Auteur: Marie Faivre

Née en 1950, dans le Territoire de Belfort, Marie Faivre vit à Lyon, poétesse, membre de l’Académie Rhodanienne des Lettres, membre de plusieurs sociétés littéraires, avec la conviction que si la poésie ne change pas le monde, elle peut changer notre regard sur lui et nouer de nouvelles liaisons entre les vivants, notamment avec la poésie d’Aimé Césaire et les poésies africaine et portugaise. Animatrice des soirées Culture et humanisme, Marie Faivre est amoureuse de la douce harmonie du mot et de la tendresse des images.

Conversations paysagères (suite 2)

MEMOIRE ET RAMIFICATIONS (II)

 

La boîte e-mails déborde de messages
Des mains amies pianotent de l’affection sur leur clavier
Des étoiles de tendresse se posent sur ma peau.
Les messages se ressemblent
Au bout des doigts, on a le même clavier.
Pourtant, ils donnent chacun une joie différente
Entre nous, chacun sa prison,
Chacun sa douce musique, unique.

****

L’ennemi est proche
De lui,  on ne sait presque rien
Au fond du fond  c’est la nuit des temps qui revient
Depuis  la préhistoire, chacun  écrit sa vie

Entre la naissance et la mort
avec les mêmes prisons, les mêmes désirs

Si le décor est variable
Au fond, la nuit des temps et son énigme
Ont la même épaisseur.

****

Sur les ondes, sur les écrans, de partout sur la terre
Des nouvelles nous parviennent
Des combattants tombent  sur la ligne de front
Des amis, des voisins sont touchés
Il y a des humbles et des fanfarons
Il y a des Invisibles qui  révèlent soudain
Une âme lumineuse

****

Le pire et le meilleur se côtoient
Notre regard ouvre ses volets
La lumière brûle nos paupières.
Le monde du vivant  menacé, pourrait  s’éteindre
La peur nous étreint.
Nos yeux longtemps ont refusé de voir.
La nature nous parle,
Un jour, nous serons  prêts à l’entendre.

****

Les réseaux d’info.
Diffusent des fragments
Le puzzle  se dévoile immense iceberg

Au fond,  personne ne sait.
Enlisés dans nos prisons, on attend, on s’agite.
La liberté de penser reste notre amie.

****

Quand je veux te voir,
Toi, tu restes dans le noir.
On n’embrasse plus personne,

Dans nos corps
On brasse du vide dans les neurones
Elle reste entière, la soif de vivre.
Demain, nous apprendrons à vivre autrement
Avec peu ou presque rien, et beaucoup de liens.

****

Parfois, un ami invente des scénarios d’évasion
De l’air neuf, de l’air vivant
Qu’on  aime avec jubilation.

****

Les larmes et le rire donnent la fièvre.
Dans la moiteur, sous le front,  tant d’images défilent.

Ensemble,
Des femmes brodent des tapis de prière
A genoux au pied de la croix.

Dans les forums en ruines,
Des porteuses d’eau vêtues de lumière bleue
Apparaissent  et soudain disparaissent.

****

Que sera le ciel de demain ?
Le sablier du temps coule dans nos mains
Après le danger des virus,
Les dangers climatiques
Une nouvelle alliance pourrait naître

Entre l’Homme et le Vivant ?

****

La nuit, l’univers et ses mélodies
Entrent  lentement avec la marée montante.

Le chant se liquéfie
Doucement, il réussit à faire son chemin
Au creux des silences.

****

Cette nuit, je me réveille brusquement

Quelque chose m’attend quelque part
Vite, je sors pour réparer cet oubli
En silence pour ne pas déranger les voisins
A pas de loup dans les couloirs
Avec la clé de ma deuxième sortie de la journée
La clé de la boîte aux lettres.

****

Il paraît qu’un oubli peut en cacher un autre ?

Mais au fond du fond, personne ne sait.

****

Un monde ou un autre

La mort ou la naissance

Le départ est proche
Sans faire de bruit
Je vais camper sur le balcon

Avec mon sac à dos, ma lampe frontale,

Mes sandales de papier, ma boîte de couleurs.

****

Demain au petit jour, l’hirondelle m’apprendra à ouvrir les ailes
Je suivrai son vol
Vers ses paysages, son univers
Le corps planant
Serrant dans mes bras
Mon étoile de naissance.

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5 Responses to “Conversations paysagères (suite 2)”

  1. Marie Faivre dit :

    Cher René, réponse à ta question : l’état d’enfermement m’est tellement invivable, que c’est un état somnambule qui écrit à ma place. Ce que tu lis comme poésie est peut-être un train qui déraille juste sur une autre voie.
    Merci de ton message encourageant.

  2. Marie Faivre dit :

    Chère Sonia, sensible à votre lecture, à votre perception du vécu transformé à travers la poésie, vécu d’un quotidien pouvant rejoindre chacun. Merci.

  3. René Hénane dit :

    Pardon, ma chère marie, tu ne mérites pas cette faute d’orthographe. Il faut lire “divine beauté” R.H.

  4. René Hénane dit :

    … Le corps planant / Serrant dans mes bras / Mon étoile de naissance… dis-moi, ma chère Marie, comment fais-tu pour créer ces images d’une divine beaté ? R.H.

  5. Sonia Elvireanu dit :

    Delicatesse de l ‘ame et reflexion profonde, temoignage d’un vecu personnel qui est celui de tous, d’un qotidien fracasse.