Auteur: Francis X. Pavy

Peintre, sculpteur et céramiste né en 1954 à Lafayette, Louisiane, Francis X. Pavy puise ses sources d'inspiration dans la vie et le folklore de la population locale. Cajun par excellence, on l'a surnommé le "Picasso du Zydeco" (Rolling stone, 1990), en reférence a la musique folklorique locale.

Entretien avec Francis X. Pavy (6): Le bar “Midway” à Longbridge, Louisiane.

 

Le bar "Midway" à Longbridge.

 

La route nationale de Breaux Bridge qui relie Lafayette à Breaux Bridge était le lien principal entre les deux villes jusqu’à la construction de l’autoroute 10 (I-10).  C’est une route pittoresque qui suit une falaise – les anciennes berges du Mississippi,  et traverse des champs pétrolifères et  la forêt des terres basses. La route du lac Martin est juste après le fléchissement en bas de la falaise et la rivière Vermilion traverse Longbridge.  C’est l’ancienne plaine d’inondations  du Mississippi.  Cette zone a été inondée en 1927, et elle aurait été aussi inondée cette année, en 2011, s’il n’y avait pas eu le système de levées et les canaux de déversements.

Dans les années 50, il y avait beaucoup de boîtes de nuit le long de cette route.  Beaucoup de légendes du « swamp pop » (la pop des bayous) y ont fait leurs premiers pas en jouant dans des orchestres et des groupes. La plupart des boîtes de nuit brûlèrent à travers les années ; le mythe local affirme  que c’était pour toucher l’argent de l’assurance immobilière.

Lorsque je suis arrivé sur place il n’y avait plus qu’une seule boîte de nuit. Elle s’appelait « BOO BOO », mais je me suis rendu compte que son nom était, à l’origine, «  Midway ».  Ce nom aurait pu provenir de différentes sources. Cette boîte de nuit a peut-être été nommé ainsi car elle était à mi-chemin entre Lafayette et Beaux Bridge.  Midway est aussi un endroit pour les jeux de hasard, les numéros de cirques et les attractions.

La scène s’étend en avant sur 5 m, avec à peu près 1.20 m de large au centre : un soliste pouvait y marcher, chantant ou jouant pour le public divisé à gauche et à droite. Les numéros de cirque y étaient communs. Ce n’était pas inhabituel de voir un clown jouant aux osselets accompagné par un groupe de rock cajun : Couteu ou Red beans and Rice.

Parfois, Clifton Chenier ou Gatemouth Brown y jouaient ; la première partie du spectacle pouvait être assurée par Iron Jaw (Mâchoire de Fer),  qui entrait en scène avec une pile de chaises prises dans sa mâchoire. Ensuite, il y avait un homme qui avait l’habitude de danser toute la nuit avec une cannette ou une bouteille de bière sur la tête.

La piste de dance en bois était immense, il faisait frais et les gens étaient amicaux. Les rideaux scintillaient d’argent et des notes de musique y étaient cousues. Il y avait une petite porte entre le bar et la piste de dance. Vous pouviez boire gratuitement, mais vous deviez payer pour danser.

J’ai vu et senti les récits des nombreuses vies traversaient cet endroit.  Les histoires y flottaient comme l’odeur d’un roux. Les images sombres et claires dansent encore dans ma tête. Les travailleurs du pétrole fréquentaient les fermiers, les hippies, les cols bleus, les pêcheurs et les gars de l’université qui y allaient. Les rockers de pop des bayous chantaient leurs contes de cœurs brisés, d’amour et de vie. Les buveurs, fumeurs et coureurs automobiles s’amusaient après une dure semaine. Les escrocs et les hommes honnêtes arrivaient pour voir ce qu’il se passait.  Hommes et femmes draguaient, dansant sur la même scène comme des couples fidèles. Mariés et intimes depuis si longtemps, les couples s’habillaient pareil et commençaient à se ressembler. Les éleveurs de chiens et les gars des bayous jouaient aux cartes. Les vieilles femmes cajuns sortaient du foyer familial pour gigoter jusqu’à minuit ; le lendemain, elles se levaient de bonne heure pour aller à la messe et cuisiner le repas du dimanche. Les étudiantes au teint frais se passaient l’unique bière qu’elles avaient pu acheter. Les reines cajuns, les hommes d’affaires, les crevettiers  et les petits gangsters laissaient leurs cheveux tomber.

Une fois un ami m’a dit qu’il était en train de boire une bière et qu’il s’était présenté à un homme au bar. L’homme lui fit un sourire sinistre quand il entendit son nom et dit, « J’ai été engagé pour vous tuer par l’ex-mari de votre femme mais il n’a pu trouver les 1500$ pour me payer ». Mon ami m’a dit qu’il était dur d’imaginer que sa vie avait été évaluée à si bas prix.

Après que nous avons cessé d’y aller, j’ai entendu que l’endroit avait était réduit en cendres. Pour l’argent de l’assurance immobilière? A cause d’un accident? Je ne l’ai jamais su.

Le site est toujours là – quelques boîtes de conserve, des planches et des mauvaises herbes brûlées.

Quand je passe par Longbridge au-dessus du bayou, je sens toujours l’odeur du Roux.

 The Breaux Bridge Highway that runs from Lafayette to Breaux Bridge was the main link to the 2 cities until I-10 was built. It is a scenic route that encompasses the escarpment — the ancient banks of the Mississippi River, oil fields and bottom land forest. The Lake Martin road is right after the dip down from the escarpment and the Vermilion river cuts across at Longbridge. This is the old flood plain of the Mississippi. This area was flooded in 1927, and would have been flooded this year 2011 if not for the levy systems and spillways.

    In the 50’s there were many night clubs along this road. Many swamp pop Legend cut their teeth playing in orchestras and bands there. Most of the clubs were burnt over the years, as local mythology states, for the insurance money.

     By the time I arrived on the scene there was only one left. It was called BOO BOO’s, but I understood that the original name was the Midway. The name could have come from several sources. Maybe because it was named for being the midway point between Lafayette and BB. Another definition of a Midway is a place for games of chance, sideshows and amusements.

Also, there the stage extended out forward about 15 feet about 4 feet wide in the center, so a soloist could make a walk, singing or playing to the divided audienceleft and right. The sideshow element was familiar there. It would not be unusual to see a clown playing the bones backed up by a Cajun rock band Couteu or Red beans and Rice.

Sometimes Clifton Chenier or Gatemouth Brown would play and, the opening act might be Iron Jaw who would balance chairs in his jaw, walking out on the stage with a stack of chairs in his mouth. Then, there was a man that used to dance with a beer on his head all night long, can or bottle.

The wooden dance floor there was huge, the air was cold and the people were friendly. The draperies were glittery silver
and had musical notes sewn on them. There was a little gate between the bar and the dance floor. You could drink for free, but had to pay to dance.

I saw and felt the narratives of many lives that had passed through the place, The stories hung thick there like the smell of a
roux. The dark and the light images dance in my head still. Oilmen would rub shoulders with the farmers, hippies, blue collar workers, fishermen and college types that would gather there. Swamp pop rockers singing their tales of heartbreak, love and life. Drinkers, smokers and drag racers having fun after a hard week. The hucksters and the honest out to see what is going on. Men and women on the make, dancing on the same stage as the faithful couples. They, married so long, so familiar, they even started to dress alike and look alike. Dog breeders and swamp rats playing cards. Old Cajun Housewives cutting a rug until midnight then getting up early to go to mass and cook Sunday dinner. Fresh faced college girls passing their one beer they could buy around. Cajun Queens, businessmen, shrimpers and small time gangsters letting their hair down.

One time a friend told me that he was there having a beer and introduced himself to a man at the bar. The man smiled darkly when he heard the name and said, “I was hired to kill you by your wife’s ex-husband, but he couldn’t come up with the $1500.00 to pay me”. My friend told me it was hard to imagine is life would be valued so cheaply.

Eventually after we quit going there I heard that the place burnt down. For the Insurance money? Accident?
I never found out.

The site is still there – some burnt tin, boards and weeds.

As I pass through Longbridge over the bayou I still smell the Roux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

 

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