Editeur: Jean-Marie Gleize

Jean-Marie Gleize est professeur de littérature moderne et contemporaine et directeur du Centre d'études poétiques de l'École normale supérieure Lettres et Sciences humaines (Lyon). Il est auteur de plus de vingt ouvrages de poésie et de critique.
Parages noirs (II)

LA HAINE, URINE DE RAT   Oh, leur visage impénétrable de bois blond s’étonne devant ce rat. Leur visage calme et doré d’hommes droits se fige devant celui-là : visage laid, gris, de la haine. Mais visage autre qu’un visage, au nez autre qu’un nez, dont la laideur forme un rat sous leurs yeux. Non-visage, museau, […] Lire plus »

Les Mains parallèles

La publication récente des Ecrits sur l’aliénation et la liberté de Fanon[i] a permis de découvrir deux de ses trois pièces de théâtre que l’on croyait disparues (ce qui semble bien être le cas de la troisième). On trouvera ici un extrait des Mains parallèles (1949) donné antérieurement par Joby Fanon, le frère de Frantz, […] Lire plus »

Parages noirs (I)

L’OMBRE AFFLIGEANTE AU LOIN TENUE   Dans le dernier soleil du soir, avec l’orage qui menace, un vent plus froid, plus violent, froisse l’herbe jaune sous le ciel noir. Quand la plus noire netteté, la plus difficile distance au ras de leurs gestes relancent la mort, l’image qu’on s’en fait, nos corps salis, frappés par […] Lire plus »

Le Bar de la plage – 1 et 2

Episode 1 Pamela – Ici on est bien C’est Georges, le barman, qui l’a dit, et on l’a approuvé Le bar de la plage est bien le meilleur endroit au monde pour vivre, enfin comprenons-nous bien, pour vivre une vraie vie, une vie débarrassées des inconvénients habituels que l’on rencontre un peu partout ailleurs : le […] Lire plus »

Les filles des palaces, Guiboles Anatole

Deux chanson pour faire connaissance.                                                            Les filles des palaces Les filles des palaces Ont vraiment la classe Elles prennent toute la place Ramassent les bravos Et […] Lire plus »

Fantaisie éthylique et pentasyllabique

Ma mélancolie N’avoir rien à dire Sentir seulement Obscures pensées Fausses vérités Sincères mensonges Amours oubliées Désir qui taraude Pour celle qui passe Fait trois petits tours Gracieuse pavane Sourit et s’en va Et me laisse là   Se verser un verre Boire et se noyer Ô sainte picole Vierge du salut Celle qui pardonne […] Lire plus »

figure du temps 1 et 2, amitié…

I   créantes créatures une voix se retire pas avant d’avoir arraché quelques morceaux à la nuit   allongée par terre à dessiner quelque chose qui ressemblerait à sa pensée   bienheureuse vouée à son propre débordement perd l’assurance du retour à soi ne se souvient pas   II   pourquoi suis-je éveillé à une […] Lire plus »

Marilyne Bertoncini: L’Anneau de Chillida, poèmes ( L’Atelier du Grand Tétras,2018)

L’anneau de Chillida ou la prescience de la parole poétique D’emblée, la poésie de Marilyne Bertoncini se situe sous le signe du sculpteur espagnol Eduardo Chillida. Au début, apparaît l’anneau fondateur : anneau trinitaire où s’entrelacent le réel, la mémoire et la peine de l’humanité. Anneau- kaléidoscope fait de mystère. Anneau légendaire également puisque la mythologie […] Lire plus »

L’abîme est en moi : Denis Emorine, Prélude à un nouvel exil

Le nouveau recueil de poèmes de Denis Emorine Prélude à un nouvel exil (éditions Unicité , 2018) reprend les obsessions du poète : l’exil, l’Histoire, l’identité brisée, l’amour et la mort. L’écrivain ne parvient pas à échapper à la condition d’exilé que l’Histoire lui a infligée : un exil spatial et linguistique par ses ancêtres, nés à […] Lire plus »

Chronique des Îles du vent – Guadeloupe & Martinique

Douze écrivains originaires de la Guadeloupe et de la Martinique témoignent leur commun attachement à leurs îles natales ou adoptives. Leurs écritures, en français ou en créole, associées à l’image ou à la musique du slam, en prose ou en vers, témoignent de la richesse de la créativité littéraire de la région. Inspirées par leurs aînés, mais libres de toute école, leurs plumes sont tout à la fois des Caraïbes et du Monde.

LES AUTEURS

Jimmy Anjoure-Apourou, Nicole Cage, Miguel Duplan, Frankito (Franck Salin), Michel Herland, Véronique Kanor, Serghe Kéclard, Gaël Octavia, Émeline Pierre, Michael Roch, Jean-Marc Rosier, TiMalo

EXTRAITS

« Ça faisait long d’temps qu’j’y étais pas revenu, fout’ mes pieds sur le sol de ma gwada pour rien, pour de faux, et jouer pour de faux au fils qui s’en revient après un long périple. Et pourquoi tout ce temps Je n’en sais fichtre rien, j’avais traîné, erré, marché sur toute la terre, en cherchant dans l’ailleurs une réponse à moi-même… Question à la peau dure, persistante et teigneuse comme de la mauvaise herbe. Pieds-à-poule, c’était ça, c’était la mauvaise herbe, celle délicate au sec à arracher d’un coup, mais qui les jours de pluie se laissait facilement foutre dans la brouette, pour faire un peu du propre en devant de la case… Pourquoi je pense à ça ? »
Jimmy Anjoure-Apourou, « Ophélie »

« Chaque homme est un lieu vide, un terrain vague, un désordre invisible socialement bien organisé. Mais quand on fouille la terre, des racines en chaos.
Chaque homme est un Big bang. Chaque homme est un lieu où se dealent des trêves.
Un atelier pour fistoler une vie, préparer une épitaphe.
Mais quand on fouille la terre, des ossements de rêves.
Chaque homme est un cimetière.
Chaque homme est un lieu-dit, phénix venu de Rien. Jérôme, fils d’Ébène en Haute Mer. Lise, fille du dehors. Vwazin sa ki ni ? Noukouchénoulévé. Mais quand on fouille la terre, aucune borne.
Chaque homme, au grand jour, est un kilomètre zéro, la solitude d’une autre
à qui rendre la pareille
une réplique ?
à qui défendre une idée
pour dire je suis. »
Véronique Kanor, « Les tôles de la nuit »

« Tu voulais juste sombrer dans les vagues. Un coup, pour voir, sombrer jusqu’au fond, presque à te noyer, à boire de l’océan et le laisser cramer le fond de ta gorge. Le laisser te brûler vif, lui, le sel marin, plutôt qu’elle, la chaleur accablante du Carême. Charles, ressaisis-toi. Tu voulais juste sombrer, pas te noyer.
J’ai pris la route du Sud, tracé droit sur l’océan. L’écume fraîche qui gicle, je n’avais que ça en tête : les giclures d’eau sablonneuse qui te rincent les pieds avant que tu te jettes dans la vague encore froide du dernier orage. Sous le pare brise de la vieille Corona, j’étais en nage. Ni les vitres abaissées, ni la vitesse de la bagnole ne suffisaient à refroidir le corps ou l’esprit. Je voulais juste plonger, et sombrer un bon coup. »
Michael Roch,« Jidé tombé du ciel »

 

Editions Sépia et K. Editions, 2018, 9 € • 202 pages