De ma naissance à la libération de Toulouse – 29 juin-19/20 août 1944

C’est le jeudi 29 juin 1944, à 14 h 30, que je suis né dans la maison de mes grands-parents Séguéla, au 27 rue Dessalles, plateau de Jolimont, où mes parents étaient hébergés depuis leur mariage, le 11 janvier de la même année.

L’accouchement fut réalisé par une sage-femme, Mme Cousty, qui devait également officier pour la naissance de mon frère Bernard, le 19 août 1949.

Seule différence, je suis né dans la chambre qui donne sur la rue, Bernard dans celle qui donne sur le jardin à l’arrière de la maison.

1944   Ma maison natale. Sur le trottoir mes grands-parents Jean et Maria Séguéla. Je suis né dans la chambre du 1erétage, à droite, au-dessus de la porte du garage. La façade est d’un beau rouge carminé

Et malgré les restrictions alimentaires, je ne souffrais d’aucune carence, ma mère était secrétaire à l’administration du rationnement, appelée communément « les Farines », et mes grands-parents activaient la filière d’approvisionnement familiale avec les cousins paysans de St Rustice, Pompignan et Aussonne, villages agricoles situés à 15 kms de Toulouse.

Première photo le 14 septembre 1944 à Aussonne – Aucune photo n’aura été prise sous l’occupation

Je me présentais donc comme un beau bébé bien dodu, et particularité rare dans la famille, doté de cheveux blonds, qui allaient foncer rapidement. Peut-être une résurgence de l’atavisme autrichien (Tedesco), du côté de ma grand-mère maternelle. Ma mère a conservé une belle boucle blonde, pour témoigner de cette originalité.

Le Contexte Historique

En plaisantant, mes parents m’ont souvent raconté que mon arrivée avait fait fuir les allemands, et qu’ils avaient décampé dès qu’ils en avaient eu l’information….

Enfant j’étais assez fier de cette histoire, qui faisait de moi un petit Zorro.

Mais j’appris plus tard qu’il n’en fut rien, et que les occupants ne quittèrent la ville que le 19 août. J’ai donc vécu 7 semaines et demie sous leur gouvernance.

Aucune photo de moi ne fut faite durant cette période. Mes parents avaient assurément d’autres préoccupations que d’immortaliser leur progéniture !

Ces faits éclairent ma naissance d’un jour différent, les mois de juillet et août 44 étant des mois à risque élevé pour la population civile, les soldats allemands devenant de plus en plus fébriles, vidant les prisons en exécutant les prisonniers résistants, et faisant partir de Toulouse le fameux train fantôme qui devait mettre 2 mois pour rallier Auschwitz.

La fameuse division SS « Das Reich » passa aussi par la ville rose, semant terreur et dévastation sur son passage dans la région, notamment à St Lys, dans la proche banlieue toulousaine, avant de se rendre tristement célèbre à Oradour.

Paradoxalement, ce sujet fut rarement abordé en famille, peut-être parce que ma mère, brouillée avec ses beaux-parents, refusait d’exprimer toute forme de reconnaissance, à priori normale, à leur égard.

Cependant quelques faits sont restés dans ma mémoire, notamment les bombardements.

Les 4 Bombardements subis par les Toulousains :

1 Le premier raid dans la nuit du 5 au 6 avril 44

Cette nuit-là, une quarantaine d’avions bombarde la ville. Bilan 22 morts et la destruction des usines Bréguet de Montaudran, et des ateliers industriels de l’air à St Martin du Touch.

2 Dans la nuit du 2 mai 44, une centaine d’appareils, évoluant à basse altitude, entre 1200 et 1500 mètres, et venant d’Afrique du nord, bombarde, vers 00 h 50, la poudrerie, l’arsenal, la gare, les usines de St Martin du Touch, et le pont d’Empalot.

Sept vagues de bombardiers lâchent leurs bombes durant 45 minutes. L’Onia (Office National Industriel de l’Azote), et futur AZF, part en fumée. Le poste de DCA de Pech-David est également détruit. Il y a 45 morts dans la population toulousaine, et de lourdes pertes chez les allemands.

C’est le bombardement le plus sévère qu’ait connu la ville.

3 – Le raid du dimanche 25 juin

Il s’effectue à 9 h du matin. Six escadrilles de 12 à 15 appareils attaquent les aéroports de Blagnac et Francazal, en volant à 3000 m d’altitude pour déjouer la Flak (DCA allemande), et détruisant les pistes et tous les appareils au sol. Il n’y aura pas de victimes civiles.

C’est vraisemblablement de ce raid que parlait la famille, en évoquant un spectacle extraordinaire et effrayant, et des avions lâchant leurs bombes de très haut.

4 – Le dernier a lieu le samedi 12 août vers 11 h 45 et vise les dépôts d’essence, sans faire de victimes civiles, mais provoquant de grosses pertes chez les ennemis.

Avec les tirs de la Flak allemande, cela faisait un beau spectacle que certains toulousains venaient admirer depuis le Plateau de Jolimont, un magnifique point d’observation. Les allemands occupaient même certaines belles villas avec vue, notamment la maison située au coin des rues Dessalles et Jolimont, qui possédait un grand toit terrasse.

Mais il y avait aussi le risque que les bombardiers pilonnant la gare de triage de St Jory et la gare Matabiau, toute proche, lâchent quelques bombes sur le quartier. Dans cette hypothèse, mon grand-père Jean Séguéla avait creusé un fossé à côté de la maison, dans la partie jardin. C’est là que je me suis souvent retrouvé avant et après ma naissance, pendant les alertes.

Le bruit ne semble pas m’avoir effrayé, et je n’ai eu aucune séquelle de ces séances où l’atmosphère devait être saturée par un effrayant bruit de tonnerre.

Il faut dire, qu’ayant été conçu sur un circuit automobile, je devais déjà avoir une certaine habitude du bruit !

Il est vraisemblable que je me sois trouvé dans cet abri de fortune le dimanche 25 juin, 4 jours avant ma naissance. Par chance les cibles (les aéroports de Blagnac et Francazal) étaient éloignées de Jolimont.

C’est celui du 2 mai qui fut le plus dangereux, avec le bombardement de la gare Matabiau.

Mais cette nuit-là, les aviateurs Alliés avaient opéré à basse altitude.

J’aurais aimé en savoir plus sur la nature de ce fossé-abri, sa profondeur, son mode de protection, son organisation, comment on y passait le temps. Mais cette histoire ne m’a jamais été racontée.

L’arrivée des FFI

Dans ma mémoire je retrouve quelques échos sur la génération spontanée de néo résistants de la dernière heure, qui s’étaient plutôt manifestés dans le marché noir, et qui faisaient du zèle pour faire oublier leurs turpitudes. Et comme souvent, les braves gens payaient pour les autres, comme ce fut le cas pour un voisin, M. Argence, qui, totalement inoffensif, mais ayant eu le tort de se proclamer « royaliste », fut dénoncé et interné près de 2 ans au camp de Muret.

Mon père et mon grand-père citaient un grand nombre de ces collaborateurs qui n’avaient pas été inquiétés à la Libération et qui tenaient à nouveau le haut du pavé.

Leur sens de la justice ayant été déçu, ils conservèrent longtemps une certaine rancœur à l’égard d’un système construit sur de mauvaises fondations. Leur espoir d’un monde nouveau s’était effondré, avec le retour aux anciennes pratiques politiques.

Le maquis Roger basé autour de Grenade sur Garonne etait dirigé par Albert Carovis

Premier à entrer dans Toulouse le 19 août, ce maquis devait prendre possession du nord de Toulouse et des endroits stratégiques, Poudrerie, aérodromes.

Peut-être l’une des causes secondes du choix de mon prénom, la principale étant la réussite de mon cousin Roger Astorg, le fils de ma grand tante Maria Séguéla ?

Le dimanche 20 août, l’entrée des FFI, Forces Françaises de l’Intérieur, place du Capitole

A partir du 19 août, les maquis convergèrent vers Toulouse, occupant progressivement les divers quartiers. C’est un jeune maquisard de 24 ans, le colonel Serge Ravanel, qui prit la direction des opérations, avant que ne soit nommé un Commissaire de la République en la personne de Pierre Bertaux, après la blessure de Jean Cassou pendant les combats de rue.

Des barricades sont érigées dans toute la ville, notamment sur le faubourg Bonnefoy, et des combats se déroulent dans toute la ville. 35 combattants résistants y laisseront leur vie.

  Une barricade sur le faubourg Bonnefoy 19/20 août 44 (photo Gril)

Cette photo fut prise par le photographe Gril, qui possédait une boutique  sur le faubourg Bonnefoy, en face de l’église. C’est chez lui que furent effectués ultérieurement tous les documents photographiques officiels comme les cartes d’identité, et les développements des pellicules familiales.

Les combats dans la ville dureront jusqu’au 20 août au soir, avec le départ des derniers allemands.

Suivra une période troublée de 4 à 5 jours avec les dérapages inhérents à ce type de situation, jusqu’à ce que les FFI de Serge Ravanel parviennent à établir un embryon d’ordre républicain.

La guerre civile que certains craignaient, ou souhaitaient, n’a pas eu lieu, les communistes n’ayant pas reçu d’instructions pour tenter de prendre le pouvoir.

Si l’enthousiasme des Toulousains est à son comble devant la stature du général, le courant passe bien mal entre le premier des résistants et les maquisards toulousains. Serge Ravanel s’en émouvra longtemps, faisant état du mépris de de Gaulle à l’égard des combattants toulousains.

La Libération de la ville s’achèvera les 16 et 17 septembre par la visite du Général de Gaulle à Toulouse, où il est accueilli par une foule en liesse. Derrière lui, Pierre Bertaux et Jean Cassou ( ?)

En effet, il s’inquiétait de l’incapacité des chefs de la résistance à maîtriser la dissension des groupes locaux et l’emprise de ceux-ci sur la ville, et particulièrement des communistes. Le gouvernement provisoire souhaitait rétablir l’ordre républicain au plus vite.

C’est pour ces raisons que dans son discours il évoquera « Toulouse, la Rouge ».

Mes parents ont-ils assisté à cette grande manifestation ?

J’ai entendu mon père en parler, disant qu’il n’avait jamais vu une foule aussi dense et énorme. Pierre Bertaux évoque le chiffre de 30 000 personnes.

Mon grand-père a également pu y participer. Il n’était pas encore gaulliste, et comme tous les socialistes il craignait une dérive autoritaire du général.

Ma mère devait éviter ce genre de manifestation, forcément à risque, et elle devait prendre soin de son tout jeune fils…

Ce qui est sûr, c’est que le 14 septembre, mes parents avaient quitté la ville en train (ou en autobus), pour se rendre chez les cousins Garres à Aussonne, leur présenter leur rejeton et faire une partie de pêche dans l’Aussonnelle.

Sue la photo ci-dessous, je ne semble pas apprécier la nature, peut-être une faim de loup, j’étais assez glouton, et ma mère m’allaitait

14 septembre 1944, à la pêche à l’Aussonnelle – Je braille dans les bras de ma mère !

Même si je n’ai pas le moindre souvenir de cette période, la découverte progressive de cet évènement durant mon enfance, devait sublimer en moi un intense besoin de liberté.

L’occupation de Toulouse par les allemands de 42 à 44, l’exemple des résistants, et la lutte pour la libération, tous ces éléments contribuèrent à faire de la Liberté une valeur essentielle.

Je conclurai ce texte par un hommage à Winston Churchill, le grand homme grâce à qui j’ai pu vivre libre toute ma vie, une chance que beaucoup, aujourd’hui, n’apprécient pas à sa juste valeur, et qui critiquent stupidement un système qui leur laisse la liberté de s’exprimer.

 

Sources :  Archives de Toulouse, La Dépêche du Midi, photos Gril, Dieuzaide, André Séguéla

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 24/09/2020 | Comments (0)
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Mes piscines toulousaines

LA PISCINE MUNICIPALE ALFRED NAKACHE

Pierrot Laffargue et André Séguéla à la piscine municipale 41/42

Toulouse a eu la chance de posséder très tôt, dès 1931, une très belle piscine municipale, où de nombreuses générations de toulousains ont eu la possibilité d’apprendre à nager, ou du moins de se baigner.

A commencer par celle de mes parents, puisque j’ai des photos où l’on voit mon père, adolescent, avec ses amis, dont Pierrot Laffargue,  profiter des vastes espaces ouverts au public.

La piscine municipale Alfred Nakache, se décompose en 3 parties :

– une piscine couverte de 25 m.

– une piscine olympique en plein air, de 50 m, avec plongeoir,

– et un immense bassin (150x50m)  de faible profondeur, qui aboutit à une belle chute d’eau tout en rocaille.

 

 

 

 Toulouse – La Grande Piscine Art Déco

La piscine extérieure fut construite en 1931, par le célèbre architecte Jean Montariol, qui réalisa un certain nombre de constructions “Art Déco” dans la cité gasconne, et notamment la belle bibliothèque municipale. A l’ouest du domaine fut érigée la piscine olympique de plein air de 50m.

La piscine d’été

Situé dans le parc du Ramier, sur l’île de la Garonne, l’ensemble s’étendait sur un site de 25 ha, l’un des plus grands d’Europe.

En 1934 suivit la piscine d’hiver de 25m dans un bâtiment Art Déco, avec une salle affectée aux fêtes et banquets, et l’institut d’éducation physique.

Troisième tranche, “le Stadium” est inauguré en 1939, avant d’être complètement achevé en 1952, assez tôt pour que je puisse y aller tous les dimanches assister avec mon père aux matches du TFC.

Alfred Nakache en 1941 lors des Championnats de France

Alfred Nakache : C’est fin 1944 que la piscine municipale de Toulouse reçut le nom d’Alfred Nakache, pour honorer ce grand nageur toulousain, alors en déportation au camp de concentration d’Auschwitz. La décision fut prise par le premier maire de Toulouse libérée, Raymond Badiou.

Alfred Nakache était juif, natif de Constantine (Algérie), champion de natation français.  Il fut déporté en janvier 1944, avec sa femme et ses 2 filles, qui ne devaient pas en revenir. Surnommé le “nageur d’Auschwitz”, il en réchappa et trouva la force de participer aux JO de Londres en 48

 

 

Comment j’y ai appris à nager ?

C’est bien à la piscine municipale de Toulouse que j’ai appris à nager. Mais cela ne s’est pas fait de façon orthodoxe.

 

 

 

La piscine d’hiver

Première étape, notre instituteur, M. Guichard, nous amène 3 fois de suite pendant l’hiver 55 en bus à la piscine. Nous débarquons dans des vestiaires communs peu accueillants, une forte odeur de javel imprègne l’atmosphère, des lignes de grosses bouées façon transatlantique sont suspendues en travers du bassin. Nous avons chacun la nôtre, et un maître baigneur donne des ordres comme dans l’armée : il s’agit de faire les mouvements de la brasse en l’air, avant que nous ne soyons plongés dans l’eau. Le système est ingénieux, mais le contexte de groupe est bloquant et mes efforts, peu motivés, se soldent par un échec.

Deuxième étape, l’été suivant, je reviens à la piscine d’été, librement, en vélo, avec des copains, dont les Bentaberry’s, qui savent nager depuis longtemps, et qui ont décidé qu’il était temps que j’en fasse autant.

L’apprentissage est ici librement consenti.

Il fait beau, et c’est en jouant que je vais savoir nager :

La méthode fut simple, nous nous amusions à franchir, sous l’eau, la barrière puissante faite par la chute d’eau circulaire de la cascade. Quel plaisir que de plonger sous la cascade, de faire quelques brasses, et de ressortir côté ombre, dans cette caverne magique placée entre le rocher et la cascade.

C’est après avoir fait plusieurs fois le chemin, en pratiquant une nage sous marine brassée, que je m’aperçois que si je sais avancer sous l’eau, je dois pouvoir progresser de la même manière à la surface : vérification faite illico presto.

Et ça fonctionne, je sais nager ! J’ai 11 ans et à cette époque encore peu de gamins en sont capables.

J’ai donc appris en jouant. Le jeu aura été pour moi un fabuleux facteur d’apprentissage. Avec un enseignement essentiellement basé sur ce type de méthode, j’aurai fait mon éducation beaucoup plus rapidement, et avec beaucoup plus de plaisir.

J’ai horreur du bâton, je préconise la carotte : c’est un enseignement que j’ai toujours mis en pratique dans ma vie professionnelle.

Autre plaisir de l’été, les sauts depuis le tremplin. Il y a 2 hauteurs, 3 et 5 mètres.  Déjà à 3m, le vertige me prend. Les Bentaberry’s savent plonger. Je me hasarderai, la peur au ventre, je ne peux pas me dégonfler, et je saute en boule au 3m.

Au 5m, je ne peux pas avancer : je ne serai jamais un grand plongeur

 

LA PISCINE DE l’EAT

C’est ma deuxième piscine toulousaine. Elle est située en bas de Jolimont,  côté nord, entre la Roseraie et la Juncasse, dans l’enceinte des Etablissements Aéronautiques Toulousains (EAT), où travaille Pierrot Laffargue.

Toute proche de la maison, il faut 3 minutes en mobylette ou 1/4 heure à pieds pour s’y rendre.

D’abord privée, elle va progressivement s’ouvrir à des clients extérieurs, moyennant un abonnement qui nous paraît cher (tennis+piscine).

Les parents finissent par céder à notre pression, à Bernard et à moi, bien aidés par Suzanne Bentaberry, qui y donne des cours, et à l’âge de 14ans je peux accéder à ce site élitiste, comme le sont piscine et tennis dans les années 55/60. C’est pour moi un vrai luxe, une forte motivation à prendre l’ascenseur social !

J’y ferai de gros progrès, en bronzage et natation, et SB m’y fera passer le brevet du 1000m, que j’aurai d’ailleurs du mal à finir, pris de crampe à 15m de l’arrivée…

C’est dans ce club de l’Aseat, que je pourrai jouer au tennis, et faire des progrès en total autodidacte. Cela me permettra de déployer mes qualités naturelles, peu orthodoxes, qui feront s’arracher les cheveux aux puristes, mais me permettront de battre de “beaux joueurs” au jeu bien léché.

Avec mon jeu venu d’ailleurs, je casse les codes enseignés par l’école française de tennis, et je déstabilise les adeptes du beau coup droit bien dans l’axe du terrain!

Et au retour de ces matches disputés en pleine chaleur de l’après midi, notamment avec mes correspondants allemands, ou Jackson, nous “descendons” des carafes d’eau avec un peu de vin rouge pour accompagner le camembert entier, qui ne résiste pas à notre appétit.

Quels beaux étés, même à la maison, en restant à Toulouse!

 

 

 

 

 

 

Par Roger Séguéla, , publié le 21/08/2020 | Comments (0)
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Bonnes feuilles – « Adam  Smith à Toulouse et en Occitanie »

Adam  Smith à Toulouse et en Occitanie  vient combler un vide dans  les  biographies « anglo-saxonnes » du père de l’économie classique, sur son séjour à Toulouse ou plus généralement dans le sud de la France de 1764 à 1765.

Parmi les thèmes développés dans la Richesse des Nations paru en 1776, se trouve une dénonciation de l’esclavage que l’on ne trouve pas dans ses écrits antérieurs à son voyage. Il est tentant de rapprocher cette condamnation fondée sur le non-sens économique de ce type d’exploitation de ses rencontres. En effet durant son séjour à Bagnères de Bigorre puis dans les semaines de l’été 1764 qui ont suivi, Smith a rencontré un aristocrate, le comte de Noé qui comme de nombreux propriétaire coloniaux, partageait son temps entre son domaine gascon et sa plantation de « Breda » située à Saint Domingue dans la partie devenue de nos jours Haïti et l’historiographie récente conclut que le comte de Noé était très proche de Toussaint Louverture, celui qui prendra la tête du premier mouvement indépendantiste au monde. Les pages suivantes décrivent la rencontre de Smith et de son élève le duc de Buccleugh avec le comte de Noé.

1. Villégiature à Bagnères-de-Bigorre

Ainsi, comme le siècle le met en avant, l’un des buts des séjours dans les villes d’eaux est également la promenade. La promenade est alors une institution et possède ses règles, ses usages, ses lieux et ses codes. La promenade est le lieu de sociabilité par excellence, tous les participants y sont égaux, tout le monde salue tout le monde. Dans une ville de villégiature et principalement dans une ville de cure, personne n’est chez soi. Aucun aristocrate, qu’il soit originaire de Toulouse, de Bordeaux ou bien de la cour de Versailles, ne possède de château dans la ville. Tout le monde, tous les aristocrates résident soit à l’hôtel, soit dans une auberge, soit chez les habitants qui louent des chambres ou de petits appartements. Il faudra attendre la création des Grands Thermes ou des Thermes du Salut qui regroupent plusieurs sources pour que l’hébergement soit organisé, un siècle plus tard, autour de la cure et pour le confort thérapeutique des patients.

Smith, qui s’était plaint dans ses lettres précédentes des limites que lui imposait son logement pour recevoir et rendre les visites, est maintenant sur un parfait pied d’égalité avec les personnes qu’il peut rencontrer. Le logement n’est plus dans la vallée, un critère de discrimination sociale, et chacun partage ce confort d’été toujours un peu précaire qui sied aux lieux de vacances. Les échanges sont ainsi facilités. Pour nos voyageurs, la petite station des Pyrénées devient enfin un lieu de sociabilité partagée et fort de cette situation nouvelle, ils lient ainsi très facilement des relations avec l’ensemble des personnes en résidence dans la ville.

Mais au-delà de la simple promenade, d’autres lieux de sociabilité existent comme une concession au siècle. Nous l’avons déjà indiqué, les jeux de hasard, l’aléa du jeu et les émotions qu’ils procurent ont fait leur apparition dans tous les milieux de la société.

Les rumeurs courent d’autant plus vite que la société est restreinte, tout au plus quelques centaines de curistes, que le lieu est petit et que les personnes n’ont rien d’autre à faire que les trois activités que nous avons mentionnées et qui ponctuent la journée, les soins le matin, la promenade l’après-midi, le jeu en soirée. Il n’existe pas encore d’établissement central comme un casino unique permettant une unicité des jeux, mais plutôt plusieurs établissements indépendants se faisant concurrence. Cela permet de passer de l’un à l’autre et de limiter en toute logique, l’importance des sommes mises sur le tapis.

[…]

Le jeune duc, lui, semble avoir noué à Bagnères des liens pour son propre compte. Il faut dire qu’il va fêter ses dix-huit ans et qu’il est d’après Colbert « fort bien fait de sa personne ». Il est écossais, ce qui lui assure l’exotisme nécessaire à la séduction. Il est aussi riche et porte un nom célèbre. Si l’on ajoute que dès sa majorité, il deviendra le chef de la maison de Buccleuch, il n’est pas étonnant qu’il attire l’attention. Ce fut en particulier le cas pour la baronne de Spens qui lui adressa peu après les jours passés à Bagnères une lettre que le duc devait rapporter en Écosse et conserver soigneusement, alors que nous déplorons le peu de pièces permettant de reconstituer le voyage de nos deux héros.

Saint Sever, le 20 octobre 1764

A Milord

Milord le duc de Buccleugh

En vérité milord, vous oubliez bien vite les absens ! je m’étais flatée de trouver un peu plus de mémoire chez les anglais, mais je m’aperçois qu’ils ne différent des françois que par le propos ; vous m’aviez promis, de m’envoyer, dès que vous seriez à Nöe, une lettre de recommendation pour madame votre tante, en faveur de mes cousines ; j’ay attendu vainement l’effet de cette promesse, vous n’y avez sans doute plus pensé ; mais enfin milord ce retardement n’est point un mal irréparable, si vous avez la bonté d’écrire tout de suitte et de m’envoyer votre lettre je serais alors a temps de l’adresser, a paris a ces dames qui doivent y rester cinq ou six jours, j’espère milord, que vous bien souscrire à cet arrangement autrement, vous voyez bien que je serais en droit de dire que l’on doit encore moins compter sur les anglais, que sur les françois ; Comme j’ignore milord, le temps que vous avez resté à nöe, et plus encore, ou vous avez été en partant de ce pays lo, j’adresse ma lettre a monsieur l’abé de Colbert, et je le pris de vous le faire remetre ou vous serez : pour moy je ne bougerai pas encore d’icy.

J’y suis occupée a faire batir, au reste j’ay failli me noyer depuis j’ay eu l’honneur de vous voir ; je suis tombée dans le gave, qui est une rivière très rapide, on regarde comme un espèce de miracle que je n’y ait point rester, c’est à mr de l’Etang que j’ay l’obligation d’en être dehor. Cet accident m’a laissé beaucoup de frayeur, mais n’a pas heureusement dérangé ma santé qui est toujours bien bonne, je serér fort aise d’apprendre que la votre continue a l’etre aussi, j’ay l’honneur d’etre bien parfaittement, milord votre tès humble et très obeissante servante. 

Labarrere d’Espens.

Bien des choses je vous prie a monsieur Chmit [Smith !], j’espère qu’il voudra bien se souvenir de m’envoyer son livre. Comment se trouve monsieur le baron, ses yeux sont-ils encore séchés, un petit mot de consolation de ma part.

La famille de Spens est, faut-il y voir un hasard, une très ancienne famille d’origine écossaise qui est installée depuis quelques siècles maintenant dans la ville des Landes, Saint-Sever, où elle possède un important domaine agricole et loge dans le sombre et moyenâgeux château local. Saint-Sever est sur la rivière Adour, qui est la même que celle qui coule en torrent à Bagnères, rendant le trajet de 140 kilomètres facile et direct pour des personnes résidant dans cette plaine agricole et à l’époque fort riche.

La famille de Spens avait été envoyée en France en 1450 par le roi Stuart Jacques II d’Écosse en pleine guerre de Cent Ans pour aider les Français dans leur lutte contre l’occupant anglais. Il est alors question de limiter sa présence à la Guyenne et pas encore de reconquête du territoire au bénéfice du roi de France. Depuis 1295, en effet, les royaumes de France et d’Écosse avaient scellé une alliance dans laquelle chacun s’engageait à soutenir l’autre contre le royaume d’Angleterre. Au fil des siècles et des vicissitudes des relations entre les trois pays, le contenu politique et stratégique de l’alliance franco-écossaise s’était émoussé, mais il restait une sorte d’affection nourrie par les souvenirs du passé (comme l’Auld Alliance), confinant parfois au mythe. Dans ce sens important et durable, les échanges culturels entre la France et l’Écosse ont été continus, mais ils ont atteint leur apogée au siècle des Lumières (1).

Le roi de France Louis XI (1423-1483) avait accordé en 1474 à la famille de Spens des lettres de naturalité qui furent enregistrées le 15 août 1475, à Paris. Il est qualifié par le roi de « premier homme d’armes de France » après avoir tué dans une escarmouche l’un des ennemis du roi de France, le duc Charles le Téméraire. Plus tard le roi Charles VIII (1470-1498), par reconnaissance peut-être, fit sienne la devise des Spens : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? ». Très vite les Spens, par le jeu des mariages, vont s’enraciner en France dans la province de Guyenne. Ils constituent ainsi dès le xvie siècle la branche française des Spens qui est dorénavant connue sous le titre de Spens d’Estignols. Il demeure toujours également une branche de Spens en Écosse qui reste une puissante famille féodale des Highlands.

La jeune femme que le duc fréquente à Bagnères est issue d’une famille comportant de nombreux militaires. Son père Jean-Baptiste Cazenave de Labarrère, (1705-1775 à Dax) a été mousquetaire pendant trois ans, officier à la Martinique (1748-1753), puis à l’île de la Grenade (1753-1754), enfin à la Guadeloupe (754-1757) où il a été nommé mais ne s’est pas rendu. Il est rentré en France pour cause de mauvaise santé en 1753 et, future tradition familiale, il prend les eaux à Barèges. Pour services rendus il obtient la croix de Saint-Louis en 1754. Il est dit écuyer, seigneur de Cazalon (en Momuy), Monbet, Labastide et St-Cricq. Finalement il devient prévôt de la maréchaussée d’Auch et du Béarn en 1763, charge qu’il transmettra à son fils Jean-Gabriel qui finira guillotiné le 12 avril 1794. Jean-Baptiste Cazenave de Labarrère a épousé, peut-être en 1740 à la Martinique, Claire Françoise de Francesqui, née le 25 février 1719 à Fort-de-France (Martinique) et qui décédera le 19 pluviôse an VI à Saint-Sever, fille d’Antoine et de Marie-Anne Girardin de Champmeslé, des colons de la Martinique.

Françoise avait des frères dont l’un, Jean-Gabriel, prévôt de maréchaussée à Auch, périt sur l’échafaud à Dax pendant la Révolution au terme d’une mission, bon exemple de noble éclairé rallié à la Révolution en 1789 et finalement broyé par la Révolution. Ce frère nous livre un indice supplémentaire du réseautage des élites à la fin de l’Ancien Régime : il était en effet le procureur fondé de Paul-Marie-Arnaud de Lavie, chevalier, seigneur comte de Belhade et autres lieux, fils d’un président à mortier du Parlement de Bordeaux dont nous verrons la contribution à l’économie politique dans ce qui suit.

Pour sa part, notre épistolière, peut-être née elle-même à La Martinique, a épousé en 1759 Joseph, baron de Spens d’Estignol. Son mari est né à Saint-Sever en 1729. Il est capitaine commandant du régiment d’Auvergne qui a été fortement engagé durant la guerre de Sept Ans sur les fronts d’Allemagne et des Pays-Bas, et reste donc très éloigné du château d’Onnès. Il semble que l’éloignement du mari ait renforcé le rôle de la baronne qui « fait bâtir ». Le jeune duc avait fait la promesse d’une recommandation auprès de sa tante à Paris pour les cousines de Mme de Spens.

Peut-on aller plus loin et déduire de la sauvegarde de cette lettre que la baronne ait provoqué quelques émois chez le duc ou son tuteur qu’elle ne manque pas de mentionner dans sa lettre ? Ou encore le baron Secondat de Montesquieu dont les yeux font l’objet d’une allusion quelque peu équivoque ? En tous les cas, la rapidité avec laquelle elle se remariera à peine plus d’un an après le décès du baron de Spens avec un autre militaire d’ailleurs semble indiquer qu’il s’agissait d’une personne séduisante. Fort habilement elle fait transmettre la lettre par l’abbé Colbert dans l’ignorance où elle est des étapes du voyage du duc. Après Bagnères, il va en effet séjourner, en compagnie de Smith et de l’abbé Colbert, sur les terres de leur nouvel ami le comte Louis-Pantaléon de Noé (1728-1816), une autre de ces personnalités du xviiie siècle comme son père dont la vie se déroule de part et d’autre de l’Atlantique.

 

2. Le comte de Noé

La lettre de la baronne nous indique ainsi que dans leur périple vers leur second séjour dans la ville de Bordeaux, nos voyageurs vont faire halte dans le magnifique château de l’Isle-de-Noé. Louis-Pantaléon, comte de Noé, a passé toute son enfance dans les Caraïbes. Il est l’héritier, par sa mère, de plusieurs plantations de la célèbre famille des Bréda. Il est un grand propriétaire d’esclaves dans la partie de Saint-Domingue que l’on appelle Haïti, dans la partie toujours appelée de nos jours Cap aux Français. Après une enfance heureuse dans la plantation où règne le système de l’esclavage, il est envoyé en France pour recevoir une éducation digne de son rang. Puis le comte Louis-Pantaléon choisit de commencer sa vie par une carrière militaire, il combat les Anglais dans le cadre de la guerre qui vient de s’achever. Il s’illustre en particulier dans des combats qui ont lieu sur le territoire européen, et non pas sur les mers comme on serait en droit de le penser pour un homme originaire des colonies d’outre-mer. Il est certain que le comte possède, par son existence, une vision du monde probablement plus globale que n’aurait un aristocrate du Languedoc n’ayant jamais quitté sa province. Jean-Louis Donnadieu dans son ouvrage nous indique que sa carrière vient de connaître une inflexion définitive pour sa vie :

La bataille de Minden (1er août 1759) va constituer un tournant dans sa vie militaire. Durant cet affrontement perdu par les troupes françaises, il est très sérieusement blessé d’un coup de feu au bras droit. Son cheval est tué sous lui. La chute aurait-elle contribué à aggraver encore la blessure qui vient de lui brûler le bras ? Ce qui est sûr c’est que le cavalier en reste « estropié » ; toutefois ses papiers militaires ne précisent pas quelle est la gravité des séquelles sinon du handicap dont il va désormais souffrir. (2)

Le comte de Noé rejoindra définitivement, après une longue période de soins et une très longue convalescence, son île natale, Haïti, durant le second semestre 1769 où il va mener une grande carrière de colon. C’est dans sa plantation que travaille un cocher du nom de Toussaint Louverture. Il existera entre les deux une complicité qui débutera par l’affranchissement de l’esclave et culminera dans une lettre qui est à l’origine de l’ouvrage de Jean-Louis Donnadieu. Cette lettre très détaillée montre la complexité des relations qui ont pu exister entre les différents protagonistes de ce drame colonial que fut le système de l’esclavage, dénoncé à de multiples reprises par Adam Smith pour son inefficacité économique. Cette lettre est également l’illustration des interrogations morales qu’un homme comme le comte de Noé a pu former au cours de ses séjours en Europe et ses longues conversations avec les hommes de qualité qu’il y a rencontrés, au nombre desquels on peut bien sûr inscrire le philosophe de Glasgow comme le baron de Secondat.

Jean-Louis Donnadieu n’est pas précis sur les séjours du comte entre Paris, Bordeaux et Noé de la fin de la guerre de Sept Ans jusqu’à son retour dans ses plantations au premier trimestre de 1769. Toutefois sa présence à Bagnères est probable puisque d’une part le comte est présent en Guyenne dans ces mois précis et d’autre part sa blessure est tout à fait compatible avec des soins à base d’eau minérale et de boues chaudes à Bagnères-de-Bigorre (voire dans la station voisine de Barèges qui possède depuis des années un établissement thermal spécialement destiné aux militaires blessés).

Par la lettre de la baronne de Spens adressée au jeune duc au château de Noé, nous savons que la halte de Noé suit la rencontre dans la ville thermale. Ainsi peut-on envisager les longues conversations entre Smith et le comte de Noé sur les îles et le système colonial, conversations auxquelles se joint volontiers le baron de Secondat qui n’est pas dans ce cas le dernier à exposer des arguments. La passion du baron durant ces années porte en effet sur l’agriculture, sur les nouvelles techniques de labourage ainsi que sur les premiers outillages agricoles qui naissent sous le marteau des forgerons des villages et des moulins sidérurgiques de Dordogne ou des Landes. Le baron de Secondat se passionne également pour les véritables filières d’élevage qui sont en train de naître un peu partout dans le sud de la France, sous la contrainte des épizooties qui déciment les formes traditionnelles de production. En Gascogne, mais également en Languedoc, on connaît le succès du maïs, cette nouvelle céréale qui est introduite depuis quelques années et qui contribue à la fois à l’alimentation pour la volaille mais également à celle des hommes. Les résidus du maïs fournissent également un excellent combustible et une paille de qualité pour la garniture des matelas. Cependant, d’une pensée tournée vers la nature et le monde agricole, la pensée du baron va s’orienter de plus en plus vers les questions économiques et politiques qui en découlent directement. On peut également noter, si l’on en croit les correspondances de l’abbé Colbert, la présence de la famille Riquet à Bagnères-de-Bigorre.

Le séjour à Bagnères-de-Bigorre peut apparaître dans un premier temps comme une simple visite touristique dans une ville où règne un climat de loisirs, d’oisiveté et de repos. Pour nos voyageurs le passage à Bagnères marque un tournant. Avant cette virée à Bagnères, Smith avait eu du mal à lier connaissance avec les personnes qu’il avait pour mission de rencontrer et de faire rencontrer au duc, mais grâce à ce séjour dans une ville, où d’une certaine façon la villégiature favorise les rencontres, il a pu se constituer un premier réseau de connaissances. Ce réseau est d’autant plus important qu’il compte en son sein des personnes parmi les plus importantes du Languedoc et de la Guyenne. Nous avons mentionné, Jean-Baptiste de Secondat, la famille Riquet, le comte de Noé, le prince de Monaco, la baronne de Spens ainsi que probablement d’autres personnages importants dont il n’est pas fait mention dans les divers courriers que nous avons examinés.

Mais rien ne vaut le témoignage direct de Smith. Dans sa lettre du 21 octobre 1764, il commente de manière succincte mais très positive son séjour. 

[…] Notre expédition à Bordeaux, et une autre que nous avons réalisée depuis à Bagnères, a eu pour effet un grand changement sur le duc. Il commence maintenant à se familiariser avec la société française et je me flatte que je passerai le reste du temps que nous allons encore vivre ensemble, non seulement dans la paix et le contentement, mais dans la gaieté et l’amusement. […]

 

Alain Alcouffe et Philippe Massot-Bordenave : Adam Smith à Toulouse et en Occitanie, Toulouse, Privat, 2018, p. 274-275, 278-281, 282-286.

 

(1) Dawson, Deirdre & Morère, Pierre, Scotland and France in the Enlightment, Lewisburg (PA), Bucknell Un. Press, 2004, p. 13.

(2) Jean-Louis Donnadieu, Un grand seigneur et ses esclaves : le comte de Noé entre Antilles et Gascogne, 1728-1816, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2009, p. 58.