La psychologie des profondeurs et la cartographie de la mort dans «La mort en berne» de Denis Emorine

mardi 19 septembre 2017 par Károly Pallai

La mort en berne[1] est le premier roman du poète, essayiste, nouvelliste et dramaturge français, Denis Emorine. L’auteur puise dans sa propre expérience, sa propre existence, dans son identité et subjectivité pour nous offrir ce roman d’inspiration autobiographique qui raconte les voyages et les quêtes internes de l’écrivain Dominique Valarcher, bibliothécaire d’une grande université française, […] Lire plus »

Mallarmé, l’anglais à la lettre

jeudi 10 août 2017 par Jean-Pol Madou

Abstract Mallarmé: the Letter of English With “Les Dieux antiques” and “Les Mots anglais”, Mallarmé opposes decaying myth to linguistic vitality, a vitality one of whose sources is in the rejuvenating hymen of Latin and Germanic languages represented by the advent of English from French and Germanic dialects. The letter “s” silenced in Old French and revitalised […] Lire plus »

Les ailes frôlées

mercredi 14 juin 2017 par Olivier Houplain

À Heberto Helder                                                                                                                                                 Les ailes frôlées, tout comme la puanteur des charognes, ne sont jamais bien loin d’une beauté immobile… Dans sa brume, la poète se dessine une barbe, des sourcils épais couleur d’œil noir. On devine une bouche, des dents croqueuses de phrases chargées d’haleines. Sa chemise flotte, blanche, sur l’eau bleue des marais. […] Lire plus »

Césaire par Maximin

« Je soutiens que la poésie est vérité, qu’elle est la vérité de tout, la vérité fondamentale, la vérité des profondeurs, la vérité de l’être. » (A. Césaire, Hommage à Léon Gontran Damas, 1978)

Parmi la moisson d’ouvrages publiés en 2013 à l’occasion du centenaire de la naissance de Césaire, il serait dommage que l’hommage fervent de Daniel Maximin passe inaperçu. L’auteur était encore étudiant en Sorbonne – comme l’on disait alors – lorsqu’il fit la connaissance du poète martiniquais. La rencontre eut lieu en 1965, à Paris, rue des Écoles, dans la librairie de Présence africaine. À partir de cette date et jusqu’en 2008, l’année de la disparition de Césaire, le contact n’a jamais été interrompu entre les deux « frères volcans »[i] – Césaire qui grandit à l’ombre de la montagne Pelée, Maximin à l’ombre de la Soufrière en Guadeloupe. Le second aida à la publication du dernier recueil de Césaire, Moi, Laminaire, au Seuil en 1982, avant de devenir le maître d’œuvre de l’édition de sa Poésie (complète), toujours au Seuil, en 1993. Et c’est à l’occasion des parutions presque simultanées de Moi, laminaire et de la nouvelle édition (définitive) du Cahier pour un retour au pays natal (chez Présence africaine) que Maximin réalisa l’entretien publié dans la revue Présence africaine sous le titre « La Poésie, parole essentielle », repris in extenso à la fin d’Aimé Césaire, frère volcan[ii].

Tout est à lire dans cet entretien. On peut en retenir d’abord ce que Césaire entendait quand il qualifiait sa poésie de « péléenne » (en référence au volcan martiniquais[iii]).

« Ma poésie est péléenne parce [qu’elle] n’est pas du tout une poésie effusive, autrement dit qui se dégage… se dégage perpétuellement : je crois que la parole est une parole rare. Cela signifie qu’elle s’accumule […] C’est ce qui donne son caractère dramatique : l’éruption » (p. 227). Ailleurs, il dira : « J’éruptionne sans rendez-vous » (sic, p. 153).

Une autre caractéristique est le refus de tout égotisme : « Très tôt je me suis beaucoup plus ressenti en pays qu’en être, qu’en être singulier, qu’en être individuel » (p. 229).

Césaire s’est engagé en politique avec le succès que l’on sait : député de la Martinique sans interruption de 1945 à 1993, maire de Fort-de-France de 1945 à 2001 ! Il y voyait la suite logique de son identification au peuple martiniquais : « Si j’y suis resté, si je l’ai fait, c’est parce que j’ai sans doute senti que la politique était quand même un mode de relation à cet essentiel qu’est la communauté à laquelle j’appartiens » (p. 266). Il ne reconnaissait pas moins que d’autres formes d’engagement  étaient possibles pour un artiste ou un écrivain, à condition d’« être inséré dans son contexte social, d’être la chair du peuple, de vivre les problèmes de son pays avec intensité et d’en rendre témoignage » (p. 42).

En Martinique, Césaire est la figure tutélaire par excellence, « papa Césè » pour les plus anciens. Sa longévité politique exceptionnelle est évidemment la première responsable d’un tel prestige. Lui, cependant, préférait mettre en avant la révolution introduite dans les mentalités par la négritude dont il fut une figure de proue : « Je ne dirais pas que je suis le père de l’identité martiniquaise mais que j’ai contribué, plus qu’aucun autre peut-être et parmi les premiers, à révéler l’Antillais à lui-même » (p. 229). Il est de fait que, au-delà du manifeste du Cahier, il a, en temps que maire, privilégié la culture. Ainsi a-t-il créé, dès 1946, l’OMDAC (Office municipal d’action culturelle), devenu en 1976 le SERMAC (Service municipal d’action culturelle), à l’origine de générations de plasticiens, comédiens, danseurs, lesquels ont développé un mode d’expression que l’on peut qualifier d’afro-caribéen.

Dès le premier numéro de Tropiques, la revue qui a marqué une forme de désobéissance intellectuelle dans la Martinique soumise au régime de Vichy, Césaire avait décrit la vacance culturelle contre laquelle il allait se battre dès son accession aux responsabilités : « Terre muette et stérile […] Point de ville. Point d’art. Point de poésie. Pas un germe. Pas une pousse. Ou bien la lèpre hideuse des contrefaçons. En vérité, terre muette et stérile ». Ce même article se terminait sur un appel à l’éveil en chaque Antillais, en même temps qu’à la résistance, d’une personnalité propre : « Il n’est plus temps de parasiter le monde. C’est de le sauver plutôt qu’il s’agit. Il est temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme » (p. 94-95 et Tropiques, n° 1, avril 1941).

Césaire, pourfendeur du colonialisme dans un discours fameux (1950), chantre de la révolution haïtienne (La Tragédie du roi Christophe, 1963), ne guidera cependant pas son peuple vers l’indépendance. Comment ne pas reconnaître, en effet, que l’expérience des nouveaux pays décolonisés autant que celle plus ancienne d’Haïti laissaient un goût amer ? Dit par Césaire : « Les pays coloniaux conquièrent leur indépendance, là est l’épopée. L’indépendance conquise, ici commence la tragédie » (p. 47).

Maximin a par ailleurs réuni les écrits de l’épouse de Césaire, Suzanne, publiés initialement dans Tropiques.[iv] Entrant dans l’intimité du poète, Maximin ne cache pas combien furent douloureux d’abord leur divorce, en 1963, puis le décès, trois ans plus tard, de celle qui avait été la mère de leurs six enfants et la muse tant aimée tout au long des années vécues ensemble.

Bien d’autres figures traversent le livre de Maximin, celles de nombreux écrivains et poètes, africains comme antillais, qui avaient leurs habitudes à « Présence » – où il trouva à s’employer – ou rencontrés à France Culture dans le cadre de l’émission « Antipodes ». Au-delà de tout ce qu’il révèle sur Césaire et son œuvre, ou de ce qu’il confirme, Aimé Césaire, frère volcan est donc précieux également en tant que témoignage sur le milieu intellectuel cosmopolite et francophone présent à Paris dans la deuxième moitié du siècle dernier.

 

Daniel Maximin, Aimé Césaire, frère volcan, Paris, Le Seuil, 2013, 271 p.

 

[i] Frères volcans est le titre d’un roman de Vincent Placoly (1983).

[ii] P. 221-246. Présence africaine, n° 126, 2e trim. 1983. On en trouvera des extraits in Kora Véron & Thomas A. Hale, Les Écrits d’Aimé Césaire, Biobibliographie commentée (1913-2008), Paris, Honoré Champion, 2013, t. 2, p. 588-589.

[iii] « Péléen » est également un terme géologique qui caractérise les volcans du même type que la montagne Pelée.

[iv] Le Grand Camouflage, écrits de dissidence de Suzanne Césaire, Paris, Le Seuil, 2009.

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