Auteur: Rodrigue Marcel Ateufack Dongmo

Rodrigue Marcel Ateufack Dongmo est né à Dschang, une petite ville de la région de l’Ouest Cameroun. Membre de la “Cameroon Debete Association“, Initiateur de “l’Association pour la Défense et la Promotion du CamFranGlais“ (ADPC). Rodrigue Marcel Ateufack Dongmo est originaire de l’Ouest Cameroun. Il a été assistant de littératures de langue française au romanisches seminar de l’université de Zurich (Suisse), où il défendu une thèse de doctorat PhD sur les représentations littéraires de la diaspora africaine de France. Il est auteur de plusieurs articles et d’un ouvrage intitulé "L’intermédialité comme paradigme de l’écriture romanesque". Ses travaux s’articulent autour des rapports de la littérature aux autres médias et aux autres domaines du savoir ; les questions identitaires et les représentations littéraires de l’Afrique.

“Francophonie, postcolonialisme et mondialisation”, un livre d’Yves Clavaron

Yves Clavaron, Francophonie, postcolonialisme et mondialisation, Classiques Garnier, 2018, 258 pages

Francophonie, postcolonialisme et mondialisation est un ouvrage d’yves Clavaron publié en 2018 aux éditions Classiques Garnier. Comme l’indique son titre, il s’articule autour des notions de francophonie, de postcolonialisme et de mondialisation, trois notions dont l’auteur se propose de « mettre en jeu les interrelations » (13). « Les littératures postcoloniales ou migrantes [découplent] l’association langue/nation » (11), soulignant ainsi les limites d’une telle association dans les études littéraires. Par ailleurs, le contexte de mondialisation rend obsolète « le schéma traditionnel de l’Etat-nation et de ses frontières, [ce qui invite à nous] déprendre du « nationalisme méthodologique» pour prendre en compte la « cosmopolitisation » contemporaine » (11). A partir de ces deux constats, l’auteur entreprend « d’examiner la place des littératures d’expression française dans le cadre de la mondialisation tout en élargissant la réflexion à des phénomènes non spécifiquement francophones, de relier les cultures de la décolonisation, de l’immigration et de la mondialisation dans une planétarité où s’entend encore le français » (13). Il se propose ainsi de « construire des espaces littéraires transnationaux inédits, où la langue française renouvelle les modèles politiques qui lui sont traditionnellement associés  (…) par une pratique poétique de la différence (…) et de la résistance dans les domaines mondialisés qu’elle investit (…) » (13). Ce projet est fondé sur l’hypothèse selon laquelle les « Globalization Studies » constituent une voie de sortie « des représentations sociopolitiques exclusivement nationales et un prolongement des études postcoloniales » (12). [A ce titre], elles marquent la fin «d’un intérêt pour les processus d’impérialisme culturel ou de néo-colonialisme [au profit] des phénomènes d’ambivalence, de relativisme et d’interrelations au sein d’une société globale innervée par des flux transnationaux (…) » (12). Dans cette dynamique de passage et d’échange, « la dimension conflictuelle ou antagoniste s’estompe » (12). L’auteur considère également que « la francophonie » et ses littératures sont une « opportunité d’humanisation de la mondialisation » (12). Globalement, la réflexion de cet ouvrage comporte deux mouvements structurés en cinq sections qui charrient la thèse suivante : le déclin de l’Etat-nation nourrit des pratiques culturelles et littéraires qui se veulent transculturelle, hybride et anti-impérialismes, suggérant ainsi une « post-francophonie » à l’échelle planétaire portée par une « littérature-monde » qui transcende les frontières culturelle, nationale et linguistique et qui invite par son anti-impérialisme et son caractère monde à prendre en compte les « problématiques écologistes ». Le concept de « littérature-monde en français » apparaît ainsi comme un catalyseur à l’élaboration de dynamiques nouvelles. L’originalité de l’ouvrage réside entre autres dans sa proposition de deux outils d’analyse globalisant pour cerner un monde globalisé : le « comparatisme global » et l’ « écocritique postcolonial ».

Pour une approche nouvelle des littéraires francophones

Le premier mouvement de cet ouvrage — correspondant à sa première section : « Le monde en français » (17-47) —, est la théorisation d’une post-francophonie (par la mise en relation des études postcoloniales et du monde anglophone en général) débarrassée du francocentrisme et considéré comme un contrepoids de l’impérialisme occidental.

 

Mort la francophonie, vive la « littérature-monde en langue française »

L’auteur montre que des rivalités épistémologique et théorique laissent apparaître les littératures francophones comme un terrain d’affrontement de l’impérialisme occidentales ; mais qu’elles sont surtout de par leur diversité « un remède à l’écueil de l’uniformisation » (29), un contrepoids à la mondialisation et sa tentative d’uniformisation du monde par l’Occident. «  A contre-courant du binarisme colonial et des antagonismes verticaux, une certaine vision du monde tend en effet aujourd’hui à privilégier un mélange entropique des cultures, une euphorique réconciliation des contraires tandis que les espaces postcoloniaux, francophones ou anglophones, s’efforcent de créer des espaces de solidarité et de réconciliation par une pratique de l’hybridité » (32-33). Puisqu’elle est née du rejet du francocentralisme qui hypothèque la diversité  en francophonie, la « littérature-monde en français » apparaît dès lors comme une porte ouverte vers une post-francophonie qui  débarrasse « la littérature en langue française des « carcans nationalistes [et permet d’envisager une] architecture des littératures écrites en français de manière plus ouverte (…)» (30). Selon l’auteur, la littérature-monde renvoie à un corpus littéraire qui ignorerait les frontières des nations et opérerait une reconnaissance de la nature transnationale de la francophonie, qui cesserait de mettre au centre l’ex-métropole » (35) pour « privilégier un dialogue entre différentes régions francophones, repenser les relations entre centre et périphérie à travers les phénomènes de migration, d’exil, de diaspora. » (30) « Si la littérature francophone est centrée autour de la capitale littéraire qu’est Paris, la « littérature-monde en français» se veut polycentrée » (30). La  « littérature-monde en français » fait donc d’une pierre trois coups : elle dissipe l’héritage colonial associé à la notion de francophonie tout en neutralisant les tendances hégémoniques françaises ainsi que le risque d’une occidentalisation du monde francophone que recèle la mondialisation. Par le moyen de la « littérature-monde en langue française », la francophonie permet ainsi d’entrer résolument dans une nouvelle ère où la problématique de la colonisation et de la décolonisation ainsi que ses relents conflictuels cèdent le pas à une mondialisation dépourvue d’un impérialisme occidental, ce qui relève d’une post-francophonie.

Du « comparatisme global » comme prolongement du postcolonialisme

Bien que la perspective transnationale des études postcoloniales soit en parfait accord avec le contexte de mondialisation qui préconise la prise en compte de l’interconnexion planétaire dans la lecture des phénomènes nationaux, les études postcoloniales pèchent par leur tendance « à tout réduire au fait colonial» (28), par « une démarche critique anhistorique et idéaliste qui vise à donner à des expériences très diverses une cohérence de surface et tend à gommer les contextes nationaux dans lesquels prennent naissance les œuvres qui s’en réclament » (29). C’est ce qui pousse l’auteur de cet ouvrage à envisager le « comparatisme global » comme outil d’analyse approprié de la « littérature-monde ». En effet, « dans la perspective actuelle qui consiste à analyser les ressorts et les manifestations  de la globalisation, la méthode comparatiste, sensible elle aussi à une géopolitique de la littérature, est sollicitée pour rendre compte des nouvelles formes littéraires « mondiales » (…), une manière de retourner au local et de rétablir une singularité culturelle contre toute tentation universaliste. « L’étude de la manière dont la conscience de la mondialisation informe la création littéraire pourrait [ainsi] constituer un objectif de la littérature comparée» (44). « On peut ici concevoir la littérature comparée comme une approche transversale qui permette de relier les diverses cultures nées des sociétés postcoloniales et mondialisées et consiste à  imaginer des solidarités nouvelles liées à une situation de coprésence transnational » (45). Il s’en suit que « le concept de « littérature-monde en français » (…) pourrait servir de catalyseur à l’élaboration de dynamiques nouvelles [par le comparatisme], contournant le centre franco-parisien et dissipant l’héritage néo-colonial associé à la notion de francophonie[1]» (13).

Mondialisation et crise de l’Etat-nation : un contexte socioculturel en faveur de la littérature-monde et du comparatisme global

Le second mouvement de cet ouvrage — regroupe toutes les autres sections — procède par un tour d’horizon des pratiques culturelle, littéraire et théorique qui sont favorables à une post-francophonie à l’échelle du monde.

« déspacialisation » de l’Etat-nation

C’est ainsi que la seconde section — « Espaces mondialisés » (49-82) — souligne une « déspacialisation » de l’Etat-nation au profit « des stratégies transnationales » (transculturalité et hybridité) qui construisent des « espaces mondialisés », à l’instar de l’espace latino-américain et caribéen.  « Jusqu’alors l’Etat-nation constituait un référent stable : en son sein, la dimension du local prenait une grande importance, conférant aux membres de la société leur point d’ancrage privilégié. (54) Or, les migrations d’un côté, les flux médiatiques de l’autre, ont bouleversé l’ordre établi. » (54). La mondialisation est un processus de brouillage des frontières nationales et de subversion des repères en vigueur » (54). L’auteur relève que l’espace se « déssentialise » à travers les principes de la mondialisation que constituent les « flux » et les « diasporas », se caractérisant désormais par la « transgression » (« franchissement du territoire », « dépassement d’une norme statique ») » (53). L’hybridation apparait dès lors comme un aboutissement logique et inéluctable des « partages d’espace ». Pour l’auteur, la globalisation tend à remettre en cause les modèles de fonctionnement binaires et antagonistes » (61). C’est ainsi qu’à travers Homi K. Bhabha, il défend une « sublimation de la bipolarité ». Pour saisir « comment les phénomènes de contact et de rencontre culturels interfèrent  avec les problématiques identitaires et culturelle dans un contexte postcolonial » (70), Yves Clavaron  passe en revue les théories par lesquelles des penseurs et artistes latino-américains ou caribéens rendent compte des phénomènes de transculturalité. Il en conclut que les théories développées par [ces derniers] visent à dépasser l’exotisme de la diversité culturelle en faveur de la reconnaissance d’une hybridité réellement effective, au sein de laquelle la différence culturelle peut opérer, non sans parfois confiner à une forme de mythologie (du métissage notamment). C’est une manière de remettre en cause le binarisme colonial et occidental, d’aller au-delà des oppositions réifiées entre centre et périphérie, identité et altérité comme l’ont fait les théories postcoloniales, qui privilégient les négociations des différences culturelles et envisage l’hybridité comme migration » (82).

Récits de voyages comme lieux de construction et de déconstruction de la centralité européenne

Dans une perspective spatiale, la troisième section — « traversée océanique » (83-138) — montre comment l’impérialisme européen est aujourd’hui mis à mal à travers les mêmes canaux par lesquels il fut autrefois bâti : Considérant que c’est en grande partie par les récits de voyage que l’Europe construisit son hégémonie sur le reste du monde, Y. Clavaron analyse les différentes formes par lesquels le récit de voyage post-colonial remet en cause la centralité de l’Europe. L’auteur observe deux tendances dans les récits de voyage occidentaux contemporains : « la réécriture d’un récit de voyage de l’ère colonial, d’une part, la revisitation postcoloniale des géographies impériales, d’autre part, les deux acceptant ou revendiquant même une perte d’autorité sur l’espace visité. » (90). Les récits de cette vague adoptent des formes narratives de la postmodernité. Face aux récits de voyages coloniaux, on assiste à des « contre-récits de voyage », à des « voyages à l’envers » (selon l’expression de Romual Fonkoua) dont les auteurs sont des non-Européens. Ces récits inversent « la trajectoire empreinte d’ethnocentrisme, de centre à périphérie, de Paris à Jérusalem pour reprendre l’itinéraire de Chateaubriand. Selon Romuald Fonkoua [que reprend l’auteur de cet ouvrage], le discours du « voyageur à l’envers » emprunte rarement les formes canoniques du récit de voyage européen, mais s’écrit à travers une pluralité des genres (…) » (94). Ces contre-récits sont aussi bien francophones qu’anglophones, et usent des stratégies narratives telles que l’ironie, le révisionnisme,… Empruntant la formule de Steve Clark, Y. Clavaron conclut que la littérature de voyage des XXe et XXIe siècles  a cessé d’être « une circulation à sens unique. Les voyageurs extra-européens tendent à inverser la trajectoire et à opérer un retour vers le centre européen, selon lequel la métropole devient l’objet du regard et des critiques, ou à déporter le voyage pour contourner l’Europe, devenue espace périphérique, ethnicisé et « provincialisée ».

Le voyage de Christoph Colomb est l’ « acte fondateur de l’impérialisme » européen (106). L’histoire de la traite négrière qu’il a générée crée un « espace de mobilité et de fluidité » (127) transcontinental. «L’impérialisme européen qui s’est construit sur l’Atlantique nourrit donc des dynamiques culturelles et littéraires nouvelles, des écritures migrantes et transculturelles qui s’attaquent aux principes mêmes des puissances impériales (…) » (119). L’auteur de postuler alors l’existence d’un espace littéraire transatlantique à partir de ce courant historique (« L’Atlantic history ») qui propose de relire les phénomènes se déroulant sur les continents bordés par l’atlantique. L’impérialisme occidental a nourri de nouvelles dynamiques littéraires qui le remettent fortement en cause en tissant des rapports transnationaux qui n’opèrent plus par la verticalité mais par l’horizontalité.

Les subaltern studies ou le refus du « vol de l’histoire » des ex colonisés

Dans une perspective temporelle, la quatrième section de cet ouvrage — « traversée historique » (139-189) — présente les études subalternistes comme une contestation de « l’eurochonologie » et de l’ « historiographie occidentale », et montre comment ces principes sont à l’œuvre dans l’écriture romanesque anglophone et francophone. Suite à quelques mises au point théoriques sur les subaltern studies, l’auteur convoque des romans d’Amitav Ghosh, de Salman Rushdie et d’Arundhati Roy pour montrer qu’ils déconstruisent le récit de l’histoire coloniale en assaisonnant le roman de personnages qui font figure de subalternes absolus, y compris dans l’Inde contemporaine, qu’il s’agisse de femmes, d’intouchables ou d’esclave. Tout comme la pratique historiographique vise à mettre en cause les récits monolithiques de l’histoire coloniale puis nationale, l’écriture littéraire multiplie les récits et désarticule la structure narrative selon l’esthétique relativiste du postmodernisme qui tend à minorer les grands récits. Le chapitre deux tente alors de « cerner la complexité de la forme générique construite par Maryse Condé pour faire parler l’esclave noire et proposer un discours contre-hégémonique et éthique sans pour autant renoncer à la dimension poétique du langage au sein d’un roman historique qui peut se lire à la l’aune de l’historiographie subalterniste. » (164). De même que le troisième chapitre de cette section examine à travers Ahmadou Kourouma comment les études subalternistes indiennes s’appliquent à l’Afrique, comment cet auteur procède à une lecture « à contre-fil » de l’archive colonial de manière à « provincialiser l’Histoire européenne » selon la terminologie de Dipesh Chakrabarty (180). En présentant Marlyse Condé et Ahmadou Kourouma comme des écrivains subalternistes, l’auteur aspire ici à faire remarquer que les méthodes critiques d’origine anglophone s’appliquent à l’espace francophone. Selon lui, « l’historiographie subalterne indienne doit permettre aux Africains de représenter leur histoire en dehors des cadres de pensée européens, dans une « collaboration sud-sud » en contredisant de facto la thèse de Valentin-Yves Mudimbe, inspirée de L’Orientalisme d’Edward Said, qui fait de l’Afrique une totale « invention » de l’Europe » (179). Car, « qu’il s’agisse de l’Inde ou de l’Afrique, la nécessité reste, plus que jamais, de sortir de la bibliothèque coloniale, d’un savoir qui les assigne à l’immobilisme et à la l’impossibilité du changement ; [tout en faisant attention de ne point sombrer eux-mêmes dans une autre forme d’ethnocentrisme] » (180). Ce long parcours analytique le mène à la conclusion selon laquelle « la littérature postcoloniale affirme désormais l’existence d’un domaine autonome d’action politique dans l’univers des subalternes qui ont vocation à ne pas le demeurer » (189)

Ecocritique postcoloniale : une éthique de l’altérité

Dans une perspective qui associe écosphère et sociosphère, la cinquième section —« Du monde comme écosphère » (189-230) — établit des affinités entre les problématiques du postcolonialisme et celles de l’écocritique afin de prôner une « écocritique postcoloniale » qui interrogerait le monde dans sa globalité sociale et naturelle en remettant en cause l’anthropocentrisme, l’eurocentrisme, le logocentrisme et l’humanisme occidental. En effet, explique l’auteur, la pensée occidentale repose sur une logique binaire qui induit une relation de domination entre l’Occident et son altérité. « Cette logique binaire [et hiérarchique] se prolonge dans les oppositions racistes de l’eurocentrisme et sexistes d’un monde androcentré, mais aussi (…) dans un racisme vis-à-vis des espèces autres qu’humaines » (197). Racisme, sexisme et colonialisme relèvent ainsi de ce que Val Plumwood appelle « centrisme hégémonique », c’est-à-dire un ensemble d’attitudes qui se confortent les unes aux autres pour exploiter la nature et exclure tout ce qui est considéré comme non-humain. En revanche, « postcolonialisme et écocritique s’intéressent à l’exclu, l’opprimé et l’exploité, qu’il s’agisse des gens ou de la nature — le colonisé étant envoyé à la nature et à l’animalité. [Ils] posent de fait la question de l’agency du sujet dominé et de sa capacité à parler » (198). Mais la nature compte parmi ces opprimés qui ne sont dotés d’aucune faculté de parole.

Il y aurait, selon l’auteur, qui s’appuie à cet effet sur les travaux de Ramachandra Guha et Juan Martinez-Alier, un lien de corrélation entre l’approche environnementaliste du nord et la mission civilisatrice autrefois invoquée par les puissances européennes coloniales pour s’imposer au reste du monde : « L’environnementalisme du nord serait « associé à l’idée de wilderness (nature sauvage) (…). Ce mythe de la wilderness, fondé sur l’idée d’une nature édénique à dominer mais aussi à protéger, est [lui-même] associé à deux représentations qui finissent par se rejoindre, celle de l’indigène, toxique pour son environnement et que l’on peut donc réduire à l’esclavage, celle du primitif, proche de l’état de nature, qui demande inévitablement les lumières de la civilisation, deux représentations qui justifient la mission civilisatrice invoquée par les puissances européennes coloniales. » (199). Autant les préoccupations environnementalistes nourrissent des attitudes coloniales ou impérialistes de l’Europe, autant cette tendance impérialiste a des conséquences environnementales; toutes choses qui retrouvent les préoccupations postcoloniales. Ainsi donc, soutient l’auteur par l’entremise de Lawrence Buell, le « texte environnemental  vise des objectifs similaires au texte postcolonial pour peu que l’on remplace « non-humain » par « non-occidental » voir par « non-masculin ». Ceci l’amène à dégager quelques constituants d’une écopoétique dans la littérature postcoloniale.

Par des voie différentes, note finalement l’auteur, l’écocritique et le postcolonial répondent au paradigme qui est celui « de la résistance, [tout comme ils] possèdent un lien avec la terreur » : (208) : «Au sens propre, si l’écocritique est davantage préoccupée par de phénomènes naturels et de la manière d’habiter le monde, le postcolonial privilégie la politique et la façon de changer le monde. [Aussi] l’écocritique postcoloniale permet [-elle] de lier les deux démarches qui s’inscrivent dans une esthétique et une lecture contestatrice du monde. La thématique environnementale tout comme l’approche postcoloniale se globalisent au sein de littératures qui se revendiquent comme mondiales. La littérature postcoloniale prononce une critique plus ou moins engagée contre la mise en danger de la nature et la destruction des équilibres écologiques par une forme de néocolonialisme ou de colonialisme interne. L’écocritique peut difficilement se penser en dehors de l’histoire ne serais-ce que par ses implications sociales. Comme [les postcolonial studies], les animal studies et l’écocritique visent à préserver des systèmes de pensée différents, des voix autres sans essayer de leur assigner un discours venu de l’extérieur et en respectant les histoires locales. Postulant une éthique de l’altérité, les approches postcoloniale et écocritique pointent les défaillances de l’humanisme traditionnel pour le décentrer et le déplacer dans un état d’ « après-nature ». Posteuropéen, ce nouvel humanisme repense les rapports  de l’homme à la nature en déconstruisant les préjugés anthropocentriques et hiérarchiques, un « panhumanisme » conçu comme flux hétérogène et réseau de solidarités et d’interactions entre l’humain et le non-humain (…) » (209).

 

(1) Il rejoint à ce propos Alain Mabanckou qui explique : « La littérature-monde en langue française est la reconnaissance et la prise de conscience de notre apport à l’intelligence humaine, avec cet outil qu’est la langue française, cet outil que beaucoup ont hérité de manière conflictuel, d’autres part choix, d’autres encore parce que leurs ancêtres étaient Gaulois — mais faut-il passer notre existence à accuser le passé ou à bâtir un avenir ? Notre tâche est de suivre la marche de cette littérature-monde en langue française, (…) de regarder dans un ensemble plus étendu, plus éclaté, plus bruyant, c’est-à-dire le monde. La fratrie francophone est en route. Nous ne viendrons plus de tel pays, de tel continent, mais de telle langue. Et notre proximité de création ne sera plus que celle des univers.» (« La francophonie, oui, le ghetto: non! », In Le Monde, URL : https://www.lemonde.fr/idees/article/2006/03/18/la-francophonie-oui-le-ghetto-non_752169_3232.html)

 

 

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