Auteur: Jean Baptiste Ntuendem

Jean Baptiste NTUENDEM est né le 29 Juin 1965 à Yaoundé. Inscrit à l’Université de Yaoundé en 1986 après l’obtention du Bacc A, ses 3 ans de ce côté seront couronnés par une Licence ès Lettres Modernes Françaises, Option Langue, Littérature et Civilisation Anglaises en 1989. Admis en 1991 à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé, il en ressort 3e de sa promotion en 1993, nanti du Diplôme de Professeur des Lycées d’Enseignement Secondaire Général. En 1986, il obtient une Maîtrise en Littérature française à l’Université de Dschang. En 2011, il soutient une Thèse de Master II .Il est actuellement Doctorant en Sciences du Langage, Littératures et Cultures Françaises et Francophones à l’Université de Dschang, et ses recherches et publications portent sur l’imagologie. Sa forte implication dans l’encadrement des élèves au sein des clubs d’activités culturelles (Clubs Journal, Littérature, Lecture, Unesco, Francophonie, Théâtre) va lui valoir d’être sélectionné par la Commission Nationale de l’Unesco pour le Cameroun et la Fédération Nationale des Associations, Centres et Clubs Unesco du Cameroun pour une formation dans le projet de la Décennie de la Non Violence et de la Culture de la Paix au profit des Enfants du monde (2001 -2010) .Depuis 2004 ,il est consacré par L’UNESCO et le Haut Commissariat du Canada au Cameroun comme Promoteur et Vulgarisateur de la Non Violence et de la Culture de la Paix grâce à ses savoirs locaux. Il est actuellement Censeur au Lycée Bilingue de Dschang, Journaliste dans une Radio Communautaire de cette ville universitaire, et Directeur de la Publication d’un Magazine pour Jeunes : ACADEMOS.

De l’image du Président dans les Trois derniers romans de Mongo Beti

 

De l’image du Président dans les Trois derniers romans de Mongo Beti

Auteur : Jean Baptiste NTUENDEM

 

TABLE DE MATIERES

INTRODUCTION

I-UN HERITIER DU POUVOIR COLONIAL ET UN DICTATEUR-TYRAN.

1-1- Un héritier-marionnette

1-2- Un dictateur sanguinaire et tyran sournois

II- UN IDEOLOGUE DU REPLI IDENTITAIRE

2-1- Un promoteur du favoritisme

2-2- Un Partisan du Népotisme

2-3- Un Apôtre du tribalisme

III- UN IMPOTENT « OISEAU MIGRATEUR »

3-1- Un Président fainéant

3-2- Un Président kleptocrate

3-3- Un Débiteur mendiant

3-4- Un Vacancier absentéiste

CONCLUSION

RESUME

La problématique de la déliquescence systématique de l’image de la classe dirigeante des Etats africains francophones de la post colonie et plus précisément celle du chef de l’Etat en personne est de plus en plus une grande préoccupation de la littérature africaine francophone qui la pose avec une nouvelle forme de liberté de ton et d’écriture. Si d’habitude, du point de vue de la société mise en texte le Président de la République revêt les attributs d’un Dieu incarné, attributs forgés par l’appareil idéologique qui travaille son image à savoir : les orateurs attitrés, les intellectuels organiques, les écrivains, la presse gouvernementale et internationale, nous découvrons toutefois chez les auteurs africains francophones une écriture réaliste, teintée d’humour, d’ironie et de satire, qui déconstruit systématiquement cette pseudo-image divine et qui la projette sous des formes extrêmement dégradées. Mongo Béti fait partie de ces écrivains qui font du Président d’une République dite bananière, un véritable matériau littéraire qui structure ses trois derniers romans : L’Histoire du fou (1994), Trop de soleil tue l’amour (1999) et Branle-bas en noir et blanc (2000).

Mots clés : Président -Chef de l’Etat –Dictateur- Despote -Tyran-République bananière.

 

Abstract:

The issue of the systematic destruction of image of the ruling classe in postcolonial francophone African States and particularly that of the head of State is more preoccupying in freedom of tone and writing. If the societal writings consider the president of the Republic as a god , consideration brought in the ideology in place ,which works out his image :good orators ,intellectuals,writers,the governmental and international Media ,we however discover realistic pieces of writings with francophone African Writers, made up with humour,irony and satire which systematically deconstruct the pseudogodly image thus excessively degrading . Mongo Beti is one of the writers who makes the president of the Republic considered as a “République bananière”,a genuine literary tool structuring his last three novels : L’histoire du fou (1994), Trop de soleil tue l’amour (19991),and Branle bas en noir et blanc (2000)

Key words :

President –Head of State –Tyran –Dictator – Despote « République bananière ».

 

INTRODUCTION

Beaucoup de textes de Mongo Beti représentent le peuple africain en proie à une

double force oppressive : celle des vieillards alliés des colons, .et celle des nouveaux

dirigeants qui s’illustrent comme des dictateurs fourbes. Christian Monnin qui a perçu ces

enjeux dans Ville cruelle révèle ceci : « Il faut encore se pencher sur les liens qui

unissent les deux types d’oppression et qui font parfois des vieillards les alliés objectifs

du pouvoir blanc. » ( Monnin 1999 :7) Autre enjeu très perceptible, c’est la subordination

des chefs traditionnels aux colonisateurs : « …il est logique que les chefs traditionnels

soient aux ordres du colonisateur, comme le dit l’oncle maternel de Banda » (Monnin :

7). Avec les romans écrits après son retour d’exil, actualité oblige, Mongo Beti a une

nouvelle perception de la réalité socio-politique de l’Afrique noire francophone

postcoloniale. Sa fiction romanesque s’enrichit de nouvelles analyses de la manière dont

les hommes politiques exercent leurs pouvoirs et gèrent la chose publique et les hommes.

Au centre de ces préoccupations : la décolonisation manquée, la problématique de la

gestion des nouveaux ordres politiques que sont : l’indépendance, la chute du mur de

Berlin, le discours de la Baule et les transitions démocratiques. Qui sont ceux-là que

l’ancienne métropole a choisis pour jouer ce délicat rôle et pour conduire à bon port le

gouvernail des nouveaux Etats ?

L’objet de cette modeste réflexion est de noter chez l’écrivain Mongo Beti, un

portraitiste qui amorce avec force humour et ironie le renouvellement de la perception du

pouvoir dans la fiction romanesque africaine en cette aube de troisième millénaire.

 

I-HERITIERS DU POUVOIR COLONIAL ET DICTATEURS _TYRANS

De prime à bord, lorsque nous lisons Mongo Beti dans ses trois derniers romans,

l’image qui se dévoile des chefs d’Etat de l’Afrique noire francophone est celle des dignes

héritiers du pouvoir colonial dans un contexte de décolonisation manquée. Ces derniers

qui règnent en dictateurs aveugles sur leur peuple muselé et timoré sont malheureusement

réduits eux- aussi par leurs maîtres tapis dans l’ombre à un rôle piteux de pantins au

service du rayonnement exclusif de l’ancienne métropole.

1-1- Héritiers marionnettes

Chronologiquement, L’Histoire du fou, roman publié en 1994, remonte aux sources

de l’indépendance du Cameroun, à en juger par la palette d’événements historiques et par

l’emploi des datations chiffrées. Le narrateur montre ici, avec force emphase, le rôle

historique de la France, championne des manoeuvres de basse besogne, dans la

désintégration et dans l’installation au pouvoir d’un « dictateur complaisant » :

Ce fléau ( la délation) n’avait cessé de dévaster la jeune République depuis son

indépendance proclamée le 1er Janvier 1960 dans le tumulte, la discorde et le sang,

trois malédictions dont le mariage maléfique allait infliger tragédie sur tragédie à

notre peuple (…) Trop heureuse de saisir enfin l’occasion d’une revanche facile

sur ses déboires asiatiques, l’ancienne métropole jeta dans la balance son

expérience de manoeuvrière à la fois politique et militaire : elle installa un dictateur

complaisant et lui fit endosser une guerre civile larvée. ( Mongo Beti 1994 :13)

L’oeuvre s’ouvre sur l’ère Ahidjo au Cameroun, avec l’évocation de la date

historique de l’indépendance du Cameroun, le 1er janvier 1960. Par ailleurs, la liberté de

ton choisie par l’auteur se lit dans sa volonté de dénoncer par des périphrases à

connotation péjorative les manoeuvres politiques et militaires de cette France qui n’est pas

explicitement dénommée ici, et le nouveau chef d’Etat dont la première désignation revêt

déjà un caractère dépréciatif : « un dictateur complaisant ».

En effet, le dictionnaire universel définit le dictateur en ces termes : « homme

politique qui exerce un pouvoir absolu, sans contrôle.» (Dictionnaire universel 1995 :

359) C’est d’ailleurs sous cette appellation que le chef de l’Etat sera régulièrement mis en

texte dans notre corpus.

Comme le montre le narrateur à l’aide de l’image mythologique « enfer », et la

périphrase : « Pantin » de l’hyperbole : « les ruses les plus révoltantes », et du paradoxe

« le langage de la haine et celui de la réconciliation » .le chef de l’Etat qu’il se refuse de

dénommer ici « cet homme », n’est qu’un véritable pantin rusé et extrêmement violent :

Chacun, et sans doute lui-même le premier, sentait que cet homme s’était

condamné à l’enfer de la fuite en avant interrompue, pantin interchangeable,

loufoque et pourtant tragique, parant toujours au plus pressé, il devait désormais

accumuler ces ruses les plus révoltantes (…) tenir tour à tour mais dans un même

élan le langage de la haine et celui de la réconciliation, invectiver un jour pour

supplier le lendemain, prodiguer de la main gauche ce qu’il retirait de la main

droite, ou vice-versa. (Mongo Beti : 185)

Pour les exilés de retour d’exil, ces dictateurs ne sont que des marionnettes :« la foule

avait eu la révélation soudaine de ce que les intellectuels exilés, auparavant taxés d’extrémisme,

répétaient depuis toujours : ses dirigeants étaient autant de marionnettes dont les ficelles étaient

tirées par l’étranger. » (Mongo Beti : 95)

« L’étranger » ici renvoie à l’ancienne métropole, pour ne pas citer la France.

D’ailleurs, cette France fait office de protectrice desdits pantins :

Lui-même excepté, sans doute aussi ses protecteurs de l’ancienne métropole,

chacun présentait maintenant que le destin du dictateur, instrument d’un monde

présomptueux, dont il incarnait si bien l’aveugle entêtement et la déshumanisation,

était de se fracasser un jour contre le mur. (Mongo Beti : 186)

L’image de l’apprenant pantin resté sous l’emprise tutélaire d’un maître reste très visible

dans le texte de Mongo Beti qui, puisant dans la réalité, fait dire à Moustapha, l’un des

personnages de Branle-Bas :

Ecoute ceci : quand ce nullard de chef de l’Etat, tu sais, le meilleur élève de Français

Mitterrand, pressé par le FM, a décidé de nous sucrer les trois quarts de nos salaires, des

collègues nous ont proposé de former un syndicat et d’entreprendre un bas avec le régime,

sous forme de grève illimitée. (Mongo Beti 2000 : 205-206)

Cet héritage colonial et cette extrême dépendance des Présidents marionnettes ont

amené Ambroise Kom à se poser la question de savoir : « l’aliénation culturelle suffitelle

à expliquer la fidélité avec laquelle les héritiers successifs du pouvoir colonial

continuent de servir les intérêts métropolitains ? » ( Kom 2000 : 8-9)

Jérémie Kroubo Dagnini, dans une étude des dictatures et du Protestantisme en

Afrique noire depuis la décolonisation, atteste avec force détails ce pouvoir que les

dictateurs ont hérité de l’ancienne métropole. « Mis au pouvoir par l’entreprise

pétrolière ELF, de l’aveu même de son PDG (de 1989 à 1993),Loik Le Floch Prigent ,

Paul Biya succéda au président Ahmadou Ahidjo, qui avait été lui-même mis en place par

Jacques Foccart. » ( Kroubo Dagnini 2008 : 121)

Il ne fait aucun doute que les dictateurs africains d’une génération à une autre sont

des purs produits de la France. C’est ailleurs ce que Monkam Yvonne-Marie perçoit très

bien de ses lectures de Mongo Beti lorsqu’elle affirme : « D’après Mongo Beti, la

déconfiture multidimensionnelle de l’Afrique francophone est le fait d’une décolonisation

avortée, la France ayant usé de ses astuces pour maintenir sa présence et son pouvoir sur le

continent noirs. » ( Monkam 2009 : 67)

Il se dégage de ces analyses, l’image des héritiers du pouvoir colonial. Il apparaît

que ce sont de véritables pantins à la solde du maître- manipulateur et manoeuvrier. S’il

est vrai que ces postiches tirent leur pouvoir non du peuple, mais du bienfaiteur colonial,

il ressort que la confiscation ou l’exercice absolu de ce pouvoir fait d’eux de véritables

dictateurs sanguinaires et de tyrans fourbes et sournois.

1-2 : Dictateurs sanguinaires et tyrans sournois

Les textes de Mongo Beti montrent que l’ancienne métropole, ayant installé ses

suppôts au pouvoir, les pilotes à merveille dans l’ombre. Au nom de l’Etat d’urgence par

exemple, le peuple innocent et les opposants vont subir une répression meurtrière :

Quand enfin. Zoaételeu reparut après 6 années peut-être plus interminables pour les siens

que pour lui-même, et alors que le chef de l’Etat poursuivait contre le maquis

révolutionnaires de l’Ouest une guerre qui s’exaspérait chaque jour et où s’épuisaient

lentement les facultés de la nation, il fut manifeste que ce n’était plus le même homme au

moins quant à sa personne physique. (Mongo Beti 1994 : 15)

Plongé dans un climat d’insécurité permanente, le pays apparaît comme un

véritable laboratoire des violences perpétuelles. L’auteur, dans un style qui lui est propre,

met en relief ce rituel de la terreur qui s’exprime par les inquisitions régulières : « Les

paysans, habitués à l’inquisition permanente des alguazils du dictateur, s’y soumettaient

sans rechigner. » (Mongo Beti : 22).Autant le peuple est tenu au strict respect de mutité

par la soldatesque du dictateur, autant les révolutionnaires sont persécutés et exterminés :

Non père, il y a plus de guerre. Les maquisards eux-mêmes, qu’on croyait invincibles, ont

été écrasés, les uns après les autres, par le chef de l’Etat. Il y a quinze ans que le dernier

chef maquisard a été capturé, jugé et exécuté sur la place de son village natal. (Mongo

Beti : 20-21)

Ces témoignages faits par Narcisse à son père, le patriarche Zoaétéleu, enfermé

pendant six ans, sont révélateurs de la gravité de cette chasse à l’homme ritualisée. Parlant

de l’Etat d’urgence permanent qui règne à cette époque, Ambroise Kom écrit :

Jamais codifié mais repris comme un refrain dans tous les textes ayant trait aux libertés,

le terme « ordre public » à servir de prétexte à l’institution de la censure de l’expression,

aux arrestations arbitraires, aux répressions sanglantes et mortelles, à la légitimation d’un

Etat d’urgence permanent. ( Kom 2000 : 18)

Au sujet de la persécution sauvage des maquis, il écrit :

Au –delà des camps de concentration de Mantoun, de Tcholliré, de Yoko etc. dans

lesquels ils broyaient les dissidents, on se souviendra du prix que payèrent la région et le

peuple bamiléké, réputés réfractaires à son régime. J. Lamberton qui écrivait en 1960 : «

Le Cameroun s’engage sur le chemin de l’indépendance avec, dans sa chaussure un

caillou bien gênant ce caillou, c’est la présence d’une minorité ethnique : les bamiléké, en

proie à des convulsions dont l’origine ni les causes ne sont claires pour personne (…).

D’ailleurs, la région bamiléké vécut sous l’Etat d’urgence pendant ses vingt-cinq ans de

pouvoir. ( Kom :16)

Le peuple et les révolutionnaires ne sont pas les seules cibles et les seules victimes

du dictateur qui a définitivement militarisé la vie sociopolitique. Beaucoup de passages

font allusions aux hommes en tenues, aux prises avec la foule : « Alors, ils remirent sur

leur jeep les hommes du dictateur chef de l’Etat, désarmés, méconnaissables, les visages

tuméfiés, les uniformes en lambeaux, victimes à leurs tours sans défense, livrés aux

outrages de la foule. » (Mongo Beti 1994 : 25)

Si cette autre foule fait preuve d’héroïsme, ailleurs le chef de l’Etat tyran fait de

nombreuses victimes :

Alors que la crise de l’armée, au lieu de se dénouer pacifiquement, menaçait de se traduire

à tout moment en hostilités ouvertes (…) des troubles politiques éclatèrent dans une

province de l’Ouest maritime (…) Le chef de l’Etat y dépêcha des troupes qui n’hésitèrent

pas à ouvrir le feu à plusieurs reprises sur des cortèges de civils désarmés et même sur un

défilé d’enfants, laissant cinq fois un grand nombre de morts sur le pavé. (Mongo Beti :

178)

L’image du chef de l’Etat est celle d’un monstre sanguinaire qui privilégie

l’arbitraire. Le symbole de cet arbitraire est la victime Zoaételeu, patriarche arrêté

arbitrairement et incarcéré pendant plusieurs années. L’univers carcéral ici est un univers

de maltraitance absolue : « Comme vente ans plus tôt, personne pas la suite n’osa

s’approcher des établissements successifs où l’on disait Zoaételeu était détenu et

maltraité (…) et, comme trente ans plus tôt, ce fut à nouveau le calvaire pour

Zoaételeu… » (Mongo Beti : 74)

Cet univers carcéral n’est qu’une escale vers la mort, car le procès n’est qu’une

formalité d’usage comme l’affirme le tortionnaire.

Ton cas est désespéré, confia-t-il un jour au patriarche : tu es déjà condamné à mort, le

jour de ton exécution est même fixé. Ton procès ? Une formalité. Tu seras fusillé. On

t’attachera au poteau, on te posera le bandeau fatal sur les yeux. J’entends déjà, l’officier

crier l’ordre terrible : en joue, feu ! (Mongo Beti : 79)

Le dictateur lutte sur plusieurs fronts. Après le front populaire, c’est le front de son

adversaire politique qui veut lui arracher le pouvoir par les armes :

On convenait que le chef de l’Etat rassemblerait certainement une plus grande quantité

d’armes et de troupes que son adversaire, mais en même temps que ce dernier avait

d’excellentes stratégies, les meneurs d’hommes les plus avisés et surtout les meilleurs

positions, étant donné que les régiments qui lui étaient favorables comptaient dans les

casernes de la capitale ou de ses environs. (Mongo Beti : 130)

Il s’agit d’un dictateur qui doit faire dace à des coups d’Etat répétés car son régime

est très instable du fait de ses crimes. Parlant de ces modes d’alternance au pouvoir,

modes propres à cette partie de l’Afrique, Ambroise Kom explique :

D’ailleurs, même les changements intempestifs. Coups et contre coups d’Etat qui

maquèrent les premières années de la postcolonie africaine ne s’expliquent pas seulement

par les luttes internes de pouvoirs mais aussi et surtout par les velléités d’indépendance

réelle ou supposée de certains héritiers immédiats du pouvoir colonial. En revanche,

quelques pays doivent l’étonnante longévité de leurs « leaders » à leur exemplaire

vassalité. (Kom 2000 :84)

Michel Kounou a lui aussi analysé le curieux phénomène de coups d’Etat

récurrents en Afrique noire francophone. Pour lui, le coup d’Etat dans cette partie du

globe est un acte politique plutôt que militaire :

Le coup d’Etat est l’expression la plus spectaculaire de la militarisation des Etats

africains. (Sur l’expression la plus brutale d’une lutte politique interne, entre groupes

soucieux hégémoniques s’affirmant, à travers une institution étatique regroupant une

minorité qui monopolise la contrainte militaire. ( Kounou 2007 : 348)

S’il est vrai que le Cameroun a connu jusqu’à nos jours deux régimes et deux

présidents, les textes de Mongo Beti font allusion à trois chefs d’Etat qui se succèdent

sans véritable transition démocratique, mais uniquement à l’issue des coups d’Etat. Cette

succession ou cette forme de transition a toujours été en vogue en Afrique, au point où le

06 Avril 1984, le Cameroun en a connu, juste après que Paul Biya avait à peine amorcé la

deuxième année de son règne. Toutefois, une lecture minutieuse dans les détails des faits

historiques et des notations textuelles laisse entrevoir clairement le long règne d’Ahidjo et

le relais de Paul Biya. Pour l’auteur, si Ahidjo était un dictateur sanguinaire, Paul Biya

quant à lui est un dictateur sournois.

L’image que nous présente Mongo Beti du règne du Président est essentiellement

délabrée, car ce dernier n’a aucun réflexe démocratique, et il s’emploie non pas à mettre

le peuple au centre de son projet de gouvernance, mais de ruser avec lui et de s’en

éloigner davantage. C’est pourquoi le narrateur trouve en lui un“ démagogue aventurier

” :« Les paysans, incapables de prendre la mesure du privilège qui leur était octroyé,

restaient cois (…) pris avec l’entrain accoutumé des populations frustres livrées à la

démagogie d’un aventurier. » (Mongo Beti 1994 : 166)

Il voit en cet aventurier un tyran avec qui il ne faut pas pactiser, au risque de se

laisser avoir : « -Tu es l’homme qui a survécu, lui dit l’avocat, tu es l’oracle. Ne l’oublie

jamais. C’est de toi que les tiens attendent des savoir ce qu’il faut faire. Dis-leur qu’ils

doivent éviter de se compromettre avec un tyran, fût-il des leurs. » (Mongo Beti : 166) Il

lit en lui un animal féroce, un reptile qui étrangle lentement le peuple : « -celui qui que

vous prenez pour le nouveau messie n’est qu’un boa qui enroule patiemment ses anneaux

visqueux autours du peuple, avant de l’étrangler dès qu’il pourra le faire au moindre

risque, répétait sans cesse l’avocat… » (Mongo Beti : 166) L’auteur emploie ici un

contraste qui met en relief deux images du chef de l’Etat. Dans l’imaginaire populaire,

c’est « le nouveau messie » il utilise cette périphrase mythologique du messie biblique

libérateur et rédempteur futur du peuple d’Israël qu’il oppose à l’image réelle du chef de

l’Etat qui “ n’est qu’un boa”, la métaphore animale du boa est très forte car contrairement

à certains reptiles comme la couleuvre qui est inoffensive ou la vipère dont le venin

mortel agit dans les minutes qui suivent, l’action du boa est lente, donc elle fait souffrir

plus. Pendant que le dictateur démagogue –aventurier spolie la presse dite indépendante,

il emploie les colonnes des journaux gouvernementaux pour mieux éblouir le peuple des

slogans aussi bruyants que creux :

Le nouveau chef de l’Etat, homme en apparence énigmatique, n’avait pris aucune

décision tranchée, ce contentant de semer dans ses rares allocutions quelques formules qui

faisaient beaucoup de bruit, mais ne signifiaient rien, comme renouveau, moralisation,

rigueur ; les colonnes des journaux gouvernementaux en retentissaient aussi

périodiquement. (Mongo Beti : 170)

En effet, les termes : “ renouveau”, “ moralisation ” et “ rigueur” rentrent bien

dans le registre lexical du régime politique et social du Président Paul Biya, et nous

rappellent le congrès du Parti au pouvoir, tenu en 1985 à Bamenda. Autant ces médias

gouvernementaux rehaussent le lustre de son image et véhiculent son idéologie, autant le

dictateur se fait sourd aux cris et aux appels des médias indépendants et de l’opposition :

Protestations indignées des chefs de l’opposition, éditoriaux incendiaires

dans les journaux indépendants, rien n’y fit. Le pouvoir appliquait une

tactique qu’on peut appeler de l’édredon : il ne répondait à aucune

accusation, défaillait les interpellations, faisait la sourde oreille aux

propositions de dialogue… (Mongo Beti : 172)

Il s’agit ici, d’un dictateur qui a résolument décidé de museler et de spolier la

presse. Bébète reconnaît d’ailleurs en lui l’ennemi juré des médias :

– Papa, fit Bébète d’un air affolé, un homme en tenue dans le local du

journal ? C’est quoi ça ? De la provocation ? Vous ne vous rappelez donc

plus les menaces du chef d’Etat-major ? On peut lancer une grenade, une

bombe. Nous sommes l’ennemi public du dictateur. (Mongo Beti : 105)

Tous les journalistes de la presse indépendante sont conscients des dangers

permanents qui les guettent. D’ailleurs, le Journal intitulé Aujourd’hui la démocratie est

persécuté le long de Trop de soleil tue l’amour, cas son rédacteur en –chef a osé dénoncer

la braderie des forêts.

Tu as orchestré une campagne à propos de l’exploitation forestière et quand tu

touches au bois ici, forcément, tu énerves les Français (…) A l’on croire, les

Français sont entrain de stoker les bois tropicaux prix chez nous en prévision

d’une pénurie de bois de menuiserie et de décoration qui va concerner les années

2020 au 2030. (Mongo Beti : 54)

Parlant de la censure de la presse au Cameroun, Ambroise kom fait cette réflexion :

De nombreux journaux qui refusent de s’inféoder au pouvoir en place ont été

souvent censurés, interdits ou même suspendues pendant de longs mois. Il en est

ainsi des titres tels que le Messager, La Nouvelle expression, Challenge Hebdo,

Galaxie, tec. Les journalistes eux-mêmes ont été victimes de poursuites judiciaires

et souvent arbitrairement détenus. (kom 2000 :19)

Le discours de La Baule n’a véritablement pas eu d’effets escomptés sur le

dictateur démagogue, par une ouverture réelle au dialogue avec l’opposition, ni sur la

libéralisation systématique du secteur de la presse. Le règne du chef de l’Etat s’apparente

progressivement à une dictature totalitaire, car toutes les institutions de contrôle du

pouvoir sont menacées. C’est ainsi que, poussé par les conseils de son maître à libérer les

partis politiques et la presse, le dictateur-démagogue ruse :

Sur les conseils de l’ancienne métropole, qui jouait habilement sur plusieurs

claviers, le chef de l’Etat décréta, du bout des lèvres, la liberté des partis politiques

et de la presse. Dans le fait, il était en proie à la panique, et reprenait de la main

gauche ce qu’il était contraint décéder de la main droite. (Mongo Beti 1999 : 179)

Le narrateur fait certainement allusion au discours tenu par le Président français,

François Mitterrand à la Baule le 20 Juin 1990 à l’occasion de la séance solennelle

d’ouverture de la 16ème conférence des chefs d’Etat de France et d’Afrique. A ce sujet du

muselage de la presse Mongo Beti écrit :

Sans l’effet de ce qu’on a appelé le vent d’Est, plus que par la grâce de la

conférence de la baule, les régimes autocratiques de l’Afrique francophone

ont dû se résigner au moins en apparence, à l’émergence d’une presse

indépendante. Mais, les mauvaises habitudes des pouvoirs et, en particulier

les réflexes, de censure étaient tellement enracinés que les journaux libres

vivent constamment au Cameroun du moins, dans une relation de bras de fer

avec les pouvoirs en place. (Mongo Beti 1993 : 83)

Le dictateur n’est pas seulement entre la presse indépendante qui dénonce le

scandale de la braderie des forets. Pis encore, son autocratie l’amène à annuler une loi

votée par son propre parlement. Le directeur de l’Andeconini en parle d’ailleurs avec

beaucoup de curiosité : « -Je croyais qu’il y avait déjà une loi interdisant l’exploitation

des grumes, intervint le directeur de l’Andeconini .» (Mongo Beti : 136)

En effet, s’il y’a dictature, c’est justement parce que le Chef de l’Etat abuse de son

pouvoir exécutif et s’hasarde sur le terrain du parlement : « -Je sais, elle date s’il y a quatre

ans, poursuivit le force. Oui, mais elle est restée lettre morte ; parce que le chef de l’Etat en

retarde sans cesse l’application, il a tous les pouvoirs, même celui d’annuler une loi votée par

son parlement, c’est ce qu’il s’apprêterait d’ailleurs à faire. »  (Mongo Beti : 136)

La duplicité et la surdité du dictateur à l’endroit de son maître et de son peuple se

manifestent par l’enfermement et la diversion :

-Rien d’étonnant, fit l’avocat ; il ne peut pas bouger de son bunker, le pauvre

vieux. Tous le pays est en ébullition. Les partis politiques manifestent partout et

réclament la convocation d’une conférence nationale, comme au Bénin. Des

coupeurs de route sévissent dans certaines régions du Nord. Et le gouvernement de

dénoncer les bandits. (Mongo Beti : 182)

Ce passage est d’une richesse historique et stylistique de grande facture et mérite

qu’on s’y attarde. En effet, l’avocat qui dénonce ici la réclusion insensible du dictateur

exprime de la pitié pour ce dernier qu’il qualifie de “ pauvre vieux”. Par ailleurs, il montre

comment la gérontocratie a des séquelles, car le vieux reste enfermé dans son “ bunker”

pendant que le pays est en “ ébullition ”le mot bunker, d’origine allemande, connote une

forteresse militaire, un réduit fortifié, ici, il est employé dans une tournure périphrastique

pour montrer comment le dictateur vit dans un retranchement militarisé, coupé du peuple

qu’il croit diriger. La métaphore hyperbolique de l’ébullition est l’expression des

manifestations très chaudes du peuple et des partis politiques. Plus loin, nous notons

l’emploi de la comparaison « une conférence nationale, comme au Benin »en référence

analogique au Bénin est très significative, car dès la fin 1989, s’enclenche au Bénin un

processus exemplaire de transition à la démocratie. Dans un pays en totale banqueroute,

au bord de la guerre civile, le Président Kérékou, au pouvoir depuis le coup d’Etat de

1972, Choisit de composer avec les opposants, en les conviant, le 7 Décembre 1989, à une

conférence nationale des forces vives. Réunie du 19 au 28 Février 1990, la conférence,

autoproclamée souveraine, dégage par consensus, les fondements d’un nouvel ordre

constitutionnel : elle suspend la loi fondamentale Marxiste-léniniste de 1977 ; elle

instaure le multipartisme intégral ; elle organise, jusqu’à la tenue d’élection

concurrentielles, la cohabitation entre Mathieu Kérékou , maintenu à son poste mais

dépouillé de l’essentiel de ses pouvoirs, et Nicéphore Soglo, Premier Ministre élu par

elle ; elle désigne un Haut Conseil de la République , organe constituant, législatif et de

contrôle ;enfin elle arrête les grandes lignes d’une constitution s’achèvera sans encombe

après la Baule avec l’élection présidentielle de Mars 1991, remportée par Nicéphore

Soglo au détriment de Mathieu Kérékou .

Nous comprenons que cette allusion au Bénin sert à mettre en relief le contraste

saisissant de la réception d’un discours de la Baule par deux chefs d’Etat d’Afrique Noire

francophone et son application réelle sur le terrain. Bien au contraire, au Cameroun, c’est

le règne de la dictature totalitaire qui se sert de la ruse au quotidien :

Les partis politiques reconnus par le Chef de l’Etat, mais indésirables dans la

réalité, se réunissaient dans des enceintes privées et rédigeaient des notions

enflammées sommant le chef de l’Etat de convoquer sans délai une conférence

nationale souveraine, préalable nécessaire, proclamaient–ils, à la transition d’un

régime de dictature totalitaire à une gestion démocratique et transparente de la

République. (Mongo Beti : 193)

Cette crise du multipartisme au Cameroun, crise attestant l’échoc de la transition

démocratique est d’ailleurs bien perçue et relevée dans ce rapport :

Au début des années 1990, des partis d’opposition voient le jour, et

des élections multipartistes sont organisées. Pendant deux ans et demi, le

régime est sérieusement menacé dans les bureaux de vote et dans la rue, et

les frustrations provoquent des violences généralisées en 1991. Mais après

avoir survécu à ce nouveau défi, le Président Paul Biya et son parti

parviennent à faire reculer les réformes et restaurent un régime autoritaire

derrière une façade de pratiques démocratiques. ( Rapport Afrique de crisis

2010 : i)

Le dictateur -tyran exerce une violence armée sur les partis d’opposition :

Les gens du parti du dictateur ne connaissent qu’un langage, les coups- coups de

matraque distribués toujours généreusement, à tort et à travers bien sûr, coups de

fusil ou de pistolet tirés de préférence à bout portant ou dans le tas, coups de

Jarnac divers, spécialité coutumière aux groupes humains que le courage n’étouffe

pas. » (Mongo Beti 1999 :66)

Cette violence contre les opposants est assimilée aux violences exercées par le

tyran Mobutu :

Plaise à Dieu que Kabila réussisse à chasser Mobutu. Nous prendrions peut-être

exemple sur lui pour continuer la chasse aux tyrans. Moi, je comprends nos amis

de l’opposition ; ils ont déjà subi la fessé une fois, ils ne tiennent pas à s’exposer

de nouveau à ce supplice. (Mongo Beti : 70)

Ces propos sont ceux du directeur de publication du journal engagé Aujourd’hui la

démocratie. PTC fait ici allusion à la fessée légendaire administrée par le régime de Paul

Biya à ses opposants en 1990. La dictature du Despote rusé ne se limite pas uniquement à

l’exclusion des opposants du jeu politique et à leur persécution, elle se lit aussi sur une

pratique mafieuse qui entache les élections. En effet, le lecteur comprend qu’il se pratique

une stratégie d’exclusion des jeunes qui ne peuvent pas s’inscrire sur les listes électorales

de peur qu’ils ne constituent une importante menace pour la stabilité et la pérennité du

régime en place :« La question de faciliter leur inscription sur les listes électorales, ce serait un

raz-de-marée nous serions balayées. Quelle idée saugrenue. Nous sommes en Afrique, cher ami,

pas à carpentras. Quand on fait des élections, ce n’est pas pour les perdre, pardi ! » (Mongo

Beti : 188)

Cette révélation sur les pratiques antidémocratiques du dictateur-tyran sournois fait

écho à cette autre : « Est-ce que son Excellence notre Président ni aura pas des problèmes

par la suite justement à cause de ces élections douteuses ? Les gens n’aiment pas

tellement les élections louches. » (Mongo Beti : 193)

Malgré cette inquiétude, le Président Fraudeur réussit à forcer la communauté

internationale à reconnaître et à légitimer son régime autocratique :

Il y a cinq ans, ils nous ont dénoncés avec une virulence haineuse, sous prétexte

que nos élections législatives n’avaient pas été transparentes. C’est le mot à la

mode. Est-ce que son excellence notre Président n’a pas été reçu ensuite à

Washington avec les hommages dus à son rang, puis à Paris, à Bonn, et même à

Londres par Madame Thatcher, la dame de fer, soi-même ? Et couronné docteur

honoris causa dans ne prestigieuse Université américaine ? Nos relations avec le

Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ne sont pas au beau fixe

aujourd’hui ? (Mongo Beti : 194)

Cette interrogation ironique de l’homme à la sahélienne de bonne coupe met

évidement en relief le contraste entre les pratiques antidémocratiques d’un dictateur et

l’accueil que ses partisans occidentaux lui réservent. En effet, s’agit-il réellement de ses

amis et partisans ? Le récit de Mongo Beti montre qu’il ne s’agit que des amitiés de

façade, car nous sommes dans une République dite bananière où les lobbies économiques

contrôlent tout le vrai pouvoir :

Ou alors un envoyé. Yankee du FM, en compagnie du président de notre

République bananière, costumés trois pièces l’un et l’autre par 35°C à l’ombre

comme des clowns débiles, cravates jusqu’au bord supérieur de la lèvre inférieure,

trimbalés dans une Mercedes aux vitres teintées, ça se voit beaucoup ici aussi, et

c’est pas triste non plus : ces deux-là peuvent marcher ensemble et même bras

dessus bras dessous, personne ne s’en offusquera. (Mongo Beti : 2000 :29)

En dehors des crimes ouvertement connus sur ses adversaires politiques et sur la

foule par son armée et par sa milice, les derniers romans de Mongo Beti montrent qu’il

existe d’autres crimes silencieux qui sont commis sur les religieux et sur la personne

même de la première dame. Roman de l’angoisse par excellence, Trop de soleil tue

d’amour nous situe au coeur d’une République francophone post coloniale où règnent des

assassinats répétés sans recherche des coupables. Le roman s’ouvre sur des faits insolites :

le vol des CD de Zam, le journaliste engagé qui a écrit de violents articles contre les

dirigeants sans foi ni loi qui bradent les forêts du pays. Pour le réduire au silence, les

services secrets ont déposé un corps dans son placard. Il s’agit de l’incriminer et de le

culpabiliser pour meurtre. En effet un respectable ecclésiastique a été assassiné, on ne sait

ni par qui, ni pourquoi :

Qui, Mzilikazi n’était pas vraiment ce que l’on appelle un dissident, encore moins

un opposant. Il lui était même arrivé, quoique très discrètement et en s’entourant

d’une sorte d’élégance, de prendre fait et cause pour la dictature, sous couleur des

fustiger les fauteurs de désordre de l’opposition, ainsi qu’il sied à un respectable

ecclésiastique. (Mongo Beti : 21)

Les assassinats sont récurrents et la femme du président en est aussi victime : «

Quoi, la femme du président morte, vraiment soupira un leader politique de l’opposition. Mon

Dieu que peut donc signifier tout ceci, Dans quel étrange pays sommes-nous aujourd’hui, est-ce

que nous allons tous y passer ? Et pourquoi ?  » (Mongo Beti : 75)

La multiplicité des interrogations ici est l’expression même d’une très forte

inquiétude. En effet, si nous nous référons à l’histoire récente du Cameroun, nous

constatons que la fiction de Mongo Beti s’enracine très bien dans la réalité dont elle se

nourrit. Cette réalité historique camerounaise situe la mort de la femme du Président Paul

Biya le 29 Juillet 1992 à l’âge de 55ans. Le récit semble attribuer cette mort à son propre

époux de Président :

Comme tous nos compatriotes, les deux amis étaient intarissables à propos de

cette tragédie, sans exemple, à moins de remonter à Poppée, l’épouse de Néron,

tuée par ce dernier à coup de pied dans le ventre alors qu’elle était enceinte.

Certes, ni réputée femme battue. (Mongo Beti : 80)

Le narrateur montre que l’insensibilité, l’apathie du dictateur ne se manifestent pas

seulement contre les opposants et le peuple, mais aussi contre sa propre épouse : « mais

ceux qui s’étaient imaginé qu’un forfait si abominable allait nécessairement ébranler la

dictature ne tardèrent pas à déchanter. » (Mongo Beti :81)

Qu’il s’agisse de l’assassinat de Maurice Mzilikazi, des deux soeurs religieuses ou

du décès de la première dame, le texte montre que le dictateur reste de marbre. En effet,

il s’agit d’un despote véritablement coupé de son peuple, de ses propres militants, et très

impopulaire. La symbolique du “bunker” qui revient avec une certaine récurrence dans

notre corpus est à souligner : « Le nouveau chef de l’Etat avait fait venir de l’ancienne

métropole une célèbre entreprise de travaux publics qu’était en train de transformer son palais,

érigé déjà à la manière d’une forteresse, en une sorte de bunker. » (Mongo Beti 1994 :172) Il se

dégage de cette mise en relief, l’image d’un chef d’Etat soucieux de sa protection et extrêmement

dépensier. Il ne croit pas en l’expertise de ses propos compatriotes sortis de l’Ecole des Travaux

Publics. Non content de se couper de son peuple par l’érection de sa forteresse, le

dictateur-homophobe s’entoure des ceintures des armées personnelles :

Notre Sese Seko à nous en est encore à l’édification du bunker, ensuite il érigera des

armées personnelles, trois murs de feu, ou quatre, ou cinq, disposés en cercles

concentriques, et plus rien ne pourra l’atteindre. Un tyran éternel, dans le domaine

politique au moins, voilà notre seul apport à la culture universelle, comme dirait l’autre.

(Mongo Beti : 173)

Pour le narrateur de Mongo Beti, cette réclusion, cette agoraphobie du dictateurdespote

est une technique savamment mûrie pour s’éterniser au pouvoir dont il redoute

une menace d’alternance :

-C’est, proclamait l’avocat, le symbole de ce le régime deviendra nécessairement. Cet

homme, que vous admirez aujourd’hui, n’a déjà plus qu’une obsession : rendre son

évolution irréalisable, se reclure dans une citadelle inexpugnable, au propre comme au

figuré, comme fait un despote africain pour anéantir toute menace d’alternance. (Mongo

Beti : 172)

Il s’agit en fait d’un chef d’Etat homophobe et psychopathe qui a une peur

névralgique d’une éventuelle insurrection du peuple qu’il dirige et dont il est

malheureusement très éloigné pour ne pas dire totalement coupé :

Le pouvoir du chef l’Etat était apparemment devenu une citadelle imprenable, en tout cas

hors d’atteinte d’une insurrection populaire. On dirait que le chef de l’Etat avait

maintenant dans les sous-sols et les caves de son palais assez de munitions et de vivres

pour tenir pendant plusieurs mois… » (Mongo Beti : 201)

Malgré la double érection murale et soldatesque pour sa protection personnelle,

nous avons l’image d’un chef d’État ombrageux qui a une peur hallucinante de perdre

son pouvoir : « point n’était aujourd’hui besoin d’être sorcier pour deviner leurs ombres

rendues furtives et fiévreuses la panique, en transe dans les sous- sols du bunker où se

terrait le chef de l’État.»(Mongo Beti : 188)

Ce qui reste de son image dans la conscience populaire, c’est qu’il a beaucoup

gagné en impopularité :

« -La police ? La police ici ? Le pouvoir ici, monsieur, c’est une partie de base-ball entre

Ouistitis, je vous l’ai dit.

– On me dit que le régime et son président sont très impopulaires. Est-ce vrai ?

– Impopulaires, ô combien, monsieur. Vous n’imaginez pas. Attendez un peu. « (Mongo

Beti 199 : 172)

Cette impopularité ne se ressent pas seulement dans le peuple mécontent. Il n’est

qu’à constater la crise de confiance qui se manifeste au sein de son propre parti :

Je déplore que le ciment de la confiance manque désormais entre les militants de

notre grand parti et la haute direction de l’Etat. Il faut le dire et redire, la discipline

fout le camp. Où est l’époque où une simple adresse de son Excellence notre

Président suffisait pour réchauffer l’enthousiasme et resserrer les rangs ? (Mongo

Beti : 197)

Ce constat poignant et cette interrogation de l’homme à la saharienne de bonne

coupe sont révélateurs de la décrépitude de l’édifice moral du parti du Président-Despote.

Ce tyran sournois ne s’enferme pas dans sa citadelle pour réfléchir sur les grandes

questions nationales et internationales. Bien au contraire, notre corpus démontre à

suffisance que ce fugitif agoraphobe est aussi un véritable idéologue du repli identitaire,

tant son favoritisme, son népotisme, son tribalisme et son régionalisme n’ont aucun

équivalent.

II-UN IDEOLOGUE DU REPLI IDENTITAIRE

Pour gérer la chose publique, le chef de l’Etat ne fait aucun effort pour choisir et

s’entourer des citoyens et des patriotes équilibrés, méritants et intègres. Bien au contraire,

il privilégie la politique désintégratrice du favoritisme au détriment de la méritocratie.

2.1 : Un artisan du favoritisme

Le Dictionnaire Universel définit le favoritisme en ces termes : « tendance à

accorder des avantages par faveur, au mépris de la règle ou du mérite : » (Dictionnaire

Universel 1995 : 474)

Les hommes de main du chef de l’Etat et ses favoris sont présents dans tous les

secteurs d’activité où ils brillent cependant par leurs impérities et par leur déséquilibre

moral, à l’instar de l’officier frivole :

C’était quelques jours plus tard un autre pèlerinage auprès d’un autre clan, et ainsi

de suite. Cette stratégie ne laissa pas de produire des effets lorsque vint enfin le

procès du vieil homme, d’autant plus que son dossier n’avait guère été étudié par

le jeune officier frivole qui tenait lieu de procureur, un favori du chef de l’Etat.

(Mongo Beti 1994 :89)

Ce passage dévoile, s’il en était besoin, le contrôle de l’armée et de la justice par

le Président dictateur. Par ailleurs, il est démontré que le favoritisme de cet homme se

manifeste sur les plans politiques et financiers, car pour bénéficier des crédits bancaires

faramineux sans perspectives de remboursement, il suffit d’avoir une carte du parti :

Itinéraire devenu banal, parce que le plus facile à parcourir, on s’érige d’abord en

personnage au-dessus de tout soupçon en entrant dans la cohorte des dirigeants par

l’achat de la carte du parti au pouvoir ; puis on décroche au Crédit Agricole, un

établissement très complaisant pour les politiciens véreux pourvu que leurs

mocassins n’aient jamais foulé aucune glèbe, un emprunt dont le montant ne craint

pas la plus vertigineuse succession de zéros. (Mongo Beti : 1999 : 186)

Le chef de l’Etat a un penchant aveugle non seulement pour ses favoris, pour les

dirigeants véreux et mesquins, mais également et surtout pour sa famille.

2.2. : Un Artisan du népotisme

Notre corpus laisse lire d’un bout à l’autre de l’intrigue, une forte désintégration de

l’unité nationale, car le chef de l’Etat abuse des faveurs insoupçonnables qu’il accorde au

quotidien, à ses proches. En effet, le Dictionnaire Universel définit ce que nous qualifions

de Népotisme en ces termes :  « Abus d’influence d’un notable qui distribue des emplois,

des faveurs à ses proches. » (Dictionnaire Universel 1995 : 824)

D’un texte à l’autre, plusieurs indices dévoilent la prédominance de la famille, de

la tribu et de la région du Chef de l’Etat sur toutes les autres que le récit n’évoque presque

pas. Tout laisse croire qu’on voit dans une République où il est établi une

institutionnalisation des comportements antisociaux que sont : le Népotisme, le

Tribalisme et le régionalisme comme stratégies de gouvernance. La famille et la tribu sont

gorgées de privilèges qui tiennent ostentatoirement le haut du pavé. Le narrateur présente

le conseil de famille comme un ramassis de prédateurs belliqueux qui prêchent

l’exclusion sociale :

Le chef de l’Etat se résolut enfin de réunir autour de lui ce qu’il faut bien appeler son

conseil de famille, véritable nid de faucons prêchant la guerre en toute circonstance. Ils lui

présentaient quotidiennement qu’il fallait avoir de l’étoffe, de l’audace, du courage, du

cran, de la décision, de la fermeté, de la suite dans les idées quand on était un Chef.

(Mongo Beti 1994 :106)

Il s’agit d’un chef d’Etat dont les proches sont de véritables dangers pour la santé

économique du pays. En effet, son frère aîné excelle dans les fraudes bancaires :

-Le risque ? Intervient le frère aîné du Chef de l’Etat, virtuose des

opérations bancaires frauduleuses. Nous avons la confiance du Fonds Monétaire

Internationale et de la Banque Mondiale, sans compter le Ministre des Finances et

le Ministre de la coopération de notre ancienne métropole. (Mongo Beti : 107)

Le frère cadet occupe le poste privilégié de diplomate aux Etats-Unis

d’Amérique : « -Que là aussi, comme dans l’ancienne métropole, les dirigeants nous soient

favorables, secrètement ou ouvertement, c’est un point acquis, opina le premier secrétaire de

l’ambassade de Washington, par ailleurs frère cadet du chef de l’Etat. » (Mongo Beti : 107)

La Présidence de la République fourmille des membres de sa famille :

« -Il faut passer la chose dans l’opinion, dit le rédacteur en chef de Nation-Tribune, fils

aîné de la plus jeune soeur du chef de l’Etat, frais moulu d’une école de journalisme

étrangère et d’ailleurs chef de la cellule de communication de la Présidence. » (Mongo

Beti : 108)

Les Ministères en sont envahis : «-Qui, mais les esprits sont particulièrement échauffés

au Centre hospitalier universitaire, déclara le Ministre de la santé, agrégé de médecine et

accessoirement frère aîné du Chef de l’Etat. La plupart de nos fonctionnaires appartiennent à

des ethnies qui nous sont hostiles . » (Mongo Beti : 109 )

Dans les Universités, on les retrouve à la tête des institutions :

Il y a une possibilité à laquelle personne ne semble songer, intervint le

deuxième mari de l’unique tante maternelle du chef de l’Etat, se disant par

ailleurs titulaire d’un DEA de Psychologie appliquée de la Faculté de Rouen

et, malgré son âge avancé, Chef du Département de cette discipline à

l’Université Nationale… (Mongo Beti : 109)

Les Ministères sont saturés des membres de sa famille, personnes impotentes,

gênantes et véreuses :

On suggérait avec insistance d’accepter l’entrée dans le gouvernement d’hommes

intègres et compétents, au lieu des membres de sa famille qui encombrent les

Ministères dont ils traitaient les caisses comme leurs cassettes personnelles. Le

Chef de l’Etat n’en fit rien, promit réfléchir, mais répandit dans les villes des

milices occultes qui semaient une terreur aussi insidieuse qu’imprévisible.

(Mongo Beti : 178-179)

Le fils aîné, lui aussi, brille par des échecs scolaires qui obligent son père à le faire

passer devant un jury national corrompu :

Dans sa famille où titres et qualifications s’entrechoquaient dans un cliquetis sans

cesse renouvelé, cet homme n’avait pas de titre, hormis celui de fils aîné du chef

de l’Etat ; il n’avait aucune qualité, hormis celle de bachelier, section A ( avec une

seule langue vivante)-Encore avait-il fallu, pour qu’il décrochât enfin le parchemin

convoité, retirer ce personnage sans égal d’un établissement privé de l’ancienne

métropole au terme de cinq échecs successifs et le rapatrier manu militari, car il se

plaisait beaucoup là-bas, pour le produire devant un jury national dont les

membres avaient dîné la veille dans la salle à manger d’apparat du Palais

paternel. (Mongo Beti : 111)

Mongo Beti ne se contente pas de dénoncer le repli identitaire de ce chef d’Etat qui

pratique à souhait le favoritisme et privilégie la famille, il dénonce également son

tribalisme très accentué.

2.3 : Un Apôtre du tribalisme

Le Dictionnaire universel définit ce fléau social comme : « La tendance à

avantager les membres de son ethnie, de sa région : » (Dictionnaire Universel 1995 :

1225)

Les textes de Mongo béti sont parsemés d’indices qui font de ce chef d’Etat un

tribaliste achevé. Il semble avoir fait du tribalisme une technique de gestion des hommes :

diviser, tribaliser pour mieux régner. A force de concentrer et centraliser les pouvoirs, il

transforme la République en royaume : « – Alors quoi ? Tu ne devines pas, vraiment ?

Notre roi fainéant n’a aucune peine à nous dosser les uns contre les autres, avec les

stratégies tribalistes apparemment les plus éculées. » (Mongo Beti 2000 :206) Le

Monarque est un dictateur ombrageux qui n’hésite pas à user du caporalisme sur sa propre

tribu pour s’en rassurer le soutien indéfectible :

Le chef de l’Etat et ses diverses forces de l’ordre exerçaient un contrôle fébrile sur

la capitale et son arrière-pays, considérés comme son fief, la province dont les

populations, réputées de même ethnie que lui, étaient censées épouser sa cause ou

se montrer indéfectiblement attachés à sa personne. » (Mongo Beti : 190-191)

Parlant des pillages orchestrés du fait de la promotion de la tribu du chef de l’Etat,

Jean Fochivé, l’un des piliers de la sécurité sous Paul Biya, affirme sous la plume de

Fenkam :

Une nouvelle espèce d’hommes d’affaires vit le jour, promue par employés

d’Etat fictifs, des missions fictives…Bref, le tout fictif gracieusement payé

par l’Etat. Les Ewondo y allèrent de si bon appétit que les frêles

ressortissants Bulu aux estomacs encore étroits se mirent à grogner. (

Fenkam 2003 : 199)

Pour Mongo Beti, les crédits amicaux, familiaux et tribaux sont à l’origine des

faillites des finances publiques et de l’économie du pays :

Le mal dont souffraient les banques n’avait rien de mystérieux, et même un

observateur profane pouvait en prédire l’issue fatale. D’énormes crédits étaient

consentis, non aux entrepreneurs qui avaient fait leurs preuves, mais aux amis et

aux tenants du pouvoir qui, y voyant une juste rémunération de leur allégeance au

régime, comme le dit un anciens directeur de banque interrogé par un journaliste,

se souciaient peu de rembourser leurs emprunts. (Mongo Beti 1993 : 126)

Ce chef d’Etat, idéologue du repli identitaire aux conséquences catastrophiques est

aussi, à en juger par la peinture que les textes font de lui, un parfait fugitif agoraphobe,

par ailleurs un véritable impotent et un parfait oiseau migrateur en exil permanent.

III-UN IMPOTENT OISEAU MIGRATEUR

Des analyses minutieuses montrent que le Chef de l’Etat brille par son impéritie

chronique. Il n’est, à tout prendre, qu’un fainéant qui n’aspire qu’à aller en villégiatures et

qu’à se reposer.

3.1. Un Président fainéant

Le récit de Mongo Béti laisse un vide sur l’exercice réel du pouvoir et la prise de

parole par le Chef de l’Etat. L’image qui se dégage de sa peinture est celle d’un indolent

qui n’aspire qu’à jouer, à se reposer et à voyager. C’est d’ailleurs ce qui a inspiré cette

analyse de Fandio qui affirme :

Dès lors, le Cameroun de Zamakwé dont il sera question dans le roman semble

ainsi un pays dirigé par un chef d’Etat en vacances. Dans l’un des rares moments

consacrés au personnage, le narrateur qui le nomme tantôt « le Président

fainéant » tantôt « le Président dictateurs » dit justement de lui que « son rêve

secret est de se reposer tout le temps (Soleil, 127). ( Fandio 2001 :4)

L’itinéraire du Président fainéant est bien tracé par le narrateur et repérable dans le

récit. Lorsqu’il n’est pas tout simplement en réclusion dans son bunker où il s’est terré et

où il bénéficie d’une protection des plus sophistiquées, on le retrouve dans son village où,

loin de se consacrer à l’étude des dossiers importants, il se consacre exclusivement à des

activités ludiques du temps de ses ancêtres.

– Et vous dites révoltés par la prolifération et la persistance des dictateurs (…)

vous me ferez toujours narrer, vous qui vous dites des intellectuels. Tu devrais te

faire raconter à quoi ton Président passe son temps dans son village natal, quand,

par hasard, il s’y trouve. Aux mêmes activités que ses ancêtres il y cent ans, il joue

à l’awalé, le bougre, pas du tout à étudier les dossiers où à se concerter avec ses

Ministres. Où ils sont nés nos dictateurs ? Où ils ont grandi? D’où ils sortent ?

D’une génération spontanée, peut-être, et pas de chez nous ? Ils ont été parachutés

par Jésus-Christ, si ça se trouve, ou par le méchant Belzébuth ? Ce n’est pas nos

traditions qui les ont façonnés. (Mongo Beti 2000 :205)

Eddie est un contestataire revenu de son exil occidental où il a certainement vu

comment les présidents gèrent leurs républiques. C’est surtout cette riche expérience

d’exilé de retour qui l’amène à se révolter devant l’inertie, devant la paresse et devant

l’inconscience d’un Chef d’Etat frappé d’hibernation intellectuelle, et qui paralyse luimême

la vie politique et l’action gouvernementale en coupant les concertations

ministérielles et les autres activités politique .Il s’agit alors d’un président fainéant qui

a laissé tout son pouvoir vacant. Le Président fainéant n’a, selon Eddie, aucune notion de

la gestion des finances, de l’eau et de l’énergie secteurs pourtant très importants de la vie

socio-économique :

C’était une boutade de mauvais goût d’Eddie : selon lui, après la privatisation très

controversée des banques, de l’eau, de l’électricité, il restait désormais celle de la

police et de l’armée, et même de l’Etat. Alors, du mois, le Président, un fameux

fainéant, serait enfin assuré de pouvoir se reposer tout le temps, son rêve secret.

(Mongo Beti 1999 :121-122)

N’ayant pas le temps de se mettre à la réflexion et à l’étude des vrais dossiers pour

une gouvernance attendue, le Président fainéant se consacre davantage à la satisfaction de

ses instincts libidineux. Le récit nous le présente comme quelqu’un qui a un régiment de

concubines : « -Mais n’y a-t-il pas un risque ? S’inquiéter le père de la plus jeune

concubine du chef de l’Etat. » (Mongo Beti 2000 : 107)

L’un des domaines où ce Président fainéant semble toutefois avoir réussi avec

éclat, c’est dans le domaine des détournements des biens publics.

2.2 : Un Président kleptocrate

Notre corpus soumet à nos lectures l’image d’un Président en perte totale

d’intégrité et de patriotisme. Cet homme sans pouvoirs réels est un corrompu maladif que

le narrateur qualifie de « Malfaiteur » : « …Ce sont alors les officiers félons du tribunal

militaire, les dirigeants corrompus de ce gouvernement de marionnettes, qu’il faudrait

juger immédiatement et prendre sans délai, y compris évidement le chef de l’Etat, le

premier de ces malfaiteurs. » (Mongo Beti 194 :98)

Son irresponsabilité et sa délinquance sexuelle se lisent très bien sur sa sexualité

débridée qui s’exprime dans un rite quotidien de licence de moeurs :

Le Chef de l’Etat se retira, abondamment inélégamment les siens dans une lourde

atmosphère de perplexité. C’est seulement en s’unissant cette nuit-là à une femme

inconnue, comme il lui arrivait quotidiennement, qu’il arrêta sa décision. Sa

partenaire éphémère lui apparut singulièrement crispée, froide, en un mot impropre

à l’acte d’amour. Le Chef de l’Etat en fut si dépité qu’il préféra interrompre ses

élans : (Mongo Beti : 147)

Sa partenaire éphémère la divinise, faisant de lui un Dieu considéré comme tel

dans l’imaginaire populaire : «-Excellence, dit-elle, je vous supplie de ne pas m’en

vouloir ; vous êtes notre père à tous, notre Dieu, je voudrais vous complaire, mais j’ai si

peur. » (Mongo Béti : 147)

Le Président kleptocrate est un dictateur extrêmement corrompu qui vit aussi des

piteuses retombées des trafics et des fraudes de toutes sortes : « -Le Ministre sait pourtant

qu’on les accuse (les forestiers) de ne pas payer les taxes grâce à toute sorte de trafics et fraudes,

observa en chuchotant le Corce, ou de les payer au Président et non à l’Etat, mais le Ministre

n’élève aucune objection, ça promet. » (Mongo Beti 2000 : 139)

Il s’agit en effet, d’un Président qui a ouvert les portes à toutes sortes de

désintégrations :

Chez nous, le Chef de l’Etat fait dans l’évasion des capitaux, Ministres et hauts

fonctionnaires dans l’import-export et autres business pas toujours honnêtes, curés

et évêques dans le maraboutisme, assurer et banquiers dans l’extorsion de fonds

comme de gangsters, les écoliers dans la prostitution, leurs mamans dans le

maquereautage, les toubibs dans le charlatanisme, les garagistes dans le trafic de

voitures volées, on fait tous dans l’escroquerie. (Mongo Beti : 224)

Toutes ces désintégrations sont incarnées par le dictateur, tant sur le plan physique

que moral :

Notre vraie colère, s’il e en advient une, n’est pas dirigée contre l’oppresseur

étranger, la multinationale qui ronge notre peuple, le dictateur, homme sans classe

et sans envergure, qui brade notre patrimoine naturel, la caste vénale et corrompue

de nos dirigeants qui ont fait un loisir banal du détournement de fonds publics et

de l’évasion des capitaux, mais toujours contre l’ethnie rivale comme au Moyen

Age des autres continents. (Mongo Beti : 99)

Le Kleptocrate a initié un mode de financement de certains de ses proches et il a

aussi réussi à museler l’intelligentsia du pays à l’aide des crédits bancaires de

complaisance :

Il vivait très confortablement, ayant bénéficié, comme presque tous les notables

du pays, de crédits bancaires de complaisance, qui n’allaient pas sans la protection

au moins secrète du pouvoir, et qu’il n’avait d’ailleurs pas remboursés, pareil à

tant d’autres, la dictature usant et abusant de cette technique pour tenir en laisse et

museler à peu près tout ce qui comptait dans notre intelligentsia. (Mongo Beti

1999 :22)

Spécialiste de la gabegie, le kleptocrate se rassure que les piliers de son régime

bénéficient eux- aussi des crédits bancaires de complaisances et de l’exonération des taxes

douanières : « -Dis, ma petite amie se demanda comment ça se fait que tu aies de si jolis trucs,

toi ? Déclara Zam. Tu es pourtant de l’opposition, non ? Tu n’as pas de crédit bancaire de

complaisance comme les piliers du régime et leurs amis, tu n’es pas exonéré des taxes

douanières ? » (Mongo Beti : 38)

Pour le personnage d’Eddie, il s’agit d’un dictateur qui a fait de la gabegie un

mode privilégié de récupération de l’opinion :

-ce qui s’est vu, en revanche, riposta Eddie aussi sec, c’est un certain factum,

intitulé qui gouverne vraiment le pays ? Ecrit à l’époque pour faire l’éloge du

dictateur, que vous créditiez alors d’esprit d’ouverture et de tolérance. On dirait

que vous avez oublié cette prestation, en ce cas vous seriez seul ; elle vous valut

beaucoup d’honneurs, et sans doute d’espèces sonnantes et trébuchantes ; c’était

alors la tradition. C’est trop facile ; on sert la dictature à pied baisés pendant des

années, on prend soin durant ce temps de se remplir les proches en puisant dans les

caisses de l’Etat… (Mongo Beti 1999 :72)

Le récit de Mongo Beti montre que, le kleptocrate dépensier ayant désolé les

caisses de l’Etat avec sa caste au pouvoir, a rendu cet Etat presque exsangue. Désormais,

il devient un débiteur auprès de ses salariés et un mendiant auprès des financiers

extérieurs.

3-3 : Un débiteur -mendiant

A parcourir notre corpus d’un bout à l’autre, nous constatons une sorte de

cohérence dans le récit. En effet, l’image réelle du Président se dévoile progressivement

et se complète au fil de l’intrigue. C’est ainsi que nous découvrons en lui un spécialiste de

la gabegie qui se révèle comme un débiteur insolvable auprès de ses salariés dont il va par

ailleurs baisser drastiquement les salaires :

L’atmosphère s’alourdit brusquement, les sarcasmes contre les militaires se

transformaient en grimaces lorsqu’il fut annoncé que le Chef de l’Etat avait fait

appel au Fonds Monétaire International et à la Banque Mondiale pour l’aider à se

dépatouiller d’une impasse des finances nationales qui s’apparentait à la

banqueroute (…) on apprit que les salaires des fonctionnaires ainsi que ceux des

employés des entreprises nationales seraient compromis dans les mois suivants.

(Mongo Beti 2000 :177)

En effet, gestionnaire indélicat de la chose publique, le kleptocrate fainéant, du

fait de son autocratie, n’est plus en odeur de sainteté avec ses bailleurs de fonds qui,

offusqués, vont le sevrer de leurs aides : « -Le Président va de plus en plus loin

quémander des sous, ses vieux amis occidentaux refusaient désormais d’aider un fainéant

qui n’a jamais rien compris à la bonne gouvernance. » (Mongo Beti : 23)

Il s’agit d’un Président fainéant qui a perdu la confiance et la crédibilité auprès des

financiers jadis à son chevet d’ogre insatiable et indélicat. N’ayant plus d’aide pour

réanimer son économie moribonde, il va priver les salariés de leurs dus pendant trois mois

avant de les réduire au trois quart :

Les salaires des fonctionnaires n’avaient pas été versés depuis trois mois. Il se

chuchotait d’ailleurs que le Fonds Monétaire International et la banque Mondiale

avaient renoncé à traiter avec le gouvernement du dictateur, faute de

réaménagements politiques suggérés longtemps par eux avec insistance mais en

vain. (Mongo Beti : 201)

Michel Kounou relève fort à propos les dangers qui guettent les Chefs d’Etat

trompés par les pseudo aides au développement lorsqu’il déduit :

Il faut donc être complètement amnésique, pour ne pas comprendre que toutes les

sommes d’argent supposées aider l’Afrique ne sont que fictives, u simple jeu

d’écriture auquel se prêtent encore allègrement des dictateurs et politiciens

irresponsables ou stipendiés, ou simplement de meilleurs élèves auto proclamés de

la légion néo-coloniale. ( Kounou 2007 : 284)

A lire le récit de Mongo Beti attentivement, le lecteur comprend très bien que le

Chef de l’Etat qui a des biens outre- atlantiques où il se trouve plus à l’aise que dans son

pays, multiplie et diversifie ses cibles auprès desquelles il croit pouvoir ressusciter son

économie agonisante, mais en vain :

Georges, qui s’adaptait vite depuis quelques temps, acquiesça de la tête tout en

s’attablant. Deux clients, parlant d’une table à l’autre, s’affrontaient en faisant

assaut d’éloquence et de science politique. L’un prétendait que le Président

revenait d’une cure à Baden-Baden, en Allemagne, où il avait une clinique

personnelle, l’autre affirmait que le Président était de retour d’une visite à Brunei,

émirat pétrolier richissime dont le sultan, un homme très moderne, avait promis

une aide financière à notre Président, à condition qu’il lui rende une visite

d’allégeance et se convertisse à l’islam. (Mongo Beti 2000 :22)

Notre corpus dévoile régulièrement les facettes d’une image lézardée d’un Chef

d’Etat voyageur très instable dans son propre pays. L’essentiel de sa vie se passe à

l’étranger où il va quémander de l’aider, se soigner ou se reposer.

2-4 : Un Président vacancier

Le Chef de l’Etat trône à la tête d’un pays morbide et d’une instabilité

sociopolitique qui mérite réflexions. Cependant, ce dernier semble trouver dans des

séjours prolongés et répétés à l’étranger une thérapeutique personnelle : « D’abord, ici,

rien ne rime jamais à rien. Est-ce que l’imagine un pays, constamment en proie aux convulsions

sociales, ethniques et politiques, sous-développé de surcroît, où le Chef de l’Etat peut s’octroyer

six grandes semaines de villégiature à l’étranger ?» (Mongo Beti 1999 :11)

A cette interrogation du narrateur de Trop de soleil tue l’amour fait écho cette autre

du commissaire dans Branle-bas : « -Laissons ça Norbert. Prends même six mois pour

enterrer chacune de tes mamans, je m’en fous. Quand le rand chef disparaît de chez nous là tu

vas même lui dire que quoi ? Je te demande Norbert, qui va même lui dire quoi ? » (Mongo Beti

2000 :119-110)

Dans les analyses de Fandio, le critique trouve en ces séjours répétés et prolongés à

l’étranger la recherche d’un remède à l’impéritie du dictateur migrateur : « Il n’est sans

doute pas exagéré de penser que les séjours répétés à l’étranger du personnage

constituent une sorte de quête du dictateur pour une solution à cette véritable impotence

dont-il souffre. » ( Fandio 2001 :4)

Le Chef de l’Etat n’est pas seulement insensible aux convulsions sociopolitiques

que vit son pays en permanence. Faute d’y trouver des remèdes, il en ajoute plutôt, à

cause de la paralysie que provoquent ses sorties et ses entrées dans la capitale :

Eddie lui exposa alors gentiment que la ville était divisée en deux, comme une

pastèque, par un axe qui, parti du Sud et filant au Nord, reliait l’aéroport au palais

du Président, et que, quand le Président se rendait à l’aéroport ou en revenait,

comme il arrivait souvent, car c’était un grand voyageur, une espèce d’oiseau

migrateur, le passage de l’une à l’autre de ces zones était interdit aux véhicules

automobiles durant des heures entières sinon pour la journée. (Mongo Beti

2000 :12)

En effet, Eddie et Georges s’apprêtent à traverser la ville pour se rendre au siège du

Journal Aujourd’hui la démocratie où la rédaction fête la prise du pouvoir par Kabila à

Kinshasa. Ce qui est davantage intéressant dans cette séquence, ce sont des figures de

style très expressives que le personnage d’Eddie emploie. Il compare la ville à une

pastèque”. Plus loin, il utilise la périphrase “palais du Président”, en lieu et place de

“palais présidentiel”. Par ailleurs, nous avons cette autre périphrase : “un grand

voyageur” et la métaphore animale “une espèce d’oiseau migrateur”. Que dire de toutes

ces images fortes ? Elles ont une connotation péjorative et montrent non seulement que

ce Président est possessif et égoïste, mais qu’il est d’une errance déconcertante pour une

autorité qui a le gouvernail de l’Etat en main. La société du texte nuance cette image

traditionnellement gravée dans l’imaginaire populaire et qui fait du Président un Dieu

vivant comme l’appelle sa concubine éphémère. Ici, le petit peuple, représenté par le

chauffeur de taxi, a du Président, l’image d’un homme sans coeur, très insensible et

irresponsable, dont les voyages récurrents bloquent tout, paralysent la vie socioéconomique

et fait de nombreuses victimes résignées :

-Patron, c’est vrai ça, fit en se tournant de trois quarts vers le toubab le taximan

qui s’était hardiment mêlé au débat, pas le problème du Président, ça, c’est vrai,

hein. Même les gens, ils meurent, hein. Tu veux emmener à la maternité la femme

qui doit accoucher vite, vite, tout est bloqué, tu fais comment ? Un vieux papa

tombe là par terre, il met la main son coeur, il fait ah, ah, ah, il va mourir, mais tout

est bloqué, tu fais comment ? Quand le Président sort, c’est comme ça. J’ai vu ça

toujours. (Mongo Beti : 13)

Au sujet de ces dysfonctionnements, tandis Mouafou fait cette réflexion :« -Du

point de vue politique, c’est également l’identique et le répétitif qui prévalent. Le politique

phagocyte l’économique, à preuve, chacune des sorties du Président a pour corollaire la

paralysie de la capitale, orchestrant ainsi un manque à gagner terrible aux opérateurs

économiques. » ( Tandia Mouafou 2009 :7)

CONCLUSION

Au terme d’une analyse à la dimension du travail ainsi produit, force est de

constater que la littérature africaine francophone de la postcolonie s’enrichit davantage de

nouveaux matériaux littéraires comme l’image du Chef de l’Etat qu’elle textualise. Notre

corpus est d’autant plus lisible qu’il offre à décrypter une image extrêmement désintégrée

de ceux-là qui ont l’auguste responsabilité de tenir le timon d’une République. En effet,

nos recherches ont pu nous montrer que les Chefs d’Etat d’Afrique noire francophone

sont des dignes héritiers du pouvoir colonial qu’ils servent aveuglement sans partage.

Cette soumission aveugle à l’ancien maître est d’autant plus visible que c’est lui qui les a

installés au pouvoir au détriment des vrais patriotes intègres. Dès lors, forts de leurs

pouvoirs sans limites et sans contrepoids, ils agissent en maîtres absolus. La vie

sociopolitique est militarisée ; les institutions de contre pouvoir son spoliées à l’instar de

la presse qui est muselée, les partis politiques sont sabordés et les opposants persécutés.

Les Chefs d’Etat, tels qu’ils nous sont présentés ici, sont à l’image de Mobutu Sesse Seko

à qui le narrateur fait régulièrement allusion. S’il est vrai que les récits mentionnent la

succession de trois Chefs d’Etat à la tête de la République dite bananière, il n’en demeure

pas moins vrai que deux principaux régimes sont longuement dépeints d’un texte à

l’autre. Une date historique, comme le 1er janvier 1960 nous situe à l’aube du règne

d’Ahmadou Ahidjo au Cameroun, installé au pouvoir par les manoeuvres politiques et

militaires de l’ancienne métropole. Si Ahidjo apparaît comme un dictateur sanguinaire,

son successeur lui, est peint comme un tyran sournois :« Chez nous, à un despotisme

sanguinaire venait de succéder une dictature sournoise… » (Mongo Beti 1999 : 73). Nous

retrouvons les slogans politiques de ce dernier dans ces formules :

Le nouveau Chef de l’état, homme en apparence énigmatique, n’avait pris

aucune décision tranchée, se contentant de semer dans ses rares allocutions

quelques formules qui faisaient beaucoup de bruit, mais ne signifiaient rien,

comme renouveau, moralisation, rigueur… (Mongo Beti 1994 :170)

Ce nouveau chef d’Etat est présenté comme un idéologue et fervent partisan du

repli identitaire. Autant il croit à ses protecteurs armés, autant il s’entoure exclusivement

de ses amis, de sa famille et de sa tribu pour prétendre gérer le pays. Toutefois, il nous

apparaît comme un véritable impotent qui n’aspire qu’à se reposer, quand il ne passe pas

son temps au village à jouer, ou quand il agit par ailleurs en un parfait kleptocrate qui a

institutionnalisé les évasions des capitaux et la corruption électorale. C’est un gestionnaire

démagogue aventurier qui se montre insolvable devant ses salariés et devant ses

créanciers. Les voyages incessants en terres étrangères font de lui un vacancier en quête

d’un remède à son impéritie.

 

BIBLIOGRAPHIE

I-LE CORPUS

Mongo Béti 1994 : Histoire du fou, paris : Editions Julliard.

Mongo béti 1999 : Trop de soleil tue l’amour, Paris : Editions Julliard.

Mongo Béti 2000 : Branle -bas en noir et blanc, paris : Editions Julliard.

II-OUVRAGES GENERAUX

Fenkam, Frédéric 2003 : La révélation de Jean Fochivé, Paris : Editions Minsi.

Kom, Ambroise 1996 : Education et démocratie en Afrique, le temps des Illusions, Paris :

l’Harmattan.

Kom, Ambroise 2000 : La Malédiction francophone, Yaoundé : CLE.

Kounou, Michel 2000 : Panafricanisme : de la crise à la renaissance une stratégie globale

de reconstruction effective pour le troisième millénaire, Yaoundé : Editions CLE.

Mongo Béti 1993 : La France contre l’Afrique : Retour au Cameroun, Paris : la

découverte.

III-ARTICLES

Cameroun : Etat fragile ? Rapport Afrique de Crisis Group n° 160, 25 Mai 2010

Kroubo Dagnini, Jérémie 2008. « Dictatures et protestantisme en Afrique Noire depuis

la décolonisation : le Résultat d’une politique franco-africaine et d’une influence

américaine certaine. » HAOL, NUM 17.

Monnin, Christian 1991. « Ville cruelle de Mongo Beti : Négritude et responsabilité. »

Liberté, vol 41, n°6, (246).

IV-THESES

Monkam, Yvonne-Marie 2009 : L’oeuvre post-retour d’exil de Mongo Béti : The

University Arizona.

V-DICTIONNAIRES

Dictionnaire Universel 1995 : Hachette /Edicef.

VI-WEBOGRAPHIE

Fandio , Pierre, « Trop de soleil tue l’amour et en attendant le vote des bêtes sauvages :

deux extrêmes, un bilan des transitions démocratiques en Afrique. » Africain

studies Quarterly 7, n°1 : [ Online] URL http : // web.africa.ufl

edu/asq/v7/:1a1.htm 2001.

Tandia Mouaffou, J J Rousseau, « Enjeux esthético-idéologiques du stéréotype dans les

derniers romans de Mongo Béti. » in cahiers de narratologie [ en ligne] 17/ 2009,

mis en ligne le 22 Décembre 2009, consulté le 15 Janvier 2011. URL : http : //

narratologie. Revues Org/1274.

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