Auteur: Károly Pallai

Károly Sándor Pallai est chercheur doctorant à l’Université de Budapest – ELTE. Il consacre ses recherches aux littératures francophones contemporaines de la Caraïbe, de l’océan Indien et du Pacifique. Il est membre de plusieurs sociétés savantes (AIEFCOI: Maurice, ISISA: Hawaii, SICRI: Australie, AILC: Paris). Il est le concepteur, le fondateur et l’éditeur en chef de la revue électronique Vents Alizés, conçue pour assurer une diffusion d’accès libre étendue aux auteurs de l’océan Indien, de la Caraïbe, du Pacifique et d’ailleurs. Il est également le créateur, le fondateur et le directeur de la maison d’édition Edisyon Losean Endyen. Il est membre du comité de lecture de la revue littéraire seychelloise Sipay. Il écrit et publie des poèmes en français, en anglais, en créole seychellois, en hongrois et en espagnol. Son recueil, Soleils invincibles a paru en 2012, sa pièce de théâtre, Mangeurs d’anémones en 2013 (Éditions Arthée). En reconnaissance de son travail théorique, poétique et éditorial, il est choisi et primé dans le concours national « 50 jeunes talents hongrois » du magazine La femme. SITE: http://pallaikaroly.com

Lectures identitaires et étude philosophique de la poésie seychelloise contemporaine

L’aire littéraire indianocéanienne peut être caractérisée par des transgressions et hybridations qui sont producteurs de sens et d’interprétations multiples. Les paradigmes dominants de la littérature seychelloise contemporaine (identité(s), langue(s), île(s)) fonctionnent à la fois comme noyaux productifs thématiques déterminants et comme univers d’ouverture, d’échanges et d’interinfluences.

Je propose de démontrer dans l’article que le recours à différents champs théoriques et diverses approches pluridisciplinaires (psychologie, philosophie) contribue à établir un cadre notionnel flexible. Cette notionnalité est apte à conserver la superpositionnalité et l’interpénétration des identités plurielles, à expliciter la multiplicité et la complexité des dimensions géo-épistémiques et culturelles de la littérature seychelloise dans le contexte indianocéanien.

 

1. Le champ herméneutique seychellois

La production littéraire seychelloise se nourrit des complexités d’un champ herméneutique trilingue[1]. L’archipel des Seychelles accueille divers imaginaires et héritages : des représentations et visions du monde différentes, des réalités composées et se complexifiant incessamment, des épistémologies hybridées et multiréférentielles dans leur ouverture, qui nous offrent des approches plurielles des identités et des vécus insulaires et archipéliques. Au fond de tous les enjeux de recherche qui traitent des différentes aires de l’océan Indien se trouve la motivation principale de fournir les bases de l’interrogation critique des paradigmes d’interprétation pour contribuer à une meilleure compréhension des richesses et des complexités des imaginaires.

 

2. Perspective décentrée

Pour prendre en compte l’hétérogénéité des formes et des contenus de la stratification identitaire et de la sédimentation de l’imaginaire[2], pour examiner plus en détail les manifestations des croisements anthropologiques, épistémiques et idéiques dans les œuvres littéraires, on doit diversifier et élargir le champ d’investigation et avoir recours à d’autres aires de connaissance (philosophie, psychologie, théorie postcoloniale, théorie systémique)[3]. L’exploration des possibilités d’une « mise en dialogue réfléchi »[4] des outils méthodologiques et des apports de la théorie littéraire, de la littérature comparée et de la critique psycho-philosophique nous convainc de la caducité de l’opposition stricte des champs disciplinaires[5]. De cette façon, les diverses options de la critique littéraire peuvent se féconder en se ressourçant dans les mouvements transfrontaliers entre différents champs de savoir, différentes formes d’intelligibilité.

Le recours à des registres différents du savoir, à différents outillages théoriques permet de mieux saisir et expliciter la complexité des aspects impliqués et juxtaposés dans les textes : réfléchir la problématique de l’intersubjectivité en termes de réarticulation constante de pratiques significatives, appréhender les diverses articulations de la temporalité comme horizon onto-phénoménologique, étudier les contraintes et possibles géo-psychiques qui caractérisent l’espace particularisé des îles, l’état polyphasique de l’archipélité[6], le tissu terrestre émietté[7]  des Seychelles. Les divergences paradigmatiques des théories et champs scientifiques peuvent entrer dans un rapport d’interfécondation apte à prendre en considération l’univers polyphonique de la poésie seychelloise.

 

2.1. Géographies polarisées

Le microcosme archipélique se constitue de la sémantique et de la syntaxe de l’hybridité des îles : terres parsemées contournées et déterminées par l’eau, symboliques du « mouvement de déroulement dans lequel s’inscrit un mouvement d’enroulement »[8], du rapprochement de l’ancrage et du flottement, de « l’esthétique de la lisière[9] », de la circonscription, de l’entre-deux de la constance et de la fluctuation tramé par une topographie psychique centripète et centrifuge. L’île est le terrain de réécritures de l’identité, de reconfigurations de l’Autre, de mutations permanentes. Le rapport à Soi, au Même, à l’ipséité et à l’Autre, à l’altérité se conçoivent dans la phénoménalité mixte de l’île : dans un éloignement rapproché, dans l’indétermination déterminée, dans l’absence présente, dans la perméabilité étanche : « Impeccable orfèvrerie verbale / Et du souffle poétique / Qui est de portée universelle et classique / Indifférent au monde et aux vogues éphémères[10] ».

L’œuvre de Magie Faure-Vidot se caractérise par la fusion des horizons du texte et du sujet de la réception, par la mise en relief des discrépances entre l’intérieur et l’extérieur, par la perspective dynamique de l’auto-configuration,  par les transgressions entre le synchronique et le diachronique qui, dans la continuité transformatrice de la poétique vidotienne, retravaillent constamment le noyau du Moi, la multiplicité des appartenances[11], l’architectonique des vécus.

L’ouverture pluridisciplinaire, la pluralité des perspectives et la visée comparative (français-anglais-créole) permettent de mieux saisir les difficultés liées à « l’application à l’île de problématiques et concepts généraux, universaux »[12], à l’approche reconfigurationnelle et transformationnelle des cadres définitionnels, terminologiques préalables dans l’univers mental, idéique de l’îléité et de l’insularité[13], du multilinguisme, de matrices épistémiques et identitaires hybrides : « Konbyen fwa / Kot sa landrwa / Nou’n riye… nou’n reve / Nou’n sere… nou’n vibre […] / Nou’n mazinen… nou’n senmen / Nou’n plennyen… nou’n dir “zanmen” […] / nou pou pase / nou pou regrete / nou pou plere / me nou pa pou zanmen oubliye…[14] ». Dans « Sa Landrwa » de Reuban Lespoir, les déictiques spatio-temporels permettent l’entendement inchoatif[15] mais préservent l’indéterminité, la temporalité flottante. La spatialité non configurée esquisse les contours d’une possibilité ouverte de positions différentes.

 

2.2. Îléité, insularité

L’îléité renvoie à l’éruption, à la rupture et dispersion, à l’émiettement. Cette rupture avec le monde est moins abrupte vu le pluralisme unifié de l’archipel : une « structure réticulée de l’espace »[16], un filet de rapports, un tissu relationnel qui représente la connectivité, la coexistence, la dialogicité. Le dépassement du confinement, du repli, de l’isolement et de la clôture de l’insulaire se fait par le dépassement réticulée, par la mise en réseau de l’archipélique dans « Valse de fraternité » de Marie-Neige Philoë[17] : « Oh mon peuple / Entends-tu l’écho de musique / Qui vient de loin, au-delà des montagnes […] / C’est notre musique fraternelle / Qui nous invite tous à valser / Ensemble, tous réunissons-nous / Frères et sœurs de la même île ».

L’espace hétérogène et différencié apparaît dans une orientation unificatrice au niveau de l’expérience vécue, de l’activité interprétative et noétique[18] du sujet par rapport à la spatialité éparse, esseulée et divisée de la réalité géophysique recluse de la condition insulaire. Les îles et différentes zones archipéliques se voient réintégrées à la conscience collective de par leur désenclavement physique et idéique[19] qui se traduisent en structures mentales de présence et de proximité[20]. L’île, en tant qu’espace habité, vit et produit sa propre localisation, sa propre genèse épistémique : l’océan n’est pas un espace de rupture, mais une aire d’échanges infinis, d’une connectivité éidétique[21] : « Hear the agony of my heart / Longing for you and for your presence / Feeling your words, seeing your face / Comforted in your warm embrace / When will the waiting be over / For as long we are apart I can never be whole[22] ».

L’archipel apparaît dans l’horizon du manque, de l’inachèvement et de la privation : autour du centre de gravitation égologique affective se cristallise la choséité, la corporéité, l’être mutilés, arrachés de la présence du prolongement, de la projection naturels que représente l’île[23]. Dans l’imagerie de ce chiasme, la poétesse personnifie l’archipel qui est revêtu des caractéristiques d’un amant éloigné, d’un noyau ontologique, d’un présupposé phénoménologique, détenteur de la complétude, de la signifiance et des acceptions de l’être. Dans la constitution du manque surgit l’écart qui fournit une première approximation au concept du vécu conceptualisé sous l’optique d’une relationnalité substantielle à l’île (l’éloignement physique étant tributaire de la segmentation archipélique, des composantes et dynamiques noématiques[24]). L’intuition herméneutique peut faire ressortir les diverses phases de la donation[25] de l’insulaire qui se présente comme un phénomène de profondeur, comme proto-catégorie et pré-condition inaliénable du pouvoir-être du sujet, comme un souvenir et une attente, comme la modalité essentielle de l’appartenance.

La construction du réel et des contenus psychiques, des considérations philosophiques interprétatives et des formes d’expression artistique est ancrée dans la relationnalité intra-archipélique, dans la sphère topopsychologique de la relation où la singularité et la fragmentation insulaires se dissolvent dans l’unité plurielle de l’île, dans la relation spatiale, épistémique, éidétique interinsulaire. La spatialité de l’appartenance se transfigure en entité a-spatiale : en souvenir de l’identité unie, des vécus partagés, d’une complexité mise en commune, de l’interdépendance des réalités individuelles, insulaires et archipéliques : « lot traze / lespri / lekor / toudenkou en lot santiman i pran mwan […] / zot ankor rafresi memwar bon sezour / visaz sak nasyonalite dan foto / i en mesaz […] / alor / mon retourn dan mon pei / pou viv anpe / dan larmoni[26] ».

 

3. Thèmes, paradigmes

Un autre poème (« Remordkonsyans ») peut compléter et enrichir les résultats de l’étude de « Pti vwayaz ». On peut découvrir une juxtaposition de perspectives et de paradigmes au sein de l’œuvre de Faure-Vidot. La langue créole, ainsi que les langues française et anglaise sont des pivots opératoires, des champs d’attraction qui structurent certaines thématiques. L’appartenance collective, et la traversée spirituelle-mentale de « Pti vwayaz » sont ainsi complétées par la tendance auto-interprétative de « Remordkonsyans » :

« Osi mon asize
Mon assize mon plere
Avek remordkonsyans
Ler mon perdi konsyans
Ler mon perdi lobeisans
Mon kwar mon pli malen
E mon bliy demen[27] »

L’identité, qui se voit attribuer une interprétation multiple au niveau collectif, s’affirme comme singulière dans l’univers individuel de la poétesse. Cette ontologie personnelle est à l’origine de la formation de divers plans de différentiation par les processus de la mise en échelle temporelle de la personnalité, par l’explicitation des contenus individuels inhérents. On est ainsi témoin de micro-histoires personnelles, structurées par les éléments formateurs d’expériences affectives (remords), physiques (être assis), physiologico-psychiques (pleurer, perdre conscience, perdre l’obéissance).

« Pli mon grandi
Mon realize ki lavi
I bezwen ganny fofile avek en difil
Akoz i pa fasil
E monn kriy oli mon paran
Se zot ki kapab ed mwan

Me enn ler i tro tar
Tristes i ranpli mon regar
Mon pa konnen si pou al gos ou al dwrat
Mon sey bat bat
Sa lezel lour
Pou rod rod lanmour[28] »

C’est le paradigme philosophique et onto-herméneutique qui sous-tend l’œuvre. La quête de l’essence, de la vérité et de l’amour domine l’encadrement poétique. Au lieu d’une représentation purement panoramique et descriptive, Faure-Vidot essaie de sonder les profondeurs de l’expérience humaine et elle nous offre ainsi des modalités existentielles où la compréhension et la recherche des structures profondes instaurent un mode analytique d’être. Au centre de toute interrogation se situe l’être et les implications ontologiques, métaphysiques : thèmes qui forment le nœud principal de toute herméneutique et de toute ontologie[29].

 

4. Fragments hétérogènes

L’auteur réinvente la jeunesse à partir du lieu illocutoire du futur téléscopé dans le passé : la distance temporelle et psychique enveloppe l’étendue des expériences vécues qui transforment et réécrivent la notion de la beauté.

Ta figure
Jeune et belle
Ton esprit
Encore à saisir la beauté de la sagesse
Qui viendra
Mais avec les cicatrices sur ton visage
Coups de fouet du chagrin et de la solitude
Quand cela sera[30]

L’auteur crée une relation d’extranéité[31], un réseau référentiel complexe entre le sujet et la notion abstraite de la jeunesse située dans un schème pluritemporel, se définissant par des réminiscences futures, par une rétrospection futur-orientée.

Le phénomène insulaire, l’archipel apparaîssent dans le recueil[32] comme des entités agissant sur la permanence et la transformation de l’identité, sur l’individuation, comme des repérages énonciatifs, des lieux narratifs qui ont un rôle actanciel[33] dans la structure de la subjectivité. L’île est un marqueur génératif ayant une valeur structurelle dans la syntaxe de l’identité et fonctionne comme un cataliseur de complexifications et de diversifications internes (identité, subjectivité) et externes (expression poétique, autres scripts identitaires[34]). L’île est remplie des valeurs d’une marque qui représente une catégorie/élément identitaire de base, une caractéristique constante qui engendre des désignations, interprétations, prédications définitoires sous forme d’une structure préalable, omniprésente, d’un continu fondamental[35]. L’archipélité est un mode d’existence spatial et culturel, un ancrage, une structuration de l’espace. Le regard de Philippe Boullé retrace l’histoire des îles d’un point de vue endogénétique et sédentaire qui conserve la liaison entre la perception personnelle d’une subjectivité et la topologie psychique et historique de la mémoire archipélique[36].

 

5. Conclusion

On peut constater que la position de l’être unique dessine les contours d’une identité de l’iléité universelle, de dynamiques globales, de méchaniques de flux et d’interpénétrations conceptuelles d’une myriade de mosaïques d’imaginaires qui se complètent et se réinterprètent au sein de l’archipel des Seychelles.

L’inventaire des définitions, circonscriptions et évaluations possibles de l’insularité et des différents aspects psycho-philosophiques de l’identité  n’est pas envisageable sans recours aux éventails notionnels, structures conceptuelles et outils méthodologiques hétérogènes dans l’optique d’une pratique transfrontalière, d’un échange et d’une inter-fécondation entre différentes aires de connaissance et différents univers disciplinaires. Les apports d’une lecture plurielle, d’une reconfiguration théorique permanente peuvent contribuer à une disposition d’analyse plus nuancée, à des résultats plus diversifiés, formulés à l’encontre des lectures et interprétations monolithiques.

 

[1] Voir la « Constitution des Seychelles du 8 juin 1993 », p. 3.

[2] CAUMIÈRES, Philippe et al. (dir.), Imaginaire et création historique, Bruxelles, Facultés universitaires Saint-Louis, 2006, pp. 121-125.

[3] KOLEVA, Svetla, « Une ouverture de la sociologie aux pratiques transfrontalières : les défis de la littérature », in : PARDIÑAS, Blanca Navarro et VIGNEAULT, Luc (dir.), Après tout, la littérature, Québec, Presses de l’Université Laval, 2011,  pp. 55-66.

[4] Ibid., p. 56.

[5] VIART, Dominique, « Littérature et sociologie, les champs du dialogue », in : BAUDORRE, Philippe et al. (dir.), Littérature et sociologie, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2007, pp. 11-24.

[6] L’île et l’archipel en tant que lieux de savoir, espaces d’inscription, sites producteurs de sens et thèmes de la mémoire individuelle et intersubjective sont d’une déterminité, d’une finitude spatiales qui influent sur les dispositions affectives, sur les imaginaires, sur l’invention littéraire et les contenus métaphysiques (ouvertures de l’Autre, narrativisation de Soi) et onto-phénoménologiques (être, existence, présence, absence). Concernant la topologie de la mémoire culturelle cf. BREYER, Thiemo, On the Topology of Cultural Memory : Different Modalities of Inscription and Transmission, Wurtzbourg, Königshausen & Neumann, 2007, pp. 21-24.

[7] IMBROSCIO, Carmelina et al. (éds.), Des îles en archipel… Flottements autour du thème insulaire en hommage à Carminella Biondi, Berlin, Peter Lang, 2008, p. 215.

[8] RICHIR, Marc, « Le rien enroulé : Esquisse d’une pensée de la phénoménalisation », Textures 70/7.8, 1970, pp. 3-24.

[9] TRABELSI, Mustapha (dir.), L’insularité, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2005, p. 7.

[10] FAURE-VIDOT, Magie, Rêves créoles, Victoria, Edisyon Losean Endyen, 2012, p. 48.

[11] MARTIN, Denis-Constant (dir.), L’identité en jeux : Pouvoirs, identifications, mobilisations, Paris, Karthala, 2010, pp. 109-120.

[12] PELLETIER, Philippe, « L’île, un bon objet géographique », in : BERNARDIE, Nathalie et TAGLIONI, François (dir.), Les dynamiques contemporaines des petites espaces insulaires : De l’île-relais aux réseaux insulaires, Paris, Karthala, 2005, pp. 7-16.

[13] Abraham Moles propose le terme « nissonologie » pour désigner l’étude des îles qui réunit l’analyse phénoménologique (comportement, aspects géographiques) et la psychanalyse de l’espace (valorisation de structures topologiques). L’insularité se caractérise par des indicateurs et attributs physiques, elle renvoie à l’aspect géographique tandis que l’îléité relève de l’archétype, de la représentation. Cf. BONNEMAISON, Joël, op. cit., p. 120. et MCCALL, Grant, « Nissology : A Proposal for Consideration », Journal of The Pacific Society, 63-64/1994, pp. 93-106.

[14] Combien de fois / À cet endroit / Nous avons ri… nous avons rêvé / Nous avons serré… nous avons vibré […] / Nous nous sommes souvenus… nous avons semé / Nous nous sommes plaints… nous avons dit “jamais” […] / nous passerons / nous regretterons / nous pleurerons / mais nous n’oublierons jamais… LESPOIR, Reuban, Mon Desten, Victoria, Lenstiti Kreol, 2003, pp. 32-33.

[15] Il s’agit de l’articulation d’une progression temporelle. Les référents relèvent d’une sédimentation temporelle : « in / ‘n » – marque de l’aspect accompli, de la perfectivité ; « pou » – marque du futur.

[16] BONNEMAISON, Joël, op. cit., p. 123.

[17] PHILOË, Marie-Neige, « Valse de la fraternité », Sipay, n°7, 2011, p. 12.

[18] qui concerne l’acte de connaissance, la pensée

[19] L’identité et l’incarnation de l’unité insulaire ne sont pas issues d’actes de compréhension et de perception passifs, mais se constituent et fonctionnent autour du pôle intentionnel de la réintégration qui est un contre-mouvement de la dissémination et dépossession originaires de l’archipélité. À propos de l’activité/passivité de la compréhension et de l’intentionnalité cf. BARBARAS, Renaud, Vie et intentionnalité : Recherches phénoménologiques, Paris, J. Vrin, 2003, pp. 7-25.

[20] BERNARDIE-TAHIR, Nathalie (dir.), op. cit., p. 18.

[21] qui relève de l’essence générale

[22] Entends l’agonie de mon cœur / J’aspire à toi et à ta présence / Sentir tes mots, voir ton visage / Reconfortée dans ton étreinte chaude / Quand sera terminée l’attente / Car je ne peux être complète tant que nous sommes séparées. FAURE-VIDOT, Magie, « Missing You », Sipay, n°9, 2012, p. 20.

[23] ALTIERI, Lorenzo, Eidos et pathos : Corporéité et signification entre phénoménologie et sciences cognitives, Bucarest, Zeta Books, 2009, pp. 81-92.

[24] La noèse (réalité psychique concrète, évènement psychique de la conscience) est lue ici dans le sens d’appréhension, de perception et d’interprétation (notamment de la réalité insulaire). Voir GURWITSCH, Aron, Esquisse de la phénoménologie constitutive, Paris, J. Vrin, 2002, pp. 111-127.

[25] La perception et l’interprétation se réalisent en phases successives, en esquisses approximatives que l’on fait d’un objet de conscience. Voir BARBARAS, Renaud, op. cit., p. 7.

[26] l’autre trajet / l’esprit / le corps / tout d’un coup un autre sentiment m’a pris […] / vous rafraîchissez encore ma mémoire de bon séjour / le visage de chaque nationalité sur la photo / est un message […] / alors / je retourne dans mon pays / pour vivre en paix / dans l’harmonie

[27] Remords de conscience : Aussi je suis assise / Je suis assise et je pleure / Avec un remords (de conscience) / Quand je perds conscience / Quand je perds l’obéissance / Je crois que je suis plus malin / Et j’oublie demain   (tr. fr. K. S. P.) FAURE-VIDOT, Magie, « Remordkonsyans », [poème inédit, manuscrit mis à ma disposition par l’auteur]

[28] Plus je grandis / Je réalise que la vie / Elle doit se faufiler avec un fil / Car ce n’est pas facile / Je crie où sont mes parents / C’est vous qui pouvez m’aider // Mais des fois c’est trop tard / Et la tristesse remplit mon regard / Je ne sais pas si j’irai à gauche ou à droite / J’essaie de battre battre / (De) cette aile lourde / Pour chercher chercher l’amour (tr. fr. K. S. P.) FAURE-VIDOT, Magie, « Remordkonsyans », [poème inédit, manuscrit mis à ma disposition par l’auteur]

[29] GREISCH, Jean, Paul Ricœur : L’itinérance du sens, Grenoble, Jérôme Millon, 2001, p. 140-142.

[30] MED., p. 7.

[31] DEVARIEUX, Anne, Maine de Biran : L’individualité persévérante, Grenoble, Jérôme Millon, 2004, p. 177-189.

[32] MED. : « Prologue » (p. 3.), « Mon île » (p. 14-15.), « La tempête » (p. 20-21.), « L’infini » (p. 26-27.), « Incommunicado » (p. 49-51.), « Si jamais plus » (p. 72-73.)

[33] OSU, Sylvester N. et al. (éds.), Construction d’identité et processus d’identification, Berne, Peter Lang, 2010, p. 1-4.

[34] Je réfère ici aux manifestations textuelles, descriptives, performatives, artistiques de la continuité du moi, de la subjectivité au moment de la formation, de l’affirmation et de la projection/manifestation.

[35] OSU, Sylvester N. et al. (éds.), op. cit., p. 5-12.

[36] TURGEON, Laurier (dir.), Les entre-lieux de la culture, Québec, Presses de l’Université Laval, 1998, p. 357-359.

Envoyez Envoyez