Auteur: Lucien-Samir Oulahbib

Docteur en sociologie, Lucien-Samir Oulahbib est chargé de cours à Lyon 3 et Paris X, et habilité à diriger des recherches en sciences politiques.

Refonder le message universel de la France

 

La politique de la France au sens stratégique et donc à long terme se résume-t-elle à l’obtention de quelques contrats, aussi mirobolants soient-ils ? Ne voit-on pas qu’ils illusionnent au lieu d’incarner une réelle politique industrielle entraînant dans ses sillons toute la France et non pas seulement le bonheur d’une poignée ?

Au lieu d’une telle ambition, nous voilà réduits, et cela ne date pas d’hier, à la réussite de quelques “coups” au petit bonheur des concessions, ici sur le Tibet, là sur Taiwan, plus profondément sur les droits démocratiques sans que derrière il y ait autre chose que cette seule volonté de boucher les trous, de faire jouer la cavalerie, d’avoir comme seul entêtement enfin de tenir artificiellement en état un secteur public qui étouffe l’innovation populaire au lieu de l’accompagner, d’en soutenir la logistique.

Car, en définitive, que cherche-t-on ? S’agit-il de maintenir un service public en état, dans sa misère et son ankylose, avec un appareil central pléthorique et des troupes, infimes dans les endroits les plus exigeants, mal payées découragées, comme dans la santé et l’éducation nationale, tandis que l’argent ramené à grands fracas de principes mis dans sa poche avec un mouchoir dessus et une pince à linge sur le nez, boules Quiès en sus, servirait seulement à en payer les rustines et le grand train de vie de la Nomenklatura parisienne et du Quai d’Orsay ?

Ou s’agit-il d’entrer de plein pied et en position optimum dans le monde d’une éducation émancipée qui offrirait des cours à toutes et à tous, à proximité comme à distance, le jour comme le soir, aux jeunes comme aux adultes, une école de tous les savoirs ouverte au monde entier tant qu’à faire, une école qui s’auto-développerait rendant des comptes a posteriori ?

 

S’agit-il également de prendre en compte les consommations complexes, c’est-à-dire le désir des objets à la carte et dont il n’aurait pas lieu de rougir éthiquement par la façon dont cela serait produit ? Ce qui impliquerait de multiplier les partenariats entre les villes du Nord et du Sud sous l’arbitrage des structures internationales ; ce qui veut dire également la recomposition institutionnelle française où l’on verrait les Parlements Régionaux discuter également du développement de la Nation donc de corrélation, d’intégration en terme d’économie d’échelle, tandis que le Parlement National s’occuperait uniquement de défendre les intérêts français au sein de l’Europe et du Monde.

Nous avons le choix dans les trois ans qui viennent entre la perpétuation d’une paralysie d’Etat concoctée par les corporatismes, et le désir de réaliser une politique réellement populaire, c’est-à-dire qui va dans le sens de créer les conditions d’une prospérité à long terme pour le plus grand nombre et non pas seulement pour une élite, publique ou privée, et sa clientèle captive.

Voilà l’enjeu.

Or, en France, l’illusion de la puissance se maintient, à gauche comme à droite, dans l’unique engraissement d’un appareil public central au détriment du pays enserré sous le joug des charges dont le suc soutiré permet la folie des grandeurs, le paiement des clientèles à fort potentiel de nuisance.

Sans se douter un seul instant que cette politique de favoritisme plombe la vitalité du peuple, répand encore et toujours cet esprit de culpabilité, de sacrifice, lorsque le petit se saigne aux quatre veines pour que son seigneur aille briller à Versailles.

Ce qui est à peu près la même chose aujourd’hui lorsque la majorité des petites et des moyennes entreprises sont saignées à blanc pour (en)graisser les gaspillages, les errements, les fastes et les lampions des innombrables immeubles et salons du Quai d’Orsay dans lesquels on se gausse de l’Amérique, on se vante de sa politique “arabe”, illusion secrétée par la lueur des dorures empires encore visibles au détour des chandelles tenues par un peuple encore subjugué par le “cela a eut payé” et autres contes de la Garde qui meurt et ne se rend pas.

Le tout s’accomplit pesamment dans cette Byzance du 7ème arrondissement et ses prolongements d’alcôves dans le 5ème, le 8ème, et le 16ème, sous les sourires de leurs marionnettes, ces bobos discutant du sexe des anges, errant dans les dédales écolos de leurs nouveaux micro-villages du 2ème, du 9ème et du (bon) 18ème; mais toujours sur le dos du mouton populaire, ce brave français tout juste bon à mourir dans les tranchées en 14, à se faire déculotter en 39, renvoyer comme un mal propre en 62, et aujourd’hui sommé de rendre gorge, voiture comprise (alors que la rénovation du transport de banlieue ne suit pas) pour nourrir les fausses statistiques du salaire minimum et des minima sociaux, rustines, oboles, pièce de dix sous en réalité, clientèles de pauvres que l’on entretient puisqu’il faut fabriquer du pauvre pour alimenter le discours de l’idéologie sur les pauvres, alors que la liberté d’entreprendre, avec les gardes fous qu’il faut, permettrait de bien amoindrir la misère, l’humiliation de la faillite et des redressements judiciaires.

L’économie administrée à l’Est a créé plus de pauvres que l’économie dite capitaliste : pourquoi ? Pourquoi la Chine n’a pas continué dans cette voie là ? Pourquoi s’entête-t-on en France à vouloir précipiter ce pays, dont il suffirait d’enlever les chaînes pour le voir caracoler en tête, dans les décombres du malheur idéologique, de l’austérité obligatoire, tant et si bien que les nouveaux enragés sont prêts maintenant à faire alliance avec les islamistes pour enfin atteindre cette société sans voiture, entassé dans des trains vétustes et sans arrêt (en grève), sans alcool, sans tv sans pub, sans ville, la mort, en vert, fusion de deux courants issus du non à la vie, en un fleuve du non à tout, au monde, à l’Europe pour commencer…

Ne la voyez-vous pas venir d’ailleurs la catastrophe ? Espérons que non ! Vivement que l’on se trompe ! croisons les doigts, mais, tout de même, pensons-y, parce qu’un non au PS, un non dans le pays, un blocage, une régression, une Europe de plus en plus lointaine, corrélée à l’ankylose et au parasitage décrits plus haut, le tout se met à la merci d’un accident : ralentissement de la croissance, ne serait-ce que par surchauffe, goulot d’étranglement, attentats, montée vers la bombe sale, aggravation de la division entre la France et les USA du fait de la pression de la mouvance arabo-islamique sur la France…

Puisque c’est cela l’enjeu, pousser la France à affronter réellement les USA, user de la division pour placer un pied, puis la jambe enfin le corps et le poignard sur la gorge, tout cela s’emmêlant à l’aggravation des déficits, l’assèchement des finances publiques pour l’instant triple A, jusqu’à quand ?

Ajoutez-y les grèves corporatistes malgré et à cause des caisses vides, vous avez tous les ingrédients pour l’amorce d’un processus révolutionnaire, final, celui de la Révolution française qui attend encore sa conclusion, c’est-à-dire l’amorce d’un autre cycle qui verrait enfin le peuple s’émanciper du joug des lendemains qui chantent, des sauveurs suprêmes, de tous ces gens qui vous somment de ne pas faire ce qu’ils accomplissent eux pourtant dans le secret des pouvoirs, là où le loup se fait agneau et accuse le petit poucet de vouloir devenir ogre alors qu’il ne fait que demander son dû : qu’on le laisse souffler comme il l’entend pour fabriquer le verre qu’il lui faut.

Que l’on cesse de faire croire qu’il y aurait quelque part des comploteurs, au nez crochu, tôt ou tard, que l’appât du gain et l’exploitation de l’homme par l’homme (sous le socialisme c’est le contraire) sont seulement le résultat de circonstances historiques alors qu’ils sont profondément ancrés dans l’avidité de la conquête facile, humaine trop humaine, extrêmes que l’on ne dompte pas par la suppression ou le corsetage de la liberté, mais par son affinement, son élévation vers une compréhension supérieure de ce que signifie le développement réel de l’humain dans toute sa diversité et ses préférences.

Voilà l’universel, la possibilité de saisir la réalité de l’action et les difficultés de l’effort, ses manques et ses projections, ses compensations et ses tricheries. C’est de cette palette humaine qu’il faut partir, pour construire les institutions qui permettrait d’en dévoiler la richesse sans pâtir de sa lie.

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