Auteur: Jean Baptiste Ntuendem

Jean Baptiste NTUENDEM est né le 29 Juin 1965 à Yaoundé. Inscrit à l’Université de Yaoundé en 1986 après l’obtention du Bacc A, ses 3 ans de ce côté seront couronnés par une Licence ès Lettres Modernes Françaises, Option Langue, Littérature et Civilisation Anglaises en 1989. Admis en 1991 à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé, il en ressort 3e de sa promotion en 1993, nanti du Diplôme de Professeur des Lycées d’Enseignement Secondaire Général. En 1986, il obtient une Maîtrise en Littérature française à l’Université de Dschang. En 2011, il soutient une Thèse de Master II .Il est actuellement Doctorant en Sciences du Langage, Littératures et Cultures Françaises et Francophones à l’Université de Dschang, et ses recherches et publications portent sur l’imagologie. Sa forte implication dans l’encadrement des élèves au sein des clubs d’activités culturelles (Clubs Journal, Littérature, Lecture, Unesco, Francophonie, Théâtre) va lui valoir d’être sélectionné par la Commission Nationale de l’Unesco pour le Cameroun et la Fédération Nationale des Associations, Centres et Clubs Unesco du Cameroun pour une formation dans le projet de la Décennie de la Non Violence et de la Culture de la Paix au profit des Enfants du monde (2001 -2010) .Depuis 2004 ,il est consacré par L’UNESCO et le Haut Commissariat du Canada au Cameroun comme Promoteur et Vulgarisateur de la Non Violence et de la Culture de la Paix grâce à ses savoirs locaux. Il est actuellement Censeur au Lycée Bilingue de Dschang, Journaliste dans une Radio Communautaire de cette ville universitaire, et Directeur de la Publication d’un Magazine pour Jeunes : ACADEMOS.

De l’image de la France Dans Les trois dernières fictions romanesques de Mongo Beti

De l’image de la France Dans Les trois dernières fictions romanesques de Mongo Beti

Auteur : Jean Baptiste NTUENDEM

SOMMAIRE

I-LES MANŒUVRES POLITIQUES ET MILITAIRES NEOCOLONIALES DE            L’ANCIENNE METROPOLE.

I-1- La France promotrice et protectrice des dictateurs africains.

I-2- L’organisatrice des guerres civiles, des génocides et des coups d’Etat en Afrique.

I-3- Les Ingérences françaises et l’espionnage rampant en Afrique.

I-4- La France raciste et xénophobe : les dérives de la francophonie.

II-LES MANŒUVRES D’EXPLOITATION NEOCOLONIALE DES ECONOMIES.

II-1-Monopoles français et prédation des richesses naturelles africaines.

II-1-1- Le Monopole des Importations et des Exportations en Afrique.

II-1-2- Le Franc CFA en Afrique : Une monnaie coloniale de domination.

II-1-3- Le Pétrole africain: Un Monopole d’ELF Aquitaine

II-1-4- Le Bois africain: Un Monopole des forestiers français.

II-2- Le FMI et la Banque Mondiale : Deux Institutions Financières de domination impérialiste.

III-LA CORRUPTION RAMPANTE DES MOEURS FRANCAISES

III-1- La Sexualité débridée.

III-1-1_La Fellation

III-1-2- La Pédophilie

III-1-3- Le Proxénétisme 

 

RESUME

 

La question des relations entre la France et ses anciennes colonies est davantage d’actualité au cœur de la littérature d’Afrique noire francophone postcoloniale qui la textualise à travers une déconstruction des discours issus des appareillages idéologiques officiels de tout bord, et dévoile les manœuvres néocoloniales de domination et les stratégies de désintégration des souverainetés nationales africaines. Mongo Beti, écrivain francophone situé à cheval entre deux espaces et deux cultures francophones (française et camerounaise), se positionne comme un grand observateur privilégié des rapports séculaires et actuels que ces deux pays entretiennent, et dépeint avec force ironie, humour et satire, une image affreuse de la France dans sa production littéraire post retour d’exil : L’histoire du fou ( 1994), Trop de soleil tue l’amour ( 1999) et Branle- bas en noir et blanc ( 2000), il fait de la France Afrique ou mieux de l’image de la France, un véritable matériau littéraire.

Mots clés :   Indépendance-   Postcolonie-   Ancienne métropole- Désintégration – souverainetés.

Abstract

The problem of relationship between France and its former colonies is more and more on the agenda and at the heart of postcolonial francophone literature which puts this down through the deconstruction of speeches from all the official ideological machines and unveils all neocolonial practices of domination and disintegration strategies of African National sovereignties.Mongo Beti ,Francophone writer sandwiches between two francophone spaces and cultures (French and camerounian),stands as great observer of the relationship held by both countries. He heavily depicts irony,humour, and satire ,a frightful image of France in its literary production after return from exile. In L’ histoire du fou (1994) ,Trop de soleil tue l’amour (1999) ,Branle bas en noir et blanc (2000) ,he makes of Françafrique or better still of the image of France ,a genuine literary tool .

 

Keywords: Postcolony-Former metropole –Desintegration –Sovereignties.

 

                                     INTRODUCTION

Les rapports séculaires et actuels entre la France et ses anciennes colonies ont toujours été diversement perçus, car si les liens officiels qui existent entre cette ancienne métropole et l’Afrique noire francophone post coloniale sont présentés par les appareillages idéologiques officiels de tout bord comme amicaux et fraternels, du côté de cette région du continent noir, ils sont régulièrement évalués par des écrivains africanistes et africains comme relevant de la pure supercherie entre dominant et dominés. L’objet de cette modeste réflexion que nous nous proposons de mener dans l’espace de cet article est d’apprécier l’autre regard textualisé par la plume d’un écrivain francophone dont la double appartenance spatiale et culturelle à la France et au Cameroun fait de lui un observateur privilégié de ces deux sociétés qui entretiennent des rapports de domination très voilés et sournois dans la réalité , mais que notre corpus dévoile dans un contexte de porosité des frontières et de mondialisation.

Notre problématique est de savoir s’il peut y avoir des raisons de croire qu’il existe des éventuelles possibilités entre deux pays, deux nations, deux races et deux peuples dits souverains, amis et frères ,de garder des liens historiques porteurs de l’estampille de la civilisation, du dialogue, de la compréhension mutuelle, d’intégration, d’aide, d’échanges, de brassage des populations et de coopération dans un contexte réel de domination systématique effective et de confiscation des souverainetés d’une partie par l’autre.

Notre hypothèse est simple : notre corpus nous offre à lire des rapports apparemment sains, mais réellement infectés. L’exploitation d’une pléthore d’indices pertinents et irréfutables milite en faveur de cette hypothèse, au regard du foisonnement et de la diversité des thèmes développés par Mongo Beti qui a toujours privilégié l’approche sociologique au détriment de l’ethnologisme. A la suite de Gustave Massiah, ami de Mongo Beti, nous constatons que la pensée politique de l’écrivain, étonnement moderne et actuelle, s’organise autour de la lutte contre le néocolonialisme en tant que système, et en particulier le néocolonialisme français en Afrique. Notre approche s’appuiera sur l’appareillage méthodologique de la sociocritique qui étudie comment les textes de culture formulent les codes, les foyers d’unités et de dispersion et les conflits d’une société.C’est une approche qui s’attarde sur l’univers social présent dans le texte. Il s’agira pour nous d’étudier les mécanismes de textualisation des conflits comme la confiscation des souverainetés, l’installation des serviteurs loyaux du système colonial, la militarisation de la vie sociopolitique comme reproduction du contrôle interne de la domination externe, le contrôle monopolistique de la monnaie et des richesses naturelles et la mise en place de l’arsenal insupportable des lois racistes sur l’immigration entre autres… Les trois derniers romans de Mongo Beti dévoilent à n’en point douter, la terrible politique France africaine et laissent apparaître le vrai visage de la France : une France barbare, prédatrice, honteuse et hypocrite. Ce corpus est un véritable réquisitoire    des forfaitures de l’ancienne métropole en Afrique.

I-LES MANOEUIVRES POLITIQUES ET MILITAIRES NEOCOLONIALES DE LA FRANCE.

Comme tous les historiens et les politologues qui se sont penchés sur l’histoire des décolonisations en Afrique noire francophone, Mongo Beti pense avec force conviction que la France est à l’origine des désintégrations des souverainetés politiques dans cette partie du continent noir. Ses trois derniers romans écrits après son retour d‘exil permettent de lire toute une gamme de manœuvres politiques et militaires conçues pour maintenir sa présence et son hégémonie sur le continent noir. Pour lui, toutes les désintégrations sociopolitiques émanent de la décolonisation partielle ou manquée des colonies françaises. Par ailleurs, cette ancienne métropole installe des dictateurs complaisants, sanguinaires, totalitaires complètement manipulables à sa guise. La même manœuvrière va instaurer des partis uniques et organiser une chasse aux opposants, des guerres civiles, des génocides et des coups d’Etat à répétition. L’intégrité des Etats ainsi partiellement décolonisés connaîtra davantage une réelle fracture du fait d’une coopération néocolonialiste qui conditionne l’aide au développement par la démocratisation, alors qu’elle propose des holdups électoraux à ses amis en cas de perte des élections. L’ancienne métropole, comme la désigne le narrateur tout le long de son récit, a non seulement développé des systèmes d’espionnage très sophistiqués, mais elle a aussi multiplié des actions de mercenariat qui lui ont permis de défaire à volonté tous ceux des chefs d’Etat africains qui se sont rebellés contre sa tutelle. Pour un contrôle systématique et permanent des politiques intérieures et extérieures de ses anciennes colonies, elle a garanti son ingérence et a mis un accent sur la francophonie politique au détriment de la francophonie linguistique. Le regard que porte l’auteur sur les rapports qui existent entre l’Ancienne métropole et ses anciennes colonies est d’autant plus inquiet qu’il fait ressortir l’image d’une France dont le racisme et la xénophobie se lisent sur l’arsenal des lois sur l’immigration, sur les charters qu’elle organise, et sur la lepénisation galopante en France.

I-1- La France promotrice et protectrice des dictateurs

A lire minutieusement Mongo Beti, nous comprenons que cet écrivain engagé situe la malédiction que subit l’Afrique noire francophone aux indépendances manquées, car pour lui, la décolonisation française est un processus jamais achevé et, c’est d’ailleurs un fait théorique qui porte gravement atteinte à la souveraineté réelle de ces Etats :

L’attitude et les arrières pensées de l’ancienne métropole inspiraient d’ailleurs des conjectures aussi extravagantes que contradictoires. Visant tantôt d’un savoir-faire débonnaire, de rouerie ou de cynisme, cette puissance occidentale, forte de son honorabilité, et surtout d’une modernité, avait réussi la gageure de maintenir dans la posture humiliante du protectorat colonial des Républiques africaines dont le statut juridique équivalait théoriquement à la pleine souveraineté. (Mongo Beti 1994 : 133)

Parlant de cette décolonisation française irréelle, l’auteur affirmait déjà un an plus tôt dans son ouvrage intitulé : La France contre l’Afrique : retour au Cameroun : «   Il aurait fallu en somme que le Cameroun jouisse d’une réelle indépendance, et qu’il soit à même de se procurer tout seul les voies et les moyens d’une démocratisation et d’un développement sans doute douloureux et même aléatoires, mais libres, adultes et authentiques. » (Mongo Beti 1993 : 176) Kroubo Dagnini explicite d’ailleurs les manœuvres politiques françaises en ces termes :

Ainsi en 1958, le général de gaulle mit en place une stratégie oeuvrant pour une décolonisation partielle des colonies françaises, dont le but officiel fut leur émancipation progressive mais dont l’objectif officieux était leur maintien sous la tutelle politique, économique et militaire de la France. Pour ce faire, il lueur proposa l’appartenance à une structure nommée la «  communauté », prévoyant leur autonomie au niveau interne, mais leur dépendance vis-à-vis de la France dans les domaines de la défense, de la diplomatie, de la monnaie et du commerce extérieur.  ( kroubo Dagnini 2008 : 114)

Notre corpus montre bien que, après avoir réussi à désintégrer cette souveraineté par l’octroi d’une indépendance fictive, l’ancienne métropole a opté pour des dictateurs sanguinaires, véritables serviteurs de ses intérêts :«  Trop heureuse de saisir enfin l’occasion d’une revanche facile sur ses déboires asiatiques, l’ancienne métropole jeta dans la balance son expérience de manœuvrière à la fois politique et militaire : elle installa un dictateur complaisant et lui fit endosser une guerre civile larvée. »  (Mongo Beti 1994 :13)

La dépendance des anciennes colonies vis-à-vis de la France dans les domaines de la défense et de la diplomatie lui permettent de développer des déploiements des manœuvres militaires qui violent les droits de l’Homme :

Ses interventions militaires sur le continent noir ne se comptaient plus, elles étaient même entrées dans la tradition de la diplomatie internationale, au point de ne soulever aucune reproduction. Elites et dirigeants africains impuissants devaient compter avec sa férule de la même façon qu’avec les changements de saison, les secousses telluriques ou tous les cataclysmes qu’on dit naturels.   (Mongo Beti : 133)

Il s’agit, en fait, d’une ancienne métropole calculatrice, douée d’esprit de convoitise et pétrie de duplicité qui protège et cajole ses marionnettes dans le seul but d’exploiter le pétrole national dont elle s’assure la main mise :

Pour les uns, elle avait fait son chouchou du chef de l’Etat, et pour rien au monde elle ne l’abandonnerait. Elle encourageait en sous-main le ministre d’Etat qui s’était engagé, s’il devenait le maître, à lui abandonner la maîtrise totale de l’exploitation du pétrole national. (Mongo Beti : 133)

En effet, beaucoup d’observateurs de la vie politique camerounaise sont d’avis que la France protège ses amis dictateurs dans le seul but de piller les ressources naturelles. C’est ce qu’affirme Jean Fochivé dans ses révélations faites à Fenkam Frédéric :

La France accusera un sérieux retard dans le rang des grandes nations. Comme une mère d’enfants qui veut rattraper un bus entraînant derrière elle sa bande de marmots, la France qui se veut être la nourrice de l’Afrique se verra débordée et envahie par des Africains fuyant la misère d’une oppression sauvage à laquelle elle a involontairement contribué. Ces petits dictateurs d’Afrique qu’elle a toujours protégés n’ont jamais raté une seule occasion de croire aux peuples paupérisés qu’ils sont victimes des pillages systématiques d’une France insatiable. (Fenkam 2003 : 217)

Sous la plume de Mongo Beti, cette marionnette de l’ancienne métropole est une sorte de monstre qui est à la tête d’un régime despotique :

Voilà donc à l’agonie l’ogre qui, pendant trente ans, avait craché sur nous tant de souffrance ! Car personne ne doutait que ce fût l’agonie si longtemps guettée du régime despotique installé ici par l’ancienne métropole en 1960, tenu à bout de bras par elle, aujourd’hui vaincu moins par la vaillance de ses ennemis que par la logique enfin dévoilée de sa nature d’enfant non viable, pareil aux bébés hydrocéphales. (Mongo Beti : 192)

Malgré le soutien à la dictature, l’auteur, dans un ton oraculaire, prédit la chute du monstre en proie à l’adversité et victime de sa tyrannie.

On ne voyait que trop au contraire quels désastres l’avenir poussait vers lui comme une meute de chiens hurleurs galopant encore au loin, certes, mais ventre à terre. Lui-même excepté, sans doute aussi ses protecteurs de l’ancienne métropole, chacun présentait maintenant que le destin du dictateur, instrument d’un monde présomptueux, dont il incarnait si bien l’aveugle entêtement et la déshumanisation, était de se fracasser un jour contre le mur. (Mongo Beti : 188)

Les fictions post retour d’exil de Mongo Beti cernent davantage les forfaitures de la France en Afrique noire francophone et montrent à suffisance cette ancienne métropole au centre d’une cruelle organisation des guerres civiles, des génocides et des coups d’Etat.

I-2- L’organisatrice des guerres civiles, des génocides et des coups d’Etat.

Les forfaitures de l’ancienne métropole sont nombreuses et les textes de Mongo Beti en rendent suffisamment compte. La guerre civile vécue dans le pays francophone décrit par le narrateur est explicitement évoquée dans L’Histoire du fou, et porte la responsabilité lointaine de l’ancienne métropole :« Trop heureuse de saisir enfin l’occasion d’une revanche facile sur ses déboires asiatiques, l’ancienne métropole jeta dans la balance son expérience de manœuvrière à la fois politique et militaire : elle installa un dictateur complaisant et lui fit endosser une guerre civile larvée. » (Mongo Beti 1994 : 13)La France qui sert de mentor à son dictateur l’aide à déclencher une guerre civile contre les révolutionnaires qui revendiquent l’indépendance totale du pays :

… Il n’avait pu présenter sa carte d’identité, crut pouvoir adoucir son tortionnaire en dénonçant à tout hasard Zoaételeu comme étant le maillon stratégique d’un réseau de militants clandestins et de guérilleros, tous acabits avec lesquels le chef de l’Etat porté à bout de bras par l’ancienne métropole, venait d’engager une guerre sans merci. (Mongo Beti 1994 : 14)

 

Autant la guerre est menée dans la province du centre contre les militants clandestins, autant elle est poursuivie à l’Ouest contre les maquis révolutionnaires, avec l’appui de l’ancienne métropole : « Quand enfin Zoaételeu reparut après six années peut-être plus interminables pour les siens que pour lui-même, et alors que le chef de l’Etat poursuivit contre les maquis révolutionnaires de l’Ouest une guerre qui s’exaspérait chaque jour et où s’épuisaient lentement les facultés de la nation… » (Mongo Beti : 15) L’auteur de Trop de soleil tue l’amour montre que, pour maintenir son emprise en Afrique, l’ancienne métropole est prête à tout. Le génocide au Rwanda est évoqué ici plusieurs fois et porte sa responsabilité lointaine : «  Nous n’aimons pas beaucoup les Français ici, déclarait le patron ; ces gens-là n’ont jamais oublié qu’ils ont été nos maîtres. Regardez ce qui s’est passé au rwanda. Ils sont prêts à tout pour maintenir leur emprise. » (Mongo Beti 1999 : 26) Si dans cette première allusion à la guerre civile et au génocide rwandais n’est pas très explicite, une vingtaine de pages plus loin, la responsabilité des Français est explicitement établie dans cette boucherie humaine : « Après leur génocide du Rwanda, ils ne devraient même pas sortir dans la rue. Si seulement kabila réussissait enfin à les expulser du zaïre… » (Mongo Beti : 47)

Le vœu formulé ici par le personnage d’Eddie montre non seulement l’omniprésence française en Afrique noire francophone, mais surtout toutes ses contributions désastreuses dans les massacres des populations dans cette partie du continent africain. D’ailleurs, d’un texte à l’autre, cette crise du Rwanda revient dans les propos d’Eddie, et sous la plume de l’auteur comme une véritable obsession :

C’est vrai, ça, faut pas toujours incriminer les toubabs. Des salauds, les toubabs. D’accord, tout à fait d’accord, ils le reconnaissent eux-mêmes parfois, comme en ce moment avec l’affaire du génocide du Rwanda et les dérives d’Elf aquitaine dans le golfe de Guinée ce qui est plus sympa, nous n’avons même plus de mérite à les dénoncer, les toubabs, quand ils s’y mettent, le font eux-mêmes mieux que nous. (Mongo Beti 2000 :207)

L’ancienne métropole est perçue dans notre corpus comme l’instigatrice principale des persécutions des leaders politiques et des coups d’Etat. L’emprisonnement du leader de l’UPC Félix Moumié porte les empreintes de la France, et PTC dénonce ce triste événement historique qui montre davantage la cruauté des Français : «  les Français, c’est le poison, rappelez-vous le Dr Félix Moumié- ou l’accident de la route. C’est raffiné, quoi, il y a la classe. » (Mongo Beti 1999 : 55) L’assassinat de Félix Moumié avait déjà fait l’objet de la préoccupation de Mongo Beti, hors fiction, dans son essai intitulé Main basse sur le Cameroun publié en 1972. Dans cet essai, il montre que c’est un agent des services secrets français qui s’était déguisé sous l’identité d’un journaliste pour commettre ce lugubre forfait :

Quant à Félix–Roland Moumié, autre chef révolutionnaire camerounais assassiné, là au moins il est impossible de laisser les services d’action psychologique d’Ahmadou Ahidjo vaticiner des échafaudages rocambolesques : Moumié comme je l’ai déjà dit d’ailleurs, fut tout bonnement empoisonné à Genève par un soi-disant journaliste, en vérité un agent des services secrets français, nommé Bechtel, avec lequel il avait eu l’imprudence à peine croyable de dîner en tête-à-tête. (Mongo Beti 1972 : 149)

L’historien camerounais de renom, Engelbert Mveng situe avec exactitude la date de cet empoisonnement le 3 Novembre 1960 : « Il est mort le 3 Novembre 190, en Suisse empoisonné par un certain William Bechtel, officier des services secrets français. (C’est la conclusion de l’enquête menée par la police fédérale suisse.) (Mveng 1985 :183)Les circonstances de cet empoisonnement sont bien élucidées par un upéciste, compagnon de lutte de Moumié :

On connaît la suite des événements : dans un premier temps, Bechtel parvient à gagner la confiance de Moumié à Accra en se faisant passer pour un journaliste. Ensuite, il lui conseille d’aller soigner son foie à Genève, chez de grands spécialistes qu’il pouvait lui recommander. Les deux hommes se retrouvent donc en Suisse, le Samedi 15 Octobre 1960, ils dînent dans un restaurant du vieux Genève : “le plait d’argent” (…) A son retour, une autre surprise : son vin a changé de goût, il est devenu paralysie des organes vitaux commence à le gagner. Médecin, il identifie le Thallium, un poison violent, et accuse la main rouge et le SDECE. Il mourra le 3 Novembre 1960 dans la clinique genevoise où on l’avait transporté. Betchel sera poursuivi, acquitté et blanchi par la justice helvétique. (Eyinga 1991 :128)

Les textes de Mongo Beti ne montrent pas seulement que la France sait organiser des guerres civiles, des génocides et des empoisonnements. Nous avons pu lire ses implications dans ces nombreux coups d’Etat et putches qui structurent ces fictions, et également ses arbitrages complices et complaisants : « Mais l’assaut brutal à la Kalachnikov, ça, c’est africain, c’est Mubutu contre Lumumba, Eyadema contre Sylvanus Olympio, Compaoré contre Sankara, ou Tombalbaye contre Outel Bono. » (Mongo Beti 1999 : 55)L’Afrique noire francophone post coloniale est peinte comme le théâtre des manœuvres politiques et militaires d’une ancienne métropole qui ruse à suffisance et manipule à volonté tous les chefs d’Etat à sa guise et à sa fantaisie.

Il se murmurait pourtant ici et là, et pas seulement dans l’entourage immédiat de l’avocat, que les chefs militaires dissidents se préparaient à une confrontation avec le nouveau pouvoir que, d’ailleurs, cette perspective troublait à en juger par les indices manifestes. Ils disposaient d’un armement redoutable, grâce auquel il leur suffisait de quelques semaines, au plus, pour balayer le nouveau chef de l’Etat et ses troupes. Ils s’étaient jusqu’alors retenus d’entamer les hostilités parce qu’ils s’interrogeaient à propos de l’attitude de l’ancienne métropole qui avait réussi à garder son soufrage secret, laissant croire à chaque camp qu’il accordait la préférence. (Mongo Beti 1994 : 171)

Cette attitude secrète de la France cache plutôt sa sournoise et sa duplicité, elle agit en faveur de son dictateur pantin :

La fraction élégante du public, s’aveuglant de ses illusions, se gaussait des préventions de démocratie venant de militaires présentés traditionnellement comme l’incarnation de l’esprit fascinant. L’ambassade de l’ancienne métropole, craignant d’être destituée de son statut d’arbitre, se bornait à insinuer auprès de qui voulait l’entendre des appréciations désenchantées sur la fraction militaire opposée au chef de l’état ; elle hésita d’ailleurs de moins en moins à lever son masque et à se poser carrément en mentor du seul chef de l’Etat et de son clan, ce qui n’incitait pas peu les deux camps à exacerber leur exécution mutuelle. (Mongo Beti : 177)

Les complots et les conjurations de l’ancienne métropole en Afrique noire francophone sont d’ailleurs bien reconnus par le Président François Mitterrand dans son allocution prononcée à l’occasion de la séance solennelle d’ouverture de la 16ème conférence des chefs d’Etat de France et d’Afrique :

De la même manière, j’interdirai toujours une pratique qui a existé parfois dans le passé et qui consistait pour la France à tenter d’organiser des changements politiques intérieurs par le complet et la conjuration. Vous le savez bien, depuis neuf ans, cela ne s’est pas produit et cela ne se produira pas.1

Il faut bien noter que ce discours de la Baule date du 20 Juin 1990, alors que François Mitterrand a été élu en 1981. L’aveu du Président François Mitterrand dévoile à suffisance les pratiques manœuvrières de la France néocolonialiste. S’il est établi que l’ancienne métropole s’illustre comme une excellente manœuvrière politique et militaire qui sait organiser des guerres civiles, des empoisonnements et des coups d’Etat, il faut encore lui reconnaître cette habilité à s’ingérer dans les affaires de ces colonies et d’y pratiquer un espionnage rampant.

 

I-3- Ingérences, et espionnage rampant des Français

Les rapports qui lient l’ancienne métropole à ses anciennes colonies sont tellement brumeux et opaques que l’on n’arrive pas clairement à comprendre en quoi ces dernières pourraient être appelées Etats souverains. En effet, leurs souverainetés politiques sont tellement entamées et désintégrées qu’elles fonctionnent comme de nouvelles colonies, car la France est omniprésente et veut tout contrôler ; c’est ce qui amène Norbert à dire ce qui suit à Georges :

Moi, je n’aime pas travailler avec les coopérants blancs, surtout les Français. Ils dérangent trop avec leurs méthodes. Nous sommes en Afrique ici, et pas chez vous autres. Les Toubabs veulent toujours tout savoir de ce qui se passe chez nous. Est-ce que je te demande comment ça se passe chez toi ? (Mongo Beti 1999 : 127)

Cette ingérence, le policier Norbert l’assimile volontiers à une recolonisation :

Comment ça, chez moi ? Protesta Norbert, je me suis plus chez moi ici ? Vous, les français, vous voulez faire la recolonisation maintenant ? Alors, c’est vrai ce qu’on dit dans les journaux indépendants ? Vous, les Français, vous venez nous recoloniser ? Les Toubabs reviennent pour tout prendre ? (Mongo Béti : 130).

L’ancienne métropole est omniprésente et ses immixtions se font remarquer même dans les milieux universitaires :

Mais l’opinion fut outrée de voir mettre en doute un événement aussi grave, auquel était sans doute mêlé, disait-on maintenant, le gouvernement de l’ancienne métropole, à moins que, coutumiers de l’immixtion dans les Républiques africaines, il n’eut orchestré lui-même ce qu’on commençait à qualifier de boucheries dans les milieux universitaires. (Mongo Beti 1994 : 95)

Nos analyses nous ont montré que la France s’ingère dans tous les domaines de la vie socio politique de ce pays d’Afrique noire francophone. Par ailleurs, nous avons pu lire dans tout notre corpus une rage d’espionnage rampant. Le personnage de Georges Lamotte dont l’identité réelle reste très floue aux yeux de beaucoup de personnages est le symbole même de l’espionnage français. Eddie n’hésite pas à lui rappeler que tous les Français sont des barbouzes : «  -est-ce que je ni inquiète de savoir si vous êtes une barbouze, moi ? Vous ne savez donc pas ce qu’on dit des français ici ? Que vous êtes tous des barbouzes. » (Mongo Beti 2000 : 47) Georges généralise d’ailleurs cette image à tous les Blancs qui résident sur le continent africain : « – Ecoutez bien, Eddie, déclara l’homme blanc. Je ne sais même pas ce que veut dire ce mot. De toute façon, vous ne me croiriez pas. Tous les blancs en Afrique sont des Barbouzes, vous seriez bien le seul à échapper à ce fantasme. » (Mongo Beti : 223) S’il est vrai que Georges ironise ici, il n’en demeure pas moins vrai qu’il est régulièrement indexé comme une barbouze. Dans ses conversations avec Bébète, cette dernière y insiste : « on dit que tous les Français sont des barbouzes. Tu es une barbouze ? Pourquoi tu m’as caché… » (Mongo Beti 1999 :95) Georges apparaît désormais comme un bon serviteur de la coopération franco-africaine :

Le lendemain, le directeur de l’ANDECONINI, à qui Georges venait de rendre compte en bon serviteur de la coopération franco-africaine, lui déclara ; – Bravo, chers ami, trois fois bravo ! Vous n’imaginez pas le prix des informations que vous nous apportez là ; en fait elles n’en ont pas. Encore une fois, bravo. (Mongo Beti : 202)

L’image qui se dégage aussi de cette ancienne métropole est celle d’un pays qui excelle dans les fraudes électorales et qui sait également manipuler l’opinion.

I-4- La France fraudeuse et manipulatrice de l’opinion

Trop de soleil tue l’amour est le roman du retour des exilés. C’est aussi un regard posé sur certains dysfonctionnements perceptibles dans la vie politique de l’ancienne métropole qui se projette comme modèle de fraudes électorales. Autant elle aide ses protégés dictateurs africains à frauder à chaque scrutin électoral, autant elle-même manipule les urnes :

C’est pour ainsi dire une institution dans ces pays là mêmes qui se prétendent de vieilles démocraties, sinon les inventeurs de la démocratie. Sinon les inventeurs de la démocratie. Camarades, est-ce que vous connaissez le nombre de demandes d’annulation déposées devant les tribunaux après la récente élection s législatives françaises ? Trois cent cinquante six, pas une de moins, camarades. Il n’y a de demande d’annulation que s’il y eu fraude cela concerne la moitié des députés français. La moitié des députés français ont été élus grâce à la fraude. (Mongo Beti 2000 : 192)

Dans l’étude que nous avons faite sur l’image du Président dans les derniers romans de Mongo Beti, il nous a été donné de constater que ce dictateur qui bénéficie des protections de l’ancienne métropole est un tyran qui spolie la presse dite indépendante pendant que la presse gouvernementale est contrôlée et instrumentalisée comme outil de propagande politique et de manipulation de l’opinion. Nous avons pu lire aussi les traces de la presse étrangère, en l’occurrence la presse écrite et la presse électronique françaises. Il s’agit d’une presse complaisante et complice de la dictature qui sévit ici. Dans la monotonie existentielle qui sévit dans cette république bananière, la presse française apparaît comme la seule diversion : « Les journaux du monde civilisé, seule diversion au désespoir rampant, arrivent avec une semaine de retard. » (Mongo Beti 1999 : 12)La presse écrite française dont on retrouve les traces dans L’Histoire du fou est l’Univers. La légèreté avec laquelle elle gère les informations qu’elle diffuse montre une carence très grave dans la déontologie et dans l’éthique de la profession journalistique. Le narrateur note :

Tout semblait avoir commencé avec un journal de l’ancienne métropole, l’univers, quotidien paraissant le soir, qui, en évoquant l’affaire du marabout des putschistes, sans avoir dépêché d’envoyé spécial sur place, sans bénéficier des conseils et de la documentation d’aucun correspondant local(…) s’était autorisé à d’écrire par la caricature la situation politique du pays. (Mongo Beti 1994 : 94)

L’univers est une presse méprisante qui est au service de la dictature. Toutefois, son manque de professionnalisme porte entorse à l’image même du dictateur qu’elle protège : « Au lieu de l’effet de désamorçage espéré, le mépris affiché par l’univers avait abouti au résultat exactement inverse, qui allait rendre plus périlleuse que jamais la position de son protégé, le dictateur chef de l’Etat. »(Mongo Beti : 95)

La presse de l’ancienne métropole est un outil de manipulation de l’opinion utilisé dans sa diversité pour nettoyer et pour embellir l’image du dictateur qu’elle protège :

Le pays était livré à ce que, avec le recul, je ne peux appeler autrement qu’une anarchie policière. L’ancienne métropole avait eu beau se démener dans la coulisse, inspirer des articles de presse remplis des plus nobles références, commander à la hâte des ouvrages aussi savants qu’il est imaginable, financier à grands frais des reportages télévisés à la gloire de son protégé, l’image de sa position que laissait le chef de l’Etat n’était pas, (…) une dynastie victorienne… » (Mongo Beti 1994 : 187)

Par contre, cette presse pro impérialiste au service de la dictature est très apte au dénigrement et à la moquerie, quand il est question de l’Afrique noire francophone :

En revanche, une information fâcheuse à propos des ressources de sieur Ndibilongo Joachim ne serait pas seulement préjudiciable, à son image personnelle, elle éclabousserait toute l’élite de notre société toujours exposée au dénigrement et aux moqueries de l’étranger. Les médias de là-bas, qui voient bien la paille dans nos yeux mais ignorent la poutre des leurs, auraient tôt fait d’extrapoler et de généraliser. (Mongo Beti 2000 : 328-329)

Dans les rapports qui existent entre l’ancienne métropole et ses anciennes colonies, la francophonie apparaît aux yeux de Mongo Beti comme un instrument d’oppression et non de partage. A cette francophonie politique qui sert essentiellement à instituer et à perpétuer la conquête sous le couvert du partage linguistique s’ajoute les relents de racisme et de xénophobie français.

I-5- Les dérives de la Francophonie, le racisme et la Xénophobie de la France

S’il est vrai que la Francophonie fait l’objet de deux mentions seulement dans notre corpus, nous avons noté toutefois qu’elle ne bénéficie pas d’une appréciation favorable. Bien au contraire, non seulement on lit un rejet des Français, mais aussi celui de leur Francophonie : « Les français, nous n’en voulons plus ici, mais alors plus du tout. Mais est-ce que c’est leur problème ? D’abord ce fut leur foutu franc CFA, une vraie calamité. Et voilà qu’ils viennent en plus nous casser les pieds avec leur francophonie. » (Mongo Beti 1999 : 27)

Mongo Beti pense que la Francophonie linguistique est irréelle, ou plutôt un mensonge :

…Comment prétendre coopérer avec un peule sans parler la langue où il bègue depuis des millénaires ? Voyez-vous, messieurs, la francophonie est un concept mensonges, au moins sur le plan linguistique, et sans doute sur tous les autres. Mais il faut faire avec, que voulez vous ? Au demeurant, qu’est-ce que le mensonge, sinon un synonyme de la politique parmi d’autres ? (Mongo Beti 2000 : 128)

Que ce soit dans ses fictions ou hors fiction, l’écrivain contestataire garde une position très critique face à la francophonie. Dans le rebelle II, il la dénonce avec véhémence lorsqu’il dit :

Non, je ne le crois pas du tout, je l’ai dit très souvent. D’ailleurs, je suis contre la francophonie des Français, c’est un instrument d’oppression. C’est un échafaudage d’idées, qui d’ailleurs n’ont rien à voire avec la langue française, conçue pour maintenir les Africains sans autel. Ça n’est pas du tout un instrument de développement, ni de libération, puisque tut ce qui concerne la francophonie, institution, argent, vient de la France. L’initiative est absolument aux Africains et d’ailleurs, en Afrique, on préfère les chefs d’Etat aux écrivains, qui sont pourtant les dépositaires de cette langue française. ( Djifack 2007 : 163)

Si la Francophonie des Français est perçue par Mongo Beti comme un instrument d’oppression au service du néocolonialisme, il apparaît également très clair que cette ancienne métropole est dépeinte comme raciste et xénophobe, au regard de l’arsenal des lois Pasqua sur l’immigration qui rendent l’entrée et le séjour en France très compliqués, et compte tenu de l’idéologie développée et étendue par la lepénisation. Théorie fondée sur l’idée de la supériorité de certaines races sur les autres, le racisme est un ensemble de comportements fondés, consciemment ou non, sur cette théorie, sur cette doctrine. Dans notre corpus, deux noms français sont rattachés au racisme et à la xénophobie des Français. Le narrateur fait allusion à Jean Marie le Pen et à son idéologie politique en ces termes : « … à l’époque de cette chronique, polluée par une lepénisation galopante, Eddie, accusé de trafic de stupéfiants, a été expulsé de Franc par charter. » (Mongo Beti 1999 :43) En effet, la lepénisation est un néologisme politique qui désigne l’appropriation progressive par le public de tout ou partie des thèmes développés par Jean marie le Pen, le leader du Front National à cette époque. La lepénisation est une idéologie d’autant plus dangereuse qu’elle est très redoutée, même dans les Lycées français des anciennes colonies, comme le remarque si bien, le jeune journaliste :

En tout cas, le proviseur n’en voulait pas, de ce groupuscule. Il menaçait de chasser le jeune homme, qui le traitait de raciste, de lepéniste et même de nazi. Ca agaçait le proviseur, mais ça le paralysait aussi, c’est quand même fâcheux de se faire traiter publiquement de lepéniste ici, c’est très mauvais pour la carrière, d’autant qu’il n’ a effectivement des problèmes de racisme au Lycée français. (Mongo Beti 2000 : 74)

Quant à Charles Pasqua, le narrateur affirme : «  C’était au début des années 80, bien avant que cela ne devienne une mode avouée avec le Ministre Charles Pasqua lors de la première cohabitation. » (Mongo Beti : 43) Bébète qui maîtrise l’actualité en France avoue à Georges qu’elle ne se ferra pas ridiculiser par les lois Pasqua : « pas question de quitter mon pays (…) est-ce que tu dois même si on me laissera sortir de l’avion une fois dans ton pays ? Et les lois Pasqua, tu en fais quoi ? Une crème de goyave ? » (Mongo Beti : 94) En effet, nommé ministre de l’intérieur dans le premier gouvernement de cohabitation lorsque Jacques Chirac était premier ministre de François Mitterrand, de 1986 à 1989, Charles Pasqua, à cette fonction, est l’auteur de la loi portant son nom, rendant plus difficile le séjour des étrangers en France. De 1993 à 1995, il est à nouveau ministre de l’intérieur du gouvernement Balladur, alors premier ministre de François Mitterrand, la réforme du code de la nationalité française dite “ réforme Pasqua” est votée par le parlement. Parlant de l’immigration africaine en Europe, Georges fait cette réflexion :

En réalité, l’Afrique demeure le plus grand commun diviseur de la classe politique française, pas tellement dans l’expression des bonnes intentions, là tout le monde est d’accord, mais dans les attitudes concrètes, c’est tout à fait autre chose. Au moins à propos de l’immigration, tous les observateurs en retrait de la scène politique sont unanimes : au sahel, par exemple, c’est le sauve- qui peut des jeunes vers l’abondance et la liberté, c’est -à – dire vers l’Europe… » (Mongo Beti : 2000 : 129)

Cette abondance et cette liberté paraissent illusoires d’autant plus que nous notons des vagues d’expulsions par charters décriées par l’auteur. Le porte-parole de Mongo Beti sur cette question épineuse est Georges qui affirme : « Rappelez-vous l’église saint-bernard et Jugez si la situation est grave. Bien fait. Nous avons détruit l’Afrique, l’Afrique va nous détruire à sa manière, celle de miséreux… » (Mongo Beti : 129) Les allusions aux expulsions par charters sont récurrentes dans Trop de soleil tue l’amour qui est le récit des retours des exilés au pays natal. Mais, pour beaucoup, c’est un retour forcé et déshumanisant qui traduit la xénophobie des Français : « …les Français nous sortent par les yeux avec leur francophonie et leur franc CFA, et voilà qu’ils se mettent à expulser nos frères de chez eux, et encore par charters entiers… » (Mongo Beti : 47)

Le rapatriement par charters est d’ailleurs très mal perçu, car les expulsés en sortent violentés, comme Eddie : « N’empêche qu’Eddie sans conteste un des plus beaux spécimens d’homme aigri et amer, sans doute parce qu’il avait été rapatrié par charter, il faut reconnaître à sa décharge que c’est là une épreuve à laquelle on survit généralement très mal. » (Mongo Beti : 98) Le narrateur trouve inhumains ces expulsions par charters qu’il compare à une sorte de mort :

Tiens, il y’aurait peut-être un roman ou une pièce de théâtre à écrire un jour sur ce thème, qui s’intitulerait : y’a-t-il une vie après les charters ? Pas bête du tout comme idée. Pas bête du tout. Les jeux ne se figurent pas combien c’est terrible d’être ramené chez soi par un vol charter. Il faudrait expliquer, le public réaliserait peut-être ce qu’il y a d’inhumain dans cette procédure. (Mongo Beti : 98)

L’image d’une manœuvrière politique et militaire collée à l’ancienne métropole n’est pas une illusion, au regard de l’argumentation sus-menée qui a pris appui sur les trois derniers romans post retour d’exil de Mongo Beti. S’il est vrai que les dictateurs d’Afrique francophones sont de dignes serviteurs très loyaux du système colonial, si ces pays se trouvent submergés par les vagues de guerres civiles, de génocides et de coups d’Etat récurrents, il faut tout simplement reconnaître que la décolonisation gaulliste consacre le retour à l’âge d’or de l’exploitation coloniale. Comme la deuxième partie de cette réflexion va le démontrer, l’image de la France est davantage celle d’une manœuvrière économique véritable prédatrice qui désintègre les souverainetés économiques de ses anciennes colonies.

II- LES MANŒUVRES NEOCOLONIALES D’EXPLOITATION ECONOMIQUE

La France manœuvrière est d’une présence envahissante en Afrique noire francophone où elle est très puissante, grâce aux multiples tentacules de ses multinationales qui contrôlent l’essentiel de l’économie. C’est ce que les critiques appellent le néocolonialisme .En effet, le néocolonialisme est défini comme suit : « Le Néocolonialisme désigne, à partir des années 1960, les diverses tentatives d’une ex-puissance coloniale de maintenir par les moyens détournés ou cachés la domination économique ou culturelle sur les anciennes colonies après leur indépendance »1La mainmise française sur les matières premières africaines a fait l’objet de la préoccupation de beaucoup de critiques. Mongo Beti, cité par Jooned Khan, affirme :

La France est encore très présente en           Afrique’’, dit-il, sur un le ton du simple constat.’ Le pétrole ,le gaz ,les richesses minières, les banques, les forets, les déchets toxiques, depuis le Congo-Brazzaville jusqu’en Cote d’Ivoire ,en passant par le Gabon, le Cameroun, la République Centrafricaine ,le Tchad ,le Niger, le Bénin, le Togo et le Burkina Faso .Cette vaste région est aux mains de toutes sortes ,plus ou moins reliées des intérêts français. (Khan 2010 :2_3)

 

II-1- Monopoles français et prédation des richesses

En Afrique noire francophone, l’ancienne métropole a mis sur pied une série de mécanismes très solides qui vont lui garantir, à très long terme, sinon éternellement, une série de monopoles économiques qui vont lui assurer une prédation éhontée des richesses.

II-1-1- Le Monopole des importations et des exportations

Plusieurs critiques ont pu affirmer que la France a une hantise morbide de perdre ses anciennes colonies. Pour ne pas y arriver, elle s’est assuré un certain nombre de monopoles. Parmi ces monopoles, Mongo Beti dénonce la main mise sur les importations :

Ecoutez-moi là : pourquoi je dois passer par un concessionnaire français d’ici, et non pas un compatriote, si je veux acheter une voiture japonaise ? Pourquoi pas un compatriote concessionnaire ? Pourquoi nous sommes indépendants alors si nous ne pouvons même pas avoir un des nôtres concessionnaire de marques japonaises ? (Mongo Beti 1999 : 26)

 

1-http://fr.wikipedia.org/wiki/N0/0c30/0A90colonialisme

 

Le personnage de PTC pose là une question capitale qui touche à la souveraineté économique du pays. Il montre très clairement que la France s’assure le monopole de l’import-export, et exclut les autochtones de ces circuits économiques. L’autre mécanisme économique de domination française sur ses anciennes colonies est le franc CFA qui est une véritable camisole qui contraint ces dernières à commercer en priorité et dans les conditions préférentielles avec elle.

II-1-2-Le Franc CFA : Une monnaie coloniale de domination

Pour beaucoup de politologues des relations entre la France et ses anciennes colonies, la domination politique et militaire des anciennes colonies s’accompagne d’une domination économique par le truchement du franc CFA, monnaie contrôlée par la Banque de France. Pour Mongo Beti, le franc CFA est une véritable calamité : «  Les Français, nous n’en voulons plus ici, mais alors plus du tout. Mais est-ce que c’est leurs problèmes ? D’abord ce fut leur foutu franc CFA, une vraie calamité. » (Mongo Beti : 27) Nous constatons que PTC, le responsable du journal. Aujourd’hui la démocratie parle de cette monnaie issue de la colonisation avec beaucoup de mépris et de distance. Il emploie les termes très dévalorisants comme : « foutu » et « calamité ». En effet, le terme «  foutu » connote la ruine, la perte de valeur, alors que la “calamité”est un désastre collectif qui afflige tout un pays. Le pétrole est la ressource naturelle la plus convoitée par l’ancienne métropole, au regard de ses enjeux politiques et économiques. Parlant de la perte de la valeur du Franc CFA autrement appelée dévaluation, Ambroise Kom qui se démarque comme grand observateur de ses fluctuations souligne l’impacte grave de cette dévaluation sur la baisse des salaires et sur le pouvoir d’achat des Camerounais :

Je n’insisterai pas sur l’histoire du franc CFA crée en 1948 .Amarré au franc français depuis lors, il a cours dans quatorze pays d’Afrique noire. Sa dévaluation de 50° /° survenue en Janvier 1994, c’est connu, a engendré d’énormes perturbations économiques. Au plan scolaire, livres et autres matériels didactiques, presque tous importés d’Europe depuis toujours ont vu leurs prix multipliés par deux à un moment où dans un pays comme le Cameroun, les salaires des agents publics avaient subi, peu avant ladite dévaluation une diminution de l’ordre de 75°/°. ( Kom 2000 :125 )

II-1-3- Le Pétrole  africain : Un Monopole d’ELF Aquitaine

Nos analyses nous ont fait comprendre que l’ancienne métropole pille systématiquement les ressources naturelles de ses anciennes colonies avec la mise en place du système ELF qui vise à assurer la main mise sur le pétrole : « …Comme ELF Aquitaine avec le pétrole en Afrique centrale… » (Mongo Beti : 55)

Le narrateur mongo bétien montre quelles sont les manœuvres diverses de l’ancienne métropole qui complote pour mettre en place ses suppôts afin de bien pomper librement le pétrole africain :

Pour le uns, elle avait fait son chouchou du chef de l’Etat, et pour rien au monde elle ne l’abandonnerait. Elle enverrait ses soldats si le dictateur était menacé de quelque façon. Pour d’autres, elle encourageait en sous-main le Ministre d’Etat qui s’était engagé, s’il devenait le maître, à lui abandonner la maîtrise totale de l’exploitation du pétrole national… (Mongo Beti 1994 :133)

Parlant de la nébuleuse ELF en Afrique et ses objectifs, son Président Loïck le Flock-Prigent affirme :

On va appeler un chat un chat : ELF a été crée pour maintenir l’Algérie et les Noirs nègres dans l’orbite française par le biais du pétrole. Avec les Algériens, ça a capoté. Avec les rois nègres, ça se poursuit. Le système a été crée pour permettre cette opacité. Le Président d’ELF est donc un «  Ministre bis » de la coopération. C’est pourquoi le Général de Gaule avec son homme de l’ombre Foccart a placé à sa tête un homme des services secrets. Et c’est pourquoi ELF a de tout temps financé les services secrets. ELF avait donc trois objectifs : industriel, diplomatique et politique. [1]

Beaucoup de critiques ont pu faire l’état des lieux pour mettre en relief les véritables ramifications de cette grosse machine multinationale en Afrique noire francophone. Pour Ambroise Kom, Elf tire les soixante quinze pour cent de sa production au Golfe de Guinée, ce qui explique tous les enjeux que cela représente à ses yeux :

Elf-Aquitaine est une puissance, c’est un Etat dans l’Etat en France .C’est là-bas la première entreprise, la plus puissante .Et elle fait des bénéfices énormes .D’où est_ce qu’elle tire les 75 de sa production pétrolière ? Du Golfe de Guinée, c’est-à-dire d’Angola, du Gabon, du Congo, du Cameroun et du Nigéria. Elf ne peut pas accepter qu’il y ait une incertitude dans les approvisionnements en pétrole de la France Pas d’incertitude donc, pas de nouveau venu comme président, pas d’alternance. ça me parait comme une analyse beaucoup plus percutante, beaucoup plus pertinente, beaucoup plus opérationnelle que toute autre spéculation. (Kom : 157)

S’il est un scandale politique et écologique qui revient de manière obsessionnelle au fil des textes de Mongo Beti, c’est bel et bien la question de l’exploitation frauduleuse et massive des essences forestières.

II-1-4- La Main -mise française sur les forêts africaines

L’exploitation forestière est une exclusivité française. L’ancienne métropole emploie une stratégie qui consiste à en stocker en prévision, sur plusieurs décennies :

Tu as orchestré une campagne à propos de l’exploitation forestière, et quand tu touches au bois ici, forcément, tu énerves les Français ; c’est la thèse de PTC. Il en connaît un bout sur la question, pas le même que toi, l’autre bout. A l’en croire, les Français sont en train de stocker les bois tropicaux pris chez nous en prévision d’une pénurie de bois de menuiserie et de décoration qui va concerner les années 2020 ou 2030. (Mongo Beti 1999 :54)

La question de l’exploitation abusive et frauduleuse des grumes est au centre des fictions post retour d’exil de Mongo Beti. A en croire Georges, l’or vert est au centre des manœuvres politiques de la France qui redoute un éventuel changement politique :

– je ne crois pas, dit le corse, il n’ y a pas de fumée sans feu. Savez-vous pourquoi vous ne m’avez pas eu d’élections libres, ni même d’élection du tout ? Pressions des forestiers, qui redoutent un changement, la pire éventualité à leurs yeux. C’est toujours l’enjeu. Elections, oui, à condition qu’elles soient gagnées d’avance par leur homme, avec l’approbation de Paris. (Mongo Beti 2000 : 136)

Les forestiers, quant à eux, plaident pour leur thèse, une thèse selon laquelle l’arrêt de leur activité léserait l’Etat africain qui ne vit en grande partie que de ses taxes : « Les forestiers se succédèrent à la tribune pour développer unanimement la thèse improbable selon laquelle l’interdiction d’exporter les grumes allait surtout léser l’Etat africain, dont le budget était alimenté pour une aprt considérable par les taxes frappant cette activité. » (Mongo Beti : 138-139) Toutefois, le directeur de l’ANDECONINI dénonce une grosse mafia française qui s’appuie sur des complices locaux :

– Pas grand-chose répondit le directeur de l’ANDECONINI, sinon que ces gens- là, forts de la complicité des dirigeants africains très intéressés et d’autres appuis que je n’ose pas expliciter, se dérobent à toutes les velléités de contrôle et se livrent à des activités frauduleuses. J’ai entendu parler de pratiques à peine croyables, comme de grumes acheminées jusqu’à l’océan pour flottage à l’abri de tout regard le long de rivières des villages riverains à travers la forêt équatoriale. (Mongo Beti : 135)

Pour Georges, l’exploitation abusive des grumes au quotidien est tout simplement un véritable crime écologiste, voire un crime contre l’humanité : « les grumes sont toujours acheminées par milliers chaque jour vers le grand port. Vous pouvez le voir, vous qui êtes sur place. C’est un véritable crime écologiste, assimilable même, à mon avis, à un crime contre l’humanité. » (Mongo Beti : 136) Mongo Beti, comme nous l’avons vu plus loin, montre que l’Afrique noire francophone n’a pas de souveraineté monétaire, car le franc CFA est un instrument de domination, un goulot d’étranglement pour le développement des économies africaines. Il montre également que cette Afrique-là est victime des monopoles tant sur l’or noir que sur l’or vert. En outre, nous avons pu déceler chez cet écrivain dit rebelle, la dénonciation d’une France qui contraint ses anciennes colonies à l’endettement auprès du Fonds Monétaire International et auprès de la Banque Mondiale.

II-2- Le FMI et la Banque Mondiale : Institutions financières de domination impérialiste

Les rôles de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International sont très ambigus dans notre corpus. En effet, comme il a été démontré plus haut, le franc CFA est considéré par Mongo Beti comme une monnaie “ foutue”. Il s’agit d’une monnaie :

Crée initialement en 1939, juste avant la deuxième guerre mondiale, de fait le franc CFA est officiellement née le 26 Décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première déclaration de parité au Fonds Monétaire Internationale (FMI). Il signifie alors «  franc des colonies françaises d’Afrique ». Il est alors émis par la caisse centrale de la France.[2]

Le narrateur de Mongo Beti montre que le dictateur maladroit et impotent a fragilisé l’économie de la république bananière qu’il dirige .Après ces dérives, il fait régulièrement appel au secours du Fonds Monétaire international et de la Banque Mondiale pour sortir de l’impasse financière qu’il a crée. Toutefois, ces prêts ne sont pas destinés à solder la dette intérieure, mais ils sont destinés à rembourser la dette extérieure uniquement :

L’atmosphère s’alourdit brusquement, les sarcasmes contre les militaires se transformèrent en grimaces lorsqu’il fut annoncé que le chef de l’Etat avait fait appel au Fonds Monétaire International et à la Banque Mondiale pour l’aider à se dépatouiller d’une impasse des finances nationales qui s’apparentait à la banqueroute. Le plus urgent, apparemment, était de rembourser la dette extérieure, dont le montant exact n’avait d’ailleurs jamais été publié. (Mongo Beti 1994 : 177)

Plus loin, nous voyons ces institutions faire pression sur lui afin qu’il améliore son système de gouvernance :

Cela ne s’était jamais vu depuis l’indépendance. Le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale firent parallèlement pression sur le chef de l’Etat pour qu’il mette fin à la corruption, au gaspillage et à l’évasion frauduleuse des capitaux. On lui suggérait avec insistance d’accepter l’entrée dans le gouvernement d’hommes intègres et compétents, au lieu des membres de sa famille. (Mongo Beti : 178)

Quelques pages plus loin, le narrateur revient sur les conditions déplorables des salariés misérables, et le refus de ces deux institutions de traiter avec le gouvernement du dictateur :

Les salaires des fonctionnaires n’avaient pas été versés depuis trois mois. Il se chuchotait d’ailleurs que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale avaient renoncé à traiter avec le gouvernement du dictateur, faute des réaménagements politiques suggérés longtemps par eux avec insistance mais en vain. (Mongo Beti : 193)

Les visées de ces institutions ne sont pas humanitaires, mais impérialistes, car au lieu de mettre l’accent sur le social et dans les secteurs importants que sont l’éducation et la santé, elles mettent davantage l’accent et la priorité sur le remboursement de la dette. Ces mécanismes capitalistes et impérialistes sont décriés par les exilés qui sont de retour : « Se scandalisaient-ils des financements dérisoires de l’éducation et de la santé ? Priorité au remboursement de la dette, leur rétorquent la banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. » (Mongo Beti : 75) Malgré les pressions faites sur le dictateur mais sans succès, ces institutions gardent de bonnes relations avec ce dernier : « Nos relations avec le Fond Monétaire International et la Ban que Mondial ne sont-elles pas au beau fixe aujourd’hui ? De quoi avez-vous donc peur, toutefois en peau de lapin ? « (Mongo Beti : 194) Cette complicité avec la dictature est bien confirmée et mise en exergue par le narrateur qui ironise en ces termes :

Ou alors un envoyé Yankee du FMI en compagnie du Président de notre république bananière, costumés trois pièces l’un et l’autre pas 35°C à l’ombre comme des clowns débiles, cravatés jusqu’au bord supérieur de la lèvre inférieure, trimbalés dans une Mercedes aux vitres teintées, ça se voit beaucoup ici aussi, et c’est pas triste non plus, ces deux-là peuvent marcher ensemble et même bras dessus bras dessous, personne ne s’en offusquera. (Mongo Beti 2000 : 29)

Tout ce qui précède permet au FMI et à la Banque Mondiale d’imposer des plans d’ajustement structurels à ces pays francophones d’Afrique noire, consistant en grande partie de programmes de privatisation qui résultent en une détérioration de la santé et de l’éducation en même temps qu’à la paupérisation des populations. Au final, ces institutions financières qui sont de mèche avec l’ancienne métropole sont de véritables agences, gestionnaires de l’impérialisme du capitalisme hégémonique.

 

 

CONCLUSION

Au regard des analyses sus- menées, compte tenu des résultats obtenus, nous constatons avec certitude que Mongo Beti se positionne résolument comme un écrivain rebelle très radical dont les regards posés sur ce qu’il appelle le long de ses récits “ l’ancienne métropole” sont sans complaisance. Il ressort de ses trois dernières fictions une image d’une France extrêmement possessive et d’une présence très cupide, vorace et envahissante en Afrique noire francophone, malgré les indépendances de façade octroyées à ses anciennes colonies. Ses manœuvres politiques et militaires consistent à installer de véritables marionnettes au pouvoir pour mieux contrôler l’appareil politique. Ces pantins qui n’ont aucun compte à rendre aux peuples règnent en maîtres absolus en s’appuyant sur l’armée et sur la police très violente. Il en ressort une dictature sanglante et fourbe qui militarise la vie socio politique. Cette même France qui n’est pas explicitement évoquée ici est au centre d’une cruelle organisation des guerres civiles, des génocides et des coups d’Etat à répétition. Ses ingérences dans tous les secteurs de la vie socio politique ajoutées à ses vagues d’espionnage font d’elle une France néocoloniale. Son racisme et sa xénophobie se lisent sur l’arsenal des lois Pasqua sur l’immigration, ainsi que sur les expulsions barbares des sans papiers et les évacuations par charters que sur la lepénisation galopante. Les manœuvres économiques de l’ancienne métropole sont clairement dénoncées par Mongo Beti qui montre qu’elle est une véritable prédatrice des richesses naturelles de ses anciennes colonies dont elle s’assure les monopoles. Ces monopoles concernent les importations et les exportations, la monnaie issue de la colonisation, le pétrole et les forêts entre autres. Mongo Beti met également un accent sur les moeurs désintégrées des Français qui mènent une sexualité débridée dans ces anciennes colonies.

 

Références bibliographiques

I-CORPUS

Mongo Beti. (1994), L’Histoire du fou, Paris, Julliard.

Mongo Beti. (1999), Trop de soleil tue l’amour, paris, Julliard.

Mongo Beti.(2000), Branle-bas en noir et blanc, Paris, Julliard.

II-OUVRAGES GENERAUX

Djiffack, André 2007 : Le Rebelle II, Paris : Gallimard.

Eyinga, Abel 1991 : L’UPC, Une révolution manquée ? Vol 13, Paris : Editions Chaka .

Fenkam, Frédéric 2003 : La révélation de Jean Fochivé, Paris : Editions Minsi .

Kom, Ambroise 2000 : La malédiction francophone, Ydé : CLE.

Kom,Ambroise   2002 :Mongo Beti parle ,Bayreuth African Studies 54.

Mongo Beti. 1972 : Main basse sur le Cameroun, Rouen : Editions François Maspero.

Mveng ,Engelbert 1985 :Histoire du Cameroun ,Tome II ,Ydé :CEPER.

 

III-ARTICLES

Khan, Jooneed 2010.”Mongo Beti et le blues de l’Afrique naufragée” in SAMBE, N0 16 – Juillet – Décembre.

Kroubo Dagnini, Jérémie 2008. « Dictatures et protestantisme en Afrique Noire depuis la décolonisation :le résultat d’une politique franco-africaine et d’une influence américaine certaine »HAOL,NUM 17 .

IV-DISCOURS

Discours de François Mitterrand à La Baule ,20 Juin 1990.

V -WEBOGRAPHIE

http://fr.wikipedia.org/w/index.php?tille=franccfafold did= 78 13 65 19.

http://fr.wikipedia.org/wiki/N0/0c30/0A90colonialisme

www.dvdelflapompeafrique.com/elf-Pompe-afriquesynopsis

 

[1] www.dvdelflapompeafrique.com/elf-Pompe-afriquesynopsis.

[2] http://fr.wikipedia.org/w/index.php?tille=franccfafold did= 78 13 65 19.

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