Auteur: Roger Séguéla

Né d'un père occitan et d'une mère mantovano-véronèse, Roger Séguéla a œuvré dans le privé avant d'exercer des fonctions d'élu local. Eclectique en art, il fut aussi un grand sportif, n°15 (arrière) sur les terrains de rugby. Dans ses textes retraçant ses 20 premières années passées dans le quartier populaire toulousain de Jolimont, entre 1944 et 1964, il porte un regard lucide et factuel sur la vie d'une famille ordinaire dans la France de l'immédiat après-guerre et des Trente Glorieuses.

Mon père, le foot et le TFC

Calendrier officiel du TFC pour la saison 1959/1960 – La mascotte toulousaine porte le fameux maillot à raies verticales rouges et blanches

Le football se pratiquait sur tous les terrains vagues du quartier. J’avais la chance d’être accompagné par mon père, qui jouait ainsi un rôle éducatif, en supervisant et arbitrant les gamins demandeurs… Il n’hésitait pas à jouer quand Pierrot Laffargue ou d’autres adultes venaient se joindre à nous.

Et j’avais le privilège d’avoir un ballon, donc je décidais, je choisissais le terrain, les équipes et le règlement du match… (cf. la chronique « école Marengo »). Ce n’était pas un beau ballon de compétition, je l’avais gagné en collectionnant des vignettes sur des paquets de biscottes Prior. Toute la famille s’était mise à manger des biscottes, le temps d’en acquérir suffisamment pour pouvoir le commander. En période de rareté, mieux vaut un médiocre ballon que rien du tout.

Les dimanches après-midi, j’allais au Stadium pour voir jouer le TFC avec mon père et Pierre Laffargue. Nous allions sur la piste, au pesage, où l’on pouvait se déplacer  pour suivre le jeu. A la mi-temps, tout le monde changeait de place pour aller du côté où le TFC devait marquer. Les spectateurs commentaient les actions, et les discussions s’envenimaient en cas de désaccord, ce qui était souvent le cas avec mon père. Il ne supportait pas les interventions de tous ces gens, qui ne comprenaient rien à son “football” et débitaient des « conneries ». Ces échanges pouvaient devenir virils, voire mal tourner, mais Pierrot Laffargue veillait au grain.  Il constituait l’élément modérateur et freinait ses ardeurs belliqueuses.

Mon père avait joué avant-centre au club de la Juncasse : Il évoquait ses souvenirs, qui étaient partiellement nuancés par Pierrot son ami d’enfance. Mon père se disait très « technique », avec un bon jeu de tête. Pierrot disait qu’il courrait peu, ce qui n’est pas antinomique.

Le Onze de la Juncasse, (quartier au nord de Jolimon), mon père debout premier à gauche, Pierrot Laffargue accroupi, deuxième à partir de la gauche.

A l’époque, il n’y avait pas de remplaçants !

Toulouse était alors une ville de football, le rugby, plus élitiste, arrivait loin derrière, et le Stade Toulousain brillait moins qu’aujourd’hui. C’était un public populaire, où les réfugiés espagnols avaient une place importante.

En 1957, nous avions suivi le TFC à Marseille pour assister à la demie finale de la Coupe de France. Victoire 3 à 2 après prolongations contre Sedan. Le TFC devait gagner la Coupe en battant Angers 6 à 3 en finale. C’est à ce jour le seul titre majeur du club. Nous avions dû quitter le match avant la fin car il fallait reprendre le train pour rentrer. Mes parents n’avaient pas prévu qu’il pouvait y avoir prolongation, ou bien il n’y avait pas d’autre train pour rentrer le soir même. Ce fut un grand souvenir, Pierrot et d’autres amis étaient du voyage.

Marseille le 07 avril 1957, quart de finale de la Coupe de France – de gauche à droite : Bernard, Roger, Emma ma mère, Pierrot Laffargue, André mon père et un ami de Pierrot

Dans cette belle équipe jouait le préféré de mon père, Di Loretto, un grand argentin chauve qui maniait bien le ballon et qui marquait beaucoup de buts de la tête. Malheur à celui qui dans les tribunes s’aventurait à oser le critiquer (notamment sur sa vitesse), il déclenchait immédiatement les foudres de mon père.

60 ans plus tard le palmarès n’a pas changé,
aucun titre de gagné en Ligue 1,
ni Coupe de France, ni Coupe de la Ligue.

Les matchs de foot le dimanche après-midi avec mon père constituaient le plus grand évènement de la semaine, à une époque ou pour un enfant il ne se passait rien… Nous n’avions pas de télé, écoutions les retransmissions à la radio, et les seules sorties, rares, étaient pour aller au cinéma. Donc les sorties au Stadium étaient pour moi un grand moment.

Les autobus étant bondés et peu pratiques, nous faisions souvent le chemin aller-retour à pieds (10 kms en tout) et restions debout pendant tout le match sur la piste cycliste (pesages), ce qui permettait à mon père qui ne tenait pas en place de se déplacer et de mettre un peu de distance avec les spectateurs “bornés”. Evidemment, en chemin, nous nous arrêtions rue des Champs Elysées pour prendre Pierrot Laffargue et faire le chemin en trio. Nous traversions Toulouse par les Allées et les grandes avenues, Jean Jaurès, grands boulevards, monument aux morts, Grand Rond, allées St Michel, pont St Michel, le Bazacle et le Ramier : un très beau parcours agréable.

Parmi les souvenirs qui émergent encore, une victoire 4 à 1 du TFC sur Nice alors leader du championnat. Ce match eut lieu le 20 septembre 1959. C’était la 7ème journée du championnat de 1ère division.

Il n’y avait pas de pub sur les maillots qui étaient d’une rare simplicité et faciles à reconnaître.  Ils exprimaient une beauté géométrique proche de l’art moderne, tendance cubisme. Robert Delaunay avait bien reproduit cette harmonie de couleurs. Nice portait alors un maillot à raies verticales rouges et noires, qui contrastait avec les raies verticales rouges et blanches du TFC.

 

 

 

 

 

 

 

 

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