Né en 1966 à Saint-Etienne, Fabrice Farre est l’auteur de quelques plaquettes et recueils. Depuis fin 2009, ses textes ont été reçus par près de soixante revues, collectifs ou sites littéraires (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fabrice_farre). Son blog : http://biendesmotsencore.blogspot.fr.

Soleils invincibles : Une quête permanente

Soleils invincibles

Auteur: Károly Sándor Pallai

Pays d’origine: Hongrie

Éditeur: Éditions Arthée (Victoria, Seychelles)

Année: 2012

 Soleils invincibles

 Note de lecture par Fabrice Farre

Károly Sándor m’a annoncé, l’année dernière, que son recueil était retenu par les Éditions Arthée. Ainsi, Soleils invincibles passe dans le monde des vivants et je m’en réjouis sincèrement. L’auteur lui-même est, avant tout, étudiant-doctorant. Il a fondé l’ambitieuse revue Vents Alizés[1] dont le premier numéro a vu le jour en 2012. Est-il nécessaire d’ajouter à cela qu’il est Hongrois et qu’il a choisi, parmi la multitude de langues qu’il connaît, le français pour donner libre cours à son chant ?

Oui, Károly semble à la fois de tous les continents et d’aucun. Les vers de Préfontaine, donnés dès l’ouverture, ne surprennent donc pas.  D’ailleurs, à  quoi bon vouloir définir un lieu géographiquement ?  Le choix est fait d’emblée :    « (…) c’est/ l’affranchissement, l’exaltation/ stratosphérique (…) » et « ce continent toujours en suspens qui/ne s’achèvera jamais (…)  »[2]. En outre, dans la veine du poète québécois, l’Autre, ou l’être aimé, est l’unique secours viable : « (…) tu peuples l’espace/parmi les gestes amoureux. » et alors peu importe « (…) l’agitation cambriolée de mers/étranges. »[3]. De surcroît, en ce no man’s land pointe bel et bien le désir d’évoquer pourquoi pas l’Afrique ou certaines « îles intrépides »[4], voire un pays vierge et inhabité, mais les traces ou les preuves de l’existence, avec ces « ardoises/humaines »[5], cette mythologie réifiée,  sont nécessaires. S’il est question de lieu, il serait davantage à rechercher dans l’intimité des êtres errants que nous sommes.

L’équilibre intérieur est une quête permanente. La solitude « crucifie », la confiance dans l’Autre – simple mortel –  se dissout[6] tout à coup. L’idée du doute à l’égard d’une croyance possible surprend par sa formulation si brève : « (…) le clignotement/de Dieu »[7] mais encore, plus violemment : « (…) arrivèrent les/ trafiquants d’apaisement spirituels./on vend déjà les éclaircissements ? »[8]. Plus que le silence qualifié de « rouge »[9] tant il est intense dans la chair, les images solaires parcourent le recueil tout entier[10]. Elles sont à elles seules la justification d’un « (…) meuble de l’espoir (…) »[11], c’est-à-dire d’une espérance concrète… invincible. L’homme moderne, s’il veut poursuivre sa route, doit se réinventer en oubliant volontairement ses « failles » ou les « ombres » menaçantes, « (…) les peurs/qui se déploient (…) [12]» et, enfin, passer outre les contingences du temps pour s’accorder avec un quotidien désormais neuf et surprenant, prometteur « (…) d’infinies beautés/ de demains »[13].

 

Fabrice Farre

http://biendesmotsencore.blogspot.fr


[2] : poème I et VI.

[3] : poème III.

[4] : poème XXI.

[5] : poème XV.

[6] : poème XXIX.

[7] : poème VII.

[8] : poème XVII.

[9] : poème XIX.

[10] : à huit reprises, respectivement dans les poèmes II, IV, VIII, XI, XXVI, XXXVII et XLIV, nous trouvons : « ensoleillé », « soleils », « ensoleillements », « solaires »,  sans compter, par exemple, les termes « scintillations » , « lumineuses », « blonds », « flamboiements » dans les poèmes XXXII, XXXIII, XLI et  XLIII, etc.

[11] : poème XXI.

[12] : poème XVIII.

[13] : poème L.

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