Auteur: André Ferdinand Takounjou Ngueho

ANDRE FERDINAND TAKOUNJOU NGUEHO est professeur de littérature à l’Institut Supérieur Polytechnique de São Tomé et Principe (Afrique Centrale). Il est titulaire d’une Maîtrise en littérature française de l’Université de Yaoundé I- Cameroun et d’une Maîtrise ès sciences du langage de l’Université Stendhal de Grenoble 3 – France. Actuellement, il prépare une thèse de Doctorat en théories littéraires à l’Université de Minho – Portugal. Il est auteur d’un roman inédit intitulé OS CINQUENTA ANOS DAS INDEPENDÊNCIAS AFRICANAS (Les cinquante ans des indépendances africaines).

Pour un chassé-croisé Césaire-Fanon

Selon les propres termes de Fanon, Césaire est le premier Nègre à pouvoir réagir, à prendre la parole pour lutter contre la sclérose de la société bourgeoise coloniale. Et nous épousons ce point de vue pour relever l’originalité de Césaire qui, le premier, a eu l’initiative de créer un mot-programme qui mettait sur orbite les préoccupations des subalternes à savoir leur désœuvrement humain et culturel au fort de la colonisation…

INTRODUCTION

Dans nos propos précédents, nous nous sommes soucié de la part que l’occident et ses hommes ont eue dans l’entreprise coloniale en terme de prise de la parole. Le cercle parlementaire a été pour nous le lieu du sondage des préoccupations des uns et des autres. D’onde en onde, le cercle s’est élargi sous notre regard jusqu’aux limites des colonies en passant par les grands axes de transport maritime. Mais c’est un cercle sélectif où ne prend la parole que la grande élite de l’époque recrutée au sein du groupe dominant. Dans le brassage des peuples en cours dans les colonies par exemple, l’expressivité se vit à sens unique. L’un commande et l’autre obéit. L’un ordonne et l’autre exécute. L’un et l’autre se côtoient sans pour autant se toucher. L’un est bon pour l’administration, l’autre pour les plantations.  Comme Caliban, l’autre apprend la langue du dominateur principalement pour bien comprendre les ordres et s’y soumettre.

Or, le bâillonnement ne peut perdurer éternellement. Il y a un moment où la pression du nez et de la bouche  produit du sang. Le sang de la vie étouffée qui veut se refaire. Le sang de la vie opprimée qui exige le droit à l’existence.

Telle est ramassée énigmatiquement la situation de l’homme de couleur à l’heure où Jules Ferry introduit au parlement la demande d’augmentation des allocations allouées à l’entreprise coloniale. Le malaise va grandissant au sein de la classe subalterne. Les subalternes évolués[1], nantis de leur connaissance de la langue du colon, s’attèlent à faire écouter leur voix. Une voix de protestation pout tout dire. La prise de la parole des subalternes rejoint en quelque sorte la ligne de mire de Georges Clemenceau, frondeur de première heure dans la classe politique française.

Pour mesurer l’ampleur du mécanisme de cette prise de parole subalterne, nous avons choisi l’un des géniteurs du mouvement de la Négritude, Aimé Césaire. C’est une figure on ne peut plus énigmatique. Ne lit pas Césaire qui veut. Ne glose pas de Césaire qui veut. Le parallèle entre Césaire et Michel de Montaigne est ici bien calibré. En effet, Les Essais sont l’une des œuvres les plus hermétiques de la littérature française à notre sens (et nous sommes prêt à recevoir toute remarque contraire). La tâche du lecteur de Montaigne se complique lorsqu’il découvre les instructions que l’auteur lui-même a consignées dans son livre à l’intention des lecteurs mal préparés (1979 ; III, 9, p.196) :

« Si on doibt s’en entretenir, je veus que ce soit véritablement. Je reviendrois volontiers de l’autre monde pour démentir celuy qui me formeroit autre que je n’estois, fut-ce pour m’honorer »[2].

Dans un sens, parler de Césaire c’est rentrer dans cette logique que Montaigne avait décrite au XVIe siècle. Il faut bien ménager sa monture si l’on veut aller avec Césaire aussi loin que possible.

C’est donc par souci de prévenance de lire Césaire à bon propos que nous nous proposons de parler de son projet du Discours sur le colonialisme sous l’ombre d’un lecteur avisé de cette œuvre, à savoir Frantz Fanon. Nous entreverrons le projet de Césaire à travers la fenêtre que son compatriote a ouverte dans Peau noire, masques blancs. Ce dispositif de lecture à double vitesse nous aidera à prendre du recul par rapport à l’œuvre elle-même et mesurer l’impact de la réception de cette œuvre auprès de son lectorat immédiat recruté parmi les contemporains de l’auteur. Le choix du lectorat étant guidé par un souci d’exactitude d’analyse. Le lecteur Fanon, à notre sens, jouit d’un atout non des moindres : il lit Césaire non à partir d’un point de vue admiratif ou contradictoire, mais entre les deux. Cette méthodologie de lecture balise l’univers de l’œuvre dans tous les sens et fait la part des choses. Nous suivrons donc dans cette partie de notre travail Fanon dans ses lectures et commentaires de l’œuvre d’Aimé Césaire.

  1. La prise de la parole des subalternes

Frantz Fanon est un afro-descendant. Il est de race noire. Il est martiniquais.  Son arbre généalogique, s’il était possible de le tracer, remonterait peut-être le Zambèze. Ses ancêtres sont venus d’Afrique, razziés par les négriers lors de la traite négrière. Son ascendance a connu la déportation, la transplantation, la famine, la misère, le fouet…

C’est donc dire qu’il appartient, de par ses origines, à la classe dite subalterne dans les rapports humains occasionnés par la colonisation, survenue après l’abolition de l’esclavage. C’est du réel. C’est son existence. Il ne le nie pas. Il ne nie pas sa couleur noire. Il ne nie pas son appartenance à cette classe de cireurs de chaussures. Mais il ne s’en vante pas non plus. Il ne trouve aucune raison de clamer haut et fort sa négritude. Il est nègre par hasard. Ce n’est pas une fatalité  (1952 ; p. 121) :

« Mais je refusai toute tétanisation affective. Je voulais être homme, rien qu’homme. D’aucuns me reliaient aux ancêtres miens, esclavagisés, lynchés : je décidai d’assumer. C’est à travers le plan universel de l’intellect que je comprenais cette parenté interne, — j’étais petit-fils d’esclaves au même titre que le président Lebrun l’était de paysans corvéables et taillables. Au fond, l’alerte se dissipait assez rapidement».

Il est décomplexé dans son être. Il ne lutte contre aucune prédétermination. Il dit lui-même qu’il est ce qu’il est. Il existe, et c’est l’essentiel. Il n’a rien à prouver à personne. Il est un homme parmi tant d’autres.

Cette longue préparation psychologique est déterminante avant la prise de la parole. Cette activité ontologique est nécessaire puisque ce qu’on a à dire est d’envergure universelle, ne s’adressant à personne exclusivement, mais à tout homme qui se reconnaît comme tel dans tous les coins du monde. Fanon a quelque chose à dire aux Noirs et aux Blancs tout à la fois. Il a l’œil exercé à la correction des représentations culturelles (op. cit. p. 200) :

« L’œil n’est pas seulement miroir, mais miroir redresseur. L’œil doit nous permettre de corriger les erreurs culturelles. Je ne dis pas les yeux, je dis l’œil, et l’on sait à quoi cet œil renvoie ; pas à la scissure calcarine, mais à cette très égale lueur qui sourd du rouge de Van Gogh, qui glisse d’un concerto de Tchaïkowsky, qui s’agrippe désespérément à l’Ode à la Joie de Schiller, qui se laisse porter par la gueulée vermiculaire de Césaire ».

Fanon a des corrections à faire à Van Gogh, Tchaïkowsky, Schiller, Césaire comme porte-paroles d’une vision du monde. Son propos se veut cure, catharsis culturelle. A l’image du médecin psychiatre en exercice, il veut épurer les relations colon-colonisé de toutes les tares et tous les avatars dus aux préjugés divers. Il veut décomplexer ce rapport, rendre à César ce qui appartient à César.

La prise de la parole subalterne  veut donc lire la colonisation sous un angle tout autre que l’occident l’a fait jusque-là. Fanon, comme nous l’avons vu, avant de dire ce qu’il a à dire, a pris la peine de lire de long en large tout ce qui s’est dit jusque-là autour de la colonisation.  Césaire n’est qu’un des auteurs que Fanon fréquente.

  1. 2.     Du lire avant de dire

Le pragmatisme du dire nous oblige à mieux nous préparer avant de prendre la parole. En effet, le dire est presque toujours associé au faire. L’action est implicite au dire. La fonction actionnelle du langage se traduisant par une sorte d’invitation tacite à accomplir une tâche que la circonstance dicte. C’est à ce niveau que les stratèges de tout bord usent et parfois abusent de cette fonction actionnelle du langage pour drainer des foules dans des causes parfois irraisonnables. Au gré de la parole, nous pouvons drainer des fouler vers telle ou telle direction selon l’objectif poursuivi. Le langage est donc un bon serviteur attendant les ordres d’un bon maître aux objectifs clairs et justes.  Il faudra donc s’exercer à établir de bons objectifs avant de prendre la parole. Et la meilleure option pour formater son jugement pour ratisser les meilleurs objectifs c’est la lecture.

En effet, la lecture, au-delà de sa fonction ludique, nous inscrit dans un monde d’interactions fructueuses entre le lecteur et l’auteur. Nous parlerons alors de lecture participative. Le lecteur participe à la construction de la signification du texte. Le texte, en fait, est un donné brut que le lecteur doit disséquer et peaufiner selon l’angle de vision adopté. Parfois le lecteur abonde dans le même sens que l’auteur, parfois il s’en éloigne et complète l’écriture de l’œuvre par cette porte que l’auteur a laissée (sciemment ou inconsciemment) ouverte sur l’univers de son œuvre.

Ce que nous voulons démontrer à travers tout ceci c’est que Peau noire masques blancs est en dernière analyse le prolongement de l’écriture de plusieurs œuvres lues par Fanon. Cette œuvre peut à juste titre être comparée à une bibliothèque où trône en maître Aimé Césaire. Autour de Césaire, nous retrouvons les auteurs suivants : Léon Gontran Damas, Jean Paul Sartre, Mayotte Capecia, Abdoulaye Sadji, Alioune Diop, René Maran, Jacques Lacan, Mannoni, Shakespeare, Leopold Sedar Senghor, Langston Hugues, Sigmund Freud, Jung pour nous limiter à ceux-ci.

Fanon lecteur pioche ci et là dans sa bibliothèque pour organiser sa prise de la parole. Mais parmi tous ces auteurs, la figure de Césaire se détache  nettement à bien des égards. La préface de Peau noire, masques blancs exprime cette sympathie de la façon suivante :

« Les mots ont pour moi une charge. Je me sens incapable d’échapper à la morsure d’un mot, au vertige d’un point d’interrogation. » Faisant allusion à Césaire, il souhaitait également pouvoir « couler, comme lui, s’il le fallait, sous la lave ahurissante des mots couleur de chair trépidante ».

Voilà qui est clair. Les deux auteurs sont des mordus du langage. Les mots sont une fascination pour tous les deux quelle que soit la langue. Il nous dira qu’il s’exprime par hasard en français. Il aurait pu s’exprimer en d’autres langues si le hasard des circonstances de son existence l’avait voulu ainsi. Pour lui, il n’y a point de déterminisme linguistique. Il n’y a que les mots et les points d’interrogations qui comptent pour lui. Et Césaire lui en sert à profusion.

Parmi toutes les lectures de Fanon, nous privilégions donc celle d’Aimé Césaire puisqu’elle sert notre propos. Nous allons conférer sur le projet d’écriture de Césaire selon le point de vue de l’auteur psychiatre.

  1. 3.     Fanon  critique d’Aimé Césaire

Il s’avère très intéressant d’observer la façon dont Fanon aborde l’œuvre D’aimé Césaire. Son attitude vis-à-vis de son compatriote est dichotomique. Il y a le côté pile et le côté face.  Nous traiterons du côté pile dans cette section de notre travail, réservant le côté face au chapitre indiqué.

Dès le départ, nous dirons que les deux projets d’écriture des deux Martiniquais se rejoignent en profondeur. De prime abord, il s’agit de deux descendants d’esclaves qui prennent la parole et disent tous « je ». Cette expression à la première personne du singulier n’est pas un fait anodin. L’auteur veut marquer sa présence dans le texte. L’auteur veut marquer sa présence aux yeux du lecteur. L’auteur veut se faire voir en se faisant entendre. Ce dispositif interne de la monstration  doit pouvoir éveiller une valse d’interrogation auprès du lectorat. Qui se cache derrière ce « je » au propos crûment exprimés ?  Et un vaste travail biographique commence de la part du lecteur, biographie qui l’aidera à remonter la généalogie de l’auteur jusqu’à ses sources africaines. Mais nous verrons plus tard que cet arbre généalogique crée paradoxalement une distanciation entre les deux auteurs, et c’est ce qui fait l’originalité de Fanon. De toute façon, cette distanciation n’entame en rien la décharge poétique sous laquelle le « je » textuel inscrit les œuvres de ces deux « inventorieurs » du réel et de l’imaginaire subalterne. Il y a un grand réseau communicatif entre Le discours, Le Cahier et Peau noire, masques blancs. Fanon se plaît à citer Césaire. Nous n’en voulons pour preuve que les trois dernières pages du Cahier qui sont citées in extenso par Fanon (op cit. p 194 à 196). Cette longue citation est précédée du commentaire suivant :

« A-t-on compris ? Césaire est descendu. Il a accepté de voir ce qui se passait tout au fond, et maintenant il peut monter. Il est mûr pour l’aube. Mais il ne laisse pas le Noir en bas. Il le prend sur ses épaules et le hisse aux nues. Déjà, dans Cahier d’un retour au pays natal, il nous avait prévenus. C’est le psychisme ascensionnel, pour reprendre le terme de Bachelard, qu’il a choisi : […] »

Le ton admiratif qu’adopte Fanon ici attire notre attention. Pourquoi tant d’engouement vis-à-vis de Césaire ? La réponse à cette question est à rechercher dans la construction de l’existentialisme fanonien.

En effet, pour bien comprendre l’œuvre de Fanon, et partant celle de Césaire, il faut plonger dans le monde des représentations coloniales. De part et d’autre de la ligne de distanciation imagologique, il y a drame. Le Blanc vit le drame de la blancheur et le Noir celui de la noirceur. Chacun est et vit son complexe dans un cercle bien distingué de l’autre. Que faire donc pour décomplexer les rapports Blanc-Noir pour construire la nouvelle humanité de demain ? Telle est la question que se pose Fanon.

Il entame la réponse à cette question en décidant d’intervenir d’abord sur l’existence de l’homme de couleur. Il se rend compte avec Aimé Césaire que l’imago coloniale a enfermé le Noir dans une prison hermétiquement fermée. La civilisation blanche a imposé au Nègre une déviation dans son être de telle sorte qu’il est pris entre deux systèmes de référence : leur représentation culturelle est niée par le système culturel colonial qui leur en impose une autre qu’ils ignorent du tout au tout. Ce drame culturel doublé d’un matraquage productif place le Nègre dans une impasse :

« Pour l’Africain en particulier, la société blanche a brisé son ancien monde sans lui en donner un nouveau. Elle a détruit les bases tribales traditionnelles de son existence et barre la route de l’avenir après avoir fermé la route du passé… »

Il y a possibilité d’erreur pour le Noir qui tente de sortir de cette impasse, et c’est le grief qu’il émet contre la Négritude et la Philosophie Bantoue de Alioune Diop. Nous y reviendrons. Quant à Fanon, il entend sortir le Nègre du trou noir d’une autre façon.

Il faut d’abord plonger dans le réel vécu du Nègre pour vivre en direct sa négritude. Entendons négritude comme l’ensemble de toutes les douleurs souffertes par le Noir pendant l’esclavage et la colonisation :

« J’ai besoin de me perdre dans ma négritude, de voir les cendres, les ségrégations, les répressions, les viols, les discriminations, les boycottages. Nous avons besoin de toucher du doigt toutes les plaies qui zèbrent la livrée noire ».   (p. 187)

Et c’est ici que Fanon empruntent les mots de Césaire pour véritablement se perdre dans sa négritude. Bien qu’il y ait nuance dans l’usage de ce terme pour les deux, au moins l’unanimité sur la désignation de ce phénomène culturel est établie, et c’est un mot forgé par Césaire. A la suite donc de Césaire, Fanon prend l’exemple de la Martinique pour exemplifier le mal commis. Il emprunte à tour de bras la description géographique et démographique de l’île au Cahier, le tragique douloureux des peuplades subalternes au Discours, la réaction nègre face à l’oppression à Et les chiens se taisaient, et finit par crier comme Césaire « ASSEZ DE CE SCADALE »[3]. Cependant, et c’est le moment de la distanciation, le cri de Fanon n’est pas un cri nègre. C’est le cri d’un homme qui veut rester homme. C’est le cri d’un Homme que le hasard a voulu qu’il soit nègre. C’est le cri pour être reconnu non pas malgré ou à cause de sa couleur noire, mais à cause de son appartenance à la grande famille de l’Homo Sapiens. Le projet de Césaire lui aura servi pour préparer ce cri. Une fois le cri préparé, il est lancé sous une autre modalité. Nous reviendrons sur cette démarche de Fanon le moment venu.

 

CONCLUSION: Originalité de Césaire

Il demeure que, selon les propres termes de Fanon, Césaire est le premier Nègre à pouvoir réagir, à prendre la parole pour lutter contre la sclérose de la société bourgeoise coloniale. Et nous épousons ce point de vue pour relever l’originalité de Césaire qui, le premier, a eu l’initiative de créer un mot-programme qui mettait sur orbite les préoccupations des subalternes à savoir leur désœuvrement humain et culturel au fort de la colonisation.

En cela, l’œuvre de Césaire est à la fois anticoloniale et postcoloniale. Elle est anticoloniale puisqu’elle reprend les préoccupations d’un Georges Clémenceau pour militer en faveur de la cessation des hégémonies  coloniales. Il fustige l’entreprise coloniale au même titre que la classe politique française d’opposition donna du fil à retordre à Jules Ferry. D’autre part, elle est postcoloniale puisqu’elle rentre en droite ligne des préoccupations de ce champ nouveau d’investigation. L’œuvre de Césaire peut être lue comme une stratégie pour déjouer le jeu colonial et défaire sa structure.



[1] Le mot n’est pas péjoratif.  Il désigne en clair ceux des subalternes qui ont échappé aux travaux forcés et qui sont allés à l’école coloniale pour apprendre l’art de lier le bois au bois comme le dit Cheick Hamidou Kane dans L’Aventure ambigüe. Il est ici question de préciser que les réactions des subalternes sont le fait de quelques « privilégiés » qui n’ont goûté au fouet que par personne interposée. Leur point de vue, selon la perspective de Fanon, trahit toujours cette différence dans le vécu réel. Mais, ils ouvrent le chemin pour une émancipation beaucoup plus réfléchie de la classe. Nous y reviendrons lorsqu’il sera question des limitations du mouvement de la Négritude.

[2] Le texte est écrit en ancien français.

[3] Cette phrase du Cahier (p. 32) se retrouve dans le texte de Fanon sans guillemets  pour démontrer que Fanon s’identifie à ce niveau au projet de Césaire.

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One Response to “Pour un chassé-croisé Césaire-Fanon”

  1. Selim dit :

    Cet intéressant travail sur Fanon lecteur de Césaire m’avait échappé. Dommage qu’il n’évoque pas l’opposition politique (au sens étroit du terme) radicale entre un Fanon qui a lutté pour la décolonisation et un Césaire dont l’action (à défaut des discours) a conforté la dépendance de la Martinique.