« Le Chant de la mer à l’ombre du Héron cendré » de Sonia Elviranu

Sonia Elviranu, Le chant de la mer à l’ombre du héron cendré, L’Harmattan, 2020, 128 p., 14,50 €.

Après le Souffle du ciel, j’ai suivi Sonia Elvireanu dans son retour au pays d’avant les mots.
Le temps renversé dans ses bras, la vie et la mort.
Paysages bercés par le murmure de la mer, comme la vie du silence d’avant la naissance.

Dès le départ, la mer et les rêves nous enveloppent.

Au loin,
le héron cendré, …

Le ciel
glisse
sa lumière
dans ses ailes.

Le retour au silence, au désert, voit naître le premier jour.

Le lever du soleil ,
sur les tempes
du monde,
un souffle
de merveilles 

Au creux de la mer,
Le héron cendré accroche ses ailes 

L’ile de la rêveuse offre  la rencontre

un cygne solitaire se tait

Au bord de l’eau
j’apprivoise les lointains … J’écoute

La solitude,
… le brouillard …
la mer,
la nuit

Quelqu’un cherche sa voie.
Quelqu’un se cherche,
Apparemment, nous n’avons pas quitté ce temps renversé  d’avant la naissance.

Un cri dans la nuit
Un papillon jaune
tourne en rêve
dans le ciel

Au creux de la mer …
Le jour pend au soleil, la nuit à la lune, noue l’un à l’autre,
Comme pend la goutte de rosée à la feuille.

Fragile, le cordon littéral de l’un à l’autre, l’amour, l’Etre aimé !

La vie
que tu cherches

Au fil d’eau,
l’oubli …

Avec l’oscillation intérieure, le temps du  doute apparaît

Le cri muet
du corps ensablé 

 …  Je n’erre plus,
Au plus profond de mon nid,
je berce ma lumière 

Les mots ont la force de la renaissance secrète :

L’éclat
d’un fil
de lumière
dans le labyrinthe
de
la nuit »

L’écriture donne à imaginer l’univers poétique de l’auteur, qui vient de s’ouvrir,

…  loin des illusions
du monde
tel des fous,
dans les senteurs des champs,
enfants de la lumière,
nous galopons le ciel dans les bras

 Quand vient le temps des questionnements, la confiance est la plus forte.

Ce qui reste sans réponse a le droit d’exister.

 n’empoussière pas ta lumière,
que son éclat dans ta nuit
demeure,
tu finiras par comprendre son mystère 

La solitude ne l’effraie pas, elle demande :

Prie
pour moi,
que je ne sois pas
désert,
mais lointaine
oasis.

Ombre et lumière peuvent s’affronter, le poème résiste.

Au creux
de tes mains,
le ciel creuse
des sillons profonds,
délace la lumière du poème,
de ses voiles sombres.

Elle connaît les détours de l’ombre, sa main semble nous alerter :

Ne laisse pas l’ombre
te déchirer,
tiens-la serrée,
et pèse
ses marées.

Elle connaît le silence de la terre, et son langage :

Allégée
de
ses souffrances,
la terre fait fleurir
étrangement,
ses pommiers 

Lorsqu’elle évoque la nuit, elle voit des sources nouvelles à sa rencontre :

La nuit
dort
sur les paupières,
apportant
les rêves
d’autres rivages 

Ne chasse pas
les mots
qui ne peuvent pas
témoigner de la souffrance,
leurs traces resteront
dans le sable de l’être 

Ce qui semble impossible à dire de la souffrance, elle nous invite à en retenir les traces.

Il neige,
sur les regards
éteints,
par l’attente
là-bas,
au loin,
La Sibérie gelée
sombre dans l’oubli.

Ici, les mots du poète ne donnent pas seulement l’émotion, ils sauvent de l’OUBLI.

L’âme de Sonia Elvireanu ne craint pas de se projeter vers l’avenir :

…  l’aube glissera
sa clarté dans ton regard,
la nuit ne sera plus
qu’une ombre dans tes yeux.

De la douleur du combat, la lumière demeure victorieuse.

Vers toi
ô ciel
s’élève
ma prière
pitié
éternelle
à lui
à la mer
que j’emporte dans mon corps.

Sa prière si touchante, car tellement humaine et charnelle, s’adresse au ciel, à la mer, aux éléments.

La quête de la Voie, la Lumière, la Beauté, c’est un  murmure, en marge ou entre les lignes.

Les tristesses
de l’été
enterre-les
dans la colline …

La quête de l’Etre Aimé, poésie de l’effleurement, plus forte que l’absence, l’impalpable plus réel que la matérialité :

Tu passes
tel un souffle
à travers moi
tu me glisses
dans ton regard
je fais fleurir l’oléandre

Dans l’air brûlant
aucun souffle ne remue la solitude
j’écoute le silence
… la mélancolie sous ma fenêtre

Est-ce donc le long silence, qui prépare la Nature à toutes les naissances ?

Au ventre
de la montagne
parle
le silence
comme au désert

L’auteur nous invite à la beauté des paroles, à la lenteur du temps :

Ne dis jamais
adieu aux paroles
laisse-leur
le temps
de se reposer en toi
l’amour s’épanouit
dans
le silence 

Cette lenteur du silence, avec elle, devient berceau de l’amour

…  j’ai soulevé ton fardeau
tu grandis maintenant au creux de ma douceur
Ne reviens pas sur tes pas
suis ta Voie
on se trouvera au carrefour
dans le Souffle de la rencontre.

Avec la poète un mot peut porter à lui seul, l’acte qui sauve.

Un mot
se lève sur la mer
vers le ciel étoilé
plus brillant
que l’étoile, …

Chaque mot a le goût de Renaissance, grâce à la présence intérieure.

Ton ombre
silence et nuit
c’est ma maison 

Dans
l’infini
appuyé
à la lumière
tu la tournes
vers moi .

Bientôt, ce n’est plus « un mot » qui nous transporte dans les paysages de la poésie de Sonia, mais un flocon à peine perceptible.

… Sur la crête fleurie
des nuages de lumière
glissent en moi
comme un flocon léger et silencieux.    

un jour je serai
une algue ondoyée
par des poissons dorés
dans la lumière des profondeurs,
l’orage m’emportera au bord,
émeraude du sable 

Naître, Mourir, Renaître …

Est-ce la rencontre des mémoires ?

Est-ce votre écriture aux pouvoirs particuliers ?

A vous lire, mon regard, parfois perplexe, parfois émerveillé, est devenu plus vaste d’embrasser la sensibilité d’horizons nouveaux. La chair du cœur s’est trouvée bouleversée, de forces lumineuses et d’amour de la vie.

La vie toujours recommencée,
en mémoire à Paul Valéry, « la mer, la mer, toujours recommencée ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Atelier du fil

FRAGILITES

Etrange  bouleversement
Certains  mots se sont perdus
D’autres  ne savent que se répéter.

Le vent sème le doute
Chacun fait sa route
Dans plusieurs sens.

La  réalité la plus simple devient la plus dure.

Entre nous, l’espace règlementé
enlève le plaisir de se voir, d’être libre.

La fragilité est partout,
Dans les corps, dans les têtes,
dans  les maisons, les pensées.

Le jour, la nuit,  nous sommes dans le vague

Inquiétude insaisissable.

Quand l’atelier du fil ouvre ses portes
Les mains des couturières retrouvent les gestes.

Dessiner, couper, épingler, ajuster, piquer
L’ordre ancien rassure.

Le ronronnement des machines à coudre
Efface le doute.
Les regards se croisent, se réinventent
En fin de journée, les masques sont alignés,
Cousus, pliés, repassés.

Chacune a défroissé les chagrins de la veille.
La musique des fils renoués  est revenue

Le contact refleurit, la tendresse des corps
donne  du soleil aux fenêtres.

Dans les brouillards du doute,
Certains fils nous ont échappé, ils ont rejoint l’horizon.

La vie ne tient qu’à un fil

Avec un petit caillou blanc
pour tenir serré  le fil de vie au creux de la main

Nous inventerons des jours différents
Des jours de toutes les couleurs.
De la terre, des rivières, et du ciel.

A l’atelier du fil,
Les petites mains tireront l’épingle du jeu des nuits sans fin.

Un geste minuscule qui nous rapproche.

Demain dans la rue,
Dans la foule des masques, on se reconnaîtra.

Longtemps plus tard, un jour viendra.
Au bout du labyrinthe, on se reconnaîtra.

 

LE TEMPS d’APRES

Après une éternité en quarantaine
Chacun franchit le seuil
en semi-liberté, gestes réglementés.
Sur les trottoirs, les files d’attente s’allongent.
On se faufile avec prudence.
Les bruits de la ville recouvrent  une sourde inquiétude

Après les murs de nos prisons.
Le corps en souffrance se jette dehors.
je marche de travers.
vers toi qui trébuche à ma rencontre.
Ayant dormi trop longtemps.
Le corps se jette vers toi les yeux fermés.
Dans l’éblouissement retrouvé

A nouveau on se rencontre, après la cruauté de l’absence.
Le monde peut vaciller, je ne le vois plus.
Nos maladresses, on les oublie.
Nos imperfections, on les aime, elles nous unissent.

Une complicité d’amour retrouvé

Un nuage de papillons se lève autour de nous.
Nous  soulève de terre.
nous  emporte au fil des vents.

 

TU NE ME VOIS PAS

Je suis l’air.
Tu ne me vois pas quand le souffle de l’air te porte.
La poussière s’envole, toi tu restes.
Le souffle te donne la force,
le rêve, la beauté, la vie.

Tu ne me connais pas.
Le plus souvent, tu m’oublies.
Je suis l’air, je suis là
Pour aller bien, j’ai le désir de toi.
J’ai besoin des arbres pour te parler.
Dans leurs feuillages, tu peux entendre.
Si tu te penches suffisamment vers le cœur de la forêt.

Grâce au vent,
Je peux faire le tour de la terre.

Grâce à toi,
un jour
Je ferai le tour de ta vie.

 

REVE ENTRE PARENTHESES

Le long des rues ébranlées,
Sur le quai 2020
Le train des jours  s’est arrêté.

La locomotive et ses wagons alignés
Les wagons oubliés hier, et les autres.

Ils sont venus, ils sont tous là.
Celui de nord,
Celui du sud,
Et même le maudit.

Il est 20 heures sur le quai 2020.
Ils sont tous réunis.
Elle va mourir la Mamma.

Pour un grain de sable invisible.
L’horloge  s’est arrêtée.
Le monde et sa course aveugle vacille.
Le rêve entre parenthèses est né.

Coco Nana, trauma universel.
Sur la marelle, l’enfant pousse la pierre.
Sur la margelle,  la pierre pousse la liberté.
Partout autour de la terre.
Une force terrible

Se réveille.

Elle vivait en nos mémoires,
Du lointain de nos ancêtres.
L’Invisible gestation.
Chaque humain l’a portée
sans le savoir
Sans connaître son nom.

Par Marie Faivre, , publié le 18/08/2020 | Comments (1)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Conversations paysagères (suite 2)

MEMOIRE ET RAMIFICATIONS (II)

 

La boîte e-mails déborde de messages
Des mains amies pianotent de l’affection sur leur clavier
Des étoiles de tendresse se posent sur ma peau.
Les messages se ressemblent
Au bout des doigts, on a le même clavier.
Pourtant, ils donnent chacun une joie différente
Entre nous, chacun sa prison,
Chacun sa douce musique, unique.

****

L’ennemi est proche
De lui,  on ne sait presque rien
Au fond du fond  c’est la nuit des temps qui revient
Depuis  la préhistoire, chacun  écrit sa vie

Entre la naissance et la mort
avec les mêmes prisons, les mêmes désirs

Si le décor est variable
Au fond, la nuit des temps et son énigme
Ont la même épaisseur.

****

Sur les ondes, sur les écrans, de partout sur la terre
Des nouvelles nous parviennent
Des combattants tombent  sur la ligne de front
Des amis, des voisins sont touchés
Il y a des humbles et des fanfarons
Il y a des Invisibles qui  révèlent soudain
Une âme lumineuse

****

Le pire et le meilleur se côtoient
Notre regard ouvre ses volets
La lumière brûle nos paupières.
Le monde du vivant  menacé, pourrait  s’éteindre
La peur nous étreint.
Nos yeux longtemps ont refusé de voir.
La nature nous parle,
Un jour, nous serons  prêts à l’entendre.

****

Les réseaux d’info.
Diffusent des fragments
Le puzzle  se dévoile immense iceberg

Au fond,  personne ne sait.
Enlisés dans nos prisons, on attend, on s’agite.
La liberté de penser reste notre amie.

****

Quand je veux te voir,
Toi, tu restes dans le noir.
On n’embrasse plus personne,

Dans nos corps
On brasse du vide dans les neurones
Elle reste entière, la soif de vivre.
Demain, nous apprendrons à vivre autrement
Avec peu ou presque rien, et beaucoup de liens.

****

Parfois, un ami invente des scénarios d’évasion
De l’air neuf, de l’air vivant
Qu’on  aime avec jubilation.

****

Les larmes et le rire donnent la fièvre.
Dans la moiteur, sous le front,  tant d’images défilent.

Ensemble,
Des femmes brodent des tapis de prière
A genoux au pied de la croix.

Dans les forums en ruines,
Des porteuses d’eau vêtues de lumière bleue
Apparaissent  et soudain disparaissent.

****

Que sera le ciel de demain ?
Le sablier du temps coule dans nos mains
Après le danger des virus,
Les dangers climatiques
Une nouvelle alliance pourrait naître

Entre l’Homme et le Vivant ?

****

La nuit, l’univers et ses mélodies
Entrent  lentement avec la marée montante.

Le chant se liquéfie
Doucement, il réussit à faire son chemin
Au creux des silences.

****

Cette nuit, je me réveille brusquement

Quelque chose m’attend quelque part
Vite, je sors pour réparer cet oubli
En silence pour ne pas déranger les voisins
A pas de loup dans les couloirs
Avec la clé de ma deuxième sortie de la journée
La clé de la boîte aux lettres.

****

Il paraît qu’un oubli peut en cacher un autre ?

Mais au fond du fond, personne ne sait.

****

Un monde ou un autre

La mort ou la naissance

Le départ est proche
Sans faire de bruit
Je vais camper sur le balcon

Avec mon sac à dos, ma lampe frontale,

Mes sandales de papier, ma boîte de couleurs.

****

Demain au petit jour, l’hirondelle m’apprendra à ouvrir les ailes
Je suivrai son vol
Vers ses paysages, son univers
Le corps planant
Serrant dans mes bras
Mon étoile de naissance.

Par Marie Faivre, , publié le 21/05/2020 | Comments (5)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Conversations paysagères (suite)

MEMOIRE ET RAMIFICATIONS (I)

C’était le début du printemps
Hier, ou peut-être l’année dernière
0ui, c’était un mardi.
Il est venu tout chambouler
A cause de lui, dans nos vies
Tout s’est arrêté.

*****

Depuis, je ne sais rien faire d’autre
Que marcher d’une pièce à l’autre
Dans  l’appartement clos.
Etrangement, dans ces lieux limités,
Les chambres sont devenues plus vastes,
De jour en jour, plus habitées
La mémoire plus envahissante

*****

Enfermée malgré moi, avec plusieurs vies parallèles
Train du soleil paralysé

Voyage intérieur
Territoire où la nuit est reine

****

Depuis ce mardi Noir,
Ma sortie préférée s’appelle « Le balcon »
Avec un brin de causette des balcons voisins.
Mes lectures préférées s’appellent « lire et relire »

Mon resto préféré s’appelle « la cuisine »
Table solo entre deux fenêtres
Entre deux anges silencieux
Je mange des pâtes confinées à l’italienne
Avec du vin d’Alsace rescapé à la frontière

****

Les bruits de l’univers
Entrent  à travers  les murs
Je penche de tout mon corps

Appuyé contre les pierres,
Vers cette mélodie venue de si loin
L’esprit hébété, dans un corps qui se souvient.
Non, il n’y a rien à comprendre

****

Samedi,  dimanche, semaine, je cafouille dans les jours
Pour éviter de me perdre dans ma tête
J’essaie d’observer la floraison des plantes
Retrouver le goût de l’enfance.

****

Consulter un agenda ne sert à rien
Tous les rendez-vous sont annulés
Quand je veux te voir,
Toi tu restes dans le noir
Les bistrots sont vides,
Les abris-bus désertés.

****

Mes voyages s’appellent « la mémoire »
Elle m’emporte chez Dali,
avec sa « Femme aux tiroirs »
Quand je ferme les yeux, elle ouvre ses portes

Un courant d’air et tout s’envole dans les airs
Tous les paysages  se mélangent  autour de moi,
Dans la joie, le paysage du bonheur
Vient respirer contre mon cœur.

****

Parfois, le tic-tac cosmique se rapproche
Les bruits de l’univers traversent  les murs,
Je les perçois, les capture
Dans le dernier tiroir, les enferme à double tour.

Etrangement, l’armoire devient géante
Son ventre  n’en finit pas de s’arrondir

L’enfant du rêve bientôt pourra naître.

Par Marie Faivre, , publié le 21/04/2020 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Conversations paysagères – suite

« Les murs de ma prison 
Etaient devenus mes amis
»
Nelson MANDELA *
(après 27 années d’emprisonnemen)

LES MURS DE MA PRISON

Couvre-feu sur la ville
Chacun dans son logis clos
Coronavirus vrille les alvéoles de nos cellules
torpille le corps de nos habitudes
Virus d’un burn-out  mondial annoncé.

*****

Dans la rue désertée
le seul passant à peine visible
s’éloigne sur le trottoir entre les brumes
Brumes qui s’ajoutent à d’autres brumes,
on ne voit que paysages immobiles à l’infini. « Désert des Tarares »
Quelque part, il est là, le gardien des ombres
Contre le délire, Sentinelle de Buzzati.

*****

Sur la vitre, fenêtre fermée
Une  goutte de pluie
Devient  goutte de lumière

Les paysages du bonheur reviennent à la surface
Mémoire de l’eau, clapotis du rivage  à l’oreille
Des traces de pas sur le sable . Miroir
Sables chauds et Grains de soleil sur la peau

*****

Sur le bord de la fenêtre, un merle s’est posé
Couleurs de feu, sorti d’un paysage de Chagall
A nos yeux assoiffés
Soleil qui voyage d’une fenêtre à l’autre.

*****

Couvre-feu, logis clos
les murs ouvrent la porte à des amis invisibles
ceux que l’on ne perd jamais.
Des êtres lointains sont proches
Entourent nos épaules de leur tendresse

Le « Joueur d’échecs » dans sa prison
saisit le hasard, le « Je ne sais quoi et le presque rien »
l’évangile de son évasion.
Confidence pour confidence. Zweig et  Jankélévitch.
Deux visionnaires affrontent les champs vides.
Chacun plante un arbre nouveau, dont nous ne comprenons pas toutes les feuilles.

*****

Murs des prisons

Murs et murs
Silence et silence
Deux amis se racontent et s’épaulent
Dans l’épaisseur de l’Etre
Traces d’infimes parcelles d’univers

Etre, grain de sable, étoile de passage.

 *****

Logis clos
Seul à seul
Le temps suspendu du couvre-feu

Nous apprendra-t-il ce qui nous manque ?

l’Humilité, racine de l’humain
Un regard vers nos illusions

Nos liens fragiles
avec tant de mondes inconnus.

* NELSON MANDELA « Madiba »  ( 18 /07/1918  – 05/12/2013) Après 27 années d’emprisonnement, il est libéré en février 1990. S’inspirant alors de la pensée ubuntu dans laquelle il a été élevé, il soutient    la réconciliation et la négociation avec le gouvernement du président Frédéric de Klerk. En 1993, il reçoit avec ce dernier, le Prix Nobel  de la Paix pour avoir conjointement et pacifiquement mis fin au régime de l’apartheid, et jeté les bases d’une nouvelle Afrique du Sud démocratique.

 

« Pour faire effeuiller les feuilles des arbres sur les blessures,
On n’a pas besoin de temps, mais d’amour »
Sonia Elvireanu, Le Souffle du ciel


L’ILE AUX POEMES

Entre la terre et les étoiles,
Sa robe de mémoire
S’envole dans un battement d’ailes
A la recherche d’invisibles traces
Laissées par l’ange étrange
attaché

au cercle blanc
qui entoure l’île de ses poèmes

 *****

Terre contre ciel
Front contre front
Cheveux flottant ensemble avec les nuages

Le feu coule dans ses mains
Le silence entre ses doigts
Chant sacré
né de l’abîme entre deux mondes

*****

Avec l’immensité bleue du ciel
Portée toute entière dans ses bras
Elle respir chacune des nuances
Le chant  s’éveille en arc-en-ciel
Sa voix se partage en deux

Deux univers en concert
Elle chante le rêve d’un nuage qui s’éloigne
Elle chante la pluie à sa fenêtre
Contre la vitre son front s’appuie,
Son front et tout son être

dont la douleur muette ruisselle en prière.

 *****

Sa voix devient berceuse
Pour les silences
Pour les douleurs du monde

Pour celui qui va naître
Et celui qui va mourir.

*****

Avec les couleurs du soir
Champs de coquelicots en feux
sa robe de mémoire

par delà les horizons
tourbillonne dans l’espace

Seuls les yeux de l’âme peuvent la voir

Quand l’espace tourbillonne avec elle
le jour et la nuit s’envolent ensemble

l’hiver et le printemps
La parole et le silence

Dans l’île aux poèmes
un seul mot pourrait contenir tous les autres
celui qui cherche en nous un seul écho
un ciel d’amour

qui ne peut pas mourir.

 

CONCERT DES BALCONS SUR LES RAILS DU REVE

 

Le long des rues désertées, le ciel s’attriste
Le train des jours sur terre semble arrêté

*****

Lumignons aux fenêtres
D’un balcon à l’autre
On entend la clameur des applaudissements
Pour nos « Anges » gardiens au chevet des patients
Au combat en première ligne, ils montent au front
Ils sauvent des vies, ils risquent la leur

En concert, en silence ou en prière, personne ne les oublie

*****

Si le train des jours s’est arrêté
Le train des balcons
Continue à voyager

Par-delà les frontières, les océans
Le train des balcons
Voyage sur le rail du rêve

*****

Chaque soir
Ils sont innombrables à célébrer le rituel
Pour nos « Anges gardiens » au chevet de l’avenir des humains

Pour les enfants du monde

Partout autour de la terre
Une force terrible se réveille

 

Mars 2020

 

 

 

 

 

Par Marie Faivre, , publié le 26/03/2020 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Conversations paysagères (suite)

JOUR ET NUIT

Le jour place ses pions
A la mesure de sa lumière
La nuit avance ses tours

Sur l’autre moitié du temps

Pour une pièce perdue
D’autres pièces se mobilisent
Libèrent les ressources ignorées

Sur l’horizon à reboiser

Seule à seule
Toute une moitié de ma vie
Reste dans la nuit.

******

J’écris tout,
C’est un atout me direz-vous
Pourtant « je  est un autre »
Et  l’Autre n’écrit pas

Nous sommes le jour et la nuit sous le même toit
Nous sommes deux  dans la maison

Au territoire de la nuit
Le « je qui n’écrit pas » travaille seul en Mémoire

Au territoire du jour
Ce  matin de clair- obscur,  une porte claque
Quelque chose gronde,

Une ombre se déplace
Un bruit de pas s’empare de l’atmosphère
Le monde invisible  prend des forces.

Alors le « moi qui écrit tout »
Veut sortir de cette maison trop bruyante

Mais comment quitter son ombre
Cet autre moi, cet inconnu « qui n’écrit pas »

il y a quelqu’un dans la maison, qui déambule  sans raison
Avec ce double jeu de l’intérieur,

Tôt ou tard,
L’un risque de tuer l’autre.

******

Par la fenêtre de l’oubli,
Je prends la fuite

Diner en ville
Je parle de tout et de rien

Quelqu’un me répond
On parle de tout et de rien

On se trouve intéressants
Dans nos costumes qui nous vont si bien

Costumes de ville, paillettes et spectacle
Cachant  les failles,  les déchirures, les ombres

Avec des morceaux d’illusion
Chacun  se construit un nouveau visage

Nouveaux décors
Les chemins de fuite se multiplient

D’une fenêtre à l’autre,
Parfois, je me demande où j’ai la tête

D’un salon à un autre
Ma vie voyage sans moi.

J’ai hâte de retrouver  mon terrier
Sauvage  qui craque et se disloque sous les vents

Avec le rire de la lumière.

******

Famille de nuages
Peuplements des forêts
Forêts  d’oiseaux
Tourbillons des voix

En fermant les yeux, l’enfant est de retour

Il entend le clignement des paupières  de  la  forêt
la danse des couleurs, les nuances
Les poussières de lumière
A son oreille le vent et la fourmi  se répondent
Ce qui dort et se réveille agite le monde

Mais quand la montagne ne parle plus
Aucun  mot ne peut dire ce qui est perdu

La nuit de l’inquiétude  envahit la plaine

Aucun langage
Aucun signe
C’est peut-être cela l’enfer ?

Vivre avec ce qui ne peut être nommé.

******

«  N’y eût-il dans le désert
«  qu’une seule goutte d’eau qui rêve tout bas
«  qu’une seule graine volante qui rêve tout haut
«     … Désert, désert, J’endure ton défi… »
Aimé Césaire

DESERT

Ce qui nous tient en éveil
C’est le voile opaque au- dessus de nos têtes

Nous marchons au bord du vide
Et nous ne le voyons  pas
Nos enfants respirent aveuglement

La poussière de nos illusions d’autrefois
En peu de temps,  on peut vieillir d’un siècle

Nous marchons vers  l’avenir
Le désert avance vers nous.

Ce qui nous tient en éveil
C’est le voile opaque  au-dessus des  horizons

Ce qui interroge, ce qui tremble
Ce qui circule entre nous

Cafouillage et confusion
Que devient le langage ?

Ce qui nous tient en éveil
C’est le voile opaque
Qui recouvre notre bulle d’ignorance

Ce qui nous fait rêver
C’est la voix du poète
Lorsqu’il vient s’asseoir avec nous

Avec lui, chacun est  « une goutte d’eau, qui rêve tout bas »
« une  graine volante qui rêve tout haut »

Ce qui nous tient en éveil
Ce qui nous tient ensemble

 ******

CENDRES

Ce jour- là
Ton regard s’est posé sur mes cendres
Avec ce vêtement de cendres et de mémoire

Léger sur mes épaules
Je sors de la nuit,
Anonyme parmi les vivants

Heureuse solitude
la peur tassée au fond des poches
L’insouciance refleurit

A nouveau
S’abandonner à l’appel

******

Sur la route qui danse
Enfant de poussière

Je marche d’un pas sautillant
Tout droit vers la montagne

Plein ciel
Pollens au fil du vent
Les pensées s’envolent, j’oublie ce que je suis

Voyage de l’âme
Suspendue  à rien

Je marche sans marcher, je regarde sans voir
Je rêve sans rêver,  plein sud vers la montagne,

Insouciante,  car je sais
De l’autre coté

Un nuage blanc sera mon père
Le lotus des îles sera ma mère.

 

MATINS INCERTAINS

Au premier matin
La ligne d’horizon a traversé le paysage
Séparant  la terre et  le ciel  –

Au deuxième matin,
la nuit  est restée  agrippée aux branches
l’horizon  est resté noyé  dans le brouillard,

Je te cherche,
La mémoire me donne une ligne imaginaire
Où je trouve appui

L’horizon retrouvé
l’œil s’y attache

Il peut voir  au- dessus
L’immensité  lumineuse  où  il se découvre tout petit

Parmi les constellations, les peuplements  d’étoiles
et leurs signes

Il peut voir au- dessous de l’horizon
Tout un monde  de l’ombre

Il peut s’inventer des couches d’hypothèses
superposées,
dans les sols, et les sous-sols

L’immensité sombre,  où il se découvre  tout petit.
Dans l’avenir incertain

Au troisième matin
les appuis pourraient s’effondrer,

Lui, au fond, il le sait depuis toujours
Dans l’instant, Sa force, c’est sa ferveur.

 

ACCUEIL  

Ce n’est pas un mot comme les autres,
Un que l’on pourrait  remplacer, ou contourner

Je m’habitue à ses visites
Il vient sans prévenir à la nuit tombée

Je le regarde s’installer dans ma maison
Dans l’espoir qu’il abrège sa visite, je ne bouge pas.

Je fais silence pour l’écouter
Ses monologues ne me disent rien.

J’aimerais qu’il m’éclaire sur le pourquoi de ses visites
D’où il vient, ce qu’il attend.

Quand je lui parle, il m’ignore
Je n’existe pas.

Alors j’interroge ma mémoire
Elle fouille ses archives
Elle retrouve  sa trace,
Quelques  signes indéchiffrables

Ce n’est pas un mot  comme les autres
La mémoire le connaît.
Avec elle, je vois double,

Ma vision ne m’appartient plus
Vraiment
C’est un mot pas comme les autres

Je le reçois
Je le refuse
Ai-je le choix ?

Par Marie Faivre, , publié le 14/02/2020 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

« Une vie à l’imparfait » d’Irène Dumont

Au pays de la mémoire, l’auteur nous invite à visiter  ce qui est resté en sommeil.

«  Le livre de la nuit, un chant, un adieu
Traversons cette nuit, traversons vite, mon ami
l’azur s’emplit de rêves  et de papillons légers.
J’ouvre la porte des songes, un oiseau,
un enfant vert,                                                                                                                                                            une fée, la source dorée, un regard.
Un ange pleure…   il a neigé sur ma mémoire … il est une attente. »

Au premier abord, l’écriture semble en désordre, par une succession d’instants pris au vol, de fragments décousus.

«  Eclatement, déchirure
Un papillon bleu se brûle les ailes, il est des soirs … il est des pluies … il est des rires
Il est des appels
…  j’ai brisé la vitre bleue des nuages »

Au fil de l’errance,  une certaine  organisation  se révèle, autour des  dimanches, la présence d’un Dieu énigmatique,  la présence de la Nature,  comme  la  Base fondatrice d’un royaume. Parfois, la voix devient prière.

« Laissez-moi chanter, rêver.
Un ange doucement ouvre les ailes.
Bleu, l’éclatement du premier soleil
Un paysage danse, un ruisseau court.
Je bois à la source du ciel.
Une tendresse descend des nuages …
Chantez, dansez, passeurs de mémoire  …
Viendrez-vous, soleils chauds ?  …
Je te parle, je t’appelle, je te crie, je te cherche. …
Une lumière, une soirée, des pas, une approche, une erreur. »

Entre les lignes, on perçoit une douleur, une présence qui se dérobe, une réalité qui blesse. Les forces vives de l’auteur se puisent dans la nature, chaque détail magnifié semble pouvoir combler l’Absence. Ce qui a existé,  continue à exister quelque part, ailleurs, autrement peut-être.

« Il est des cieux clairs, il est des jours de nacre, il est des arcs-en-ciel.
L’ombre d’une paupière, un air de guitare, un frisson, ma vie, mon ciel, mon attente.
Ce paysage, ce soir, ma vie
Il y avait tant de ciel, le mur était couvert de roses.
Il y avait une couleur, un espoir
Il y avait un soleil, il y avait ton parfum
Il y a ce silence.
Il y a …
Il n’y a plus rien. »

L’écriture, tantôt  désorientée,  tantôt victorieuse,  nous tient sur un fil.
« Il y a …  Il y a cet oiseau sur la branche, il y a une chanson …
Il y a la feuille du matin, il y a la fleur
L’oiseau, le pétale, le souvenir
Le nuage, le paysage
Il y a ma prière. »

L’univers d’ « une vie à l’imparfait », c’est parfois un voyage qui tourne sur lui-même. Les images  passent les unes après les autres, elles apparaissent, passent et reviennent. Une chanson prisonnière de la roue qui tourne, une chanson et ses refrains. Puis, vient le temps où  la parole doute d’elle-même.

« Il y a le cri plaintif de l’hirondelle
Le ciel monte, il y a mon appel, il y a ces mots qui ne disent rien
…  Un silence, une joie, le bonheur sans doute
Le bruit du matin, le murmure de la source, le chant du vent dans l’arbre
… Il y a celui qui  parle, il y a ces mots qui ne veulent plus rien dire. L’écho de ma voix, une erreur, une distance
l’écho seul qui répond et répète
Et redit ce bavardage, tous ces mots … »

Fragments décousus, un monde qui part en miettes,  … et demeure lumineux. Un monde aspiré vers le haut,  une joie aérienne.  Au fond de la désolation d’une vie imparfaite,  il y a une façon d’être, unique. »

« Puisque le soleil se lève le matin, je crie vers toi, lumière.
Je ne demande ni grâce, ni paradis
Je vous demande de garder mon frère
J’en appelle à la bonté.  Que brille cette lueur d’espoir.  Gardez-moi la caresse de la parole. Gardez-moi la confiance
Si vous existez mon Dieu, s’il est un paradis
Ecoutez ma prière. Je crie et j’appelle
…  je vois chanter l’arbre, j’écoute la rivière.
J’en appelle à l’espoir, je ne suis pas seule, il y a quelqu’un.
S’il est un chemin dans la nuit, si du rocher sort le ruisseau, je crie vers vous
j’en appelle à la bonté. Gardez-moi la tendresse, la confiance
j’en appelle au ciel.
J’en appelle à la vie.
Je ne suis pas seule, il y a quelqu’un. »

La nuit, l’errance. La voix creuse son sillon, en terre inconnue, malgré ce qui est perdu.

« Il y a le silence, la page vide. Il y a ce bavardage
Dieu se tait. L’azur est triste.
…  je suis l’aveugle qui a perdu sa vue et sa raison
Je suis la folle, je suis la boue derrière la charrette qui s’en va.
Je suis venue te chercher ce matin
je ne t’ai pas trouvé.
Il y avait  cette image qui te ressemblait. Il y a mon rêve.
Il y a cette vie, Il y a ce désordre, il y a cette errance. Il y a ce nuage qui court.
Il y a ce dimanche matin. Et ce silence, il y a l’allée vers nulle part
La beauté d’une lumière.
Je rêve que ça existait le bonheur.
Ça existait le bonheur, il y avait quelqu’un. »

L’écriture en terre inconnue, se perd, poursuit sa route dans la nuit. Tôt ou tard, elle  se retrouve au dimanche.

« il y avait un enfant perdu, et une église en larmes.
C’était dimanche, j’étais seule, j’étais assise au bord de l’eau. Je regardais passer les nuages.
C’est un matin. C’est en juin. C’est le dernier matin.
C’est la mort en direct.
La colombe poignardée, le blé tombé, l’épi séché, … la branche morte … l’ange en larmes,
Il y a Dieu qui ne répond pas … il y a moi, et moi seule …
ce jour où tout s’en va,, et tout se meurt, et je meurs.
Il n’y a pas de ciel, il n’y a plus rien. »

Il y a la mort en direct : tout devient mort. Tout ce qui entoure l’enfant est  mort. Le choc tombe !  sur l’auteur, sur le lecteur !  Au cœur de la vie, il y a le poison mortel. Il y a la mort en direct. Il y a  un acte criminel, enfermé dans une métaphore, enterré par l’auteur,  sous  la montagne  des poèmes décousus. Les pages suivantes appartiennent au chagrin, à la tristesse, au vide, au silence. Tout  vole en éclats. Le voyage à Venise est bouleversé.

« …   je  me suis pendue cette nuit au grand mât »

Le sentiment d’abandon s’infiltre partout. Les connexions au monde disparaissent.

«  Pourquoi m’as-tu laissée  … ?  Il n’y a ni Dieu, ni ange. Le ciel est désert ».

Les jours suivants, les pages suivantes, la même scène se rejoue, la même émotion.

« Je me suis pendue à une corde …
Venise en larmes, Venise perdue, un départ, un voyage.
la grande nuit, un océan noir.
Chagrin, tristesse …
Il n’y a ni Dieu, ni ange.
Il n’y a personne.
Le ciel est vide. »

L’auteur déambule au quotidien, parmi les  choses de la vie, avec en secret « sa mort en direct » à moitié écrite, à moitié enterrée. La voix se répète.  Entre soi et soi, elle tourne à l’obsession. Sans doute, il n’y a personne pour l’entendre.

«  Il est un enfant égaré, le troupeau égaré.
Il n’est point de berger.  Il est ma prière. …
Un juillet bleu, mon ange tombé, un toit qui monte.
il est la vague qui roule, le caillou rose
le cri plaintif de l’oiseau prisonnier.
Un océan noir, la peur.
Il est le rire des enfants. »

Sur son parcours, elle poursuit son périple.  L’auteur et sa lucidité qui déchire, nous dit simplement :

« Ce  soir, il y a ce doute,
Il y a ces cercles
Mon acharnement, il y a, tu sais, le silence.
…   et cette horreur, j’ai un trou noir dans ma tête. »

Pourtant, cet acharnement  la garde en mouvement, dans la vie, dans l’ouverture, la marche, le goût des autres, la vie ailleurs, les rencontres.

« Il  est l’odeur de la confiture.
Je me promenais au marché. C’était dimanche…
J’ai bu à la source du ciel, et tu étais là. …
Il y avait un jour entier,  un espoir, un éclair.
Il y avait quelqu’un, des pas, une joie. »

Avec ses mots simples – « Quelqu’un, des pas, une Joie » – un climat paisible est retrouvé. L’écriture  reprend son souffle,  son cours naturel. Elle chemine vers des instants de poésie pure.

« Un marcheur parfois rêve, sur le sentier bleu.
Il est quelque part, une maison à aimer.

Un ange pose son  doigt  léger, sur la fleur du temps.
La source était verte, la prairie marchait sur le ciel.  Il est tant d’or au ciel, une promesse tenue
Un pétale, une lune.
J’écris ton nom sur un nuage en or.
Des dimanches entiers sous les arbres.
Du ciel pleuvait une fleur bleue sur la page des rêves.
L’encrier s’envole, s’en va la plume au large… »

Certes, le climat est apaisé, mais la vie intérieure de l’auteur reste  en ébullition,  le regard reste  décapant, le questionnement, parfois douloureux.

« J’entends courir quelqu’un. J’entends au ciel pleurer Dieu.
Le firmament est couvert d’oiseaux blancs et d’étoiles
J’ai usé de toutes les couleurs, j’ai gâché l’or, et l’argent, le bleu, j’ai rêvé seule sous la lune.
Aux langues rougeoyantes, voici l’enfer, le diable ricane. La porte se referme. J’étais là, seule, je pêchais des étoiles, dans mon filet troué.  J’appelais, le ciel était vide. Et là, j’ai crié, j’ai supplié Dieu.  «  Rendez-moi l’étoile du matin, le sentier bleu, le sourire de l’ange ».
Tout se taisait.   Voici des vers, composés ce soir. J’ai écrit  pour qui voudra m’entendre. »

« Une vie à l’imparfait »  poursuit  éternellement  une forme de prière, avec des variantes, des refrains, des recommencements. Dans cet univers, l’ange ne grandit pas. Il manque un interlocuteur. L’écriture  écrit,  tout en s’effaçant. Dans ce qu’elle dit, on peut entendre autre chose.

Par ailleurs, la voix  pose les questions existentielles  que chaque humain se pose.

« La branche en fleurs que vous aviez peinte, s’est envolée comme une prière »

Naturellement,  les questions restent sans réponse, mais dans la manière de les  exprimer, l’auteur rejoint l’Autre, l’ami, le frère, quelqu’un, un voisin, un passant.

Les souvenirs s’envolent dans le soir. L’ange doucement pose son aile sur la terre.

La suite n’échappe pas aux alternances, à la banalité des saisons intérieures, le soleil et l’hiver, la vie, la mort.  Pourtant, rien n’est banal avec Irène Dumont.

« Octobre malade….
Et la peur tu vois, la porte fermée, je voyais s’incliner les ombres, les octobres malades.
Des ponts que l’homme ne traverse pas.
Et que  je n’ai pas traversé.
J’ai trop vu pleurer les nuits.
Les roses fanées. Les dos courbés, les doigts usés.
La main que tu ne m’as pas donnée.
La porte que j’ai fermée.
Le gong le soir qui grince.
Les mots que nous n’avons pas prononcés. »

Quand son univers donne des signaux  d’alarme,  l’auteur reprend son bâton et sa route sauvage, avec l’acharnement qu’on lui connait, elle arpente son territoire, reconstruit ce qui se délabre.

« La lune penche, j’ai peint des cieux lumineux, sur le toit bleu des nuages. »

Ces mots rappellent  Boris Cyrulnic, lorsqu’il  écrit : « La nuit, j’écrirai des soleils » ( * )

« J’ai raconté mon histoire à la fée sous le rocher
J’ai effeuillé des trèfles d’or.
J’ai écrit mon histoire avec la plume verte de l’arbre.
Tant d’or, tant de ciel, la source ne peut s’éteindre
Je l’ai dit à l’oiseau.
J’étais là, seul, raconte le conteur.
Le nuage s’est entr’ouvert.
Des cieux  tombe  une lumière.
C’était un voyage bleu, une barque perdue …

… La branche en fleurs que vous aviez peinte, s’est envolée comme une prière. »

 

Remarque :

La poésie d’Irène Dumont, est-elle mystique ?

Dieu, l’Ange, le Berger,  présences souvent évoquées, ne sont  pas pour autant en lien direct avec les religions traditionnelles, occidentales ou orientales.

L’écriture d’Irène Dumont semble libérée des dogmes, de l’influence des modes, des cadres et des conventions, dépouillée d’artifice, de cliché, d’effet  de style. Il s’agit de son expérience intuitive et poétique,  qui contemple, qui s’émerveille, se révolte parfois, et finalement ouvre une voie vers l’inconnu. Sa poésie est riche de questionnements.

Lisons nous-mêmes, lisons les lignes, et entre les lignes. L’écho suscité, aujourd’hui ou plus tard,  sera  peut-être ce que l’écriture de l’auteur  réveille dans notre nuit.

 

Irène Dumont, Une vie à l’imparfaitPoèmes – Recueil publié en 2018 – 4e trimestre – Grâce aux soins de Claude- Angela Sauvage-Sanna.  L’œuvre d’Irène Dumont a été présentée en lecture, au Théâtre du Carré Trente à Lyon, le 15 décembre 2019.

 

( * ) La nuit, j’écrirai des soleils Boris Cyrulnik – Odile Jacob – Avril 2019

Par Marie Faivre, , publié le 02/01/2020 | Comments (0)
Dans: Comptes-rendus, Pratiques Poétiques | Format: ,

Conversations paysagères (suite)

« Viens Arbre
Viens
Sous les cieux de mes mains
Tu n’es pas orphelin »
Michel  Khalil Hélayel–  juillet 2019

 

SOUS LE CIEL DE TES MAINS

Murmures dans les arbres
Les rêves de la forêt
Sous le ciel de tes mains 

Se rassemblent pour le même voyage.

Tissage d’argile  et de feu

Dans le manteau que tu poses sur mes épaules
Mon corps s’enroule de la tête aux pieds
Pour le reste de la nuit.

 Avec le rossignol de ton poème
Caché au creux de mes bras
J’attends  

Le fruit rond de ta lumière.

 

Quand il s’approche de vous
en cachant ses plaies

Vous lui parlez des trésors de la poésie ?

C’est très beau !
Mais lui,  il souffre.

 

Chaque fois qu’il prend le train
Il saute en route,  avant l’Arrivée.

La ligne droite
la destination fixée 

le font mourir à petit feu.

Chaque fois qu’il prend le train
sur le quai du Départ
il se contraint

à  être un voyageur comme les autres.

 

Du train en marche
il saute en route
Sans savoir où 

Il  cherche  sa ligne intérieure
restée bloquée quelque part 

Qui l’attend.

Quand il marche dans les rues
Il s’aperçoit qu’il rencontre d’autres trains

….  qu’il choisit d’ignorer.

Son pas solitaire retourne à la nuit.

Pourtant, à travers la nuit
Il regarde les humains dans les yeux.

 

Ciel bleu
Plages dorées
Visages radieux
Tu m’invites
A vivre « ici et maintenant »
J’ai peur de ne pas savoir
Goûter ton ciel bleu
Ton sable blanc
Ton insouciance.

 

Entre  deux rivages lointains
Un cri   déchire le silence glacial
D’autres cris racontent la même détresse.

Il ne reste que des sanglots
Disparus au fond de la mer.

Un cri, un appel.
Nul ne lui prête attention
Ce n’est qu’un cri lointain, sans visage.

Plus tard
Quand la roue aura tourné, imprévisible
Nul ne l’entendra

Le cri du naufrage
Celui que peut-être nous vivrons
A notre tour
Demain.

 

Il m’est doux
De recevoir votre présence dans la rencontre

Plus encore, il m’est précieux
De fuir l’instinct de propriété

Qui se cache en vous.

 

Dans la nuit qui approche
Il vous regarde
Avec son œil d’aigle

Il vous écoute
Avec son oreille coquillage
Il capte votre langage,

Chacun  de vos frémissements intérieurs 

Sans perdre une seule
des connexions à l’univers
Qui l’ont fait naître.

 

Jour et nuit
Il travaille

Il a traqué en lui la terreur
Son ennemi intérieur

Si fort
Que  la peur
Longtemps plus tard

A laissé refleurir
L’arbre de la  paix.

  

A minuit, il travaille encore
Loin de vous.

Il nage en  forêts profondes 

Aucun fil d’Ariane
Ne l’assure.

Il nage
Dans les eaux tourmentées du fleuve

Avec le fil invisible de ses ancêtres

 

Les jours de grande  lumière
Son poème devient souriant

Mais lui, il garde les yeux fermés
Il se tient à distance

Depuis longtemps
Il refuse d’être le jouet des autres

L’ennui ne l’ennuie pas
La vie, la mort
L’absence ne l’ennuie pas.

Il ne pense plus
Aux trains qu’il a laissés partir sans lui

Les jours de joie au jardin
Si l’océan du ciel  déborde sous ses pas,

Il n’est pas seul.
Les lignes intérieures s’entremêlent

Quelque part, un ange court à travers la forêt
Dans l’odeur des pommes de  pin.

Tout près du cœur, son poème s’embrouille
Soleil noir métissé.

Jour de grâce
Couleurs réconciliées.

 

En territoires inconnus
On peut mourir
En faisant un pas de plus

Dans la mort
Il est chez lui
Il n’a pas besoin de vivre encore

Il écrit
Avec son amour
Qui traverse
Les murs de la haine 

Et tous les murs de la Terre.

 

Offrande

 Nager, plonger
Reprendre souffle
Prenant appui sur ton épaule

  Fleur d’eau
c’est l’offrande 

 Ephémère,  elle disparaît
jetées aux vents
pétales retombées en pluie   

 Mourir  et renaître
Sur les ailes de la lumière.

 Au fond du fond
Le mouvement vital vient du ventre.

Nager, plonger
Reprendre souffle

 Tu me donnes ton regard
Ton épaule
Où prendre appui.

C’est ton offrande.

 

CONVERSATIONS PAYSAGERES  –  Suite  – Septembre 2019

 

Par Marie Faivre, , publié le 21/11/2019 | Comments (2)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Conversations paysagères

à René HENANE, L’ARCHEOLOGUE DES POETES

Depuis longtemps disparue
on la croyait morte.

Sur le sentier des caravanes
dans les sables de la mémoire
quelqu’un l’a retrouvée
l’a réchauffée de son regard.

Au silence de la petite boite de santal
Il a donné un mot-chrysalide
pour sortir de la nuit de l’alphabet.

L’oreille collée aux   chuchotements des pierres
il est seul à percevoir
la respiration des chants d’autrefois.

Si l’âme du voyage
est revenue vers  la petite boite à légendes
c’est que l’Archéologue des poètes
creuse nos racines souterraines.

Libère nos forces les plus profondes
la présence de l’Etre.

 

******

 

CONVERSATIONS PAYSAGERES

Ce jour-là
croyant prendre possession des lieux
naïvement
j’écrivais mon nom sur la porte d’entrée
C’est alors qu’un ouragan a balayé mes bagages
jusqu’au bout de la rue, tout a disparu
je restai là, hébétée
devant cette maison que j’avais crue mienne.

Suis-je encore
sans être ici ?
hors de soi-même
hors les murs
hors le toit des pensées.

A défaut de maison
à défaut d’un lieu sécurisant
j’habite le vent sur la lande.

Les conversations paysagères
nourrissent mes jours et mes nuits.

La lande sauvage est ma maison
j’habite des forêts imaginaires.

Le chant des arbres
déplace les limites de ce monde.

 

******

 

Au promeneur qui demande son chemin
la main du peintre
ne donne  rien d’autre qu’un paysage
où le temps de s’égarer
nous apprend « le métier de vivre ».

Le travail du paysage
chaque jour ouvre des portes invisibles
suivant une ligne incertaine
celle qui nous désoriente.

 

******

 

Arrivé  à  la clairière
le départ des chemins  est en étoile
si les ailes des nuages te portent
ce n’est pas seulement l’amour du vent
qui soulève tes pas
mais la soif d’explorer.

Ce n’est pas seulement l’amour qui te lie aux chemins
mais le désir de métamorphoses.

 

******

 

Dans la nuit du poète
je viens m’asseoir sur une branche
et rêve avec lui.

Autour de nous, le paysage muet de l’hiver
c’est l’été qui brûle au-dedans de nous.

L’étoffe du rêve
accroche à l’arbre
un chant  d’oiseau
qui ouvre  une porte au milieu de la nuit
comme le soleil
au milieu de l’hiver.

 

******

 

Echoué à la frontière
un tremblement silencieux
le désir de parler soudain
vouloir déposer le tumulte
sur le fleuve qui nous traverse.

Quelque part
on ne sait vers quel pays
nos désirs jetés aux vents
ont joué le tout pour le tout
pour jeter un nouveau pont.

Aurais-je la force assez longtemps
pour voir le vide  devant mes pas ?

Ici, les mots
dorment encore
le temps d’un voyage
le temps d’un songe.

 

******

 

LE MOT PERDU

Rumeurs
et bruissements des foules
ils arrivent de partout
les mots en trop
qui se multiplient entre nous
des mots qui font du bruit
pour remplir un vide
jamais comblé

Quelque part
…   comment dire ce qui se perd ….
quelque chose ne parle plus

De tous les mots
je n’en retiens qu’un
celui que tu oublies.

 

******

 

LE MOT ABSENT

Dans les rues
pavées de mosaïques
j’apprends à marcher sur tes empreintes
pour trouver le mot absent.

Place du rêve
le carrefour des lumières
nous donnent
quelques  bonheurs à partager
parfois j’interroge un nuage
pour connaître le sens de l’avenir
il m’oriente entre les colonnes de l’attente
plus tard
pour traverser les cases noires du malheur
je saute plusieurs mots
dont j’ai perdu le souvenir
d’une rue à l’autre, souvent je me perds
les yeux remplis de brume
chaque jour, j’avance
chacune de tes empreintes
me donne le mot suivant.

 

******

 

SI LOIN

Quand tu t’éloignes si loin
ce que tu ne quittes jamais
c’est la page où tu me reçois en toi
rivage où je viendrai seule et légère
le soir vivre dans tes pensées.

Sauras-tu m’entendre ? je suis ce chant désincarné, ce mouvement de l’âme
qui fera couler la sueur de ton rêve
et les larmes de ma mémoire à ta recherche.

Quand  tu t’éloigneras encore si loin
il restera toujours un coin de ciel en toi  où je saurai t’attendre
dans les légendes qui habillent mon silence
un jour, rejoindre l’espace de tes voyages immobiles
tes mains referment le livre du soir
avec la page où je continue à vivre
en toi.

  

******

 

AVEC OU SANS LES MOTS

Visible ou invisible
avec ou sans les mots
petite flamme ne cesse
d’être allumée

Tant de vibrations voyagent
de l’un à l’autre
viennent encore irriguer
le cœur de ma solitude.

Se parler sans les mots
c’est encore se parler.

Comme les arbres se parlent
se racontent  mille chants de feuillages
avec  la simple joie des nuages 

 

                        ******

Par Marie Faivre, , publié le 24/03/2019 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format: ,

Poèmes (II)

                                                À Marie FAIVRE – Mon regard s’élève en toi bleu
C’est un lien qui me fait veiller
au long de la vie
pour libérer les énergies
le Vrai
l’acte de Dieu que tout homme espère
qui me fait une place dans ta chaude prière
qui agrandit la flamme de mes paupières.
Michel Khalil Helayel

           

L’ESPACE DU REGARD

Au pays où lèvent les lendemains
entre les murs de pierres
la flamme invisible coule son chant
qui veille au fond du Temple
jusqu’au ciel de tes paupières.

Dans ces lieux de pierres et de nuages
deux parcours dissemblables
ont retrouvé la force des mots
avec leur pauvreté
brûlante, fragile
avec tout l’or qui demeure
dans l’intime des voûtes
et les replis de l’espoir.

Dans ces lieux
rythmés au souffle des nuages
dont nos accords
sont la clé
ton regard
irrigue le silence de ma prière.

******

 

NE RETENEZ PAS L’OMBRE

Ne retenez pas l’ombre
ses images et ses clôtures

Ne retenez pas les jours de départs
la disparition des rêves
le poème qui meurt

mais  gardez grand ouvert
l’espace
le geste du temps
sur nous, voiliers du silence
sur l’eau de nos jours inaccomplis.

Laissez le geste du temps
Sur le visage de la rencontre
la totalité du grand arbre
d’où furent mis au monde
le ciel
et la terre.

******

 

QUELQU’UN

Avec des mots
uniquement à vous
des mots de votre terre d’autrefois
aux arbres disparus

des mots rivières
qui ont caché vos plaies,

des mots de sable
qui pardonnent les longs silences,

Avec des mots de pierre ou de glace,

Avec le couteau des mots
pour répondre à ceux
dont vous n’êtes pas esclave,

Avec des mots de l’attente
et d’autres sans retour,

Sans justifier vos refus
Sans rechercher d’alliés,

Avec des mots uniquement à vous,
quelqu’un continue
à vous connaître.

 ******

 

ENFANT DE POUSSIÈRE

Un jour d’été ou d’hiver
peut-être demain
suspendue sur l’air, à la merci du vent
je serai devenue poussière
de retour à l’inconnu, à la nuit première.
Invisible, sans matière et sans poids
enfant de poussière,
taillé dans le vide et le rien
mais resté poussière de désir.

Irradiées de force
mes paupières s’ouvriront
mes yeux face au soleil
le vertige rejoindra la flamme paisible de ton regard
car le vent
t’aura posé sur la pupille de la lumière.

 ******

 

SUR LA PIERRE DE L’OUBLI

 Sur la ligne aux mille points restés suspendus
si la mémoire n’est plus
que poussière envolée
sur la pierre de l’oubli
je m’endormirai

Poussière de nuit
je boirai la rosée
à l’approche de l’aurore
car ta voix
sera devenue un lac.

 *****

 

LE SILENCE DES ENCRIERS

ENFANT DE L’HIVER

 Dans la ville en désolation
contre la mélancolie du jour
tes pas craquent sur le gel
La lumière à naître balbutie.

Les mots lentement s’épellent
par les lèvres de tes poupées rebelles

Enfant de l’hiver
Que l’exil dépayse
Ville, visages, chagrins de tous lieux
à la rencontre d’autres voix
Au rendez-vous de la mémoire
les heures claires
des tendresses se souviennent
dénouent la détresse
aux cheveux de printemps à venir.

Enfant de l’hiver
au regard d’éternité
le sang de ta révolte
brisera le silence des encriers.

 *****

 

QUAND NOUS SERONS EN AVRIL

« Écoute ; apprendras-tu à m’écouter de loin.
Il s’agit de pencher le cœur plus que l’oreille.
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
pour venir jusqu’à moi qui regarde et qui veille. »
Le forçat innocent, Jules Supervielle

JE NE T’ÉCRIS PAS

Je ne t’écris pas
mais les oiseaux du regard
que tu aimais autrefois
se lèvent à nouveau
sur le sang blessé du soleil.
Je ne t’écris pas
mais tu entendras le silence de ma soif
à la rencontre du silence de te

Oui, tu ne m’écris pas
mais je sais la naissance de l’eau
le chant, la prairie, l’encens, les lilas
le creux de ta main
où nous dormons ensemble toutes les nuits.
Tu nous tiens hors du temps et des vents
qui jouent à tricher autour de nous
avec les brumes, les songes et les signes
Tu ne m’écris pas, mais la vitre du ciel
effeuille ton visage de mémoire
enjoué de l’enfance
l’éternelle enracinée
sous les paupières du rêve à poursuivre
à mourir à nous poursuivre
Le temps d’être ensemble
Avait préparé le temps d’être seul.
Dans la sève des collines
l’appel de la terre revient
irréversible, dans les yeux verts de l’aube.

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Par Marie Faivre, , publié le 04/03/2019 | Comments (2)
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