Auteur: Ikanga Ngozi Tchomba

Ikanga Ngozi za Balega Tchomba, originaire du Congo-Kinshasa est détenteur d’un Ph.D. de University of Louisiana, Lafayette, sur la problématique de l'altérité dans l'œuvre romanesque de Maryse Condé. Il est l’auteur de deux pièces de théâtre: "Le Baiser de Kasoga" (2003) et "Maï-Moussa, le rêve assouvi" (2009). Lauréat du Prix d’ Essai MondesFrancophones 2012, il enseigne actuellement à Baton Rouge Community College, USA.

Une représentation de l’altérité sexuelle de Tituba dans Moi, Tituba, Sorcière.. Noire de Salem de Maryse Condé

Un discours portant sur la sexualité passe pour l’expression d’un interdit, une violation de normes de la société. Ainsi, une personne manifestant librement ses sentiments sexuels ou affichant ouvertement sa sexualité est objet des regards et des discours divers. Quoique de tous les jours, de toutes les sociétés, langages et manifestations particulières, ouverts sur cet aspect de choses portent une note négative aux yeux des autres. Pire encore quand celui-ci est produit par une femme. Elle est vue comme une prostituée.

La présente analyse voudrait présenter la vision  sexuelle Tituba et ses conséquences dans son parcours romanesque. Nous allons donc essayer de présenter des comportements qui semblent la placer dans le champ de l’Autre,  par rapport à différents groupes de personnes. Sa vision du monde relatif à la sexualité est considérée comme une déviation. Pourtant Tituba en s’affichant de cette manière, elle recherche son équilibre tant physique que psychologique ; une satisfaction qui lui confère son bien être en général. C’est donc autour de cette vision sexuelle titubéenne que se concentrent nos propos. A ce stade, le littéraire rencontre le naturel. Kahona Bouanane le dit  dans Le corps en cris et écrit dans L’enfant de sable (1984) de Ben Jelloum:

Le corps est une thématique majeure dans la création littéraire. Celle-ci touche à divers usages de l’expression écrite. Chacun vit enfermé dans son corps avec le désir de pouvoir le dépasser et aussi de s’en échapper. Les possibilités sont nombreuses. Chacun veut défier son corps dans un corps à corps plus souvent duel. Qu’il s’agisse de l’expression corporelle, de la plus simple à la plus élaborée, de la difficulté à dire la possibilité de rêver, de grimer le langage en se grimant soi-même, en grimant son corps, corps et écriture se conjuguent, corps et cris se mêlent pour s’exprimer dans un corps et dans un écrit. (303)

Bien plus, cette relation entre le corps et l’écriture est bien confirmée par Roger Kempff dans Sur le corps romanesque (1968) qui déclare que :’’ livres et corps, tout est texte d’égale dignité. Tout parle ou se parle, s’écrit, se lit […]’’ (7).

En effet, Tituba est une jeune fille née libre mais dont l’amour envers John Indien, esclave de Mme Endicot transforme sa condition. Le premier entrevu de ce futur couple est un produit de hasard. De part sa condition physique, l’homme manifeste  sa stupéfaction :

Hep ! C’est toi Tituba ? Pas étonnant que les gens aient peur de toi. Tu as vu la tête que tu as ? [‘…] – Oui, je suis Tituba. Et toi, qui es-tu ? Il fit : On m’appelle John Indien. […] Es-tu un esclave ? […] Oui, j’appartiens à maîtresse Susanna Endicott qui habite là-bas dans la Carlisle Bay. (TTB, 28)

Ni l’un ni l’autre n’est marié.  Tituba éprise d’amour envers cet homme ne cache pas son émoi quand elle se décrit par rapport à cette rencontre: ‘’La tête me tournait. Comme il s’éloignait après m’avoir adressée un signe de la main, je ne sais ce qui me prit. Je fis avec une intonation : ‘’Est-ce que je te reverrai ‘’ (TTB, 29) ? Le portrait que Tituba fait d’elle-même et le sentiment qui l’anime déjà par le fait de voir John Indien dénoteraient ici d’une sorte d’exagération frisant une altérité dans l’expression de  sentiments d’amour. Il est vrai qu’elle a droit à une telle manifestation et à un tel discours, mais on aurait l’impression que c’est elle qui recherche déjà l’homme. Alors que généralement, c’est l’homme qui aurait commencé à faire des avances comme par accoutumée. Nous sommes donc en présence d’une femme qui exprime librement son penchant sans attendre des pas masculins. Si Tituba s’inquiète par sa question ‘’Est-ce que je te reverrai ’’(29) ?, c’est tout simplement pour s’assurer vraiment de ne pas perdre cette occasion. Parler d’excès d’amour de Tituba dans le cas d’espèce, serait négliger  le relativisme.  Son intention est compréhensible dans la mesure où elle est libre et ne connaît pas le monde de plantation où tout se fait selon la mesure du maître en termes de  temporalité. Si elle peut à elle seule gérer son temps, il n’en est pas ainsi de son futur amant. Le sien est sous contrôle de la maîtresse. C’est ce qui expliquerait sa précipitation en disant : ‘’Bon, il faut que je parte, à présent. Si non, je vais être en retard et maîtresse Endicott va encore babier’’ (TTB, 28). Une telle attitude est relative aux éventuelles réprimandes Mme Endicott. La signifiance et la mise en relief de marqueur de temps- à présent– s’impose dans la perception spatio-temporelle de l’esclave, différemment de la libre Tituba. Qu’à cela ne tienne, rien de cela ne saurait l’arrêter dans sa course. A la manière d’une visionnaire, elle voyait déjà en lui son futur époux : ‘’Il me fixa. Je me demande ce qu’il lut sur mon visage, mais il prit un air faraud : – Dimanche après-midi, il y a la danse à Carlisle Bay. Veux-tu y venir ? J’y serai. J’inclinais convulsivement la tête’’ (TTB, 29). Ici, seule Tituba semble influencer les propos de John Indien. Si elle ne lui avait pas manifesté l’envie de le revoir, John Indien ne pouvait probablement pas lui fixer rendez-vous au lieu de danse.

Tituba mène le jeu dans ses relations amoureuses en devenir. On s’attendrait au fait que naturellement l’homme ait prononcé des mots d’attraction mais par contre, non seulement Tituba les prononce mais aussi se met dans la tête de l’autre ; pense à sa place.  Puisqu’affolée d’amour par John Indien nous la verrons multiplier des moyens pour arriver à se faire aimer par ce dernier. Fille de la nature, son recours aux forces surnaturelles devient ici impérieux tant il est vrai qu’il lui faut atteindre son idéal sentimental. L’entrée en contact avec Man Yaya l’obligeant à des sacrifices, elle déclare :

Je revins lentement vers ma case. […] Je me dirigeais vers ce qui restait de poulailler et saisit une des rares volailles qui m’étaient demeurées fidèles. D’une main experte je lui ouvris le ventre, laissant la rosée de son sang humecter la terre. Puis j’appelai doucement : -Man Yaya. [ …]. Man Yaya, je veux que cet homme m’aime. (TTB, 29)

La procédure de Tituba exprime son empressement, elle tend des filets à un homme. Ceci démontre combien elle est liée à un amour qui n’existe même pas encore, combien elle voudrait avoir John Indien comme partenaire. Une telle perception semble ne pas cadrer avec la vie de tous les jours. On aurait pu attendre de Tituba le faire au cas où l’homme lui aurait déjà fait des avances dans ce sens. Mais tout semble aller dans un autre sens. Ceci confère à Tituba l’image de l’Autre en amour comme va le lui faire remarquer Man Yaya, manifestation de son attitude négative dans la conversation qui suit :

Les hommes n’aiment pas. Ils possèdent. Ils asservissent. […]. Yao aimait Abena. – C’était une des rares exceptions. – Peut-être celui-là en sera-t-il une ! […] Je n’ai qu’à le regarder pour savoir que c’est un nègre creux, plein de vent et d’effronterie. (TTB, 29)

Pour Tituba, cela ne se conçoit pas. Ce dont lui parle Man Yaya est une expérience personnelle en amour. Tituba voudrait en avoir une aussi. A part cela, elle a ses propres ambitions dans la vie. Surtout en tant qu’une jeune fille, elle voudrait explorer le monde masculin de sa part. Explorer l’amour, en savoir les tenants et les aboutissants. Ainsi, pour elle,  rien n’empêche que, John Indien non seulement  l’aime, mais soit mieux que ce que Yao fut pour sa mère Abena.

 

L’entêtement  de Tituba se comprend bien, elle aime tellement John Indien qu’elle ne voudrait pas le rater. Que Man Yaya se mette à lui faire des leçons, négatives, fussent-elles au  sujet des hommes, pour Tituba, cela n’a pas de place dans sa tête déjà brûlée d’amour. Carlisle Bay, ce lieu de rendez-vous fixé, il ne reste que la rencontre pour ajouter du tonus à cet amour pour lequel Tituba n’a pas de repis. Ainsi, Man Yaya, incapable de la dissuader, lui dit : ‘’Bon, va à cette danse de Carlisle Bay à laquelle il t’a invitée et habilement, fais un peu de son sang sur un tissu. Apporte-le-moi avec quelque chose qui aura séjourné au contact de sa peau’’ (TTB, 30).

En dépit des mots, on pouvait lire sa tristesse née de ce projet d’amour. Malgré elle-même, sa permission offrit à Tituba non seulement l’occasion de rencontrer son âme sœur mais aussi celle de se sentir vivante en tant que femme. Une découverte de soi : ‘’Jusqu’alors je n’avais jamais pensé à mon corps. Etais-je belle ? Etais-je laide ? Je l’ignorais. Que m’avait-il dit ? ‘’  Tu sais que tu pourrais être belle ‘’ (TTB, 30). S’interroger sur soi-même est une quête de soi. N’est-ce pas pourquoi  John Indien s’exprime-t-il au conditionnel sous la forme aurais à la place du temps présent (TTB, 27). A ce niveau, Tituba présente une figure d’altérité physique. Paterson dit à ce propos, dans L’altérité (1998) : ‘’l’altérité se construit également par la description des traits physiques, vestimentaires, langagiers et onomastiques du personnage de l’Autre’’(110).  John Indien aide ainsi Tituba à se découvrir. Ce qui crédibilise ici la relation à l’Autre :

J’ôtai mes vêtements, me couchai et de la main, je parcourus mon corps. Il me sembla que ses renflements et ses courbes étaient harmonieux. Comme j’approchais de mon sexe, brusquement il me sembla que ce n’était plus moi, mais John Indien qui me caressait ainsi. Jaillie des profondeurs de mon corps, une marée odorante inonda mes cuisses. Je m’entendis râler dans la nuit. (TTB, 30)

Par rapport au commerce entre textes, le discours de Tituba semble se marier avec celui de Zahra / Hamed dans L’enfant de sable (1985) de Ben Jelloum. Nous pouvons lire ce qui suit :

Dans les bras de mon corps, je me tiens, je descends au plus profond, comme pour m’évader. Je sursaute au cri de la jument par l’absent. Mon corps lentement s’ouvre à mon désir, je le prends par la main, il résiste, la jument cavale. Je m’endors, enlacé par mes bras. (54)

Ce discours est compréhensible dans la mesure où le corps humain, dans son ensemble ou dans son intimité, occupe une place importante en littérature. Il y procède par des descriptions globales ou détaillées. Par rapport à un tel geste Jurney dit :

Touchant son corps au départ comme pour se rendre compte de tous ses côtés positifs, elle se retrouve emportée par son geste, et, parce qu’elle n’a personne pour la mettre au silence […]. Or, le son de sa propre voix liée au plaisir solitaire qu’elle vient d’éprouver, la ra proche de sa mère à propos de laquelle elle se demanda : Etait-ce ainsi que malgré elle ma mère avait râlé quand le marin l’avait violée ? Alors, je comprenais qu’elle ait voulu épargner son corps la seconde humiliation d’une possession sans amour et ait tenté de tuer Darnelle (TTB, 31)

Alors, s’agissant de Tituba, avant même que John Indien ne soit en contact physique avec elle, elle sent déjà des sensations amoureuses de son corps. Cette géo-tactile qu’elle applique sur son propre corps naît plutôt du fait de penser à l’homme. Une représentation personnelle de la sexualité. Tituba démontre une fois de plus combien elle brûle d’envie non seulement de rencontrer un homme, ici John Indien, mais surtout l’envie d’assouvir ses appétits sexuels. Ceci est compréhensible dans la mesure où, comme le dit Odile Cazenave dans Erotisme et sexualité dans le roman francophone antillais (2003) :

Maryse Condé, Gisèle Pineau, les Haïtiennes Edwidge Dantica et Marie-Célie Agnant indiquent que quel que soit l’espace dans lequel évolue la protagoniste (les Antilles, Paris, Boston, New York ou Montréal), son malaise intérieur reste incontournable, marqué dans son errance par l’impossibilité d’aimer et de goûter une sexualité heureuse, […]. (15)

Ainsi, le récit de Tituba  rassemble un certain nombre d’éléments érotiques qui peuvent faire penser à un acte sexuel consommé. Ceci explique d’avantage son penchant envers John Indien. Elle déborde dans sa manière de penser à un homme. Elle le vit avant de le posséder ; Tituba fait l’amour avec elle-même au nom de son futur amant. On peut bien voir qu’elle ne semble pas prendre en compte les remarques de sa mère au sujet des hommes. Trois fois formulées, la remarque voulait  la décourager dans son entreprise amoureuse : ‘’Pourquoi les femmes ne peuvent pas se passer des hommes ? Voilà que tu vas être entrainée de l’autre côté de l’eau’’ (TTB, 31). Cette parole aura été une prémonition de la vie future de Tituba dont l’aventure amoureuse l’aura effectivement emportée de l’autre côté du monde en passant par la potence. Cela n’avait pas suffi pour l’arrêter dans son entreprise amoureuse. En effet,  la force d’autosatisfaction la pousse finalement à faire son déplacement pour Carlisle Bay où elle doit rencontrer son amant. Ce déplacement a pourtant un double but. La rencontre oui, mais aussi une occasion pour le séduire. Tituba aime tellement cet homme qu’elle doit tout faire pour sa déduction afin de le garder pour elle. Le subterfuge de la danse lui aura donné l’occasion de réaliser sa tâche. Emporté mutuellement par leur propre présence mutuelle, John Indien semble ignorer les motifs de l’acharnement de Tituba ; mais cette dernière sait pourquoi elle doit beaucoup danser avec lui. Si au début elle a semblé ne pas bien danser, c’était une occasion d’attirer l’attention de son amant, qui pourtant s’était préparé à la recevoir. Si le fait de l’avoir trouvé en train de danser avec une autre femme n’a pas affecté son penchant envers John Indien, la raison est simple. Tituba lui porte une affection qui dépasse les bornes. Ce fait vient s’ajouter à la nature esclave de John indien, nature qui ne l’a pas du tout détournée de ses ambitions amoureuses. L’aveuglement de l’amour de Tituba dessine son altérité en la matière. Ainsi, pour arriver à son but, la danse est un moment de soul qui lui offre une occasion favorable d’obtenir des éléments séductifs exigés par Man Yaya :

A un moment, comme John Indien s’essuyait avec un large  mouchoir en toile de Pondichéry, je me ressouviens des paroles de Man Yaya : Un peu de son sang. Quelque chose qui aura séjourné au contact de son corps. […] Comme, habillement, je lui subtilisais son mouchoir en lui griffant l’auriculaire de l’ongle, il eut une exclamation : Aie ! Qu’est-ce que tu fais là, sorcière ? (TTB, 33)

Qu’importe d’être traitée de sorcière par la personne qu’elle aime. Même si elle ne prend pas vraiment en compte ces mots qu’elle place dans le cadre de jeux d’amour, elle en est quelque peu blessée. Mais que faire, elle est en train de subir des éléments d’initiation à la vie, surtout celle d’amour. Ce qui importe donc  ici, c’est de réaliser l’objectif. Elle est sur la bonne voie ; n’a-t-elle pas obtenu des effets dont Man Yaya a besoin pour l’aider à le séduire ?  Si pour Tituba il faudra habiter ensemble dans sa case au bord de la rivière, il n’en est pas ainsi pour John Indien.

La discussion de l’espace devient un autre sujet entre eux. Pour Tituba que Jon Indien lui demande d’un côté d’aller vivre chez lui et que de l’autre, veuille la convaincre de la bonté de sa maîtresse, pour elle, il n’y a pure et pire ambigüité que cela. Leur présent dialogue en dit long :

Je ne suis pas un nègre de bois, un nègre marron ! Jamais je ne viendrai vivre dans ce calage à lapins que tu as au milieu des bois. Si tu veux vivre avec moi, tu dois venir chez moi à Brigetown. – Chez toi ? Un esclave n’a pas de chez moi. Est-ce que tu n’appartiens pas à Suzana Endicott ? […] – Oui, j’appartiens à maîtresse Suzana Endicott, mais la maîtresse est bonne…- Comment une maîtresse peut-elle être bonne ? (TTB, 34)

L’insistance de Tituba n’est pas gratuite ; elle s’inscrit dans l’ordre de quête de jouissance libre. Si elle arrivait à vivre avec son amant dans la maison de Suzana Endicott, leur liberté serait limitée pour cet amour qui la brûle déjà. Ainsi, habiter chez elle, leur garantirait d’un peu plus de liberté. Mais pour l’homme, le refus se fonde sur des facteurs raciaux et la nature même de l’espace qu’habite son amante. Tituba n’est pourtant pas découragée par ces expressions méprisantes de John indien. Quoiqu’il en soit, pour elle, ses motifs ne tiennent pas debout tant il est vrai que  c’est un esclave ; toute sa vie et ses manifestations sont liées à un maître. Qu’importe pour  John Indien d’être lié à maîtresse Suzana Endicott, il semble bénéficier d’un certain pourcentage de liberté qui lui permettrait de jouir de son amour avec Tituba : ‘’J’ai ma case à moi derrière sa maison et j’y fais tout ce que je veux’’(35). Tout cela est une manière d’influencer son amante à la joindre. Aller vivre sous la maison de maître d’esclave ne saurait donc pas entraver leur amour. On semble voir John Indien déjà attiré à son tour ; en effet malgré les rumeurs selon lesquelles Tituba serait sorcière cela ne le fait pas reculer qui voudrait la voir à ses côtés :

Tituba, tu sais que l’on dit de toi, que tu es une sorcière… […]…je vais prouver à tous que ce n’est pas vrai et je te prendre pour compagne à la face de tous. Nous irions à l’église ensemble, je t’apprendrai les prières… (TTB, 35)

Pour tout cela Tituba est prête ; vivre avec John Indien, c’est son idéal contre tout. Pourquoi devrait-elle s’en faire qu’on la traite de sorcière ? A la différence de ceux qui donnent une connotation négative à ses pratiques, Tituba leur en donne une qui soi positive et humaniste.

La faculté de communiquer avec les invisibles, de garder un lien constant avec les disparus, de soigner, de guérir n’est-elle pas une grâce supérieure de nature à inspirer respect, admiration et gratitude ? En conséquence, la sorcière, si on veut nommer ainsi celle qui possède cette grâce, ne devrait-elle pas être choyée et révérée au lieu d’être crainte ? (TTB, 33-34)

Jon Indien semble s’appuyer sur cette vision de Tituba mais serait aussi déjà séduit par elle, en dépit de son indifférence à la proposition de lui apprendre une autre religion :

Connais-tu les prières ?-[…] Quelle étrange histoire me chantait-il là ? Néanmoins, je n’étais pas capable de protester. Je retirai ma main et lui tourna le dos. Il souffla dans mon cou : Tituba, ne veux-tu pas de moi ? (TTB, 35)

Il est vrai que Tituba ne sait comment exprimer son amour à John indien. Et ce dernier ne semble pas voir le degré de penchant qu’elle lui porte. N’avait-elle pas contacté sa mère adoptive afin de la faire aimer par cet homme ? Il est vrai qu’il n’en sait rien. Il semble se baser sur le geste négatif du retrait de sa main comme signe de son refus. Que non ! Tituba est indignée de mélanger le discours d’amour à celui de religion. Pire encore, une religion occidentale qui ne reconnait pas la valeur positive de la sorcellerie. Que lui importerait donc d’apprendre ses prières ? Etait-ce là une condition pour vivre ensemble ? Avec tout cela, Tituba entrevoit la difficulté d’un amour libre avec John Indien ; voilà pourquoi elle lui demandait de venir vivre avec elle dans sa case. Qu’à cela ne tienne, elle porte John Indien au fond de son cœur ; elle lui prépare son corps :

Je voulais bien cet homme comme je n’avais jamais rien voulu avant lui. Je désirais son amour comme je n’avais jamais désiré aucun amour. Même pas celui de ma mère. Je voulais qu’il me touche. Je voulais qu’il me caresse. Je n’attendais que le moment où il prendrait et où les vannes de mon corps s’ouvriraient, libérant les eaux du plaisir. (TTB, 35)

Tout est là, tout y est dit. Quoi de plus érotique qu’un discours pareil en amour ? Du ton aux mots qui forment le constituent, Tituba démontre l’intensité de son penchant envers son amant. Ce discours aux faits putatifs et tactiles, créent une sorte de gradation dans la pensé, qui semble même faire vivre au lecteur leur moment intime.

Nous pouvons partir de la volonté au désir, deux moments qui se complètent. Si d’abord Tituba se dit vouloir, par la suite elle se dit désirer, ces deux mots donnent un ton ascendant à la force qui l’anime. Par là on sent en elle un feu qui monte en pallier. Car on peut bien vouloir sans nécessairement désirer, mais dans le cas d’espèce, Tituba a,  non seulement, la volonté mais aussi le désir ; or ce dernier est sémantiquement plus fort que le premier. Par ailleurs, un autre groupe d’unités lexicales viennent ajouter du sens aux ambitions amoureuses de Tituba. Il s’agit de ceux qui cadrent avec le toucher. La sensation tactile qu’ils expriment concourt à un groupement sémantique : l’acte sexuel. En effet, l’ordre dans lequel elle place ses mots ne laisserait personne insensible : caresser, toucher, prendre ont comme résultat ici, ouvrir une classe d’objet : les vannes du corps avec comme objectif final : libérer les eaux du plaisir. Il s’agit de l’expression de l’érotisme. Odile Casanova dans Erotisme et sexualité dans le roman africain et antillais (2003) déclare:

Présent, l’érotisme s’exprime dans toute sa beauté et sa force évocatrice de stimulation ou de rêve. Absent, il marque la souffrance d’un manque fondamental. L’une et l’autre écriture se rejoignent pour et dans le plaisir de la lecture. (16)

Pourtant c’est ce que John Indien attend réaliser avec Tituba peut se lire dans leur dialogue :

Tu ne veux pas vivre avec moi depuis le moment où les coqs stupides s’ébouriffent dans les bassecours jusqu’à celui où le soleil se noie dans la mer et où commencent les heures les plus brûlantes ? J’eus la force de me lever : C’est une chose grave que tu me demandes-là. Laisse-moi réfléchir huit jours, je t’apporterai ma réponse ici même. Avec fureur, il ramassa son chapeau de paille. (TTB, 35-36)

Les jeux surnaturels de Tituba semblent avoir affecté John Indien. Celui-ci même qui paraissait rejeter sa demande de cohabitation paraît aussi attiré  par elle. La colère qu’il manifeste par rapport à la réponse de Tituba serait ici l’expression vraie : il est victime de ses subterfuges, et surtout de combines de Man Yaya et de Tituba. Pour cette dernière, son statut de personne libre vaut moins que  son amour. Une telle façon d’aimer ne dénoterait-elle pas d’une manière inhabituelle ? C’est de là que cela devient une figure d’altérité ; ne devient-elle pas malade de lui (TTB, 36) ? Même si elle se comporte hypocritement envers John Indien, Tituba lui voue un amour sans pareil. Que ce dernier se fâche, son idéal réside pourtant dans la possession sans faille du corps féminin, celui de Tituba. Cette dernière a une expression tellement libre que l’usage de mots relatifs à la sexualité ne lui paraît pas exiger de la pudeur. Ainsi, parlant de John Indien, elle dit : ‘’Je savais où résidait son principal avantage et je n’osais regarder, en deçà de la cordelette de jute qui retenait son pantalon  konoko  de toile blanche, la butte monumentale de son sexe’’ (TTB, 36). Tituba nous décrit son corps en fonction de son propre regard. Sa perception sexuelle s’accompagne de l’usage libre de mots relatifs au sexe, et cela sans aucun détour au point qu’à partir de son discours on est à mesure de construire son lexique lié au sexe. Des mots crus et se passant de toute pudeur constitueraient généralement donc le lot de son discours sexuel. A l’usage de ces mots s’ajoute l’emploi d’adjectifs lourds de sens. Nous pensons ici par exemple à –monumentale– qui accompagne le mot bute. S’en tenant au sens premier de ce mot, le relief prime, il s’agit d’une sorte de géophysique du sexe de John par rapport à son l’espace dans ses habits. Un monument est remarquable par rapport à d’autres constructions. Comme si cela ne suffisait pas au mot bute avec ce qu’il a de grand, l’usage de cet déterminant adjectif monumental vient tout simplement démontrer combien Tituba voudrait mettre en relief le  sexe de John Indien. Il s’agit ici d’expression d’érotisme sans équivoque. Mais si elle l’aime, c’est pourtant d’abord pour ce corps-là ; n’en revêt-elle pas déjà les contours avant même d’en jouir? Nous pensons aux éléments lexicaux y afférents dont le syntagme libérant les eaux de plaisir semble constituer ici la finalité  (TTB, 35).

De ce fait, la voix de Tituba est celle, encore minoritaire, d’une femme qui refuse la seconde place dans la narration et qui revendique la première, par la lutte, comme dès les premières relations avec John Indien.

Ainsi, les appels de Tituba à Man Yaya dès son retour de son rendez-vous d’amour ne sont pas vains. Ils sont l’expression pleine d’une Tituba qui voudrait à tout prix avoir John Indien à ses côtés. Elle ne sent pas en sécurité dans la maison d’une maîtresse quand elle dit : ‘’Pourquoi ne peux-tu me l’amener ici ? Est-ce que cela veut dire que tes pouvoirs sont limités’’ (TTB, 36) ? La position de Tituba est doublée de sentiment : si d’un côté elle voudrait absolument vivre avec son homme, mais alors ceci devra se passer en dehors du milieu de Blanc, dont elle garde de très mauvais souvenirs : le viol et la pendaison de sa mère. Pourtant, elle n’a pas de choix, elle est placée devant une situation qu’il est difficile de contourner à cause de ses amours envers son futur mari, esclave chez Suzana Endicott, une femme blanche. Si elle tient à garder Ormonde, sa résidence personnelle, elle manquera cet homme qui emporte tant son âme.

Le dimanche suivant, j’entassais dans un panier caraïbe quelques robes de ma mère et trois jupons. Je calai avec une gaule la porte de ma case. Je libérai mes bêtes. Les poules et les pintades qui m’avaient nourrie de leurs œufs. La vache qui m’avait donné son lait. Le cochon que j’engraissais depuis un an sans jamais avoir eu le cœur de le tuer. Je murmurai une interminable prière à l’intention des résidents de ce lieu que j’abandonnais. Puis je pris le chemin de Carlisle Bay. (TTB, 37-38)

A part le fait de partir, la libération de tous ses bétails et l’abandon volontaire de son espace habituel et libre, sont une expression combien significative par rapport à l’idéal de Tituba. En effet, le fait d’abandonner autant de biens et l’espace, ferait penser à une folie naturelle. Il s’agit simplement de la force de l’amour. On peut aussi penser au temps  en termes de durée. Le temps que Tituba avait déjà passé sur cet espace devrait la définir mais compte tenu de l’amour, elle sacrifie tout. Ce qui est pire, c’est l’abandon de la terre, dont pourtant on connait l’importance et le prix. Un nègre ayant sa propre terre est une personne à ne pas plaindre au même titre que les autres. Pourtant, c’est compréhensible pour elle de se séparer de son espace car elle a une carence qu’il lui faut nécessairement combler ; elle a un cœur vide et avide d’amour ; une sorte de mal qui la hante et dont les forces sont irrésistibles. Par rapport à l’imaginaire des populations déportées et vivant dans les îles, Odile Cazenave dans Erotisme et sexualité dans le roman africain et antillais (2003) dit: ‘’Le mal-être renvoie à un malaise ontologique et au traumatisme premier de l’amour nié, y compris du sein maternel, la mère rejetant l’enfant, parce que fruit du viol, d’un acte contre nature ou d’un inceste’’ (17). Ce passage semble en effet bien dépeindre Tituba ; fille de viol, n’avait-elle pas été victime de manque d’affection de sa mère, un manque qui a même frisé son rejet par cette dernière ? On peut s’imaginer quand elle habitait avec elle dans la case de Yao. Si ce dernier ne forçait pas de temps en temps sa compagne de s’occuper de l’enfant, la vie de Tituba prendrait un tournoi différent de ce qui se lit d’elle aujourd’hui. Qu’après la mort de sa mère, elle ait eu l’occasion de rencontrer une bonne dame du nom de Man Yaya qui la combla de tout son amour jusqu’à l’initier aux plantes, tout cela ne saurait enrayer le mal qui ronge le cœur de Tituba : le manque  d’amour maternel. C’est ce qui la contraint à s’attacher à une tierce personne, une amante,  à l’errance ; ceci se traduit comme une sorte d’évasion, un exil pour la recherche d’un réconfort moral. Qu’à cela ne tienne, un tel comportement ne fait-il pas ressortir une figure d’altérité par rapport au commun des mortels ? Ici, Tituba retrouve son épanouissement à travers l’expression personnelle libre, qui la pousse même à ne pas cacher ses sentiments intimes. Si son entourage voit mal qu’elle exprime si librement ses sentiments sexuels, ceci reste normal dans la mesure où elle évolue dans une société où l’homme édicte les lois sociales. Ainsi, voir une femme s’exprimer de cette manière, fut-il encore de la sexualité, il y a de quoi s’interroger. On peut une fois de plus, par exemple l’écouter le dire à John Indien, le plus sèchement du monde : ‘’Tais-toi ! Fais-moi l’amour’’(53). Une expression pareille devient le plus troublant dans la mesure où l’on reconnaît  la femme comme un être inférieur et aphone, selon les normes de la société masculine. Ce par quoi Tituba ne semble pas se laisser définir, comme le dit Florence  Ramond Jurney dans Voix/es libres : maternité et identité féminine dans la littérature antillaise (2003) dit :

Tituba semble remettre en question la dichotomie traditionnelle de la femme comme vierge ou prostituée et l’affirmation de sa sexualité se présente alors comme une voix minoritaire puisque s’opposant à celle de toutes les victimes sexuelles poussées dans la passivité.  (165)

D’autre part, l’expression libre de la sexualité de Tituba ne s’arrête pas seulement à la relation homme et femme, mais va plus loin en évoquant des scènes de la possible relation entre femmes. Nous faisons allusion à des propos de son amie intime Hester qui, après son suicide, lui revient en rêve :

Cette nuit-là, Hester vint s’étendre à côté de moi, comme elle le faisait parfois. J’appuyais ma tête sur le nénuphar de sa joue et me serrai contre elle. Doucement le plaisir m’envahit, ce qui m’étonna. Peut-on éprouver du plaisir à se serrer contre un corps semblable ? Le plaisir avait toujours eu pour moi la forme d’un autre corps dont les creux épousaient mes bosses et dont les bosses se nichaient dans les tendres plaines de ma chair. Hester m’indiquait-elle le chemin d’une autre jouissance ? (TTB, 190)

Si déjà le fait d’exprimer librement des relations sexuelles avec les hommes est considéré comme un tabou dans la société des hommes, que peut-on alors penser d’une telle évocation de la sexualité entre femmes ? Il y a ici une occasion de parler d’avantage de l’altérité sexuelle de Tituba. Qu’elle rêve d’Hester en termes d’amour, ceci se justifierait dans ce sens que de son vivant, elles seraient des amies intimes. Maryse Condé trouve une occasion de parler du non-dit dans sa société ; il s’agit de l’homosexualité. Nous pouvons nous servir de sa propre déclaration lors de son entretien avec Stéphanie Bernard dans Maryse Condé Rébellion et transgressions (2010) qui dit :

Ce non-dit, ce silence volontaire m’a toujours intriguée. Je me suis demandée pourquoi ne pas parler des homosexuels alors qu’il y en a tant autour de nous. Quand j’étais enfant, il y avait des hommes comme des femmes qui vivaient ensemble et qu’on appelait zanmi. C’est bien une variation antillaise. Je ne comprends pas pourquoi personne ne veut en parler. (173)

Un peu comme pour appuyer Maryse Condé, Noëlle Carruggi dans Maryse Condé. Rébellion et transgressions (2010) dit :

Ce silence qui pèse sur l’homosexualité aux Antilles est sensible dans la littérature caribéenne francophone qui reste discrète pour ne pas dire muette sur la question en comparaison avec les îles hispanophones ou anglophones. (174)

L’évocation de ce genre de sexualité est reconnue comme un oubli volontaire tel que vient de le souligner ce penseur. A sa pensée peut s’ajouter celle de Thomas Spear  dans Maryse Condé. Rébellions et transgressions (2010) qui dit : ‘’L’homosexualité n’est évoquée que de manière exceptionnelle chez les écrivains antillais’’(174). Pourtant, Frantz Fanon vient de son poids s’opposer à des telles allégations quand il dit dans Peau noire, masque blanc (1952) :

Il ne nous a pas été donné de constater la présence manifeste de pédérastie en Martinique. Il faut y voir la conséquence de l’absence de l’Œdipe aux Antilles. On connaît en effet le schéma de l’homosexualité. Rappelons toutefois l’existence de ce qu’on appelle là-bas des hommes habillés en dames ou Ma Commère. Ils ont la plupart du temps une veste et une jupe. Mais nous restons persuadés qu’ils ont une valeur sexuelle normale. Ils prennent le punch comme n’importe quel gaillard et ne sont pas insensibles aux charmes de la femme. (156)

Si les protagonistes de Maryse Condé évoquent cette pratique sexuelle, c’est pour l’auteur une façon de vouloir attirer l’attention de sa communauté sur son éventuelle existence. Voilà ce qui motive la parole de Tituba. En effet, cette non passivité se retrouve dans son langage  une fois de plus quand elle devient l’esclave et puis maîtresse du Juif  Benjamin  Cohen d’Azevedo, l’homme qui l’avait achetée de la prison. Plutôt que de s’arrêter à la garder seulement en tant qu’esclave, l’homme trouva en elle une femme. Pleine de joute oratoire en matière sexuelle, elle parle non seulement de ses relations avec ce dernier, mais elle va même plus loin en donnant des détails qui s’y rapportent :

Comment Benjamin Cohen d’Azevedo et moi, lui tout occupé du souvenir d’une morte, moi d’un ingrat, nous trouvâmes-nous engagés dans la voie des caresses, des étreintes, du plaisir reçu et donné ? Je crois que la première fois que cela arriva, il fut encore plus surpris que moi-même, car il croyait son sexe un ustensile hors d’usage et s’étonnait de le trouver enflammé, rigide, pénétrant, gonflé d’un suc abondant. Il fut surpris et très honteux, lui qui enseignait à ses fils l’horreur du péché et de la fornication. Il s’écarta donc en bégayant des mots d’excuse qui furent balayés par une nouvelle boule de désir. (TTB, 197)

Le tableau qu’elle nous présente ici dépasse de loin une simple description. On est capable de se faire l’image positive de l’ambiance sexuelle de ces deux amants. Généralement qu’une femme en arrive à la description des parties intimes du corps de son partenaire, celui-là même qui lui procure plaisir, il y a lieu de se demander de quelle force serait-elle animée. Tituba banalise le discours lié à la sexualité, comme tabou. Ainsi, nous pouvons dire avec Bessard-Banquy Olivier  (2010) :

Par-dessus tout, le sexe a cessé d’être l’étalon des tabous. S’il est avéré que la libération des mœurs n’a pas modifié la fréquence des rapports charnels, elle a en revanche affranchi la parole sensuelle ; non seulement un silence pesant ne règne plus dans les familles sur « la confusion des sentiments », mais il est devenu possible d’évoquer sa vie intime dans un dîner en ville comme s’il s’agissait d’un sujet d’actualité et de lire les romanciers libertins dans le métro sans troubler l’ordre public (19)

Les qualificatifs que Tituba attribue au  sexe de son partenaire Benjamin Cohen d’Azevedo pourraient faire  penser que c’est grâce à ses propres méandres sexuelles  que ce dernier se retrouve homme, tant il vrai que tout doute sur lui-même en vint à prendre fin pendant cette rencontre intime, selon les propos de Tituba. Une sorte de redécouverte de soi pour ce dernier mais une expression de la liberté de soi pour Tituba. Ici, le rôle de l’Autre ne s’inscrirait-il pas dans sa dimension positive ? Il s’agit ici du renversement de rôle, du genre carnavalesque. Jurney, Florence Raymond dit à ce propos:

Comme l’avait déjà souligné Michael Bakhtine, à propos du carnaval, la mise en scène de tableaux de la vie réelle sous forme burlesque permet le découronnement du roi, c’est-à-dire le renversement des pouvoirs à l’œuvre dans la société (196-197).

 En plus de l’acte sexuel ainsi décrit, Tituba va loin jusqu’à nous présenter les attitudes de son copain au moment précis. Elle semble se moquer là de sa religiosité. Elle lui retire même l’usage normal de la parole quand elle le peint –bégayant. Ne sommes-nous pas ici en présence d’une femme qui se moque non seulement de la dépersonnalisation de l’homme en général devant le sexe de la femme, mais aussi de l’autorité du maître devant une femme subalterne, soit-elle ? A part la jouissance du sexe, Tituba nous livre le double rôle de l’acte sexuel : si d’un côté il réduit l’autorité, de l’autre côté il égalise les partenaires au point que l’on peut lire et se lire  chacun l’un dans l’autre comme un effet de miroir. Bien plus, pour Tituba, il s’agit aussi de remettre en cause l’autorité de la religion occidentale qui n’a de cesse de montrer à longueur des journées le côté négatif de l’acte sexuel. Ici elle utilise même des termes bibliques comme péché et fornication. Allant plus loin dans sa remise en question, Tituba nous présente un Benjamin Cohen presqu’aphasique après avoir goûté au sexe de la femme. La force de la femme, noire, soit-elle, ne se réduit en rien ; c’est par contre elle qui réduit et égalise. Sa réduction s’inscrit dans le cadre de déconstruction de mythes de l’altérité : La femme, cet être inferieur, devient , non seulement l’égale de l’homme, mais supérieure à lui.

Séduit par les performances de Tituba Benjamin n’a-t-il pas  fini par rendre les rencontres quelque peu régulières ? Mais Tituba n’a eu de cesse de faire ses descriptions par rapport au sexe de son homme. Forte en la matière, elle nous livre un autre tableau intime :

Le soir, Benjamin Cohen d’Azevedo me rejoignait dans le gatelas où je dormais dans un lit à montants de cuivre. Je dois avouer qu’au moment où il se déshabillait et où je voyais son corps cireux et bancal, je ne pouvais m’empêcher de songer au corps de musclé et sombre de John Indien. Une boule de douleur me remontait le long de la gorge et je luttais pour étouffer mes sanglots. Néanmoins cela ne durait pas et avec mon amant contrefait, je dérivais tout aussi bien sur la mer des délices. Les moments les plus doux étaient cependant ceux où nous parlions. De nous. Seulement de nous. (TTB, 198)

A bien l’écouter, à part la présence de Benjamin Cohen d’Azevedo, elle porte en elle des souvenirs d’un autre homme. Elle nous présente un double sentiment. Si d’un côté elle va subir les délices de la rencontre avec Benjamin mais cela ne l’a pas empêché de faire un recul dans le passé qui l’amène à revoir le corps de John Indien à travers celui de Benjamin. Les similarités qu’elle fait de ces deux corps vont loin dans l’imagination au point qu’elle se voit présentement traversée par un sentiment de colère. Pourtant, ces tableaux de sexe d’hommes ne laissent pas indifférent. Même après avoir quitté la maison de Benjamin Cohen d’Azevedo pour la Barbade natale, les scènes d’amour qu’elle avait vécues avec ce dernier ne cessent de lui revenir en mémoire.

Mon doux amant bancal et contrefait ! Je me rappelle avant de te perdre à jamais, ce pauvre bonheur que nous connûmes. Quand tu me rejoignis dans le grand lit du gatelas, nous tanguions comme en un bateau ivre sur une mer démontée. Tu me guidais de tes jambes de rameur et nous finissions par atteindre la rive. Le sommeil nous offrait la douceur de ses plages et au matin, pleins d’une nouvelle vigueur, nous pouvions entamer nos tâches quotidiennes. (TTB, 217)

Le niveau de discours de Tituba dépasse semble avoir dépassé les limites. Tituba est une femme qui se voudrait libre différemment de ce que recommande différents espaces culturels qu’elle a vécues. Par ses actes et sa parole, elle transgresse ces lois en tant que femme. Elle devrait se soumettre aux normes de la société masculine, qui la voudrait inférieure et par-dessus tout, sans droit à la parole. Bien plus, Tituba en tant que femme noire et de surcroit sorcière voudrait récupérer la place de  gens de sa nature auprès de la société occidentale qui, bien plus encore, prend l’homme noir au même titre qu’un animal, une chose. C’est donc à différentes conceptions de la vie qui se sont livrées à l’aliénation de la femme que Tituba tente de réagir en transgressant toutes les limites existantes érigées par des hommes et des institutions qui les soutiennent.  Florence Ramond Jurney dans Voix sexualisée au féminin dans Moi, Tituba sorcière…noire se Salem de Maryse Condé (2003) renchérit, par rapport aux revendications de Tituba, en disant :

[…] en rendant sa sexualité explicite, Tituba articule le non-dit. Elle se présente sans équivoque comme femme, noire, sorcière, et donne ainsi voix à une minorité, plaçant au centre du récit les femmes marginalisées et oubliées. […] elle donne une voix mais aussi un corps à une nouvelle génération de femmes. Tituba est donc une femme qui se raconte, se parle, se sexualise, et qui en faisant cela transgresse délibérément les limites de la tradition. (TTB, 169)

Comme on peut continuer à le remarquer, le caractère de Tituba, comme femme, noire et esclave, ne cadre pas avec l’esprit de la tradition. Tituba est une femme en pleine (r)évolution féministe. C’est ce qui donne un ton plus considérable à son altérité sexuelle. On le voit bien qu’avec sa perception qui en découd complètement avec la tradition, Tituba a dépassé les normes, la limite, le hudûd et devrait ainsi être considérée comme une femme en marge de la société. Bourgache, Ahmed, dans Du  je  narratif à la prise en charge de problèmes socio-politiques par les auteurs femmes dans la littérature algérienne de la langue française (2003), fait remarquer :

Donc tout acte non autorisé par les hommes est considéré comme atteinte au nif,  à l’honneur de l’homme en général, à l’honneur du père, du frère, du mari, du cousin ou de l’homme en général. Il est aussi considéré comme dépassement du seuil. Ou du hudûd. (19)

Pourtant, c’est en dépassant ce hudûd qu’elle se fait remarquer, qu’elle revendique sa place au soleil, la place pour les milliers de personnes privées effectivement d’un espace libre sur terre : opprimés, toutes races confondues et sans distinction de sexe, ces laissés-pour-compte à cause de leur nature ou handicaps.

Un tel courage, rare de sa nature, ne fait que placer  Tituba en une posture d’altérité sexuelle absolue. Ses relations sexuelles ne tarissent pas d’expression pareilles tant il est vrai qu’elle se veut une combattante de la liberté ; elle se positionne comme le porte-parole des opprimés de ce monde. L’amour de Tituba envers les hommes est effectivement marqué par ce comportement d’anticonformisme. En dépit de multiples leçons de sa mère au sujet de relations entre l’homme et la femme, elle n’a pu apparemment céder. Alors qu’elle a été déçue par John Indien, qui a pris le côté de ses bourreaux (TTB, 172), elle ne cesse pourtant de penser à lui. C’est le cas de le dire ici. Celui pour qui elle avait troqué sa condition de personne libre pour celle d’esclave n’a daigné une seule fois la visiter en prison. Mais en dépit de cela, l’amour que Tituba lui porte ne semble pas le faire oublier. Sa rencontre avec Mary Black ne manque pas de nous montrer le fond de son cœur par rapport à John Indien. Elle lui a posé plusieurs questions mais il en restait pourtant d’autres, plutôt une qui devrait lui être principale. Bien sûr, celle en rapport avec son amant John Indien :’’ Une question me brûlait les lèvres que je me retenais de poser’’ (TTB, 200). Ainsi, sous la maison de Benjamin Cohen d’Azevedo, elle n’a de cesse à chercher de ses nouvelles comme on peut le voir à sa rencontre avec Mary Black : –

Et John Indien, qu’est-il devenu ? […]- Il n’habite plus le village. Je fus sidérée. Et où est-il donc ? Mary, pour l’amour de Dieu, dis-moi ce qu’il en est. Que fait-il à Topsfield ? (TTB, 202)

Si ces propos  de Tituba nous présentent une femme amoureuse, ils ne sont pas moins l’expression d’une quête de soi. Tituba se fait une femme seule capable d’écouter ses propres sentiments. Le message rapporté ici est un  refus manifeste d’obéir à la norme maternelle. La mère est aliénante car elle voudrait se constituer en modèle immuable de la famille. Refuser de suivre sa voie / voix fait de la fille une personne libre. La mère représente ici une force contre laquelle l’enfant n’est pas libre d’exprimer ses propres sentiments. La mère, symbole de l’humanité, représente ici l’homme et ses normes, ses lois unilatérales. Que de fois la mère Abena et la nourricière Man Yaya ne lui ont-elles pas refusé d’aimer les hommes (TTB, 157) ? Man Yaya ne lui a-t-elle-même montré le côté négatif de ses dons quand elle dit :’’De tous les dons que tu as, celui de choisir des hommes’’ (TTB, 157).  A part des termes plongeant dans un souvenir d’un acte sexuel assouvi, pour en parler, Tituba se sert de l’image marine. Référence faite au bateau en mouvement et dont Benjamin Cohen d’Azevedo serait le rameur. Le rôle du rameur est bien connu dans l’embarcation d’un bateau. L’absence de rameur et l’incapacité de son action ne sauraient faire aboutir au bon port le bateau. Cette métaphore fait référence à un bateau ivre avec sa moindre  chance d’atteindre la destination. Mais qu’il ait été ivre, Benjamin Cohen d’Azevedo, en bon rameur a pu faire accoster le bateau. La métaphore d’un lit de rivière où se situe une plage fait penser au bonheur de sexe dont jouit Tituba. L’évocation de nouvelle vigueur est une manifestation de la rénovation du corps et  de l’esprit grâce à l’acte sexuel.

Grâce à lui donc, elle et son amant pouvaient continuer la vie avec plus d’énergie. Tituba voudrait nous montrer l’importance psychologique de l’acte sexuel. Une telle démonstration par l’usage de la métaphore relative aux éléments marins voudrait souligner combien, Tituba en tant que femme s’oppose aux barrières sociales de la société des hommes et de leurs différentes institutions. Par un tel langage, elle voudrait fustiger  des métadiscours qui privent la femme du bonheur de sexe, mais aussi et surtout d’être maître d’elle-même. En effet, ce discours est autant dénonciateur et réfractaire. Tituba se veut donc une femme libre et capable de manifester non seulement ses sentiments sexuels mais aussi de partager le bonheur qu’apporte l’acte sexuel à tout être. Elle déconstruit donc le discours masculin qui traite de prostitué une femme qui s’exprime sexuellement libre. Tituba a tellement été comblée par des rencontres sexuelles avec Benjamin Cohen d’Azevedo au point qu’elle brosse autant de beaux tableaux allant du début de leurs amours aux derniers moments de celles-ci, passives ; où l’on peut y lire son regret : ‘’Mon amant bancal et contrefait ! La dernière nuit que nous passâmes ensemble, nous ne fîmes pas l’amour, comme si nos corps s’effaçaient devant nos âmes’’ (TTB, 217). Tituba est tellement désireuse d’acte sexuel que ses descriptions se font en toute circonstance. Hester ne lui avait-elle pas dit : ‘’Tu aimes trop l’amour, Tituba ’’ (TTB, 260) ! Puisque comme on peut le remarquer ici bien loin de tous ses amants d’en dehors de son pays, elle en garde tellement des souvenirs qu’elle ne tarit pas d’en brosser différents tableaux. Pas les moins gratuits, elle souffre de leur absence. L’évocation de John Indien pourrait soutenir cette perception d’une Tituba sexuée, qui dit : ‘’Que n’aurais-je pas donné pour revivre les années où je dormais, nuit et jour, dans les bras de mon John Indien, la main sur l’objet dispensateur de plaisir ’’ (TTB, 219) ! La perception de la sexualité de Tituba révèle une femme effectivement rompue à l’amour, une femme qui vit et respire au rythme de l’acte sexuel. Comme on le sait très bien, n’est-ce pas le même John Indien qui se tourna contre elle en se retrouvant dans le camp de ses bourreaux ; on se rappellera combien elle fut attristée d’avoir de ses nouvelles auprès de Mary Black ; et voilà que loin dans sa Barbade natale, elle continue à penser à ce même homme. Pourtant, il n’y a pas longtemps qu’elle venait de vivre des amours avec Benjamin Cohen d’Azevedo. Tituba est un animal sexué. Librement sexué tant il est vrai que son expression en la matière s’éloigne de la tradition masculine et de la conception de la religion occidentale si l’on se rappelle sa vie chez les Puritains. Si les hommes peuvent la prendre pour une prostituée, libre à eux, mais pour elle, sa façon de voir le monde la comble, la définit en tant qu’un être à part entière au même titre que le masculin qui pourtant voudrait gérer son corps à son gré. Tout cela contre toute une ‘’ opinion préconçue ‘’ comme le dit Michel de Leiris dans Cinq études d’éthologie (1969).

De par sa nature érotique, le discours de Tituba ne s’inscrirait-il pas dans une sorte de révolution sexuelle ? Bessard-Banquy, Olivier (2010) répondrait à ce sujet de la manière suivante :

C’est que l’écriture érotique, hier maudite, aujourd’hui dévitalisée, change de statut en quittant le second rayon. Reconnue, plébiscitée, elle se voit vidée de sa force transgressive. Elle doit apprendre à exister par elle-même sans tirer de son interdiction ou de sa charge subversive, désormais improbable, sa raison d’être. Le sexe n’est plus ce grand «impensé radical», ce territoire secret que chacun découvre dans le silence de la nuit en luttant contre les puissants effets de la honte et l’épouvantable poids des névroses. Dans le mouvement de l’explosion hédoniste et des mots d’ordre au «jouir sans entraves», il devient un élément essentiel de l’épanouissement de l’être. Hier attaqué, sali, moqué, il est aujourd’hui cool, sympa, branché. Cette révolution oblige toute la littérature galante à se reconstruire. (25)

 

 

 

Conclusion

 

Le discours romanesque de Tituba a une portée plurielle. D’abord il s’affiche comme expression d’un être humain à la recherche d’un positionnement social dans un mode qui semble ne pas lui offrir une place de choix pour son épanouissement individuel.

Apparemment exclue, par sa différence naturelle de femme, Tituba est en quête de soi. Evoluant dans un monde où les hommes considèrent cette dernière comme un être inférieur, elle lutte contre cet état de chose pour réintégrer la femme dans la société des humains. Ainsi, devenue l’esclave de Juif, sa sorcellerie positive et son sexe ont transformé sa vie et celle de son maître, devenu par la suite son amant. L’usage de Juif comme acheteur de Tituba, son maître et son amant traverse divers imaginaires. Un Juif est  économiquement le symbole de la force américaine, alors que l’homme de couleur est un être inférieur. N’assistons-nous pas ici à une sorte de renversement de rôle ? Du carnavalesque !

Tituba voudrait être le porte-parole de l’homme noir dans un monde qui le considère comme une chose, un être inférieur à un animal. En effet, son histoire est jonchée d’oppressions à travers des siècles. Capable comme toute autre personne, Tituba, femme noire, libérée de sa prison, devient la libératrice d’un homme veuf désespéré dans sa sexualité. La sexualité ne ferait-elle pas l’orgueil de l’être masculin ? Tituba, par un tel acte démontre la capacité de la femme à redresser le monde. Bien plus, elle voudrait se libérer en tant que femme, des normes unilatérales de l’homme. Ce dernier voudrait la soumettre à ses lois, se servir de son corps comme objet personnel. Pire encore, la gérer à son gré. Il est donc question de la recherche de la personnalité féminine et de sa propre jouissance perdue et confisquée par l’autre. Il y a ici une sorte de révolution sexuelle avec son réalisme contre un vieux monde plein de grands  mythes inouïs. Olivier (2010) dira :

La révolution sexuelle a fécondé toute la littérature. Au moment même où les œuvres sèches des années structuralistes se sont effondrées pour laisser place à un retour au réalisme, parfois direct, parfois compliqué de jeux spéculaires et de trucages au troisième degré, le sexe a naturellement colonisé les pages des romans de la rentrée – la littérature peut-elle prétendre dire quelque chose du monde sans parler de cette extraordinaire mutation des mœurs? (33)

 Dans l’ensemble, Tituba s’affiche comme porte-parole des opprimés de tous les coins du monde, sans distinction de sexe ni de race. Elle s’inscrit en faux contre l’exclusion unilatérale de certaines personnes considérées comme les oubliés de la terre. Elle lutte pour la réhabilitation de droits de l’Homme, pour sa paix, en dépit de divers différences naturelles et de point de vue.

Enfin Tituba est une anticonformiste dans un monde aux lois privant l’homme de sa liberté personnelle, jusqu’à son étouffement.

Discours de déconstruction, la parole de Tituba est une interpellation à plusieurs niveaux et à toutes les couches sociales du monde. L’idéal est la reconquête de la liberté de l’homme, source de son épanouissement individuel et de la paix universelle, écartant tout différend basé sur des différences. Ainsi, il n’y aura plus ni maître, ni esclave, il n’y aura plus ni homme du centre ni homme de périphérie ; il y aura  l’Homme, sans distinction ni de race ni de sexe, ni d’appartenance religieuse, mais cet Homme-là, libre de son autodétermination. Tituba se présente donc comme un casseur de mythes. Un changeur de jeux, en apportant une nouvelle donne à la perception sexuelle, elle casse le mythe fondateur y afférent. Dans Kourouma et le mythe (1985), Pius Ngandu  parlant de la naissance et de la mort de mythes, dit ce qui suit:

Ils meurent avec les sociétés qui les ont structurés, et qui les ont intégrés aux formes économiques et anthropologiques de leurs institutions. Ils meurent avec les individus qui les ont vécus dans leur expérience de l’histoire et de l’histologie, les diluant (les délayant) dans les modes de leurs imaginaires. Ils meurent surtout, lorsque à l’intérieur de ces mêmes sociétés, et dans les contours de leurs frustrations, ils subissent les coups redoublés d’autres mythes, plus complexes encore, plus contradictoires. Sinon plus illusoires. Il faut dire que si les mythes sont mortels, ils ne sont pas que mortels. Ils demeurent éternels dans les consciences. Et ils resurgissent sous d’autres formes, puisque les forces qui les incarnent et qui les sustentent, restent, elles, permanentes, des mots et des choses. C’est ainsi que, comme les générations, les paroles et les historicités se renouvellent, se repoussent, se rejoignent, et se projettent l’infini. (143).

 

Références bibliographiques :

 

–       Ben Jelloun, Tahar. L’enfant de sable. Paris: Seuil, 1985.

–       Bernard, Stéphanie. (Ed. Carruggi) Maryse Condé Rébellion et transgressions. Karthala : Paris, 2010.

–       Bessard-Banquy, Olivier.  Sexe et littérature aujourd’hui.  La Musardine : Paris, 2010.

–       Bouanane, Kahona  Le corps en cris et écrit dans L’enfant de sable de Ben Jelloun. Synergies Algérie n° 4 – 2009

–       Bourgache, Ahmed. Du  je  narratif à la prise en charge de problèmes socio-politiques par les auteurs femmes dans la littérature algérienne de la langue française. Etudes francophones. 18:1(2003): 19-27.

–       Carruggi, Noëlle. Maryse Condé. Rébellion et transgressions, Karthala : Paris, 2010.

–       Cazenave,  Odile. Erotisme et sexualité dans le roman africain et antillais: Notre libraire 151. Paris, 2003

–       Condé, Maryce. Moi Tituba, Sorcière… Noire de Salem. Mercure de France : Paris, 1986.

–       Fanon, Frantz . Peau noire, masque blanc. La Découverte, coll. « Cahiers Libres » : Paris, 2011.

–       Kempff, Roger.   Sur le corps romanesque. Seuil : Paris, 1968.

–       Leiris, Michel. Cinq études d’éthologie. Le racisme et le tiers monde. Gallimard : Paris, 1988.

–       Ngandu, Nkashama, Pius.  Kourouma et le mythe. Éditions Silex : Paris, 1985.

–       Paterson, Janet .Pour une poétique du personnage de l’Autre, Texte, 23-24! (1998) : 99-117.

–       Ramond, Florence. Jurney, Voix/es libres : maternité et identité féminine dans la littérature antillaise, Birmingham Alabama: Summa Publications, 2006.

-. Voix sexualisée au féminin dans Moi, Tituba sorcière de Maryse Condé, The French Review, 76. 6 (2003) : 1161-1171

–       Spear, Thomas (Ed. Carruggi) Maryse Condé. Rébellions et transgressions. Karthala : Paris,  2010.

 

 

 

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