Editeur: Jean-Marie Gleize

Jean-Marie Gleize est professeur de littérature moderne et contemporaine et directeur du Centre d'études poétiques de l'École normale supérieure Lettres et Sciences humaines (Lyon). Il est auteur de plus de vingt ouvrages de poésie et de critique.
J’ai prié

Ma pêche miraculeuse de l’eau au bord d’aucune eau je demeure et je regarde dans l’eau l’été est parti le chapeau toujours plus aplati naguère à la mer un été comme celui-ci un homme à un seul bras m’a sauvé de la noyade. je ne sais plus rien de cet homme d’où le poids d’une […] Lire plus »

« La Cérémonie des Inquiétudes » d’Alain Duault

Il y a des résurrections que là où il y a des tombeaux. Nietzsche

C’était la nuit où nous avions refusé de porter nos propres croix. Luezior

Dans le crépuscule aux dents de suie tout peut-il être atteint, tout peut-il encore être mordu sans cicatrices ?

Sous la langue, le poète garde goût des fruits croqués et / ou désirés.

L’auteur se demande s’il verra encore longtemps ce lait de l’enfance, ce débordement d’amour ?

Et de se poser cette lancinante question: comment savoir ce qu’il y a dans la poussière des chemins lorsque le loup s’est enfui peut-être on l’a tué / Dis que reste-t-il du vent de l’ombre de cet instant que reste-t-il  à marée montante dans l’anse cambrée de nos dunes lorsque, au galop, le cheval a disparu ?

Les mots, étoiles filantes dans un ciel d’interrogations, de souvenirs, se pressent vers un estuaire incertain baignant dans des crues rebelles.

Faut-il relever les paupières avec cette obsédante question :se remet-on jamais d’être né ?et qu’est-ce que l’on peut espérer assis sur le parfum du soir ?

Le poète voudrait tellement savoir si on peut encore se noyer dans une mer aux yeux de fruit défendu : il est temps de vouloir la vie, savoir si le temps, fondu dans l’eau des corps, peut être retenu juste pour revoir l’amante froissée dans la saumure de la nuit.

Rêves, doutes, certitudes, balaient, rident, le sable des jours : parfois la vie patine et c’est tellement difficile /D’être un homme /Un virage peut déchirer un visage au milieu de la tôle.

Fragilité de l’instant qui file comme sable dans les béances du cœur Dis que reste-t-il du vent de l’ombre de cet instant. L’assurance et l’offrande, peut-être juste  pour se rassurer et l’espoir car il faut bien vivre même avec des cicatrices  et même quand elle essuyait l’hiver avec ses larmes.

Entre flux et reflux des ombres et la gelée onctueuse et cendrée du temps, la force du souvenir s’articule toujours dans les pliures du désir.

Aimer c’est le nœud de l’espoir et du désespoir, c’est l’idée tremblante du possible, c’est draper des ombres dans l’éclat du rien. C’est une île dans le ciel/ Une île avec des hanches.

Sous la plume élégante de l’auteur les paysages s’animent de Venise à Hambourg à Hammamet et sa médina aux yeux véronèse, les souvenirs palpitent, vibrent comme des éclairs sur un corps d’orage.

Dans le remous des fantômes avec  brûlures et ressacs, la mémoire se fait rumeur, elle vrille les tempes, pousse, culbute et pourtant un poète qui donne mille vies/ N’abandonne pas car les chrysanthèmes se fanent quand même.

Pour Duault, le temps est un rouleau compresseur qui parfois, le broie: j’attends la fin:/ Du jour peut-être ou de cette vie qui coule si lente.

Omniprésente est la force du mot, j’ai écrit avec mes rêves mais aussi avec mon sang. L’ardeur qui pousse doute et foi  s’entrecroisent, se lacent dans une imploration: emporte-moi très loin; mais vers quel  rivage, vers quelle chute, vers quel après?

Le Féminin est omniprésent dans ce recueil: femmes fragiles, femmes vénéneuses, femmes-miroir, femmes-fileuses de sentes perdues, femmes-oiseaux dont les ailes viennent casser le désir bleu d’un moment où tout paraît possible : quand le ciel est clair comme un vers d’Apollinaire.

Lire La cérémonie des inquiétudes c’est tressaillir dans la nuit des silences et des questions, ce qui n’empêche pas une folle dérive de gravité dans le murmure du plus secret, du plus enveloppant, même si parfois les oiseaux ont des ailes de glace.

Mais depuis la mise en scène initiale, l’exil n’est-il pas programmé ? Dans ce recueil A. Duault se fait orant d’une poésie à méditer, oraison dans un repaire d’incertitudes où s’écoulent les traces, où passe la vie, où s’ordonnent les souvenirs

Le lecteur en garde précieusement  mémoire pour rêver, aimer dans les déchirures de la nuit et les soubresauts du jusant.

Alain Duault, La Cérémonie des Inquiétudes, Gallimard, Paris, 2020.

 

 

Monchoachi, celui qui se réfugia dans la montagne

S’il est des personnages qui avancent dans la vie, entourés d’un halo de mystère, par leur rapport à l’existence, par ce qu’ils donnent peu à voir, peu à entendre, mais tellement à comprendre, il en est un qui incarne cette alchimie mystérieuse, le poète Monchoachi. Dans le film d’Arlette Pacquit : La Parole Sovaj, présenté en […] Lire plus »

Traverses (extraits)

Sur le chemin sur la terre écorchée des chemins de halage l’enfant abandonné allait pieds nus dans la brume égarée des ailleurs défendus… le sable blond qui bouge sur la plage labourée par des vents avale les rêves goulus et les jeux interdits de l’enfance qui se damne… le soleil qui brûlait la peau tendre […] Lire plus »

Os épandus sur le sable volage (extraits)

Peur de la nuit, de son épaisseur, du trouble de la bête, de l’enchaînement nuit-bruit, nuit-bruit, nuit-bruit. Peur du cœur arrondi à la croche, à la double et triple nuit du vivant. Peur des secondes de danses d’exorcisme et de danses, d’exorcisme et de danses, de danses d’exorcisme et de danses. Et le rythme aboyé […] Lire plus »

« Une dernière brassée de lettres » de Claude Luezior

Poète, nouvelliste, romancier, auteur de livres d’art aussi, ayant une oeuvre considérable, recompensée de nombreux prix et distinctions dont le Prix de poésie de l’Académie Française et Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres, Claude Luezior est avant tout un humaniste qui dénonce les iniquités sociales, les misères de la vie, l’indifférence face aux malheurs des autres.

Il use de tous les genres pour parler avec compassion des maux et des malheureux de la société, y compris la lettre comme dans Une dernière brassée de lettres (Paris, Éditions tituli, 2016). Il en imagine trente-deux pour surprendre des milieux sociaux très différents, d’un oeil perçant et ironique, habitué à observer et à diagnostiquer. Il met son livre sous le chapeau d’une assertion de Confucius : « Lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. »

Claude Luezior se sert des mots pour éveiller les consciences, faire connaître la vérité cachée derrière les apparences, il devient la voix de ceux que l’on n’entend pas. Il sait donner sens à ses mots pour peindre le mal social, les misères de l’existence qu’il voit partout. Il n’a que les mots pour affronter la mort : « Se révolter. Être rebelle, passeur, pionnier. Apprivoiser l’héritage du désespoir. Bruire : faire entendre un murmure confus. Je murmure, je crie, je scie ma partition telle une cigale amoureuse. Je cisèle mes stridences, taille ma plume, affûte l’encre des heures qui butinent ma chair. »

Il lève un pan de voile du réel tel un coup de vent pour y jeter un coup d’œil compatissant, ironique, déçu, révolté. Il tisse ses phrases légèrement comme dans un jeu de mots pour piquer, persifler, faire sortir la vérité à la surface. Rien que pour nous rendre conscients des affres de la vie, de l’indifférence envers les malheureux dans un dialogue imaginaire avec soi-même et un autre à l’écoute de sa révolte.

L’auteur s’imagine parler aux interlocuteurs différents, hommes ou objets, liés par la dépendance, selon le milieu qu’il ironise avec subtilité : docteur, infirmier, homme de loi, architecte, styliste, politicien, ordinateur, télévision, masque, livre, Histoire, poésie, regard, cimetière, porte, fantôme.

Certaines lettres sont poétiques : Lettre à l’Absence, Lettre à Regards, Lettre à Orage. D’autres laissent les souvenirs tendres de l’adolescence se déposer sur les pages, alors que l’écriture tourne à la confession : Lettre à ma Cousine, Lettre Maison de famille.

Dans sa première lettre, l’écrivain pénètre dans le domaine médical pour dévoiler avec compassion et ironie le vrai visage de ce monde. Son destinataire est le tu générique, l’interlocuteur qui permet au locuteur de communiquer ses réflexions amères sur les prisonniers des maisons de retraite et nous faire comprendre la vieillesse, ses risques, la solitude, la dépendance, le verdict médical qui prive de liberté, à cause de l’impuissance physique ou de la maladie, malgré la lucidité de la sénescence : « Tu l’as mise en chaise, alors qu’elle pouvait encore marcher. D’allure secourable, le verdict fut la prison à perpétuité. Il fallait surtout relever le score de dépendance, question subsides et comptes de fin d’année ».

La lettre suivante s’attaque à l’internet, le « Roi » de la postmodernité qui réclame soumission totale à ses esclaves, image d’une société alliée, totalement contrôlée par un cerveau artificiel où tout naturel est anéanti : « Je suis devenu ton esclave consentant, car ne pas te vénérer est abjuration de la modernité. Ne pas payer sa dîme au roi Internet est une manière de fraude intellectuelle. Pire ! C’est trahir le credo de notre société post-moderne, c’est nier le progrès qui sauve ».

L’auteur s’interroge sur la souffrance aux multiples visages,  celle de la mère d’un enfant handicapé aussi. Il est touché par son amour maternel, sa dévotion, son courage et son espoir. Face à la loi impitoyable, il la voudrait plus humaine. Il stigmatise la culture qu’il voudrait plus présente sur les chaînes de télévision, occupées par des émissions mineures, acculturelles.

L’Histoire, sa gloire morbide, le fanatisme du pouvoir ne cesseront-ils de fasciner sans tirer aucune leçon de ses horreurs ? « Tout empire rime avec délire ; derrière la gloire il faut voir les guerres et ses carnages », nous rappelle Claude Luezior.

Face à la barbarie, aux théories avec leur orgueil de tout déchiffrer, y compris l’insondable du Soi, l’univers onirique pris en charge par la psychanalyse, le Rêve poétique ne serait-il pas aussi illusoire que la gloire des « masques du pouvoir » ?

Et cependant c’est par le langage poétique que l’on résiste au quotidien ; on s’en échappe par sa catharsis pour accéder au spirituel :  « L’art en Poésie se situe surtout dans la rencontre amoureuse des mots, dans l’éclosion d’images, dans ce ventre gravide entre conscient et subconscient, dans cet espace à la limite des rêves où la plume instinctive déchiffre la source des dieux. Éclosion à la faille des phrases, au-delà des discours véhiculaires du quotidien. »Véritable ars poetica que l’on retrouve dans la  Lettre à Casimir : « La littérature est art de la langue. Écrire, c’est être à la faille des mots, là où se crée l’étincelle, l’image nouvelle. C’est être à l’écoute de leurs synapses. C’est malaxer le verbe, c’est rechercher, à l’interface de son conscient et de son  inconscient,  la part de Dieu (Gide), cette chose a priori indicible mais qui s’écoule par magie dans le fût d’une plume. […] Le poète est une manière de prêtre au langage sacré».

Une très belle lettre s’adresse aussi aux poètes, invités à quitter leur tour d’ivoire pour s’engager dans le social, faire de leurs plumes des armes  pour témoigner, dénoncer, se révolter, combattre : « La poésie n’est pas langue morte. Elle ne cesse de vivre au pays de Canaan. Mais pour cela, Poète, quitte ta tour d’ivoire : ensemble, il faut marcher ! ».

Claude Luezior s’interroge sur tant d’aspects de la vie, y compris sa vie d’écrivain, son lien affectif avec sa création, la solitude des livres qui s’empilent sans avoir bien des fois à qui parler, « éloquences dans les remous d’une marée livresque, d’un océan médiatique. »

Le masque ne pourrait manquer à son discours, car tout le monde  en porte : « greffe omniprésente à nos gestes quotidiens : jeux de dominance et de soumission. » L’auteur s’insurge aussi contre l’administration avec sa paperasse qui ignore l’homme réel, devenu page de statistique.

J’aime bien les lettres de Claude Luezior, ses réflexions qui dénoncent, ses piqures linguistiques où respirent la lucidité de l’humaniste et le  souffle poétique, sa sensibilité, les références intertextuelles de l’écrivain raffiné par la culture.

 

Claude Luezior, Une dernière brassée de lettres, Paris, Ed. Tituli, 2020.

« Au carrefour des tristesses » de Jean Dornac

Ce recueil a été magistralement organisé par Sonia Elvireanu, elle-même femme de lettres et critique littéraire. Jean Dornac est non seulement poète, mais également photographe et esthète : il a fondé le site Couleurs Poésies 2 où il accueille nombre d’écrivains contemporains dont il illustre les textes avec goût et de manière originale.

La présente démarche se situe hors les murs, puisqu’elle est élégamment publiée en Roumanie. Elle touche à l’universel. Le premier poème commence en effet par une ode à un pays aimé. Non celui de ses origines, mais celui du cœur, à savoir la Bretagne. De fait, cette recherche d’identité passe les frontières et se cristallise à travers l’écriture.

Sur les ressacs de l’amour (souvent avec un grand “A”), la vie ressemble à un bateau ivre, dans les roulis de l’inaccessible : parfum du désir / rêves insensés. L’être aimé est femme-terre, Gaïa, vol de goélands aux accents baudelairiens.

On l’a compris, Dornac élargit une vision qui, bien que sensuelle, dépasse l’attirance physique. Il parcourt les sentes humaines, s’engage sur les voies de la fraternité qui s’effiloche, de la paix constamment malmenée à nos portes, des Lumières qu’engloutit la violence omniprésente. Ses propos adossés à l’Histoire sont également contemporains face aux troubles sociaux, au virus avec sa couronne mortelle, à l’indifférence ambiante tout autant qu’au racisme endémique qui ronge les uns et les autres, à ces océans de souffranceEntre les deux rives d’une même humanité, il nous fait penser au poète Louis Delorme dont les vers furent autant de véhémences contre les injustices et d’appels à la beauté qui cicatrise.

Et le poète de s’exclamer avec des allures bibliques (mais également laïques) : Heureux les cœurs simples / Émus par le charme des fleurs (non celles que l’on met, au champ d’horreur, au bout d’un fusil, mais celles qui parsèment le val de Rimbaud…

Au carrefour des tristesses, mais également Au temps des solitudes, le poète doute, hésite, se rebelle, erre, se calfeutre dans les mots, véritables baumes face à la destinée. De manière poignante, il évoque les souvenirs émus de son frère, fibres et racines, tissage d’un propre soi-même.

Visions noires pour un monde où prolifèrent les scories. Mais au-delà des cendres, Jean Dornac perçoit, dans nos corps, des mémoires d’étoiles, pures étincelles. Rédemption où s’organise en intime communion le sens de nos vies.

Jean Dornac, Au carrefour des tristesses, Iasi, Ars Longa 2021

« Le sablier de l’absence » – extraits

L’INSTANT DU THE Avec l’eau et le feu, la lenteur des gestes on peut fondre en quelques secondes à ressentir dans ses mains, la chaleur du bol en terre où se cache le soleil. ***** La pluie frappe aux carreaux L’orage tourne autour de la maison Feuilles froissées La danse du thé noir Exorcise la […] Lire plus »

Neige exterminatrice – extraits (IV)

Mémoire d’équinoxe Bas-pays de la pluie granit pommes dormantes Vieil hiver que disperse un rire de vipère Bohêmes d’outre-mer par les villages maigres Sous les porches d’église et les pierres tombales Verveine riz amer odeur de poisson neuf Dans les épiceries fumeuses de la mort Mémoire d’équinoxe évanescence mauve De l’âme vers les ports bariolés […] Lire plus »

« Tropiques » suivi de « Miserere » : un recueil de Michel Herland

C’était à Nouméa, au bord du lagon, dans un piano-bar.

Chaque mercredi soir s’y tenait une séance de notre club de lecture, où le micro était ouvert à toutes les voix désireuses de faire vibrer un texte, à tous les horizons de la littérature, et singulièrement de la poésie.

Nous n’y avons sans doute pas lu les premières pages de Salambô, dans cette atmosphère feutrée, si peu compassée, où les voix des intervenants inclinaient moins à convoquer le tonitruant Gustave, qu’une foule d’écrivains plus confidentiels du monde entier.

J’y vis Michel Herland pour la première fois ; sa discrétion courtoise, cordiale, généreuse, dissimulait mal l’intérêt formidable qu’il portait à la littérature, et plus précisément à la poésie, et qui a fondé en toute simplicité, et renforcé au fil du temps, notre amitié.

Aujourd’hui, présentés d’emblée en une édition bilingue, où la langue roumaine en regard, chaude de sa latinité, ne pourra que les servir suavement, ce sont des poèmes essentiellement érotiques qu’il nous offre.

Les voici donc sous vos yeux, livrés avec une sorte de désinvolture contrainte, provocante parfois, jusqu’à l’obscène ou l’argotique, dont une contraction syntaxique, par endroits, semble venir rectifier l’abandon. L’exaspération du désir y est volontiers d’une leste crudité, mais également distancée d’accents courtois, comme des clins d’œil adressés à un fin amor oublié, ou des retours à une équité de registres, comme des rappels surannés que tout amour est aussi une distance, une mesure extensible du temps, un égard pris pour l’autre.

Ainsi, devant la « Lagune d’écrasé soleil », l’érotique, glissé dans l’exotique par sa lettre distinctive même, y fait de ludiques oscillations du tu au vous, aussi bien que de pudiques écarts au elle de l’idéal atteint comme du dépit amoureux toujours craint.

Dans des strophes tentées par le sonnet, les vers sont souvent frappés, formellement durcis, et craquant sous la dent ; ailleurs au contraire les voilà mâchonnés, ensalivés en quelque manducation prosodique (quand l’élision du e muet par exemple, à la césure ou dans les hémistiches, se heurte à la coque de la consonne qui suit), et le lecteur peut les entendre alors comme autant d’espiègles phrasés.  L’humour et la dérision, tour à tour, se frôlent, se frottent.

On devine qu’il s’agit là, en quelque sorte, dans ces textes se jouant d’eux-mêmes, de compenser un peu, en sous-main, la tenace et touchante nostalgie qu’on y sent monter de l’amour.

Le spleen, ou selon le mot roumain, le dor (tout aussi difficile à traduire en français, dit-on, que le spleen baudelairien) est là en tant qu’épaisseur tangible, en tant que double peau sous la caresse. Michel Herland confirme bien qu’en matière d’amour, les poèmes qui nous touchent sont, par une agréable réciprocité, autant à lire qu’à toucher.

Plus loin, mais à peine, si brutalement à proximité, ce sont les misères du monde, les révulsantes notations du sordide, les énumérations de la douleur, du désespoir.

Parce que, si rien n’est plus fragile, plus déchirable que la peau, plus éphémère que la caresse, rien ne semble aussi plus durablement encrassé en l’homme que la violence triste de sa condition.

 

Michel Herland, Tropiques suivi de Miserere – Tropice urmat de Miserere, édition bilingue, traduction en roumain de Sonia Elvireanu, Iasi, Ars Longa, 2020, 134 p.

 

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PS / Tropiques suivi de Miserere – Tropice urmat de Miserere, est en vente chez l’auteur au prix de 10 € + frais de port. Ecrire à l’adresse suivante :

herland-livres@laposte.net

Le recueil Haïkus – Martinique (poèmes et photographies), Fort-de-France, K-Editions, 128 p. est également disponible chez l’auteur au prix de 15 € + frais de port. Ecrire à la même adresse.

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A la Martinique, ces deux ouvrages peuvent aussi être acquis à la librairie Le Papillon bleu à Fort-de-France.

Instants / instantanés : les « Haïkus Martinique » de Michel Herland