Denis Emorine est un écrivain français et Citoyen du Monde, né en 1956. Il a une relation affective avec l’anglais parce que sa mère enseignait cette langue. Il est d’une lointaine ascendance russe du côté paternel. Ses thèmes de prédilection sont : la recherche de l’identité, le thème du double et la fuite du temps. Il est fasciné par l’Europe de l’Est. Son théâtre a été joué en France, au Canada (Québec) et en Russie. Plusieurs de ses livres sont traduits et édités en Grèce, Hongrie, Roumanie, Inde, Afrique du Sud et aux États-Unis. En 2015, Denis Emorine a reçu le « Prix d’honneur pour œuvres complètes » de la fondation Naji Naaman (Liban). http://najinaaman.org/page32.html Son premier roman "La mort en berne" est paru en 2017 ( 5 Sens éditions, Suisse). Il paraîtra en anglais aux États-Unis, en 2019. On peut lui rendre visite sur son site : http://denis.emorine.free.fr

Valentine de Saint-Point ou la passion incarnée

Denis Emorine

 

Hanan Mounib

Valentine de Saint-Point ou la passion incarnée

( Éditions Complicités, 2018)

À ma chère princesse d’Égypte qui se reconnaîtra.

 

Les fidèles lecteurs de Hanan Mounib apprécient ses qualités d’essayiste et d’abord son attachement aux écrivains ayant eu un destin singulier tels Isabelle Eberhardt,Albert Cossery, Jules Roy: des personnalités qui, à un moment ou un autre, ont décidé de prendre leur vie en main pour changer de direction en sortant des sentiers battus voire imposés. Cet engouement ne nous étonnera pas. Hanan Mounib a toujours privilégié le dialogue entre les civilisations et les cultures, notamment entre L’Orient et l’Occident, à l’image des artistes dont elle retrace la vie en analysant leurs œuvres avec érudition.

“Femme d’ exception”.Ainsi qualifie-t-elle Valentine de Saint-Point dans son introduction. L’expression n’est pas exagérée. Le plus souvent,lorsque l’on se réfère à Valentine de Saint-Point, c’est pour évoquer l’arrière- petite- nièce de Lamartine en estimant que la cause est entendue après avoir cité quelques poèmes. Mais c’est notoirement insuffisant. Artiste protéiforme, elle vit ses passions jusqu’au bout,jusqu’au tarissement de la sève et de ses forces . Valentine excelle en beaucoup de domaines: poésie, roman,théâtre, journalisme, danse…. N’oublions pas la philosophie puisque, très jeune, elle découvre Nietzsche dont la pensée l’attire irrésistiblement. Rien ne semble suffisant pour nourrir “son âme assoiffée et insoumise” écrit Hanan Mounib qui, tout au long de ce bel essai, nous révèle sa fascination pour une “femme énigmatique”. À la lecture de ce livre,on pense parfois à Isabelle Eberhardt,cette rebelle exemplaire.

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           Souvent l’érudition ne suffit pas à emporter l’adhésion du lecteur. Heureusement,Hanan Mounib sait rendre”sa” Valentine familière, en permettant à une héroïne ” hors normes” -dont elle se sent proche– de s’incarner au sens étymologique.Grande voix, cette “nomade corps et âme ” avec ses élans vers Dieu, ses souffrances,ses échecs mêmes est Femme avant tout, dans un siècle qui ne rend guère justice au sexe dit faible. Ne l’accusera-t-on pas d’être une “sainte sorcière”? L’ambiguïté de l’ expression montre bien la difficulté d’appréhender l’identité de Valentine De Saint-Point.

Comme Isabelle Eberhardt, l’aristocrate, née Anna Jeanne Valentine Marianne Desglans de Cessiat-Vercell en 1875,   se sent à l’ étroit dans la société occidentale où elle étouffe. Femme libre dans la plus haute acception du terme, elle est fascinée par l’Orient et finira par se convertir à l’islam. ” Je ne fais partie d’aucune école”,proclame-t-elle.

Son parcours “lui a coûté très cher”,affirme l’autrice en le démontrant aisément dans cet essai. Il faut absolument redécouvrir l’œuvre -rarement accessible en édition courante- d’une grande féministe.

            Rawheya Nour El Dine “Zélatrice de la lumière divine”:conformément à sa volonté, Valentine repose sous cette identité en Orient, son Orient, sans avoir trouvé l’apaisement -qui sait?-mais à jamais vivante dans le coeur du monde.

Seule, peut-être, une grande dame comme Hanan Mounib pouvait lui rendre un tel hommage dans lequel la tendresse n’est pas étrangère.

 

 

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