Auteur: Denis-Clair Lambert

Denis-Clair Lambert est économiste, Université Lyon III. Il a publié deux ouvrages sur la santé dans le monde : « Les systèmes de Santé (pays industrialisés)» Seuil 2000 et « La santé clé du développement économique (Europe orientale et tiers-mondes) », L’Harmattan 2001.

L’union de la Méditerranée

De l’Atlantique à l’Oural, entre le cap nord et la mer Méditerranée, une cinquantaine de pays européens se disséminent sur dix millions de kilomètres carrés ; la moitié d’entre eux sont regroupés dans l’Union Européenne, leur densité de peuplement est très élevée (115 habitants/Km2), ils occupent 4 millions de Km2. Au sud de la mer Méditerranée, l’Afrique beaucoup plus vaste regroupe également une cinquantaine d’États, mais les cinq États riverains de la mer Méditerranée ont une très faible densité de peuplement dans les zones désertiques (Algérie, Libye, Égypte). Sur plus de 5 millions de kilomètres carrés, l’Afrique du nord est plus étendue que l’Europe, mais le territoire utile en est moins étendu, car les régions littorales et alluviales forment moins de 10 % du territoire. Entre le Nord et le Sud, la Mer Méditerranée occupe 2,5 millions de kilomètres carrés, si l’on excepte la mer Noire (500 000 Km2). Le littoral s’étend sur 20 000 kilomètres, plus déchiqueté au nord qu’au sud ; la distance la plus grande entre Gibraltar et Beyrouth est de 3750 Km, la largeur entre Alger et Marseille étant de 740 Km.

Que faut-il entendre par Union de la Méditerranée ? L’initiative de 2008 a été préparée par la stratégie continue de l’Europe pour associer les pays voisins de l’Euro-Méditerranée, en particulier le « Processus de Barcelone » en 1995, qui réunissait 5 pays européens d’Europe méridionale et les pays d’Afrique du Nord et du Proche Orient ; il était opportun d’y associer les pays riverains des Balkans. Il faut lever une ambiguïté : l’Union de la Méditerranée n’est pas une nouvelle procédure d’élargissement, préparant l’intégration à l’Union Européenne. L’objectif éventuel n’est pas de faire entrer la Turquie dans l’Union européenne, mais d’associer ce partenaire, qui dirige l’essentiel de ses échanges vers l’Europe ! L’élargissement implique une continuité territoriale, essentielle pour la libre circulation des personnes et des marchandises. L’association des pays voisins peut préparer un élargissement à terme, ce fut le cas pour l’Europe du Sud et le monde slave, quand l’État de droit et les libertés politiques et économiques ont été rétablis. Ce partenariat privilégié est fondamentalement une démarche de libre échange, comme l’ALENA, qui associe le Canada et le Mexique aux États-Unis d’Amérique, sans pour étant les intégrer comme États à la Fédération. Pas de tarif commun extérieur, pas de marché unique ou de monnaie commune comme dans l’Union douanière et monétaire, mais une démarche d’abaissement des barrières douanières, similaire à celles de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Ce projet a été lancé avec succès par Nicolas Sarkozy en juin 2008, en obtenant l’adhésion de l’Afrique du Nord (moins la Libye), du Moyen Orient et de la plus grande partie de l’Europe (moins la Norvège, la Suisse et la Serbie), soit au total 43 pays regroupant plus de 775 millions d’habitants et 40 % de la richesse mondiale. La moitié de ces pays ne sont pas des nations bordant la Méditerranée, ce sont des contrées de l’Europe du Nord et de l’Europe centrale qui sont entrées dans l’Union européenne. Quand la Méditerranée est définie par les seuls pays disposant d’un littoral sur cette mer, l’extension territoriale est plus modeste (24 pays), le potentiel démographique reste de 450 millions d’habitants, mais seulement 16 % de la richesse mondiale. Si le regroupement était limité au climat méditerranéen, seule la population de ces régions serait incluse (ce qui concerne les régions distantes de 150 à 200 kilomètres de la mer), en excluant les zones montagneuses et les régions de climat tempéré et humide, voire froid. Même dans cette hypothèse, l’urbanisation littorale regrouperait la plus grande partie de la population.

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 L’Union méditerranéenne

 

Albanie

 

Monaco

Algérie

Grèce

Monténégro

Allemagne

Hongrie

Palestine

Autriche

Irlande

Pays-Bas

Belgique

Israël

Pologne

Bosnie-Herzégovine

Italie

Portugal

Bulgarie

Jordanie

Tchéquie

Chypre

Lettonie

Roumanie

Croatie

Liban

Royaume-Uni

Danemark

Lituanie

Slovaquie

Égypte

Luxembourg

Slovénie

Espagne

Malte

Suède

Estonie

Maroc

Syrie

Finlande

Mauritanie

Tunisie

France

 

Turquie

UM : 775 millions d’habitants

PIB : 18 878 milliards de dollars

PIB par habitant : 24 358 $

Sources : Atlaseco 2009 et populations et sociétés nº 436 de 2007

 

L’écart de niveau de vie entre l’Europe et le littoral oriental et septentrional de la Méditerranée est de 1 à 10, mais l’écart avec l’Afrique sub-saharienne est de 1 à 100 ! Un écart de 1 à 5 n’est pas infranchissable, il existait entre l’Espagne et la France et a été comblé, il existe entre la Grèce et la Turquie et peut être comblé. Regrouper toute l’Afrique (30 millions de Km2 et un milliard d’habitants) pour l’associer au monde méditerranéen serait un projet utopique et prématuré. Le Sahara est une barrière naturelle et les contrées d’Afrique noire n’ont pas été fertilisées par les civilisations de l’antiquité et de la Renaissance. En revanche l’union méditerranéenne est cohérente, elle peut accélérer le développement du nord et du sud, et plus tard fournir un modèle aux contrées subsahariennes.

 

Trois dimensions :

Nos racines

Nos atouts

Notre destin

 

NOS RACINES

 

– Un climat spécifique. La Méditerranée est une région marquée par une végétation qui s’adapte aux hivers doux et aux étés secs : l’olivier, le figuier et la vigne, l’oranger, le mimosa et le palmier, le pin parasol, le chêne vert, le cèdre de l’Atlas et du Liban et le cyprès de Toscane et du Péloponnèse. Le Sud présente une spécificité de mode de vie dans ces villes et villages chargés d’histoire et parsemés de monuments qui datent de plusieurs siècles, voire de millénaires. Le nouveau monde ne connaît pas cet environnement.

La vie quotidienne surprend l’étranger : l’heure tardive des repas, les rues étroites, les marchés colorés, les spectacles de plein air (corrida, jongleurs et conteurs des rues), le public du « bel canto », les terrasses de café, les vieux qui se chauffent au soleil sur leur banc, la fréquentation des Églises et Mosquées… bref une certaine oisiveté de fin de journée… Ce climat est envié par les populations nordiques : les Anglais, Hollandais ou Allemands souhaitent s’installer au sud.

La nature est plus brutale que dans l’Europe médiane ; les tremblements de terre et éruptions volcaniques ont été catastrophiques (Santorin, Pompéi, Lisbonne, Agadir, Skopje, Izmit) et les inondations ont dévasté les zones alluviales. La déforestation, l’érosion des sols et la récurrence de la sécheresse ont contribué à l’extension de l’aridité et des zones désertiques.

 

– Cette région a connu les plus vieilles civilisations et le premier éveil économique, elle a initié les grandes découvertes et longtemps bénéficié d’une hégémonie maritime, elle fut et reste le berceau des arts. La Méditerranée fut au seizième siècle suivant Fernand Braudel le centre de l’économie-monde (La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (1550-1600), 2 tomes, Colin 1949).

   La région méditerranéenne correspond encore aujourd’hui à la carte que l’on peut observer à Rome au pied du forum : elle épouse l’étendue de l’empire romain de Trajan à son apogée vers 116. Il faut lui rendre vie au vingt et unième siècle !

 

Le « mare nostrum » de Strabon et l’empire romain

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L’interprétation économique de Braudel ne doit pas gommer les époques antérieures et plus particulièrement la période gréco-romaine, où les conquêtes avaient essaimé sur tout le littoral. Ces racines étaient communes aux deux rives de la Méditerranée jusqu’au septième siècle.

À partir de la conquête arabe et de l’extension de l’empire omeyyade et abbasside, le nord de l’Afrique et le proche orient furent façonnés par une civilisation islamique brillante, progressivement relayée par l’empire ottoman. Les deux apports chrétien et musulman ont contribué à la préservation de la culture gréco-romaine dans les riches bibliothèques d’Alexandrie, Bagdad, Byzance, Rome et celles des abbayes. Cependant, alors que les Califats ont préservé en Orient le legs des précurseurs grecs de la médecine, de l’astronomie et des sciences exactes et en Occident celui des philosophes, il ne faut pas oublier que des siècles d’obscurantisme religieux ont longtemps retardé les progrès de la connaissance. Les sciences expérimentales ont émergé en Europe et non en Orient au dix-septième siècle. Comme le souligne Sylvain Gougenheim (Aristote au Mont Saint Michel, Seuil 2007), l’opposition entre l’humanisme d’un « Islam des lumières » hellénisé et l’obscurantisme des âges sombres d’une Europe latine et attardée est très excessive. Le rôle des moines chrétiens d’Orient et d’Occident fut essentiel, mais nos racines culturelles grecques restaient occultées. Chacune de ces deux étapes a superposé de nouveaux apports culturels aux empreintes inscrites dans l’héritage gréco-romain.

 

Les conquêtes arabes : six siècles d’hégémonie

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La longue expansion de l’empire ottoman assura la relève de Bagdad, cependant l’hégémonie turque ne parvint pas à dynamiser les terres conquises. La mer Méditerranée sera pour longtemps zone d’insécurité et de piraterie, au détriment du commerce maritime, donc de l’Angleterre et de l’Europe. La Méditerranée ottomane n’était plus le centre de l’économie-monde.

Le nord de l’Afrique, en raison de la prédominance de la religion musulmane et de la langue arabe, exprime aujourd’hui sa solidarité dans l’appartenance à la ligue arabe, cependant tous ces pays dirigent leurs échanges vers l’Europe, qui lui adresse le plus grand nombre de ses touristes et reçoit le plus grand nombre de ses immigrés. À l’Est, la diversité est beaucoup plus grande : le Proche-Orient juxtapose une trentaine d’États parfois très peuplés ou souvent semi-désertiques, riches ou pauvres, arabes ou non…

D’autres visionnaires, tel l’historien belge Jacques Pirenne, ont estimé que le développement simultané du capitalisme et de la tolérance ne pouvait pas éclore dans les civilisations continentales, par exemple en Russie, et que seules les civilisations maritimes ouvertes sur le monde extérieur pouvaient catalyser l’expansion économique. Par un curieux paradoxe de l’histoire, les deux régions initiatrices de cette première vague de mondialisation : l’Espagne et l’Italie, n’ont pas été les premiers partants de la révolution industrielle, mais les derniers venus ! Et pourtant à cette époque la mer Méditerranée était devenue le premier espace maritime et l’espace économique le plus dynamique. Aujourd’hui la Méditerranée est sillonnée par un trafic maritime intense mais ses ports sont secondaires, sont poids économique est déclinant !

Nombre d’historiens estiment que la civilisation de la Méditerranée atteint son apogée au début de la Renaissance, puis subit un long déclin quand le centre du monde se déplace vers la mer du nord. L’Europe du sud conservera des structures économiques et sociales archaïques, elle ratera la révolution industrielle, l’Afrique du Nord ottomane échappa à la modernisation, les clans et les tribus s’affrontèrent au Proche-Orient, les Balkans étaient déjà une poudrière. Les guerres ne furent pas la cause principale du déclin, car l’Europe médiane en a connu bien davantage et pourtant s’est modernisée et développée.

 

La ligue arabe

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Notre intérêt n’est pas de catalyser l’africanité du Maghreb, mais d’en affirmer l’appartenance au monde de la Méditerranée et à ces civilisations qui ont simplement effleuré le monde subsaharien.

 

Un mouvement continu de migrations. Les colonisations successives ont renforcé le mouvement de migrations de l’espace méditerranéen en contribuant à la formation de sociétés multiethniques, multiethniques et multiconfessionnelles (Catherine Whitol de Wenden, Atlas mondial des migrations, Autrement 2008). Chaque nouvelle conquête et invasion s’accompagne de mouvements de réfugiés vers les pays voisins. À partir du milieu du dix-neuvième siècle, l’Europe du sud devient un foyer intense d’émigration vers les Amériques, en particulier les Italiens ont largement contribué au peuplement européen de l’Argentine et des États-Unis. Puis vient le temps de la colonisation européenne, qui implante de nouveaux immigrants en Afrique du nord, suivi par leur exode lors de la décolonisation. Les courants migratoires sont aujourd’hui renversés, l’immigration latine vers l’Europe du nord et les Amériques est progressivement tarie.

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La Méditerranée est déjà une société multiethnique, façonnée par l’immigration de l’Orient et des pays africains. L’Europe du Sud (Espagne, Italie et Grèce) est devenue en quelques années une zone privilégiée d’accueil de l’immigration légale et clandestine. L’Espagne reçoit aujourd’hui le tiers de l’immigration dans l’Union européenne, les étrangers forment 10 % de sa population. Malgré deux régularisations massives des immigrés clandestins, leur présence est encore évaluée à 1,6 million, si bien que le poids réel de l’immigration est de l’ordre de 15 %. Pour beaucoup d’immigrés et clandestins, l’Espagne, L’Italie et la Grèce n’étaient qu’un lieu de passage vers le nord. Or la récession actuelle a pour effet de contenir l’afflux des immigrés, aussi une plus forte proportion d’entre eux restera sur place en Europe du Sud.

 

NOS ATOUTS

 

Le monde méditerranéen fait apparaître une divergence profonde entre les pays européens de la rive nord qui sont menacés depuis trente ans par une crise démographique profonde et le proche orient ou l’Afrique du Nord qui ont conservé une croissance démographique rapide. Notre objet est de montrer que ces divergences, malgré les tensions qu’elles impliquent, sont en réalité un atout de la Méditerranée, en raison de la complémentarité de ces régimes démographiques. Cependant, la dynamique de la population ne serait pas un atout si la vitalité démographique n’était pas étayée par la formation d’un réseau urbain très dense et par une très forte densité économique.

 

La démographie complémentaire Nord Sud. La divergence entre la stagnation ou régression démographique de l’Europe du Sud et la dynamique de population du sud de la mer rend nécessaire le maintien d’un courant migratoire soutenu. L’important, souvent mal perçu en Occident, est le fait que tous les pays de la Méditerranée ont entamé les premières phases de la révolution démographique : diminution de la mortalité et de la fécondité.

La Méditerranée n’est pas devenue un pôle démographique dominant, comme plus tard la civilisation atlantique de l’Europe du nord et de l’Ouest. Sa plus grande extension fut probablement celle des conquêtes romaines. L’Italie, selon Armengaud et Dupâquier (Histoire de la population mondiale, Montchrétien 1968) au début de l’ère chrétienne ne semble pas avoir excédé 6 millions d’habitants. La Méditerranée à son apogée, peut-être peuplée de 60 millions d’habitants, aurait simplement retrouvé sa population antérieure. La future union méditerranéenne est aujourd’hui dix fois plus peuplée, elle représente 11 % de la population mondiale.

Nombre d’historiens ont soutenu la thèse popularisée par Gibbon suivant laquelle la stagnation démographique fut l’une des causes de l’effondrement de l’empire romain. La population de l’Europe a très faiblement progressé au cours du moyen-âge, les épidémies et les guerres, puis les grandes invasions, ont fauché les excédents de population (Jean Carpentier, Histoire de la Méditerranée, Seuil 1998). La grande déflation démographique suivant la peste noire a particulièrement affecté le midi. Ce constat s’étend à toutes les civilisations de l’antiquité avant la révolution industrielle, les puissances conquérantes avaient alors des populations restreintes. La différence avec la période actuelle est que les civilisations affichant des ambitions d’hégémonie universelle sont très peuplées, par exemple l’Islam rassemble 20 % de la population de la planète !

 

Le réseau urbain. Beaucoup de Français sont persuadés que l’Égypte, la Turquie ou l’Algérie sont des contrées rurales en phase d’explosion démographique. C’est une erreur : la fécondité a baissé de moitié, l’espérance vie est de 60 à 70 ans et surtout 60 à 70 % de la population vit dans les villes. L’atout du bassin méditerranéen est l’importance de son réseau urbain, formé d’agglomérations urbaines considérables approchant ou excédant 10 millions d’habitants (Le Caire, Constantinople). Ces régions littorales sont reliées au nord par un réseau dense de liaisons rapides, qui sont défaillantes au sud. De Valence à Barcelone et Bézier, de Nice à Gènes, de Livourne à Naples les villes se succèdent. Il suffit de consulter les cartes satellites de nuit pour constater que les lumières de la ville éclairent tout le bassin de la Méditerranée. Partout on construit des maisons et des villes nouvelles, pas seulement des marinas pour les touristes, mais pour loger tous ces ruraux qui sont partis en ville.

 

Carte satellite Europ-Méditerranée

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Les villes de la Méditerranée

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La densité économique. La densité économique exprime la concentration dans l’espace des activités économiques, des infrastructures et des niveaux de vie. Elle forme l’atout de l’espace européen, maximale en Allemagne, Belgique, Angleterre ou Hollande, minimale sur les espaces ruraux à faible densité de peuplement. Partout dans le monde, même dans les pays les plus pauvres, les niveaux de vie, la compétence et la santé des populations sont beaucoup plus élevées dans les villes et même dans le bidonville. Au sud de l’Europe, la région la plus dynamique est celle qui associe l’Andalousie, la Catalogne, le grand delta Rhodanien, la côte ligurienne, Gènes et Rome. Au nord de l’Afrique, la région industrielle de Casablanca et Tanger, l’Oranais, le Sahel algérois, la région de Tunis et Tripoli sont les régions motrices. En Méditerranée orientale, les réseaux urbains grecs, turcs, syriens, israéliens et égyptiens attirent les flux économiques dominants (trafic aérien et maritime, tourisme, transactions financières). C’est cette densité économique qui avait fondé les atouts de la Méditerranée lors de son hégémonie.

 

NOTRE DESTIN

 

Le projet d’Union méditerranéenne introduit une nouvelle espérance : l’union, le regroupement et l’association avec l’espace économique le plus important peut écarter les forces centripètes qui risquent de dissuader les pays membres de concrétiser le projet. Il est essentiel que l’Union méditerranéenne et l’Union Européenne choisissent des langues dominantes exprimant leur appartenance commune : une langue latine, l’arabe et l’anglais.

L’union de la Méditerranée est sur le plan géopolitique et stratégique notre destin pour deux raisons : tracer de nouvelles frontières avec les régions périphériques et construire de nouvelles complémentarités entre les deux rives de la Méditerranée.

 

Les nouvelles frontières : le Sahara, la Mésopotamie, Le Caucase et l’Oural. L’Europe depuis son élargissement a repoussé les frontières héritées de la guerre froide, en intégrant les anciens pays du monde communiste. Il est à notre avis souhaitable que dans un avenir sans doute lointain, la Russie, qui fait partie de notre héritage culturel, finisse par s’associer à l’espace européen. Dans cette hypothèse, l’Europe unie retrouverait une frontière naturelle, celle de la chaîne de l’Oural. Au sud-est, la mer Noire prolonge la Méditerranée ; le Pont Euxin était une marche de l’Empire romain. La frontière naturelle nous semble être le Caucase et la mer Caspienne ; c’est une zone balkanisée qui restera longtemps une région de conflits militaires. Au Moyen-Orient, la région du Levant (Machrek) est depuis toujours le confluent de l’Orient et de l’Occident. Cependant, la frontière naturelle est celle de la Mésopotamie, du Tigre et de l’Euphrate ; cette région pourrait se regrouper mais elle n’a pas vocation à s’intégrer à l’Europe. Enfin vient l’enjeu géopolitique majeur, celui du Sahara et des nouvelles frontières avec l’Afrique noire, d’où provient l’essentiel de l’immigration clandestine. Les pays du couchant (Maghreb) n’ont aucun intérêt à l’intensification des flux migratoires subsahariens, qui risquent souvent de rester chez eux, en suscitant de fortes tensions ethniques (Maroc, Algérie, Libye). La coopération avec l’Europe, déjà en cours, peut contenir l’émigration clandestine sur place, dans des contrées où la reconduite aux frontières ne pose pas les mêmes problèmes qu’en Europe.

Le regroupement des pays d’Afrique du Nord en une vaste zone maghrébine accroîtrait le potentiel économique de la région, comme d’ailleurs dans l’Afrique sub-saharienne, où une balkanisation accrue (un millier d’ethnies et de langues) serait la source de guerres continuelles. Un regroupement subsaharien en quatre ensembles fédérés aurait l’avantage de leur donner des frontières maritimes et de gommer ces États enclavés qui ne sont pas économiquement viables.

 

Deux Schémas virtuels de l’Afrique : regroupement ou balkanisation 

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            Scénario de regroupement                          Scénario de balkanisation ethnique

 

 

De nouvelles complémentarités : transports, agriculture, industrie, tourisme.

Les transports maritimes et terrestres restent l’infrastructure la plus défaillante au sud. À défaut de marchandises, les ports sont animés par les ferries et les escales de croisière. Le transport routier est la voie d’avenir, car il garantit la stimulation des échanges. En Europe méridionale, un réseau dense d’autoroutes longe tout le littoral, il ne lui manque que quelques tronçons sur la côte dalmate, en Serbie et en Turquie. Les deux verrous sont les portes d’Hercule et les Dardanelles. Dans le premier cas, de sérieux obstacles techniques bloquent le pont du détroit de Gibraltar, dans le second, les difficultés techniques sont limitées. En Chine, ces ponts seraient construits en moins d’une décennie ! L’Afrique du Nord reste bloquée faute de réseau autoroutier littoral, alors que les obstacles du relief sont restreints, sauf dans le Rif, l’Anatolie et les Balkans. Faire le tour de la Méditerranée par une voie rapide apporterait un lien d’interdépendance bien nécessaire.

L’agriculture est le secteur prioritaire, car le nord de l’Afrique et le Moyen Orient ne parviennent pas à nourrir leur population croissante. L’Europe peut leur apporter non seulement ses surplus alimentaires, mais un savoir-faire, y compris celui des cultures en milieu aride. Cette région fut jadis un grenier à blé, aujourd’hui elle importe 50 à 80 % de ses aliments. La meilleure complémentarité est celle qui conjurerait l’insécurité alimentaire. La vision de ces terres incultes et des bovins et ovins faméliques parcourant des terres arides comme au temps de la Bible peut cesser. Au Nord du Mexique dans les mêmes conditions, les ranchs d’élevage ont la même productivité qu’au Texas !

Beaucoup de pays méditerranéens sont dépourvus de vocation industrielle, par exemple l’Égypte ; d’autres sont devenus de redoutables concurrents : le Maroc, la Tunisie, Israël ou la Turquie. La rente pétrolière et la bureaucratie d’État sont peu compatibles avec l’industrialisation. Cependant, le regroupement des pays maghrébins pourrait dégripper les sources de blocage en créant des marchés uniques. Le meilleur exemple est celui de l’industrie automobile beaucoup plus féconde que la sidérurgie que l’on croyait être l’atout méditerranéen. Une législation commune assurant la fabrication d’une seule marque et de quelques modèles bon marché pour 150 millions de maghrébins ferait de l’automobile un véritable pôle de croissance.

Enfin vient le tourisme, le véritable atout de la Méditerranée sur ses deux rives. Principale destination touristique de l’Europe, les rivages de cette mer peuvent révéler des destinations jusqu’à présent préservées de la masse de touristes. La Méditerranée à d’autres choses à offrir que des plages (les Caraïbes et l’Océan indien en regorgent). Le voyageur de demain voudra également des paysages et des monuments anciens. Nous redécouvrons la côte dalmate et les sites du Moyen-Orient, dès que la guerre s’arrête et quand l’étranger est accepté. Visiter un site sous la protection de l’armée et de la police est peu attirant. Le « grand tour » des romantiques les conduisait en Italie, en Grèce, puis le long du Nil et en Afrique du Nord. On pense alors à deux destinations d’exception, la Libye pour ses vestiges gréco-romains, et le littoral algérien pour la richesse de sa couverture végétale. Plutôt que de contempler les constructions hideuses du littoral espagnol ou italien, les Européens et pourquoi pas les Chinois, découvriraient des côtes bordées d’oliviers et de chênes verts. C’est le vœu que nous formons pour nos descendants !

 

 

 

 

 

 

 

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3 Responses to “L’union de la Méditerranée”

  1. alex dit :

    @Lévi Alavarès:
    Vous pouvez utiliser l’article et les images, pourvu que vous mentionniez la source.

  2. Selim II dit :

    Il manque une carte de l’empire ottoman.

  3. Lévi Alvarès dit :

    Bonjour,
    Je souhaiterais utiliser votre photo de carte satellite Europ-Méditerranée pour la couverture d’une brochure que je prépare sur les financements européens en méditerranée dans les domaines de l’énergie et l’environnement. Vous serez-t-il possible de m’accorder les droits, et éventuellement de m’envoyer le cliché en haute définition?

    Merci d’avance.
    Bien cordialement.

    Delphine Lévi Alvarès
    Bureau de l’ADEME à Bruxelles