Conversations paysagères

à René HENANE, L’ARCHEOLOGUE DES POETES

Depuis longtemps disparue
on la croyait morte.

Sur le sentier des caravanes
dans les sables de la mémoire
quelqu’un l’a retrouvée
l’a réchauffée de son regard.

Au silence de la petite boite de santal
Il a donné un mot-chrysalide
pour sortir de la nuit de l’alphabet.

L’oreille collée aux   chuchotements des pierres
il est seul à percevoir
la respiration des chants d’autrefois.

Si l’âme du voyage
est revenue vers  la petite boite à légendes
c’est que l’Archéologue des poètes
creuse nos racines souterraines.

Libère nos forces les plus profondes
la présence de l’Etre.

 

******

 

CONVERSATIONS PAYSAGERES

Ce jour-là
croyant prendre possession des lieux
naïvement
j’écrivais mon nom sur la porte d’entrée
C’est alors qu’un ouragan a balayé mes bagages
jusqu’au bout de la rue, tout a disparu
je restai là, hébétée
devant cette maison que j’avais crue mienne.

Suis-je encore
sans être ici ?
hors de soi-même
hors les murs
hors le toit des pensées.

A défaut de maison
à défaut d’un lieu sécurisant
j’habite le vent sur la lande.

Les conversations paysagères
nourrissent mes jours et mes nuits.

La lande sauvage est ma maison
j’habite des forêts imaginaires.

Le chant des arbres
déplace les limites de ce monde.

 

******

 

Au promeneur qui demande son chemin
la main du peintre
ne donne  rien d’autre qu’un paysage
où le temps de s’égarer
nous apprend « le métier de vivre ».

Le travail du paysage
chaque jour ouvre des portes invisibles
suivant une ligne incertaine
celle qui nous désoriente.

 

******

 

Arrivé  à  la clairière
le départ des chemins  est en étoile
si les ailes des nuages te portent
ce n’est pas seulement l’amour du vent
qui soulève tes pas
mais la soif d’explorer.

Ce n’est pas seulement l’amour qui te lie aux chemins
mais le désir de métamorphoses.

 

******

 

Dans la nuit du poète
je viens m’asseoir sur une branche
et rêve avec lui.

Autour de nous, le paysage muet de l’hiver
c’est l’été qui brûle au-dedans de nous.

L’étoffe du rêve
accroche à l’arbre
un chant  d’oiseau
qui ouvre  une porte au milieu de la nuit
comme le soleil
au milieu de l’hiver.

 

******

 

Echoué à la frontière
un tremblement silencieux
le désir de parler soudain
vouloir déposer le tumulte
sur le fleuve qui nous traverse.

Quelque part
on ne sait vers quel pays
nos désirs jetés aux vents
ont joué le tout pour le tout
pour jeter un nouveau pont.

Aurais-je la force assez longtemps
pour voir le vide  devant mes pas ?

Ici, les mots
dorment encore
le temps d’un voyage
le temps d’un songe.

 

******

 

LE MOT PERDU

Rumeurs
et bruissements des foules
ils arrivent de partout
les mots en trop
qui se multiplient entre nous
des mots qui font du bruit
pour remplir un vide
jamais comblé

Quelque part
…   comment dire ce qui se perd ….
quelque chose ne parle plus

De tous les mots
je n’en retiens qu’un
celui que tu oublies.

 

******

 

LE MOT ABSENT

Dans les rues
pavées de mosaïques
j’apprends à marcher sur tes empreintes
pour trouver le mot absent.

Place du rêve
le carrefour des lumières
nous donnent
quelques  bonheurs à partager
parfois j’interroge un nuage
pour connaître le sens de l’avenir
il m’oriente entre les colonnes de l’attente
plus tard
pour traverser les cases noires du malheur
je saute plusieurs mots
dont j’ai perdu le souvenir
d’une rue à l’autre, souvent je me perds
les yeux remplis de brume
chaque jour, j’avance
chacune de tes empreintes
me donne le mot suivant.

 

******

 

SI LOIN

Quand tu t’éloignes si loin
ce que tu ne quittes jamais
c’est la page où tu me reçois en toi
rivage où je viendrai seule et légère
le soir vivre dans tes pensées.

Sauras-tu m’entendre ? je suis ce chant désincarné, ce mouvement de l’âme
qui fera couler la sueur de ton rêve
et les larmes de ma mémoire à ta recherche.

Quand  tu t’éloigneras encore si loin
il restera toujours un coin de ciel en toi  où je saurai t’attendre
dans les légendes qui habillent mon silence
un jour, rejoindre l’espace de tes voyages immobiles
tes mains referment le livre du soir
avec la page où je continue à vivre
en toi.

  

******

 

AVEC OU SANS LES MOTS

Visible ou invisible
avec ou sans les mots
petite flamme ne cesse
d’être allumée

Tant de vibrations voyagent
de l’un à l’autre
viennent encore irriguer
le cœur de ma solitude.

Se parler sans les mots
c’est encore se parler.

Comme les arbres se parlent
se racontent  mille chants de feuillages
avec  la simple joie des nuages 

 

                        ******

Par Marie Faivre, , publié le 24/03/2019 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format: ,

Poèmes (II)

                                                À Marie FAIVRE – Mon regard s’élève en toi bleu
C’est un lien qui me fait veiller
au long de la vie
pour libérer les énergies
le Vrai
l’acte de Dieu que tout homme espère
qui me fait une place dans ta chaude prière
qui agrandit la flamme de mes paupières.
Michel Khalil Helayel

           

L’ESPACE DU REGARD

Au pays où lèvent les lendemains
entre les murs de pierres
la flamme invisible coule son chant
qui veille au fond du Temple
jusqu’au ciel de tes paupières.

Dans ces lieux de pierres et de nuages
deux parcours dissemblables
ont retrouvé la force des mots
avec leur pauvreté
brûlante, fragile
avec tout l’or qui demeure
dans l’intime des voûtes
et les replis de l’espoir.

Dans ces lieux
rythmés au souffle des nuages
dont nos accords
sont la clé
ton regard
irrigue le silence de ma prière.

******

 

NE RETENEZ PAS L’OMBRE

Ne retenez pas l’ombre
ses images et ses clôtures

Ne retenez pas les jours de départs
la disparition des rêves
le poème qui meurt

mais  gardez grand ouvert
l’espace
le geste du temps
sur nous, voiliers du silence
sur l’eau de nos jours inaccomplis.

Laissez le geste du temps
Sur le visage de la rencontre
la totalité du grand arbre
d’où furent mis au monde
le ciel
et la terre.

******

 

QUELQU’UN

Avec des mots
uniquement à vous
des mots de votre terre d’autrefois
aux arbres disparus

des mots rivières
qui ont caché vos plaies,

des mots de sable
qui pardonnent les longs silences,

Avec des mots de pierre ou de glace,

Avec le couteau des mots
pour répondre à ceux
dont vous n’êtes pas esclave,

Avec des mots de l’attente
et d’autres sans retour,

Sans justifier vos refus
Sans rechercher d’alliés,

Avec des mots uniquement à vous,
quelqu’un continue
à vous connaître.

 ******

 

ENFANT DE POUSSIÈRE

Un jour d’été ou d’hiver
peut-être demain
suspendue sur l’air, à la merci du vent
je serai devenue poussière
de retour à l’inconnu, à la nuit première.
Invisible, sans matière et sans poids
enfant de poussière,
taillé dans le vide et le rien
mais resté poussière de désir.

Irradiées de force
mes paupières s’ouvriront
mes yeux face au soleil
le vertige rejoindra la flamme paisible de ton regard
car le vent
t’aura posé sur la pupille de la lumière.

 ******

 

SUR LA PIERRE DE L’OUBLI

 Sur la ligne aux mille points restés suspendus
si la mémoire n’est plus
que poussière envolée
sur la pierre de l’oubli
je m’endormirai

Poussière de nuit
je boirai la rosée
à l’approche de l’aurore
car ta voix
sera devenue un lac.

 *****

 

LE SILENCE DES ENCRIERS

ENFANT DE L’HIVER

 Dans la ville en désolation
contre la mélancolie du jour
tes pas craquent sur le gel
La lumière à naître balbutie.

Les mots lentement s’épellent
par les lèvres de tes poupées rebelles

Enfant de l’hiver
Que l’exil dépayse
Ville, visages, chagrins de tous lieux
à la rencontre d’autres voix
Au rendez-vous de la mémoire
les heures claires
des tendresses se souviennent
dénouent la détresse
aux cheveux de printemps à venir.

Enfant de l’hiver
au regard d’éternité
le sang de ta révolte
brisera le silence des encriers.

 *****

 

QUAND NOUS SERONS EN AVRIL

« Écoute ; apprendras-tu à m’écouter de loin.
Il s’agit de pencher le cœur plus que l’oreille.
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
pour venir jusqu’à moi qui regarde et qui veille. »
Le forçat innocent, Jules Supervielle

JE NE T’ÉCRIS PAS

Je ne t’écris pas
mais les oiseaux du regard
que tu aimais autrefois
se lèvent à nouveau
sur le sang blessé du soleil.
Je ne t’écris pas
mais tu entendras le silence de ma soif
à la rencontre du silence de te

Oui, tu ne m’écris pas
mais je sais la naissance de l’eau
le chant, la prairie, l’encens, les lilas
le creux de ta main
où nous dormons ensemble toutes les nuits.
Tu nous tiens hors du temps et des vents
qui jouent à tricher autour de nous
avec les brumes, les songes et les signes
Tu ne m’écris pas, mais la vitre du ciel
effeuille ton visage de mémoire
enjoué de l’enfance
l’éternelle enracinée
sous les paupières du rêve à poursuivre
à mourir à nous poursuivre
Le temps d’être ensemble
Avait préparé le temps d’être seul.
Dans la sève des collines
l’appel de la terre revient
irréversible, dans les yeux verts de l’aube.

******

Par Marie Faivre, , publié le 04/03/2019 | Comments (0)
Dans: Pratiques Poétiques | Format:

Poèmes (I)

Marie Faivre est la disciple du grand silence qui n’est pas privé de voix.
Sa parole jaillit du silence qui échappe au tombeau,
Qui devient univers.
Dans le silence de la vie, toute vérité apparaît dans la profondeur de sa présence, reconnue par le semblable, au souffle intérieur du poème.

Michel Khalil HELAYEL, écrivain et poète

 

 

… à la chère mémoire d’Aimé Césaire.

 

UNE SAISON AU CONGO (Janvier 2006)

Lire Césaire
C’est vivre la fin d’une guerre
C’est brûler sa rage
Dans la flamme des palimpsestes
Le temps de l’acte II scène 6
1
Lire Césaire
C’est réveiller un fardeau obscur
Sommeillant dans la nuit soumise des songes 
 

Césaire ! C’est la foudre sacrée
La tempête la plus juste
C’est combler une faute de mémoire
C’est retrouver la page mal écrite
Sur la terre la plus folle
Et tout recommencer

 Avec Césaire
Déterrer du sable
Une étoile noire
Illuminée
Vie et mort, dans le même sillon

 Incendie du soir
Lire Césaire
C’est vivre
Ce que l’on a manqué
Et tout recommencer.

 1/Une saison au Congo : il s’agit de la danse d’Hélène et de Lumumba au seuil de sa mort.

 

*****

 

LENTEMENT LE PAYSAGE BRULE (1997)

À FLEUR D’ABÎME

À fleur d’abîme
tu construis ta maison

Dans les attaques du vent
tu entends le chant des étoiles

Avec les brouillards du néant
tu espères un dialogue

À tes yeux,
la lumière est toujours pour demain

Quand les jours si lourds
tournent dans la nuit
des chambres encloses
que deviennent les espoirs ?

Quand le moulin de tes patiences
n’est plus relié
est-ce le renouveau quelque part ?
est-ce

la mort du rêve qui attend ?

 

******

 

TERRE

« Ma vie a retrouvé sa terre
La navette court… »

Sur la trame vivante
du regard qui m’entend

ma vie a retrouvé
le mot resté en souffrance

Dans sa nuit qui tremble,
il court
l’enfant de mes silences

Quand son élan dit oui
et sa mémoire dit non

il se noue quelque part
entre l’ombre et la vie
entre la vie et la mort

le mot qui souffre entre nous
Seul
le regard qui aime
saura l’entendre

 

******

 

CHEMIN DES MOTS

Dans le paysage
les mots se promènent
avec l’autrefois et l’aujourd’hui
liés
dans la même nuit

Quand les mots se rencontrent
la lumière
vendange des trésors
aux fontaines de nos journées

C’est alors
que le fil du paysage
s’est noué entre nous

Par le chemin qui se découvre
il reste parfois de l’obscur
où le cœur trébuche

Les mots sombres s’enchaînent
Sur la trame des malentendus

La lumière nous revient
par la musique de tes gestes

lorsqu’ils sèment
entre nous
des mots attachants
ensoleillent le paysage
que l’hiver avait décousu.

 

******

 

Quel monde
habite ton sang
par tes ancêtres
nomades sur la terre

Quel monde
te porte
donne la confiance à ton pas
dans la tempête

le juste équilibre
quand ton corps tremble
et vacille

Quel monde
habite ton sang
quand tout bouillonne
et te donne la fièvre
du second souffle

 

******

 

LE TEMPS DES ROSES  (janvier 2004)

L’encens des fleurs
fait naître l’encens du corps
Bref moment de jouissance
où seule l’imagination
d’un corps s’étire se donne
dans la nuit de l’espace
le berceau des mots 

la palpitation d’un paradis éphémère
dans l’insatiable univers du rêve

 Ce qui fait de l’homme un poète
est le mystère d’une petite boîte de santal.
Au pays de ses richesses
elle est la capitale
que l’absurdité de la nuit
pourrait dévorer

Sous la veilleuse tardive des étoiles,
ce qui fait vivre son chemin imaginaire
c’est la solitude du poète
lorsqu’il dépose la boîte à légendes
sur le bord de la fenêtre
entre lui et le rivage
entre sa vie
et l’eau serrée
au creux des collines de nostalgie.

Le temps des roses
est resté possible
lorsque la main dessine
l’élan du voyage
pour renoncer à l’acte de possession.
Le poète part comme un amant jaloux
à la rencontre de l’amante
vers l’irréalité de l’amour.

Dans l’effeuillement
le temps d’une rose finit par s’éteindre
sur l’eau du miroir du passé

Le temps d’une boîte de santal
continue à respirer dans l’espace des oiseaux
au rythme de l’arbre dont elle est née
parmi le chant des forêts
dont l’écho
poursuit ses palpitations à travers elle.

 Au temps des voyages,
certains jours de grand désert
la boîte de santal se transforme
Si les rencontres se font rares
Si le paysage referme ses frontières
la petite boîte se rétrécit.

Ce qui fait de l’homme un poète
c’est de se sentir mourir
lorsque la boîte de santal s’étiole
jusqu’à perdre l’horizon de sa parole

Parfois imprévisible,
peut-être éthique
en pays barbare
le manteau du poète
est seul à protéger la boîte de santal.

Pour le silence qu’il transporte avec lui
il connaît le sentier
vers la première page
où le chant d’un jardin prendra naissance
avec la boîte de santal
posée nue entre l’eau et le ciel
 

Devant les fenêtres aux lumières d’artifice
Tu traverses sans t’arrêter les jardins à succès
le territoire des rêves décodés.
Tes pas s’éloignent rapidement
en essuyant des larmes sans paroles
de peur de voir disparaître
les liturgies de l’amour
écrites sur la boîte à santal.

Sans pouvoir trouver l’erreur
qui serait de l’un ou de l’autre
nos routes cheminaient
sans se rencontrer
Avec ce temps mort
Tu as fait un oiseau appelé colibri
Il est midi
Le temps des roses  ne dure que le matin de l’amour.

 

******

 

RYTHME ET PASSAGES (2003) 

À L’HEURE OÙ TU MARCHES 

Contre des barreaux invisibles
je suis ce lieu
de brouillards et d’arbre
emmêlés dans ma chair.

Je t’ai cherché
dans les veines de la pluie
dans le fleuve contre les tourments.
Je t’ai cherché dans le silence de la terre
dans ce pays muet.
Contre les vents assassins
j’ai prononcé ton nom
je t’ai prié d’inventer d’autres légendes.

À l’heure où tu marches vers nous
je suis ce lieu qui n’en finit pas
d’être vivant
d’être mort
Dans ce pays où le ciel a fui
l’espoir refuse de mourir
quelqu’un refuse de se taire

 

******

 

 

 

 

 

Par Marie Faivre, , publié le 20/02/2019 | Comments (1)
Dans: Pratiques Poétiques | Format: