Auteur: Belabbas BOUTERFAS

Enseignant de langue française de 1976 à 2000 puis professeur de littérature francophone contemporaine à l'université, je me consacre à tout ce qui a trait au métissage des langues, des genres littéraires et des cultures, particulièrement dans trois sphères, représentatives à mes yeux, du monde francophone, à savoir, Le Maghreb, les Antilles et le Québec. L'intérêt que je porte, depuis, à cette thématique, a pour objet la promotion de ces littératures qui ne doivent plus être perçues comme des appendices de la littérature française. L'exemple le plus significatif est la littérature québécoise qui a su, depuis les années quatre vingt du siècle dernier, se frayer un chemin et obtenir sa place dans le concert des littératures dites "majeures". Deux ouvrages, dont je suis l'auteur, ont été publiés (EUE). Le premier intitulé Métissage et Narrativité dans trois fictions francophones, L'enfant de sable de T. Benjelloun, Solibo Magnifique de Patrick Chamoiseau et Le Diable en personne de R. Lalonde. 2010. Le deuxième, intitulé Littératures francophones : vers "l'homme tout-monde." 2016.

Frantz Fanon, l’héritage de la « Négro-renaissance »

Introduction

Dans cette analyse, nous nous intéresserons à l’œuvre de Frantz FANON, à travers ses convictions, ses écrits et ses positions. La pensée de Frantz Fanon et son œuvre humaine au profit des déshérités, longtemps ignorées, mériteraient que l’on s’y attarde un peu plus, d’autant que le monde connaît actuellement de profonds changements qui remettent ses théories au premier plan. Depuis des décennies, ni en France, ni ailleurs dans le monde francophone dont l’émancipation a pourtant été la finalité de la réflexion fanonienne, des chercheurs ou des spécialistes des questions de décolonisation se sont penchés sur sa vie courte mais combien pleine. Il est vrai qu’Alice Cherki(1), collaboratrice du praticien lui dressa un portrait et que le professeur Christiane Chaulet Achour lui consacra plusieurs cours et articles dont Frantz fanon, l’importun, mais aucune autre biographie ne lui est consacrée et certains de ses ouvrages, même, ne sont plus disponibles. Hormis un colloque à Alger en 1987, peu d’études ont été faites sur son parcours littéraire ou son œuvre en général.

Ce descendant d’esclaves a su parler aux siens sans se soucier des réactions des pouvoirs de domination par lesquels toute action ou réaction des colonisés devait transiter subissant ainsi les effets déformateurs d’un prisme de cristal. Sa vision nouvelle sur la psychiatrie, longtemps domaine réservé aux élites coloniales, a amorcé une transformation de cette dernière, jusque là support de la thèse coloniale, sur les comportements du colonisé. La mise en place d’une ethnopsychiatrie ouverte à l’Autre lui vaut un regard plus approprié.

L’apport de cet homme reste considérable, par ses prises de positions historiques en prenant ses distances avec la Négritude dans Peau noire, masques blancs pour parler d’humanité et plus seulement de race et en prenant ouvertement position au côté du peuple algérien pendant sa lutte contre la présence coloniale. Même s’il est inscrit dans le mouvement de l’Antillanité, F. Fanon est, beaucoup plus que les autres, le produit d’une histoire culturelle qui a commencé au début du XXème siècle, avec le mouvement de Négro-renaissance, et qui s’est poursuivie jusque dans les années soixante du siècle dernier.

Nous avons pensé utile d’aller vers les antériorités antillaises jusqu’aux sources de cette prise de conscience qui ne fut ni soudaine, ni résultat d’une quelconque réflexion individuelle. Elle est la conséquence logique d’un combat long et astreignant et une prise de conscience dont l’architecture fut façonnée par les malheurs et les douleurs de la race noire. Comme il nous a paru judicieux de nous intéresser qu’à la littérature produite à partir du XXe siècle pour des raisons que nous expliquons.

Le choix de ne prendre en considération que la littérature produite à partir du XXe siècle, nous a été dicté par le fait que des spécialistes[1]La Vierge cubaine (1897) et Le Triomphe d’Eglantine (1899) parlent, avant cette date, d’une littérature d’où l’homme noir est absent. L’exemple des deux romans du Martiniquais de Saint-Pierre, René BONNEVILLE – est significatif de cette affirmation. Ils ont tous deux pour sous-titres Mœurs créoles. Il s’agissait de donner vie à une société créole et l’auteur prend parti pour les mulâtres victimes de l’ostracisme des Blancs de SAINT-PIERRE. L’origine de la majeure partie de la population qui forme cette société, devenue créole par le brassage des races, est ignorée. Les Noirs sont totalement absents de ces romans. Par contre, dans la littérature du XXe siècle, les auteurs revendiquent leurs sources africaines en même temps que leurs particularités culturelles étant donné les trois siècles d’histoire séparée. Aimé CESAIRE, l’antillais et Léopold SEDAR SENGHOR, l’africain, montrent, à travers le mouvement de la Négritude, que le sort des deux entités est lié au moins sur le plan culturel.

 

I – Génèse de la littérature antillaise

1 – Avant le XXème siècle

Ainsi, avant le XXe siècle, sur le plan purement littéraire, on identifiait déjà, dans les Antilles, une force d’opposition dont l’aspect et la finalité conservatistes, étaient apparents. Ils s’appuyaient sur le profond ancrage des modèles sociaux et littéraires français. Comme l’écrit KESTELOOT[2], “Il y avait aux Antilles depuis cent ans une littérature produite par les autochtones sur le modèle exclusif de la littérature française”. Cette analyse fut ensuite confirmée par J. CHEVRIER[3] : ” A la Martinique comme à Haïti tout se passe comme si les seuls modèles littéraires dignes d’intérêt devaient se recruter dans les rangs décadents des romantiques, des symbolistes et des parnassiens français. Par conformisme social (…)”. Cette dépendance littéraire que Jacques ChEVRIER qualifie de “servilisme littéraire”[4], représentée par des auteurs tels que Gilbert de CHAMBERTRAND, John-Antoine NAU, qualifiés de “poètes de la décalcomanie” par DAMAS, “Littérature de hamac. Littérature de sucre et de vanille” par Suzanne CESAIRE (1941), citée par CHEVRIER[5], allait constituer une force de conservation soutenue par la bourgeoisie de couleur. Toutefois, des intellectuels, tournés vers l’avenir, insufflèrent l’idée que la littérature antillaise devait se singulariser de la littérature française. Car ainsi que l’écrit NICHOLLS[6], “Les intellectuels haïtiens admettaient pour la plupart que la littérature de leur pays ne pouvait pas être envisagée comme une simple parcelle de la tradition française”.

 

2- Le XXème siècle, première source d’inspiration de Fanon

Les grandes figures des mouvements noirs que nous allons évoquer, Négro-Renaissance, Indigénistes, Noiristes, se retrouveront pour des raisons diverses en France, dans les années 30. Là, ils se rencontrent et collaborent pour mettre en place une stratégie pour la défense de la cause noire qui trouvera également des échos dans des pays comme le Brésil et Cuba.

Bernard ZONGO parle de Négritude avant la lettre, puisque la naissance du terme est datée de 1931 sous la plume d’Aimé Césaire[7]. Et d’ajouter que la lutte des Négro-Américains peut s’appréhender en deux scansions historiques majeures marquées par le travail de propagande de poètes ou de musiciens tels W.E.B. DU BOIS bien sûr, mais aussi Marcus GARVEY, Langston HUGHES, Claude MAC KAY, Cuntee CULLEN et Sterling BROWN.[8]

L’année 1903[9] marque le début d’une manifestation éditoriale d’importance de la prise de conscience des Américains noirs. En dépit de l’abolition officielle de l’esclavage et de la traite[10], l’inégalité et l’absence de perspectives, imposées par le pouvoir des Blancs, demeurent. William Edward BURGHARD DU BOIS, diplômé de Harvard et professeur de philosophie, publie un ouvrage considéré comme un manifeste de l’être noir, Souls of Black Falks (Âmes des peuples noirs). A travers cet ouvrage-manifeste, l’auteur visait trois objectifs : montrer son hostilité envers l’idéologie dominante et sa volonté de la combattre par des écrits qui la contrecarrent, afficher sa fierté d’être noir, d’être originaire de l’Afrique mère et de chanter cette appartenance et ces origines avec “une exaltation aussi nostalgique que mythique” :

                           « Je suis nègre, et je me glorifie de ce nom ; 

                         Je suis fier du sang noir qui coule dans mes veines. »

Du Bois venait, par cette affirmation identitaire, de se positionner et de positionner tous les citoyens dominés de son pays. Il est même perçu comme force catalysant autour d’elle, un mouvement en chaîne. Cet acte “politique” novateur, aux yeux de “la masse noire populaire, brimée et déshéritée”[11] de laquelle se nourrit son imaginaire et dont il voudrait faire entendre la voix, se répercutera sur les productions littéraires futures. Dans les relations Noirs/Blancs minées par une idéologie de domination continue,il «s’inscrivait en faux contre la prétendue infériorité des Noirs, les exhortait à la conquête de l’égalité civique avec les Blancs, à la lutte contre les injustices de la ségrégation »[12]. De même que F. Fanon cinquante plus tard, il s’inscrivaint dans cette logique de lutte, son rôle ne pouvait s’arrêter à l’échelle de son pays : il continuait la propagation de cette valeur de “contre norme” idéologique et allait de plus en plus loin. A ses yeux, la victoire ne pourrait être totale, que si elle est partagée par tous les dominés, par conséquent, la lutte pour l’égalité devait s’étendre aux Noirs d’Afrique pris dans l’étau de la colonisation. Dans l’esprit de DU BOIS, en effet, il y a une ” similitude des statuts d’opprimés des deux côtés de l’océan Atlantique”. Une volonté continue, sans halte, sans répit, de la renaissance du nègre où qu’il soit était en voie d’être réalisée. Cette volonté se retrouvera dans le discours de F. Fanon dans son essai Peau noire et masques blancs : « Et surtout, mon corps, aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur… »

 

3 – La Négro-Renaissance, terreau de la pensée fanonnienne

Avant l’avènement de ce mouvement de la négro-renaissance, W.E.B. Du Bois[13] puis Marcus GARVEY[14] tentèrent, chacun à sa manière, d’arriver à faire reconnaître la culture et l’identité noire bafouée et ignorée par les différents pouvoirs blancs. Les voies qu’ils empruntèrent étaient différentes et les résultats furent minimes. L’avènement du mouvement allait redonner un nouveau souffle au combat pour la libération et la réhabilitation de l’homme noir.

Harlem devint, pour longtemps, le lieu vers lequel les regards des intellectuels noirs ou des militants de la cause noire allaient converger. Maintenant que l’idée d’une égalité de traitement entre Noirs et Blancs était admise, il fallait œuvrer à étendre l’intégration des Noirs dans des domaines jusque là réservés uniquement aux Blancs et pour cause, le nombre d’intellectuels noirs avait augmenté et ils occupaient des fonctions prestigieuses (avocats, industriels, professeurs, etc.). Toutefois ces facteurs d’intégration et d’assimilation n’étaient d’aucun secours devant le complexe de supériorité des Blancs qui avaient continué à faire peser sur les Noirs des stéréotypes négatifs. D’après KESTELOOT[15], le Noir avocat ou professeur est d’abord considéré comme un Noir avant d’être reconnu dans sa fonction.

Cette situation poussa ces derniers à prendre la décision de créer le mouvement de la Négro-Renaissance qui voit ainsi le jour au sein d’un groupe d’intellectuels dont l’objectif était de constituer les nouvelles forces de novation “glottopolitique”[16].

La ville de Harlem devint un pôle majeur et les Noirs du monde entier y venaient pour entendre la musique Jazz (jungle’s style, be bop) joué par Duke ELINGTON, Charlie PARKER. Une renaissance s’annonçait. On venait aussi dans ce “haut lieu d’expression du génie noir américain”[17] pour rencontrer des poètes, des dramaturges et des chanteurs noirs, pour apprécier « une certaine manière d’être et de sentir » (le soul) propre à la communauté noire.

Les forces motrices de cette quête identitaire s’appellent : James WELDON JOHNSON, Langston HUGHES, Claude MAC KAY, Cuntee CULLEN, Sterling BROWN. Les objectifs et les revendications du groupe sont clairement formulés dans son manifeste :

“Nous, créateurs de la nouvelle génération nègre, nous voulons exprimer notre personnalité noire sans honte ni crainte. Si cela plaît aux Blancs, nous en sommes fort heureux. Si cela ne leur plaît pas, peu importe.”

Le mouvement de la Négro-Renaissance rejette le projet de Marcus GARVEY et réactive en partie les revendications de W.E.B. Du Bois pour les dépasser. Des forces de novation, exogènes au monde noir, viendront se joindre au groupe de la Renaissance, tels les écrivains de la “lost generation” (Hemingway, Scott FITZGRALD) et les intellectuels de Greenwich Village. Mais, d’après Chevrier, ces intellectuels ne venaient pas pour soutenir une communauté en quête de son identité mais, à l’instar de l’intelligentsia blanche américaine, pour redécouvrir des valeurs du primitivisme et de la créativité artistique, miraculeusement incarnées par le Nègre qui devenait ainsi le symbole d’une vie sans contrainte, une manière d’exprimer leur opposition à l’establishment anglo-saxon et à son matérialisme à outrance.

Fanon, des décennies plus tard, donnera l’impression d’être en synergie et en complémentarité avec ce mouvement, avec cependant, une nouvelle manière de dire, d’interpréter et de représenter le monde. Cette manière de dire fut dictée par sa position sociale différente de celles des noirs d’Amérique directement concernés par les injustices qu’ils subissaient quotidiennement. Fanon ne se défend pas, ne défend pas sa personne, sa position, il défend les autres. Et c’est là, tout le mérite de son œuvre.

En dépit des efforts de ce mouvement, l’échec était au bout du processus enclenché par ce mouvement. La classe moyenne noire américaine, ne joua pas son rôle et fut attirée par les avantages matériels auxquels elle s’accrocha.

Néanmoins, cet échec, somme toute relatif, a été peut-être la cause de la survie de l’esprit de la Négro-Renaissance puisque les leaders s’exilèrent à Paris, ville qui deviendra le lieu de ralliement des intellectuels de la diaspora noire. Mais l’aventure parisienne est précédée par ce que l’on appelle l’école haïtienne.

 

4 – L’Ecole haïtienne : l’affirmation de l’identité nègre

La comparaison entre le combat pour la reconnaissance de la culture noire dans les Antilles et ce qui se passait en Amérique permet de comprendre faits et événements qui se déroulent de part et d’autre. C’était un combat de Noirs où qu’ils fussent. C’est ce que prit en charge l’école haïtienne tout le long de la période 1928-1932. Chronologiquement, l’école haïtienne succède à la Négro-Renaissance. Les Haïtiens prirent conscience qu’ils avaient, à l’image des autres Noirs, une mission : affirmer, revendiquer et assumer leur identité nègre, cette prise de conscience, due essentiellement à l’indépendance “précoce” de l’île (1804) et à l’œuvre de reconstruction nationale, permit le développement d’une littérature patriotique abondante.

Entre les deux guerres, trois courants endogènes revendiquaient le changement par la libération politique et culturelle du pays. Il s’agissait du nationalisme, du Noirisme et du Socialisme. Ce dernier, dont le soubassement idéologique était “importé”, ne pouvait prétendre représenter la société profonde. Le mouvement nationaliste, quant à lui, militait contre l’occupation américaine et pour le développement d’une culture indigène créole. Il comptait dans ses rangs de véritables locomotives telles Elie GUERIN, Georges SYLVAIN, Antênor FIRMIN ; les médias sur lesquels il comptait pour propager ses idées étaient Haïti intégrale, La Patrie, La Ligue et La Tribune.

En 1930, les Américains quittent Haïti; il restait à combattre la domination de la culture française, afin d’asseoir les bases d’une culture authentiquement haïtienne. Ce qui s’avéra plus difficile à réaliser, la question identitaire étant plus délicate à trancher dans un pays de fort métissage.

Dès les années 20, l’émergence de la question raciale dans le discours romanesque devient une réalité qui ne cesse d’être confortée. Le mouvement indigéniste, grâce à un travail d’enquêtes et de collectes, menées conjointement dans toutes les îles de la Caraïbe, arrive à mettre à jour une culture paysanne jusque là ignorée dans la littérature. Raconter un monde pauvre, misérable même, n’est plus tabou, ce qui vaut au roman populaire haïtien d’être pris en exemple en Martinique où va se développer le roman de mœurs populaires.[18] En 1933, Jean Baptiste CINEAS édite son roman, Le Drame de la terre, dans lequel “il décrit sans complaisance la vie réelle dans les campagnes, précaire et abrutissante, mais aussi de montrer la subtilité de l’art de vivre paysan (l’organisation sociale, pratiques collectives du Coumbite, du Vaudou)[19]. Mais c’est en 1944, avec Jacques ROUMIN et son chef d’œuvre, Gouverneurs de la rosée, que le roman paysan voit son apogée.

A partir de 1932, le mot d’ordre des Négro-Américains, Antillais et Haïtiens, qui ont connu des expériences historiques quasi similaires à l’exception de l’accession à l’indépendance, fait remarquable de Haïti au début du XIXe siècle (esclavage, ségrégation, prise de conscience, retour aux sources, affirmation d’une identité nègre), fut le même : affirmer, revendiquer et assumer leur identité nègre comme moyen de ne pas se faire avaler à la fois par le modèle culturel et politique de l’assimilation à l’occident capitaliste. Ces recommandations étaient faites à partir d’une prise de conscience et Fanon, beaucoup plus et à partir de la pratique médicale sur les malades indigènes qu’il recevait,, il prit conscience que leur mal et leur souffrance provenaient de la négation de leurs êtres, de leur identité. Il fallait rétablir l’identité culturelle et l’organisation sociale.

 

II – La NÉgritude, Fanon, disciple de Césaire ?

1 – Dans le sillage des mouvements américains de libération des Noirs

Le monde de la recherche est quasi unanime pour inscrire les sources de la Négritude dans les mouvements de libération initiés par les Noirs américains après l’abolition de l’esclavage comme le reconnaît SENGHOR lui-même.[20]

Depuis les années 1930, les intellectuels noirs des colonies antillaises françaises de La Martinique, Guadeloupe et Guyane ont cherché à définir leur identité culturelle en fonction de leur filiation à l’Afrique plutôt qu’en fonction de leurs liens politiques et culturels avec la France. Pendant des siècles de lois coloniales, les barrières entre classes avaient efficacement provoqué séparation et ségrégation; le système scolaire avait renforcé les normes esthétiques européennes, et avait imposé le rejet de la langue créole qui était associée aux esclaves noirs, au profit du français. Le mouvement de la Négritude, inauguré avec Pigments de Léon Gontran DAMAS, en 1937 et Le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé CESAIRE, en 1939, a repoussé cette prédominance culturelle de la France et a accentué l’adhésion des écrivains de la diaspora africaine. Le néologisme “Négritude” est attribué à CESAIRE le Martiniquais. Ce terme permit de suivre l’orientation idéologique du poète et d’affirmer son adhésion à la cause noire. Lui et L. G. DAMAS ont depuis, utilisé les termes de “nègre”, “Afrique”, “instinct” dans leur combat pour l’émancipation des Noirs comme ils ont souvent savamment utilisé leurs vers et poèmes, esquissant ainsi un nouveau profil culturel antillais.

2 – La Négritude, le Nègre face à lui même

Mot puis concept selon Léopold SEDAR SENGHOR, ce terme ne laissa personne indifférent, il suscita souvent des débats, des critiques chez les Antillais eux-mêmes. L’Antillanité[21] puis la Créolité[22] prendront le relais définitionnel.

Aimé CESAIRE forgea ce terme suivant “les règles les plus orthodoxes du français. (SENGHOR). “La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture” (A. CESAIRE). SENGHOR, commentant cette définition confère au concept un double sens : objectif et subjectif.

“Objectivement, la Négritude est un fait, une culture, donc l’ensemble des valeurs économiques et politiques, intellectuelles et morales, artistiques et sociales- non seulement des peuples d’Afrique noire, mais encore des minorités noires d’Amérique, voire d’Asie et d’Océanie”.

“Subjectivement, la Négritude, c’est “l’acceptation de ce fait” de civilisation et de sa projection, en prospective, dans l’histoire à continuer, dans la civilisation nègre à faire renaître et accomplir. C’est en somme la tâche que ce sont fixés les pionniers puis les militants de ce mouvement : assumer les valeurs de civilisation du monde noir, les actualiser et féconder, au besoin avec les apports étrangers, pour les vivre par soi-même et pour soi, mais aussi pour les faire vivre par et pour les Autres, apportant ainsi la contribution des Nègres nouveaux à la Civilisation de l’Universel.”[23]

 

Césaire revenait à l’immensité de l’Afrique pour proposer une identité, certes difficile à cerner, mais généreuse. La force métaphorique et symbolique de la négritude a fait dire aux écrivains québécois de la “Révolution tranquille”, qui voulaient contrer l'”invasion” anglo-saxonne, qu’ils étaient nègres. Il est évident qu’ils se sont reconnus dans “le message Césairien qui est tout sauf une posture raciste.”[24] C’est ce que Fanon comprendra un peu plus tard.

Christiane CHAULET ACHOUR dans une communication intitulée Frantz Fanon, héritier d’Aimé Césaire ?[25] montre comment F.Fanon, s’est beaucoup inspiré de son devancier A. Césaire. Elle a trouvé beaucoup de similitudes : «L’un et l’autre ont les moyens intellectuels et la stature humaine pour transcender les vexations vécues et les humiliations perçues et en faire un ferment de leurs analyses ultérieures. D’une certaine façon ce qu’ils écrivent se nourrit de leur vie ; ils n’en font pas une plainte mais la raison même de leur revendication d’égalité et de dignité.» Et d’ajouter : « Lorsqu’on relit Césaire et Fanon en synergie et complémentarité et non en opposition et concurrence, on constate combien ils ont pu nourrir, avec d’autres bien entendu, une nouvelle manière de dire, d’interpréter et de représenter le monde.»

Cependant, F. Fanon, bien que n’étant dans son pays natal (La Martinique), ni dans le pays où il a reçu sa formation académique (La France), il s’indigna contre le colonialisme, prit position aux côtés d’un peuple en lutte et finit par déposer sa démission pour rejoindre la révolution. Sa poésie, ses essais, ses discours n’avaient pas suffit à contenter sa volonté de faire changer les choses.

Et c’est ce point qui nous autorise à penser que Fanon était un poète fidèle à tous les mouvements noirs et écoles qui ont jalonné l’histoire et son œuvre en est la traduction et l’apothéose.

 

III- L’antillanitÉ – une identitÉ mÉtissÉe 

1- Frantz Fanon, résultat d’une histoire « oubliée »

La révolte de Frantz FANON contre les hypocrisies du colonialisme et les injustices dont il était la source lui ont fait écrire dans la conclusion de son dernier ouvrage, Les Damnés de la terre, quelques semaines avant de mourir à 36 ans :

“Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde”.[26]

 

Mais neuf ans auparavant, alors qu’il terminait sa formation médicale, dans le texte qui ne fut pas accepté comme thèse, Peau noire, masques blancs, il montrait déjà les séquelles psychosociales laissées par le système colonial comme de véritables pathologies perpétuant la domination et l’aliénation. Mais au-delà de ce constat, il venait de transcender et de dépasser les limites du mouvement dont il s’était nourri, la Négritude et de renier une grande figure qu’il tint pour exemple, Aimé Césaire.

Pour cela, certains Antillais en particulier lui reprochent d’avoir développé une théorie “généralisante”[27] et donc de leur avoir tourné le dos, il est certain que ce que l’on ne lui pardonne pas c’est d’être passé à l’acte. En réalité ce poète combattant a retrouvé dans la société algérienne une maturation politique pas encore apparente dans d’autres pays colonisés. Les transformations profondes qui s’opéraient à l’intérieur de cette société en lutte permettaient à FANON de mettre en œuvre l’évidence du combat pour la libération. Cette situation de lutte lui ouvrait les yeux sur un espace où l’entreprise coloniale avait installé des préjugés forts et tenaces : l’impulsivité, la criminalité, la violence, la paresse du colonisé. Sa conviction humaine, militante et professionnelle a été alors que la seule façon de rendre son humanité au colonisé était de l’engager à se libérer de ce carcan. – telles que le colonisé l’est parce qu’il est impulsif, criminel, violent, paresseux, remettre en cause le système de domination en recouvrant son humanité, en se réappropriant les valeurs ancestrales et en ne se considérant plus diminué face au colon. Et c’est là où les enseignements de l’histoire des Antilles que la classe bourgeoise voulait minorer ou oublier apparaissent.

 

 

2- Fanon, retour aux sources de l’histoire

Les enseignements et les positions de William Edward BURGHARD DU BOIS, au tout début du XXème siècle, vite oubliés, ont beaucoup influencé la pensée de Fanon, qui à la différence de ces contemporains, s’éloigna des « revendications de salon » et allia la parole à l’acte à travers des écrits sur la situation du peuple algérien. Du BOIS, a publié en 1903 un vrai manifeste Souls of Black Falks qui permettra plus tard à F. Fanon de faire le parallèle avec la situation que vivaient les algériens sous la domination coloniale. Et comme Du BOIS, il est arrivé aux mêmes conclusions : montrer son hostilité envers l’idéologie dominante et sa volonté de la combattre par des écrits qui la contrecarrent, afficher sa fierté d’être du côté des opprimés. Toutefois, pour Fanon, la situation de l’opprimé signifie la couleur de sa peau. Est noir, celui qui souffre.

Il venait, par ce basculement du côté des « noirs » d’affirmer son appartenance, l’histoire de son pays et surtout d’éviter de ressembler à ces devanciers. En s’engageant par le verbe aux côtés du combat des opprimés, il venait aussi de positionner de positionner tous les citoyens dominés de son pays.

3- L’impact de l’école haïtienne dans la pensée de Fanon

Le mouvement américain de « négro renaissance » a ouvert la voie à une prise de conscience des noirs où qu’ils fussent. Ce qui permit de comprendre les faits et événements qui se sont produits un peu partout en Amérique car c’était un combat de Noirs. C’est ce que prit en charge l’école haïtienne tout le long de la période 1928-1932. Dans sa prise de conscience, Fanon s’est également beaucoup inspiré des enseignements de l’école haïtienne et de sa mission qui était d’« assumer son identité ». Si Aimé Césaire, insista sur la couleur de la peau et préconisait le retour à la matrice africaine, Fanon comprit non seulement le sens de cette assumation mais lui donnait une certaine universalité en assimilant Noir à Opprimé. La vision universelle du combat que menait F. Fanon, les circonstances de la genèse de sa pensée puis de son œuvre, lui avaient permis de comprendre le discours colonial, le discours de l’homme blanc. Il retrouvait, en Algérie où la population n’est pas noire, les mêmes réflexes, les mêmes jugements, le même mépris, le même discours pour justifier les injustices utilisées contre les noirs. Il déduisit, à la différence d’A. Césaire, que le combat à mener, devrait être au nom des opprimés et non au nom des Noirs.

Une seconde caractéristique de l’influence de l’école haïtienne sur la pensée de Fanon se remarque dans cet esprit de militantisme contre l’occupation étrangère. L’école haitienne militait sur deux fronts à la fois, mettre fin à l’occupation américaine et permettre le développement d’une culture indigène créole. Fanon, en montrant les séquelles de la colonisation sur les malades mentaux qu’il recevait quotidiennement à l’hôpital psychiatrique de Blida, demandait à ce que leur culture et leur identité soient respectées et rejoignant les rangs de leur mouvement de libération, s’engageait corps et âme aux cotés des opprimés.

 

4- L’idéal tiers mondiste de Fanon

Dans sa lettre de démission adressée en 1956 au Gouverneur général de l’Algérie, Frantz FANON met en cause un système basé sur une doctrine qui se nourrit de haine :

“Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus être étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue.”

 

Frantz Fanon nourri de l’idéal tiers-mondiste qui refusait la bipolarisation de la planète, croit que la décolonisation ne peut être que violente car elle est “un remplacement d’une “espèce” d’hommes par une autre “espèce” d’hommes”. La violence du colonisé n’est qu’une réponse à la violence du colonisateur.[28] Tout son combat, toute son écriture, ses conférences, ses articles, voulaient aboutir à créer un équilibre entre le passé et le présent pour éviter de retomber dans un idéalisme des valeurs ancestrales qui n’existent plus du fait même du passage du colonialisme qui vient de créer un individu autre. Essayer, à travers l’éducation des masses, de mettre à jour le nouveau profil d’un homme libéré et débarrassé de son passé mythique et d’un présent qui l’a diminué. La Négritude ne pouvait répondre à ce besoin de changement dans les profondeurs même si au début elle servit à FANON de tremplin à son action ; en effet, il avait introduit son ouvrage Peau noire, masques blancs par une citation de CESAIRE : “Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le Larbinisme”.

 

 

 

Conclusion

La pensée fanonienne, lucide et originale, ses analyses profondes, même si elles suscitent souvent des polémiques, ont eu le mérite de révéler un homme profondément humain qui inscrivait ses actions dans un présent toujours immédiat et de ce fait, toujours actualisé. Ses désirs souvent jugés « irréalisables » étaient le signe d’un esprit en avance sur son temps, un esprit capable de se démarquer des discours qui veillaient à maintenir l’homme dans les carcans mis en place par les dominateurs et qui avaient pour conséquence la création de sociétés à deux classes : dominants/dominés. A l’image des mouvements de Négro-renaissance américain dans les années vingt du XXème siècle en Amérique, et à l’instar de l’école haitienne un peu plus tard, Fanon, mène son combat aux côtés de ceux qui avaient besoin de voir la lumière. Fanon était l’annonciateur d’un monde nouveau, un monde où l’universel découdrait avec le mépris et la haine car même la violence préconisée dans ces écrits, était, de son point de vue, la résultante fatale d’une autre qui ne cesserait que par la répétition de ce cycle.

De plus, il a été l’un des rares penseurs à prévoir les dangers qui guettent le colonisé une fois libre tels le nationalisme et l’africanisme dans les pays africains, il a mis en cause certaines facettes de la Négritude qui tendaient à l’émancipation du Nègre en mettant en évidence ce que l’esclavage et la colonisation avaient utilisé pour légitimer son statut de sous-homme et en insistant sur le fait Nègre. Fanon voulait un Homme ni noir ni Blanc mais un humain définitivement débarrassé de toute caractéristique dont serait l’origine une culture fermée sur elle-même ou une idéologie de revanche qui freinerait obligatoirement l’épanouissement de l’être.

Fanon, en parfait produit de la lutte des Nègres du monde entier, a réussi à donner un sens plus complet à ce terme en le débarrassant de sa teneur sémantique première et en l’enveloppant d’une autre plus à même d’exprimer l’avance de sa pensée.

 

BOUTERFAS Belabbas, maitre de Conférences A

     Centre universitaire BELHADJ Bouchaib

                     Ain Témouchent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

  • Charles BONN, Xavier GARNIER et Jacques LECARME, dans Littérature francophone (1 : Le roman), HATIER-AUPELF-UREF- 1987 p. 112
  • KESTELOOT L., Anthologie négro-africaine – Histoire et textes – de 1918 à nos jours, Nouvelle édition, Vanves, EDICEF, 1992.
  • Jacques CHEVRIER, Littérature nègre (1974), A. Colin, Paris, p. 22
  • NICHOLLS D., « Idéologie et mouvements politiques en Haïti, 1915-1946 », dans FERO M. (dir.), 2003,   pp. 230-232
  • Bernard ZONGO, La Négritude: approche diachronique et glottopolitique, GLOTTOPOL en ligne n°3, Université de Rouen,   http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol.
  • BETI M., TOBNER O., 1989, Dictionnaire de la négritude, Paris, L’Harmattan
  • Xavier GARNIER, Littérature francophone, Le roman, HATIER, AUPELF, UREF, 1997, Chapitre Les Caraïbe, Xavier GARNIER.
  • Oruno D. LARA, Jean-Pierre DURIX, La Littérature de langue française, article, Encyclopaedia Universalis, Tome 10.
  • SENGHOR L. S., 1988, Ce que je crois, Paris, GRASSET. “Je ne serais pas complet si j’oubliais l’influence, sur nous, (…) du mouvement culturel négro-américain du New-Negro ou de la Négro-Renaissance”
  • Léopold SEDAR Senghor, Colloque sur la Négritude, Dakar, avril 1971: Source AFI 1997
  • Jean Bernabé, Négritude, créolité, indianité, mondialisation, conférence à Atrium, mise en ligne le 07 septembre 2007 sur le site Kapes Kreyol http://www.palli.ch/ kapeskreyol/ki_nov/matnik.html.
  • Frantz FANON, Les Damnés de la terre, (1961), Petite collection Maspero, Paris, 1970, p. 229.
  • Edouard GLISSANT, Le Discours antillais, op.cit., p. 56. (Cependant Edouard GLISSANT ajoute, dans la même page, que si Fanon avait vécu, il aurait certainement affronté le problème antillais).

 

Mots clés : Négro-renaissance- Négritude- Antillanité – Littérature de combat- Idéal tiers-mondiste. Action.

 

Résumé

Les années trente du vingtième siècle ont vu la naissance des mouvements de la Négritude et de l’Antillanité qui ont marqué les différents courants de la renaissance noire dans le monde.

FRANTZ Fanon, que beaucoup considèrent comme disciple de son devancier Aimé CESAIRE et représentant des mouvements en question, en est une, des illustrations qui, à priori, semblerait parfaites.

Mais faire ce raccourci sur l’œuvre et l’homme, serait assez restrictif à partir du moment où une étape importante de sa vie de militant engagé est dissimulée, voire escamotée. Un retour sur l’histoire de la renaissance noire, à travers le monde, fait apparaitre beaucoup de similitudes entre l’œuvre et l’homme d’un côté et les mouvements noirs du début du vingtième siècle. L’influence du mouvement de la Négro-renaissance (Indigénistes, Noiristes) au début du XXème siècle, celle de l’Ecole haïtienne, un peu plus tard, ont permis non seulement de donner une envergure universelle au combat des noirs, mais surtout de l’inscrire dans un combat plus large celui des opprimés dans le monde. FRANTZ Fanon l’a compris plus que tout puisqu’il l’a traduit en acte politique dans une sphère géographique qui lui était, à l’origine, étrangère.

 

 

Abstract

The thirties of the twentieth century saw the birth of the movements of Negritude and Antiquity which marked the different currents of the black rebirth in the world.
FRANTZ Fanon, whom many consider as a disciple of his predecessor Aimé CESAIRE and representative of the movements in question, is one, illustrations which, a priori, would seem perfect.

But to make this short cut on the work and the man, would be rather restrictive from the moment when an important milestone in his life as a committed activist is concealed, even retracted. A review of the history of the Black Renaissance throughout the world reveals many similarities between the work and man on one side and the black movements of the early twentieth century. The influence of the Negro-Renaissance movement (Indigenists, Blacks) at the beginning of the 20th century, and that of the Haitian School, a little later, not only made it possible to give a universal scope to the black struggle, but above all to Enroll him in a broader struggle that of the oppressed in the world. FRANTZ Fanon understood it more than anything since he translated it into a political act in a geographical sphere that was originally foreign to him.

 

[1] Charles BONN, Xavier GARNIER et Jacques LECARME, dans Littérature francophone (1 : Le roman), HATIER-AUPELF-UREF- 1987 p. 112

[2] KESTELOOT L., Anthologie négro-africaine – Histoire et textes – de 1918 à nos jours, Nouvelle édition, Vanves, EDICEF, 1992.

[3] Jacques CHEVRIER, Littérature nègre (1974), A. Colin, Paris, p. 22

[4] Idem p. 22

[5] Idem p. 26

[6] NICHOLLS D., « Idéologie et mouvements politiques en Haïti, 1915-1946 », dans FERO M. (dir.), 2003,  pp. 230-232.

[7] Terme apparu dans la revue L’Étudiant noir selon Joseph Roger DE BENOIST (1998 : 13) cité par Mariella VILLASANTE CERVELLO (2003 : 726).

[8] Bernard ZONGO, La Négritude: approche diachronique et glottopolitique, GLOTTOPOL en ligne n°3, Université de Rouen,   http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol

[9] Cette date a une valeur beaucoup plus symbolique qu’effectivement référentielle parce que dès 1850, Edward BLYDEN, dans son livre Christianity, Islam and the negro Race, posait déjà les fondements théoriques de la culture africaine tout en dénonçant l’ethnocentrisme occidental (cité par CHEVRIER, 1990, p. 37). D’autres aussi mais leur audience ne dépassait pas celle de leur communauté.

[10] La traite fut abolie aux Etats-Unis en 1808 et l’esclavage en 1865. GLOTTOPOL – N° 3 – Janvier 2004 : http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol.

[11] KESTELOOT L., 1992, Anthologie négro-africaine – Histoire et textes – de 1918 à nos jours, Nouvelle édition, Vanves, Edicef.

[12] BETI M., TOBNER O., 1989, Dictionnaire de la négritude, Paris, L’Harmattan

[13] Voulant arriver à faire accepter par les Blancs d’Amérique, l’idée de l’autonomie des peuples noirs, il créa le Mouvement du Niagara en 1905, puis fonda l’Association Nationale Pour la Promotion des Gens de Couleur (NAACP). Initiateur des 5 premiers congrès réunissant intellectuels noirs américains, africains et antillais en 1919 à Paris, 1921 et 1923 à Londres, 1927 à New York et en 1945 à Manchester. Son influence sur les intellectuels noirs américains, à l’origine de la Négro-Renaissance fut évidente ; également sur les Africains, Blaise DIAGNE, Kwame NKRUMAH, Jomo KENYATTA et autres leaders africains à l’origine des mouvements de libération africains. Mais les forces conservatrices dans la société des Blancs et la nouvelle bourgeoisie noire, qui n’aspirait qu’au confort allaient s’avérer plus forte que sa détermination. (source : Anthologie négro-africaine-Histoire et textes- de 1918 à nos jours, de KESTELOOT, L.)

[14] Marcus GARVEY, fut plus radical, pour lui, la terre d’Amérique n’est pas l’Afrique d’où sont originaires les noirs. D’où leur malaise. Il faut organiser “un come back Africa”, c’est-à-dire faire retourner tous les noirs d’Amérique sur les terres de leurs ancêtres, l’Afrique. Si Du Bois était considéré comme une force de dialogue puisqu’il cherchait l’égalité, Marcus, lui, est vu comme une force de rupture radicale et de séparation. Ainsi le Libéria fut fondé en 1822 et commença à accueillir ceux qui voulaient retourner sur les terres des aïeuls. Mais les sudistes, de peur d’être privé d’une main d’œuvre bon marché, lui barrèrent la route, l’emprisonnèrent avant de l’expulser.

[15] KESTELOOT L, Anthologie négro-africaine – Histoire et textes – de 1918 à nos jours. éd., Vanves, EDICEF, 1992.

[16] Concept conçu en Mai 1983 par Louis GUESPIN et Jean-Baptiste MARCELLISI, sociolinguistes de l’école de Rouen, pour signifier l’influence d’une décision politique sur la langue; ils définissent le terme glottopolitique comme suit (1983 : 5 :

” diverses approches qu’une société a de l’action sur le langage, qu’elle en soit ou non consciente : aussi bien la langue, quand la société légifère sur les statuts réciproques du français et des langues minoritaires par exemple ; la parole, quand elle réprime tel emploi chez tel ou tel ; le discours, quand l’école fait de la production de tel type de texte matière à examen : glottopolitique est nécessaire pour englober tous les faits de langage où l’action de la société revêt la forme du politique.” Source : Présentation de Claude CAITUCOLI, revue en ligne GLOTTOPOL janvier 2003 Université de Rouen.

[17] Jacques CHEVRIER, Littérature nègre, Armand COLIN, Paris 1974, p. 17.

[18] Xavier GARNIER, Littérature francophone, Le roman, HATIER, AUPELF, UREF, 1997, Chapitre Les Caraïbe, Xavier GARNIER.

[19] Oruno D. LARA, Jean-Pierre DURIX, La Littérature de langue française, article, Encyclopaedia Universalis, Tome 10.

[20] SENGHOR L. S., 1988, Ce que je crois, Paris, GRASSET. “Je ne serais pas complet si j’oubliais l’influence, sur nous, (…) du mouvement culturel négro-américain du New-Negro ou de la Négro-Renaissance”.

[21] Edouard GLISSANT la définit comme “une orientation de l’attention littéraire à la réalité des pays antillais et non à des rêves africains (en réponse aux théoriciens de la Négritude). Delphine PERRET, La Créolité, Espace de création, IBIS rouge éditions, Guadeloupe- Guyane-Martinique-Réunion- Paris, 2001, p. 45.

[22] Mouvement culturel et littéraire, en particulier, souvent associé à Patrick CHAMOISEAU et à Raphaël CONFIANT. Nous y reviendrons plus longuement.

[23] Léopold SEDAR Senghor, Colloque sur la Négritude, Dakar, avril 1971: Source AFI 1997

[24] Jean Bernabé, Négritude, créolité, indianité, mondialisation, conférence à Atrium, mise en ligne le 07 septembre 2007 sur le site Kapes Kreyol http://www.palli.ch/ kapeskreyol/ki_nov/matnik.html.

[25] Centenaire de la naissance d’Aimé Césaire, Colloque international du CCER (Centre Césairien d’études et de recherches), « 1913-2013 : Aimé Césaire – Œuvre et héritage », 24-28 juin 2013

[26] Frantz FANON, Les Damnés de la terre, (1961), Petite collection Maspero, Paris, 1970, p. 229.

[27] Edouard GLISSANT, Le Discours antillais, op.cit., p. 56. (Cependant Edouard GLISSANT ajoute, dans la même page, que si Fanon avait vécu, il aurait certainement affronté le problème antillais).

[28] Frantz FANON, les damnés de la terre, Op. Cit, p. 5

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One Response to “Frantz Fanon, l’héritage de la « Négro-renaissance »”

  1. Igilgometa dit :

    “il est certain que ce que l’on ne lui pardonne pas c’est d’être passé à l’acte”. Peut-être pas exactement. On l’admire, dans son “pays” Martinique, d’avoir eu le culot de miser sur l’indépendance… tout en restant persuadé qu’il a fait le mauvais choix (par rapport à l’assimilationnisme de “Papa Césaire”).