Episode 214
Belle de Blues
La météo marine était enthousiaste : beau temps tous azimuts. Les miss météo télévisuelles avaient adopté la tenue « ragazza napolitaine ».
Les bikinis étaient de retour. Le Colonel a dit « Parfait…Parfait » en embrassant Louise de V qui y vit un signe annonciateur de félicité.
Et l’on frappa à la porte du bar de la plage (image, il n’y a pas de porte) … Et voilà ma grande sœur black adorée, Washington D. C. (Dorothée, Clara), chanteuse de blues de profession, belle par nature. Et en plus, elle arborait sa fameuse coiffure « ananas ». Description ; les cheveux lissés tirés en arrière et vers le haut, sur le dessus de la tête, au sommet, un chignon en forme de bouquet de fleurs frisées exubérantes.
Elle était en tournée dans la région avec un Big Band composé de musiciens de Chicago ; le blues c’est pour les concerts at night, relâche l’après-midi…
– Alex Alexandre, tu chantes toujours aussi faux ou tu as fait des progrès… dommage, je t’aurais bien emmené avec moi, il y a une place libre chez les choristes…
(Une bande d’anges sexy originaires de la Nouvelle Orléans passa en chantant When The Saints…)
Forcément, on parla de l’air du temps, des musiques qui allaient avec.
– Je suis agacée et ce n’est pas peut dire, par tous ses malabars qui aboient dans un micro ; ils ne connaissent pas une note et prétendent qu’ils font de la musique… Nina Simone un jour de bonne humeur en aurait fait du sucre en poudre… et je ne te parle pas des paroles… ton copain, comment tu l’appelles déjà… ah oui Roda-Gil, il en avalerait son stylo…
Washington dit encore qu’elle était bien copine avec Lady Gaga, « la seule vraie chanteuse de toute l’Amérique, elle devrait te plaire » « Tu parles d’or DC, c’est déjà fait. »
Et sa silhouette s’imprégna dans les dunes.
Bon concert, Whashington DC…
Episode 215
Que d’eau ! Que d’eau
La pluie a mauvaise réputation, c’est immérité.
Par exemple :
Gene Kelly a enchanté les trottoirs de Brooklyn en y « dansant sous la pluie » et récemment Woody Allen nous a servi une bien jolie « journée sous la pluie à New York ». Dans le film de Claude Lelouch, « Un homme et une femme », Jean-Louis Trintignant au volant de la Mustang n°184 fait Monte-Carlo-Paris-Deauville dans le ballet des essuie-glaces. A l’arrivée, sur la plage, il s’envole, Anouk Aimée dans ses bras, la pluie porte bonheur.
J’aime la pluie, toutes les sortes de pluie.
Les petites pluies fines qui ressemblent aux crachins des bords de mer et transpercent jusqu’aux os. Il y a les ondées courtes et drues, comme les grains en mer, elles disparaissent aussi vite qu’elles arrivent, laissant un sillage humide plus ou moins large, en voie d’assèchement par le soleil qui généralement leur succèdent. Et puis les averses tropicales, mes préférées, qui larguent leurs grosses gouttes en fanfare sur les feuilles des bananiers et les toits de tôle dans un vacarme de claquettes jazzy.
Caro intervint « Alexandre Alexander, tu oublies cette désastreuse opération de sauvetage entreprise par ce brave Noé, capitaine d’eau douce avec son bateau pas du tout équipé pour recevoir une telle ménagerie ; c’est Madame Noé qui devait être contente de cette cohabitation et de ce temps de chien qui n’en finissait pas…
Avantage de la pluie : elle dispense de saluer les importuns déjà bien occupés à se plaindre du mauvais temps ; sauf bien sûr en Angleterre où entre gentlemen, quelles que soient les conditions météo, le temps est toujours charmant, isn’it ?
Episode 216
Un temps suspendu
C’était une drôle de soirée. Rien d’extravagant, ni de vraiment inhabituel. Simplement une étrange ambiance flottait, dans laquelle on se sentait bien, comme dans un roman de Modiano ou une chanson d’Alain Souchon.
Apparemment la mer n’y était pour rien, pas davantage les hésitations de la planète sur son axe ou autre lubies cosmiques. Peut-être les humeurs vagabondes des nuages déteignaient-elles sur les humains…Bref, aucune envie, aucune impatience, les soubresauts de la conscience en roue libre. Seule perturbation : les piaillements des oiseaux de mer qui comme d’habitude ne cessaient de s’engueuler ou de se chambrer. Décidément, la création n’est pas une chose complètement au point.
Les fâcheux se tenaient à distance, les marchands de cartes postales avaient rangé leurs étals, les poètes tenaient la barre…
C’est à peine si on a entendu Georges annonçant l’inauguration de la série de dry-martini.

