Conversations paysagères (suite)

JOUR ET NUIT

Le jour place ses pions
A la mesure de sa lumière
La nuit avance ses tours

Sur l’autre moitié du temps

Pour une pièce perdue
D’autres pièces se mobilisent
Libèrent les ressources ignorées

Sur l’horizon à reboiser

Seule à seule
Toute une moitié de ma vie
Reste dans la nuit.

******

J’écris tout,
C’est un atout me direz-vous
Pourtant « je  est un autre »
Et  l’Autre n’écrit pas

Nous sommes le jour et la nuit sous le même toit
Nous sommes deux  dans la maison

Au territoire de la nuit
Le « je qui n’écrit pas » travaille seul en Mémoire

Au territoire du jour
Ce  matin de clair- obscur,  une porte claque
Quelque chose gronde,

Une ombre se déplace
Un bruit de pas s’empare de l’atmosphère
Le monde invisible  prend des forces.

Alors le « moi qui écrit tout »
Veut sortir de cette maison trop bruyante

Mais comment quitter son ombre
Cet autre moi, cet inconnu « qui n’écrit pas »

il y a quelqu’un dans la maison, qui déambule  sans raison
Avec ce double jeu de l’intérieur,

Tôt ou tard,
L’un risque de tuer l’autre.

******

Par la fenêtre de l’oubli,
Je prends la fuite

Diner en ville
Je parle de tout et de rien

Quelqu’un me répond
On parle de tout et de rien

On se trouve intéressants
Dans nos costumes qui nous vont si bien

Costumes de ville, paillettes et spectacle
Cachant  les failles,  les déchirures, les ombres

Avec des morceaux d’illusion
Chacun  se construit un nouveau visage

Nouveaux décors
Les chemins de fuite se multiplient

D’une fenêtre à l’autre,
Parfois, je me demande où j’ai la tête

D’un salon à un autre
Ma vie voyage sans moi.

J’ai hâte de retrouver  mon terrier
Sauvage  qui craque et se disloque sous les vents

Avec le rire de la lumière.

******

Famille de nuages
Peuplements des forêts
Forêts  d’oiseaux
Tourbillons des voix

En fermant les yeux, l’enfant est de retour

Il entend le clignement des paupières  de  la  forêt
la danse des couleurs, les nuances
Les poussières de lumière
A son oreille le vent et la fourmi  se répondent
Ce qui dort et se réveille agite le monde

Mais quand la montagne ne parle plus
Aucun  mot ne peut dire ce qui est perdu

La nuit de l’inquiétude  envahit la plaine

Aucun langage
Aucun signe
C’est peut-être cela l’enfer ?

Vivre avec ce qui ne peut être nommé.

******

«  N’y eût-il dans le désert
«  qu’une seule goutte d’eau qui rêve tout bas
«  qu’une seule graine volante qui rêve tout haut
«     … Désert, désert, J’endure ton défi… »
Aimé Césaire

DESERT

Ce qui nous tient en éveil
C’est le voile opaque au- dessus de nos têtes

Nous marchons au bord du vide
Et nous ne le voyons  pas
Nos enfants respirent aveuglement

La poussière de nos illusions d’autrefois
En peu de temps,  on peut vieillir d’un siècle

Nous marchons vers  l’avenir
Le désert avance vers nous.

Ce qui nous tient en éveil
C’est le voile opaque  au-dessus des  horizons

Ce qui interroge, ce qui tremble
Ce qui circule entre nous

Cafouillage et confusion
Que devient le langage ?

Ce qui nous tient en éveil
C’est le voile opaque
Qui recouvre notre bulle d’ignorance

Ce qui nous fait rêver
C’est la voix du poète
Lorsqu’il vient s’asseoir avec nous

Avec lui, chacun est  « une goutte d’eau, qui rêve tout bas »
« une  graine volante qui rêve tout haut »

Ce qui nous tient en éveil
Ce qui nous tient ensemble

 ******

CENDRES

Ce jour- là
Ton regard s’est posé sur mes cendres
Avec ce vêtement de cendres et de mémoire

Léger sur mes épaules
Je sors de la nuit,
Anonyme parmi les vivants

Heureuse solitude
la peur tassée au fond des poches
L’insouciance refleurit

A nouveau
S’abandonner à l’appel

******

Sur la route qui danse
Enfant de poussière

Je marche d’un pas sautillant
Tout droit vers la montagne

Plein ciel
Pollens au fil du vent
Les pensées s’envolent, j’oublie ce que je suis

Voyage de l’âme
Suspendue  à rien

Je marche sans marcher, je regarde sans voir
Je rêve sans rêver,  plein sud vers la montagne,

Insouciante,  car je sais
De l’autre coté

Un nuage blanc sera mon père
Le lotus des îles sera ma mère.

 

MATINS INCERTAINS

Au premier matin
La ligne d’horizon a traversé le paysage
Séparant  la terre et  le ciel  –

Au deuxième matin,
la nuit  est restée  agrippée aux branches
l’horizon  est resté noyé  dans le brouillard,

Je te cherche,
La mémoire me donne une ligne imaginaire
Où je trouve appui

L’horizon retrouvé
l’œil s’y attache

Il peut voir  au- dessus
L’immensité  lumineuse  où  il se découvre tout petit

Parmi les constellations, les peuplements  d’étoiles
et leurs signes

Il peut voir au- dessous de l’horizon
Tout un monde  de l’ombre

Il peut s’inventer des couches d’hypothèses
superposées,
dans les sols, et les sous-sols

L’immensité sombre,  où il se découvre  tout petit.
Dans l’avenir incertain

Au troisième matin
les appuis pourraient s’effondrer,

Lui, au fond, il le sait depuis toujours
Dans l’instant, Sa force, c’est sa ferveur.

 

ACCUEIL  

Ce n’est pas un mot comme les autres,
Un que l’on pourrait  remplacer, ou contourner

Je m’habitue à ses visites
Il vient sans prévenir à la nuit tombée

Je le regarde s’installer dans ma maison
Dans l’espoir qu’il abrège sa visite, je ne bouge pas.

Je fais silence pour l’écouter
Ses monologues ne me disent rien.

J’aimerais qu’il m’éclaire sur le pourquoi de ses visites
D’où il vient, ce qu’il attend.

Quand je lui parle, il m’ignore
Je n’existe pas.

Alors j’interroge ma mémoire
Elle fouille ses archives
Elle retrouve  sa trace,
Quelques  signes indéchiffrables

Ce n’est pas un mot  comme les autres
La mémoire le connaît.
Avec elle, je vois double,

Ma vision ne m’appartient plus
Vraiment
C’est un mot pas comme les autres

Je le reçois
Je le refuse
Ai-je le choix ?

Par Marie Faivre, , publié le 14/02/2020 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

« Une vie à l’imparfait » d’Irène Dumont

Au pays de la mémoire, l’auteur nous invite à visiter  ce qui est resté en sommeil.

«  Le livre de la nuit, un chant, un adieu
Traversons cette nuit, traversons vite, mon ami
l’azur s’emplit de rêves  et de papillons légers.
J’ouvre la porte des songes, un oiseau,
un enfant vert,                                                                                                                                                            une fée, la source dorée, un regard.
Un ange pleure…   il a neigé sur ma mémoire … il est une attente. »

Au premier abord, l’écriture semble en désordre, par une succession d’instants pris au vol, de fragments décousus.

«  Eclatement, déchirure
Un papillon bleu se brûle les ailes, il est des soirs … il est des pluies … il est des rires
Il est des appels
…  j’ai brisé la vitre bleue des nuages »

Au fil de l’errance,  une certaine  organisation  se révèle, autour des  dimanches, la présence d’un Dieu énigmatique,  la présence de la Nature,  comme  la  Base fondatrice d’un royaume. Parfois, la voix devient prière.

« Laissez-moi chanter, rêver.
Un ange doucement ouvre les ailes.
Bleu, l’éclatement du premier soleil
Un paysage danse, un ruisseau court.
Je bois à la source du ciel.
Une tendresse descend des nuages …
Chantez, dansez, passeurs de mémoire  …
Viendrez-vous, soleils chauds ?  …
Je te parle, je t’appelle, je te crie, je te cherche. …
Une lumière, une soirée, des pas, une approche, une erreur. »

Entre les lignes, on perçoit une douleur, une présence qui se dérobe, une réalité qui blesse. Les forces vives de l’auteur se puisent dans la nature, chaque détail magnifié semble pouvoir combler l’Absence. Ce qui a existé,  continue à exister quelque part, ailleurs, autrement peut-être.

« Il est des cieux clairs, il est des jours de nacre, il est des arcs-en-ciel.
L’ombre d’une paupière, un air de guitare, un frisson, ma vie, mon ciel, mon attente.
Ce paysage, ce soir, ma vie
Il y avait tant de ciel, le mur était couvert de roses.
Il y avait une couleur, un espoir
Il y avait un soleil, il y avait ton parfum
Il y a ce silence.
Il y a …
Il n’y a plus rien. »

L’écriture, tantôt  désorientée,  tantôt victorieuse,  nous tient sur un fil.
« Il y a …  Il y a cet oiseau sur la branche, il y a une chanson …
Il y a la feuille du matin, il y a la fleur
L’oiseau, le pétale, le souvenir
Le nuage, le paysage
Il y a ma prière. »

L’univers d’ « une vie à l’imparfait », c’est parfois un voyage qui tourne sur lui-même. Les images  passent les unes après les autres, elles apparaissent, passent et reviennent. Une chanson prisonnière de la roue qui tourne, une chanson et ses refrains. Puis, vient le temps où  la parole doute d’elle-même.

« Il y a le cri plaintif de l’hirondelle
Le ciel monte, il y a mon appel, il y a ces mots qui ne disent rien
…  Un silence, une joie, le bonheur sans doute
Le bruit du matin, le murmure de la source, le chant du vent dans l’arbre
… Il y a celui qui  parle, il y a ces mots qui ne veulent plus rien dire. L’écho de ma voix, une erreur, une distance
l’écho seul qui répond et répète
Et redit ce bavardage, tous ces mots … »

Fragments décousus, un monde qui part en miettes,  … et demeure lumineux. Un monde aspiré vers le haut,  une joie aérienne.  Au fond de la désolation d’une vie imparfaite,  il y a une façon d’être, unique. »

« Puisque le soleil se lève le matin, je crie vers toi, lumière.
Je ne demande ni grâce, ni paradis
Je vous demande de garder mon frère
J’en appelle à la bonté.  Que brille cette lueur d’espoir.  Gardez-moi la caresse de la parole. Gardez-moi la confiance
Si vous existez mon Dieu, s’il est un paradis
Ecoutez ma prière. Je crie et j’appelle
…  je vois chanter l’arbre, j’écoute la rivière.
J’en appelle à l’espoir, je ne suis pas seule, il y a quelqu’un.
S’il est un chemin dans la nuit, si du rocher sort le ruisseau, je crie vers vous
j’en appelle à la bonté. Gardez-moi la tendresse, la confiance
j’en appelle au ciel.
J’en appelle à la vie.
Je ne suis pas seule, il y a quelqu’un. »

La nuit, l’errance. La voix creuse son sillon, en terre inconnue, malgré ce qui est perdu.

« Il y a le silence, la page vide. Il y a ce bavardage
Dieu se tait. L’azur est triste.
…  je suis l’aveugle qui a perdu sa vue et sa raison
Je suis la folle, je suis la boue derrière la charrette qui s’en va.
Je suis venue te chercher ce matin
je ne t’ai pas trouvé.
Il y avait  cette image qui te ressemblait. Il y a mon rêve.
Il y a cette vie, Il y a ce désordre, il y a cette errance. Il y a ce nuage qui court.
Il y a ce dimanche matin. Et ce silence, il y a l’allée vers nulle part
La beauté d’une lumière.
Je rêve que ça existait le bonheur.
Ça existait le bonheur, il y avait quelqu’un. »

L’écriture en terre inconnue, se perd, poursuit sa route dans la nuit. Tôt ou tard, elle  se retrouve au dimanche.

« il y avait un enfant perdu, et une église en larmes.
C’était dimanche, j’étais seule, j’étais assise au bord de l’eau. Je regardais passer les nuages.
C’est un matin. C’est en juin. C’est le dernier matin.
C’est la mort en direct.
La colombe poignardée, le blé tombé, l’épi séché, … la branche morte … l’ange en larmes,
Il y a Dieu qui ne répond pas … il y a moi, et moi seule …
ce jour où tout s’en va,, et tout se meurt, et je meurs.
Il n’y a pas de ciel, il n’y a plus rien. »

Il y a la mort en direct : tout devient mort. Tout ce qui entoure l’enfant est  mort. Le choc tombe !  sur l’auteur, sur le lecteur !  Au cœur de la vie, il y a le poison mortel. Il y a la mort en direct. Il y a  un acte criminel, enfermé dans une métaphore, enterré par l’auteur,  sous  la montagne  des poèmes décousus. Les pages suivantes appartiennent au chagrin, à la tristesse, au vide, au silence. Tout  vole en éclats. Le voyage à Venise est bouleversé.

« …   je  me suis pendue cette nuit au grand mât »

Le sentiment d’abandon s’infiltre partout. Les connexions au monde disparaissent.

«  Pourquoi m’as-tu laissée  … ?  Il n’y a ni Dieu, ni ange. Le ciel est désert ».

Les jours suivants, les pages suivantes, la même scène se rejoue, la même émotion.

« Je me suis pendue à une corde …
Venise en larmes, Venise perdue, un départ, un voyage.
la grande nuit, un océan noir.
Chagrin, tristesse …
Il n’y a ni Dieu, ni ange.
Il n’y a personne.
Le ciel est vide. »

L’auteur déambule au quotidien, parmi les  choses de la vie, avec en secret « sa mort en direct » à moitié écrite, à moitié enterrée. La voix se répète.  Entre soi et soi, elle tourne à l’obsession. Sans doute, il n’y a personne pour l’entendre.

«  Il est un enfant égaré, le troupeau égaré.
Il n’est point de berger.  Il est ma prière. …
Un juillet bleu, mon ange tombé, un toit qui monte.
il est la vague qui roule, le caillou rose
le cri plaintif de l’oiseau prisonnier.
Un océan noir, la peur.
Il est le rire des enfants. »

Sur son parcours, elle poursuit son périple.  L’auteur et sa lucidité qui déchire, nous dit simplement :

« Ce  soir, il y a ce doute,
Il y a ces cercles
Mon acharnement, il y a, tu sais, le silence.
…   et cette horreur, j’ai un trou noir dans ma tête. »

Pourtant, cet acharnement  la garde en mouvement, dans la vie, dans l’ouverture, la marche, le goût des autres, la vie ailleurs, les rencontres.

« Il  est l’odeur de la confiture.
Je me promenais au marché. C’était dimanche…
J’ai bu à la source du ciel, et tu étais là. …
Il y avait un jour entier,  un espoir, un éclair.
Il y avait quelqu’un, des pas, une joie. »

Avec ses mots simples – « Quelqu’un, des pas, une Joie » – un climat paisible est retrouvé. L’écriture  reprend son souffle,  son cours naturel. Elle chemine vers des instants de poésie pure.

« Un marcheur parfois rêve, sur le sentier bleu.
Il est quelque part, une maison à aimer.

Un ange pose son  doigt  léger, sur la fleur du temps.
La source était verte, la prairie marchait sur le ciel.  Il est tant d’or au ciel, une promesse tenue
Un pétale, une lune.
J’écris ton nom sur un nuage en or.
Des dimanches entiers sous les arbres.
Du ciel pleuvait une fleur bleue sur la page des rêves.
L’encrier s’envole, s’en va la plume au large… »

Certes, le climat est apaisé, mais la vie intérieure de l’auteur reste  en ébullition,  le regard reste  décapant, le questionnement, parfois douloureux.

« J’entends courir quelqu’un. J’entends au ciel pleurer Dieu.
Le firmament est couvert d’oiseaux blancs et d’étoiles
J’ai usé de toutes les couleurs, j’ai gâché l’or, et l’argent, le bleu, j’ai rêvé seule sous la lune.
Aux langues rougeoyantes, voici l’enfer, le diable ricane. La porte se referme. J’étais là, seule, je pêchais des étoiles, dans mon filet troué.  J’appelais, le ciel était vide. Et là, j’ai crié, j’ai supplié Dieu.  «  Rendez-moi l’étoile du matin, le sentier bleu, le sourire de l’ange ».
Tout se taisait.   Voici des vers, composés ce soir. J’ai écrit  pour qui voudra m’entendre. »

« Une vie à l’imparfait »  poursuit  éternellement  une forme de prière, avec des variantes, des refrains, des recommencements. Dans cet univers, l’ange ne grandit pas. Il manque un interlocuteur. L’écriture  écrit,  tout en s’effaçant. Dans ce qu’elle dit, on peut entendre autre chose.

Par ailleurs, la voix  pose les questions existentielles  que chaque humain se pose.

« La branche en fleurs que vous aviez peinte, s’est envolée comme une prière »

Naturellement,  les questions restent sans réponse, mais dans la manière de les  exprimer, l’auteur rejoint l’Autre, l’ami, le frère, quelqu’un, un voisin, un passant.

Les souvenirs s’envolent dans le soir. L’ange doucement pose son aile sur la terre.

La suite n’échappe pas aux alternances, à la banalité des saisons intérieures, le soleil et l’hiver, la vie, la mort.  Pourtant, rien n’est banal avec Irène Dumont.

« Octobre malade….
Et la peur tu vois, la porte fermée, je voyais s’incliner les ombres, les octobres malades.
Des ponts que l’homme ne traverse pas.
Et que  je n’ai pas traversé.
J’ai trop vu pleurer les nuits.
Les roses fanées. Les dos courbés, les doigts usés.
La main que tu ne m’as pas donnée.
La porte que j’ai fermée.
Le gong le soir qui grince.
Les mots que nous n’avons pas prononcés. »

Quand son univers donne des signaux  d’alarme,  l’auteur reprend son bâton et sa route sauvage, avec l’acharnement qu’on lui connait, elle arpente son territoire, reconstruit ce qui se délabre.

« La lune penche, j’ai peint des cieux lumineux, sur le toit bleu des nuages. »

Ces mots rappellent  Boris Cyrulnic, lorsqu’il  écrit : « La nuit, j’écrirai des soleils » ( * )

« J’ai raconté mon histoire à la fée sous le rocher
J’ai effeuillé des trèfles d’or.
J’ai écrit mon histoire avec la plume verte de l’arbre.
Tant d’or, tant de ciel, la source ne peut s’éteindre
Je l’ai dit à l’oiseau.
J’étais là, seul, raconte le conteur.
Le nuage s’est entr’ouvert.
Des cieux  tombe  une lumière.
C’était un voyage bleu, une barque perdue …

… La branche en fleurs que vous aviez peinte, s’est envolée comme une prière. »

 

Remarque :

La poésie d’Irène Dumont, est-elle mystique ?

Dieu, l’Ange, le Berger,  présences souvent évoquées, ne sont  pas pour autant en lien direct avec les religions traditionnelles, occidentales ou orientales.

L’écriture d’Irène Dumont semble libérée des dogmes, de l’influence des modes, des cadres et des conventions, dépouillée d’artifice, de cliché, d’effet  de style. Il s’agit de son expérience intuitive et poétique,  qui contemple, qui s’émerveille, se révolte parfois, et finalement ouvre une voie vers l’inconnu. Sa poésie est riche de questionnements.

Lisons nous-mêmes, lisons les lignes, et entre les lignes. L’écho suscité, aujourd’hui ou plus tard,  sera  peut-être ce que l’écriture de l’auteur  réveille dans notre nuit.

 

Irène Dumont, Une vie à l’imparfaitPoèmes – Recueil publié en 2018 – 4e trimestre – Grâce aux soins de Claude- Angela Sauvage-Sanna.  L’œuvre d’Irène Dumont a été présentée en lecture, au Théâtre du Carré Trente à Lyon, le 15 décembre 2019.

 

( * ) La nuit, j’écrirai des soleils Boris Cyrulnik – Odile Jacob – Avril 2019

Par Marie Faivre, , publié le 02/01/2020 | Comments (0)
Dans: Comptes-rendus, Pratiques Poétiques | Format: ,

Conversations paysagères (suite)

« Viens Arbre
Viens
Sous les cieux de mes mains
Tu n’es pas orphelin »
Michel  Khalil Hélayel–  juillet 2019

 

SOUS LE CIEL DE TES MAINS

Murmures dans les arbres
Les rêves de la forêt
Sous le ciel de tes mains 

Se rassemblent pour le même voyage.

Tissage d’argile  et de feu

Dans le manteau que tu poses sur mes épaules
Mon corps s’enroule de la tête aux pieds
Pour le reste de la nuit.

 Avec le rossignol de ton poème
Caché au creux de mes bras
J’attends  

Le fruit rond de ta lumière.

 

Quand il s’approche de vous
en cachant ses plaies

Vous lui parlez des trésors de la poésie ?

C’est très beau !
Mais lui,  il souffre.

 

Chaque fois qu’il prend le train
Il saute en route,  avant l’Arrivée.

La ligne droite
la destination fixée 

le font mourir à petit feu.

Chaque fois qu’il prend le train
sur le quai du Départ
il se contraint

à  être un voyageur comme les autres.

 

Du train en marche
il saute en route
Sans savoir où 

Il  cherche  sa ligne intérieure
restée bloquée quelque part 

Qui l’attend.

Quand il marche dans les rues
Il s’aperçoit qu’il rencontre d’autres trains

….  qu’il choisit d’ignorer.

Son pas solitaire retourne à la nuit.

Pourtant, à travers la nuit
Il regarde les humains dans les yeux.

 

Ciel bleu
Plages dorées
Visages radieux
Tu m’invites
A vivre « ici et maintenant »
J’ai peur de ne pas savoir
Goûter ton ciel bleu
Ton sable blanc
Ton insouciance.

 

Entre  deux rivages lointains
Un cri   déchire le silence glacial
D’autres cris racontent la même détresse.

Il ne reste que des sanglots
Disparus au fond de la mer.

Un cri, un appel.
Nul ne lui prête attention
Ce n’est qu’un cri lointain, sans visage.

Plus tard
Quand la roue aura tourné, imprévisible
Nul ne l’entendra

Le cri du naufrage
Celui que peut-être nous vivrons
A notre tour
Demain.

 

Il m’est doux
De recevoir votre présence dans la rencontre

Plus encore, il m’est précieux
De fuir l’instinct de propriété

Qui se cache en vous.

 

Dans la nuit qui approche
Il vous regarde
Avec son œil d’aigle

Il vous écoute
Avec son oreille coquillage
Il capte votre langage,

Chacun  de vos frémissements intérieurs 

Sans perdre une seule
des connexions à l’univers
Qui l’ont fait naître.

 

Jour et nuit
Il travaille

Il a traqué en lui la terreur
Son ennemi intérieur

Si fort
Que  la peur
Longtemps plus tard

A laissé refleurir
L’arbre de la  paix.

  

A minuit, il travaille encore
Loin de vous.

Il nage en  forêts profondes 

Aucun fil d’Ariane
Ne l’assure.

Il nage
Dans les eaux tourmentées du fleuve

Avec le fil invisible de ses ancêtres

 

Les jours de grande  lumière
Son poème devient souriant

Mais lui, il garde les yeux fermés
Il se tient à distance

Depuis longtemps
Il refuse d’être le jouet des autres

L’ennui ne l’ennuie pas
La vie, la mort
L’absence ne l’ennuie pas.

Il ne pense plus
Aux trains qu’il a laissés partir sans lui

Les jours de joie au jardin
Si l’océan du ciel  déborde sous ses pas,

Il n’est pas seul.
Les lignes intérieures s’entremêlent

Quelque part, un ange court à travers la forêt
Dans l’odeur des pommes de  pin.

Tout près du cœur, son poème s’embrouille
Soleil noir métissé.

Jour de grâce
Couleurs réconciliées.

 

En territoires inconnus
On peut mourir
En faisant un pas de plus

Dans la mort
Il est chez lui
Il n’a pas besoin de vivre encore

Il écrit
Avec son amour
Qui traverse
Les murs de la haine 

Et tous les murs de la Terre.

 

Offrande

 Nager, plonger
Reprendre souffle
Prenant appui sur ton épaule

  Fleur d’eau
c’est l’offrande 

 Ephémère,  elle disparaît
jetées aux vents
pétales retombées en pluie   

 Mourir  et renaître
Sur les ailes de la lumière.

 Au fond du fond
Le mouvement vital vient du ventre.

Nager, plonger
Reprendre souffle

 Tu me donnes ton regard
Ton épaule
Où prendre appui.

C’est ton offrande.

 

CONVERSATIONS PAYSAGERES  –  Suite  – Septembre 2019

 

Par Marie Faivre, , publié le 21/11/2019 | Comments (2)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Conversations paysagères

à René HENANE, L’ARCHEOLOGUE DES POETES

Depuis longtemps disparue
on la croyait morte.

Sur le sentier des caravanes
dans les sables de la mémoire
quelqu’un l’a retrouvée
l’a réchauffée de son regard.

Au silence de la petite boite de santal
Il a donné un mot-chrysalide
pour sortir de la nuit de l’alphabet.

L’oreille collée aux   chuchotements des pierres
il est seul à percevoir
la respiration des chants d’autrefois.

Si l’âme du voyage
est revenue vers  la petite boite à légendes
c’est que l’Archéologue des poètes
creuse nos racines souterraines.

Libère nos forces les plus profondes
la présence de l’Etre.

 

******

 

CONVERSATIONS PAYSAGERES

Ce jour-là
croyant prendre possession des lieux
naïvement
j’écrivais mon nom sur la porte d’entrée
C’est alors qu’un ouragan a balayé mes bagages
jusqu’au bout de la rue, tout a disparu
je restai là, hébétée
devant cette maison que j’avais crue mienne.

Suis-je encore
sans être ici ?
hors de soi-même
hors les murs
hors le toit des pensées.

A défaut de maison
à défaut d’un lieu sécurisant
j’habite le vent sur la lande.

Les conversations paysagères
nourrissent mes jours et mes nuits.

La lande sauvage est ma maison
j’habite des forêts imaginaires.

Le chant des arbres
déplace les limites de ce monde.

 

******

 

Au promeneur qui demande son chemin
la main du peintre
ne donne  rien d’autre qu’un paysage
où le temps de s’égarer
nous apprend « le métier de vivre ».

Le travail du paysage
chaque jour ouvre des portes invisibles
suivant une ligne incertaine
celle qui nous désoriente.

 

******

 

Arrivé  à  la clairière
le départ des chemins  est en étoile
si les ailes des nuages te portent
ce n’est pas seulement l’amour du vent
qui soulève tes pas
mais la soif d’explorer.

Ce n’est pas seulement l’amour qui te lie aux chemins
mais le désir de métamorphoses.

 

******

 

Dans la nuit du poète
je viens m’asseoir sur une branche
et rêve avec lui.

Autour de nous, le paysage muet de l’hiver
c’est l’été qui brûle au-dedans de nous.

L’étoffe du rêve
accroche à l’arbre
un chant  d’oiseau
qui ouvre  une porte au milieu de la nuit
comme le soleil
au milieu de l’hiver.

 

******

 

Echoué à la frontière
un tremblement silencieux
le désir de parler soudain
vouloir déposer le tumulte
sur le fleuve qui nous traverse.

Quelque part
on ne sait vers quel pays
nos désirs jetés aux vents
ont joué le tout pour le tout
pour jeter un nouveau pont.

Aurais-je la force assez longtemps
pour voir le vide  devant mes pas ?

Ici, les mots
dorment encore
le temps d’un voyage
le temps d’un songe.

 

******

 

LE MOT PERDU

Rumeurs
et bruissements des foules
ils arrivent de partout
les mots en trop
qui se multiplient entre nous
des mots qui font du bruit
pour remplir un vide
jamais comblé

Quelque part
…   comment dire ce qui se perd ….
quelque chose ne parle plus

De tous les mots
je n’en retiens qu’un
celui que tu oublies.

 

******

 

LE MOT ABSENT

Dans les rues
pavées de mosaïques
j’apprends à marcher sur tes empreintes
pour trouver le mot absent.

Place du rêve
le carrefour des lumières
nous donnent
quelques  bonheurs à partager
parfois j’interroge un nuage
pour connaître le sens de l’avenir
il m’oriente entre les colonnes de l’attente
plus tard
pour traverser les cases noires du malheur
je saute plusieurs mots
dont j’ai perdu le souvenir
d’une rue à l’autre, souvent je me perds
les yeux remplis de brume
chaque jour, j’avance
chacune de tes empreintes
me donne le mot suivant.

 

******

 

SI LOIN

Quand tu t’éloignes si loin
ce que tu ne quittes jamais
c’est la page où tu me reçois en toi
rivage où je viendrai seule et légère
le soir vivre dans tes pensées.

Sauras-tu m’entendre ? je suis ce chant désincarné, ce mouvement de l’âme
qui fera couler la sueur de ton rêve
et les larmes de ma mémoire à ta recherche.

Quand  tu t’éloigneras encore si loin
il restera toujours un coin de ciel en toi  où je saurai t’attendre
dans les légendes qui habillent mon silence
un jour, rejoindre l’espace de tes voyages immobiles
tes mains referment le livre du soir
avec la page où je continue à vivre
en toi.

  

******

 

AVEC OU SANS LES MOTS

Visible ou invisible
avec ou sans les mots
petite flamme ne cesse
d’être allumée

Tant de vibrations voyagent
de l’un à l’autre
viennent encore irriguer
le cœur de ma solitude.

Se parler sans les mots
c’est encore se parler.

Comme les arbres se parlent
se racontent  mille chants de feuillages
avec  la simple joie des nuages 

 

                        ******

Par Marie Faivre, , publié le 24/03/2019 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format: ,

Poèmes (II)

                                                À Marie FAIVRE – Mon regard s’élève en toi bleu
C’est un lien qui me fait veiller
au long de la vie
pour libérer les énergies
le Vrai
l’acte de Dieu que tout homme espère
qui me fait une place dans ta chaude prière
qui agrandit la flamme de mes paupières.
Michel Khalil Helayel

           

L’ESPACE DU REGARD

Au pays où lèvent les lendemains
entre les murs de pierres
la flamme invisible coule son chant
qui veille au fond du Temple
jusqu’au ciel de tes paupières.

Dans ces lieux de pierres et de nuages
deux parcours dissemblables
ont retrouvé la force des mots
avec leur pauvreté
brûlante, fragile
avec tout l’or qui demeure
dans l’intime des voûtes
et les replis de l’espoir.

Dans ces lieux
rythmés au souffle des nuages
dont nos accords
sont la clé
ton regard
irrigue le silence de ma prière.

******

 

NE RETENEZ PAS L’OMBRE

Ne retenez pas l’ombre
ses images et ses clôtures

Ne retenez pas les jours de départs
la disparition des rêves
le poème qui meurt

mais  gardez grand ouvert
l’espace
le geste du temps
sur nous, voiliers du silence
sur l’eau de nos jours inaccomplis.

Laissez le geste du temps
Sur le visage de la rencontre
la totalité du grand arbre
d’où furent mis au monde
le ciel
et la terre.

******

 

QUELQU’UN

Avec des mots
uniquement à vous
des mots de votre terre d’autrefois
aux arbres disparus

des mots rivières
qui ont caché vos plaies,

des mots de sable
qui pardonnent les longs silences,

Avec des mots de pierre ou de glace,

Avec le couteau des mots
pour répondre à ceux
dont vous n’êtes pas esclave,

Avec des mots de l’attente
et d’autres sans retour,

Sans justifier vos refus
Sans rechercher d’alliés,

Avec des mots uniquement à vous,
quelqu’un continue
à vous connaître.

 ******

 

ENFANT DE POUSSIÈRE

Un jour d’été ou d’hiver
peut-être demain
suspendue sur l’air, à la merci du vent
je serai devenue poussière
de retour à l’inconnu, à la nuit première.
Invisible, sans matière et sans poids
enfant de poussière,
taillé dans le vide et le rien
mais resté poussière de désir.

Irradiées de force
mes paupières s’ouvriront
mes yeux face au soleil
le vertige rejoindra la flamme paisible de ton regard
car le vent
t’aura posé sur la pupille de la lumière.

 ******

 

SUR LA PIERRE DE L’OUBLI

 Sur la ligne aux mille points restés suspendus
si la mémoire n’est plus
que poussière envolée
sur la pierre de l’oubli
je m’endormirai

Poussière de nuit
je boirai la rosée
à l’approche de l’aurore
car ta voix
sera devenue un lac.

 *****

 

LE SILENCE DES ENCRIERS

ENFANT DE L’HIVER

 Dans la ville en désolation
contre la mélancolie du jour
tes pas craquent sur le gel
La lumière à naître balbutie.

Les mots lentement s’épellent
par les lèvres de tes poupées rebelles

Enfant de l’hiver
Que l’exil dépayse
Ville, visages, chagrins de tous lieux
à la rencontre d’autres voix
Au rendez-vous de la mémoire
les heures claires
des tendresses se souviennent
dénouent la détresse
aux cheveux de printemps à venir.

Enfant de l’hiver
au regard d’éternité
le sang de ta révolte
brisera le silence des encriers.

 *****

 

QUAND NOUS SERONS EN AVRIL

« Écoute ; apprendras-tu à m’écouter de loin.
Il s’agit de pencher le cœur plus que l’oreille.
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
pour venir jusqu’à moi qui regarde et qui veille. »
Le forçat innocent, Jules Supervielle

JE NE T’ÉCRIS PAS

Je ne t’écris pas
mais les oiseaux du regard
que tu aimais autrefois
se lèvent à nouveau
sur le sang blessé du soleil.
Je ne t’écris pas
mais tu entendras le silence de ma soif
à la rencontre du silence de te

Oui, tu ne m’écris pas
mais je sais la naissance de l’eau
le chant, la prairie, l’encens, les lilas
le creux de ta main
où nous dormons ensemble toutes les nuits.
Tu nous tiens hors du temps et des vents
qui jouent à tricher autour de nous
avec les brumes, les songes et les signes
Tu ne m’écris pas, mais la vitre du ciel
effeuille ton visage de mémoire
enjoué de l’enfance
l’éternelle enracinée
sous les paupières du rêve à poursuivre
à mourir à nous poursuivre
Le temps d’être ensemble
Avait préparé le temps d’être seul.
Dans la sève des collines
l’appel de la terre revient
irréversible, dans les yeux verts de l’aube.

******

Par Marie Faivre, , publié le 04/03/2019 | Comments (2)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Poèmes (I)

Marie Faivre est la disciple du grand silence qui n’est pas privé de voix.
Sa parole jaillit du silence qui échappe au tombeau,
Qui devient univers.
Dans le silence de la vie, toute vérité apparaît dans la profondeur de sa présence, reconnue par le semblable, au souffle intérieur du poème.

Michel Khalil HELAYEL, écrivain et poète

 

 

… à la chère mémoire d’Aimé Césaire.

 

UNE SAISON AU CONGO (Janvier 2006)

Lire Césaire
C’est vivre la fin d’une guerre
C’est brûler sa rage
Dans la flamme des palimpsestes
Le temps de l’acte II scène 6
1
Lire Césaire
C’est réveiller un fardeau obscur
Sommeillant dans la nuit soumise des songes 
 

Césaire ! C’est la foudre sacrée
La tempête la plus juste
C’est combler une faute de mémoire
C’est retrouver la page mal écrite
Sur la terre la plus folle
Et tout recommencer

 Avec Césaire
Déterrer du sable
Une étoile noire
Illuminée
Vie et mort, dans le même sillon

 Incendie du soir
Lire Césaire
C’est vivre
Ce que l’on a manqué
Et tout recommencer.

 1/Une saison au Congo : il s’agit de la danse d’Hélène et de Lumumba au seuil de sa mort.

 

*****

 

LENTEMENT LE PAYSAGE BRULE (1997)

À FLEUR D’ABÎME

À fleur d’abîme
tu construis ta maison

Dans les attaques du vent
tu entends le chant des étoiles

Avec les brouillards du néant
tu espères un dialogue

À tes yeux,
la lumière est toujours pour demain

Quand les jours si lourds
tournent dans la nuit
des chambres encloses
que deviennent les espoirs ?

Quand le moulin de tes patiences
n’est plus relié
est-ce le renouveau quelque part ?
est-ce

la mort du rêve qui attend ?

 

******

 

TERRE

« Ma vie a retrouvé sa terre
La navette court… »

Sur la trame vivante
du regard qui m’entend

ma vie a retrouvé
le mot resté en souffrance

Dans sa nuit qui tremble,
il court
l’enfant de mes silences

Quand son élan dit oui
et sa mémoire dit non

il se noue quelque part
entre l’ombre et la vie
entre la vie et la mort

le mot qui souffre entre nous
Seul
le regard qui aime
saura l’entendre

 

******

 

CHEMIN DES MOTS

Dans le paysage
les mots se promènent
avec l’autrefois et l’aujourd’hui
liés
dans la même nuit

Quand les mots se rencontrent
la lumière
vendange des trésors
aux fontaines de nos journées

C’est alors
que le fil du paysage
s’est noué entre nous

Par le chemin qui se découvre
il reste parfois de l’obscur
où le cœur trébuche

Les mots sombres s’enchaînent
Sur la trame des malentendus

La lumière nous revient
par la musique de tes gestes

lorsqu’ils sèment
entre nous
des mots attachants
ensoleillent le paysage
que l’hiver avait décousu.

 

******

 

Quel monde
habite ton sang
par tes ancêtres
nomades sur la terre

Quel monde
te porte
donne la confiance à ton pas
dans la tempête

le juste équilibre
quand ton corps tremble
et vacille

Quel monde
habite ton sang
quand tout bouillonne
et te donne la fièvre
du second souffle

 

******

 

LE TEMPS DES ROSES  (janvier 2004)

L’encens des fleurs
fait naître l’encens du corps
Bref moment de jouissance
où seule l’imagination
d’un corps s’étire se donne
dans la nuit de l’espace
le berceau des mots 

la palpitation d’un paradis éphémère
dans l’insatiable univers du rêve

 Ce qui fait de l’homme un poète
est le mystère d’une petite boîte de santal.
Au pays de ses richesses
elle est la capitale
que l’absurdité de la nuit
pourrait dévorer

Sous la veilleuse tardive des étoiles,
ce qui fait vivre son chemin imaginaire
c’est la solitude du poète
lorsqu’il dépose la boîte à légendes
sur le bord de la fenêtre
entre lui et le rivage
entre sa vie
et l’eau serrée
au creux des collines de nostalgie.

Le temps des roses
est resté possible
lorsque la main dessine
l’élan du voyage
pour renoncer à l’acte de possession.
Le poète part comme un amant jaloux
à la rencontre de l’amante
vers l’irréalité de l’amour.

Dans l’effeuillement
le temps d’une rose finit par s’éteindre
sur l’eau du miroir du passé

Le temps d’une boîte de santal
continue à respirer dans l’espace des oiseaux
au rythme de l’arbre dont elle est née
parmi le chant des forêts
dont l’écho
poursuit ses palpitations à travers elle.

 Au temps des voyages,
certains jours de grand désert
la boîte de santal se transforme
Si les rencontres se font rares
Si le paysage referme ses frontières
la petite boîte se rétrécit.

Ce qui fait de l’homme un poète
c’est de se sentir mourir
lorsque la boîte de santal s’étiole
jusqu’à perdre l’horizon de sa parole

Parfois imprévisible,
peut-être éthique
en pays barbare
le manteau du poète
est seul à protéger la boîte de santal.

Pour le silence qu’il transporte avec lui
il connaît le sentier
vers la première page
où le chant d’un jardin prendra naissance
avec la boîte de santal
posée nue entre l’eau et le ciel
 

Devant les fenêtres aux lumières d’artifice
Tu traverses sans t’arrêter les jardins à succès
le territoire des rêves décodés.
Tes pas s’éloignent rapidement
en essuyant des larmes sans paroles
de peur de voir disparaître
les liturgies de l’amour
écrites sur la boîte à santal.

Sans pouvoir trouver l’erreur
qui serait de l’un ou de l’autre
nos routes cheminaient
sans se rencontrer
Avec ce temps mort
Tu as fait un oiseau appelé colibri
Il est midi
Le temps des roses  ne dure que le matin de l’amour.

 

******

 

RYTHME ET PASSAGES (2003) 

À L’HEURE OÙ TU MARCHES 

Contre des barreaux invisibles
je suis ce lieu
de brouillards et d’arbre
emmêlés dans ma chair.

Je t’ai cherché
dans les veines de la pluie
dans le fleuve contre les tourments.
Je t’ai cherché dans le silence de la terre
dans ce pays muet.
Contre les vents assassins
j’ai prononcé ton nom
je t’ai prié d’inventer d’autres légendes.

À l’heure où tu marches vers nous
je suis ce lieu qui n’en finit pas
d’être vivant
d’être mort
Dans ce pays où le ciel a fui
l’espoir refuse de mourir
quelqu’un refuse de se taire

 

******

 

 

 

 

 

Par Marie Faivre, , publié le 20/02/2019 | Comments (1)
Dans: Pratiques Poétiques | Format: