Auteur: Francis X. Pavy

Peintre, sculpteur et céramiste né en 1954 à Lafayette, Louisiane, Francis X. Pavy puise ses sources d'inspiration dans la vie et le folklore de la population locale. Cajun par excellence, on l'a surnommé le "Picasso du Zydeco" (Rolling stone, 1990), en reférence a la musique folklorique locale.

Entretien avec Francis X. Pavy (3) Peinture et vérité

 

Francis X. Pavy, Blue Birds Nesting

3) Peinture et véritéA.L. – A la fin de votre deuxième réponse, vous évoquez l’idée de la vérité dans la peinture. Comment déterminez-vous si un tableau est vrai ou faux? Est-ce seulement une question inhérente à la peinture, en fonction de sa présentation, de son contexte (évidemment nous ne pouvons pas regarder un Vermeer de la même manière que nous regardons un Picasso), ou bien un sentiment du spectateur? Est-ce subjectif, ou avez-vous des critères objectifs pour évaluer la vérité d’une peinture?

Je ressens la vérité à un niveau viscéral. Je le sais quand je le sens. Le grand, bon ou vrai art, je le sens dans mon plexus solaire.

J’apprécie la quantité de contenus créatifs apportés par les artistes. Il y a beaucoup d’efforts et de recherche honnêtes et sincères, beaucoup de bonnes idées, beaucoup de concepts intellectuels illustrés par l’art, mais je suis ému par les choses qui me frappent dans les tripes. Je dirais qu’il y a très peu d’art factice, mais il y a des travaux qui sont plus vrais que d’autres.

Voici une anecdote à propos de Picasso, qui, quand on lui demanda de signer et d’authentifier une œuvre de jeunesse, dit quelque chose comme:  «C’est un faux, c’est un faux”. Son galleriste lui répondit alors: «Eh bien, je l’ai obtenu de vous, avant de l’avoir vendu!” Et Picasso répondit:  “Même Picasso fait des faux”.

La mentalité et les méthodes d’un artiste évoluent dans le temps, et certaines œuvres passées ne résistent pas à l’épreuve du temps, bien qu’elles aient été satisfaisantes au moment de leur conception.

Voici une autre citation, de Hokusai:

«Depuis l’âge de six ans, j’ai pris l’habitude de dessiner les formes des objets. Bien que j’aie souvent publié mon travail pictural depuis l’âge de cinquante ans environ, toute mon œuvre précédant ma  soixante-dixième année n’a aucun mérite. ”

Cela semble être une attitude normale pour un artiste qui cherche et évolue vraiment. Au cours de mes expositions, il y a des travaux qui sont manifestement “meilleurs” que d’autres; en général ce sont ceux qui se vendent en premier.

Quand je repense à mon œuvre, il y a une majorité du travail dont je suis fier et une poignée d’œuvres qui restent, “marchent pour moi “, qui excellent. Je pense que si je mourais aujourd’hui, ces pièces-là serait un bon héritage à laisser derrière moi.

En ce qui concerne l’histoire de l’art, je pense que la question de savoir si une œuvre est vraie ou non est relative et change au fil du temps, mais aussi qu’il existe des œuvres exceptionnelles qui je crois transcendent leurs circonstances et accèdent au magnifique. Ainsi  quelque chose peut sonner vrai dans les années 2010, et n’avoir aucun sens  en 2100, mais ce n’est pas toujours le cas.

Je dirais qu’il n’y a vraiment aucun critère objectif pour juger de la vérité dans l’art. Vous devez le sentir. Le seul critère de vérité se trouve dans l’homme, dans l’œil interne, au niveau de l’âme.

(3) Painting and truth

A.L. – At the end of your second answer, you evoke the idea of truth in painting. How do you determine if a painting is true or fake? Is it solely a matter internal to the painting, depending on its presentation, a matter of context (obviously we should not look at a Vermeer the same way we look at a Picasso), or a feeling of the beholder? Is it subjective, or do you have objective criteria to assess the truth of a painting?

 

I feel truth on a visceral level.  I know it when I feel it. Great, good or true art I feel in my solar plexus.

I appreciate the mountain of creative content made by artists. There is a lot of sincere honest effort and investigation going on. There are a lot of good ideas, there is a lot of intellectual concepts that are illustrated by art, but I am moved by things that strike me in my gut. I would say there is very little fake art out there, but there is some work that is truer than others.

There is a story about Picasso, who when asked to sign and authenticate an early work of his said something like:

“It’s a fake, it’s a fake”. His dealer said “Well, I got it from you, before I sold it !” and Picasso replied: “Even Picasso makes fakes”.

My thoughts on that are that an artist’s mentality and process evolves over time and some earlier works don’t stand the test of time, although they were good enough at conception.

Another quote by Hokusai:

“Since the age of six I have had the habit of sketching forms of objects. Although from about fifty I have often published my pictorial works, before the seventieth year none is worthy.”

This seems to be common attitude for an artist who is really searching and growing.  At exhibitions I’ve had, there are works that are obviously “better” than others, usually these sell first.

When I look back on my oeuvre, the majority of work I’m proud of and a handful of works that still “do it for me”, that excel. I think that if I died today I feel those pieces would be a good legacy to leave behind.

As far as the history of art goes, I do think the subject of whether or not a work is true or not is relative and changes over time, but also some exceptional work supersedes this and ascends to the magnificent. So something may ring true in the 2010‘s but not make any sense in 2100 but not always.

So I would say there are really no objective criteria to judge truth in Art. You have to feel it. The only truth-o-meter you’ll find lies inside man, in the internal eye, on the soul level.

Traduction David Llorca

© FX. P. et A.L.

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