Auteur: Mourad Salim Houssine

Mourad Salim HOUSSINE nait l’automne 1954 en Alsace Lorraine où il fera ses premières classes. Psychologue, correspondant puis chroniqueur libre dans la presse algérienne, il est l’auteur de deux livres publiés par les éditions Aparis et Edilivre sous les titres respectifs « Le sanglier d’Hippone » et « Terriens, réveillez-vous ». Il enseigne aujourd’hui à l’Institut national de formation supérieure des cadres de la jeunesse et des sports(INFSCJS) d’Oran-Aïn-El-Turck.

De l’éthique de l’intellectuel algérien

 

Monsieur  Ammar Kessab ,brillant expert en politiques culturelles , a le mérite d’être présent  dans un espace où la houle du choc des cultures et civilisations n’en finit pas de nous rappeler  que l’Algérie géographique reste  un carrefour  où le flux  impétueux et bruyant  des  accidents de l’Histoire régule le passage des générations,  vécus de populations, tribus  et communautés, … destin du  peuple sans glisser  vers une démagogie qui  serait dépassée aujourd’hui par  une mondialisation irrémédiable au risque d’être séculaire…Et l’Histoire des peuples et cultures ne peut être  qu’accidents hors normes et au-delà du pathologique  puisque la violence atavique et « carnassière » des colons européens exterminant les  amérindiens et les tribus d’Afrique du Nord ne pouvait  déculpabiliser que par l’alibi civilisateur de la religion …et de la science euro centriste !

L’ intervention « La culture est aussi politique » dans la Chronique d’El Watan Week End du 07 mars 2014 reste un plaidoyer  pour une démocratisation  culturelle en Algérie du troisième millénaire ,une grille d’analyse et de lecture très « scolastique » dans le sens où  le Dr Kessab part d’un pré requis que… la politique culturelle héritée de la colonisation a utilisé les arts et la culture de tout un peuple pour glorifier un régime malade, comme son président…Je veux exprimer par là au Dr Kessab que l’échantillon  tunisien n’est aucunement représentatif d’une population statistique nord africaine et/ou maghrébine et l’extensibilité des résultats à un printemps arabe en Algérie n’est pas valide. Des invariants culturels perdurent entre les peuples mais les processus historique et révolutionnaire  des états-nations diffèrent dans un clivage déterminant leur avenir. La Tunisie  a très tôt subi une laïcité et francophonie à la limite du Dom Tom et un statut de proximité avec la France qu’envieraient les insulaires de Nouvelle Calédonie et de Guyane….Et puis l’Algérie indépendante ,après un début d’ouverture sur le Monde et ses cultures continentales ,a carrément fait table rase de cette culture française qui ne fût pas que coloniale après le putsch culturel  de 1965 qui préféra protéger les explosions atomiques et expériences chimiques  françaises  au Sahara  en exhibant au peuple en convalescence son art de faire des châteaux en ruines … de toute ces structures  culturelles « coloniales » que le regretté Kateb Yacine avait pourtant classées butin de guerre inaliénable…Une déculturation de plusieurs générations avait commencé et l’Intelligentsia révolutionnaire et francophone loin d’être francophile choisit l’exil. Les exemples des Mohamed  Boudia et Zinet resteront les icônes de cette déchirure qui fragilisera l’Algérie d’aujourd’hui. La liste est trop longue sur cette saignée de l’élite culturelle  qui se reprochera avec l’âge d’avoir été trop attirée par les mirages des panthéons alors que la plèbe de l’Algérie profonde avait besoin de ses lumières et conseils. Et là je remercierais Dr Kessab de m’avoir permis de faire le lien sur la possibilité de pronostiquer du point de vue psychosociologique  l’éventualité que  les populations algériennes  qu’avait  tétanisées  historiquement  De Gaulle  en viennent au scénario de  la désobéissance civile tant les nouvelles générations démographiques déculturées … d’une société de masse à la limite de l’analphabétisme restent prédisposées aux marchés diffus de la mondialisation puisqu’elles sont formatées et leurs héritages  ne seront  plus là pour leur assurer une programmation mnémonique ….Disparus dans les cimetières de l’oubli  au Bled ou les jardins trop verts  de la gériatrie européenne pour la plupart… !

Je terminerais par cette phrase de la philosophe Hannah Arendt  (1906-1975) :« Une société de masse n’est rien de plus que cette espèce de vie qui s’établit automatiquement parmi les êtres humains quant ceux-ci conservent des rapports entre eux mais ont perdu le monde autrefois commun à tous… »  . Née Allemande et morte américaine, Hannah Arendt qui réfutait sa qualité de philosophe et préférait être professeur  de théorie politique est à l’origine des  livres  publiés  en 1951 « Des origines du totalitarisme » et en 1961 « La Crise de la culture ».Mon allusion à cette intellectuelle  de confession juive et adepte  de la Modernité n’est pas fortuite puisqu’elle dénoncera lors de sa couverture en avril 196I du procès Eichmann à Jérusalem la connivence des conseils juifs(Judenrate) avec les autorités nazies  dans la déportation  de leurs congénères vers Auschwitz ….

Il est aussi pathétique que facile  pour une société de masse déculturée de tomber dans la  manipulation  en diabolisant à la limite du Totem bouc émissaire un homme  hors du commun rongé par la maladie et  certainement pas maître de ses facultés de discernement et d’évaluation !  L’ennemi  n’est jamais celui qu’on croit !  Dieu nous préserve …de nos amis !

———————————————————————————————————

 

Signé  Mr HOUSSINE  Mourad Salim, psychologue et écrivain, auteur de « Terriens, réveillez-vous ! », Editions Edilivre et Aparis, Paris, 2012. 

 

Cette contribution   a  été censurée par la presse algérienne …(El  Watan et le Quotidien d’Oran)…

 

Envoyez Envoyez

3 Responses to “De l’éthique de l’intellectuel algérien”