Auteur: Francis X. Pavy

Peintre, sculpteur et céramiste né en 1954 à Lafayette, Louisiane, Francis X. Pavy puise ses sources d'inspiration dans la vie et le folklore de la population locale. Cajun par excellence, on l'a surnommé le "Picasso du Zydeco" (Rolling stone, 1990), en reférence a la musique folklorique locale.

Entretien avec Francis X. Pavy (8): extases et autres rêves

Burgundy Mist, Francis X. Pavy

MF : Si cela ne vous dérange pas, j’aimerai que vous parliez de vos extases, peut-être comme commentaire d’une ou plusieurs de vos œuvres.                             Mon sentiment de paix a commencé à aux alentours de décembre 2008. C’est un profond sentiment – rafraîchissant comme lorsque mon corps boit un grand verre de menthe glacée. Ça va et vient, mais je pense que, lorsque je suis centré sur le but de ma vie, c’est à ce moment-là qu’il me visite, comme une sorte de boussole. Et, chose étrange, je peux avoir ce sentiment tout en éprouvant des émotions négatives telles que l’inquiétude ou la colère. Mais elles sont tempérées, en quelque sorte, par cette paix ; quelquefois c’est très léger et parfois c’est presque insupportable.  La seule œuvre qui fait beaucoup écho à ce sentiment s’appelle « L’Oiseau Bleu Chante Encore ».Ce qui suit est une description de quelques-uns de mes processus créateurs.

J’ai des rêves, des fantasmes, des rêves éveillés et des activités mentales délibérées – une imagination active, des visualisations et des rêves lucides qui rivalisent et se complètent chaque jour dans ma conscience, dans la réalisation de mon art et dans toutes mes entreprises créatrices.

La façon dont je travaille est aussi une combinaison de processus conscients et subconscients (dans le sens d’ « intuitifs »).  Je commence avec une idée, un concept, et ensuite je fais des esquisses, en les transférant dans un format plus grand, et je trouve une ouverture pour commencer le travail et finalement pour me laisser conduire par mes sentiments jusqu’à la fin.

Mes rêves sont ceux de n’importe quelle autre personne. Quand nous dormons, le subconscient renvoie les informations qui sont absorbées lorsque nous sommes en état de veille.  Occasionnellement, j’ai des rêves qui semblent signifier quelque chose – en voici deux que j’ai eu l’un à la suite de l’autre pendant deux nuits consécutives :

Rêves du Bien et du Mal

Le 18 septembre

« L’ange et le démon »

Je flottais désincarné et je pouvais voir partout devant moi et derrière moi comme un œil qui voit tout en flottant. Je pouvais entendre la chanson d’une femme, avec une note et plusieurs  notes, une chanson et plusieurs chansons en même temps.  Un grand mélange de musiques qui  se fondaient en une seule note.  Je voyais la femme derrière moi et pourtant en même temps elle était devant moi.  Sa peau était d’un ivoire pâle et translucide comme de l’albâtre et pourtant douce, et elle avait un éclat lumineux venant de l’intérieur, comme si elle était une source lumière.  Elle avait des tatouages au-dessous de sa peau et non au-dessus, et ils bougeaient, changeant continuellement tout en racontant des histoires alors qu’elle dansait et chantait. C’était comme si elle était un écran de cinéma dansant.  Et pendant qu’elle chantait et dansait, les histoires passaient d’une scène à l’autre. Un bûcheron dans les montages ramenant du bois à brûler, des bébés pleurant, de la neige recouvrant les toits, les chasseurs d’une tribu à la poursuite d’un lion.

La femme flottait sur une mer d’un bleu roi et il y avait un cercle autour d’elle.  C’était LA femme et toutes les femmes en même temps, une femme protéenne qui n’arrêtait pas de changer de forme et de vêtements devant et derrière moi : une danseuse de temple indien, une paysanne africaine, une miss moderne, une femme au foyer, une courtisane japonaise et des milliers d’autres aspects. Elle rayonnait d’amour, de joie, de sensualité et de pureté.  Elle voulait m’embrasser et comme je me rapprochais d’elle, sa chanson devenait de plus en plus intense.  Comme nous nous étreignons, je me réveillais progressivement, mon réveil surgissant des eaux de mon subconscient, et la chanson se dissolvait dans mes oreilles.  Je restai immobile, calmai mon cœur battant et écoutai.  J’entendis sa chanson à l’arrière-plan de mon esprit, et je vis son visage dans chaque femme rencontrée tout au long de la journée.

J’étais à l’église à une messe de musiciens.  J’avais ma Dobro, une guitare acoustique en métal, elle était légèrement désaccordée.  J’étais assis sur l’un des bancs au fond de l’église, et il n’y avait personne derrière moi.  D’autres personnes avaient aussi leurs guitares. La prêtresse était vêtue de vert et de blanc, et elle était assise devant l’autel. Nonchalamment, sur ma guitare légèrement désaccordée, je jouais « Walk right in » des Boardwalk Singers. Le son était à douze cordes maintenant.  La messe finissait et la prêtresse voulait savoir qui allait jouer « Hootenanny » pour l’hymne de clôture.  J’ai arrêté de jouer car je n’avais pas confiance en mes capacités de jouer en face de la congrégation. Alors que les gens s’en allaient, il y avait une femme assise sur le banc en face de moi.  Elle était mince, les épaules un peu bronzées et elle était vêtue d’une robe rouge sans manches, avec un décolleté pas trop profond. La robe lui arrivait juste au-dessus des genoux.  Elle avait des bas noirs, des chaussures à talon noires et elle avait de longs cheveux noirs obscurcissant son visage et tombant sur ses épaules, son dos et ses seins.  Sa guitare était un instrument classique, espagnol avec des cordes de boyau ou de nylon. En fait, je savais ou j’avais entendu qu’elle était une très bonne guitariste. Elle se préparait à jouer alors que les gens sortaient. Méthodiquement, elle enroula et noua une large corde de perles autour de ses genoux pour garder ses jambes croisées pendant qu’elle jouait. Elle plaça sa guitare sur ses genoux et alors que tout le monde avait quitté la salle mis à part moi, elle décida de ne pas jouer.  Elle me dit qu’elle serait ravie de jouer pour moi à une autre occasion, qu’elle me montrerait quelques techniques de guitares et elle me suggéra que nous échangions nos numéros de téléphone. Elle prit un stylo et un papier, et elle commença à écrire. Je ne trouvai rien pour écrire, car je n’avais pas de papier dans mes poches.  Je pensais que je pouvais écrire mon numéro de téléphone sur un billet de vingt dollars que je venais de mettre dans le plateau des offrandes, mais après réflexion je ne voulus pas faire une transaction marchande avec cette inconnue obscure.  Elle me donna un papier plié, taché et avec l’estampille de son nom : Anita V. Irving. Aucun numéro de téléphone.  Je continuasi de chercher quelque chose dans mes poches et je trouvai deux faux nez,  un long et un autre petit, fin et en caoutchouc.  Je pris un stylo et écrivis « F » sur le petit nez, mais je ne pus finir d’écrire mon nom et mon adresse.  Elle voulait m’embrasser pour me dire au revoir et me montra son visage.  Elle avait un visage démoniaque comparable aux Siths dans la saga de « Star Wars », des poils rasés en certains endroits, sur le front par exemple.  Sa bouche était humide et petite, légèrement moustachue, avec des nuances de rose, de mauve et de bleuâtre. Un peu comme la bouche d’une vieille grande tante malade que vous ne voulez pas embrasser. J’avais de la pitié pour elle parce qu’elle était franchement laide. Je la vis toute petite et sans importance, j’avais donc décidé de ne pas rendre visite à Anita. Ensuite je me suis réveillé.

Ensuite il y a les rêves lucides ou volontaires.  Ceux-là sont les plus durs pour moi à accomplir, mais quand on rêve de façon lucide, on a conscience d’être dans un état de rêve subconscient, on se réveille dans le rêve. Ce n’est pas toujours réussi, mais avec de la pratique il est possible de rêver en direct ; dans cet état de créativité il n’y a pas vraiment de limite à ce qui peut être expérimenté.  Il y a plusieurs méthodes pour déterminer si on est dans un état de rêve ou éveillé dans un rêve, mais cela nécessité beaucoup de vigilance.  Une technique pour se réveiller dans un rêve est d’analyser tout ce qui comprend du texte.  Dans un état de subconscient, si quelqu’un lit un signe ou une lettre, et ensuite s’en détourne et lit de nouveau le signe, il y aura un message différent.  Donc certains rêveurs éveillés ont une carte dans leur porte-monnaie avec la question : « Suis-je en train de rêver ? » Prenant la carte de leur porte-monnaie, la lisant et la relisant, les aidera à déterminer s’ils sont en état de subconscient.  Cette technique devient une habitude pour les rêveurs éveillés.

La visualisation est la technique créative la plus puissante.  Vous commencez avec un concept et visualisez mentalement le résultat comme réel et entreprenez les étapes pour que ça le devienne. C’est de la volonté dirigée, et si un résultat est visualisé de façon répétée, alors le désir est transmis au subconscient et il fera le plus gros du travail, en faisant des connexions et en renvoyant des idées à l’esprit conscient.

Les rêveries et les fantasmes sont pour moi comme une sorte d’imagination fugueuse.  En tant qu’artiste je peux imaginer beaucoup de choses, c’est mon activité que d’agir de la sorte.  Quelquefois, quand je travaille et que je ne fais pas vraiment attention où mon esprit s’égare, je me trouve soudainement dans un état mental où je me suis conduit moi-même.  Les fantasmes ne sont pas réels, mais peuvent le devenir s’il y a des mouvements vers cette idée ou si je la revisite. Pour moi le fantasme est l’état mental le plus problématique.

L’imagination active est une autre technique pour stimuler l’esprit en état d’éveil.  J’utilise souvent cette technique quand je suis coincé sur une œuvre ou que j’ai besoin de franchir l’étape suivante.  Par exemple, si j’ai commencé à peindre et que j’ai seulement un dessin, alors je vais « voir » une partie qui semble devoir être peinte en rouge.  Ensuite je vais imaginer que si, ici c’est rouge, cette partie sera bleue, et si c’est bleu et rouge, il y a alors une autre partie mauve.  J’utiliserai aussi cette technique pour me parler à moi-même, afin de faire progresser une œuvre qui est difficile. J’assumerai deux personnalités et je discuterai du travail avec moi-même.

Toutes ces techniques m’offrent une imagerie. Je les utilise donc de temps à autre.  Quand j’en ai besoin, quelquefois je ne me rends pas compte que je les utilise, c’est juste devenu une habitude.

MF : If you don’t mind, I would like you to write about your ecstasies, maybe as a commentary on one or several paintings.                                  My feeling of peace first started visiting me around December of 2008. It’s a deep seated feeling – a refreshing one like my body is drinking a large glass of minty iced water. It comes and goes, but I think when I am most centered on my life direction that is when it visits me, kind of like a compass. So strangely enough, I may have this feeling and still have negative emotions like worry or anger. But perhaps they are tempered somewhat by the font of peace, sometimes it’s only a trickle and sometimes it’s almost unbearable. The only work that has a lot of this feeling is called “The Blue Bird Sings Again ».What follows is a description of some of my creative metal processes.

I do have dreams, daydreams-fantasies and willful mental activities- active imagination, visualization and lucid dreaming dreams that all compete and complement each other in my everyday consciousness and the making of my art and all creative endeavors.

The way I work is also a combination of conscious and subconscious (intuitive) processes. I start with an idea, concept, then start to make sketches, transferring these to a larger format, finding an “in” to start the work then finally feeling my way through it until the end.

 

My actual dreams are mostly like everyone else. The subconscious is giving back information when we sleep that it absorbs throughout the waking state. Occasionally I do have dreams that seem to mean something — here are two that came back to back on successive nights:

Dreams of Good and Evil

September 18th

The angel and the Demon

  I was floating disembodied and could see everywhere in front of me and behind me like a floating all Seeing Eye. I could hear a Woman’s song of one note and all notes, one song and all songs all at the same time. A great melding of music that melted into one note. I peered at her in back of me yet at the same time I was looking ahead of me at her. Her skin was pale ivory and translucent like alabaster yet soft and had a luminescent glow from the inside like she was a source of light .She had tattoos under her skin not on top and they were dynamic, ever changing telling stories as she danced and sang. It was like she was a dancing movie screen. And as she sang and danced, the stories would flow from one scene to another. A woodchopper in the mountains bringing home wood to burn, crying babies, snow covering houses, a tribal party hunting a lion. 

 

The woman was floating in a sea of royal blue and there was a circle around her. She was one woman and all women at the same time, a shape shifter that kept changing shapes and fashions in front (and back) of me: an Indian temple dancer, an African peasant woman, a modern beauty queen, a housewife, a Japanese courtesan and thousands of other faces. She radiated love joy sensuality, femininity and purity. She wanted to kiss me and as I got closer and closer her song was more and more intense. As we embraced I gradually woke, my rising waking state effervescing from the waters of the subconsciousness, the song also dissolving in my ears. I lay still and calmed my beating heart and listened. I heard her song in the background of my mind and saw her face in every woman throughout the day.

I was in church at a musician’s mass. I had my Dobro, a steel bodied acoustic guitar, with me slightly out of tune. I was seated on one of the back pews, and there was no one in back of me. Other people had their guitars there too. The woman priest was dressed in green and white and was seated before the altar. I was casually playing around on my slightly out of tune guitar, I was playing “walk right in” by the Boardwalk Singers. The sound was of twelve strings now. The mass was ending and the woman priest wanted to know who would play “Hootenanny” as a dismissal hymn. I quit playing as I was a little insecure about my playing ability in front of the congregation. As the people left there was a woman seated in the pew in front of me. She was thin, lightly tanned on the shoulders and was dressed in red sleeveless dress, not cut too low at the neck and ending just above the knees. She had black stockings, black high heels and long raven black hair obscuring her face falling over her shoulders, back and breasts. Her guitar was a Spanish classical gut or nylon stringed instrument. Somehow I knew or heard that she was a great guitar player. She prepared to play as the people walked out. Methodically she wrapped and tied a long string of large round pearls around her knees to keep her legs crossed while she played. She placed her guitar in her lap but as everyone had left except me she decided not to play. She told me she would be happy to play for me some other time, would show me some guitar techniques and suggested we exchange numbers. She took out a pen and paper then started to write. I couldn’t find anything to write on as there was no paper in my pockets. I thought I could write my information on a twenty dollar bill like I had put in the collection plate before, but decided I didn’t want to make a buy-sell transaction with this unknown dark woman. She handed me a folded up paper, stained and with a smeared rubber stamp of her name: Anita V. Irving. No phone number. I kept looking for something to write on in my pockets and found two fake noses. One long and one short, thin and rubbery. I got a pen and wrote “F” on the short nose, but could not finish my name or address. She wanted to give me a parting kiss and showed her face. She had a demonic face on par with the Siths in the Star Wars epics, shaved hair in places, like on her forehead. Her mouth was watery and small, lightly mustached, with pink, purple and bluish hues. Kind of like the mouth of an old sick great aunt you don’t want to kiss. I felt sorry for her as she was so damn ugly. I felt she really didn’t know how to play and her promise was empty. I saw her as diminutive and unimportant so I decided I would not visit Anita. Then I woke up.

Then there are lucid or willful dreams. These are harder for me to accomplish, but when one dreams lucidly, one is aware of being in the subconscious dreaming state, waking up inside the dream. At that point the dreamer can choose to direct the dream. This is not always successful, but with practice it’s possible to direct dreams, when in this creative state there is really no limit to what can be experienced. There are various methods to determine whether or not one in in the dreaming state and wake up in the dream, but it takes a lot of vigilance. One technique for awaking in a dream is to analyze anything that has text. In the subconscious state, if one reads a sign or letter, then turns away and reads the sign again, there will be different message. So some lucid dreamers carry a card in their wallets that asks the question “Am I dreaming”? Taking this card out of their pocket and reading it then rereading it will help determine if they are in the subconsciousness state. This technique becomes a habit for lucid dreamers.

Visualization is a most powerful creative technique. You start with a concept and mentally visualize the outcome as real and make steps to make it happen. It’s directed will and if an outcome is repeatedly visualized then the desire is transmitted to the subconscious and it will do most of the work, making connections and throwing back ideas into the conscious mind.

Daydreaming-Fantasies to me are a kind of runaway imagination. As an artist I can imagine a lot of things, it’s my job to do so. Sometimes when I’m working and not paying too much attention to where my mind is wandering, I suddenly catch myself in a strange mental place where I’ve led myself. Fantasies are not real, but could become real if there are repeated visits to an idea and moves toward that idea. So for me fantasies are the most problematic mental state.

Active imagination is another technique to stimulate the mind in the waking state into a creative state. I often use this technique when I’m stuck on a work or just need to get to the next step. For instance, if I’ve started a painting and just have a drawing then I’ll “see” an area that seems it should be painted red. Then I’ll imagine if that is red then this area will be blue and if those are blue and red then another area should be purple. I also will use this to talk my way through a work if it’s difficult. I’ll assume two personalities and discuss the work with myself.

All of these techniques give imagery to me. So I use these techniques off and on when I need them,sometimes I’m not even aware that I’m using them it just becomes a habit.

 

 

 

 


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