télé, qu’à la radio. Ses visites ont été couvertes par les journalistes et elle est apparue en public à plusieurs occasions pour des interviews ou des lectures. Le reste de la Scandinavie donne une autre image de l’accueil de cette littérature francophone. Effectivement, en cherchant dans le catalogue national de la Finlande, nous trouvons les mêmes titres de Houellebecq cités ci-dessus traduits en finnois. Toutefois, la recherche sur Beyala ne donne aucune référence, ni en français ni en finnois (Le site web de Fennica, la bibliographie nationale de la Finlande. ). En Norvège, la situation est similaire et l’on y trouve les mêmes livres de Houellebecq traduits en norvégien, mais aucun livre référencié de Beyala (Le site web de Nasjonalbiblioteket, la bibliothèque nationale de la Norvège.). En Islande la répartition entre les deux auteurs n’est guère plus équilibrée, car, si Houellebecq y figure avec une grande partie de son œuvre en anglais et un seul livre, Les particules élémentaires, traduit en islandais, Beyala, pour sa part, ne s’y retrouve qu’avec quatre de ses romans dont trois en français (Les honneurs perdus, 1996, Comment cuisiner son mari à l’africaine, 2000, Femme nue, femme noire, 2003) et un traduit en anglais (C’est le soleil qui m’a brûlée, 1987). Le catalogue répertorie également le livre de photographie Mon Afrique (2000) de Pascal Maitre, pour lequel Beyala a écrit la préface. Houellebecq emporte pourtant le pion, car il s’avère que l’auteur du cynisme de la vie matérialiste des pays de l’ouest est un sujet traité dans les universités en Islande et leur catalogue fait montre d’un certain nombre d’ouvrages académiques à son sujet, ce qui est loin d’être le cas de Beyala (Le site web de Landsbókasafn et de Háskólabókasafn, la bibliothèque nationale et universitaire de l’Islande.).

Concernant le manque de traductions, il ne faut pas oublier qu’en Islande, à l’instar des autres pays scandinaves, on se contente souvent de la version anglaise, étant donné que bon nombre d’œuvres littéraires ne verront jamais le jour dans une langue aussi marginale que l’islandais ou le suédois. En outre, comme l’Islande a appartenu pendant longtemps au Danemark, la population éduquée a l’habitude de lire en danois et c’est ainsi qu’une partie des traductions danoises de Houellebecq est disponible à la bibliothèque en Islande.

Le Danemark, pour sa part, fait montre exactement des mêmes titres traduits de Houellebecq en Norvège, Finlande et en Suède, ce qui indique un consensus frappant à l’égard de la circulation des livres de certains auteurs. Loin s’en faut concernant la production de Beyala. Or, le Danemark s’avère avec la Suède l’un des pays scandinaves aux plus nombreuses acquisitions de l’auteure, quoique en version originale. Non moins de 11 romans se trouvent dans le catalogue de la bibliothèque nationale du Danemark, dont trois en anglais, à savoir C’est le soleil qui m’a brûlée (1987), Tu t’appelleras Tanga (1988) et Le petit prince de Belleville (1992) (Le site web de Kongelige biblioteket, la bibliothèque nationale et universitaire de Copenhague.). En outre, il est possible de repérer l’intérêt des universitaires au sujet de Beyala, étant donné que quelques études de recherches en français sont réunies dans le catalogue.

La bibliothèque nationale en Suède rassemble autant de titres que la bibliothèque danoise, mais choisit d’avoir un exemplaire en français dans le cas où le livre serait acquis en anglais (C’est le soleil qui m’a brûlée, 1987, Tu t’appelleras Tanga, 1988). De plus, contrairement aux autres bibliothèques scandinaves, deux livres sont traduits en suédois et nous y trouvons les tout derniers titres de l’auteure : L’homme qui m’offrait le ciel (2007) et Le roman de Pauline (2009). En fin de compte, ce catalogue présente également bon nombre d’ouvrages universitaires en liaison directe avec l’œuvre de Beyala, soulignant l’intérêt académique porté à son écriture.

 

La réception en Suède

Comment expliquer que la Suède témoigne de plus de curiosité pour une auteure francophone comme Beyala que ses pays voisins ? Les raisons sont diverses. La littérature dite africaine a commencé à s’introduire sur le marché suédois dans les années 1970, mais n’a pris son essor qu’après l’an 2000 avec les maisons d’édition spécialisées en littérature extra-européenne. Grâce à Alhambra, Leopard förlag, Tranan et Ordfront, les livres moins centrés sur la sphère culturelle européenne ont pu se frayer un chemin vers le public. Pendant que les maisons d’édition en Scandinavie du même profil, par exemple l’édition Rosinante au Danemark, sont rachetées par les grands groupes qui publient surtout de la littérature nationale, les petits éditeurs de la littérature mondiale en Suède arrivent à survivre (Engman, 2001, p. 29.). Les organisations étatiques instaurées pour aider la littérature qui n’a pas de place naturelle dans le paysage des lettres, dominé qu’il est par la culture et la tradition occidentale, telles que SIDA (Swedish International Development Cooperation Agency) et le Conseil de la Culture, apporte en effet un soutien indispensable, quoique souvent insuffisant. Dans ce climat de bienveillance vis-à-vis d’une littérature marginale en Scandinavie, il n’est pas étonnant que l’initiative internationale de WALTIC (Writers’ and Translators’ Literary Congress) soit suédoise. Ce congrès a réuni en 2008 une soixantaine d’intervenants du monde entier, parmi lesquels se trouvait Calixthe Beyala (Le site web de WALTIC). Parmi les donateurs privés du congrès se trouvaient par exemple les écrivains populaires Henning Mankell (romans policiers), Jan Guillou (romans historiques et policiers), et le compositeur du fameux groupe musical ABBA, Björn Ulvaeus (S. Ullberg, Dagens Nyheter, 2008). La Suède actuelle signale de cette manière un intérêt pour une littérature qui sort des chemins battus et qui ouvre l’horizon sur d’autres cultures.

Par ailleurs, le site Macondo contribue à diffuser de l’information sur ce que la rédaction appelle la littérature du monde traduite en suédois, couvrant la littérature de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine. (4) Ce site fonctionne en effet tel une base de données, dans laquelle le navigateur peut faire des recherches par pays. En cherchant Cameroun sur la carte de l’Afrique, nous trouvons cinq auteurs : Calixthe Beyala, Ferdinand Oyono, Christian Epanya, Eyoum Nganguè, Léonora Miano dont tous, sauf Oyono, font partie d’une jeune génération qui vient d’être reconnue dans l’hexagone et au-delà de ses frontières. Le chef du projet Macondo, Mats Kempe, déclare dans une correspondance électronique que leurs investissements pour répandre la littérature mondiale commencent à porter des fruits. En effet, la coopération avec Adlibris, la plus grande librairie électronique en Suède, pour créer un club de littérature mondiale a résulté en une restructuration saisissante de la liste des meilleures ventes. Aujourd’hui Maryse Condé, Roberto Bolano et Assia Djebar ont évincé les quelques auteurs suédois de romans policiers qui ont régné au sommet sans concurrence depuis des années (Communication avec M. Kempe, 2009).

Le bimestriel suédois Karavan, « revue littéraire en voyage entre les cultures » (5), qui publie des numéros thématiques sur la littérature mondiale, est également une force importante dans toute la Scandinavie pour la littérature venant d’ailleurs. Le premier numéro de 2007, au titre « Amours et collisions : Paris-Cameroun », était effectivement consacré à Calixthe Beyala : journalistes, traducteurs et universitaires ont donné une vue d’ensemble de son œuvre à partir de 1987 jusqu’en 2000 et des extraits de Comment cuisiner son mari à l’africaine (2000) ont été traduits en suédois. Les articles développent quelques problématiques chez Beyala qui sont à même d’engager les Suédois, mais aussi de les indigner : l’utilisation du mot « nègre » – en Suède il est important d’être politiquement correct (indépendamment du comportement réel), le féminisme de Beyala – en Suède la parité entre les sexes est une question politique à haute priorité, l’exotisme de l’écriture de Beyala – cette écriture est présentée comme insidieuse, car le mâle blanc se sent visé comme un objet à séduire, l’africanité de l’écriture de Beyala – les livres traduits en suédois Les honneurs perdus (1996) et Les arbres en parlent encore (2003) sont interprétés comme des textes qui ne prennent pas une perspective africaine, par conséquent on ne devrait pas, dans le cas de cette auteure, parler de littérature africaine.

En 2005, Les arbres en parlent encore passe sous forme de feuilleton à la radio publique suédoise. Le débat ne tarde pas à s’éveiller et à prendre des proportions de « tempête de protestations » pour citer le tabloïd Aftonbladet (A. Bengtsson, 2005.). Les auditeurs, ainsi que la presse quotidienne, se demandent de quel droit le rédacteur en chef laisse-t-il diffuser ce texte qui à plusieurs reprises mentionne le mot « nègre », interdit en langue suédoise et dans les médias ? Le député du Parti du Peuple (Folkpartiet) centre-droite, Nyamko Sabuni, est offensée du choix du vocabulaire et déclare, au nom d’autres Africains en Suède, ne pas vouloir être appelée nègre (A. Bengtsson, 2005.). Le rédacteur Mattias Berg répond en plaidant l’expression artistique du texte de Beyala qui, selon Berg, emploie le mot en connaissance de cause et dans le but de dépeindre un contexte historique. Il avoue toutefois avoir hésité longtemps avant de prendre la décision de ne pas censurer le texte. Les voix levées contre le mot « nègre » ne se ravisent ni devant les arguments du rédacteur Berg, ni devant l’auteure même, expliquant que « noir est une couleur, nègre est une culture ». (6) La déclaration de Beyala à propos du mot « nègre » suscite apparemment de vives émotions et elle se voit obligée de se prononcer sur ce sujet aussi bien à la télévision, dans l’émission culturelle Babel, qu’à la radio publique.

Or, les Suédois sont amadoués par le féminisme de Beyala, qui embrasse non seulement la situation de la femme dans le monde, mais également la triple problématique d’être femme, noire et marginale. Elle dénonce les pratiques de circoncision et la polygamie, à savoir que ces sujets tiennent à cœur en Suède, dans sa verve d’incarner la conscience universelle et d’être un pays neutre qui défend les droits de l’homme dans un monde de conflits. Le féminisme africain et scandinave s’unissent ici de manière harmonieuse et sur le plan politique de la diversité et de la parité, Beyala donne ainsi tout ce que « Sweden expects », pour citer un compte rendu du roman Les honneurs perdus dans le journal local Kristianstadsbladet le 22 novembre 2004 (C. Boyce Davies, 2007, p. 561. J. Hoff, 2004.). Quoique cette culture d’accueil accepte difficilement son emploi du mot « nègre », à ses yeux une tentative de restaurer un terme condamné de la langue tel un juron, (7) cet engagement fait de l’auteure un exemplum dans les pays du nord et la résistance que rencontre sa défense radicale des droits de la femme ailleurs s’efface ici complètement.

En introduction de cet exposé, nous avons abordé l’exotisme et la marginalité, en quelque sorte cultivés par l’auteure, sciemment ou non. C’est cet exotisme qui est présenté comme problématique par un des critiques de la revue Karavan, puisqu’il est perçu comme l’outil pour séduire le public blanc et mâle. En cherchant les comptes rendus des romans traduits en suédois de Beyala dans la base de données suédoise Artikelsök, il s’avère que l’on a recensé 16 textes qui commentent Les honneurs perdus et 14 textes qui commentent Les arbres en parlent encore. Nous nous appuyons sur 13 critiques dont sept sont écrits par des hommes – blancs et suédois à en juger par leurs noms, quatre sont écrits par des femmes – blanches et suédoises à en juger par leurs noms et dont deux ne signalent pas l’auteur. Les textes sont publiés dans la presse quotidienne suédoise, mais incluent également le numéro thématique sur Beyala dans Karavan. Ces commentaires focalisent essentiellement sur Les honneurs perdus, mais trois textes parlent uniquement de Les arbres en parlent encore. En comparant les commentaires nous discernons une différence assez nette entre les auteurs femmes et les auteurs hommes : si les auteurs hommes font état de l’exotisme et du sensualisme séducteur des textes de Beyala, les femmes ont plutôt tendance à souligner le message politique qui sourd derrière l’effervescence de la langue.

Par exemple, dans Expressen, le 31 août 2004, Per Wirtén écrit que l’écrivain « flirte » avec les lecteurs d’une manière gênante, mais que son style est « charmant ». Per Planhammar, dans Göteborgsposten, le 22 novembre 2004, est de l’avis que l’« enchantement » inné dans la prose de Beyala n’a pas de pair. Il regrette toutefois que « la magie » qu’il éprouve dans la première partie de Les honneurs perdus ne soit pas maintenue dans la deuxième. Planhammar inculpe ici la ville de Paris, qui est le décor de la fin de l’histoire et qui ne peut concourir avec le milieu exotique de l’Afrique noire de la première partie. Dans Aftonbladet, le 15 novembre 2004, Gunder Andersson loue les parfums pour lui exotiques et fascinants livrés dans une prose « sensuelle » et « jaillissante de couleurs ». Toutefois, ce commentaire-ci fait également ressortir l’aspect « acerbe » et « mordant » de l’écriture de Beyala. Cette critique équilibrée contraste avec les propos tenus dans Svenska Dagbladet, le 29 septembre 2004 par Thomas Lunderquist, qui n’apprécie point le style de Beyala ni dans Les honneurs perdus ni dans Les arbres en parlent encore. Il qualifie son écriture de « bavardage » insupportable et n’arrive pas à comprendre comment d’autres critiques ont pu exprimer de l’enthousiasme à l’égard de ces romans. Lunderquist s’avère être un cas isolé parmi les critiques littéraires qui ont lu Beyala, néanmoins révélateur de l’incompréhension du style, selon Lunderquist « chaotique ». Il est difficile de savoir si c’est l’exotisme de Beyala qui a tant dérangé Lunderquist, ou si c’est tout simplement la féminité de l’écriture, celle qui s’efforce d’écrire, non seulement à l’encontre de la langue des colonisateurs, mais aussi contre la langue patriarcale, afin de trouver le ton propre pour exprimer la femme et sa situation. Lunderquist cherche en effet une logique cartésienne que Beyala ne vénère pas, au moins à en croire ce qu’elle exprime dans une Lettre d’une Africaine à ses sœurs occidentales (1995). Dans ce texte elle loue la femme africaine et son unicité dans un esprit de néo-négritude. Elle réclame son africanité et son intellect exempt de cartésianisme, mais en osmose avec la nature. L’instinct devient sa raison et elle laisse aux intellectuels de cogiter sur les théories et la logique.

Par ailleurs, Beyala affirme au journal suédois Göteborgs-Posten, le 27 septembre 2003, que les écrivains africains ont le choix de « […] soit livrer les images auxquelles s’attend l’Occident soit de faire l’inverse ». (8) La dernière alternative est plus difficile, « […] comme la nage en amont dans un rapide ». (9) Or, ce travail est selon Beyala important afin de rompre avec l’image simplifiée que nous avons de la relation entre l’Afrique et l’Europe : l’une représentant les sentiments, l’autre la raison (Aschenbrenner, 2003). Quelle est donc l’image que livre Beyala de son continent natal ? N’est-elle pas imprégnée de ces attentes occidentales qui font de l’Afrique un ailleurs lointain ? C’est au moins ce que met en avant le dernier critique blanc de notre modeste corpus, Leif Lorentzon. Dans le premier numéro de Karavan de l’année 2007, il s’interroge sur le rôle de l’exotisme chez Beyala et se demande si l’auteure ne cherche pas simplement à satisfaire la faiblesse des blancs pour l’exotique tout comme le faisaient les récits de voyage de H. Rider Haggard au XIXème siècle. Lorentzon lie ensuite cet exotisme à l’érotisme rencontré dans Tu t’appelleras Tanga (1988) et Femme nue, femme noire (2003) pour arriver à la conclusion que ni l’exotisme ni l’érotisme n’ont lieu d’être ; leur seule fonction semble être la séduction et Lorentzon peine à trouver leur légitimité dans les textes.

Il est intéressant d’observer que les femmes se positionnent autrement par rapport aux deux romans publiés en suédois de Beyala. Ulrika Kärnborg dans Dagens Nyheter, le 30 août 2003, ne s’arrête aucunement au sensualisme et à l’exotisme de l’œuvre, mais souligne au contraire la manière dont la poésie et le message politique s’entrelacent. En outre, elle rapporte les portraits de femmes belles et fortes qu’elle retrouve souvent au centre des récits. À l’instar de Kärnborg, Sabina Ögren focalise, dans Borås Tidning le 19 août 2003, sur le contenu politique et le colonialisme dans Les arbres en parlent encore. Les critiques femmes mettent plus en lumière l’aspect sarcastique de l’écriture, que l’exotisme et le sensualisme. Nous notons également que ce sont les femmes qui rapprochent Beyala à la littérature classique en comparant son écriture à la frénésie verbale de Céline ou au ton laconique de Duras (G. Håkansson, 2004. U. Kärnborg, 2003).

Afin d’obtenir une comparaison fiable entre les critiques hommes et femmes, il aurait fallu parcourir une liste plus exhaustive des articles suédois disponibles sur l’œuvre de Beyala. Cependant, la tendance qui ressort de cette brève analyse, montre que les critiques hommes sont plus réceptifs à l’exotisme et au sensualisme de Beyala que les femmes. Les femmes, pour leur part, tendent à prendre la littérature de Beyala plus au sérieux et soulignent le message politique.

 

Les termes skröna et saga

Dans l’ensemble des 13 articles consultés, toutes catégories confondues, reviennent deux mots qualitatifs : skröna (sept fois) et saga (quatre fois), pour caractériser l’œuvre de Beyala au public suédois. Lorsque Calixthe Beyala s’est aperçu de l’épithète saga qu’emploient volontiers les critiques suédois à propos de son œuvre, elle n’a pas pu s’empêcher de grogner que ce qu’elle écrit dans par exemple Les honneurs perdus n’est pas une saga, c’est la vérité (Sundsvalls tidning 2004). Apparemment, Beyala et les Suédois ne désignent pas tout à fait la même chose par le mot saga. En premier, il faut se rappeler que le terme saga dans les langues scandinaves a des connotations très précises et il renvoie aux sagas islandaises, à savoir la première littérature artistique de la sphère culturelle scandinave, probablement conçue au XIIIème siècle tout en se référant aux événements réels à partir du Xème siècle (P. Hallberg, 1979, p. 1).

Comme nous l’avons vu, Beyala réclame tantôt son africanité tantôt son identité française. Par conséquent, nous pouvons supposer que sa notion du mot « saga » se réfère plutôt au mot « conte », plus habituel dans un contexte africain et français. Dans la culture française, il est même fréquent d’appeler un conte « conte de fées », renforçant ainsi l’idée du merveilleux et du fictif. Mohamadou Kane décrit les traits fondamentaux du conte africain et le compare au conte de la tradition française dans son ouvrage Les contes d’Amadou Koumba : du conte traditionnel au conte moderne d’expression française (1968). Selon cet auteur, le conte africain, qui nous semble le plus intéressant à l’égard de notre sujet, fait montre aussi bien de similitudes que de différences avec la saga scandinave. Un des rôles principaux du conte africain traditionnel est la « sauvegarde des valeurs et traditions » de la société (M. Kane, 1968, p. 20). Le conte avait une fonction nette dans la vie quotidienne pour s’informer et acquérir une forme de savoir-vivre, une morale et les codes de conduite du groupe. En outre, le conte africain en général laisse apparaître un attachement à l’histoire, comme une source de connaissances indispensable pour la survie future du groupe (Kane, 1968, p. 18.).

Ces caractéristiques se discernent également, mais autrement dans les sagas islandaises. Loin d’être un conte de fées fictif, la saga cherchait à transmettre des événements réels intervenus au moment où l’Islande et d’autres pays scandinaves étaient en train de se construire en tant que cultures et nations. On peut en effet avancer que les sagas islandaises existent parce que les Islandais se voyaient à la lumière de l’histoire et, à en croire les sagas elles-mêmes, ces insulaires et péninsulaires faisaient toujours en sorte qu’une ou plusieurs personnes puissent raconter les aventures et les mésaventures advenues. Le souvenir posthume de toute personne était de toute évidence d’une grande importance.

À l’instar du conte africain, les sagas racontées à l’oral servaient en outre de source d’information sur les dernières actualités et les Islandais avait pour cette raison, la réputation d’avoir une mémoire précise et infaillible (Hallberg, 1977, p. 46). La qualité historique des sagas est aujourd’hui contestée et l’on souligne plutôt la valeur littéraire de ces textes sur les premiers exploits des héros du nord de la Scandinavie. Il n’empêche que certains chercheurs soutiennent qu’avant d’être manuscrites, ces histoires ont existé oralement pendant des siècles et même de nos jours, certains Islandais affirment pouvoir retracer leur lignée jusqu’aux personnages des sagas (Hallberg, 1977, p. 48). Comme dans le conte africain, la saga contient en outre des éléments proverbiaux qui visaient à apprendre aux citoyens la bonne conduite.

La différence la plus pertinente pour notre sujet entre la saga et le conte africain consiste notamment en le fait que les contes africains contiennent peu d’éléments exotiques, des mondes d’ailleurs, tandis qu’au centre des sagas islandaises figurent précisément les voyages et les découvertes de nouvelles terres (Kane, 1968, p. 34). C’est dans ces parties que les sagas basculent dans un registre que l’on qualifierait de fantastique et de fictif, car, comme le remarque Lars Lönnroth, le « supernatural and fantastic elements (fights with berserks, and trolls, magic spells etc) increase as the hero gets further from home » (L. Lönnroth, 1976, p. 57). Cette tendance est à rapprocher du mot skröna, également employé pour décrire l’écriture de Beyala et qui vise toute sorte d’exagération d’une histoire ou la manière de broder un peu trop généreusement un récit. Ces éléments qui se rapportent plutôt à la fiction, ajoute une dimension de divertissement aux sagas, une fonction importante pour retenir l’attention de l’audience et qui devait également avoir un rôle distinct dans la tradition africaine des contes.

Si ces récits anciens montrent que l’aspect de la fiction et du conte commence à dominer dès que l’histoire s’éloigne de sa sphère culturelle la plus intime, il est possible que la chercheuse franco-suédoise Véronique Simon, critiquant Les arbres en parlent encore de ne pas prendre une perspective entièrement africaine, surtout en raison du mélange entre idiomes typiquement français et expressions représentant la culture locale étone, pense en partie à l’exotisme avec lequel Beyala évoque l’Afrique noire. La manière dont l’auteure dépeint son pays natal tend par moments à fictionnaliser l’Afrique et à éloigner ce qui est déjà loin et étranger à l’esprit occidental. Est-ce un signe que Beyala est plus proche de la culture française que de la culture africaine et que sa littérature ne devrait pas être appelée « africaine », comme le propose Simon (Simon, 2007, p. 40) ? En tout état de cause, V. Y. Mudimbe critique dans « African Literature : Myth or Reality ? » la notion d’une « littérature africaine » en soulignant la nouveauté du terme et les facteurs d’exclusion y impliqués. En outre, Mudimbe met en avant que l’intérêt pour cette sorte de littérature ne vient pas premièrement de l’écriture, mais du contenu qu’elle traite : les luttes politiques africaines, les conséquences culturelles du colonialisme ou les droits de l’homme. La « littérature africaine » devient ainsi une notion réductrice et souvent stéréotypée, désignant une entité opposée à la littérature occidentale (V. Y. Mudimbe, 2007, p. 60).

De cette perspective il est intéressant de se rappeler les Islandais lors de leurs visites au Vinland, un endroit mythique que l’on rapproche à l’Amérique du Nord, mais qui pourrait, selon ce que laisse entendre Victoria Hanselmann dans ses recherches, représenter le continent de l’Afrique, et d’observer les stratégies différentes qu’ils appliquaient afin de faire face à l’étranger (V. Hanselmann, 2005, p. 92). Par exemple, on essayait d’interpréter le comportement de l’étranger pour savoir s’il était bienveillant ou malveillant. Ces interprétations des signes amenaient les Islandais à considérer les étrangers au Vinland naïfs, puisqu’ils avaient peur d’un taureau et échangeaient des peaux d’animaux contre de simples produits laitiers qu’ils consommaient immédiatement. Or, les étrangers avaient un savoir que ne possédaient pas les Islandais. Les hommes du nord ne pouvaient pas en effet dominer les hommes du sud, car ces premiers soupçonnaient ces derniers de s’y connaître en magie et la magie était hors du contrôle des Islandais (Hanselmann, 2005, p. 87).

Dans la saga, les Islandais emmènent quelques étrangers qu’ils appellent skrälingar sur leur île et leur apprennent la langue scandinave. Soudain l’interprétation de l’exotique est moins hésitante et la rencontre moins effrayante et incertaine, car l’étranger peut lui-même expliquer et raconter. Le but de ce procédé est selon Hanselmann d’intégrer l’étranger et l’exotique à sa propre vision du monde. Ce procédé continue aujourd’hui, quoique chaque époque adopte ses propres stratégies et stéréotypes pour confronter et comprendre l’inconnu (Hanselmann, 2005, pp. 87, 90).

Hanselmann conclut que l’enjeu des sagas du Vinland pourrait se résumer en la relation entre l’autre et l’ethnicité ainsi qu’entre l’autre et le genre, faisant ainsi appel à l’ouvrage de Tzvetan Todorov, La conquête de l’Amérique, la question de l’autre (1982), dans lequel notre comportement vis-à-vis de l’autre et notre conception de l’altérité sont délicatement scrutées. Environ douze siècles après les événements relatés dans les sagas du Vinland, les romans de Beyala et, peut-être, toute la littérature que l’on a choisi de catégoriser d’africaine, réactualisent les mêmes problématiques.

En recevant Beyala en traduction, les Suédois n’ont pas seulement réactivé le sens nordique de saga, mais en outre ils ont pu faire leur un monde étranger et exotique. Il s’est avéré que l’interprétation de cet exotisme n’est pas des plus simples, car Beyala elle-même vacille entre deux visions du monde – à l’africaine et à l’occidentale. Par conséquent, les Suédois se méfient de ses histoires tout en croyant en leur fond de vérité, les lisant telles des sagas ou des skrönor qui refoulent le réel et la vérité derrière le fantastique et le merveilleux. Cependant, si l’africanité des récits, à laquelle s’attend en quelque sorte le public occidental, est dans ce cas-ci altérée par l’influence d’autres cultures, comme les sagas islandaises furent influencées par le christianisme et la littérature médiévale du sud de la France, il n’en reste pas moins que la littérature de Beyala porte une marque particulière qui brise les catégorisations en différentes sphères culturelles.

La femme est au centre de toute l’œuvre de l’auteure et, en fin de compte, ce trait est l’un des majeurs pour parler aux lecteurs scandinaves d’aujourd’hui. Rappelons-nous que les femmes hors commun de Beyala ont leurs équivalentes dans les sagas, dans lesquelles il n’était pas rare qu’elles se comportent de manière non conventionnelle (Hanselmann, 2005, p. 93). D’ailleurs, Beyala prolonge l’aventure exploratrice des anciens Islandais, car elle est non seulement une voyageuse, mais aussi une cosmopolite qui pourrait être comparée à d’autres auteurs en voyages entre plusieurs cultures et nations. Mary Ellen Higgins cite John Tomlinson et son ouvrage Cultural Imperialism (1991) pour nous faire comprendre les conditions de cette sorte d’écrivain aux multiples racines « qui est capable de vivre éthiquement et culturellement à la fois dans le monde global que dans le monde local ». (10)

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(1) L’article a fait l’objet d’un cours sur la compréhension d’une autre culture à travers la littérature, donné dans le cadre du programme d’échange appelé CIRT, entre Penn State University aux États-Unis, Chichester University en Royaume-Uni et l’Université de Jönköping en Suède.

(2) En s’appuyant essentiellement sur les commentaires de Denise Brahimi et Ambroise Kom, Boniface Mongo-Mboussa essaie de démontrer que le trait populaire emporte sur le trait littéraire, car Beyala n’accepte pas les codes établis pour entrer sur la scène littéraire en France, emploie un style trop fonctionnel, aborde les sujets érotiques de manière pornographique, et, par-dessus tout, ses livres sont publiés dans la série « J’ai lu », que Mongo-Mboussa qualifie de distributrice de « paralitterature », à savoir une littérature de masse. Mongo-Mboussa, 1997.

(3) « Glocale » est une liaison des mots « global » et « local » d’origine du monde des affaires, qui désigne une action locale d’une envergure globale. Cette acception de la littérature nationale, ne se conforme pas à l’idée de Pascale Casanova dans La République mondiale des Lettres (1999) p. 148. Casanova conçoit la littérature nationale comme un système lié aux acteurs du marché des lettres et à la tradition esthétique d’un pays. Notre point de vue comprend les signaux qui définissent un peuple et les peuples voisins. Le peuple suédois par exemple, est marqué par la société agricole et la pauvreté d’antan, ce qui se reflète dans la littérature du XIXème et du XXème siècles, par les milieux, les caractères et les comportements.

(4) Le site est administré et financé par la Bibliothèque mondiale (Världsbiblioteket), qui loge à la Maison du mouvement de solidarité (Solidaritetsrörelsens hus) à Stockholm.

(5) « Litterär tidskrift på resa mellan kulturer » (ma traduction) – le sous-titre explicatif de la revue.

(6) « Svart är en färg, neger är en kultur » (ma traduction), O. Carp, 2005. G. Andersson, 2004.

(7) Sachons qu’en France la pâtisserie « tête de nègre » est toujours nommée ainsi, tandis qu’en Suède, la pâtisserie « boulette de nègre », negerboll, s’appelle aujourd’hui « boulette de chocolat », chokladboll.

(8) « […] antingen leverera de bilder som västvärlden förväntar sig eller att göra tvärtom. » (ma traduction), J. Aschenbrenner, 2003.

(9) « […] som att simma uppströms i en fors. » (ma traduction), Aschenbrenner, 2003.

(10) « […] who is able to live, ethically, culturally, in both the global and the local at the same time » (ma traduction). M. Higgins, 2007, p. 141.

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Hoff, Jan (22 novembre 2004), « Beyala, Calixthe : ”Vår förlorade heder” », Kristianstadsbladet.
Håkansson, Gabriella (29 août 2004), « Ursinnig skröna. Kompromisslöst om kvinnoförtryck i Kamerun », Dagens Nyheter.
Kärnborg, Ulrika (30 août 2003), « Hade Afrika en guldålder? », Dagens Nyheter.
Lunderquist, Thomas (29 septembre 2004), « Förtjänsterna drunknar i ett hav av pladder », Svenska Dagbladet.
Planhammar, Per (22 novembre 2004), « Afrikansk skröna med allvar i botten », Göteborgs-Posten.
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Wirtén, Per (31 août 2004), « Afrika utan nåd », Expressen.
Ögren, Sabina (19 août 2003), « Kolonialism och talande träd », Borås Tidning.

 

Les sites web

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Det Kongelige biblioteket, la bibliothèque nationale et universitaire de Copenhague, [27-04-2009].
Fennica, la bibliographie nationale de la Finlande, [27-04-2009].
Landsbókasafn et Háskólabókasafn, la bibliothèque nationale et universitaire de l’Islande, [27-04-2009].
Macondo, [28-04-2009].
Nasjonalbiblioteket, la bibliothèque nationale de la Norvège, [27-04-2009].
WALTIC, [28-04-2009].

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