Auteur: Roger Séguéla

Né d'un père occitan et d'une mère mantovano-véronèse, Roger Séguéla a œuvré dans le privé avant d'exercer des fonctions d'élu local. Eclectique en art, il fut aussi un grand sportif, n°15 (arrière) sur les terrains de rugby. Dans ses textes retraçant ses 20 premières années passées dans le quartier populaire toulousain de Jolimont, entre 1944 et 1964, il porte un regard lucide et factuel sur la vie d'une famille ordinaire dans la France de l'immédiat après-guerre et des Trente Glorieuses.

Le grand combat de Lars Vogt

 

Lars Vogt

 

Les 23 et 24 juillet 2021, le chef d’orchestre allemand Lars Vogt, est de retour à La Roque d’Anthéron. C’est là que nous l’avions découvert au cours de l’été 2019. Pour cause de pandémie, le Festival n’a pas eu lieu en 2020.

Il y a deux ans, il dirigeait le Northern Royal Symphonia, cette année il est à la tête de l’Orchestre de Chambre de Paris (photo ci-dessous).

Venus en 2019, surtout pour écouter les 2 grands pianistes que sont Nicholas Angelich et Anne Queffelec, nous avions découvert ce jeune chef prodige. Cette année, c’est pour lui que nous revenons. Il devait être accompagné par Nicholas Angelich sur un programme Beethoven, et par Mario Haring sur des œuvres de Mozart.

Nicholas Angelich, souffrant sera remplacé au pied levé par le jeune pianiste russe, Vadim Kholodenko.

Mario Haring

A son entrée en scène, je suis frappé par le changement physique subi par Lars Vogt. Il est toujours aussi dynamique, mais il a vieilli, et il est très pâle. Nous apprendrons le deuxième soir par des voisins mélomanes, qu’il souffre d’un cancer du foie, avec métastases, ce qui explique son teint blafard. Si son apparence montre qu’il est physiquement touché, son comportement professionnel est celui d’un battant, d’un homme en possession de tous ses moyens.

Son courage est admirable, comme d’autres artistes, et je pense à Johnny Halliday, il est capable de conserver un comportement normal, et de fournir des prestations remarquables, malgré une maladie très invalidante. Il fournit sur scène une énergie communicative transmise à un orchestre qui ne demande qu’à l’aider. Ce sentiment de lutte commune, chef/orchestre, explique sûrement en partie la qualité de la prestation de l’ensemble, et le sentiment d’avoir affaire à une équipe particulièrement soudée face à l’adversité.

Le premier soir, il enlève une 5ème symphonie d’anthologie, qui laisse les spectateurs dans le plus grand ravissemennt.

Le lendemain, accompagné par le pianiste germano-nippon, Mario Haring, doux et suave au piano, doté d’un toucher soyeux, il a dirigé le 12ème concerto du même Mozart, dans une perfection qui laisse le public émerveillé. Il reprendra le piano pour diriger le 24ème concerto de Mozart, où l’alternance entre sa prestation pianistique et son commandement d’orchestre, démontrera le caractère très personnel de son art musical. Il sera encore époustouflant de gravité dans le 2ème mouvement de la 41ème symphonie de Mozart, dite Jupiter, dont les accents tragiques annoncent déjà le Requiem.

Et il est fabuleux dans son bis de la première soirée, en jouant le Final de la 1ère symphonie de Prokofiev. S’il avait joué aux arènes de Nîmes, il serait sorti par la Porte des Consuls.

Vadym Khodolenko

Il y a deux ans, nous avions été frappés par la connivence qu’il avait avec le jeune orchestre du Northern Royal Symphonia. Cette année, nous retrouvons cette même complicité avec l’Orchestre de Paris, qui sublimé par le contexte, fournit une prestation quasi parfaite. Pas la moindre faute dans l’exécution du programme. Nous entendrons bien deux canards, mais il s’agit de deux volatiles de passage, venus écouter le concert classique, le disputant ainsi aux cigales et aux corneilles, qui fournissent un fond sonore original. C’est là un des charmes du plein air, où l’on est à ma merci de sons intempestifs.

Il faut aussi mentionner la chaleur estivale. Le concert Mozart débutant à 21 h, la température fut douce et agréable. Par contre, le concert Beethoven était programmé à 19 h, trop tôt, la température dépassant alors les 30°. Ce fut l’une des raisons de la relative médiocrité dans laquelle fut jouée le 5ème concerto, l’Empereur.

Le jeune remplaçant de Nicholas Angelich, Vadym Khodolenko, souffrit visiblement de la chaleur, mais aussi d’un manque de répétitions avec l’orchestre et le chef. Cela se sentit dans la qualité du jeu, et Lars Vogt dut faire une mise au point à la fin du premier mouvement.

Dommage, car ce magnifique concerto aurait dû être un régal, comme le fut la suite.

Au final, une belle programmation, un bel orchestre, des conditions climatiques et acoustiques optimales, et surtout un immense chef, qui sait sublimer ses orchestres et combler le public.

Souhaitons à Lars Vogt de triompher de sa maladie, et de poursuivre une carrière remarquable. Nous ne demandons qu’une seule chose, l’écouter et l’applaudir lors du Festival 2022 de la Roque d’Anthéron.

La Roque d’Anthéron, le 25 juillet 2021

 

 

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