Auteur: Francis X. Pavy

Peintre, sculpteur et céramiste né en 1954 à Lafayette, Louisiane, Francis X. Pavy puise ses sources d'inspiration dans la vie et le folklore de la population locale. Cajun par excellence, on l'a surnommé le "Picasso du Zydeco" (Rolling stone, 1990), en reférence a la musique folklorique locale.

Entretien Francis X. Pavy (10): La planéité comme choix esthétique

Liberty

Liberty – 2013 Oil on Canvas

 

La profondeur de la planéité.

Il y a rarement d’espaces profonds dans vos peintures : la profondeur est généralement créée par l’accumulation des strates.

Quelles sont les raisons de ce choix esthétique ?

Ma conversion à la peinture a été  précédée par le travail avec la sculpture céramique et puis avec le verre de plomb. Dans la démarche de création d’une sculpture triple dimensionnelle, la profondeur ou la forme est naturellement créée. Ainsi, quand je travaillais avec des céramiques, je ne me préoccupais pas de   la profondeur parce qu’elle évoluait au fur et à mesure que je créais mes formes. J’ai rarement imaginé de travailler sur la base des idées préconçues car il m’apparaît plus facile de travailler sur la base de mes propres idées.

En vue de concevoir et de travailler avec   le verre de plomb, tu dois esquisser un schéma qui est le dessin d’une ligne double-dimensionnelle plate. Les lignes de base doivent se rencontrer de manière intelligible parce qu’elles délimitent les formes de verre à découper. Il y a rarement une perspective dans ces schémas. J’ai fait tellement de schémas pour le verre de plomb que mon style naturel de dessin est devenu les dessins double-dimensionnels linéaires sans perspective. Avec l’addition des verres,  des espaces plans en couleur s’y sont ajoutés.

Quand j’ai commencé à peindre, après la sculpture et la fabrication des verres, je créais des photos complexes à l’aide des dessins et peintures réalistes. En même temps, je fabriquais des verres de plomb. Je copiais des photographes. Ainsi, j’utilisais la perspective pour avancer mais je reculais sur le papier ou la toile. La méthode du « dessin animé » plus simple l’a emporté sur la méthode réaliste de la photo quand j’ai opéré la transition à la peinture telle que je la pratique actuellement. C’était   une manière de réduire les données visuelles  de façon à rendre l’imagerie plus simple et puissante. Le verre que j’utilisais était généralement monochrome. Ainsi, j’ai commencé à peindre des espaces plans en couleur et avec très peu de profondeur.

Bien qu’il n’y ait peut-être pas assez de dessins perspectifs dans ces travaux antérieurs, il y a une certaine profondeur de champ. Le travail que je fais  maintenant a un nivelage ou une stratification abondante. Sa lecture   dépend ainsi de la perception du  spectateur de la profondeur.

La forme ou la profondeur est l’élément le plus négligé dans ma conception. Celles-ci sont reléguées au second plan par rapport  à la couleur, la présentation, la ligne et la texture. Je me considère beaucoup plus comme un coloriste. Il y a beaucoup à exprimer à travers la ligne, la  présentation, la couleur et la texture que   je n’ai pas le sentiment d’avoir manqué de travailler assez avec la forme.

 

The depth of flatness

There is rarely depth in your paintings: Depth is mostly created by the accumulation of strata.

What are the reasons for this aesthetic choice?

My progression to painting was preceded by working with ceramic sculpture and then leaded glass. In the process of making three-dimensional sculpture, depth or form is naturally created. So, when I was working with ceramics, I was not very concerned with depth because it naturally evolved as I created my forms. I rarely drew to work out ideas as it was much easier for me to work out the ideas in my head.

In order to design and fabricate with leaded glass, you need to draw a cartoon, which is a flat two-dimensional line drawing. The lead lines need to meet and make sense because they delineate shapes of glass to be cut. There is rarely any perspective in these cartoons. I made so many cartoons for leaded glass that my natural way of drawing became linear two-dimensional drawings with no perspective. With the addition of glass, flat areas of color are added.

When I first started to paint after sculpting and glass-making, I was creating intricate photo realistic drawings and paintings. At the same time, I was making leaded glass. I was copying photographs so I used perspective to get the forms to advance and recede on paper or canvas. The simpler “cartoon” method won out over the photo realistic method when I made the transition to painting like I do now. This was a way to pare down the visual data so that the imagery was very simple and powerful. The glass I was using was usually monochromatic so I started to paint flat areas of color with very little depth.

While there may not be much perspective drawing in these earlier works, there is some depth of field. The work I am doing now has abundant layering or stratification so these works depend on the viewer’s perception of depth.

Form or depth is my most neglected design element. These have taken a back seat to color, shape, line and texture. I think of myself as more of a colorist. There is a lot to be expressed through line, shape, color and texture so I have not missed working with form as much.

 

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